ISLAMISME

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L'histoire de l'islamisme commence au XIXe siècle.

recueillis par Robert ANDRIATSOA (malagasy58@gmail.com - tany_masina@yahoo.fr)

Arabie préislamique

L'expression Arabie préislamique désigne l'Arabie d'avant le VIIe siècle, époque à laquelle l'islam est apparu dans la péninsule arabique. L'histoire de l'Arabie préislamique commence dès l'Antiquité. À l'époque de l'Empire romain, les auteurs gréco-latins divisent l'Arabie en trois régions distinctes: l'« Arabie heureuse », au Sud, qui correspond au Yémen actuel ; l'Arabie centrale, peuplée de nomades et de sédentaires et qui vivent dans l'orbite de l'Arabie heureuse ; et l'Arabie pétrée, sous influence des Empires byzantin et perse. Le Coran fait référence à cette période sous le nom de jahiliya (« ignorance » ou « paganisme »), le polythéisme y étant alors la règle[réf. nécessaire], si l'on fait exception des groupes juifs (sédentaires, surtout au Yémen, dans le royaume de Himyar et dans le nord de la péninsule, mais aussi dans la région ouest, le Hijazz, plus précisément Yathrib, aujourd'hui Médine1) et chrétiens (surtout nomades, à Najran ou dans le Yémen1) y vivaient. À la fin du VIe siècle et au début du VIIe siècle, des guerres fréquentes ruinent l'Arabie du Sud et affaiblissent les Perses et Byzantins, renforçant la situation des Arabes du Centre et du Nord, ainsi que de La Mecque1.

Préhistoire

À l'époque paléolithique, l'Arabie était habitée par des chasseurs utilisant la pierre taillée. Dans l'Hadramaout, des outils paléolithiques ont été trouvés alors que dans le désert du Rub al-Khali, la découverte d'outillage néolithique semble indiquer un lien avec l'Afrique. On ne sait s'il s'agit de populations parlant une langue sémite ancêtre de l'arabe. À la fin du IIe millénaire av. J.-C., des populations d'origine sédentaire du Croissant fertile semblent s'être installées en adoptant le nomadisme fondé sur l'élevage du dromadaire, domestiqué à cette époque. Il n'existe pratiquement pas de documentation anthropologique d'Arabie pour ces époques anciennes2.

De très nombreuses chambres funéraires, sous des tumulus, souvent entourées de murs circulaires ont été inventoriées dans certaines régions (oasis d'Al Khardj, Bahreïn), les plus anciennes pourraient dater du début du IIIe millénaire av. J.-C.2.

Des fouilles danoises et françaises récentes ont mis au jour, sur le golfe Persique, des vestiges impressionnants qui s'apparentent étroitement à la culture de l'Indus du milieu du IIIe et début du IIe millénaire avant notre ère. Si l'on se réfère aux écrits sumériens et akkadiens, il pourrait s'agir de la région de Dilmoun et de Magan (Oman ?), importantes voies commerciales entre la Mésopotamie et l'Inde2.

Dans l'Antiquité

 
Principaux repères commerciaux de la péninsule arabique vers 40, selon Le Périple de la mer Érythrée.

D'après Ctésias, au temps des Phéniciens, les Béroses étaient composés de Chaldéens et d'Arabes. Le roi arabe à cette époque était Ariée, il faisait la guerre contre Ninus, chef de Babylone et de Ninive3. Selon Ferd Hoefer, une dynastie arabe avait occupé Babylone en 1 400  av. J.-C.. Cusan - Risataim, un madainite (tribu qui appartient aux ismaélites (descendants d'Ismael fils d'Abraham) ) était le roi de la Mésopotamie. Plusieurs peuples (phéniciens, hébreux) étaient soumis à ce roi. Les ismaélites occupaient une partie de la Mésopotamie et une grande partie de l'Arabie. La guerre éclate entre les Hébreux et Cusan - Risataim à cause de Yahweh (dieu du Proche-Orient). Les Hébreux ont dénigré ce dieu et se sont mis à adorer Baal et Astarté (Ashtarot). À la fin, les Hébreux offrent leur soumission à Cusan- Risataim durant huit ans4.

