Les Jumeaux de Mananjary

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recueillis par Robert ANDRIANTSOA (malagasy58@gmail.com)

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Les jumeaux de Mananjary : entre abandon et protection

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De g. à dr. Ignace Rakoto, Gracy Fernandes et Nelly Ranaivo Rabetokotany, auteurs de l'ouvrage sur l'abandon des jumeaux antambahoaka (Photo Hery Rakotondrazaka)

 

Avant-propos

L’étude du tabou sur les jumeaux a été menée pour comprendre le maintien jusqu’à nos jours d’une coutume ancestrale dans la communauté antambahoaka de la région de Mananjary – Madagascar. Plusieurs nuances sur les comportements des différents acteurs du tabou ont été identifiées à travers les témoignages recueillis auprès des jumeaux, enfants-adolescents-adultes, des familles biologiques et des personnes œuvrant à la protection des jumeaux. Les entretiens avec les différents acteurs concernés par le tabou se sont tous déroulés dans des moments d’intense émotion où sanglots, pleurs et gorge nouée sont venus confirmer la réalité d’une souffrance refoulée et difficilement contenue. Des témoins ont également exprimé leur fierté d’avoir bravé le tabou et ont exprimé leur joie d’avoir donné naissance à des jumeaux. Un refus de l’interdit frappant les jumeaux existe au sein de la communauté antambahoaka et ceux qui ont accepté d’apporter leur témoignage ont essayé discrètement de transmettre leur espoir d’une prise de conscience, au sein même de la communauté antambahoaka, en faveur de la suppression du tabou. Ces personnes demandent la protection de l’Etat, non seulement en termes de soutien moral et matériel, mais particulièrement en termes de mesures sages et clairvoyantes qui leur permettront d’être antambahoaka tout en étant délivrés de l’interdit jeté sur les jumeaux. Les auteurs adressent leurs remerciements à toutes les personnes ayant accepté de partager leurs vécus et leurs expériences sur le tabou sur les jumeaux, aux autorités administratives du district et de la ville de Mananjary, aux mpanjaka antambahoaka, (chefs coutumiers) de Mananjary, au Directeur des Droits Humains et des Relations Internationales au Ministère de la Justice, coordinateur du Projet Appui à la Promotion et à la Protection des Droits de l’Homme Lucien Rakotoniaina, à Casimira Benge, Chef de la Section Gouvernance pour la Protection de l’Enfant auprès d’UNICEF Madagascar à l’époque de la rédaction de la présente étude, à Sara Siglinnofi, au Père Sebastian Quadros, à Pierrot Men, Samuel Martel Razafindrakoto, Christian Benoît Rasolonirina, Lantoniaina Ralaimidona, Alain Andriamiandravola, Marcel Rabenila, Augustin Thierry Zaonarivelo, Raymond dit Kosma, Fidy Rajaonson, Ranaivo Rajaonson, Xavier César Rakoto et Gabin Alphédore Nandrasana Drs Gracy Fernandes • Nelly Ranaivo Rabetokotany • Ignace Rakoto

Antananarivo, Juin 2011

Introduction

En 2007, L’étude sur les jumeaux de Mananjary, éditée par le Ministère de la Justice de la République de Madagascar et réalisée par le CAPDAM, a apporté les premières réponses tangibles pour lutter contre un phénomène d’un autre temps, l’interdit jeté sur les enfants jumeaux. La question est abordée d’un point de vue anthropologique et historique. La situation actuelle des enfants jumeaux de Mananjary et de leurs parents biologiques y est mise à jour à partir du constat suivant : l’abandon crée une souffrance psychologique parmi les enfants jumeaux délaissés par leurs familles biologiques. Deux interrogations ont accompagné l’investigation : les familles biologiques des jumeaux abandonnés ressentent-elles la même souffrance ? Peut-on solliciter le témoignage des principaux acteurs concernés par le tabou qui frappe les jumeaux de Mananjary ? Ce travail de terrain représente le premier essai pour briser le cycle du silence entourant le tabou. Il engage, de manière inédite, un dialogue avec les chefs coutumiers antambahoaka, les autorités administratives, les familles des jumeaux et avec les jumeaux eux-mêmes.

Une stratégie de communication contre l’exclusion des enfants jumeaux de Mananjary enrichit cette première analyse de la situation des jumeaux de Mananjary. Elle est destinée à mettre en œuvre des recommandations finales du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme, pour prendre les mesures énergiques et adéquates dans le but d’éradiquer la coutume discriminatoire frappant les jumeaux de Mananjary et d’assurer la préservation des jumeaux dans leur famille, de manière à ce que tout enfant bénéficie de mesures de protection effectives En 2008, l’UNICEF, par sa représentation à Madagascar et dans le cadre de son programme pour la protection des droits de l’enfant, approfondit l’action de protection des droits des enfants jumeaux de Mananjary en demandant au CAPDAM de poursuivre l’analyse avec une approche droit. L’étude sur les jumeaux de Mananjary avec une approche droit traite la question des jumeaux de Mananjary sous l’angle juridique et judiciaire. En vue de renforcer le réseau de protection de l’Enfant de Mananjary, il fallait mesurer l’ampleur des violences perpétrées sur les enfants jumeaux dans leur intégrité physique et psychologique, constater les violations des droits humains à l’endroit des enfants jumeaux, caractériser ces manifestations de violation dans les cadres familial, communautaire et administratif, et enfin, révéler les bonnes pratiques locales déjà existantes pour soustraire les enfants jumeaux du tabou. Les jumeaux de Mananjary, entre abandon et protection revisite, ici, en treize chapitres, ce phénomène complexe qui tend à rendre tout un district de plus en plus vulnérable. Cet ouvrage veut convaincre l’urgence d’une mobilisation des institutions de l’État malgache pour écourter la survie d’un tabou devenu préjudiciable à la communauté antambahoaka.

L’enfant et la famille

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La Convention internationale relative aux Droits de l’Enfant de 1989 accorde une protection particulière à l’enfant, notamment une protection juridique appropriée, énoncée depuis 1924 dans la déclaration de Genève sur les droits de l’enfant. Cette protection spéciale à l’égard de l’enfant en raison de son manque de maturité physique et intellectuel est reprise par la déclaration des droits de l’enfant de l’Assemblée Générale des Nations Unies en 1959. La Convention internationale relative aux Droits de l’Enfant, adoptée trente ans après la déclaration des droits de l’enfant, reprend les mêmes principes tout en reconnaissant que l’enfant, pour son épanouissement, doit grandir dans le milieu familial et dans un climat de bonheur, d’amour et de compréhension.

