JACQUES BERTHIEU

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un prêtre jésuite français, missionnaire à Madagascar

Pere jacques berthieu

recueillis par Robert ANDRIANTSOA (malagasy58@gmail.com - tany_masina@yahoo.fr)

Jacques Berthieu est né le 27 novembre 1838 à la ferme du domaine de Montlogis, à Polminhac, dans le Cantal en Auvergne. Ses parents y étaient fermiers. Il est l’ainé survivant d’une famille de 7 enfants, la première née étant décédée à l’âge de 2 semaines. Les ancêtres de Jacques se retrouvent à Giou de Mamou aux XVIème et XVIIème siècles, après un court passage par Yolet, ils se sont installés à Polminhac vers 1730.

Il fait ses études au séminaire de Saint-Flour (Cantal). Il est ordonné prêtre diocésain le 21 mai 1864 à Saint-Flour puis nommé vicaire de Roannes-Saint-Mary. Il resta au service de ce diocèse de 1864 à 1873.

Puis il entra au noviciat de la Compagnie de Jésus, en 1873. Il suit les études de théologie à Vals où il sera marqué par le Père Ramière et la dévotion au Sacré Cœur de Jésus. Très vite, le père Berthieu affirme une vocation de missionnaire. Ses supérieurs veulent l’envoient  à Madagascar deux ans plus tard.

21 années d’apostolat dans l’Océan Indien et trois exils

    En 1875 il quitte le port de Marseille pour  l’île de La Réunion d’où il passe bientôt sur Sainte Marie (aujourd’hui: Nosy Boraha), une île (française) au large de la côte nord-ouest du Madagascar, pour y étudier la langue malgache. Avec deux autres jésuites et les Sœurs de Saint Joseph de Cluny il forme une équipe missionnaire dynamique. Il y fait du travail pastoral durant cinq ans, jusqu’en mars 1880.

Ses vingt-et-une années d’apostolat furent entrecoupées de trois exils, à cause des lois françaises antireligieuses et des guerres coloniales. Mais le 29 mars 1880 les jésuites sont expulsés de tous les territoires français. Les lois républicaines de Jules Ferry contre les Congrégations religieuses le contraignent à quitter sa mission et à rejoindre la grande île de Madagascar, alors royaume indépendant. Il se rend à Tananarive et Tamatave et dans la lointaine mission d’Ambohimandroso au sud de Antanarivo (Tananarive), de 1881 à 1883.

Tout dévoué à ses brebis, il ne leur cachait pas les exigences de la sainteté, notamment l’unité et l’indissolubilité du mariage.

En 1883 les guerres tribales des Hovas contre les troupes coloniales (première guerre franco-malgache) le forcent à nouveau à quitter son village, il se rend à Tamatave comme aumônier militaire.

De 1886 à 1891 Jacques Berthieu dirige la mission d’Ambositra où il ouvre nombre de postes missionnaires et développe l’éducation scolaire… Il consacre beaucoup de temps à la formation des catéchistes, lutte contre les foyers irréguliers, insistant sur l’unité et l’indissolubilité du mariage. Il développe aussi l’agriculture et soigne les lépreux.

En 1891, Jacques Berthieu est en charge de deux postes au nord d’Antananarivo. Il se fixe enfin à la mission d’ Andrainarivo au Nord de Tananarive, « à huit heures de cheval, bon train, sans s’amuser ». Il ajoute: « J’ai commencé la vie de vrai missionnaire, seul, sans compagnon, dans un vaste district. J’ai dix-huit postes ou paroisses à desservir, parfois très éloignés les uns des autres. »

Il s’occupe de la christianisation de plus de dix villages et stations missionnaires. La situation y est difficile ; les rivalités entre protestants et catholiques y sont vives.

Mais la seconde guerre franco-hova (guerre coloniale franco-malgache 1894-1895), l’oblige à un nouvel exil, plus court cette fois, sur l’île de la Réunion et il est de retour en décembre 1895, sur la grande île de Madagascar, à Ambatomainty après treize mois d’absence..