L'Arabie heureuse

 
Royaumes yéménites, IIIe siècle. On voit le royaume d'Aksoum (en Éthiopie actuelle avec une extension sur la péninsule arabique, au nord du royaume himyarite, où se situe Aden). Au nord-est du royaume himyariate, le royaume de Saba et le royaume de Qataban. Enfin, le royaume d'Hadramaout (à la frontière actuelle d'Oman).

Le Sud est en déclin relatif, après la chute de l'antique royaume de Saba qui a duré des millénaires. Au IIIe siècle, il se partage entre le royaume himyarite, le royaume d'Aksoum (dont le centre est en Éthiopie actuelle), le royaume de Saba, le royaume de Maïn et le royaume de Qataban, qui finit par l'emporter sur les autres vers le Ve siècle. De type hellénistique, la civilisation de l'Arabie du Sud partage des influences indiennes1. On y parle le « sud-arabe », ou sudarabique, une langue sémitique distincte de l'arabe1.

Dhu Nuwas est le dernier roi de la dynastie himyarite. À la fin du Ve siècle, il se convertit au judaïsme et punit les chrétiens à cause de la persécution des Juifs par les Byzantins. Les Éthiopiens, en majorité chrétiens, prennent la région. Vers 575, les Perses font une incursion. La domination des Éthiopiens et des Perses sassanides reste éphémère.

Bénéficiant des moussons, l'Arabie heureuse est très développée par rapport au centre de la péninsule. Les habitants sont sédentaires, habiles dans la construction de digue (digue de Marib) et l'agriculture. Ils produisent et exportent les céréales, fruits, légumes, vigne, encens, épices, la myrrhe, les aromates, etc., commerçant avec l'Inde (la route de l'encens), le golfe Persique, l'Éthiopie, l'Afrique et, de façon importante, avec l'Empire romain.

Les routes sont prospères pendant le temps de la paix (accord signé entre les Arabes et les Romains à l'époque de l'empereur Philippe l'Arabe). Le Yémen est une société tribale monarchique, et la religion est polythéiste. Plusieurs inscriptions découvertes dans la région laissent penser qu'une partie de la population sait écrire5.

Les Lakhmides et les Ghassanides

Une ancienne tribu arabe, les Lakhmides, qui serait d'origine yéménite, a été à l'origine d'une dynastie qui a gouverné une partie de ce qui est maintenant l’Irak et la Syrie pendant 3 siècles (300-602). Des inscriptions proto-arabiques dans le sud de la Syrie datant de 328 parlent du roi Lakhmide (le deuxième de la dynastie) comme "Roi de tous les Arabes"6. Le royaume de Lakhmides a été annexé à l'empire Sassanide en 602. La conquête musulmane de la Perse et la chute des Sassanides ont été facilitées par les arabes Lakhmides, alors chrétiens. Après avoir été battus à la bataille de Hira (en) par Khalid ibn al-Walid7, ils ont accepté d'aider en tant qu'espions les conquérants musulmans.

Les Ghassanides, arabes chrétiens, auraient également pour origine le sud de l'Arabie qu'ils auraient quitté au IIIe siècle à la suite de l'effondrement du barrage de Ma'rib. Leur royaume s’étendra de la Syrie à Yatrib. Ils se retourneront contre les Byzantins, dont ils étaient les vassaux, durant la conquête musulmane et aideront à leur défaite.

Article détaillé : Bataille du Yarmouk.

Les Arabes du Centre et du Nord, appelés « Arabes de la tente » (sarakênos en grec, d'où vient le mot sarrasins1), travaillent dans l'Arabie heureuse en tant que mercenaires1.

Le centre et le Nord

 
Les routes commerciales terrestres des Nabatéens.