La Convention repose sur quatre principes : non discrimination, intérêt supérieur de l’enfant, respect des opinions de l’enfant, droit à la survie et au développement. Chaque enfant est unique. Les capacités individuelles des enfants réunies donnent une dimension particulièrement déterminante au développement social et économique mondial. Mais la population des enfants est de nos jours une des plus vulnérables. L’enfant est au centre des principes exprimés dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Les droits fondamentaux des enfants sont proclamés dans toutes les conventions et déclarations conséquentes des Nations Unies.

Madagascar, faisant siens les principes édictés dans la Convention relative aux Droits de l’Enfant, a adopté la loi n° 2007-023 du 20 août 2007 sur les droits et la protection de l’enfance. Il a intégré et reconnu dans son droit positif que, pour l’épanouissement de la personnalité de l’enfant, celui-ci doit grandir dans son milieu familial et dans un élément de bonheur, d’amour et de compréhension. L’Etat malgache, à travers cette loi, entend construire un environnement de droits et de protection pour les enfants.

Journal Officiel de la République malgache du 28 janvier 2008, p.158.

Les droits des enfants énoncés dans la loi.

• Tout enfant bénéficie des mêmes droits sans distinction aucune, indépendamment de toute considération fondée sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, l’opinion politique ou autre de l’enfant ou de ses parents ou représentants légaux, l’origine nationale, ethnique ou sociale, l’incapacité, la situation de fortune, la naissance ou toute autre situation (art. 3).

• Aucun enfant ne doit faire l’objet de quelque forme que ce soit de négligence, de discrimination, d’exploitation, de violence, de cruauté et d’oppression (art. 4).

• Tout enfant a droit à la vie, à la survie, au développement. Il a une place privilégiée au sein de la famille ; il a droit à la protection et aux soins des parents. Il a droit d’exprimer librement ses opinions, droit à la sécurité matérielle et morale.

• La famille d’origine ou élargie, les pouvoirs publics ainsi que l’État assurent de concert la réalisation de ces droits (art. 10).

L’enfant et la famille

Les parents sont les premiers responsables du développement de l’enfant ; ils assurent l’épanouissement de l’enfant, lui donnent les conditions de vie favorables, compte tenu de leurs aptitudes.

L’enfant ne peut être séparé de ses parents contre son gré. L’enfant en bas âge ne peut être séparé de sa mère, sauf circonstances exceptionnelles (ex. mère détenue).

L’enfant doit être protégé dans son intégrité physique ou morale, dans son éducation. Ces mesures de protection reviennent en premier lieu aux parents.

Le milieu familial reste le premier cadre à préserver pour l’épanouissement sain et harmonieux des enfants en général. Or, l’enfant peut être privé de son milieu et des soins parentaux et familiaux. C’est le cas dans la coutume de l’interdit frappant les jumeaux de la côte sud-est de Madagascar.

L’interdit des enfants jumeaux, connu sous le nom de fady kambana, est répandu dans le district de Mananjary, au sein de la communauté antambahoaka(2)

. Au cours des dernières années, les difficultés économiques et sociales ont amené d’autres groupes ethniques du district à adopter cette pratique.

2 Leur nom officiel est Antambahoaka. Les autochtones disent Tembahoaka, jeu de mots venant de tiam-bahoaka (aimés par le peuple).

Nous utiliserons indifféremment l’une ou l’autre formule. Elle touche désormais des familles traditionnellement non tabouisées, contrairement aux Antambahoaka qui sont les seuls à revendiquer cet interdit comme une coutume ancestrale.

Les droits non respectés en la circonstance sont le droit à la non-discrimination, les droits à la survie et au développement, le droit de vivre avec les parents biologiques, relevés dans la Convention relative aux Droits de l’Enfant, repris dans les dispositions générales de la loi nationale n° 2007-023 du 20 août 2007 sur les droits et la protection des enfants.

Le Comité des Nations Unies sur les droits humains (CCPR/C/MDG/2005/3) lors de ses 2425e et 2426e séances (CCPR/C/SR.2425 et CCPR/C/SR.2427), tenues les 12 et 13 mars 2007 s’est enquis du sort de ces enfants jumeaux de la région du Sud-Est de Madagascar. Précisément, dans le contexte des droits des enfants, lors de sa 2442e séance (CCPR/C/SR.2442), le 23 mars 2007, dans ses observations finales, le Comité a exprimé, à travers l’article 17, son inquiétude à propos du rejet des enfants jumeaux :

Tout en prenant note des explications fournies par l’Etat partie à cet égard, le Comité lui demande de prendre des mesures énergiques, adéquates, et contraignantes, pour éradiquer ces pratiques et assurer la préservation des jumeaux dans leur famille, de manière à ce que tout enfant bénéficie de mesures de protection effectives.

L’article 2 de la Convention ordonne la sauvegarde des droits des enfants contre toutes les formes de discrimination et rappelle le rôle et l’engagement de l’Etat pour la protection des enfants. Elle définit que le meilleur intérêt de l’enfant pour sa vie, sa survie, sa protection et son développement reste et demeure un environnement familial, à moins de circonstances justifiées comme énoncé dans les articles 9 et 10.

C’est à la lumière de la protection des intérêts des enfants que l’attachement traditionnel et culturel à l’abandon des enfants jumeaux dans la région de Mananjary est un phénomène dérangeant, qui nécessite une compréhension immédiate de la situation, dans le but ultime de les protéger au sein de leur famille biologique.

Pour faire face aux enjeux du quotidien de la communauté antambahoaka du 21e siècle, les trois études du CAPDAM sur le phénomène du tabou sur les jumeaux de Mananjary ont choisi le parti de la stratégie de la main tendue en interpellant l’Etat et la solidarité nationale.

La gémellité, du symbole au tabou

L’Encyclopaedia Universalis définit les jumeaux comme tous les enfants nés simultanément de la même mère. Les uns peuvent être de sexe opposé et ne pas se ressembler, ce sont les faux jumeaux, ou jumeaux fraternels. Ils sont deux fois plus fréquents que les jumeaux vrais, qui sont toujours de même sexe, et tellement semblables qu’il est souvent difficile de les distinguer

. La gémellité naturelle est le fruit d’accidents survenant au moment de la conception et elle représente, chez l’homme, en moyenne 1,25 à 1,3 % du total des naissances.

Le chiffre 2 symbolise la gémellité et incarne le dualisme, sur lequel repose toute dialectique, tout effort, tout combat, tout mouvement, tout progrès. Il est la première et la plus radicale des divisions : celle dont découlent toutes les autres. Il était attribué dans l’Antiquité à la Mère. Il désigne le principe féminin. Symbole d’opposition, mais également symbole de réflexion, ce nombre indique l’équilibre réalisé ou des menaces latentes. Ceci peut expliquer pourquoi les pratiques sont très diverses selon les contrées. Ainsi, une image double dans la symbolique peut renforcer, en la multipliant, la valeur symbolique de l’image ou, à l’inverse, en la dédoublant, montrer les divisions internes qui l’affaiblissent. Le chiffre 2 exprime donc un antagonisme, qui, de latent, devient manifeste; il traduit une rivalité, une réciprocité, qui peut être de haine autant que d’amour ; il représente une opposition, qui peut être contraire et incompatible, aussi bien que complémentaire et féconde.

