TANGUIN

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poison d’épreuve par les Malgaches des Hauts Plateaux centraux de Madagascar.

recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com)

1°) Le Tanguin, poison d’épreuve à Madagascar :

Une première version de cette recherche a été présentée au colloque international "Culpabilité - culpabilités" organisé pour les XXèmes Journées du Droit par la Faculté de Droit de Limoges, du 4 au 7 octobre 2000.

voir aussi : 2°) « Il faut respecter le Tanguin »
(Communication au colloque "Les plantes et l'effroi"
13,14,15 octobre 2011, Forcalquier)

Résumé

L'ordalie a pour principe de mettre en communication, à la faveur d'un intermédiaire investi à cette fin, le monde des hommes et le monde des puissances supra-naturelles et de suppléer ainsi aux imperfections de la justice humaine, notamment quand il s'agit de décider de la culpabilité ou de l'innocence d'un accusé. Le poison d'épreuve ici présenté, utilisé à Madagascar jusqu'au milieu du XIXème siècle, était ainsi administré principalement aux personnes qui étaient accusées de sorcellerie. Des informations recueillies à la fin du XIXème siècle et consignées dans trois ouvrages différents (le Manuscrit de l'ombiasy, l'Histoire des rois et les Coutumes malgaches) permettent d'entrer dans la logique de ce processus judiciaire. Des circonstances historiques particulières, l'unification de l'Imerina sous Andrianapoinimerina (1787-1810), montrent par ailleurs comment cette institution a pu constituer un moyen d'unification mystique du royaume et permettent d'appréhender quelle utilisation "politique" il a pu être fait de cette procédure. C'est donc le "principe officiel" de l'ordalie et son "principe officieux" (son éventuelle politisation) que les documents ici présentés offrent à la discussion.

 

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Introduction
Le Tanguin est une noix toxique qui était utilisée comme poison d’épreuve par les Malgaches des Hauts Plateaux centraux de Madagascar. C’est le fruit d’un arbre qui pousse sur la côte Est de la Grande Ile et dont il existe une forme à la Réunion : la chronique judiciaire de la fin du siècle dernier révèle un cas d'empoisonnement par le Tanguin, dont a été victime le maître d'un employé malgache.




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Les échantillons que je présente ici viennent de l’herboristerie traditionnelle du marché de Tananarive. Cette noix ne figure pas parmi les produits de consommation courante exposés à la vue des passants. On va la chercher dans une poche ou dans une boîte où elle est rangée. Quand on s’enquiert du Tanguin, il arrive qu'on vous demande si vous avez des problèmes avec la justice… On vous explique alors que lorsqu’on se présente devant un tribunal, on met une noix de Tanguin dans sa poche et qu’on est sûr d’avoir gain de cause. Le Tanguin reste donc associé à la manifestation de la vérité. On dit aussi que c’est un moyen de se protéger des sorciers. Et l'on verra que c’était aussi traditionnellement sa principale fonction : démasquer les sorciers. Barguignant quelques noix pour la bonne cause (celle de cette communication), il nous fut signifié par la marchande qu'il n'était pas possible de descendre plus bas : car "il faut respecter le Tanguin"…

Deux questions sont inévitables quand on parle d’ordalie :

1°) Celle du principe officiel de l’action ordalique et

2°) celle du principe officieux de l’action ordalique : qui est, pour nous, de savoir - incorrigibles incrédules que nous sommes - s’il y a manipulation ou "trucage" du principe officiel.

A - L’action ordalique :

Comme un bon dessin vaut mieux qu’un long discours, je vais utiliser un pictogramme pour représenter le principe cosmologique dans lequel se développe l’action ordalique. L’idéogramme chinois qui signifie roi (wang) s’écrit en représentant trois traits horizontaux reliés par un trait vertical. L’étymologie populaire de cet idéogramme explique que le roi est celui qui met en communication la terre, le monde des humains et le monde céleste. Le roi est un médium. Voilà la représentation traditionnelle de la justice et le Tanguin est, à sa manière, un tel médium.

Par opposition, j’illustrerai la conception moderne de la justice par ce mot d’un surréaliste belge : “La question de l’existence de Dieu est un problème qui ne regarde que lui”. Les hommes doivent se débrouiller entre eux et n’ont que des solutions profanes à mettre en œuvre pour régler leurs problèmes. C’est la différence entre l’astrologie et l’astronomie : il n’y a plus de communication entre les différents plans de l’univers. C’est aussi la différence entre la justice transcendante, la foudre des dieux, et la justice immanente si j’entends par là la justice des hommes.

L’ordalie est donc une épreuve judiciaire dont l’issue, réputée dépendre d’une puissance surnaturelle, établit la culpabilité ou l’innocence d’un individu quand, dans la généralité des cas, la justice des hommes se révèle impuissante à le faire. On peut distinguer des ordalies indirectes et des ordalies directes, selon que c’est la simple menace de l’invocation surnaturelle ou l’utilisation effective d’un intermédiaire divin qui dévoile la culpabilité. Dans le premier cas, l’épreuve s’apparente à un dispositif (parfois un stratagème) destiné à confondre le coupable par l'invocation de la justice transcendante ; dans le second, la mise en œuvre de l’action surnaturelle procède de l’exposition à un danger naturel (poison, puissance naturelle, animal prédateur de l’homme ou venimeux…) auquel la protection surnaturelle permettra d’échapper. Ainsi quand, à Madagascar, après avoir mélangé au rhum un peu de la terre du tombeau de l’homme qu’on vient d’inhumer (ou le serment prenant à témoin les ancêtres, sotro vokaka), on prononce l’invocation : “Si celui qui est responsable de sa mort est parmi nous, qu’il meure en absorbant ce breuvage !” l’éventuel coupable se désigne d’évidence en s’excluant de cette imprécation (et de ce “toast”) , c’est une ordalie indirecte. De même, quand, dans le folklore européen, l’auteur d’un vol se découvre après qu’on ait demandé à tous les suspects de mettre la main dans une boîte magique, le noir ayant été fait dans la salle d’ordalie, supposée reconnaître celle du coupable et que, la boîte en cause étant remplie de farine, la main chapardeuse s’affiche comme la seule à ne pouvoir montrer “patte blanche”... (ainsi encore de la Bouche de la vérité dans Roman Holiday, film de William Wyler de 1953, avec Gregory Peck et Audrey Hepburn, gueule de pierre dans laquelle on plonge la main et qui dévore celle des menteurs, ce qui permet au héros – et à l’acteur – d’effrayer et de séduire la belle, la séquence où on le voit la main prise par la gueule en cause n’étant pas prévue dans le scénario…)


Une "bouche de la vérité" (de dénonciation) contre les magistrats corrompus :
Denontie secrete contro chi occultera gratie et officii. O colludera per
nasconder la vera rendita d’essi
. (Palazo Ducale, Venise)

Mais ce qui fait, pour nous, le caractère spectaculaire de l’ordalie, c’est évidemment la confiance mise dans le “jugement de Dieu”, dans l’intervention des puissances supranaturelles au cours du processus judiciaire. Cette confiance témoigne d’une conception de la justice où c’est la conformité de l’homme et du monde, révélée par la médiation d’un élément naturel, qui fonde le droit. Cette caractéristique nous intéresse d’autant plus, pourrait-on dire, que notre pratique du droit se fonde, elle, sur une rupture avec l’ordre surnaturel : “C’est par le silence, écrit Jean Carbonnier, que le Code exprime son idéologie... Il ne dit rien de l’Église et cela suffit pour établir la laïcité du droit civil, ce qui était en 1804 une innovation sans précédent”. Quand le juge est un médiateur cosmique dans la représentation traditionnelle de la justice, il est pour nous un arbitre de la raison, le garant de ces règles que la loi des hommes a établies pour vivre en commun et qui ne laissent pas de place à l’intervention surnaturelle.