Ces régions sont influencées par la culture araméenne hellénisée. Les pistes commerciales sont établies. Le royaume de Hîra, au nord-est, est chrétien nestorien et vassal de l'empire perse sassanide, tandis que celui des Ghassanides, chrétiens monophysites, reste sous l'influence de l'Empire byzantin1.

Les Nabatéens fondent leur royaume, dont la ville de Pétra est la capitale. Trajan concrétise une province romaine au nord de la Nabatène. De 244 à 249, Philippe l'Arabe dirige toute la province. Au sud la Syrie est connue sous le nom de Palmyre, Odenathus (Udhayna) est le premier souverain puis sa femme Zénobie (Zayneb) le remplace. Aurélien prend la région puisque presque la totalité de la population est semi-nomade ou nomade. L'histoire demeure sombre au sujet des autres dynasties Lihyan et Thamud. Des inscriptions relèvent l'existence des deux pays. Le Coran mentionne Thamud. En 384, le traité de paix entre les Sassanides et les Romains arrête les guerres dans la région. Cette paix dure jusqu'en 502. Les Byzantins et les Perses pratiquent les routes de la région, qui demeurent sûres5.

Entre le IVe et le VIe siècle, la région se dégrade. Byzantins et Sassanides se désintéressent de cette partie de l'Arabie désertique et rude. Des oasis y survivent avec suffisamment d'eau pour un peu de culture. Les habitants parlent différents dialectes arabes.

La société

La société se compose des tribus nomades, les bédouins (que les Grecs appelaient Arabes Scénites, ceux qui vivent sous la tente, puis Sarrasins), se déplaçant de point d'eau en point d'eau pour l'élevage de leurs troupeaux : chameaux, chèvres et moutons. Ils se divisent en clans et en sous-tribus. Ils attaquent des caravanes pour du butin et enlever des esclaves. D'autres tribus sont sédentaires, cultivent des légumes, graines et des palmeraies. Des tribus (dont certaines sont juives ou chrétiennes) sont composées de négociants, de commerçants et d'artisans installées dans des petites villes où se tiennent des marchés. L’équilibre entre toutes ces tribus est fragile. Ce sont les bédouins, mobiles et armés qui en faisant alliances avec des marchands dominent la société8.

La religion des tribus est le polydémonisme5: on adore « dans le désert des pierres, des météorites, des arbres, des sources1. Chaque objet sacré est entouré d'un haram, ou lieu de culte, objet de tabous religieux1 »

Les clans arabes ont un chef (sayyid ou chaykh), choisi par consensus1. Le fils aîné du chef défunt est en général choisi1. La filiation est exclusivement patriarcale. Il pratique l'endogamie. Le père exerce une autorité absolue sur ses femmes (La polygamie est largement pratiquée9), ses enfants, ses domestiques, ses clients (mawlâ), ses esclaves1. La fille est un bien de famille, cédé contre une compensation matrimoniale (le bien passe du patrimoine du fiancé à celui du père de la fiancée : ce n'est ni une dot ni un douaire1; voir mariage arabe préislamique). Les divorces ou répudiations sont fréquents ; le concubinage avec les esclaves admis, de même que la prostitution1. Enfin, l'endogamie est préférée (mariage avec la cousine1), afin de préserver les biens collectifs de la famille1.

Les pouvoirs du chef augmentent en temps de guerre, lorsqu'il devient qâ'id, ou chef de guerre1. Un droit coutumier réglemente les rapports entre les tribus (razzia, trêve religieuse, droits de passage, négociations, pactes de non-agression, etc.)1.

Les tribus ont un conseil formé de membres de la même famille (Ahl al Bayt, « les gens de la maison »), ou une assemblée tribale5. Les notables dirigent par l'intermédiaire d'un conseil (madjles5, al-nâdi, al-mala'etc.1).

Les pouvoirs du chef sont limités. La tribu peut ne pas suivre ses avis (ra'y1), et il est sous la surveillance des autres chefs de clan1. Outre le chef, le porte-parole (khâtib), le devin (kâhin), le desservant du haram (sâdin) et le poète (châ'ir) ont un rôle influent1. Il s'agit là de fonctions, et non de statut : le chef peut jouer le rôle de devin, etc1. Les litiges sont le plus souvent réglés par le hakam, un arbitre qui tente de concilier les parties (dans les affaires de vendetta, ou de joutes oratoires, etc.)1. En définitive, la justice et le pouvoir reposent en grande partie sur le prestige et l'autorité morale1.

