CONQUÊTE FRANCAISE

wikipedia.jpgdada.jpgMadagascar Territoire Française

recueillis par Robert ANDRIANTSOA (malagasy58@gmail.com)

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A la suite du rejet malgache du projet de protectorat d’octobre 1894, la Chambre des députés vote la confiance au cabinet Ribot (372 voix contre 135), qui monte une expédition militaire de 15 000 soldats, pour moitié issus du contingent et tirés au sort. Son chef, le général Duchesne, est un colonial d’expérience (Tonkin, Algérie).

Débarquée à Majunga, l’armée progresse lentement par absence de routes aptes au charroi lourd ; les fièvres déciment la colonne (5756 morts de maladie ! 40% de mortalité au total, toutes causes confondues). Mais profitant de la faible résistance malgache, Duchesne envoie alors une avant-garde légère de 4000 hommes qui prend Tananarive le 30 septembre 1895. Le protectorat est établi (avant que les députés français ne votent le statut de colonie, en 1896) et le corps expéditionnaire est rapatrié en partie, alors que se développent des insurrections locales antifrançaises (mouvement "fahavalo").

La presse française couvre les "événements de Madagascar". Le Petit Parisien (créé en 1888 ; directeur : Jean Dupuy) est un des quatre grands journaux quotidiens parisiens qui tirent à plus d’un million d’exemplaires ; vendu à cinq centimes le numéro, il sort un supplément illustré de 8 pages chaque dimanche à destination du grand public populaire. Il envoie à Madagascar un correspondant qui accompagne la colonne Duchesne.

1.Les opérations navales (décembre 1894) : prise de Tamatave

Les troupes françaises ont occupé Tamatave. Le 28 décembre, à huit heures du matin, les croiseurs Primauguet, Depetit-Thouars et Papin, ainsi que deux canons d’une batterie de terre, ont ouvert le feu sur les postes fortifiés hovas ; leur bombardement a causé des pertes sérieuses à l’ennemi.

Les Hovas ont riposté, mais leur tir était très défectueux et leurs projectiles n’arrivaient pas jusqu’à nous.

Le Primauguet est parti le 29 décembre pour aller occuper Majunga.

Nous donnons à notre dernière page une vue générale de Tamatave.

Un appel aux armes à Tananarive

Les dépêches reçues de Madagascar disent que les Hovas se préparent à la résistance et que, dans Tananarive, leur capitale, et aux environs, des envoyés de la Reine font chaque jour des appels aux armes.

Cette effervescence d’après l’explorateur Wolff ne durera pas ; il exprime l’opinion qu’aussitôt que les troupes françaises apparaîtront, elle tombera comme par enchantement.

Il ajoute que dans beaucoup de villages, aux environs de Tananarive, les populations attendent les Français comme des libérateurs.

La présence d’officiers anglais est signalée parmi les hovas.

D’ici deux à trois jours le départ des troupes de notre corps expéditionnaire sera terminée ; dès leur arrivée à Madagascar, les opérations commenceront.

Voici le texte de l’ordre du jour que leur adresse le général Duchesne, commandant en chef de l’expédition :

"Soldats,

au moment de quitter la France pour aller me mettre à votre tête, je tiens à vous dire combien je suis fier d’avoir été choisi par le gouvernement de la république pour vous commander.

La campagne que nous allons entreprendre sera peut-être pénible ; j’estime qu’elle doit être courte. Vous saurez opposer à nos adversaires, à la maladie, aux privations, les habitudes d’une forte discipline, la vigilance dans le service, la vigueur dans l’action, l’énergie physique et morale. J’ai pleine confiance en vous.

Le gouvernement vous envoie à Madagascar pour faire respecter nos droits méconnus, y rétablir l’ordre et développer dans cette île, à laquelle tant de souvenirs nous rattachent, les germes de notre civilisation qui y ont été jetés depuis longtemps. Dans vos rapports avec les indigènes, vous n’oublierez jamais que les Malgaches sont, tous, les protégés de la France ; vous respecterez leurs personnes, leurs familles et leurs propriétés. Ceux d’entre eux qui se présenteront pacifiquement à vous devront être reçus en amis ; ceux mêmes que vous aurez combattus devront, une fois désarmés, être traités avec justice et avec douceur.

