Jacques de Pronis

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à la tête de la "Société d'Orient" de l'Île Dauphine

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recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com & tany_masina@yahoo.fr)

 

Biographie

    De religion protestante et originaire de Normandie, Jacques Pronis, ou de Pronis fut un administrateur colonial de Madagascar de 1642 à 1648. Autrement, après avoir exercer ses fonctions sur l’île, il fut invité par son successeur, à rentrer en France en février 1650. Il revient à bord de L’Ours à Madagascar, où il a laissé sa fille. Il accepte de laisser son vaisseau à Etienne de Flacourt, afin que ce dernier puisse aller chercher de l’aide. Malheureusement, il ne verra jamais l’aide arrivée puisqu’il meurt le 23 mai 1655 d'une maladie à seulement 35 ans.

    Patronnée par Richelieu, la Société d’Orient se forme. Le capitaine Rigault, de la Rochelle, son représentant, obtint le 22 janvier 1642 le privilège et la concession d’envoyer à Madagascar, et autres îles adjacentes, pour ériger colonies et commerce, ainsi qu’ils aviseraient être bon pour leur trafic, et en prendre possession au nom de Sa Majesté Très-Chrétienne (de Flacourt). Cette concession faite par le Conseil et le roi réservait à la Société d’Orient le droit exclusif de faire le commerce de Madagascar pendant dix années.

    La Compagnie des Indes orientales – plus précisément Compagnie française pour le commerce des Indes orientales – est une compagnie commerciale crée par Colbert en 1664 dont l'objet était de « naviguer et négocier depuis le cap de Bonne-Espérance presque dans toutes les Indes et mers orientales », avec monopole du commerce lointain pour cinquante ans. Plus que sa rivale anglaise, elle forme une véritable puissance dans l'océan indien entre 1720 et 17401, puis devient centrale dans les grandes spéculations boursières sous Louis XVI. Sa création avait pour but de donner à la France un outil de commerce international avec l'Asie et de concurrencer les puissantes Compagnies européennes fondées au XVIIe siècle, comme la Compagnie anglaise des Indes orientales et surtout la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Cependant, la guerre d'usure avec les Hollandais puis le choc frontal avec les Anglais en Inde la conduiront à sa perte, après seulement un siècle d'existence.

À partir des années 1630, les Français s'intéressent au sud de l'océan indien et prennent possession de sites et de ports – notamment Fort-Dauphin et Port-Louis – à Madagascar et dans les Mascareignes (île Bourbon, île de France, île Rodrigues) ; La compagnie d'Orient est créée par lettre patente de juillet 1642 avec monopole de 15 ans sur Madagascar et les îles environnantes.

Tout en échouant à créer une véritable colonie sur l'île de Madagascar (Fort-Dauphin), la compagnie réussit cependant à établir des ports sur l'île Bourbon et l'île de France, deux îles voisines, aujourd'hui la Réunion et l'île Maurice. Son capital est alors de 15 millions de livres (la famille royale en souscrit 3). Elle a pendant 50 ans le monopole du commerce entre le cap Horn et le cap de Bonne-Espérance.

    La Société étant organisée, nomma deux de ses commis, de Pronis et Foucquembourg, pour être à la tête de l’entreprise. Ils s’embarquèrent à Dieppe sur le Saint-Louis, capitaine Coquet, avec douze Français qui devaient former le noyau de la colonie (mars 1642). Ils arrivèrent à Madagascar en septembre.

24 septembre : Jacques Pronis prend possession pour la France de l'île Sainte-Marie et de la baie d'Antongil au nord-est de Madagascar ; il s'installe dans la baie de Sainte-Lucie, et perd de nombreux hommes3. Et en 1643, il établit une colonie française à Fort-Dauphin au sud de Madagascar.

de là partirent pour prendre possession, au nom du roi, de Mascareigne, de Diego-Roys, de Sainte-Marie, de la baie d’Antongil. Ils s’établirent d’abord à Mangafia sur la côte orientale sud que les Européens appelaient Sainte-Luce. – Ce point est un peu plus au Nord de la baie de Fort-Dauphin qui devait être bientôt la résidence des Français. Le Saint-Louis, chargé de bois d’ébène, heurta contre un rocher et s’entr’ouvrit. La cargaison fut perdue et le capitaine Coquet en mourut de chagrin. En 1643. Le Saint-Laurent, capitaine Résimont, de Dieppe, amena un renfort de soixante-dix colons. Un mois après leur arrivée, le climat et la fièvre en avaient fait mourir vingt-six. Un chef de la province voisine, Dian-Ramach, avait d’abord manifesté des sentiments d’amitié à la colonie française ; mais il ne tarda pas à agir comme il l’avait fait avec les Portugais, et des massacres eurent lieu : les colons ne pouvaient s’éloigner de leur fort sans courir des dangers.