L'assemblée tribale « s'occupait surtout de travaux agricoles, d'aide sociale, du respect des coutumes, et elle arbitrait les joutes oratoires (al-mufâkhara)1. » Prenant ses décisions par consensus, obtenu à la suite de longues palabres durant lesquelles les rapports de force étaient rendus évidents, l'assemblée devait persuader le chef et la tribu pour toute décision1. Joseph Chelhod parle ainsi de « proto-démocratie1 ». L'assemblée n'était pas un organe législatif: elle devait suivre la coutume et la tradition (la sunna)1, et si des innovations étaient apportées, sous l'influence de personnalités charismatiques, celles-ci prenaient souvent le masque de l'appel à la coutume1.

 
Localisation approximative des principales tribus vers 600.
 
Expansion maximale de l'Empire sassanide vers +620.

La Mecque

Article détaillé : La Mecque.

On ne connaît de La Mecque que de ce que les sources islamiques, écrites à partir de 750 apr. J.-C. (Hégire+130 ) nous en décrivent. Aucun auteur contemporain des faits (Nonnosos, Procope de Césarée, les ecclésiastiques syriaques de l'époque) ne connaît la Mecque au Hedjaz.

Les travaux de Diodore de Sicile (Histoire Universelle) repris par la suite par Augustin Calmet, puis par Miguel de la Luna, semblent cependant accréditer la piste d'une histoire antique (Commentaire littéral, historique et moral sur la règle de S. Benoît , p. 497- A.CALMET/ Histoire de la conqueste d'Espagne par les mores, p. 246 -M. De la Luna). Les Alilæens vivaient ainsi déjà vers 550 av. J.-C. aux alentours de la Mecque, si l'on se repose sur la période couverte par Diodore de Sicile.

Si le positionnement géographique, proche de la Mecque, est évoqué, ce qui reste le plus pertinent est certainement la racine de ce nom (Alilat signifie en Arabe: Lune), ce qui rappelle le croissant islamique[réf. nécessaire].

L'idée qui dominait dans la recherche jusqu'à une période récente était que la péninsule arabique aurait alors été essentiellement dominée par une société de type nomade. Cette hypothèse semble maintenant peu crédible10.

Société urbaine et de l'écrit, La Mecque se rapproche alors des sociétés du sud1. « République de marchands11 », comparable à Venise ou Palmyre1, elle réunit les grands marchands de la tribu des Quraychites. Celle-ci se compose de plusieurs clans : les Hachémites, celui du prophète Mahomet, et les Omeyyades, le clan de celui qui sera le troisième calife, Othman. Ces derniers concluent des traités avec les Byzantins, les Éthiopiens, les Sassanides, etc. Les caravanes peuvent comporter jusqu'à 2 500 chameaux1, transportant or, ivoire, soieetc.1 La place importante de La Mecque en tant que centre de commerce a cependant été remise en cause par Patricia Crone (1987). Certains de ses ouvrages ont été vivement critiqués par d'autres chercheurs, notamment par R. B. Serjeant Journal of the American Oriental Society12. et Fred M. Donner13 La caste des marchands s'enrichit grâce aux échanges avec leurs voisins des confins du désert, au passage des caravanes et aux manifestations religieuses qui attirent les autres tribus dans certains lieux sacrés (La Mecque, Arafat)14.

Droits et coutumes

Un droit préislamique y existe1, incluant les procédures de vente, de prêt à intérêt (souvent usuraire1), des associations commerciales (la commandite, mudâraba1), des contrats (en particulier agricoles1). Il existe aussi des ventes aléatoires (au jeté de caillou, etc.1); des flèches divinatoires peuvent être utilisées pour les partages1.

