Le Famadihana

wikipedia.jpgdada.jpgLe retournement de mort

recueillis par Robert ANDRIANTSOA (malagasy58@gmail.com)

 famadihana3.jpgLe famadihana, ou retournement des morts, est une coutume funéraire que l'on rencontre dans la plupart des tribus de Madagascar. Bien qu'apparu assez tardivement semble-t-il dans l'île (peut-être seulement après le XVIIe siècle), tout au moins sous sa forme actuelle, le famadihana se situe dans le prolongement de la vieille coutume des « doubles funérailles » très répandue avant l'époque moderne en Asie du Sud-Est mais aussi en egypte antique ainsi que dans le Proche-Orient ancien (dans l'ancien Israël, à Babylone ou par les zoroastriens en Perse)et dans la Grèce antique.

Selon la philosophie malgache, à la manière de la philosophie de l'Egypte antique, les mânes des défunts ne rejoignent définitivement le monde des ancêtres qu'après la corruption complète du corps, au bout d'une longue période pouvant durer des années, et après l'accomplissement de cérémonies appropriées. Le rituel consiste à déterrer les os des ancêtres, à les envelopper cérémonieusement dans des tissus blancs et frais (lamba) et à les promener en dansant autour de la tombe avant de les réenterrer. À Madagascar cependant, cette réinhumation (littéralement retournement) finit par devenir périodique, en général tous les sept ans, dans une grande festivité réunissant tous les membres du groupe. À cette occasion, les linceuls de soie recouvrant les restes mortuaires décomposés de plusieurs corps sont renouvelés.

L’origine de cette coutume est en fait la mort d’une personne survenue loin de sa région d’origine qui nécessite le rapatriement de sa dépouille dans le caveau familial afin que cette personne repose auprès des siens.
Cette opération est toujours réalisée en saison sèche pour des raisons sanitaires et la date est déterminée par le Mpanandro, véritable devin et personnage très respecté qui fait office d’astrologue dans les villages de Madagascar. Il est consulté à chaque événement important de la vie : famadihana, mariage, voyages, circoncision …etc.

La deuxième occasion de pratiquer le famadihana est en fait une manière d’honorer les ancêtres et de les empêcher d’avoir froid en leur procurant un nouveau linceul appelé lamba mena.

Cette cérémonie très gaie, qui a lieu plusieurs années après le décès, nécessite l’exhumation du corps, porté par les hommes, eux mêmes entourés d’autres hommes, femmes et enfants qui forment une véritable procession en chantant au rythme des instruments de musique.

Une fête exceptionnelle, le famadihana ou nouvelles funérailles

S’il est une tradition singulière à Madagascar, il s’agit du famadihana connu également sous le nom de « retournement des morts ». Véritable communion entre les familles et leurs ancêtres, ce rite funéraire est unique au monde.

Le culte des ancêtres se pratique dans tout le pays avec des variantes régionales. Il consiste en l’exhumation des morts. Lors de la cérémonie, les défunts accèdent au statut d’ancêtres et apportent leur bénédiction à leurs descendants. Suivant les pratiques et les finances de la famille, le rite est organisé tous les 3, 5 ou 7 ans, un nombre pair étant généralement tabou (fady). Le jour et l’heure sont établis par un astrologue appelé mpanandro. Le mpanandro est un personnage important. Il fixe les dates des célébrations familiales dont le famadihana. Selon la tradition, le mpanandro choisit le meilleur moment en consultant les ancêtres. Parfois des évènements annonciateurs provoquent l’organisation d’un famadihana. C’est le cas quand un ancêtre rend visite en rêve à l’un de ses descendants (zana-drazana) pour lui signifier qu’il a froid et demander qu’on lui change ses linceuls (lambamena). En général, la date de lla cérémonie est décidée un an à l'avance.

Pour la circonstance, une fête est organisée durant l’hiver austral (entre juin et septembre) dans une demeure située non loin du tombeau familiale. La famille, les amis et les habitants du village qui connaissaient les personnes célébrées y sont conviés. Le famadihana est un moment de retrouvailles important. Pendant plusieurs jours, les convives festoient, dansent et mangent au rythme d’un groupe de musiciens (mpidsoka sodina ou mpihira gasy pour les familles plus aisées) recruté pour l'occasion. La troupe est composée de plusieurs instrumentistes : des percussionnistes munis de tambours malgaches (langoroana) donnent le rythme, accompagnés d'un ensemble de flûtistes jouant de la sodina (flûte traditionnelle malgache).

Les proches des morts célébrés sont vêtus de tenues raffinées confectionnées pour l’occasion. La famille a choisi les couleurs des costumes selon les conseils du mpanandro qui indique les couleurs fady (cette fois-ci le rouge et le noir). Chacun porte également un élégant chapeau de paille. Les invités se succèdent à l'intérieur de la maison où la famille sert un repas copieux à base de riz et de viande grasse (vary be menaka) qu'elle a préparé pour tous. Souvent le festin est arrosé de toaka gasy, sorte de rhum local, mais ce n'est pas le cas aujourd'hui. La famille de Jery attendra que la cérémonie soit terminée avant de consommer de l'alcool.