Mais si je suis décidé à ne tolérer ni abus de la force, ni violence de la part de mes soldats vis-à-vis des habitants indigènes de l’île et des étrangers qui y sont régulièrement établis, à me montrer bienveillant pour tous et à récompenser les services que les uns et les autres pourront nous rendre, je n’hésiterai pas davantage à punir selon la gravité de la faute, au besoin avec toute la rigueur des lois militaires, ceux qui ne respecteraient pas notre drapeau, le trahiraient ou tenteraient de résister au légitime exercice de mon autorité ; que chacun se tienne pour bien averti !

Général Duchesne"

C’est là un mâle langage, auquel la France applaudira."

La question de Madagascar recevra dans un ou deux mois au plus tard la solution que le pays réclame. L’expédition, commencée depuis un mois, est activement menée par le général Duchesne, et par son officier d’avant-garde, le général Metzinger, et le moment ne tarde pas où nos troupes feront une entrée triomphale dans les rues de Tananarive.

L’armée malgache, contre laquelle nos vaillants soldats ont bien moins à lutter que contre les fièvres, n’est pas constituée, on le sait, d’une façon sérieuse. A part un ou deux bataillons de troupes hovas dont l’éducation militaire est achevée, nos troupes n’auront tout le temps devant elles, que des bandes indisciplinées, mal éduquées, mal armées et ne demandant qu’une occasion favorable pour lâcher le fusil et se rendre. […].

Le premier ministre hova, par la pression qu’il exerce sur son peuple, a réussi à réunir des forces assez sérieuses et tant bien que mal il a pu mettre en ligne de 30 à 40 000 hommes qui ne résisteront pas, il est vrai, contre la poussée fiévreuse de nos soldats. Tous les fusils à pierre du palais d’Argent astiqués, dérouillés, ont armé le quart des troupes ; les autres ont des lances qui font l’admiration des méthodistes anglais à la solde du premier ministre, mais avec lesquelles on ne pourra guère nous combattre sérieusement.

Dans l’Emyrne où, d’ordinaire, on avait été jusqu’ici très chiche de revues militaires, l’altesse hova s’en donne maintenant à cœur joie et il ne se passe pas de semaine que la place d’Andohalo ou celle de Mahamasina ne jouisse du spectacle d’un défilé de troupes en loques et en haillons.

Les soldats, le fusil reluisant, vont défiler devant le premier ministre aux acclamations d’une foule abêtie par le bessabesse, sorte de boisson indigène que le premier ministre fait distribuer le plus souvent possible, depuis qu’il prêche la guerre contre la France, afin sans doute de relever le moral de son peuple.

Lorsque le vieux dictateur malgache ne passe pas en revue ses troupes, il préside des kabary en compagnie de la Reine, et, devant le peuple assemblé, il essaie d’exhorter à une résistance dérisoire ce peuple qui, depuis trois quarts de siècle, gémit sous sa férule autocratique. La France et ses justes revendications font, dans ces réunions de la populace, l’objet de discours ampoulés, plus ou moins grossièrement imagés, dont les parties sensationnelles sont appuyés par la claque officielle.

Il y a quelques semaines une grande réunion avait été convoquée sur la place de Mahamasina, près de la pierre sacrée des ancêtres, afin d’annoncer au peuple que le drapeau rouge, symbole de la guerre à outrance et de la résistance, allait être hissé sur les treize montagnes afin d’inviter tous les sujets de la Reine à défendre pouce par pouce le territoire d’Andrianampoinimerina, avec lequel a commencé à Madagascar la dynastie hova.

Le peuple, qui soulignait avec enthousiasme les grossières expressions du premier ministre, ignorait sans doute à ce moment, la marche de nos troupes d’avant-garde sur Marovoay, la prise de certains points stratégiques hovas sur la ligne de Majunga et l’intention bien arrêtée du gouvernement français de mener à bonne fin une campagne qui, si elle lui coûte la perte de quelques-uns de ses enfants, contribuera à attacher à sa couronne un des plus brillants fleurons de la mer des Indes."

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Date de dernière mise à jour : lundi, 07 Janvier 2013

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