Une paix est signée, mais elle ne règne pas dans tous les esprits.

Vers le martyr

En 1896 il est confronté a une insurrection politico-religieuse du mouvement Menalamba, ceux qui portent des lamba ou toges rouges (opposition au christianisme et au pouvoir français). Partie de l’ouest de l’Imerina, elle gagne le nord. Les chrétiens sont souvent menacés car pendant cette rébellion, la tribu des Menalamba voulait rétablir le culte des idoles.

Les derniers événements qui viennent de frapper le pays, répètent les meneurs, ont pour cause l’abandon du culte des Ancêtres. Sans distinguer entre le politique et le religieux, les insurgés s’en prennent à tout ce qui est étranger. Ils ont réussi à s’infiltrer dans la région d’Andrainarivo. La population doit être évacuée par ordre de l’autorité militaire.

Jacques Berthieu cherche à placer les chrétiens sous la protection des troupes françaises. Privé de la protection d’un colonel français à qui le Père avait reproché sa conduite envers les femmes indigènes, le Père Berthieu dirige ainsi un convoi de chrétiens vers Antananarivo. Le P. Berthieu a un cheval, il pourrait prendre les devants; il lie son sort à celui des habitants, prête sa monture à un employé de la mission qu’une plaie au pied empêche de marcher.

Il est isolé des soldats et attaqué par les Menalamba, le 7 juin 1896. C’est ainsi qu’il tombe entre leurs mains dans l’après-midi du 8 juin 1896.

Il est arrêté. Il reçoit un coup de hache sur le front et des chrétiens divorcés se vengent des reproches du père Jacques Berthieu en l’insultant et en le frappant. Sur le chemin qui le conduit au chef de l’insurrection, il tombe épuisé, ne cessant de prier pour ses bourreaux qu’il appelle « mes enfants ».

Le 8 juin 1896 il lui est cependant proposé la vie sauve s’il renonce à la foi chrétienne : « Renonce à ta vilaine religion, n’égare plus le peuple », lui avait lancé le chef des Manalamba, avant de poursuivre : « nous te prendrons pour faire de toi notre chef et notre conseiller, nous ne te tuerons pas ». « Je ne puis absolument pas consentir à cela. Je préfère mourir ! », avait-il alors répondu, en s’agenouillant. Quelques minutes, après il reçoit une décharge de fusil. Un coup à bout portant l’achève. Son corps est traîné jusqu’au fleuve Mananara et jeté dans les eaux.

Le missionnaire refuse donc cet acte d’apostasie. Jacques Berthieu accepte d’être fusillé à Ambiatibe (à 60 kilomètres de Tananarive). A sa mort, plusieurs de ses agresseurs adhèrent au message de l’Evangile et reçoivent le baptême. Jacques Berthieu fait la fierté des catholiques malgaches.

Les étapes vers la canonisation

Le 10 octobre 1916, Mgr de Saune, vicaire apostolique de Tananarive, a chargé une commission d’enquête sur les circonstances exactes de sa mort. En 1933 à la demande de la Sacrée Congrégation des Rites, s’ouvre le procès de l’Ordinaire qui aboutit, le 8 avril 1964, à la déclaration officielle par Paul VI du martyre du P. Berthieu. Il a été proclamé Bienheureux. Martyr de la foi et de la chasteté, il fut béatifié à Rome par Paul VI le 17 octobre 1965, pendant le concile Vatican II. Sa fête est le 8 juin

Le Pape Benoît XVI a, le 19 décembre 2011 dernier, autorisé la Congrégation pour les causes des Saints à promulguer les décrets reconnaissant les miracles de sept futurs Saints, parmi lesquels le Français Jacques-Berthieu (1838-1896), missionnaire mort martyr à Madagascar.