1 Le terme «jumeaux» s’applique aux dizygotes comme aux monozygotes, deux types de jumeaux issus d’un mode de conception différent.

Les monozygotes, appelés « vrais » ou « identicaltwins » (jumeaux identiques)  résultent du même zygote, c’est-à-dire du même œuf. Toujours de même sexe, ils partagent le même patrimoine génétique. Les dizygotes, « faux jumeaux » ou « fraternal twins » (jumeaux fraternels) sont issus de deux ovules différents fécondés par deux spermatozoïdes. Ils ne se ressemblent généralement pas plus que des frères et sœurs non–jumeaux. Ils peuvent être de même sexe ou de sexe différent. DECAMPS M., Les jumeaux, Le Cavalier Bleu éditions, Paris, 2009.

En général, la naissance de jumeaux ne laisse pas indifférent. Le comportement provoqué par leur naissance pourrait-il relever d’une offense faite à la nature ou est-il à mettre sur le compte de croyances religieuses ?

A Madagascar, les jumeaux sont différemment considérés selon les communautés. Certaines populations malgaches regardent la naissance des jumeaux dans la famille comme un bienfait. Dans le passé, ce fut le cas des Tanala d’Ambohimanga

(2) . Aujourd’hui encore, ces Tanala du Nord acceptent la naissance gémellaire. Les Betsileo ont connu aussi la même attitude positive, d’après H. Dubois

(3) . Par contre, Standing, cité par Van Gennep (4) , constatait chez les Merina l’existence au 19esiècle de ce tabou autour de la naissance de jumeaux.

Les Merina préféraient ne garder qu’un seul enfant, cédant l’autre à quelque parent de la grande famille.

Il existe cependant, des groupes voisins des Antambahoaka qui pratiquaient récemment encore le tabou sur les jumeaux. Ce fut le cas des Betsimisaraka du Sud, dans l’actuel district de Nosy Varika. La communauté Antemoro située entre Mananjary et Manakara, dans les vallées du Namorona et du Faraoñy le pratiquent toujours avec de légères variantes. De nos jours, d’après nos informateurs lors des enquêtes sur le terrain, les Antemoro de Namorona et d’Ampasimanjeva continuent à ne garder qu’un seul des enfants jumeaux, généralement le plus solide.

2 VAN GENNEP cite DURAND, 1898, Etudes sur les Tanales d’Ambohimanga du Sud, dans Notes, reconnaissances et explorations, t. II, VAN GENNEP, 1904, Tabou et,totémisme à Madagascar, Paris, p. 177.

3 DUBOIS, H., (R.P.), 1938, Monographie des Betsileo, Institut d’Ethnologie, Paris, p.373 : « Maroa fara sy dimby ; manaova kambalahy sy kamba vavy (Ayez de nombreux descendants, faites des jumeaux et des jumelles).»

4 STANDING, H.F., 1883, Malagasy Fady, Antananarivo Annuals, n° VII, p. 79, cité par VAN GENNEP, op. cit. p. 176.

5 WEBER, (R.P.), 1853, Dictionnaire malgache-français rédigé selon l’ordre des racines, par les missionnaires catholiques de Madagascar et adapté aux dialectes de toutes les provinces, Ile Bourbon, établissement malgache de Notre-Dame de la Ressource.

6 ABINAL et MALZAC, (RR.PP.), 1987, Dictionnaire malgache-français, Fianarantsoa, imprimé à Palermo, Italie (1ère parution en 1888). A la différence du Webber, le dictionnaire Abinal et Malzac ne renferme pas de termes provinciaux.

7 RAVELOJAONA, 1937-1969, Firaketana ny fiteny sy ny zavatra malagasy (dictionnaire encyclopédique malgache), Tananarive. Publication interrompue au début de la lettre « M ».

8 BEAUJARD, Ph., 1998, Dictionnaire malgache-français. Dialecte tañala, Sud-Est de Madagascar. Avec recherches étymologiques, L’Harmattan,

Paris.

Une documentation scientifique restreinte

L’ensemble des communautés malgaches de la côte orientale de Madagascar, allant de la localité d’Ambohitsara au nord de Mananjary jusqu’à la région de Fort-Dauphin, tient ses traditions des manuscrits magico-religieux Sorabe.

Ces documents sacrés écrits en caractères arabes et exprimant la langue malgache existent à Madagascar depuis les l4e et 15e siècles. L’assertion de H. Deschamps(9) selon laquelle les Sorabe interdisent d’élever les jumeaux, n’est pas confirmée par le nonagénaire Drebaka, ancien conservateur du livre sacré à Mananjary.

La bibliographie coloniale

Les documents écrits (10) ,sur les jumeaux de Mananjary existant avant 1960 (année de l’indépendance de Madagascar) sont principalement de nature ethnographique.

Les études ethnologiques françaises de la deuxième moitié du 19esiècle – début du 20e siècle sur Madagascar se sont inscrites dans la foulée des premières observations menées par A. Grandidier à la fin des années 1860.

Les différentes populations malgaches furent ainsi progressivement répertoriées selon leur probable formation sur l’île et selon leurs us et coutumes. G. Ferrand a particulièrement étudié, sur le terrain, les populations du Sud-Est malgache, ainsi que leurs dialectes et traditions.

A la fin du 19e siècle, le tabou frappant les jumeaux est rapporté, selon les traditions orales, comme une pratique appartenant aux populations longeant la côte sud-est de Madagascar, aux populations descendant de Raminia. L’ouvrage de Van Gennep(12) évoque ce tabou, rattaché à ceux de l’enfant et de la famille, sans avancer, pour autant, une explication tranchée sur son origine: Le cas des jumeaux est [...] complexe ; d’une part, ils sont considérés comme anormaux, et de l’autre, ils revêtent d’ordinaire un caractère mythologique spécial, caractère qui à Madagascar n’est pas très net, mais l’est beaucoup plus chez d’autres peuples. Van Gennep désigne clairement les Antambahoaka comme la communauté attachée à l’observation de ce tabou et reprend des observations émises par Ferrand(13) qui décrit :

9 DESCHAMPS, H., et VIANÈS, S., 1959, Les Malgaches du Sud-Est, PUF, Paris.

10  Ils sont conservés dans les locaux de la Bibliothèque Nationale, sise à Ampefiloha-Antananarivo, dans ceux de l’Académie malgache sise à Tsimbazaza-Antananarivo (Fonds Grandidier), aux Archives Nationales de Tsaralalàna-Antananarivo.

11 FERRAND, G., 1891, 1893, 1902, Les Musulmans à Madagascar et aux îles Comores, 1er  ,2e   et 3e  fascicule, Leroux, Paris.

