Pierre de Chevigné

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Mettre un terme aux épreuves que subit la Grande Île

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recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com & tany_masina@yahoo.fr)

Pierre de Chevigné relance le Fokonolona

    Si  Pierre de Chevigné,,  haut commissaire de la République française à  Madagascar et Dépen­dances, débarque le 21 janvier 1948, sa première  déclaration officielle ne se fait que quelques semaines plus tard devant  l’Assemblée représentative. 

    C’est le 31 mars, à l’occasion de l’ouverture de la session ordinaire de la Chambre.

    Aussitôt, il résume en quelques mots sa mission : "Mettre un terme aux épreuves que subit aujourd’hui la Grande île,  panser les plaies, donner au Territoire une vie et une santé nouvelles…  J’aborderai ma tâche sans idée ou système préconçu, avec une seule  préoccupation : toujours agir au mieux des intérêts de Madagascar et de  l’Union française

    Pour  y arriver, il compte briser tout intérêt particulier qui s’oppose à  l’intérêt général, interdire toute politique partisane, quitte à sévir  contre tout ce qui pourrait y ressembler car seule une politique sera  appliquée, « celle de la France et de l’Union française » !

    Son  action commencera par rétablir une confiance mutuelle entre les  populations  malgaches et françaises. Il tient à rassurer d’abord la  première que la France ne confond pas l’ensemble du peuple malgache avec  « les insensés qui portent la responsabilité écrasante de la vague  d’anarchie et de crimes, qui a pu un moment faire croire à certains que  la civilisation ne pourrait s’enraciner et prospérer dans le sol de la  Grande île ». Il se réfère ainsi aux insurgés de 1947.

    Il  promet également à la communauté française en particulier, européenne  en général, que « l’Administration, l’Armée, la Colonie ont trop fait  pour Mada­gascar pour que, dans un moment de défaillance, leur œuvre  soit abandonnée ou même compromise ».

    Abordant  l’évolution politique du Territoire, Pierre de Chevigné indique qu’un  bond en avant est constaté depuis quelques années dans les institutions  politiques de l’île. 

    Évolution  qui s’est néanmoins faite « en sens inverse de celle des grands pays  démocratiques, tels que la France et l’Angleterre ». 

Dans  ces pays, le citoyen commence à prendre conscience de ses droits et  responsabilités au sein de sa commune, dans sa ville. « La première des  libertés dont il a joui, fut la liberté communale. »  Il débute en  gérant les intérêts locaux, puis provinciaux. « Ce n’est qu’à la fin de  leur évolution politique que les citoyens de ces grands pays  démocratiques sont intervenus dans la direction des affaires de l’État  par la création de Parlements nationaux. »

Au  contraire, le peuple malgache a au Parlement français des représentants  , « qui tranchent des intérêts suprêmes de la Métropole et de l’Union  française », sans intervenir dans la gestion des collectivités locales,  c’est-à-dire de ses intérêts personnels immédiats. 

«  Ceux-là sont gérés par voie d’autorité par des fonctionnaires sur la  désignation desquels il n’a rien à dire. C’est un contre-sens », martèle  le haut commissaire qui promet de le supprimer.

C’est  ainsi, que traçant brièvement l’objectif de son programme, il mentionne  la prise de responsabilité, si petite soit-elle, de tout Malgache dans  les affaires de la collectivité locale, la suppression de « tout écran »  existant entre les chefs de district et la population. « Je veux  redonner une vie réelle aux Fokonolona. Ce ne sera pourtant pas une  tâche facile. »

Esquissant  son projet de gouvernement, qui se réalisera sous le signe du réalisme,  il déclare en substance : « Il est impossible de prévoir un régime  uniforme pour toute l’île. Il nous faudra faire preuve d’empirisme et de  souplesse pour nous adapter aux conditions régionales. »

Clôturant  ce chapitre, Pierre de Chevigné promet « que le peuple malgache  continuera à progresser sur sa route, fraternellement aidé par la  France. Certes, ces derniers temps, il a dû faire halte par la faute de  ceux qui, jouant les apprentis sorciers, ont plongé une partie de l’île  dans une anarchie génératrice de crimes et de ruines qui, à tous sans  exception, n’a apporté que du malheur. »

La Garde indigène pour nettoyer les zones rebelles

Par Pela Ravalitera

En  arrivant à Madagascar  en tant que haut commissaire de la République  française, le 21 janvier 1948, Pierre de Chevigné compte  rétablir  l’amitié des populations malgache et française et relancer le  développement (lire précédente Note).