– Trouvant cette station malsaine, aussi, comme la région était insalubre avec ses lagunes et ses marécages, et que ses hommes étaient successivement emportés par la fièvre, de Pronis se transporta un peu plus au Sud dans la presqu’île de Talangar (Taolagnaro) et donna le nom de Fort-Dauphin à la nouvelle résidence.

    Cet endroit était mieux choisi ; la rade était belle et l'accès en était facile ; les navires allant dans l'Inde y abondaient plys aisément.

En 1643, sur cette pointe de Tholongar, il fonde le comptoir commercial français. Le nouveau comptoir commercial français y est donc établi sous le nom de Fort-Dauphin en l'honneur du prétendant de la Couronne, le futur roi Soleil, Louis XIV. A l'origine, le fort n'était qu'une simple construction entourée de palissade en bois et ne devait servir que de point de ravitaillement sur la route des Indes. Mais de Pronis en fit un commerce d'esclaves. Cela choqua les autochtones. Aussi, Etienne de Flacourt dut le renvoyer et le remplacer à la tête du comptoir.

 Ces considérations décidèrent de de Pronis à y fonder un établissement sérieux. Les causes qui avaient troublé son séjour à Sainte-Luce ne tardèrent pas à se reproduire, et les colons, obligés de chercher leur existence dans les provinces voisines, y portaient souvent le trouble ; ils étaient sans cesse en guerre ou en opposition avec les naturels.

 

    – On accusa l’administration du gouverneur ; elle laissait à désirer en effet. Un des vices de sa situation était la différence des croyances. De Pronis était protestant et contrariait l’action des missionnaires catholiques. Les naturels eux-mêmes trouvaient singulières ces croyances opposées et l’animosité qui en résultait. Les vivres manquaient, le pays ne produisait rien et la disette arriva. (Mémoire des Lazaristes.)

    Tous les documens qui nous restent de cette première entreprise nous font un triste tableau de la conduite des chefs. M. de Pronis était un homme dur, violent et sans mœurs ; il donnait à ses subordonnés l’exemple de tous les excès, et, par ses rapines et ses mauvais traitemens, justifia trop bien la haine implacable des populations sauvages qu’il voulut soumettre à sa domination. Son impéritie égalait seule son immoralité. Il s’établit dans les lieux les plus insalubres; il commença les opérations militaires les plus périlleuses au milieu de l’hivernage; il prodigua l’or et le sang de la France dans des guerres sans motif contre les naturels ou pour les causes les plus injustes; il se livra aux dissipations les plus scandaleuses, et suscita autour de lui des querelles intérieures qui entravèrent tous ses mouvemens.

    En 1644. Le Royal, capitaine l’Ormeil, arriva de Dieppe avec quatre-vingt-dix colons. – Après un séjour de dix-sept mois sur les côtes de Madagascar, le Royal rentre en France et donne passage à Foucquembourg, qui devait rendre compte à la Compagnie de l’état de la colonie. En se rendant de Saint-Malo à Paris, son compagnon de voyage l’assassina, croyant trouver sur lui des bijoux et des pierres précieuses ; ainsi furent perdus tous ses papiers, comptes, lettres et avis dont les seigneurs de la Compagnie furent bien fâchés. (De Flacourt.) Le mécontentement des colons continuait et des troubles survinrent, de Pronis est jeté en prison et un sieur Leroy, qui était à la tête des mécontents, prend le commandement de la colonie. Les choses en étaient là lorsqu’arriva le Saint-Laurent, capitaine Le Bourg, apportant quarante-quatre nouveaux colons. Les révoltés lui livrèrent de Pronis pour être ramené en France. Le Bourg ne jugea pas convenable de continuer l’emprisonnement de de Pronis, et, après s’être entendu avec lui, le replaça à son poste. Il y eut à cette occasion une nouvelle révolte ; mais de Pronis agit avec adresse, et pour se débarrasser des principaux chefs de la révolte, leur donna des commandements dans des régions éloignées du Fort. – Leroy revint bientôt avec des idées de révolte plus marquées que jamais, et cette fois se joignit aux naturels pour attaquer de Pronis qui se disposait à résister. – Des pourparlers eurent lieu, une amnistie générale fut promise et la paix fut faite. Mais à peine maître des révoltés, de Pronis, manquant à sa parole, en fit arrêter douze auxquels il rit raser la barbe et les cheveux, et fit faire amende honorable nu-pieds, en chemise, la torche au poing, et les envoya dans le navire où on leur mit les fers aux pieds, pour les dégrader en l’île de Mascareigne, après leur avoir fait faire leur procès. Ils furent déportés à Mascareigne, dont de Pronis avait déjà pris possession en 1642. (De Flacourt.)