Il faut donc, me semble-t-il, rappeler nettement ceci quand on parle d’ordalie : celle-ci prend place dans une représentation où l’homme fait partie du cosmos. Le roi, le juge, le poison d’épreuve mettent en relation le monde des puissances et le monde des hommes. La modernité, je l’ai dit, se signalant évidemment par la rupture de cette liaison.

Le Tanguin est donc une noix toxique qui était utilisée comme poison d’épreuve par les Merina sur les Hauts Plateaux de Madagascar. Le cas du Tanguin est intéressant dans la mesure où nous possédons des textes détaillés qui expliquent sa signification et son mode d’action ordalique et que ces textes permettent de comprendre selon quelle conception de l’ordre du monde l’épreuve judiciaire peut discriminer la culpabilité. De surcroît, des circonstances historiques particulières, l’expansion merina pendant le règne d’Andrianapoinimerina (1787 - 1810), permettent aussi d’appréhender l’utilisation “politique” qui a pu en être faite. C’est sous règne en effet que l’administration du poison devint une institution minutieusement organisée.

Le mot "Tanguin" semble avoir pour racine le mot tanghena : vérité. Le Tanguin serait alors l'instrument de la vérité, sa fonction justifiant son appellation. (Une recherche de philologie historique permettrait sans doute de confirmer ou d'infirmer cette hypothèse selon l’origine géographique de l’étymon.)

B - Un peu de botanique

L’arbre qui produit ce poison d’épreuve est Cerbera venenifera Steud. (Apocynacées), nommé Tanghena en malgache et sa graine Kebona. Le Tanguin est encore utilisé dans la médecine populaire d’aujourd’hui, à faible dose (la dose judiciaire était de deux noix râpées), pour ses vertus vomitives ou cardiotoniques. Cet arbre ne pousse pas sur les Hauts Plateaux. On le trouve, je l’ai dit, sur la côte Est de Madagascar et c’est probablement au cours de leur migration de la côte vers les Hauts Plateaux que les Merina en ont éprouvé l’utilisation.



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Le Tanguin est un arbre à latex à fleurs blanches. Son fruit est une drupe à chair rosée, à péricarpe membraneux et dont le noyau fibreux contient une amande riche en huile. Les propriétés de cette amande sont dues à des principes cardioactifs de type strophantine, qu’on peut rapporter à ceux de la digitaline. À forte dose, c’est un poison du cœur. Le principe nauséeux de la noix de Tanguin, le spasme intestinal qu’elle provoque, est exploité en parallèle avec son principe toxique, puisque c’est l’éventuel rejet de trois morceaux de peau de poule qu’on fait ingurgiter à l’inculpé avec le poison - il vomit généralement le poison avec les fragments de peau - qui décide de son innocence ou de sa culpabilité.


Plusieurs molécules toxiques ont été isolées dans les différentes parties botaniques de la plante. Le fruit et les graines renferment un mélange d'hétérosides cardiotoxiques très puissants, le cerbéroside (principalement dans le fruit vert), la cerbérine (dans le fruit mûr) qui est la mono-acétyl nérifoline [Iyer GV, Narendranath M. "A preliminary report on the neurological manifestations of Cerbera odallam poisoning". Indian J Med Res 1975 ; 63 : 312-4.] et l'odolline. Le latex contient principalement de la thévethine [Malathy K, Krishnamoorthy A. "Detection of Cerbera odallam by thin layer chromatography". J Chromatogr 1978 ; 152 : 592-4.] Les racines possèdent des propriétés antiprolifératives et antiœstrogéniques grâce à trois autres cardénolides : la 17-bêta-nériifoline, le 14-hydroxy-3-bêta-(3-O-méthyl-6-déoxy-alpha-L-rhamnosyl)-11-alpha,12-alpha-époxy'(5-bêta,14-bêta,17-bêtaH)-card-20,22-énolide et le 14-hydroxy-3-bêta-(3-O-méthyl-6-déoxy-alpha-L-glucopyranosyl)-11-alpha,12-alpha-époxy-(5-bêta,14-bêta,17-bétaH)-card-20,22-énolide [Chang LC, Gills JJ, Bhat KP, Luyengi L, Farnsworth NR, Pezzuto JM, Kinghorn AD. "Activity-guided isolation of constituents of Cerbera manghas with antiproliferative and antiestrogenic activities". Bioorg Med Chem Lett 2000 ; 10 : 2431-4]. (Recension dans : Y. Gaillard, M. Cheze, G. Pépin : "Intoxications humaines par les végétaux supérieurs : revue de la littérature", Annales de Biologie Clinique. Volume 59, Numéro 6, 764-5, Novembre - Décembre 2001, Article électronique)


C - Le manuscrit de l’ombiasy

Un manuscrit dont la connaissance est due à Alfred Grandidier (l’auteur en est, dit-il sans autre précision, “l’un des derniers survivants des ombiasy [devins] de Ranavalona 1ère”, qui régna de 1828 à 1861), rédigé en 1864 et 1865, apporte des informations - qui recoupent largement celles qu’on trouve dans les Tantara Andriana, présentées et commentées par Mondain et Chapus (1946), sur la philosophie et la mise en œuvre de cette pratique (Rabearimanana, 1975).

“Voici les usages, commence le texte, quand c’est le souverain qui ordonne l’administration du Tanguin soit pour une accusation de sortilège, soit pour une révolte, ou si quelqu’un est accusé de sortilège, ne serait-ce que par un seul témoin. L’accusé doit subir l’épreuve du Tanguin dans la maison où on le trouve, même si ce n’est pas la sienne. Puis on l’accuse en ces termes : “Voici pourquoi le roi veut vous faire boire le Tanguin, pourquoi on vous accuse.”

La première série de dispositions consiste à isoler la procédure d’accusation du cours ordinaire des choses et à la placer sous l’invocation, à l’abri de la lumière du jour, d’un principe cryptique : “D’abord, même si on lui fait boire le Tanguin en plein jour, on ferme la maison, on bouche les fentes pour qu’aucune lumière ne pénètre de l’extérieur ; puis on éclaire la maison à l’aide d’une petite lampe. Puis on cherche de l’eau prise sous terre et n’ayant pas vu le jour.” Le manuscrit énumère ensuite les éléments nécessaires à l’administration du poison : deux petits poulets pour l’épreuve préalable ; la peau d’une poule dont on découpera trois morceaux, un récipient où l’accusé devra vomir ; une spathe de bananier qui contiendra le Tanguin râpé ; un jeune plant de bananier dont sera extraite la sève mélangée au Tanguin râpé ; enfin une bouillie de farine et du riz.

La procédure ordalique elle-même consiste à faire avaler à l’accusé, un à un, les trois morceaux de peau de poule, puis à lui administrer le Tanguin après avoir formulé une imprécation demandant au Tanguin de reconnaître “le bien du mal” dans le ventre de l’accusé. On lui administre ensuite la bouillie jusqu’à ce qu’il vomisse les trois morceaux de peau de poule. “Si l’accusé reconnaît sa faute, on le laisse. S’il meurt, on le laisse aussi. Et s’il survit, les trois morceaux de peau pris sur la poule ayant été rejetés, celles qui attendent dehors [entonnent] des prières”...

