ROGER DUVEAU

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Député (MRP, puis UDSR) de Madagascar (1946-1958)

 

recueillis par Robert ANDRIANTSOA (malagasy58@gmail.com - tany_masina@yahoo.fr)

Roger Duveau
Né le 5 août 1907 à Hortes (Haute-Marne)
Décédé le 19 janvier 1985 à Soulac-sur-Mer (Gironde)
Député de Madagascar de 1946 à 1958
Secrétaire d'Etat à la France d'outre-mer du 19 juin 1954 au 23 février 1955
Sous-Secrétaire d'Etat à la marine marchande du 1er février 1956 au 13 juin 1957
 
Issu d'une famille bourguignonne et alsacienne, Roger Duveau achève ses études à l'Ecole de commerce de Dijon de 1920 à 1923. Il débute comme employé au Linge des Vosges à Gérardmer en tant que sténodactylographe puis correspondancier. En juillet 1925, tenté par l'aventure, il part seul pour Madagascar à moins de 18 ans. Il travaille dans une plantation de café au sud de Manandjary, devient employé de commerce à Fianarantsoa puis à Tananarive où il est trois ans secrétaire de direction de la Compagnie lyonnaise de Madagascar. Cela ne l'empêche pas de reprendre ses études seul, d'obtenir le baccalauréat de philosophie en 1929 et d'entrer ainsi dans l'administration. Il étudie alors le droit et subit avec succès, comme candidat libre, les
examens de licence à la faculté de Paris (1932-1933).
Roger Duveau démissionne alors de l'administration et
s'établit comme avocat stagiaire à Majunga. Il passe ens
uite à la Cour de Tananarive dont il est le bâtonnier de
1945 à 1947. A ce moment, il entame une carrière politi
que et s'inscrit au barreau de Paris à partir de 1947.
Pour les législatives de 1946, il est l'un des cinq candid
ats qui briguent les suffrages du collège des citoyens de
statut français dans la deuxième circonscription de la Gr
ande Ile. Il bat nettement le candidat sortant, Pierre
Rossignol, avec 1 717 voix contre 880 à ce dernier
sur 3 686 suffrages exprimés. Roger Duveau s'inscrit
logiquement à la Commission des territoires d'outremer (1
946-1951) mais appartient aussi, plus brièvement, à la
Commission de la justice, à celle de la marine marchande et des pêches, à la Commission de la famille, à partir
de 1950, et à celle du suffrage universel en fin de législat
ure. La Commission des territoires d'outremer le désigne
au conseil de surveillance de la Caisse centrale de la Fr
ance d'outremer et au comité directeur du FIDES. (Fonds
d'investissement pour le développement économique et soci
al des territoires d'outremer). Enfin, il est élu juge
titulaire à la Haute cour de justice.
Les propositions de loi qu'il dépose ont
toutes trait à la situation malgache,
notamment l'indemnisation des victimes de l'insurrection de
1947 ou l'aide à Madagascar à la suite du cyclone de
1951. Il rédige également plusieurs rapports sur un proj
et de loi concernant la Cochinchine. Ses nombreuses
interventions en séance publique traitent de sujets sim
ilaires. L'une des plus importantes est celle du 8 mai 1947,
lors de la discussion d'interpellations qui suit l'insurrecti
on de Madagascar. Au terme d'un exposé nourri de faits et
d'informations, Roger Duveau met en cause à la fois la ma
ladresse des responsables administratifs successifs de
l'île et la trahison des élus malgaches, animateurs de la
révolte dirigée par le MDRM (Mouvement démocratique
de rénovation malgache). Il appelle à l'aide pour relever l'île mais réclame aussi des réformes pour maintenir la
présence française en s'appuyant à la fois sur les élites in
digènes et sur les élites françaises. Le 10 février 1948
également, il fait un tableau très complet de la situati
on économique à Madagascar qui va, selon lui, encore être
aggravée par la décision de dévaluer le franc CFA, mesure qu'il dénonce avec vigueur. Il revient sur ce thème le
21 juin 1949 : la politique économique menée outremer, nota
mment à Madagascar, aboutit à l'inflation, à la fuite
des capitaux et au manque d'invest
issements. Le second sujet de ses préoccupations est l'incohérence
administrative des territoires : les réformes judiciaires
se sont traduites à Madagascar (séance du 31 mars 1949)
par un effectif insuffisant des magistrats, un niveau des
traitements inférieur au coût de la vie locale et une
réglementation absurde des c
ongés pour certaines catégories de fonctionnaires. C'est pourquoi, le 21 février
1950, Roger Duveau approuve le projet
de réforme du statut des fonctionnaire
s d'outremer qui doit remédier aux
inégalités choquantes existant selon le statut ou l'origin
e des fonctionnaires considérés. Il est plus réservé en
revanche sur certaines dispositions du projet de code
du travail de la France d'outremer car il lui semble
impossible de légiférer de manière uniforme pour des
pays aussi différents. II déplore l'absentéisme de ses
collègues qui risquent ensuite de ne pas donner les mo
yens budgétaires allant avec la réforme qu'ils auront
adoptée par procuration. Toujours par
tisan du réalisme et des réformes modérées, Roger Duveau soutient la
politique indochinoise du Gouvernement et dénonce une
modification prématurée du système électoral en Afrique
qui aboutirait à la domination du collège unique par une minorité autochtone ou à une caricature inapplicable du
suffrage universel, étant données les conditions locales (séanc
e du 24 avril 1951). Sa dernière intervention de la
législature s'élève contre le projet de réduction des crédits
d'investissement outremer qui constituent, selon lui, un
minimum vital à la différence des inve
stissements en métropole (5 mai 1951).
Roger Duveau défend le bilan de son action dans sa profession de foi et affirme qu'il croit en l'avenir de l'Union
française et des réformes engagées pour le développement
économique de l'île. Néanmoins, le député sortant
l'emporte de peu avec 3 002 voix contre 2 985 à son co
ncurrent sur 5 987 suffrages exprimés. Au cours d'un
débat, le 22 novembre suivant, il fournit lui-même une exp
lication à ce résultat décevant, ce qui donne lieu à un
incident assez vif qui l'oppose aux députés du RPF : il me
t en cause les manœuvres électorales de certains chefs
militaires, comme l'amiral Auboyneau, fervent gaulliste,
qui avait pour but, selon Roger Duveau, d'empêcher sa
réélection. Pendant la législature, le député de Madaga
scar appartient à la Commission des territoires d'outremer,
dont il est élu vice-président (19 juillet 1951). Il siège égal
ement à la Commission de la justice et de la législation
et est membre suppléant puis titulaire de la Commissi
on des immunités parlementaires (1952-1953). En fin de
période, il est membre suppléant de la Commission des finances (1954) et, à ce titre, désigné par l'Assemblée
nationale pour faire partie de la sous-commission chargée
d'apprécier la gestion des ent
reprises nationalisées ; il
appartient enfin à la Commission d'instruction de la Haut
e cour de Justice (1951) et
fait également partie de la
commission d'enquête sur le trafic des piastres.
Toutes ces charges expliquent que Roger Duveau soit un
parlementaire aussi actif dans ses initiatives écrites
que dans ses interventions à la tribune. Il rédige dix-n
euf rapports, tant sur l'outremer que sur les problèmes
d'amnistie de faits de collaborat
ion, et neuf propositions de
loi, ainsi que quelques propositions de résolution. Ces
derniers textes concernent soit l'outre
mer (fixation de la parité du franc CF
A), soit l'organisation administrative
(recrutement et soldes des fonctionnai
res civils et militaires d'outre-mer).
Roger Duveau, en dehors des nombreux rapports qu'il ex
pose en séance, participe à deux grands débats
politiques de la législature. Le premier concerne la loi d'am
nistie des faits de collaborat
ion dont il est rapporteur et
dont la discussion occupe une partie des séances de l'Assemblée nationale, en première comme en seconde
lecture, de novembre 1952 à juillet 1953. Le second, dont
il est également rapporteur au nom de la commission
des immunités parlementaires, a trait à la demande d'aut