12 VAN GENNEP A., op.cit., p. 176.

13 FERRAND, G., 1896, Notes sur la région comprise entre les rivières Mananjara et Iavibola, Extr. Bull. Société Géogr., Paris, p. 14.

Chez les Antambahoaka du Sud-Est de l’île, lorsqu’une femme met au monde deux jumeaux, la mère et les assistants s’éloignent immédiatement, pour laisser la place à un sorcier qui les étrangle ; la famille rentre ensuite après le départ du sorcier et pleure la mort des enfants [...] ; les Antambahoaka prétendent que ces enfants ne vivraient pas, deviendraient fous ou attenteraient plus tard à la vie de leurs parents.

Il est intéressant d’évoquer l’ouvrage du Révérend Père H. Dubois (14) qui consacre  un  chapitre généraliste sur les interdictions rituelles ou fady et résume que Le fady contient quelque chose du tabou lorsque le sacré et le profane s’y mélangent dans une plus ou moins grande proportion ; qu’il se confond même avec lui dans nombre de cas de caractère plus exclusivement religieux.

Les publications récentes

Les documents récents parus depuis 1960 sont de nature anthropologique et juridique. Il s’agit d’articles de revue, de recueils de textes juridiques qui encadrent la protection de l’enfance à Madagascar et de rares études académiques touchant les jumeaux du district de Mananjary. La communauté antambahoaka est mieux connue depuis 1960 à travers le Sambatra ou la cérémonie de la circoncision, la fête septennale destinée à célébrer le mâle(15). Le cas des jumeaux abandonnés par leurs familles biologiques suscite peu de travaux universitaires, tels, à notre connaissance, la seule thèse de médecine soutenue à la Faculté de médecine d’Antananarivo, en 1989, par M. Nazir Razafindradera, thèse à l’accès malheureusement difficile. Un mémoire de maîtrise en droit, soutenu par L. Velomaro(16) , démontre que le « fady mitaiza zaza kambana » (il est tabou d’élever des enfants jumeaux) ne veut pas dire « manary zaza » (abandonner les enfants). Aussi, soutient-elle qu’il faut respecter les traditions pour éviter que les malheurs ne s’abattent sur la famille. Elle assure que la naissance des jumeaux Antambahoaka n’existe plus après la prière de nos ancêtres [...] la naissance des jumeaux, en général, est un cas rare.Tous les textes de lois destinés à la protection de l’enfant, parmi lesquels le texte sur l’adoption, sont des documents qui participent à l’étude sur les jumeaux de Mananjary. De manière générale, on a à disposition une maigre documentation, faisant penser que la curiosité scientifique sur la question a été détournée par le tabou qui frappe les jumeaux.

14 DUBOIS H. (RP), op.cit., p. 834. 15 TABAO MANJARIMANANA, X ., 1993, Ny Sambatra Antambahoaka, ISP, Fianarantsoa. - RAOMELINA, A., juin-juillet 1969, Les Antambahoaka, dans Bulletin de Madagascar. 16 VELOMARO L., 2005, Institutions traditionnelles et droits fondamentaux : le rejet des jumeaux dans le district de Mananjary, mémoire de maîtrise soutenu à l’Université de Fianarantsoa, Faculté de droit et des sciences sociales de développement. La documentation écrite

Pour comprendre l’interdit sur les jumeaux

« Pour donner un exemple d’interdit qui paraît absurde : dans beaucoup de communautés primitives on tue les jumeaux. Lorsque les jumeaux naissent, on en tue un, ou les deux : on s’en débarrasse ... Pourquoi ? Parce que les jumeaux sont perçus comme trop semblables, dans une société où il faut des différences. Une trop grande similitude, comme entre des jumeaux, rappelle la crise mimétique : les jumeaux sont effrayants parce qu’ils sont liés à la violence. La communauté a donc l’impression que, si elle gardait les jumeaux, ils les conduiraient à la violence. Ceci se retrouve dans le mythe d’Oedipe avec Étéocle et Polynice, avec Ésaü et Jacob, avec Romulus et Remus (qui ont été effectivement abandonnés par leurs parents), avec Caïn et Abel etc.

A nos yeux, il est évident que ces gens qui tuent leurs jumeaux sont dans l’erreur, mais s’ils le font, ce n’est pas pour des raisons qui leur paraissent mineures : ils le font parce qu’ils perçoivent ces enfants comme trop dangereux pour l’harmonie et la paix de leur communauté. C’est pour cette raison aussi qu’on ne les tue pas par la violence. Les tuer avec violence, les supprimer activement, serait commettre le geste interdit : le geste que l’on craint de la part des jumeaux. Alors on les « expose », c’est-à-dire qu’on les laisse mourir sans les toucher, pour être contaminé par le monde de la violence auquel on les identifie. Par la suite, on purifie leurs parents. » « Pour moi, le grand révélateur ça a été, à ce moment-là, le rôle des jumeaux dans de nombreuses sociétés. Vous savez, les jumeaux terrifient un grand nombre de sociétés, c’est vrai en Afrique, mais il y a des sociétés à l’autre bout du monde qui sont aussi terrifiées par les jumeaux. Et puis il y a des sociétés qui ne font aucune attention aux jumeaux, même des plus archaïques. Mais si on regarde ce qu’il en est des jumeaux, on s’aperçoit que les jumeaux font peur parce qu’ils symbolisent la violence extrême.

Le structuralisme a une théorie des jumeaux mais qui, à mon avis, n’est pas suffisante. Cette théorie des jumeaux c’est qu’il y a deux individus là où il ne devrait y en avoir qu’un, où il n’y a qu’une seule différence disponible, qu’une position au sein d’une culture, c’est-à-dire d’un système de classification.

La documentation écrite

Mais je pense que les peuples archaïques ne se débarrasseraient pas des jumeaux, d’un ou de deux jumeaux, ou ne feraient pas d’eux des personnages sacrés s’il s’agissait seulement d’une histoire de classification. Les jumeaux font peur, ils incarnent la violence et on s’en rend compte par le fait que dans pas mal de sociétés ce sont les parents des jumeaux qui sont soupçonnés d’avoir commis une violence, la mère surtout, qui est soupçonnée d’adultère mais aussi parfois le quartier entier où les jumeaux sont nés est considéré comme plus ou moins touché par la violence. Alors je pense que ce qui se passe c’est qu’il y a confusion entre ce que j’appelais les doubles tout à l’heure, c’est-à-dire l’exaspération de la rivalité mimétique, et les jumeaux biologiques qui se ressemblent. » « Si la violence uniformise réellement les hommes, si chacun devient le double ou le « jumeau » de son antagonisme, si tous les doubles sont les mêmes, n’importe lequel d’entre eux peut devenir, à n’importe quel moment, le double de tous les autres, c’est-à-dire l’objet d’une fascination et d’une haine universelles. Une seule victime peut se substituer à toutes les victimes potentielles, à tous les frères ennemis que chacun s’efforce d’expulser, c’est-à-dire à tous les hommes sans exception, à l’intérieur de la communauté ». (René Girard – La violence et le sacré)

« Les jumeaux étaient sacrifiés dans les sociétés primitives parce que leur ressemblance représentait la figure emblématique du déclenchement de la violence, ou bien ils s’entretuaient. Pour que s’accomplisse ce « Tous contre Tous » en « Tous contre Un », dans le délire général qui trouble les sens et la perception, il n’y a pas besoin d’une preuve irréfutable, il suffit d’un rien et le prétendu « caractère monstrueux d’un individu » va se répandre lui aussi comme une épidémie. La victime innocente est donc sacrifiée dans un premier temps et déifiée dans un second. » C’est toute l’ambivalence du processus de bouc émissaire que même les plus grands ethnologues n’ont pas su repérer ou décrypter avant René Girard.