“On prend [donc] deux petits poulets pour l’épreuve préalable [qui permet de tester l’efficacité du poison]. On fait chercher aussi une poule que l’on va tuer pour en retirer la peau, une nasse où celui qui boira le Tanguin doit vomir pour que l’on retrouve les morceaux de peau de la poule. On prend en outre le bouquet d’un bananier qui contiendra le Tanguin une fois râpé avec la râpe à Tanguin du prince qui administre le Tanguin ; car il a déjà une râpe à Tanguin qu’il a taillée en forme de grosse cuillère mais dont l’intérieur est en dents-de-scie. On se procure aussi un jeune plant de bananier dont on extrait un peu de sève que l’on mélange à l’eau servant à râper le Tanguin. Ensuite on prépare une bouillie de farine, on fait cuire un peu de riz [...] que l’accusé mangera [...]. Une fois tout ceci rassemblé, on fait cuire la bouillie dans une grande marmite dans laquelle on verse beaucoup d’eau n’ayant pas vu le jour [...] Ceci fait, le prince qui administre le Tanguin se lève et l’accusé avance un peu vers le sud, et on allume un petit feu devant lui. L’accusé passera par-dessus ce feu, de même que le Tanguin. Puis celui qui administre le Tanguin tient devant l’accusé le Tanguin avec la lance à Tanguin, etc. (voir infra).

L’intérêt de ce manuscrit tient également dans la description de la fonction mystique attribuée à la substance ordalique. Le poison est invoqué et magnifié en ces termes : “Entends, entends, entends, entends, écoute bien ô Manamango [esprit du Tanguin], tu es un œuf rond, le remplaçant de Dieu, le porte-parole du Créateur, n’ayant pas d’yeux, mais qui voit, n’ayant pas d’oreilles mais qui entend, n’ayant pas de bouche, mais dont on approuve les dires et les paroles, alors entends, écoute bien, ô Manamango.” “Entends, entends, entends, entends, écoute bien. Tu étais dans une contrée lointaine, aux quatre points cardinaux, au bord de la mer ; là où tu cherchais fortune, on t’a cherché là-bas comme on cherche de l’argent, on t’a cherché là-bas comme on cherche des perles, que ce soit un noble, un roturier ou un esclave qui t’a cherché là-bas. On t’a cherché ô Manamango pour être le porte-parole de Dieu, le remplaçant du Créateur, pour être le juge des nobles, pour être le juge du peuple, pour être un arbitre qui prononce le verdict, pour être juste et parfait, pour condamner les coupables et acquitter les innocents. Alors entends, écoute bien, ô Manamango.”

Dans un deuxième temps, le texte expose la supériorité judiciaire du poison d’épreuve sur la justice des hommes : “Entends, entends, entends, entends, écoute bien ô Manamango”, tu es venu de l’Est, tu es monté dans ces régions “où il y avait des nobles, où il y avait des souverains qui exerçaient leur domination”. “Mais qu’ils soient les chefs de centaines ou de milliers de nobles, lorsqu’ils rendaient la justice, ils le faisaient avec partialité, ils ont jugé à fleur de peau, ils ont jugé à la légère, ils se laissaient corrompre par l’argent et la richesse, ils ont remis en cause des jugements antérieurs [...] ils ont été incapables de juger.”

Le Tanguin aurait d’abord été administré à des animaux, à des poulets utilisés comme témoins ordaliques des accusés ou aux protagonistes d’un procès. Il est admis aussi que c’est sous le règne d’Andrianapoinimerina et sur l’impulsion de la caste des “hommes libres”, Tsimahafotsy, qui aspiraient à la sécurité d’un royaume fort et organisé, que l’épreuve devait prendre une signification nouvelle. L’Imerina était alors divisé en petits royaumes aux mains de potentats régnant, dit-on, par la sorcellerie. À partir de son territoire d’Ambohimanga, Andrianapoinimerina conquit tout l’Imerina et en fit un royaume structuré sous son autorité. Se posant comme maître et seul détenteur du Tanguin : “Je suis le maître du Tanguin et nul en dehors de moi ne peut le faire prendre”, il créa des fonctions spéciales dévolues à l’administration et à la promotion de cette ordalie.

D - Le témoignage d’un missionnaire en 1831

En 1831, un témoin oculaire, le révérend Freeman de la London Missionary Society, écrit une lettre sur le renouveau du poison d’épreuve en Imerina sous le règne de Ranavalona 1ère qui accéda au trône après la mort de Radama (ce dernier ayant limité cette utilisation). “Sont soumises au poison d’épreuve les personnes soupçonnées de sorcellerie ou soupçonnées d’être ensorcelées.” “Il a été utilisé aussi pour découvrir la culpabilité des personnes accusées des délits civils, vols avec effraction, meurtres, etc. Il est de même fréquemment employé pour régler les litiges sur les propriétés, les vols de peu d’importance, en l’administrant à des chiens désignés par les parties intéressées, et, naturellement, le propriétaire du chien tué par l’épreuve est condamné aux peines prévues par la loi. En quelques régions de l’île la conviction est établie selon que la partie qui boit le Tanguin vit ou meurt ; si la dose entraîne la mort, la partie est déclarée coupable sans discussion ; si elle en réchappe son innocence est démontrée. Mais en Imerina où j’ai habité pendant quelque temps le Tanguin ne constitue l’ordalie que dans la mesure où il agit en tant que puissant vomitif. Voici comment il est utilisé. L’accusé, après avoir mangé du riz bouilli autant qu’il lui est possible, avale sans les mastiquer trois morceaux de la peau d’un poulet, ayant chacun environ la largeur d’une piastre. Il boit alors le liquide d’épreuve, composé d’une petite quantité de noix de Tanguin râpée mélangée dans du jus de banane. Le panozon-doha (celui qui prononce la malédiction ou imprécation) place alors sa main sur la tête de l’accusé et prononce la formule d’imprécation, appelant sur lui les plus affreuses malédictions s’il est coupable. Aussitôt après on administre à l’accusé une grande quantité d’eau de riz, qui a pour conséquence de provoquer des vomissements. Si, à l’examen, on trouve les trois morceaux de peau, tout est bien, l’accusé est déclaré madio, propre, légalement et moralement innocent de l’accusation. Mais s’il en est autrement, le crime a mis sa tache, cette tache est indélébile, et la disgrâce encourue est irréparable.”

“Quelquefois, la nature vénéneuse du poison agit avec une si grande rapidité que l’accusé meurt pendant l’ordalie. Si l’épreuve a prouvé la culpabilité de l’accusé, mais si néanmoins le Tanguin n’a pas entraîné la mort sur le champ, l’accusé est généralement mis à mort par les assistants, un gros gourdin ou un pilon à riz étant utilisés comme instruments de l’exécution. La cervelle de la malheureuse victime est écrasée sur place. La strangulation est quelquefois utilisée, comme me l’a rapporté un témoin oculaire d’une scène où la malheureuse victime fut alors conduite à quelque distance, ou plutôt traînée dans une sorte de convoi funèbre avant d’être tout à fait morte. En quelques cas, les accusés sont laissés tels quels au milieu des souffrances de l’agonie, abandonnés pas tous, famille, amis, tous ! Les esclaves reconnus coupables sont généralement envoyés au loin, vendus dans des endroits où on ne connaît pas leur culpabilité. Mais les esclaves appartenant à un membre de la famille royale sont mis à mort.”