À la même époque, les Anglais avaient tenté de s’établir dans la baie de Saint-Augustin. En 1644, ils voulurent y construire un fort afin d’y avoir une étape sur la route de l’Inde. – La fièvre les décima bientôt et ils quittèrent le pays. – Leur esprit pratique jugea vite qu’il n’y avait que déboire sur cette terre. Les Français, avec une aberration que les malheurs ne purent corriger, continuaient à y séjourner. Les Portugais, les Hollandais, les Anglais, après avoir vu l’Inde n’hésitèrent pas à y porter toutes leurs ressources ; ils y trouvaient un peuple civilisé, commerçant, producteur, et un climat relativement beaucoup plus sain. De Pronis avait une autorité déjà bien mal assise, quand une circonstance funeste vint compromettre complètement la position des Français. – Les Hollandais s’étaient emparés de l’île Maurice et voulaient la coloniser ; un de leurs navires vint chercher des esclaves au Fort-Dauphin. – De Pronis se refusa d’abord à leur en livrer ; mais le capitaine Le Bourg, y voyant un profit, s’entendit avec lui pour

livrer les hommes qu’on demandait. – Au jour du marché, les

Malgaches venus avec confiance furent saisis en assez grand nombre

et conduits à bord du navire hollandais. – Cette trahison compromit plus que jamais le pouvoir des Français. – Ces malheureux périrent presque tous dans la traversée. De Pronis, sans cesse en guerre

    En 1646, sur l’Ile de Madagascar, 12 mutins se rebellèrent contre les autorités Françaises qui étaient installées à Fort Dauphin, et pour rétablir l’ordre, Jacques de Pronis décida de les exiler sur l’Ile Mascarin.

Bibliographie

Le commandant de la colonie de Madagascar, l’un des premiers Français à poser le pied à La Réunion (1642), s’est marié avec une Malgache : les colons, catholiques, de Fort-Dauphin, s’en offusquent et emprisonnent leur chef, par ailleurs huguenot. Jacques Pronis, libéré cinq mois plus tard, déporte douze mutins sur Bourbon et obtient la tête de l’amant de sa femme. Son successeur, Étienne de Flacourt, l’envoie en France, mais il reviendra en 1653 plus tard et reprendra le pouvoir !

Le commandant de la colonie de Madagascar, Jacques de Pronis,  avait pris femme chez les Rohondria : de Ramarivelo il eut une fille.

Les colons catholiques de Fort-Dauphin s'en offusquent et emprisonnent Jacques de Pronis, leur chef, de Pronis, libéré cinq mois plus tard, déporte douze mutins sur Bourbon et obtient la tête de l'amant de sa femme Ramarivelo.

Cette union lui valut la vie sauve malgré plusieurs exactions qu’il mena contre l’habitant dont la plus grave fut, sous l’influence du capitaine Le Bourg, la vente d’esclaves malgaches aux navires hollandais se dirigeant sur Maurice.

En effet les Antanosy étaient capables d’exécuter les Européens trop entreprenants : M. Etienne et le frère Philippe Patte furent emprisonnés (M. Etienne achevé définitivement d’un coup de sagaie) en 1664 pour avoir insisté sur l’abandon de la polygamie et arraché ses talismans au Chef rohandria de Fanjahira.