La veille, des membres de la famille se sont rendus au tombeau pour le miantso razana (l'appel des ancêtres). Il s'agit de parler aux défunts pour les avertir qu'ils doivent être prêts pour la fête du lendemain. Le matin du famadihana, une personne de la famille (souvent l'aîné) ouvre le tombeau à l'heure décidée par le mpanandro. En début d'après-midi, une procession s’organise avec à sa tête les proches. Elle quitte la demeure familiale pour se rendre au tombeau en traversant le village puis en empruntant des sentiers de la campagne environnante. Les portraits des défunts sont tendus vers le ciel, le drapeau malgache flotte dans le ciel bleu.

Le chemin emprunté n'a pas été choisi par hasard, c'est également le mpanandro qui a décidé du trajet. Généralement celui-ci veille au bon déroulement de la cérémonie, mais cette fois-ci il ne pouvait être présent. Il a néanmoins donné ses consignes à la famille. Le cortège marque des pauses à intervalles réguliers. Le rythme des tambours s’accentue alors pour appuyer les danses de la tête du groupe.

Enfin la procession arrive près du tombeau. Se plaçant en face de l'entrée, le groupe danse de plus belle, agitant au dessus des têtes les nattes en raphia qui serviront à porter les corps. Un des membres de la famille grimpe sur le tombeau pour y placer le drapeau malgache. La musique et les danses cessent alors pour laisser la parole au chef du fokontany (village) qui donne son accord pour l'ouverture du tombeau.

Quelques hommes de la famille pénètrent à l'intérieur du tombeau. On les nomme les mpamoaka razana (ceux qui font sortir les corps des ancêtres). Ce sont eux qui connaissent les noms et places de chacun. Ils enveloppent les corps dans les nattes de raphia neuves apportées à cet effet, puis les exhument en commençant par les plus anciens. Les dépouilles sont transportées, au rythme de la musique, vers un lieu désigné par le mpanandro. Un des rôles du famadihana étant de réjouir les ancêtres, ceux-ci sont placés au Sud de l'édifice pour pouvoir profiter de la chaleur du soleil. Les corps sont déposés sur les genoux des proches. Puis la musique se fait discrète, le moment est au recueillement. La famille montre à l'assistance des photographies des personnes décédées. Alors que nous pensions que ce moment serait quelque peu mélancolique, à notre grand étonnement, il n'en est rien.

Une piste de danse est improvisée face au tombeau. Pendant près de 3h, les musiciens jouent sans relâche des airs entrainants sur lesquels se succèdent les danseurs. Cette agitation soulève beaucoup de poussière nous évoquant les fameux bals du même nom.

Après une trentaine de minutes de recueillement, les corps sont enveloppés avec de nouveaux linceuls. La famille de Jery a choisi de recouvrir d'abord chaque ancêtre avec deux lamba tavoahangy, tissus de qualité ordinaire mais très résistants. Puis un lambamena est disposé par-dessus. Les lambamena sont des étoffes fines en soie naturelle utilisées pour l'occasion. Parfois des offrandes sont glissées sous les linceuls. Ce sont de petites choses que le mort appréciait de son vivant telles que de l'argent, un livre ou encore une bouteille de rhum.

Une fois les corps enveloppés dans de nouveaux lambamena, ils sont soulevés et emportés pour une dernière danse autour du tombeau. Selon la coutume, sept tours seront effectués. Chaque détail à son importance. Par exemple, il est fady (tabou) d'emmener les corps tête en avant. Ce moment est intense. Il s'en dégage une impression de totale communion entre les ancêtres et leurs descendants. D'ailleurs, la danse suit le rythme de la musique et quand celle-ci s'accentue les porteurs lèvent les corps vers le ciel en poussant de grands cris de joie.

Le famadihana terminé, chaque corps retrouve sa place dans le tombeau. Lorsqu'une personne décède, sa dépouille repose dans un premier temps dans une partie inférieure du tombeau. Après quelques années, les corps sont déplacés sur de grandes dalles plates en hauteur. Dans le cas présent, les corps des grands-parents ont été déposés sur une dalle située face de l'entrée, ceux des femmes ont été placés sur la gauche et ceux des hommes sur la droite.

La tradition veut que les jeunes membres de la famille s'arrachent des morceaux des nattes qui ont servi au transport des corps. Placées sous le lit conjugal, elles apporteront protection et fertilité. La fête terminée, chacun retourne à la demeure familiale par le chemin de son choix. Dans la soirée, le tombeau sera de nouveau scellé.

La coutume veut que les proches se partagent les nattes ayant servies au transport des morts. Celles-ci étant censées amener protection et fertilité.

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Date de dernière mise à jour : mardi, 27 Novembre 2012

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