“Il était hautement agréable à tout esprit empreint d’humanité d’être témoin du déclin d’une telle coutume barbare pendant les dernières années du règne de Radama, le dernier roi éclairé et entreprenant du pays. Son successeur a cependant encouragé ou permis le renouveau de cette coutume, et l’a poussé jusqu’à une lamentable extension. Tous les principaux de son peuple, officiers, devins, jeteurs d’anathèmes et d’autres, environ plusieurs centaines, ont été forcés de boire le Tanguin pendant ces derniers mois, et une vingtaine ont péri, fauchés en pleine santé et force. Leurs biens ont été confisqués, et leurs familles réduites à la misère et à la ruine” [...] “...Je sais que vous avez été longtemps l’ami de Madagascar, conclut Freeman à l’attention de son correspondant [...] aussi j’ai confiance que vous continuerez à appuyer tous les moyens possibles pour délivrer les cinq millions d’habitants de cette île de cruautés aussi révoltantes, et pour les élever à la joie des bienfaits de la civilisation et du christianisme”...

E - Le Tanguin dans l’Histoire de rois (Tantaran’ny Andriana) du Père Callet, et les Coutumes malgaches (Fomba Malagasy) de Cousins

Les informations du manuscrit de l’ombiasy, cela n’a rien pour étonner, puisent aux mêmes sources que les Tantaran’ny Andriana. Quand les formules ne se répondent pas mot pour mot, l’idée est la même et le scénario identique. L’ombiasy émarge évidemment à la même école que les informateurs de Callet et Cousins. La compilation des informations sur le Tanguin puisées dans les Tantaran’ny Andriana et les Fomba Malagasy, par G. S. Chapus et G. Mondain (1946), apporte souvent des précisions supplémentaires. Un récit des Tantaran’ny Andriana attribue ainsi la révélation du Tanguin à la divinité à laquelle on rapporte la plupart des pratiques divinatoires, Ranakandriana. “La première épreuve du Tanguin que pratiquèrent les ancêtres fut celle par laquelle on l’administra aux poulets ; on ne le fit pas prendre aux gens mais aux poulets. Quelque affaire qu’on entreprît, on procédait sur un poulet à l’épreuve du Tanguin en invoquant Dieu. Si l’affaire devait prospérer, le poulet vivait. S’il mourait, on ne faisait rien, et s’il vivait, on s’y mettait [...] Si l’on devait donner l’assaut à quelque localité, on procédait à une épreuve sur un poulet avant d’attaquer [...] Ainsi opérait le roi pour agrandir ses États.” (G. S. Chapus et G. Mondain, p. 160) Cet usage divinatoire débouche naturellement sur la pratique qui consistait à administrer le Tanguin à des chiens, l’un représentant l’accusé, l’autre l’accusateur. On prononce l’invocation suivante : “Entends, entends, comprends-moi bien ô toi Rainimanamango. Te voilà maintenant dans l’estomac du chien, substitut des yeux, de la vie, des mains, des pieds et des oreilles de l’accusé. Oui, ce chien dont tu habites l’intérieur est comme celui qu’il représente. Si tu vois que l’accusé n’est pas coupable, mais odieusement calomnié, que ce chien vive, que cet animal représentant de l’accusé, qui a pieds et mains comme lui, soit rapidement rendu à la vie ; et reviens par la porte même par laquelle tu es entré en lui. Mais si tu vois que l’accusé est vraiment coupable, tue ce chien dont les yeux, la vie, les pieds, les mains et les oreilles tiennent la place des siens ; oui, tue-le sans délai, détruis-le sur le champ, fais éclater son cœur, déchire-le et fais-le mourir en un instant, ô Rainimanamango”.

La mention de l’administration du Tanguin à des humains est associée au règne d’Andrianjaka (1610-1630) et à des litiges et des procès que les gens n’arrivaient pas à régler entre eux. C’est sous le règne d’Andrianapoinimerina que l’institution du Tanguin prend corps. Tantaran’ny Andriana, p. 112 : “Sous Andrianapoinimerina les idées sur le Tanguin et son essai se développèrent. L’administration du Tanguin au poulet, courante auparavant chez les ancêtres, fut utilisée par Andrianapoinimerina pour unifier son royaume.” L’habilitation mystique de la noix était vérifiée sur un poulet, ce qui permettait de constater son effet en réveillant l’esprit caché dans la noix. On s’adresse à cet esprit, “dont le nom Ramanamango, évoque la perfection” (G. S. Chapus et G. Mondain) en ces termes : “C’est un œuf ceci, ô Manamango, et il est devenu poulet ; engendré par un coq et né d’une poule, il crie quand le jour paraît et court rapidement dès le matin ; il sait distinguer le jour et reconnaître la nuit. Si donc vous savez juger suivant la vérité, votre sentence aujourd’hui ne nous trompera pas. Que l’eau soit insipide, tuez-le ; qu’elle soit bien chargée, tuez-le ; oui, entraînez la mort de ce petit poulet ; car il est un essai pour faire périr, pour montrer que vous n’êtes pas un Tanguin indulgent à tout, ô Manamango. Si donc vous ne voulez pas tuer les justes, mais effectivement condamner les coupables, ô Manamango, faites périr ce petit poulet”. Après ce premier essai sur un poulet dont la mort a été demandée, on soumet à l’épreuve un second poulet dont on demande le maintien en vie en disant : “Ce n’est pas par haine qu’on a fait périr l’un et ce n’est pas par affection qu’on veut faire vivre celui-ci [...] c’est un animal d’essai à laisser vivre”.

La codification de l’épreuve par Andrianapoinimerina est décrite en ces termes dans les Tantaran’ny Andriana (p. 831) : “Voici ce que je vous déclare, ô mes sujets. Dans ce pays c’était le gouvernement de la multitude ; mais maintenant Andriamanitra me l’a donné. Autrefois tous les gens agissaient à leur guise. Je ne le permettrai plus, mais j’y veux mettre une barrière. Jusqu’ici, ajouta-t-il, des hommes, les Tahiamanangaona avaient des amulettes malfaisantes : ils faisaient monter l’eau au village par un mortier qui marchait tout seul [...] car il est des choses qu’on ne doit plus voir dans le pays, amulettes malfaisantes et sorcellerie [...] j’ai trouvé une voie de justice dans le tangena ; par lui on découvrira les sorciers, les possesseurs d’amulettes malfaisantes, de charmes d’amour, les menteurs et les gens sincères”.

 

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L’institution du Tanguin par Andrianapoinimerina s’accompagna de protestations de fidélité au roi dont les démonstrations marquèrent les esprits et contribuèrent à renforcer le caractère d’impartialité de l’épreuve. Selon la narration des Tantaran’ny Andriana, le conseiller du roi, Hagamainty, déclara devant le peuple : “S’il y a vraiment un juge qui permette de reconnaître les coupables et les innocents, qu’on nous juge tous immédiatement. Nous vous remercions de la paix nouvelle que vous apportez par ce don du Tanguin.” Alors, le chef du clan des Tsimahafotsy, allié d'Andrianapoinimerina proposa que les siens se soumettent en premier à l’épreuve : “Nous sommes les pères de la population [...] ainsi vous éprouverez vos propres serviteurs.” On fit ainsi et certains Tsimahafotsy ne survécurent pas à l’administration du poison. Les gens du palais se soumirent aussi à l’épreuve. Et Ampodiaina, particulièrement apprécié du souverain, succomba. Ce qui démontra au peuple le caractère sacré du poison. (Tantaran’ny Andriana, p. 832)