Avant l'apparition de l'islam, les hommes avaient pour tradition d'enterrer leurs filles vivantes quand elles étaient trop nombreuses15.

Croyances et religions

La religion était polythéiste et variait selon les régions. De nombreuses divinités étaient identifiées au ciel, aux astres, à certaines pierres et arbres. Les djinns et les esprits se manifestaient sous des formes animales. Les morts survivaient dans un état fantomatique. Allāh, littéralement « le dieu, la divinité », (probablement surnommé Hubal, du nom de l'idole en cornaline rouge adorée à La Mecque ?) était pour tous la personnification du monde divin, avec ses trois filles Al-Lât, Al-Uzzâ et Manât. Les populations voisines de La Mecque se rendaient dans cette ville pour y effectuer un pèlerinage, durant lequel on observait une trêve de quatre mois1. De nombreuses inscriptions attestent aussi d'une divinité antique, Manâf (en).

La tribu des Quraysh (قريش), à la Mecque, adorait cette triade de trois divinités matriarcales :Allat (اللآت), al-’Uzza (en) (العُزة) (toutes les deux : Vénus, l'étoile du matin) et Manat (مناة) déesse du sort. Ils citaient leurs noms au cours de leurs tournées rituelles (الكعبة). Selon Ibn al-Kalbi, les Quraysh avaient coutume de faire le tour de la Ka’aba en disant : « Au nom d’Allat, d’ʿUzza, et de Manat la troisième idole. Elles sont réellement les ”al-gharānīq” (femmes de condition supérieure) dont il faut demander l’intercession. » Comme aujourd’hui, les pèlerins se rasaient la tête16.

De nombreux sanctuaires et lieux de pèlerinages (hajj) rassemblaient régulièrement les tribus. C’était des enceintes sacrées, sous la garde de certains clans ou familles. La divination et la magie étaient également pratiquées.

Les qualités à développer étaient la moroūwa (virilité), la solidarité nécessaire du groupe pour survivre, et le respect parmi ses membres. On peut parler d'une sorte d'« humanisme tribal ». Seules les vicissitudes du destin (dahr) aveugle apportaient le malheur2.

Cependant, le monothéisme n'était pas inconnu dans l'Arabie préislamique, des chrétiens (dont des nestoriens), ainsi que des juifs circulaient dans la Péninsule pour des raisons commerciales. De plus, des tribus juives résidaient à Yatrib, à La Mecque et à Najran, comme les Banu Qaynuqa, les Banu Nadir ou bien les Banu Qurayza ; voir les Juifs de la péninsule arabique avant l'islam.

Islamisme

L'islamisme est un courant de pensée musulman, essentiellement politique, apparu au XXe siècle. L'usage du terme depuis sa réapparition dans la langue française à la fin des années 1970 a beaucoup évolué1,2. Il peut s'agir par exemple, du « choix conscient de la doctrine musulmane comme guide pour l’action politique »3 – dans une acception que ne récusent pas certains islamistes –, ou encore, selon d'autres, une « idéologie manipulant l'islam en vue d'un projet politique : transformer le système politique et social d'un État en faisant de la charia, dont l'interprétation univoque est imposée à l'ensemble de la société, l'unique source du droit »4. C'est ainsi un terme d'usage controversé.

Étymologie

Le mot islamisme dérive du mot « islam » et du suffixe « -isme » et qualifie donc « la doctrine de l'islam ». Le sens politique est plus récent.

Le terme « islamisme » est de création française et l'usage de ce mot est attesté en français depuis le XVIIIe siècle, où Voltaire l'utilise à la place de « mahométisme » pour signifier « religion des musulmans » (ce qu'on nomme désormais « islam »)5. On trouve le mot dans cet usage, jusqu'à l'époque de la Première Guerre mondiale2. Cet usage, qui se développa au cours du XIXe siècle6, commença à être concurrencé par le terme « islam » au tout début du XXe siècle, lorsque le développement des études occidentales de l'islam fit la promotion du terme que les musulmans utilisaient eux-mêmes. Le terme « islamisme » avait ainsi complètement disparu de l' Encyclopædia of Islam entamée en 1913 et finalisée en 19382.