Sources : René Girard, La violence et le sacré, Grasset et Fasquelle , Paris, 1972 ; Entretien  avec René Girard, propos recueillis par Marie Louise Martinez le 31mai 1994 au CEP de Sèvres, mht ; Hommage à René Girard par Michel Van Aerde – DOMUNI, Sciences des Religions.

La documentation écrite 72 Fanivelona, un cas d’école

La réussite de Fanivelona a obéi aux principes suivants :

• le bien-être de toutes les personnes concernées est essentiel pour arriver au résultat souhaité, avec une importance prépondérante accordée aux enfants, aux jeunes gens en âge de procréer, aux mères, etc., dans la région et hors de la région ;

• la participation des personnes-clé des mpanjaka-tangalamena et des mpanjaka, sur sollicitation pressante des autorités publiques et morales (chef de district, maire rural, médecin, sage-femme, prêtre catholique), en vue d’assurer la préservation des jumeaux dans leurs familles ;

• la prise de décision relève de la responsabilité des participants réunis en kabaro (assemblée délibérante) ;

• enfin, pour arriver à l’apaisement de chacun, des offrandes propitiatoires en bœufs consacrèrent l’événement, avec invocation des divinités et des ancêtres. Les paramètres de la réussite de Fanivelona ne sont pas évidents à Mananjary pour l’instant. Un engagement actif des chefs coutumiers et des dirigeants officiels locaux est important pour aboutir à une volonté commune de protection spéciale des enfants jumeaux victimes de violence de l’abandon.

73 Fanivelona, un cas d’école Fanontaniana : Datin’ny nanafoanana teto • Valiny : [mamaky procès-verbal] « Tantaran’ny fizoroana ny zazakambaña. Tamin’ny Alatsinina 5 juin 1982, dia vory teto Fanivelona daholo izahay mpiray razaña taranaky ROHOVA izay nifady io zazakambana io. Araka ny hevitry ny mpikambanana moa dia niara-niaiky hampikambam-bola ny fokonolona eto Fanivelona na ny mpiray razaña mañodidiña eto, ka ny fandoavana dia 60 ariary ny an’ny raiamandreny, ary 50 ariary ny an’ny olona lelahy hatramin’ny 18 taona miakatra sy vehivavy mpitondrateña tsy manambady, ka nahazo aomby iray izahay izay mividy 21.500 ariary - dimanjato sy arivo sy roy alina ariary, ombilahy fotsiloha, tohiramboña ny volony. Andro Alatsinina 5 juillet 1982 (vintana lohan’Alijady) ny namonoana an’ile fotsiloha io. Fa ny fanarenana ny vatomasina izay navadik’i Filipo olona foka dia ny Zoma 25 juin (vintana Alahasady) nanaovana ny vala. Alatsinina 28 juin 1982 no nanarenana azy sy ampiboaboana ranotsidikamboroña tamin’olona  enimbavy tsara añarana izay nanao izay. Ny lanonana moa dia ny andro Alatsinina 5 juillet 1982 io no nanaovana azy, sady nizoroana tamin’Andriamanitra sy ny Razana. Ka dia hatramin’io andro io nankaty dia azo tezaina ny zazakambaña izay nomen’Andriamanitra azy. » Izay no nizoroanay, ary dia mandrak’ androany.Ary ny lohatrañonay eto Fanivelona dia tsy misy lohatraño tsy misy zazakambaña, misy zazakambaña daholo, an-han, ary le zazakambaña tsy misy maty ampitizana izany fa velona daholo hatraminy nanôvanay an’io ".

Question : Date de la suppression ici [à Fanivelona] • Réponse : [lecture du procès-verbal]

« Compte rendu de la prière aux ancêtres concernant les jumeaux. Le lundi 5 juin 1982, nous tous descendants de ROHOVA et soumis au tabou sur les jumeaux étions réunis à Fanivelona. Selon l’avis des membres du clan, le fokonolona de Fanivelona ainsi que les membres du clan éparpillés aux alentours se sont convenus de verser des contributions financières, à raison de 60 ariary par raiamandreny (chef de ménage) et 50 ariary par homme adulte âgé de 18 ans et plus, et par femme non mariée vivant seule ; nous avons fait l’acquisition d’un bœuf au prix de 21.500 ariary (vingt et un mille cinq cent ariary), un bœuf à tête blanche dont les poils du front sont blancs, à pelage uni.

Le lundi 5 juillet 1982 (destin astrologique du début Alijady) fut immolé ce bœuf à tête blanche.

La remise en place de la pierre sacrée qui a été renversée par Filipo, un fou, a été faite le vendredi 25 juin (destin astrologique Alahasady), la haie vive fut plantée.

Le lundi 28 juin 1982, [la pierre sacrée] a été redressée et arrosée par six femmes aux-jolis-noms, avec de l’eau-non-survolée-par-un-oiseau.

La fête a été célébrée le lundi 5 juillet 1982, jour également d’invocations aux dieux et aux ancêtres.

Depuis ce jour-là, il est permis de garder les enfants jumeaux, qui sont des dons de dieux. »

Voilà pour la prière aux divinités et aux ancêtres et c’est valable jusqu’aujourd’hui.

Dans chaque famille étendue de Fanivelona, on trouve des enfants jumeaux, toutes les familles étendues possèdent des jumeaux et ces derniers ne sont pas morts du fait de la garde parentale, ils sont tous vivants depuis le changement effectué.

Procès-verbal portant suppression du tabou sur les jumeaux, lu par le mpanjaka-tangalamena X (lecture enregistrée à Fanivelona en août 2007)

Glossaire

Ampanjàka, Mpanjaka, Mpanzàka

Chef de clan ou segment de clan ayant en commun un tombeau et son ancêtre fondateur. Il est le conservateur des lois coutumières. Il a un rôle religieux (sorona) politique (arbitrage entre familles) et conciliatoire. En plus, c’est lui qui constate et annonce l’impossibilité de placer dans le tombeau des ancêtres paternels certains individus qui ne remplissent pas les conditions requises. Habite un trañobe.