Toutefois,  à cette époque, les derniers sursauts de l’insurrection commencée en  1947 se font encore remarquer dans certains points de l’île. C’est  pourquoi, pour pouvoir réaliser son projet de gouvernement, Pierre de  Chevigné inspecte le quadrilatère  Antananarivo-Fianarantsoa-Manakara-Brickaville pour s’assurer « des  progrès réalisés en matière de pacification et des moyens à mettre en  œuvre pour l’accélérer ».

Comme  il l’explique le 31 mars 1948, devant l’Assemblée représentative en  session ordinaire, ce quadrilatère englobe la zone forestière  difficilement perméable, « où les rebelles, repoussés de toutes parts à  la suite du dégagement de la zone côtière, des voies ferrées  Tananarive-Tamatave et Fianarantsoa-Manakara et de la route  Tananarive-Fianarantsoa, se sont réfugiés ».

Le  haut commissaire montre sa satisfaction devant la situation qu’il y a  vue. Des postes militaires sont implantés dans la zone. Ils ont un  double rôle. D’abord, ils assurent la sécurité des points sensibles  (ponts, bacs, routes, chemins de fer), des centres économiques  importants (usines, plantations, mines) et des centres urbains.

Ensuite,  leur mission est « d’enserrer étroitement la zone rebelle » et de  permettre d’y faire de plus en plus d’incursions destinées « à dissocier  l’adversaire, à le détruire et à ramener les populations entraînées de  force ».

Il  remarque aussi, au cours de son inspection, que de nombreux postes  statiques pourraient avantageusement être remplacés par des unités de la  Garde indigène. « Cette mesure va permettre d’entreprendre à bref délai  une série d’opérations de nettoyage, dont j’attends les meilleurs  résultats. » Dès son retour de sa tournée, il a d’ailleurs ordonné  l’étude d’une réorganisation dans le sens d’un « renforcement important  » de la Garde indigène.

Le  haut commissaire tient à faire remarquer que les troupes ne se  contentent plus de pacifier. Elles s’attellent aussi, dans certains  secteurs, à la réfection des routes et des ponts, à la construction de  pistes, de terrains d’aviation et de cantonnements. 

«  J’ai prescrit de pousser ces travaux en accord avec les autorités  civiles locales, car ils conditionnent la réalisation de l’œuvre de  pacification en cours ». Routes et ponts permettent d’implanter des  postes de plus en plus avancés et «  de se libérer de regrettables  transports à dos d’homme et des onéreux parachutages ».

Pierre  de Chevigné, en concluant, énumère les points positifs de l’évolution  de la situation militaire qui est en bonne voie, dans la zone la plus  sensible où les soumissions vont en croissant. Et avec l’arrivée  prochaine de la saison sèche, « une nouvelle phase des opérations peut  être entamée qui, je l’espère, sera la dernière ».

«  De très rudes coups ont déjà été portés à la rébellion. Après avoir  perdu l’initiative des opérations, elle a vu ces derniers mois l’étau se  resserrer  de plus en plus sur elle. Tous les jours, il lui a fallu  reculer sans cesse pour éviter de lourdes pertes. »

Sur  sa lancée, il ajoute : « Cette fois-ci, je crois que nous allons lui  casser les reins. À la fin de cette campagne qui va s’ouvrir, il n’y  aura plus de problèmes militaires, il n’y aura plus qu’un problème de  police. Certes, quelques petites bandes continueront encore à se  débattre entre les mailles du filet, quelques hors-la-loi demanderont à  la forêt de les garantir le plus longtemps possible contre le châtiment,  mais il n’y aura là rien de vraiment préoccupant. »

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Date de dernière mise à jour : vendredi, 06 Février 2015

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