Le terme « islamisme » est réapparu en France à la fin des années 1970 pour répondre à la nécessité de définir les nouveaux courants posant une interprétation politique et idéologique de l'islam et les différencier de l'islam en tant que foi2. Pour l'islamologue Bruno Étiennen 1, l'acception actuelle du mot, qu'il est également possible d'appeler « islamisme radical », peut se résumer comme l'« utilisation politique de thèmes musulmans mobilisés en réaction à l'« occidentalisation » considérée comme agressive à l’égard de l’identité arabo-musulmane »5, cette réaction étant « perçue comme une protestation antimoderne » par ceux qui ne suivent pas cette idéologie5.

Histoire

À la base de l'islamisme d'aujourd'hui7, on trouve des courants de pensées du XIXe siècle tels que le fondamentalisme musulman (en particulier le wahhabisme) et le réformisme musulman. Ces courants sont nés suite aux questionnements que posent la confrontation à la modernité occidentale et sa domination. Les historiens considèrent également que l'islamisme est né en grande partie du « choc colonial ». Après avoir produit plus d'un millénaire d'empires (califats, empire ottoman, empire safavide, empire moghol), le monde musulman se retrouve en quelques décennies (seconde moitié du XIXe siècle) dépecé et en grande partie placé sous la tutelle des puissances coloniales européennes. Les premiers penseurs de l'islamisme (al-Banna, al-Afghani…) attribuaient cette déchéance à la perte de « valeurs » musulmanes, qui auraient affaibli l'oumma. On peut lire à ce sujet Pierre-Jean Luizard (sous la direction de), Le choc colonial et l'islam.

Certains analystes8 considèrent que les Frères musulmans, groupe fondé par Hassan el Banna en 1928, seraient à l'origine de l'islamisme. Cette confrérie est le premier mouvement à entrer sur la scène politique pour réclamer l'application de la charia, la loi islamique, dans un premier temps en opposition à l'occupation britannique en Égypte.

Au début des années 1960, Sayyid Qutb, théoricien des Frères musulmans, introduit les notions de rupture par rapport à la société impie et de reconquête. C'est dans ces écrits, surtout dans son texte « Fî zilâl al-qur'ân » (en) (À l'ombre du Coran), que certains groupes islamistes trouvent la justification théorique de l'usage de la violence pour islamiser les sociétés moyen-orientales.

À partir de la fin des années 1960, s'accumulent des faits historiques, idéologiques, économiques et sociaux qui peuvent expliquer le développement de l'islamisme :

Les décennies suivantes sont marquées par des actes terroristes spectaculaires. Il ne faut cependant pas oublier qu'ils sont l'œuvre de groupes minoritaires, souvent condamnés par des mouvements islamistes dits « modérés ».

Les islamistes sont arrivés au pouvoir, souvent par les urnes, dans plusieurs pays du monde musulman: Soudan (1989- ), Palestine (2006-2007), Tunisie (2011-2014), Égypte (2012-2013).

Mouvances islamistes

Article détaillé : Islamisation.

Le projet politique islamiste repose sur le choix et l'interprétation des textes qui constituent la charia (le Coran et la sunna, la jurisprudence). Il existe diverses manières d'interpréter les textes, ce qui explique en partie l'existence de plusieurs courants islamistes dont les discours divergent.

Islamisme et traditionalisme

Le traditionalisme dépasse largement l'islamisme, c'est un discours lié à la tradition, pas forcément à la tradition musulmane. Il renvoie à tout ce qui est conservateur, nostalgique du passé. Ce dernier concept puise souvent dans la religion, où se trouvent des éléments sur la moralité des mœurs. Le traditionalisme musulman est ainsi plutôt un islamisme.

« Islamisme » et « fondamentalisme »

Le « fondamentalisme » participe largement à la démarche islamiste en cherchant à effectuer un retour aux fondements de la religion, et à la période des quatre premiers califes.