Quant à la fille de Pronis, l’écrivain historien Enis Rockel informe que cette fille moins noire que les autres, était la convoitise permanente de nombreux hommes forts de la région. Un jour, elle a été enlevée par des guerriers de la tribu des lavalèffes (lavalefo : à longue sagaie) pour devenir une des femmes de leur chef. Le général La Cage (Vacher de la Cage)  a aussitôt envoyé une expédition de dix Français armés, accompagnés de plusieurs centaines de Noirs, la récupérer. Le chef des Lavalèffes a refusé de livrer la jeune femme en opposant une très forte résistance. Mécontent , les Français ont alors pillé chez lui 1500 bêtes, ils ont capturé huit cents guerriers ennemis et les ont ramenés dans la plaine de Mananfy (Manafiafy). Devant une manifestation d’une telle ampleur, le grand chef Lavalèffes, craignant d’autres représailles pouvant porter des torts considérables à son peuple, a décidé de rendre lui-même la jeune femme à la Caze (La Case). Il s’est alors embarqué dans une pirogue avec quatre de ses conseillers pour aller à la rencontre des hommes du puissant général. Lors de la traversée du Manghourou (Mangoro), des Français qui chassaient sur le bord ont eu l’imprudence de faire feu sur eux, blessant gravement l’un des conseillers. C’est ainsi que le grand chef Lavalèffes a fait demi-tour au milieu du fleuve, fort épouvanté, pour rentrer chez lui. Depuis ce jour, hélas, on n’entendra jamis plus parler de la fille de Jacques Pronis.   

 

La baie de Sainte-Luce et le lieu où les premiers colons français, commandés par Jacques Pronis, débarquèrent à Madagascar en 1642.  