Faire du Tanguin, sous la responsabilité du roi, le seul moyen mystique de gouvernement, cela supposait donc de combattre la puissance occulte détenue par les fabricants de charmes “privés”. Andrianapoinimerina interdit en conséquence un certain nombre de charmes en mesure de concurrencer le pouvoir royal, mais aussi de troubler l’ordre public. En décrétant le monopole du Tanguin, de sa récolte, de sa détention et de son administration, il réalisait ainsi la centralisation religieuse du royaume en quelque sorte, mettant ses propres fétiches sous la protection du Tanguin. Le Tanguin devient le symbole et l’instrument de l’ordre royal : “Pour éviter toute dispute, dit le roi, j’ai institué la brasse, l’empan et le pied... Sept pieds et sept empans font une brasse. Si vous vous querellez encore, dans ces conditions, vous serez manohi-drano, en lutte ouverte contre le Tanguin. On voit que le Tanguin se révèle l'instrument mystique de l'unification économique, administrative et politique du royaume.
À la rubrique “Andrianapoinimerina envoie chercher le Tanguin”, on apprend la solennité mise à la récolte des graines sacrées. Andrianapoinimerina adressa à la population une allocution dans laquelle il lui dit : “... 250 hommes chez les Aravadrano partiront et le nombre des chefs sera de 50 ; je vous fais savoir ceux qui partiront et vous en indique le nombre : 300, les chefs compris [...] Les mpanozon-doha (ceux qui administrent le Tanguin) vous accompagneront, au nombre de deux et voici les instructions que je leur donne : quand vous aurez trouvé du Tanguin, vous les mpanozon-doha que j’envoie, faites-le prendre à des oiseaux. Si les oiseaux survivent rapportez les graines et s’ils meurent, jetez-les [...] Telles sont les instructions que je vous donne, observez-les scrupuleusement ; car si j’envoie chercher du Tanguin, c’est pour qu’il me permette de veiller sur vos femmes, sur vos enfants et sur vos personnes [...] Je vous accorde un délai de deux mois pour revenir à Tananarivo.

Un vieillard déclare à ce propos : “C’est dans la forêt de l’Est et celle du Nord que se trouve le Tanguin et que Dieu l’est allé cherché. C’est un arbre à beaucoup de branches et c’est le fruit qu’on prend. L’intérieur du fruit du Tanguin ressemble à celui de la pêche ; il est dur et il faut une lance pour le briser et en extraire l’amande qu’il contient à son tour : c’est là le jugement qu’on fait boire aux gens : ceux qui survivent sont justifiés ; ceux qui meurent sont convaincus de sorcellerie. On ne prend toutefois que les graines tombées : on ne les détache pas vertes, car Andrianapoinimerina avait déclaré : “Ne prenez pas du fruit qui ne soit pas tombé, mais seulement celui qui est à terre : “Apportez celui qui veut bien venir” [...] L’écorce du jugement (le noyau qui enveloppe l’amande du Tanguin) n’est pas mortelle : on en fait un remède contre les maladies et contre la sorcellerie. Il faut le demander, déclarait le vieillard, au juge qui la garde.”

F - Le Tanguin dans le code de procédure pénale

Les Fomba Malagasy (p. 91) décrivent ainsi la manière de procéder à l’épreuve. Il n’y avait aucun édifice officiel réservé à cet usage. On faisait donc vider une case quelconque. On faisait enlever tout ce qui se trouvait dans la maison, jusqu’aux nattes. On y plaçait cinq trépieds au sud du foyer pour y faire cuire l’eau de riz que l’on donnait à boire au patient, juste après l’absorption du Tanguin. Devant la place où devait s’asseoir l’inculpé, on creusait deux trous, un à droite où l'on enfonçait un grand panier à pêche devant recevoir les matières vomies par la victime, un autre à gauche, celui-ci relié au premier par un canal afin d’y ramener ce qui en déborderait. [...] On avait besoin de plusieurs objets faisant partie du rituel consacré. Le Tanguin devait être placé dans une sorte de cuillère faite d’un morceau d’écorce de bananier. Pour le test opéré sur les poulets, il fallait préparer un petit entonnoir spécial en enroulant une feuille d’une plante appelée famoa. Il fallait également une poule bien grasse pour y découper les morceaux de peau à faire avaler au patient (des fragments provenant d’une poule maigre auraient infailliblement, paraît-il, entraîné de fatales conséquences en se collant à la peau du patient). On devait enfin se procurer de la farine de riz et de l’eau fraîchement tirée de la source.

Dans la case, celui qui doit subir l’épreuve a été complètement dépouillé de ses vêtements. Assis sur un coussinet, les jambes allongées, et tourné dans la direction de l’Est, il attend patiemment la suite des opérations qui seront assez longues. Il y avait d’abord une proclamation faite par l’andriambaventy qui a au préalable lavé le Tanguin du côté nord du foyer, place d’honneur dans toute habitation malgache (Tantaran’ny Andriana, p. 369 : “Le côté nord est la tête du foyer : c’est le seul côté où il soit interdit d’utiliser le feu. Attiser par le nord faisait mourir les gens prématurément et périr aussi la volaille, empêchait d’acquérir des biens, de monter en grade ou de se disculper lors de l’épreuve du Tanguin).

On procédait à une sorte de préparation des voies digestives du patient en lui faisant mâcher un morceau de courge séchée mêlée à de l’eau de riz épaisse, ceci, explique le conteur des Fomba Malagasy afin que le Tanguin ne glisse pas trop vite dans l’estomac du patient. C’est alors seulement qu’on fait prendre le poison. (On note ici une divergence entre les Tantaran’ny Andriana les Fomba Malagasy quant à l’ordre selon lequel on faisait avaler les morceaux de peau de poule, avant ou après le poison.)

Le poison avalé, l’andriandahy commence les imprécations. “Entendez, écoutez, ô Manamango, vous êtes maintenant parvenu jusqu’à son ventre ! le voyez-vous car vous êtes maintenant mêlé à lui et à ses os : s’il a ensorcelé, mettez-le à mort ! que sa vie s’achève ! puisse-t-il mourir ! et surtout s’il a déclaré : moi je ne meurs pas du Tanguin : s’il agit de la sorte mettez-le à mort ... S’il n’est pas coupable de tout cela, faites-le vivre et il vivra...

Autre imprécation (proche de ce qu’on peut lire dans le “Manuscrit de l'ombiasy”) : “Entendez, entendez, entendez, écoutez bien ô vous Ramanamango ; vous êtes un œuf rond ; vous n’avez pas le trou d’oreille et cependant vous entendez, vous n’avez pas d’yeux et pourtant vous voyez clair ; vous n’avez pas de bouche et cependant on approuve vos paroles ; aussi entendez-moi, écoutez-moi bien. C’est d’un pays lointain qu’on vous a fait venir ; qu’on vous a fait venir comme l’argent, qu’on vous a ramassé comme des perles ; vous un fruit qu’on a ramassé et qu’on a échangé contre une fortune. On est allé vous chercher dans un pays lointain et l’on a fait de vous l’arbitre de l’esprit. Vous êtes le remplaçant de Dieu, représentant du Créateur, ô Manamango, pour condamner les coupables et redresser ceux qui sont droits, ô Manamango. Vous êtes monté dans ce pays que constitue l’Imerina ; quand nous étions soumis aux nobles Zanadralambo et qu’ils rendaient des jugements, ils agissaient avec la crainte des hommes, ils se montraient par trop indulgents, ou affirmaient que ce qui était fait était bien fait ; ils jugeaient d’après l’extérieur de la peau (par l’apparence) ; ils se laissaient gagner par un cadeau d’argent ; ils se laissaient gagner par celui d’une fortune ; et il n’y avait pas moyen de régler des affaires de la sorte ; quant à vous, c’est vous le pouvoir suprême, ce sont vos paroles qu’on accepte, ô Manamango, et celui que tu condamnes, nous le condamnons, celui que tu disculpes, nous le disculpons, nous les hommes ô Manamango.