Le terme « fondamentalisme » était utilisé dans le monde anglophone avant de l'être par emprunt dans le monde francophone. Mais dans ce dernier, dès la fin des années 1970, reviendra à l'usage du terme « islamisme », libéré de son usage ancien, pour désigner les nouveaux mouvements d'une part à cause de ses origines prestigieuses – Voltaire – et d'autre part du fait de la trop grande spécificité du terme « intégrisme » dans un contexte catholique. Le terme français, dans sa nouvelle acception, apparaitra à son tour dans le monde anglophone à partir du milieu des années 1980 pour devenir progressivement un synonyme de « fondamentalisme »2.

Ces usages seront débattus tant par les chercheurs français que leurs homologues anglophones – particulièrement américains. En France, dans les années 1990, on verra l'émergence des termes « postislamisme » – sous la plume d'Olivier Roy – et « néofondamentalisme », courant dont les tenants se consacreraient désormais à une islamisation de la société à la suite de l'échec des courants islamistes à s'emparer du pouvoir2.

Bernard Lewis rejette le terme fondamentalisme qu'il juge imprécis et fallacieux. Il précise la différence entre fondamentalistes et musulmans : les fondamentalistes souhaitent rétablir la charia et un État islamique, ils dénoncent l'adoption de « lois infidèles » ainsi que la modernisation sociale et culturelle de la société9.

Conservateurs et réformistes

Selon le Monde Diplomatique, les islamistes eux-mêmes se divisent en deux catégories10 : les « conservateurs » et les « évolutionnistes ».

Fondements de l'islamisme

Ébauche des principes de l'islamisme

Les principaux points défendus par certains islamistes sont l'instauration de la charia (jurisprudence islamique), l'unité du monde musulman et, en particulier, le retour au califat par le mérite, ainsi que l'élimination de toute ingérence non-musulmane (principalement occidentale)11.

Critiques

Le concept d'« islamisme » a été critiqué, notamment par Thomas Deltombe qui le qualifie de «catégorie infiniment élastique », «qu’aucun expert ne se risque à définir autrement que par des formules creuses», et qui « permet d’unifier toute une série de mouvements, de courants ou de personnalités sous une même bannière, indépendamment de leurs objectifs, de leurs modalités d’action et des contextes politiques, historiques et géographiques dans lesquels ils s’inscrivent. »12

La journaliste Rokhaya Diallo s’indigne de l’utilisation qui est faite du terme en France : « ce qui me dérange, c’est que pour toutes les autres religions on dit juste extrémiste. Là le mot est construit à partir du mot islam, ça laisse penser que les deux sont intrinsèquement liés. La langue française est suffisamment riche pour que l’on puisse trouver un autre terme ». Elle remarque que l’on « parle de juifs orthodoxes, pas de judaïstes. C’est pareil pour les chrétiens intégristes avec les évangélistes »13.

De plus certaines personnes désignées comme islamistes (par exemple Abbassi Madani et Mohammad Hussein Fadlallah) soutiennent que l'islam et l'islamisme sont une même chose et que le terme qui les définit le mieux est musulman2.

À l'instar de quelques auteurs et de quelques polémistes, dans son ouvrage Soufi ou mufti ? Quel avenir pour l'islam14, l'islamologue française Anne-Marie Delcambre estime, quant à elle, que « islamisme » et « islam » désignent une réalité indistincte, posant que la nouvelle acception du terme « islamisme » – l'acception politique – puiserait sa source dans l'affirmation du juriste égyptien, Muhammad Sa'id al-'Ashmawi, qui avait déclaré que « Dieu voulait que l'islam fût une religion, mais les hommes ont voulu en faire une politique »15. Elle voit ainsi dans l'islam et l'islamisme une forme de continuité, une réalité inchangée, proposant une vision à laquelle s'oppose son préfacier américain, le journaliste Daniel Pipes qui argue, lui, que l'islamisme est une « manifestation spécifique, moderne et extrémiste de l'islam » s'inscrivant dans une réalité évolutive16.