Fady

Ce qui est prohibé, interdit, tabou, sacré. L’interdit sur les jumeaux est appelé fady kàmbaña par les Antambahoaka. D’après nos informateurs unanimes, c’est un interdit ancestral (fadin-drazaña) de ligne féminine (fadim-biavy)

. Or, les interdits ne se transmettent qu’en ligne masculine ; l’origine de l’interdit étant une femme, on comprend difficilement son maintien par les Antambahoaka chez qui la patrilinéarité est fortement ancrée.

Kabaro

Assemblée délibérante, palabre, procès. Assemblée publique ou conseil restreint où l’on tranche une affaire qui concerne la communauté, y compris le règlement des conflits. Palabre à l’issue duquel se prennent les décisions.

Lohatraño

Littéralement « chef de maison », chef de file. Désigne le chef de famille étendue composée d’une dizaine de familles restreintes regroupées sous son autorité. On trouve souvent sept ou huit lohatraño sous l’autorité d’un mpanjaka. Les lohatraño jouent le rôle de conseillers du mpanjaka en exercice, avant de prétendre à la fonction au moment de la disparition de l’actuel titulaire.

Sandraña

Tabou absolu, tabou familial édicté par les ancêtres. Il crée une obligation restrictive s’adressant à toute la famille, toute la lignée voire tout le clan, de caractère sacré et perpétuel. Il se transmet par le mariage.

Soman-drazaña

Parenté à plaisanterie. C’est une parenté « fictive » proclamée entre les Ranomena et les Zafindrohova pour mettre fin à une hostilité interclanique remontant aux 17e et 18e siècles. Si un Ranomena s’approprie ouvertement un bien quelconque (par exemple un poulet) appartenant à un Zafindrohova, celui-ci ne pourra réclamer ce bien enlevé, et vice versa. Cette parenté à plaisanterie est encore respectée jusqu’à ce jour entre les deux clans. Ils s’insultent volontiers, l’un traitant l’autre d’esclave, de vaurien, de cadavre ambulant, le tout dans une parfaite amitié et de rires.75

Tahiña

Mal, malédiction, mobile ou cause de la maladie, châtiment, un « choc en retour » consécutif à une faute commise à l’égard des ancêtres.

Tangalamena

Vocabulaire particulier au clan betsimisaraka du sud dans le district de Nosy-Varika. C’est le prêtre de la famille, de la lignée ou du clan. Il est le conservateur des coutumes et des rites religieux, connaisseur en croyances et superstitions. Le tangalamena passe avant le mpanjaka chez les Betsimisaraka du sud ; ce dernier n’est qu’un simple dirigeant de lignée. Un même homme peut être à la fois tangalamena et Mpanjaka , ce qui représente la hiérarchie traditionnelle suprême dans le village.

Trañobe

Littéralement « grande maison ». C’est une maison collective d’une lignée au niveau d’un village ou d’un quartier. C’est un lieu de justice où se règlent les conflits d’ordre familial, une salle de réunion commune des membres de la même lignée, une morgue en cas de décès. C’est là que le chef donne sa bénédiction ou l’aspersion d’eau à celui ou à celle qui part au loin ; c’est là qu’il reçoit ses hôtes. Actuellement, on compte dix trañobe à Mananjary ville. Dans les villages antambahoaka , on en trouve ordinairement trois ou quatre, voire douze dans le village historique d’Ambohitsara.

Glossaire

Instruments internationaux

- Convention relative aux droits de l’enfant, 1989.

- Convention de La Haye sur la coopération et la protection des enfants en matière d’adoption internationale, 1993.

- Déclaration universelle des droits de l’homme, 1948.

- Déclaration des droits de l’enfant, 1959.

- Instruments internationaux et Législation nationale. Droits de l’enfant, 2001.

Lois et Règlement

- Circulaire d’application de la loi 2005-014 relative à l’adoption.

- Code pénal, 2005, Ministère de la Justice, imprimerie d’ouvrages éducatifs, Antananarivo, 2005.

- Décret n° 77-152 du 8 juillet 1977 portant application de l’ordonnance 77-041, J.O. du 23 juillet 1977, p. 1942 ; errata : J.O. du 8 octobre 1977, p. 2623.

- Décret n° 2006-596 du 10 août 2006 fixant les modalités d’application de la loi 2005-014, J.O. n° 3064 du 30 octobre 2006, p. 4694.

- Décret n° 2006-885 du 5 décembre 2006 réglementant la famille d’accueil, dans «L’adoption à Madagascar», éditions Jurid’ika 2007, Antananarivo, p. 53.

- Loi n° 61-025 du 9 octobre 1961 relative aux actes d’état civil.

- Loi n° 2005-014 du 7 septembre 2005 relative à l’adoption, J.O. n° 3022 du 3 avril 2006, p. 1917.

- Loi n° 2007-023 du 20 avril 2007 sur les droits et la protection des enfants, J.O. du 28 janvier 2008.

- Loi n° 2007-022 du 20 août 2007 relative au mariage et aux régimes matrimoniaux, J.O. du 28 janvier 2008.

- Ordonnance n° 60-025 du 4 mai 1960 portant répression de l’abandon de famille, J.O. n° 98 du 7 mai 1960, p. 804.

- Ordonnance n° 77-041 du 29 juin 1977 relative aux pupilles de la Nation, J.O., du 23 juillet 1977, p. 1925, errata : J.O., du 8 octobre 1977, p. 2624.

Dictionnaires

- ABINAL et MALZAC (RR.PP.), 1987, Dictionnaire malgache-français, Fianarantsoa , imprimé à Palerme, Italie (première parution en 1888).

- BEAUJARD, Ph., 1998, Dictionnaire malgache-français. Dialecte tañala. Sud-Est de Madagascar,

L’Harmattan, Paris.

Indications bibliographiques

 - WEBER, (R.P.), 1853, Dictionnaire malgache-français rédigé selon l’ordre des racines par les missionnaires catholiques de Madagascar et adapté aux dialectes de toutes les provinces, Ile Bourbon, établissement malgache de Notre-Dame de la Ressource.

- RAVELOJAONA, 1937-1969, Firaketana ny fiteny sy ny zavatra malagasy (dictionnaire encyclopédique malgache), Antananarivo

Ouvrages

- DESCHAMPS, H. et VIANES, S., 1959, Les Malgaches du Sud-Est, P.U.F., Paris.

- DUBOIS, H., (R.P.), 1938, Monographie des Betsileo (Madagascar), Institut d’ethnologie, Paris.

- Etude sur les jumeaux de Mananjary,octobre 2007, Ministère de la Justice-Capdam, Antananarivo.