Dans certaines occasions, l’épreuve concernait un grand nombre de personnes, elle était alors appelée tavibe (littéralement : la grande cuvette). On lit dans les Tantaran’ny Andriana (page 834) (G. S. Chapus et G. Mondain, p. 186) qu’on administrait le poison aux gens d’un village ou d’une région si un envoyé du roi avait été ensorcelé. Les mêmes mesures étaient prises quand un personnage important mourait. “La population au milieu de laquelle avait vécu le défunt devait se disculper de tout soupçon de maléfice à son égard en prenant le poison”. “On faisait prendre aussi le Tanguin aux habitants d’un village quand ce dernier avait mauvaise réputation”, explique le même passage des Tantara. Mais ce qui occasionnait avant tout cette administration générale du Tanguin c’était ou bien un déplacement projeté du roi qui ordonnait, suivant l’expression consacrée, de tuer les rats tout au long du chemin qu’il pensait parcourir, c’est-à-dire d’exterminer tous les suspects, ou bien la circoncision en bloc des enfants d’une région.

“Lorsque la population va opérer la circoncision, Andrianapoinimerina déclare : Je vais procéder à des sondages ; je vais faire prendre le Tanguin avant la circoncision, de peur que les méchantes gens ne fassent du mal à vos enfants et qu’il n’y ait parmi eux beaucoup de décès. Je vous accorde un délai de deux mois pour prendre le Tanguin. À l’expiration de ce délai nous nous occuperons de l’affaire, vous, mes sujets, et moi, car je vais faire circoncire vos enfants pour qu’ils soient grands ; nous opérerons quand l’épreuve sera terminée. N’agissez pas par haine car il y aura encore des mariages et des naissances ; il faut craindre que le retour du mal ne vous atteigne et ne frappe vos femmes et vos enfants ; aussi veillez soigneusement à la vérité ; puisse le bien accompli revenir sur celui qui le fait et le mal accompli lier son auteur”.

Dans le cas du tavibe, tous les gens du village devaient s’associer au serment fait à la grande porte d’entrée. D’après le début de la page 836 des Tantaran’ny Andriana, on déclarait : “En prêtant serment nous aidons à la recherche des sorciers et de ceux qui ne le sont pas. Il ne s’agit pas de dire “Je déteste” ou “Je n’aime pas”. Nous tous ici, petits et grands, nous répétons : Puissent les os du menteur être dispersés ; puisse-t-il mourir sans enfant ; puisse-t-il crever comme ce mouton que voici, vaincu par ce serment que nous faisons à la porte ; car c’est ici qu’on sort et ici qu’on entre”.

La cérémonie une fois terminée, tous se dispersent et rentrent chez eux, après avoir cependant choisi auparavant cinq ou sept hommes de réputation incontestée qu’on désigne sous le nom d’“olo manga” (gens purs comme le ciel). Ces représentants auront comme tâche de recueillir les dénonciations portées contre les suspects par leurs concitoyens. D’après les Tantaran’ny Andriana, on les appelle aussi des greniers à resserrer les votes. Ils s’établissent dans des endroits assez distants et visibles. Peu à peu, tous les habitants passent devant eux et dénoncent ceux qu’ils prétendent avoir commettre un acte de sorcellerie en mettant une pierre dans la main de celui qui reçoit les votes. Les pierres concernant le même individu sont mises ensemble.

[...] Le chef des olo-manga présente son rapport qui consiste à présenter l’un après l’autre le groupe de pierres concernant un accusé contre lequel trois témoins au moins se sont déclarés. Le dépositaire des pierres interroge à nouveau les accusateurs : “Voici, dit-il, les pierres relatives à un tel, accusé d’avoir pris ses ébats avec les chats sauvages, d’être sorti la nuit la tête couverte de son lamba ou d’avoir causé la maladie de ses voisins ; maintenez-vous tous vos charges contre lui ?” Si les déclarations sont confirmées, celui qui en fait l’objet devra subir l’épreuve.

Quand le rapport sur les votes est fini, le chef des olo-manga congédie les gens en disant : “Que chacun retourne chez lui et garde du feu sous la cendre" ? La nuit est déjà fort avancée et les gens très excités ne dorment pas. C’est aussi que vers minuit on procédera à l’appel aux portes des suspects. Les olo-manga vont aux demeures de tous ceux que les accusations concordantes de leurs concitoyens ont indiqués comme susceptibles de se livrer à des actes de sorcellerie. En montant au village, ils ne cessent de crier la parole consacrée : “Sao babay, izay voa aza tezitra” (Toute montagne est pleine d’embûches ; que ceux qui sont atteints ne se mettent pas en colère). En entendant ces mots chacun tremble d’effroi dans le village et rallume le feu caché sous la cendre, tout en couvrant la flamme d’une marmite pour que rien ne se voie au dehors. Mais en arrivant à la porte d’un des suspects, les olo-manga la frappent avec une pierre et crient : “Soufflez sur votre feu, Ranona, car vous êtes sorcier ; vous avez lancé vos maléfices contre le roi, contre le peuple, contre des enfants, contre des femmes, contre des animaux”.

G - Le “principe officieux” d’action du Tanguin

Le “fléau du Tanguin” dont parle Ellis apparaît quand c’est, selon lui, un dixième de la population qui est amené à prendre du Tanguin au cours de son existence (sous Ranavalona 1ère). À propos de la moindre sortie de la reine, on procédait à ce qu’on appelait le “nettoyage des routes et à l’extermination des rats”. On en faisait prendre à tous ceux que désignait la malignité publique. En accusant on risquait évidemment une forte amende, mais cela pouvait valoir une partie des biens de l’accusé...

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Il y avait vraisemblablement des accommodements avec le Tanguin – il en est bien avec le ciel. On pouvait ainsi choisir des fruits non encore parvenus à maturité, des noyaux de couleur pâle, moins vénéneux que les autres, varier les dosages, etc. On pouvait acheter les préposés au poison... L’imprécation était vraisemblablement plus ou moins longue selon le sentiment que l’accusateur pouvait avoir (ou voulait donner) de la culpabilité du patient, car c’est seulement l’imprécation achevée qu’on faisait ingurgiter au patient l’eau de riz épaisse qui devait aider aux vomissements. S’il était dans l’idée de l’exécuteur et de ses assistants, lit-on dans les Fomba malagasy, de donner une issue fatale à l’épreuve, voici comment ils s’y prenaient (p. 183).

On distinguait plusieurs cas d’issue fatale.
Il y avait d’abord ce qu’on désignait par les termes mamoly landy : le patient, violemment éprouvé par le poison sentait ses doigts se recroqueviller et avait de la peine à saisir l’ustensile qu’on lui passait. C’était un signe funeste ; l’exécuteur n’hésitait pas à achever aussitôt la victime, soit en l’étranglant, soit en l’assommant à coups de pilon à riz.
Le même sort attendait le malheureux qui, surpris par l’envie de vomir, repoussait une des assiettes que les aides ne cessaient de lui présenter...
Il pouvait arriver qu’un inculpé luttât tout un jour pour parvenir à rejeter les trois peaux fatidiques, vomissant presque constamment, mais sans résultat ; à la fin, absolument épuisé, il renonçait à boire davantage d’eau de riz. Pour cela même, il était supposé vaincu, c’est-à-dire coupable, et tombait immédiatement sous les coups de l’exécuteur.
D’autres qui avaient réellement accompli des actes de sorcellerie et nié jusque-là se décidaient à avouer, sans force devant les tortures endurées. On déclarait qu’ils ne savaient plus ce qu’ils disaient. Le lacet ou le pilon à riz mettait aussitôt un terme à leurs révélations.

