Le Fitampoha

wikipedia.jpgdada.jpgLe bain de reliques sacrés

recueillis par Robert ANDRIANTSOA (malagasy58@gmail.com)

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Le fitampoha est la cérémonie dynastique du souvenir des rois sakalava qui a lieu tous les 10 ans depuis 1904 et tous les 5 ans depuis 1988. Celui de 2004, un siècle après la colonisation française, n’a plus rien à voir avec les cérémonies qui ont eu cours tout le long du XXe siècle. Un nouveau cap est franchi. Après avoir été à l’origine, un rituel des prémisses, après s’être commué en culte guerrier, célébrant le retour de la chasse ou d’expéditions menées contre les peuples voisins, cette institution s’est naturellement chargée d’un sens politique au moment où Ndriandahifoutsy, premier roi attesté de la dynastie sakalava maroseragna, a étendu le territoire royal vers l’ouest : intégration des étrangers, contrôle des alliances et affermissement du pouvoir royal. Avec le temps, le fitampoha est devenu le cadre de la stabilisation des lignées à chaque succession royale, de sorte que la généalogie des rois sakalava, reconstituée par les historiens, montre que la succession dynastique du Menabe a suivi les règles de préférence patrilinéaire et de primogéniture. Avec la colonisation, la question de la légitimité lignagère est devenue une affaire plus formelle que réelle. L’interrogation suscitée par le déroulement du fitampoha 2004 a alors porté sur le poids relatif de l’histoire royale au regard des évènements contemporains. On s’est demandé si le « passé étant mort, l’histoire ne serait pas en train de ressusciter esthétiquement ». En tout état de cause, le fitampoha du troisième millénaire n’est plus aujourd’hui que le lieu d’inscription des rapports externes en rapport avec l’autonomie régionale. C’est un espace symbolique révélateur de la fragmentation sociale des lignées en rupture avec les ancêtres. Tout se passe comme si les procédures administratives pouvaient servir directement la cause des solidarités horizontales instituées dans les « familles recomposées » sakalava et se substituer aux légitimités ancestrales.

En Août mais tous les 5 ans, les Sakalava du Menabe se donnent rendez-vous à Belo sur Tsiribihina pour le Fitampoha. Cette année, elle s'est déroulée du 26 Août au 3 septembre.

     Les reliques sacrés que les Sakalava nomment "Dady" ou "Jiny" sont les restes symboliques des souverains. Lorsqu'arrive la date des ablutions sacrées, les fidèles se groupent autour de la tente centrale, la conque de marine résonne, les appels des tambours deviennent frénétiques et tous les cuivres se déchainent. De temps en temps des salves sont tirées... quand les fusils fonctionnent et un à un, les 9 gardiens des reliques royales fixent sur leurs épaules ou attachent à leur ceinture le précieux fardeau qu'ils doivent transporter processionnellement jusqu'à la Tsiribihina. Les porteurs sont coiffés et ceinturés de rouge. Un pagne de tissu imprimé leur recouvre les reins. Ils sont précédés et suivis de gardes portant fièrement de vieux fusils datant de la campagne de Russie ou des sabres plus vieux encore, et dont la rouille a mangé par endroit plus de la moitié de la lame.

     Le lieu des ablutions, choisi est parfaitement dégagé. Il est nécessaire, en effet, que les reliques soient trempées dans une eau vierge de souillure. La coutume, d'ailleurs, veut que pendant le Fitampoha, aucun déchet ne soit déversé dans le fleuve en amont de l'endroit où le bain doit se dérouler et que les boeufs eux-mêmes s'abstiennent de passer à gué. Il est juste de reconnaître que, soit par vénération, soit par crainte superstitieuse, cet interdit est respecté.

     Arrivés sur le bord du fleuve, les porteurs de reliques observent un temps d'arrêt puis s'engagent dans l'eau jusqu'au-dessus de la ceinture. Alors, à tour de rôle, tandis que résonne la conque, ils sortent de leurs minuscules réceptacles de cuir les restes des anciens Mpanjaka. Ce sont des restes symboliques: des os frontaux, en signe de lucidité, de science et d'intelligence; des dents, en signe d'éloquence; des ongles, en signe de fermeté et de constance; des rotules, en signe de souplesse et de diplomatie... Ces reliques sont immergées avec lenteur, puis frottées doucement d'une écorce spéciale, sous les yeux du Mpanjaka en exercice et de ses descendants. Après le bain, le cortège quitte le fleuve et regagne le terre-plein sur lequel est dressée la tente et où les réceptacles contenant les reliques sont mis à sécher sur des pieux. Une dernière nuit s'écoule au milieu des réjouissances et, dès le lendemain matin, le retour solennel des restes s'effectue en pirogues et en canoë jusqu'à Belo-sur-Tsiribihina.

     Pendant 30 années, des reliques prélevées des dépouilles de 4 ancêtres royaux de la région du Menabe, et appelés "Efadahy masina", ont été installées dans le "zombabe" du doany Atsimo. Le doany, un lieu sacré où des croyants de cette coutume cultuelle, de tous les horizons viennent chaque année se recueillir devant les esprits morts afin d'obtenir leur faveur, richesses, protection contre les mauvais sorts... ou autres bénédictions. L'année qui suit, ils viennent remettre des offrandes, consistant le plus souvent en don pécuniaire, en signe de reconnaissance des avantages octroyés par les ancêtres.