ou en suspicion avec les naturels et les colons, ne pouvait avoir qu’une administration désastreuse. – Le capitaine Le Bourg, de retour en France sur le Saint-Laurent, apprit à la Compagnie cette triste situation, et fit pressentir la ruine prochaine de la colonie, – si on n’en changeait pas la direction. C’est alors qu’un des associés, de Flacourt, voulut bien accepter de partir pour Madagascar et d’y représenter la Compagnie. Nous entrons dans une nouvelle phase de cette triste colonisation, plus durable, mieux dirigée, mais qui devait aboutir cependant aux mêmes résultats. Muni de tous les pouvoirs et instructions nécessaires, de Flacourt partit en avril 1648 : il avait avec lui deux prêtres de la Mission que saint Vincent avait accordés à la Compagnie. Il arrive en décembre après six mois de navigation au Fort-Dauphin sur le Saint-Laurent. De Pronis, en venant le recevoir à son bord, y apprit que la Compagnie lui envoyait un successeur. Le lendemain de son arrivée, de Flacourt descend à terre etest reçu avec tous les honneurs de son rang. Il trouve la colonie dans une triste situation, les esprits troublés, la disette permanente, un pays désolé et ne produisant rien. Sa prudence, sa modération parvinrent à tout calmer pour le moment. – En janvier 1649, il envoya le capitaine Le Bourg à Sainte-Marie pour y prendre des vivres, de là il avait ordre de se rendre à Mascareigne pour y chercher les douze exilés. Le Bourg devait prendre de nouveau possession de l’île au nom du roi. – De Flacourt, malgré sa modération, ne tarda pas à subir une lutte permanente contre les chefs du pays qui ne pouvaient voir d’un œil satisfait des étrangers s’emparer de leur terres, y faire des excursions, prendre leurs troupeaux, leur riz, leurs bois. – Les missionnaires agissaient à leur manière et cherchaient à répandre la religion chrétienne, à moraliser les indigènes. On les accusait de trop de zèle, pourtant ils étaient bien accueillis, et les Malgaches acceptaient sans trop d’obstacles des croyances qu’ils ne comprenaient pas bien, mais qui ne blessaient pas leurs idées peu arrêtées ou presque nulles en matière de religion. – L’aigreur et les difficultés ne venaient pas d’eux. Les lettres du Père Nacquart publiées par la Mission sont très remarquables, et donnent une idée simple et exacte du pays et de tout ce qui manquait pour la réussite. Les Français mettaient plus d’obstacles à la colonisation que les Malgaches. Les plaintes qu’ils suscitent ne cessent pas depuis le début jusqu’à la fin. – Le 19 février 1650, le Saint-Laurent retourne en France, et de Flacourt se débarrasse de quarante colons qui troublaient son administration, – de Pronis était du nombre. – Un tel état ne pouvait qu’encourager les naturels à la révolte, et elle est en effet permanente. Les Français sont obligés de se tenir nuit et jour en éveil contre leurs embûches. Sans vivres, sans provisions, attendant un navire de France qui n’arrivait pas, de Flacourt en est aux expédients. Il se saisit de Dian-Ramach sous un prétexte quelconque et ne le rend à la liberté que moyennant une rançon de cent bœufs. – Sainte-Marie est le grenier de Fort-Dauphin et il faut toujours des navires pour y aller chercher du riz ; toute la région du Fort était désolée, aride, ne produisait rien. – L’idée d’y rester se perpétue cependant malgré tant de déboires. – Les choses périclitaient de plus en plus pour la Compagnie ; on n’avait pas de nouvelles de France depuis longtemps, quand arrivent deux vaisseaux au duc de la Meilleraye annonçant que le duc, protégé de Mazarin, allait prendre la direction de la colonie et contribuer à fonder une grande entreprise. De Flacourt ne sachant plus trop que penser de ce nouvel incident, sans aucun renseignement de la Compagnie, résolut de retourner en France. Quelque temps avant de quitter Madagascar, il avait envoyé à Mascareigne un de ses officiers dont il voulait se débarrasse r, dont il tait le nom et que les naturels appellent Dian-Maravaule. Cet homme était accompagné de sept autres qui avaient demandé à y aller cultiver le tabac. Ils avaient pour chef Ant. Thaureau et furent passagèrement les premiers colons de Mascareigne. – C’est de lui que nous avons la première relation écrite sur cette île appelée à devenir importante. De Flacourt donne dans son ouvrage des renseignements sur les colons. De Pronis était revenu sur un des vaisseaux du duc. Pendant son séjour en France, il avait su capter la confiance de la Meilleraye et avait fait ressortir la mauvaise administration de la Compagnie d’Orient. La Forêt, commandant les deux vaisseaux du duc, était-il chargé de replacer de Pronis dans son ancienne position ? C’est probable ; de Flacourt reconnaissant son expérience l’engagea lui-même à lui substituer de Pronis après son départ. Il était facile d’accuser à distance, mais quand on se mettait à l’œuvre dans le pays, les difficultés apparaissaient, les accusations perdaient de leur importance. La colonie se trouve donc en présence de deux compétiteurs, la Compagnie qui veut perpétuer ses droits et le puissant de la Meilleraye qui veut se substituer à elle dans l’espoir de mieux faire. Il ne sera pas plus heureux dans ses épreuves et les désastres vont continuer. Les prêtres de la Mission exercent toujours leur ministère à Madagascar. Les Pères Nacquart et Gondré avaient succombé ; il en arrive d’autres pour les remplacer. On trouve dans les lettres de ces missionnaires une peinture intéressante des mœurs du pays. Les Malgaches, grands imitateurs, les édifiaient par la manière dont ils priaient et leur donnaient l’illusion de croyants fervents. L’action de ces Pères était douce, nullement pressante et compromettante, comme on l’a dit. Leurs lettres respirent, du reste, la plus grande bonne foi et simplicité. Aux Pères Nacquart et Gondré succèdent les Pères Bourdaise et Mounier. Ils continuent leur mission avec un grand zèle, baptisent le plus qu’ils peuvent, en somme quelques malheureux, sans que leur influence s’étende bien loin. Leurs lettres constatent un fait permanent : le pays avoisinant Fort-Dauphin ne produit rien, et pour avoir des bestiaux, du riz, il faut aller dans l’intérieur des terres et surprendre le plus souvent les villages. Les Malgaches, pour éviter le pillage, s’enfuyaient le plus loin possible avec leurs troupeaux, et se vengeaient quand ils pouvaient. Voilà la cause permanente de nos désastres et de notre ruine ; ce sont les colons qui donnent l’exemple du désordre et du plus triste spectacle. De Pronis ne conserva pas longtemps son nouveau commandement. Il tomba malade et mourut bientôt après. Le Père Bourdaise raconte cette mort, et cette narration simple et touchante caractérise les deux hommes. De Pronis était énergiquement trempé, et il eut à lutter sans doute contre des difficultés impossibles à conjurer. « Il mourut, ayant fort peu avancé l’œuvre de la colonisation française.

    Jacques de Pronis, le fondateur de la petite Colonie, s’est révélé comme un administrateur déplorable. Ses trafics d’esclaves, en particulier avec les Hollandais, ses violences envers les autochtones lui aliènent la totalité de la population. Celle-ci, naturellement, confond « dans un sentiment d’antipathie générale » Pronis et l’ensemble des Français. Du reste, il n’agit pas mieux avec ses compatriotes : ses mauvais procédés entraînent même une révolte de leur part et ils le maintiennent en prison durant six mois.