Sans doute a-t-on pu dire qu’Andrianapoinimerina avait fait du Tanguin un “moyen de police”. La réalité de cette instrumentalisation d’une épreuve mystique pose question. Quand Andrianapoinimerina déclare : “Je fais du Tanguin le révélateur de mon royaume et je n’ignore pas ce qu’ont fait mes douze prédécesseurs : mes ancêtres aussi ont pris celui-là comme rassembleur et révélateur du royaume, suivant l’ordre d’Andriamanitra lui-même” (Tantaran’ny Andriana, p. 765), il se pose comme le maître des charmes. La référence aux Tahiamanangaona et à leurs “amulettes malfaisantes” vise un clan qui s’était opposé à son expansion sur l’Imerina. Les ennemis d’Andrianapoinimerina ce sont bien entendu les Tahiamanangaona, mais bien davantage, pourrait-on dire, leurs fétiches. “Je m’arrangerai, dit-il (G. S. Chapus et G. Mondain, p. 166) pour que ces gens ne puissent plus faire croire à leur pouvoir, et je briserai tous ceux qui voudraient les imiter”. Cela s’exprime par la recherche systématique et “obsessionnelle” de la sorcellerie... Andrianapoinimerina dit au peuple : “Au sujet des charmes maléfiques et de la sorcellerie, voici les lois dont je tiens à vous parler : je désire faire boire le Tanguin aux coupables, mais je veux d’abord vous en entretenir, vous mes sujets [...] Si nous procédons à cette épreuve, ce sera la sécurité pour vous ; les sorciers et les producteurs de charmes maléfiques disparaîtront ; et quant à moi, j’estime qu’il est bon d’user du Tanguin”. La lutte politique s’exprime sans doute par le choc des armes, mais aussi dans le choc, si l’on peut dire, des charmes. Instrument de l'ordre public, mais non pas au sens de "moyen de police" d'un État profane : "moyen de police", sans doute, mais d'un État mystique, vulnérable aux puissances maléfiques.

Une déclaration d’Andrianapoinimerina montre, non pas un souverain jouant de la crédulité de ses sujets, mais parfaitement persuadé de la réalité des charmes de ses adversaires et entrant dans une sorte de rage pour écraser ce qu'il se représente, non comme une opposition politique passible de ses armées, mais comme une réalité qui provoque chez lui la répulsion, le dégoût et une explosion de haine. Hagamainty (son conseiller) demande ce qu’il faut faire contre ceux qui auraient des charmes supérieurs à ceux du Tanguin : “Il faut mettre à mort aussitôt ceux qu’on pourrait supposer susceptibles de faire obstacle à l’emploi du Tanguin : on les étranglera. Et il ajoute : si quelqu’un auquel on fait prendre deux fois la drogue est accusé par le peuple d’être réfractaire au Tanguin, qu’on recommence l’épreuve une dernière fois avec des imprécations violentes en disant : qu’il soit réfractaire ou non, qu’il meure ! S’ils résistent encore à l’épreuve, c’est qu’ils sont en effet réfractaires ; alors étranglez-les, mettez-les la tête en bas dans un silo à riz où l’on versera de l’eau bouillante. Et s’ils vivent encore, transgressez tous leurs tabous ; mettez des poils de chien noir, de l’ambiaty, du chiendent, de la cendre, et jetez tout cela dans le silo avec de l’eau bouillante ; puis, s’ils ne sont pas encore morts, découpez-les en morceaux, jetez une partie au courant de l’eau, et le reste aux chiens.” (G. S. Chapus et G. Mondain, p. 172)

Quoi qu’il en soit, la conception du mode d’action du poison d’épreuve révèle une administration de la justice conforme à l’ordre supra-humain. Le poison fait alors office de médiateur entre la divinité et l’organisation judiciaire. Dans une juridiction incertaine, nécessairement imparfaite parce qu’administrée par la loi des hommes (“La justice arrive d’un pied boiteux” dit Horace), l’épreuve judiciaire introduit des indices divins qui permettent, en discriminant le pur de l’impur (l’accusé “lavé” de l’inculpation est dit madio : propre), la manifestation de la vérité. Un informateur du Père Callet à propos de l’ordalie au fer rouge : “Ce n’est pas par méchanceté envers cet homme, mais pour reconnaître votre force ô Dieu, car votre sagesse est au-dessus de notre connaissance ; et si c’est un homme de bien, cela ne lui fera aucun mal”. La manière dont on se détournait du coupable, selon le témoignage de Freeman, montre que celui-ci, loin de susciter un sentiment d’identification (pour ne pas parler de compassion), était aussitôt perçu comme une dangereuse souillure dont il fallait aussitôt délivrer la communauté. Portant une menace contagieuse de désorganisation des ordres, il devait être immédiatement annihilé.

Ce que paraît montrer aussi la manière dont un inculpé, lavé de l’accusation par le poison, était réintégré parmi les siens. Cette réintégration donnait lieu à de véritables cérémonies. “On allait consulter l’astrologue pour savoir le meilleur jour à prendre en vue de la rentrée officielle et solennelle de l’acquitté dans sa demeure. On organisait alors une véritable procession désignée d’après les Fomba Malagasy par le terme de “mampakatra mpinona” (la remontée de celui à qui on a fait boire le Tanguin). On remarquera, notent Chapus et Mondain, que ce terme de mampakatra est également employé pour désigner la réception de la fiancée le jour du mariage. Il y avait bien reprise, par l’accusé délivré, de ses relations primitives avec les siens et avec la société. On l’ornait d’ailleurs de ses plus beaux habits : on lui mettait dans les mains un bouquet de fleurs de nénuphars parfois appelée les fleurs que le feu ne saurait atteindre et il montait, entouré de tout un cortège d’amis et de parents portant aussi de ces mêmes fleurs attachées au bout de l’herbe sacrée (tsontsoraka). Mais avant de se mettre en route, il fallait attendre l’achèvement d’une autre cérémonie, celle de la purification de l’ex-prévenu.

Voici ce qu’il en est rapporté à la page 416 des Tantaran’ny Andriana : “Si celui auquel on fait subir l’épreuve survit, on le baigne avec de l’eau lustrale de la corne blanche, qui est un des principaux instruments des pratiques habituelles des gardiens de fétiches. Dans cette eau, on a mis des herbes tsiriry et hahibita. Ce bain se fait soit un lundi, soit un mercredi, jours au destin puissant. On apporte de l’eau de la corne blanche, on y ajoute les plantes et on en asperge celui qui a bu le Tanguin ainsi que tout le chemin qu’il doit prendre pour rentrer chez lui [...] Avant l’arrivée du cortège au village, on a tué un bœuf ce qui est à la fois un acte de réjouissance et un sacrifice de purification [...] La viande des bœufs sacrifiés en cette occasion est dite henan-doza (viande du malheur ; les gardiens d’idoles et les nobles se gardent d’en manger, car cela leur porterait malheur).