Le bain de relique royale chez les Sakalava du Menabe


Ainsi , les anciens rois Sakalava détenaient un pouvoir absolu qu'ils puisaient dans le culte des " Dady " ou " Jiny " , restes symboliques des rois défunts . Selon une légende Sakalava , un roi a eu l'initiative de baigner les ossements de ces ancêtres dans la Tsiribihina pour apaiser leur courroux et par conséquent éradiquer la longue et inquiétante période de sécheresse qui a sévi dans son royaume .


Autrefois la cérémonie durait des semaines .Les gens arrivaient de toutes les régions du royaume du Menabe vers Belo-sur-Tsiribihina pour vénérer les rois défunts . Aujourd'hui , c'est tout les cinq ans que le Fitampoha est célébré à Belo-sur-Tsiribihina , capitale de la dynastie des Sakalava qui appartient au roi Toera et au prince Kamamy. La cérémonie se déroule sur un îlot de sable nommé Ampasy, au milieu du fleuve Tsiribihina, et c'est là que les reliques royales seront amenées par les Mpibaby , porteurs coiffés et ceinturés de rouge et lavées par les Mpiamby.


Une fois les Dady séchés et enduits de graisse de zébu conservée une semaine auparavant en vue du sacrifice ,certains viennent s'y prosterner pour demander la bénédiction des Ancêtres . Le lendemain c'est le retour solennel des reliques à Belo-sur-Tsiribihina . les Dady sont remis à leur place jusqu'à la prochaine cérémonie.


Durant toutes la cérémonie à Ampasy , lieu des ablutions , on inversera la direction des points cardinaux ,rites symbolisant le retour à l'époque où fut fondé le royaume Sakalava ; on ressuscite le passé pour donner la vie aux ancêtres ,en un mot le Fitampoha.


La guerre des Réliques Sacrée

Le Tribunal de Mahajanga avait prononcé le 23 juillet 1958 un verdict en faveur des nordistes pour la garde des "masina". Depuis cette date, les gardiens du Doany du Nord n'ont cessé de trouver le moyen de récupérer ces "masina", car de leur avis, ils en étaient les véritables acquéreurs. Les sudistes, dépités, avaient brûlé leur propre "doany" afin que les gens du nord ne puissent s'en emparer. Selon la version des sudistes, quand le "doany atsimo" avait été incendié, les reliques qui s'y trouvaient ont été consumées par les flammes, donc disparues. Mais selon les dires des descendants princiers qui gardent le "doany atsimo", ce sont les gens du nord eux-mêmes qui auraient commis cet acte en tâchant de subtiliser au préalable les "masina". Tongozo, une personnalité royale du nord décida alors de s'enquérir d'autres reliques pour pouvoir perpétuer la coutume du Fitampoha. A cet effet, il envoya le prince Pierre Mohanjy pour demander cet objet sacré dans le Menabe auprès des descendants de la dynastie royale Kamamy, les héritiers princiers de cette région. Le prince Pierre Kamamy, alors roi de cette région, a accepté cette sollicitation et a écrit une lettre comme preuve de cet accord. Une délégation constitué de deux hommes et de deux femmes était partie quérir les reliques. Le 17 novembre 1961, le prince Pierre Kamamy s'étant rendu à Miarinarivo pour constater les états des choses, avait désigné le "doany atsimo" comme étant plus approprié pour recevoir les reliques, car plus respectueux des coutumes. Après bien des tractations plus ou moins fallacieuses pour obtenir la garde des "masina", le 8 janvier 1973, Désiré Noël Randrianirina, prince héritier du "doany atsimo" emmenant avec lui un régiment de militaires, était venu les prendre de force. Depuis, les reliques n'ont pas changé de place.

Des enjeux plus économiques que spirituls

Les gens du "doany atsimo" ont commis des actes profanatoires en ayant changé plusieurs aspects du Fitampoha. En effet, déjà par la constitution du "zombabe"(l'abri du "masina"), si jadis il était en paille et en bois, dans le "doany atsimo" un bâtiment en dur couvert de tôles métalliques en tient aujourd'hui lieu. Pour la clôture appelée "valamena", des piliers en béton armé ont remplacé les piquets en bois. En outre, certains aspects de la pratique même du Fitampoha ont abandonné leur originalité. La musique s'est modernisée... Ecoeurés par cette modernisation qu'ils assimilent au sacrilège, et par souci de retrouver cette originalité perdue, les descendants princiers du nord tiennent à récupérer les "masina" pour que ceux-ci retrouvent leur vraies valeurs.

Les Sakalava du Menabe ont pour leur part le célèbre Fitampoha. Les reliques sont sorties de leur «zomba» à Belo sur Tsiribihina et acheminées jusqu’à Ampasy par des porteurs attitrés en pagne et bandeaux rouges. Les festivités sont alors ouvertes avec danses, chants, lutte traditionnelle «Moraingy». Pendant une semaine les ancêtres sont à l’honneur dans un décor magnifié par la pleine lune et les couchers de soleil rouges. Les reliques sont suspendues à des poteaux alignés sous une tente blanche appelée «rivots». Pendant le Bain des Reliques il est interdit de se chausser et de traverser la rivière Tsiribihina. Toute la cérémonie est régie par des «fomba» (coutumes) et un protocole bien rodé jusqu’au «Valabe» final décrit comme un grand moment de défoulement collectif.  Pour rejoindre Ampasy il y a l’hélico, la descente de la Tsiribihina, et la (longue) route Tana-Antsirabe-Miandrivazo-Malaimbandy -Morondava- embarcadère Sainte Mary.

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Date de dernière mise à jour : mardi, 13 Août 2013

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