Exemples d'entités islamistes

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L'expansion de l'Islam

En Arabie occidentale, vers 610, Mahomet eut la première série de révélations qui le persuadèrent qu'il avait été choisi comme messager de Dieu. Il commença à apporter le message qui lui avait été confié, à savoir qu'il n'existait qu'un seul Dieu, auquel l'humanité tout entière devait se soumettre. En l'espace de quelques années, la région de Médine passa sous son contrôle, et, en 630, il conquit enfin La Mecque. La Kaaba, sanctuaire qui avait abrité les idoles des païens de cette ville, fut alors consacrée au culte d'Allah et devint un lieu de pèlerinage pour tous les musulmans. À sa mort, en 632, Mahomet avait rallié la plupart des tribus arabes à l'islam.
 
À la mort de Mahomet, Abou Bakr lui succéda comme premier calife; il lança un mouvement expansionniste qui connut un essor considérable : en 656, le califat s'étendait sur toute la péninsule Arabique, la Palestine et la Syrie, l'Égypte et la Libye, la Mésopotamie, ainsi que sur une partie
importante de l'Arménie et de la Perse.
 
L’expansion se poursuivit en Afrique du nord pour atteindre l’Espagne au VIIIe siècle. Du XII au XVIe siècle, la côte orientale de l’Afrique est islamisée. Les Musulmans atteignent même Madagascar.
 

Islam à Madagascar

L'islam ( chiite notamment avec la conversion de plusieurs malgaches chaque année) est établi à Madagascar depuis l'apparition de l'islam au VIIe siècle. Il a contribué de manière significative à forger l'identité malgache. Une étude réalisée par le Pew Research Center en 2010 indique une proportion de 1,1 % de musulmans1.

Histoire

L'immigration arabe

D'après des traditions locales, les premiers arabes qui s'installèrent à Madagascar étaient des réfugiés des guerres civiles qui suivirent la mort de Mahomet en 632. Vers le Xe siècle ou le XIe siècle, les marchands d'ivoire arabes ou de Zanzibar voyageaient le long de la côte Est de l'Afrique dans leurs boutres, et établirent des colonies sur la côte Ouest de Madagascar. Parmi ces colonies, la plus célèbre est celle de Zafiraminia, dont sont issues notamment les ethnies Antemoro et Antanosy. La dernière vague d'immigrants arabes est celle des Antalaotra, qui venaient de colonies d'Afrique de l'Est. Ils s'installèrent au Nord-Ouest de l'île, dans la région de Mahajanga, et furent les premiers à importer réellement l'islam sur l'île.

L'héritage arabe

Les immigrants arabes musulmans étaient en petit nombre comparé aux Indonésiens et aux Bantous, mais ils laissèrent une trace durable : les noms malgaches des saisons, des mois et des jours, la pratique de la circoncision, les pièces de monnaie, les silos communaux pour le grain, et différentes formes de salutation. Les magiciens arabes, appelés ombiasy, s'établirent dans les tribunaux de nombreux royaumes tribaux de Madagascar. Les arabes musulmans apportèrent à Madagascar le système de famille patriarcale. Il s'opposait au système matriarcal polynésien où le privilège de la propriété est réparti équitablement entre hommes et femmes. Les arabes sont aussi à l'origine du Sora-be, un alphabet basé sur l'alphabet arabe, qui a été utilisé pour transcrire le malgache et le dialecte Antaimoro. Les arabes furent aussi les premiers à identifier correctement les Malgaches en suggérant que l'île avait été colonisée par les Indonésiens2.

Colonisation et indépendance

Après l'indépendance de Madagascar suite à sa colonisation par la France en 1960, Madagascar se développa grâce à des liens forts avec le pouvoir communiste de l'Union soviétique, qui étouffa le développement de toute religion à Madagascar. Néanmoins, dans les années 1980, Madagascar prit ses distances avec l'Union soviétique et renoua des partenariats avec la France. C'est maintenant une république qui garantit la liberté de culte.

 

 

 

 

 

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