BARA

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peuple de pasteurs semi-nomades des plateaux du sud de Madagascar

reccueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com)

Les Bara sont un peuple de pasteurs semi-nomades. Les Bara occupent les plateaux inférieurs du Sud de l’Ile dont les limites seraient approximativement au sud, le fleuve Mangoky, au nord Beroroha, à l’est Midongy Sud et à l’ouest Sakaraha. D’après la tradition orale, le fondateur du peuple Bara, un certain Rabiby serait venu d’Afrique, à la tête d’un millier d’hommes.

L’origine des Bara pourrait être Bantoue et certains avancent la similitude entre les Mbara, vivant à l’ouest de Nyassa et les Bara. C’est un groupe de pasteurs semi-nomades dont la vocation est tournée vers l’élevage de zébus. Les Bara vouent d’ailleurs un véritable culte à leur cheptel et leurs armes car les uns comme les autres assurent richesse et subsistance.

Origine et situation géographique

Grands éleveurs de bovins, ils parcourent durant des jours cette terre aride à la tête d’immenses troupeaux à la recherche de nouveaux lieux de pâturages. Considérés d’origine Bantoue, les Bara seraient les descendants d’un africain dénommé Rabiby, venu en expédition dans le sud de la Grande Île avec plus d’un millier d’hommes.

Guerriers dans l’âme, les Bara vouent une passion pour les armes mais aussi leurs cheptels, symbole de puissance, de prospérité et de grande fierté ! Peuple indépendant et craint par la majorité des autres ethnies à Madagascar, ils défendent farouchement leur liberté au prix de leur vie. Leur territoire serait délimité par le fleuve Mangoky au sud, s’étendant jusqu’au nord à Beroroha en passant par Midongy à l’est et Sakaraha situé à l’ouest. Ils sont également concentrés dans le Massif de l’Isalo et à Horombe.

Us et coutumes

La coutume Bara veut que pour démontrer leur bravoure et séduire les jeunes femmes, un Bara se doit de savoir voler un bœuf ! Une tradition ancestrale à laquelle s’ajoute le « Ringa » ou « Moraingy » qui consiste en une lutte à mains nues. Une forme d’entraînement dans le cas d’un duel au corps à corps avec l’ennemi.

Le vol de zébus fait partie d’une tradition séculaire. Les jeunes gens doivent, avant de se marier, faire preuve de bravoure. Aussi, dès leur jeunesse, les hommes s’initient à des rodéos tauromachiques ainsi qu’aux luttes à mains nues ou “Ringa”.

Outre la pratique de la tauromachie dans des arènes de fortune notamment lors de grandes occasions, les Bara pratiquent également le « Savatse » qui est une circoncision collective permettant aux enfants mâles d’être reconnus par leur clan et de pouvoir ensuite intégrer le tombeau familial. C’est aussi l’occasion de pratiquer la danse du « Papango » : danse sur un poteau de bois où l’on mime l’envol de l’épervier.

A l’instar des autres ethnies vivant à Madagascar, les Bara pratiquent aussi le culte des ancêtres. Les défunts sont placés dans des cercueils à roulette ornés de 3 couleurs : le rouge, le noir et le bleu. