Divination

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fruit des pratiques magico-religieuses héritées des Arabes

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recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com & tany_masina@yahoo.fr)

Présentation

Sikidy (terme malgache signifiant "divination", prononcer s'kid') est le titre donné au site web présentant les recherches menées sur les savoirs traditionnels liés à la géomancie à Madagascar, par un groupe interdisciplinaire de chercheurs associés dans le cadre d'un programme soutenu par l'ACI "Histoire des savoirs" du Ministère français de la recherche (2004-2007).

La géomancie, dans sa forme malgache ou ses variantes africaines et arabes, est une technique de divination dont les propriétés mathématiques ont été décrites dans de nombreux travaux. Généralement, ces descriptions abordent les propriétés formelles du système in abstracto, indépendemment des processus mentaux effectivement mis en oeuvre par les devins. Ce faisant, elles laissent ouvertes de nombreuses questions concernant la relation entre le modèle mathématique de la divination et les connaissances de ceux qui la pratiquent. Quelle forme de rationalité gouverne les connaissances et les actions des devins ? Le présent projet porte sur l'étude de la rationalité des savoirs et des actions dans le contexte de cette activité spécifique.

Le point de départ de ce travail est un article de Marcia Ascher paru en 1997 dans Historia Mathematica, vol. 24, p. 376-395. Pour plus de détails, voir l'article de synthèse paru en 2007 dans L'Homme, n° 182, p. 7-40, ainsi que le livre de Marc Chemillier Les Mathématiques naturelles, Paris, Odile Jacob, 2007, et le chapitre (en anglais) "Fieldwork in Ethnomathematics" du Oxford Handbook of Linguistic Fieldwork édité par Nick Thieberger, Oxford University Press, 2011, p. 317-344.

Les pratiques de divination à Madagascar sont le fruit des pratiques magico-religieuses héritées des Arabes (et de la connaissance que possèdent les population s au toc hton es). La quasi-totalité de l a Population malgache vit dans une société où les pratiques de divination sont prépondérantes.

Les pratiques de divination dans la société malgache sont centrées sur le système astrologique dit vintana. Les Malgaches ont très souvent recours au système divinatoire dans la vie quotidienne (naissance, mort, circoncision, etc ... ). Le système astrologique dit vintana traduit symboliquement le fonctionnement du système socioculturel malgache.

La représentation symbolique du monde chez les Malgaches fonctionne dans un système de valeurs données à chaque signe du vintana orienté selon les directions cardinales. Il se fonde sur les ancêtres et la place qui leur est attribuée, varie selon l'ancêtre de référence qui détermine le statut social.

ombiasy.jpgLes activités sociales dépendent de la consultation des graines du sikiZy. Les  pratiques sociales dans la vie quotidienne sont le résultat, la plupart du temps, des conseils et des diagnostics proposés par les devins.

Pour. comprendre la société malgache, il faut étudier les pratiques de divination, éléments moteurs du fonctionnement des activités économiques et même  politiques. L'exercice du pouvoir chez les souverains malgaches est surtout ondé sur les relations établies entre le souver~in et les spécialistes des arts divinatoires.

Ainsi, pour consolider son Etat, Andrianampoinimerina a fait appel aux  Antemoro Anakarana, spécialistes des astres, les souverains sakalava ont été conseillés par des ombiasy dans leur politique de conquête.

Ali-Tawarah, en 1504, semble avoir été le premier à s'être préoccupé du problème de transmission des arts divinatoires, problème qui apparait avec l'arrivée des groupes islamisés auprès des populations autochtones de la Côte Est malgache. Le problème de la langue a été soulevé à propos de l 'utilisation de termes techniques dans les différentes activités sociales. Ce langage technique donne accès aux pratiques de divination en opposant ce qui correspond d'une part au ciel et d'autre part à la terre.

La pratique de la langue est un problème qui a préoccupé le pouvoir politique à Matigna. A cette époque, Ali-Tawarah dans son intervention (1) savait déjà qu'il existait une base commune aux dialectes, car la quasi-totalité des Mal~aches autochtones parlaient une même langue.

L'usage de· cette langue a été observé à travers tout le pays par les Anakarana et cette langue traduit un fond culturel commun aux populations autochtones.

Les spécialistes des astres ont été les premiers à 'poser le problème d'une langue aux Malgaches.

Pour les missionnaires antemDro, la recherche sur les pratiques sociales se fait d'abord dans le but de mieux connaître la grande Ile sur le plan géographique et démographique. Dans un premier temps, les deux pratiques de divination, dont l'une est maîtrisée par les Antetsimeto l'autre réservée aux Anakara, sont complémentaires tout en étant pratiquées séparément. Le système de connaissance malgache dit hasy est tiré d'une longue réflexion sur les pratiques de divination réservées aux spécialistes.

L'exemple Sakalava est la concrétisation du but recherché par Ali-Tawarah. Et Jacques Lombard illustre le système de connaissance en prenant cet exemple sakalava : "Au cours des migrations qui ont précédé la naissance de la société sakalava, la tradition orale se substitue en quelque (1) Ibid.(2) Voir J. Lombard in ~es Sakalava Menabe de la côte ouest , la société et l'art funéraire,

Malgache, qui es-tu? sorte au sorabe et. le savoir ainsi conservé par 11 intermédiaire des ombiasy va représenter la matrice du système de connaissance sakalava. Les formations idéologiques précédentes sont réorganisées dans le cadre de cette nÔluvelle II pr at i que culturelle ll qui assure leur intégration à l'intérieur d'un espace logique plus élaboré. La médecine sakalava ou, si l 'on préfère, la nosographie sakalava est une des pièces maîtresses de ce nouveau système. D'une part, elle bénéficie de la connaissance que les populations autochtones possédaient des plantes de leur région d'autre part, elle intègre cet élément dans la pratique idéologique qui assure le fonctionnement du nouveau système politique.

Les pratiques de divination malgache se répartissent en deux grandes parties: le vintana ou l'astrologie et le sikidy ou la géomancie. Cette classification est conçue au départ· par les savants Antemoro. Elle est fondée sur l'opposition de l a terre et du ciel. Les Anakara sont des spécialistes en vintana ambony ou des astres tandis que les Zafitsimeto le sont en sikidy ou la géomancie.

Chaque spécialisation traduit respectivement une connaissance très approfondie du domaine terre et du monde ciel.

Le jour entre dans le système astrologique comme élément intermédiaire. Les facteurs jour et les signes du zodiaque s'articulent dans le système astrologique malgache. Dans cette étude, la première partie traite du système astrologique ', qui se fonde sur le système zodiacal. Les douze signes du zodiaque con s t i tue nt les éléments les plus importants dans le processus du système astrologique dit vintana. Le concept vintana domine tout le système astrologique mal~ache, également les pratiques sociales voire même les structures politiques d'un royaume (1).

Le premier chapitre examine les douze signes zodiacaux, leur orientation par rapport aux points cardinaux et la place qu'on attribue à chacun de ces points. Chaque signe du zodiaque a sa sagnification propre laquelle tient compte en partie de l'influence astrale qui marque chaque individu, par exemple un enfant né sous tel signe hérite a priori de tel destin. Les ombiasy, devins guérisseurs, tiennent compte de l'importance que recouvre alors la notion de tsara ou faste, et de ratsy ou néfaste.

Le second chapitre parle des ancêtres astrbpsychologiues du vintana. Chaque signe du zodiaque correspond à un caractère du natif sous ce signe. Ce caractère a un impact sur le milieu où vit le sujet. Les enfants nés sous un signe fort doivent subir le falitss, ou 11 exorci sme dans le but de rétabl i r son vintana ou destin afin qulil ne puisse nuire ni à ses parents ni à son entourage.

Le thème andro, jour, domine la deuxième partie de ce travail. La notion de andro fito, le cycle de sept jours, y tient une place primordiale. Parmi les sept jours de la semaine, le zoma, vendredi, est conceptualisé, on le dénomme an dr o be ou "gr and jour", parce qu'il est réservé au souverain chez les Sakalava et lié au Vendredi de l'Islam.

Dans certaines populations de Madagascar, chez les Tsimihety par exemple, sabotsy ou samedi est considéré comme un jour important de la semaine. Le rituel, et toutes cérémonies se font le samedi, par exemple, la cérémonie du mariage, du jôro, offrande aux ancêtres et aux divinités.

Le modèle andro est choisi par les devins guérisseurs en fonction d'une période historique. Le zoma ou vendredi est qualifié dlandron'ampanjaka ou jour du souverain chez les Sakalava parce qulil est lié à la formation dynastique sakalava. En outre, le jour tsiny ou jour néfaste, aZakamisy ou jeudi, le jour 00 Babamino (1) a commis üne faute envers Ndrenanahary, Dieu(x) créateurs(s).

Il devient par la suite aridro fady, jour interdit. On ne doit pas travailler aux champs le jeudi. Le jour est dit fady, interdit parce qu i i l est, à llorigine, lié à une formation dynastique, à l t expans t on d'un royaume ou tout simplement lié au rituel de fondation d'un village dit togny (2).

Les jours sont accompagnés de leurs significations et de leurs correspondances respectives avec les signes zodiacaux.

Le quatrième chapitre apporte des informatiens sur les relations entre les sept jours de la semaine et le système astrologique lunaire. La durée du cycle du mois lunaire est comptée à partir du premier jour de l'apparition de la lune. Ce cycle peut varier de vingthuit à trente jours, suivant l'année embolismique et le mois manary qui élimine un ou deux jours dans le mois.

Enfin, le cinquième chapitre explique les concepts dérivés du terme vintana. En effet, l'art divinatoire se propose dlexaminer les divers concepts mis en application dans la vie quotidienne des Malgaches. Il est bien évident qu li1 faut aborder le problème linguistique soulevé par l'analyse des systèmes astrologiques mais le sujet nous empêche de nous y étendre longuement.

Les termes employés par les ombiasy, devins guérisseurs sont souvent empruntés à des termes arabes qui ont été ma1gachisés. Ce qui explique la différence entre l'usage du terme dans la vie courante des Malgaches et celui qulen fait 1 'ombiasy.

Quelle est la place du devin dans la société malgache ?

Celui que nous appelons ici « devin », pour simplifier, cumule en réalité deux fonctions : celle de prédire l'avenir, mais aussi celle de guérir ou de résoudre des problèmes. La technique des graines contribue à ces deux fonctions, par le tirage aléatoire de tableaux lorsqu'il s'agit de prédire l'avenir, et par l'utilisation de tableaux aux pouvoirs particuliers lorsqu'il s'agit de guérir. En malgache, le terme mpisikidy (celui qui pratique le sikidy, c'est-à-dire la construction des tableaux de graines) désigne la même personne que le terme ombiasy (guérisseur).

Tout le monde peut devenir ombiasy, mais c'est une fonction tenue principalement par les hommes. Les femmes peuvent l'exercer à condition de ne plus avoir leur père, ni aucun frère vivant. Il est important de souligner que d'une manière générale, les gens connaissent les règles de construction des tableaux de graines, même s'ils ne sont pas ombiasy. Nous l'avons observé dans les séances de travail sur le terrain, quand le devin avec qui nous enquêtons ne comprend pas une question. Toute l'assistance intervient pour la lui traduire dans les termes du sikidy, bien que chaque personne non devin affirme, pour son propre compte, tsy mahay, c'est-à-dire « ne pas connaître ». Le terme mahay veut dire « celui qui connaît ». Mais cette notion englobe plusieurs degrés de connaissance, depuis le non devin qui connaît les règles de base pour la construction des tableaux de graines ainsi que les termes utilisés mais ne se dira pas mahay, en passant par l'apprenti mianatsy (littéralement « celui qui apprend »), jusqu'au devin lui-même, et parfois même au grand maître désigné par le terme tsimaito en pays Antandroy. L'âge est un facteur constitutif de cette qualité de mahay. Avant quarante ans, les jeunes le sont rarement.

Le devin-guérisseur a un rôle essentiel de notable dans son village ou son quartier. Il est consulté en toutes occasions : construction d'une maison, voyage, maladie, vols ou conflits, récolte, mariage. C'est à lui qu'il appartient de faire le choix lorsqu'il s'agit de fixer une date ou un lieu. Son importance est telle que les projets de développement ouvrant dans le Sud de Madagascar ont compris la nécessité de recourir à lui avant de mettre en place une infrastructure. Par exemple, pour construire des impluviums (systèmes de captation et de stockage des eaux de pluie), il est préférable de s'adresser au devin afin de déterminer le lieu adéquat. Celui-ci fera un choix tenant compte de tous les paramètres en jeu, notamment des tensions pouvant exister entre certaines communautés du village, ce qui permettra d'éviter les conflits. D'une manière générale, le devin s'efforce de donner une réponse raisonnable aux questions qui lui sont posées. C'est un personnage calme, réfléchi, qui inspire la confiance.

La compétence reconnue aux devins

Trois éléments concourent à définir la compétence reconnue aux devins:

  1. la possession d'objets sacrés appelés mohara,
  2. la connaissance des essences végétales appelées volohazo (plantes, bois),
  3. la maîtrise de la technique des graines (c'est-à-dire le sikidy à proprement parler).

Les mohara sont des cornes de zébu évidées et décorées par des rangées de perles, contenant une sorte de pâte épaisse et noire dans laquelle sont plantées des lames de ciseaux. Ces objets sacrés inspirent le respect et tout devin en possède un ou plusieurs. Ils peuvent s'acquérir - et dans ce cas l'apprentis devin doit y mettre le prix - ou bien se transmettre entre générations. Mais en général, on ne transmet ces objets à un plus jeune que si le destinataire fait preuve de dispositions suffisantes pour maîtriser la technique des graines et la connaissance des plantes.

Les volohazo sont les essences végétales que le devin utilise dans ses remèdes et dans les rituels qu'il pratique. Il s'agit de plantes que l'on pile ou de petits morceaux de bois que l'on gratte pour obtenir une poudre. L'ombiasy connaît une grande variété de ces essences. Au marché d'Ambovombe, dans le pays Antandroy, nous avons vu plusieurs ombiasy vendre de tels morceaux de bois sur lesquels le nom de l'essence correspondante était écrit. 

Enfin, le dernier aspect définissant la compétence du devin est la maîtrise de la technique des graines, c'est-à-dire de la construction et de l'utilisation des tableaux. Pour devenir expert dans ce domaine et se distinguer du simple connaisseur, il faut une forme d'esprit particulière et une capacité d'assimilation de règles abstraites assez complexes. Tous les devins avec qui nous avons travaillé font preuve d'une grande habileté sur ce point. En revanche, d'autres informateurs rencontrés lors de ces missions, n'ayant pas les mêmes dispositions, ont eu parfois tendance à minimiser l'importance de la technique des graines et sa place dans la compétence des devins.

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Date de dernière mise à jour : lundi, 23 Décembre 2013

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