Il est significatif, dans les invocations des Fomba Malagasy, que ce soit exclusivement le crime de sorcellerie qui soit explicitement recherché par l’administration du Tanguin. Si cet homme a “un charme capable de faire mourir une personne, susceptible d’ensorceler le Roi ou d’ensorceler le peuple, d’ensorceler des hommes ou d’ensorceler des femmes, d’ensorceler des enfants ou la fortune des gens, s’il a un charme capable de provoquer la mort, vous entrerez dans sa bouche et descendrez dans ses entrailles : faites-le périr vite, tuez-le promptement éteignez le souffle de sa vie ; faites de lui un cadavre s’il ensorcelle et qu’il ne vive pas. S’il ensorcelle et le nie très fort ; s’il compte sur ses amulettes toutes-puissantes, s’il compte sur l’antidote pour vous neutraliser ; s’il s’attend à être aidé par un contrepoison ; mais vous n’admettez pas l’efficacité de cela ô Manamango ; mettez-le à mort, s’il ensorcelle, ne le laissez pas vivre ô Manamango.”

Et la sorcellerie, à l’exclusion des autres crimes, fussent-ils aussi graves que le crime d’inceste, par exemple, ainsi qu’il est explicitement développé. “Je vais distinguer, je vais préciser, ô Manamango.... comme il habitait avec des gens, il a pu commettre des fautes, et a encouru des blâmes vis-à-vis des morts et des reproches vis-à-vis des vivants, mais si ce ne sont là que des blâmes, un simple sujet de reproche, s’il n’est pas coupable de sorcellerie, faites-le vivre ô Manamango. Il se peut qu’il ait couché avec des personnes avec qui il ne devait pas avoir de rapports et qui devaient être taboues pour lui, il se peut qu’il l’ait su et qu’il l’ait fait délibérément, ô Manamango; mais si c’est le cas, s’il n’y a pas de sorcellerie, accordez-lui la vie. Il se peut qu’il ait compté être dans un pays caché ou qu’il ait compté sur le gens qui étaient près de lui ou qu’il se soit simplement nourri des biens du roi ou de ceux du peuple ; mais ce n’est pas cela que vous retiendrez ô Manamango, car ce sont là seulement des contestations pour acquérir des biens ; mais si ce sont là des fautes graves et un sujet de reproche, vous ne retenez pas ces cas ô Manamango ; et s’il n’est pas coupable de sorcellerie, faites-le vivre, ô Manamango […] Il se peut qu’il ait simplement fait un vœu à des Vazimba, ou qu’il en ait fait à un sorcier, qu’il ait promis d’enduire une pierre de graisse et de faire un don en argent, puis qu’il n’ait pas fait de don ou rempli sa promesse ; ce serait donc là le malheur qui le frappe, ô Manamango, et non la sorcellerie […] ce serait pour le seul crime de sorcellerie que vous le feriez périr ô Manamango [...] Il se peut qu’il ait pris seulement un charme à l’usage des taureaux, ou rien de plus qu’une amulette contre la grêle, ou une contre la maladie des petits enfants, car il voudrait voir les siens dodus ; mais s’il n’y a pas ajouté, ô Manamango la sorcellerie qui cause la mort, accordez-lui la vie. Je vais distinguer, je vais préciser... Il a pu y avoir des gouttières dans sa maison en été ; il se peut que le faîte de sa maison soit brisé, que la trame de son lamba soit trop courte ou qu’il ne s’habille pas en hiver ; il se peut que ce soit là le malheur dont il est maintenant atteint [...] mais si ce sont là des malheurs tels qu’il y en a sur la terre et sous les cieux, ce n’est pas cela qui peut le faire arrêter ; s’il n’est pas coupable de sorcellerie, faites-le vivre ô Manamango. Je crains que le serpent d’eau ne vienne sur la terre, je crains les êtres d’un talent supérieur, je crains les descendants d’un talent supérieur ; je crains les lézards à deux queues, [...] quels que soient les dangers qu’il voie, ce n’est pas cela qui le retient, ce n’est que pour la sorcellerie que tu le mets à mort. Il a demeuré auprès du roi, il a demeuré auprès du peuple, mais ce n’était qu’une souillure, il n’a fait que salir la grande cuillère et que salir la zinga ; mais si c’est là de la souillure ô Manamango, ce n’est pas de la sorcellerie ; aussi laissez-le vivre. Il est allé du côté du nord, il est allé du côté du sud, il est allé du côté de l’est, il est allé du côté de l’ouest ; il a rencontré une pierre, il a rencontré un sorcier ; il a déclaré qu’il enduirait une pierre de graisse et pourtant il ne l'a fait aucunement ; il a déclarait qu’il donnerait de l’argent et pourtant il n’a pas agi conformément à sa déclaration, ni donné proportionnellement à sa fortune. Mais ce n’est pas cela que vous retenez ô Manamango. Il a demeuré auprès du roi ; il a demeuré auprès du peuple ; il a demeuré auprès des gens qu’il aimait ; il a fait le serment du sang ; il a fait des choses pénibles, il en a fait d’amères ; je crains qu’il n’ait violé le veli-rano, qu’il n’ait contrevenu aux accords conclus, qu’il n’ait fait un faux serment, ô Manamango et je crains que ce ne soit là un danger funeste à ses jours ô Manamango. Aussi entendez, écoutez bien ; aussi ne prêtez pas l’oreille aux cris du peuple.”

 


Références

- Rabearimanana, L.,
Mystique et Sorcellerie dans le Manuscrit de l’Ombiasy (Manuscrit Hova de la Bibliothèque Grandidier - 1864-1870) - I. Le Tanguin. Omaly sy Anio, 1-2, 1975, pp. 295-324.
- G. S. Chapus et G. Mondain,
“Le Tanguin”, Bulletin de l’Académie Malgache, t. XXVII, 1946, pp. 157-188.

Références sur la botanique du Tanguin à la Réunion.
- “Nous croyons devoir signaler ici le tanghin du pays, dont il existe deux espèces : le sapium lineatum Spreng. et le sapium obtusifolium Spreng. Ces deux plantes appartiennent à la famille des euphorbiacées, tribu des hippomanées.
L’honorable M. Richard, directeur du Jardin botanique, me racontait dernièrement qu’à l’occasion d’un empoisonnement par le tanghin du pays, il reçut mission de la Cour d’assises de Saint-Denis de rechercher, et de produire aux débats la plante désignée sous ce nom. Il l’apporta au Jury, et l’accusé reconnut que c’était bien le végétal dont il s’était servi pour empoisonner son maître ; il lui en avait fait prendre dans ses aliments.”
Il existe aussi : le tanghin de Madagascar (tanghinia Madagascariensis Dupetit-Thouars).
In : J. Le Clerc, Des plantes médicinales de l’Île de la Réunion et de leur application à la thérapeutique (Saint-Denis, 1864) pp. 20-21.
- E. Jacob de Cordemoy, Flore de l’Ile de la Réunion, Paris, 1895, p. 344 : STILLINGIA Garden. Sapium lineatum et levigatum Lam. Stillingia mauritiana H. Bn. (Vulg. Tanguin du pays, Bois de lait.) Arbuste à suc laiteux, très glabre. Feuilles lancéolées ou oblongues lancéolées, assez variables. Assez rare. Montagne Saint-Denis. Plante vénéneuse. Poison du cœur.
- On signale à Mafate une "liane utilisée pour empoisonner les chiens", dénommée "mafate en bois" (sic pour : mafate [mahafaty] amboa = qui tue le chien...)

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