- Etude sur les jumeaux de Mananjary avec approche droit, décembre 2008, Unicef-Capdam, Antananarivo.

- FERRAND, G., 1891, 1893, 1902, Les Musulmans à Madagascar et aux îles Comores, 1er, 2e et 3e fascicule, Leroux, Paris.

- GIRARD, R., 1972, La violence et le sacré, Grasset et Fasquelle, Paris.

- STANDING, H.F., 1883, Malagasy Fady,Antananarivo Annuals, n° VII.

- Stratégie de communication contre l’exclusion des enfants jumeaux de Mananjary,décembre 2007, Ministère de la Justice-Capdam, Antananarivo.

- TABAO MANJARIMANANA, X., 1993, Ny Sambatra Antambahoaka, ISP, Fianarantsoa.

- VAN GENNEP, A., 1904, Tabou et totémisme à Madagascar, Paris.

Articles

- BANGRE, Habibou, Symbolisme des jumeaux : entre adoration et crainte. D’une ethnie à l’autre, les sentiments atteignent les extrêmes, Pan-Afrique – Tradition – afrique/mht.

- RAOMELINA, A., juin-juillet 1969, Les Antambahoaka, dans Bulletin de Madagascar.

Mémoire non publié

- VELOMARO, L., 2005, Institutions traditionnelles et droits fondamentaux : le rejet des jumeaux dans le district de Mananjary,mémoire de maîtrise soutenu à l’Université de Fianarantsoa, Faculté de droit et des

sciences sociales de développement.

Indications bibiliographiques

Annexe 1

Extrait de l’ouvrage

Etude sur les jumeaux de Mananjary, Ministère de la justice-Capdam, 2007, pp. 37-40.

L’approche par l’expression par image est un outil d’enquête souvent utilisé auprès des enfants pour évaluer un certain degré d’équilibre affectif.

Voici trois couples d’exemples, matérialisés par six dessins de trois couples de jumeaux. Ils ont été dessinés séparément par chacun des jumeaux, à l’exception du second exemple qui est très particulier. Ils révèlent des projections de l’univers objectif et subjectif des enfants enquêtés. Le plus intéressant est l’expression par deux individus, qui sont jumeaux, d’une certaine représentation de leur univers.

Le premier groupe d’exemples exprime une joie certaine de vivre, un naturel de situation, une projection normée et positive. Les dessins ont été coloriés au crayon de couleurs vives. Ils sont droits et proportionnés. Chaque enfant jumeau se dessine par rapport à son rêve. Il est acteur et fier de son état de jumeau. Il ne subit aucune situation d’exclusion apparente. Il est clair que ces enfants ont été désirés par leurs parents biologiques qui les ont protégés tout en vivant au sein d’une communauté pratiquant un tabou sur les jumeaux.

Le second groupe de dessins met en scène des personnages. Pour l’une des jumelles abandonnée, elle a dessiné un homme ou un garçon. Est-ce un appel au père qui l’a ou les a rejetée(s) et abandonnée(s) ? Sa sœur jumelle a occupé toute la feuille pour dessiner une femme ou une fille avec les bras grands ouverts. Elle a ajouté une poche à la robe du personnage qui peut sembler être un fœtus relié à son cordon ombilical. Est-ce une recherche de la mère qui l’a ou les a rejetée(s) et abandonnée(s) ? Ces dessins sont assez significatifs d’un manque affectif et d’une recherche d’équilibre familial (le père, la mère et les deux sœurs jumelles).

Le troisième groupe de dessins représente deux personnages auxquels manquent des éléments. L’un est assis, l’autre debout. L’un est de sexe masculin, l’autre féminin. Ils peuvent s’interpréter comme l’expression de la difficulté des parents biologiques à vivre au sein d’une communauté pratiquant le tabou sur les jumeaux. Leur refus du tabou a été transmis aux jumeaux et peut être mal vécu socialement.

Jumeaux maudits de Mananjary : Le tabou de trop

Sur la côte Est de la Grande-Ile, à Mananjary, l’ethnie Antaimbahoaka rejette toujours, dès la naissance, les jumeaux.

Cet interdit qui, longtemps, a mis en péril la vie des jumeaux, remonterait à une guerre tribale entre les Antaimbahoaka et une ethnie de la forêt.

En pleine bataille, une femme ayant oublié un de ses jumeaux en fuyant son village occupé, aurait rebroussé chemin pour le récupérer. Elle serait tombée aux mains des soldats ennemis qui l’auraient violée.

Depuis, les jumeaux, jugés responsables du drame, sont bannis de l’organisation sociale de la communauté.

Le “fady kambana”, le tabou des jumeaux, doit être respecté.

Autrefois, les enfants étaient tués, aujourd’hui, officiellement, ils sont “seulement” abandonnés.

Chez les Antambahoakas de Mananjary, les jumeaux sont fady : rejetés à la naissance et condamnés à l’abandon. Pour éradiquer ce tabou ancestral, l’Unicef et des chercheurs malgaches mènent une grande campagne de sensibilisation.

 

C’est à la demande du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef) que le Centre d’analyse et de prospectives sur le développement à Madagascar (Capdam) commence à enquêter en 2008 sur le fady mitaiza zaza kambana, autrement dit les abandons d’enfants au seul motif qu’ils sont jumeaux. Une coutume toujours en vigueur chez les Antambahoakas de la côte sud-est, dans la région de Mananjary. « Le Comité des Nations Unies sur les droits humains avait exprimé son inquiétude auprès de l’État malgache et nous a demandé d’intervenir » , commente Nelly Ranaivo Rabetokotany, co-auteur de l’enquête aux côtés d’Ignace Rakoto et Gracy Fernandes.

 

Lié à une légende ancestrale, le fady kambana considère les jumeaux comme des êtres maléfiques, quasi démoniaques, mettant en danger par leur seule existence la survie du clan familial. Les garder amènerait l’exclusion des parents biologiques de la communauté, notamment du tombeau familial, chose impensable pour les Antambahoakas. Le seul recours pour eux est donc de les abandonner à la naissance. Autrefois on les déposait le long du canal des Pangalanes, promis à une mort certaine ; aujourd’hui on les place dans des centres d’accueil où leur destin n’est pas assuré pour autant. « Beaucoup meurent avant la fin du premier semestre, principalement de dysenterie et de malnutrition, sans parler du choc de l’abandon. Les plus chanceux seront peut-être accueillis dans des familles d'adoption en France » , explique un bénévole du Centre d’accueil et de transit des jumeaux abandonnés (Catja) de Manajary. Trouver une tonne et demie de riz tous les mois pour nourrir la centaine d’enfants recueillis, sans subventions de l’État, tel est le pari toujours recommencé de ce centre qui est, avec Fanantenana, la seule structure dévouée au sort des jumeaux abandonnés, en attendant celle que le PNUD compte créer.