orisation de poursuites c
ontre les députés communistes
Jacques Duclos, Etienne Fajon, François Billoux, Raymo
nd Guyot et André Marty. Le Gouvernement estime que
l'action de ces derniers contre la guerre d'Indochine relè
ve d'une entreprise de démoralisation de l'armée et de
sabotage de la défense nationale. Roger
Duveau, au contraire, conclut par la négative, les faits incriminés
relevant de la liberté d'opinion et de l'action politi
que (séance du 6 novembre 1953). Les députés les plus
conservateurs comme certains membres du Gouvernement
n'apprécient guère ce respect scrupuleux des règles
de l'Etat de droit, à ce moment particulièrement difficile pour la France.
Cette intense activité lui vaut d'être choisi par Pierre
Mendès France pour occuper les fonctions de secrétaire
d'Etat à la France d'outremer pendant la période où celui-
ci est président du conseil. Cette fonction ne lui donne
l'occasion d'intervenir qu'une seule fois dans les débats, à propos de la discussion d'une proposition de loi
relative à l'organisation municipale dans les territoires
d'outremer. Après son retour sur les bancs de l'Assemblée
nationale, Roger Duveau est le rapporteur spécia
l du budget du service des poudres et essences.
Lors des élections du 2 janvier 1956, à la différence des
scrutins précédents, Roger Duveau défend les couleurs
d'un parti, l'UDSR, en position charnière dans la majorité de centre gauche qui l'emporte alors. Face aux
problèmes qui agitent l'Union française à cette date, Roge
r Duveau adopte, dans sa profession de foi, des prises
de position résolument réformatrices et fait une crit
ique en règle de la politique d'outremer de la IVème
République et des contradictions cont
enues à cet égard dans la Constitution de 1946. Il est vrai qu'il se présente
cette fois dans le collège des citoyens de statut perso
nnel qui compte 309 540 inscrits et est le seul Français
d'origine en lice. Cette double originalité ne l'empêche pas de
rallier une très large majorité qui plébiscite l'ancien
secrétaire d'Etat du gouvernement Me
ndès France : il obtient 238 474 su
ffrages contre 71 au député sortant,
Pascal Velonjara, dont les électeurs ont presque tous fait
défection, le second, le professeur Ralijaona Laingo
étant loin derrière avec seulement 18 745 voix. Pendant la
dernière législature du régime, Roger Duveau retrouve
ses sièges dans les mêmes commissions que précédemment
: territoires d'outremer, justice, finances. Il dépose
deux propositions de loi, l'une modifiant la loi relati
ve à l'élection des députés des territoires d'outremer à
l'Assemblée nationale, l'autre tendant à restituer à la prat
ique médicale des vaccinations un caractère facultatif.
Nommé sous-secrétaire d'Etat à la marine marchande dans le cabinet Guy Mollet le 1er février 1956, Roger
Duveau siège pendant la moitié de la législature (jusqu'au 13
juin 1957) sur le banc des ministres. A ce titre, il
intervient pour défendre les budgets
de son administration ou répondre aux questions orales des députés. C'est
notamment pendant cette période qu'est prise la décis
ion de la mise en chantier du paquebot de l'Atlantique -
Nord plus connu par la suite sous le nom de France
. Redevenu député, Roger Duveau préside le groupe
parlementaire de l'UDSR. Le 11 mars 1958, il critique l'insuff
isance de la loi sur l'amnistie dans certains territoires
d'outremer et en particulier à Madagascar, le projet
gouvernemental étant très en retrait par rapport aux
promesses faites par les prédécesseurs de l'actuel mini
stre, Gérard Jacquet. Lors de la crise finale de la IVème
République, Roger Duveau ne vote pas la confiance au général de Gaulle.
Parallèlement à ses fonctions parlementaires, Roger Du
veau a été maire de Tessancourt
(Seine-et-Oise) de 1953
à 1959 et conseiller général de Tamatave (Madagascar) de 1956 à 1959. Après cette date prend fin la carrière
politique de Roger Duveau.
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