Le gouverneur Pronis se montre beau joueur
Par Pela Ravalitera
 
De retour en France, en passant par l’île Bourbon,  où il a débarqué les  12 meneurs des mutins du Fort Dauphin qui se sont rebellés contre  Pronis, le capitaine Le Bourg, commandant  du « Saint-Laurent », fait  ses rapports aux directeurs et administrateurs de la Compagnie de  l’Orient.
Il informe ainsi ses chefs des désordres qui se sont  produits à Fort-Dauphin et des différends qui y ont opposé Pronis à son  personnel. Il le fait en toute objectivité et en toute équité, sans  charger Pronis. 
Cependant, les directeurs de la Compagnie de  l’Orient que cette situation inquiète, craignent de voir la Colonie leur  échapper. Ils décident alors d’envoyer l’un des leurs, Etienne de  Flacourt, en mission d’inspection dans la Grande île.

En 1648, quand la Compagnie lui fait ses offres, Flacourt a 41 ans. Sa  position de gros actionnaire de la société et, surtout, sa proche  parenté avec Jules de Loynes, son oncle maternel, alors Secrétaire  général de la Marine et membre influent du conseil de la Compagnie, lui  valent d’être nommé « Directeur général » à Madagascar. Sa mission  immédiate sera « de s’informer sur la situation de la Colonie et de  renvoyer Pronis en France, après lui avoir demandé compte de son  administration et du maniement des biens de la société ».
Mais qui  est Etienne de Flacourt ? « Au physique, les rares portraits… nous le  montrent lourd, corpulent et bouffi, résultat d’un régime habituel trop  riche en viandes, en venaisons et en vins généreux. Au moral, il était  assurément intelligent, audacieux et probe, mais intolérant, bourru et  fantasque » (Urbain-Faurec, « Aventuriers et conquérants de Madagascar  »). 
Description à laquelle Barbié du Bocage ajoute : « Ses notions  en matière coloniale se bornaient à celles d’un Fernand Cortez ou d’un  François Pizarre… »
Le 15 décembre 1648, il arrive devant Fort  Dauphin à bord du « Saint-Laurent » ramené par le capitaine Le Bourg. «  Malgré son assurance naturelle et l’autorité que lui conféraient ses  hautes fonctions, le Directeur général n’en demeurait pas moins perplexe  et indécis sur la façon d’annoncer à Pronis la disgrâce et l’enquête  dont il allait être l’objet. » 
Il connaît, de réputation tout au  moins, le caractère violent du gouverneur de Fort Dauphin et il n’ignore  pas qu’une partie de la garnison qui appartient, elle aussi à la  religion réformée, lui est profondément attachée.
Comme il sait les  liens d’amitié qui unissent Pronis à Le Bourg, Flacourt demande à ce  dernier de préparer le premier, et avec ménagement, à ces mauvaises  nouvelles. Bien que cette délicate mission semble au capitaine Le Bourg  « une fâcheuse corvée », il s’en acquitte. Mais sans entrain. Pourtant,  il réussit pleinement.
Quelle n’est alors la surprise de Flacourt et  même du commandant du « Saint-Laurent » de voir Pronis venir à bord du  navire. Se montrant beau joueur, il remet sans hésitation ses pouvoirs  de gouverneur de la Colonie entre les mains de « Monsieur le Directeur  général ».
Celui-ci fait « incontinent » débarquer les troupes  amenées de France avec lui, grâce auxquelles il fait une « entrée  honorable  parmi une population stupéfaite du changement opéré à son  insu ».
Les premières entrevues entre l’ancien et le nouveau  gouverneurs sont d’ailleurs empreintes d’une certaine cordialité et  d’une confiance réciproque. 
Au début de sa mission, Flacourt ne manque pas de décrire, en de termes élogieux, son prédécesseur.
«  … Je trouvais Monsieur de Pronis tout autre qu’on me l’avait dépeint et  ne connais en lui qu’une grande sincérité et une grande franchise. S’il  y a eu désordre, c’est qu’il n’a pas été obéi ni respecté, le malheur  n’étant venu que des volontaires qu’on lui avait envoyés… Je ne voulais  pas faire arrêter le sieur Pronis, ni lui rendre aucun déplaisir,  l’ayant trouvé trop honnête homme pour cela et trop disposé à faire ce  que j’eusse voulu pour le traiter de la sorte… »
Mais cette bonne  disposition envers Pronis ne durera pas et Étienne de Flacourt ne  tardera pas à montrer à quel point il est changeant, lunatique.
  

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Date de dernière mise à jour : vendredi, 06 Février 2015

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