 

« Nous sommes dans un district économiquement pauvre qui n’a connu aucune évolution depuis une dizaine d’années. Quelque part, le maintien de ce tabou est lié à cette situation » , fait remarquer Nelly Ranaivo Rabetokotany, historienne et anthropologue. « L’objectif n’est pas de stigmatiser la population, sachant que dans d’autres pays la protection des enfants est tout aussi problématique » , précise-t-elle.

 

Depuis les années 2000, des campagnes de sensibilisation ont lieu auprès des parents biologiques, notamment les mères, pour les encourager à garder leurs enfants. Malgré la forte implantation du tabou chez les Antambahoakas, les mentalités évoluent peu à peu, comme le montre l’exemple du village de Fanivelona, dans le district de Nosy-Varika, à 100 km au nord de Mananjary. Le 5 juillet 1982, ce village a aboli le fady kambana grâce à l’action des chefs coutumiers (mpanjaka-tangalamena) qui se sont engagés publiquement à « prendre sur eux » toute malédiction éventuelle qui découlerait de l’abandon de cette coutume. À Fanivelona, les jumeaux sont désormais élevés par leurs parents sans qu’aucun malheur ne perturbe leur vie, et le village a commémoré en grande pompe, en juillet dernier, le 30e anniversaire de cette abolition. « Mananjary est tenté de suivre l’exemple de Fanivelona, mais les chefs coutumiers sont divisés sur ce sujet. Ils veulent que la levée du tabou soit monnayée » , explique Nelly Ranaivo Rabetokotany. L’enquête du Capdam a donné lieu à un ouvrage très documenté, Les jumeaux de Mananjary, entre abandon et protection, édité par l’Unicef et agrémenté de photographies de Pierrot Men.




 

Nosy Varika-Mananjary : La société commence à intégrer les jumeaux.
 
La tradition antambahoaka évolue dans le bon sens, en acceptant petit à petit les jumeaux. Ainsi, à Fanivelona, ils ne sont plus abandonnés, et peuvent vivre et se développer au sein de la communauté, car élevés par leurs parents.
Soa Marie Julienne Rasamitina ne cache pas sa joie, elle danse au milieu de la foule dans l'église catholique de Fanivelona, de la commune de Nosy Varika, ce jeudi 5 juillet. Comme tout le village, elle fête le 30e anniversaire de la levée de l'interdit d'élever des jumeaux au sein d’une communauté antambahoaka. De fait, elle a pu s’occuper de ses jumelles, depuis 1985, dans son village habité en majorité par des Betsimisaraka. Et elle n'est pas la seule à se réjouir, Letelo II, le père de Fidèle, le premier garçon jumeau né après 1982, année de la proclamation de la levée de ce tabou, est également tout content de voir encore son fils, trente ans plus tard.
La tête ceint d'un bandeau blanc, les 54 jumeaux du village de Fanivelona, âgés de quelques jours à 30 ans, ont remercié ainsi la société de ne pas les avoir abandonné pour les placer dans des familles d'accueil. Ils vivent et jouent parmi les autres enfants sans être inquiétés par une présupposée malédiction ni par une éventuelle exclusion des villageois, ce, depuis trente ans. Ils ont pu aussi bénéficier d'une éducation et des soins équitables au sein de la société.
Ce rêve pourrait devenir réalité 92 km plus loin, au cœur de la communauté antambahoaka, dans la commune de Mananjary.
« Il y a 25 ans, le Centre d'accueil et de transit des jumeaux abandonnés (CATJA) recevait 25 jumeaux, en moyenne, par an. Aujourd'hui, le centre n’en reçoit plus que six. Preuve que les parents habitant Mananjary commencent à élever leurs jumeaux », fait remarquer Julie Rasoarimanana, directrice du CATJA.
Mais la bataille contre l’abandon de jumeaux est loin d’être gagnée dans le district de Mananjary. « Nous avons été alertés, il y a trois jours, de la présence de jumeaux abandonnés dans une plantation de caféiers. Ces deux enfants seraient issus d'une famille habitant un petit village en milieu rural », ajoute Julie Rasoarimanana.

Contraintes

Certains ampanjaka de la ville et des ONG compliquent la tâche des membres de la société civile militant pour l'intégration des jumeaux dans ce district.
« Des ampanjaka refusent en bloc de recevoir les jumeaux dans leurs cases royales. Et pour ne pas froisser les autorités, ils ne donnent pas leurs bénédictions ni interdisent d'élever des jumeaux dans une famille. Mais celle-ci risque d'être exclue de la communauté », explique Alice Ravoson, coordinatrice du programme du PNUD sur les droits de l'homme dans le Sud-est.
La manne financière engendrée par l'adoption de jumeaux complique aussi la tâche.
« Des ONG profitent de ce tabou pour faire fortune dans l'adoption de jumeaux de Mananjary. Elle encourage ainsi les ampanjaka à préserver cette identité sociale et traditionnelle de l'ethnie antambahoaka, tout en encourageant ses sujets à envoyer les jumeaux dans leurs centres », s’insurge Alice Ravoson.
Afin de surmonter ces contraintes et pour motiver les parents à élever leurs jumeaux, le système des Nations Unies, sous la houlette de Fatma Samoura, vise actuellement l'autofinancement des parents exclus de leur communauté. Ainsi, un centre de formation sur l'apiculture, le fumage de poisson, la culture, et la gestion simplifiée de projets générateurs de revenus est en cours de construction. Les parents ne devraient pas avoir de soucis, car le Programme alimentaire mondiale (PAM) assurera leurs besoins alimentaires pendant la formation.
Vonjy Radasimalala


Commentaires (1)

1. Jean-Paul Vincent vendredi, 28 Juin 2013

Message Membre de l’Association FANATENANE, je suis spécialement choqué par votre article ci-dessus qui escamote la vérité des faits. Vous affirmez que « seuls le Catja et Fanantenana sont les seules strutures dévoués au sort des jumeaux abandonnés ». Je tiens à vous indiquer que dans le cadre de Fanatenane, je milite personnellement depuis 10 ans, et notre fondateur, Gérard Bouffet, depuis 15 ans, pour combattre la coutume inadmissible que vous évoquée. Outre les enfants élevés dans le Centre Marie-Christelle, et le Dispensaire que nous avons créé, notre action a peu à peu convaincu 54 familles de reprendre leurs enfants chez elles, soit 110 enfants au totale. Aucune autre structure, sur Mananjary peut se prévaloir d’un tel bilan. Il est utile de rétablir la réalité pour reconnaître notre action et aussi le dévouement des 35 salariés de notre Centre, accessoirement dirigé par un « jumeaux » ! Ne pas confondre s’il vous plaît, les ONG Fanantanana (que vous citez) et nous : FANATENANE ; Merci.

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Date de dernière mise à jour : mercredi, 28 Août 2013

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