Il sera canonisé par le pape Benoit XVI le 21 octobre 2012, à l’occasion de la journée mondiale des missions.

Quelques citations de Jacques Berthieu :

« Dieu sait si j’aimais et si j’aime encore et patriae fines et dulcis Alverniae arva (le sol de la patrie et la terre chérie de l’Auvergne). Et cependant Dieu me fait la grâce d’aimer bien plus encore ces champs incultes de Madagascar, où je ne puis que pêcher (et bien péniblement) à la ligne quelques âmes pour Notre Seigneur. »

« La mission progresse, bien que les fruits ne soient encore qu’en espérance en bien des endroits et peu visibles en d’autres. Mais que nous importe, pourvu que nous soyons de bons semeurs : Dieu fera pousser en son temps»

Biographie

Formation et jeune prêtre

Né de solides et austères paysans auvergnats, sur le domaine de Montlogis (Polminhac), Jacques fait ses études secondaires au petit-séminaire de Pleaux avant de passer, pour la préparation au sacerdoce, au grand-séminaire de Saint-Flour (Cantal). Ordonné prêtre le 21 mai 1864 pour le diocèse de Saint-Flour, il est nommé vicaire de Roannes-Saint-Mary. Mal accepté par le curé (qui attendait la nomination d’un autre) Berthieu fait montre de patience et s’adapte à la situation.

Souhaitant partir en pays de mission il demande son admission dans la Compagnie de Jésus. Alors que son évêque prévoyait de le nommer curé, Il entre au noviciat de Pau le 31 octobre 1873 : il a 35 ans. En 1874 il se trouve au scolasticat de Vals-près-le-Puy pour un bref ‘rappel’ du cours de philosophie. Au contact de Henri Ramière qui s’y trouve, il développe une profonde dévotion pour le Sacré-Cœur.

Départ pour les missions

En 1875 Berthieu est envoyé à l’île de La Réunion d’où il passe bientôt sur Sainte-Marie (aujourd’hui: Nosy Boraha), une île au large de la côte nord-est de Madagascar, pour y étudier la langue malgache. Avec deux autres jésuites et les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny il forme une équipe missionnaire dynamique. Il y fait du travail pastoral durant cinq ans, jusqu’en mars 1880.

Dans la grande île: Madagascar

Le 29 mars 1880 les jésuites sont expulsés de tous les territoires français. Cela contraint Berthieu à passer sur la grande île de Madagascar, alors royaume indépendant. Il y travaille comme missionnaire parmi les Betsileos dans le district de Ambohimandroso, au sud de Antananarivo, de 1881 à 1883. Au cours de la première guerre franco-malgache (1881-1885) les citoyens français sont arrêtés et rassemblés dans des camps de concentration: Berthieu se retrouve ainsi à Tamatave où il se porte volontaire comme aumônier militaire.

Libéré il est nommé dans le district d’Ambositra. De 1886 à 1891 il y dirige la mission catholique et y augmente le nombre de postes missionnaires (de 6 à 15). L’éducation scolaire retient particulièrement son attention.

En 1891 Berthieu est envoyé au nord de Antananarivo, à Andrainarivo (Anjozorofady) où il est placé en charge de deux postes. La situation y est souvent délicate ; les rivalités entre protestants et catholiques y sont vives. De plus la tension monte entre la France et Madagascar. La pression colonialiste française conduit à un ultimatum (1894) qui est rejeté. Une deuxième guerre coloniale franco-malgache (1894-1895) s'ensuit et se termine par l’imposition d’un protectorat français humiliant pour les Malgaches. Durant cette guerre le missionnaire est contraint de se replier sur la Réunion.

Insurrection de 1896

De retour sur la grande île, à Ambatomainty, Berthieu est rapidement pris dans les convulsions de la violente insurrection politico-religieuse - opposition au christianisme comme au pouvoir français - du mouvement Menalamba opposé à l’accord de 1895 et à l’idée de protectorat. En mai 1896 éclate la rébellion. Les chrétiens sont souvent menacés car l’expansion du christianisme est perçue comme affaiblissant la puissance des idoles et autres fétiches qui soutiennent le pouvoir des autorités traditionnelles.

Berthieu cherche à placer ses chrétiens sous la protection des troupes françaises. Contraint par le pouvoir militaire à être évacué, tout un village chrétien, sous la direction du Père Jacques Berthieu, son pasteur, qui ne veut pas abandonner ses ouailles, se met en route et se dirige vers Antananarivo. Mal protégée par les soldats du colonel Combes (très mal disposé vis-à-vis de Berthieu car celui-ci n’avait pas hésité à lui reprocher des faits immoraux), la colonne de villageois est attaquée par les Menalamba le 7 juin 1896. Comme les chrétiens qu’il accompagnait, Berthieu est arrêté et soumis à des mauvais traitements.

Mort du missionnaire

À la fois fanatiques, cruels et craintifs (crainte du pouvoir des 'amulettes' de Berthieu que sont ses chapelet et crucifix ...) les insurgés décident de le conduire auprès de leur chef, Rabozaka, à une quinzaine de kilomètres de là. Pour Berthieu, déjà blessé et en sang, cette longue marche est un calvaire. Plusieurs fois il lui est proposé d’abandonner sa religion, de ‘communiquer son pouvoir’, et d’avoir ainsi la vie sauve : « nous ferons de toi un chef ». Berthieu refuse : « je ne puis consentir à cela ; je préfère mourir ».

Passant par Ambohitra un poste chrétien ayant son école, son église et un petit presbytère, Berthieu demande aux chrétiens de lui donner un ‘lamba’ (vêtement’) car il avait été dépouillé des siens, et il avait froid. Terrorisés, les chrétiens ne font rien. Il demande également qu’on l’autorise à visiter l’église où il avait souvent célébré la messe. Ses gardes le lui refusent. Il se contente de s’agenouiller devant la porte et de réciter à haute voix le ‘Notre Père’. Le cortège poursuit ensuite sa route. Trois kilomètres de plus sur un chemin en raide montée et très difficile, et Berthieu n’en peut plus. On est arrivé à Ambiatibé, à quelque 60 km d’Antananrivo.

Le 8 juin au soir, Berthieu n’a plus de force. De plus les insurgés se demandent si le père, avec ses puissantes amulettes, ne va pas contaminer les idoles se trouvant au camp où on le conduit. Aussi décident-ils d’en finir avec lui. Porté à une cinquantaine de mètres du village d’Ambiatibé il est fusillé. Au cinquième coup de feu Berthieu est mort. Comme, à genoux, il semble toujours les regarder, on lui fracasse la tête d’un coup de gourdin. À la tombée du jour son corps est jeté dans une rivière voisine, la Mananara. Il ne sera jamais retrouvé. Sur les six meurtriers de Saint Jacques Berthieu, les Français en ont fusillé trois. Des trois autres, le Père Théophile Weber, originaire d'Alsace (Rorschwihr), missionnaire dans le district où le Père Berthieu a été martyrisé, en a confessé l'un peu avant sa mort et en a baptisé deux.

Béatification

Canonisation du Père Jacques Berthieu sj

Citations

« Dieu sait si j'aimais et si j'aime encore ‘et patriae fines et dulcis Alverniae arva’ (‘le sol de la patrie et la terre chérie de l'Auvergne’). Et cependant Dieu me fait la grâce d'aimer bien plus encore ces champs incultes de Madagascar, où je ne puis que pêcher (et bien péniblement) à la ligne quelques âmes pour Notre Seigneur.3 »
« La mission progresse, bien que les fruits ne soient encore qu'en espérance en bien des endroits et peu visibles en d'autres. Mais que nous importe, pourvu que nous soyons de bons semeurs : Dieu fera pousser en son temps»
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Date de dernière mise à jour : mardi, 14 Février 2017

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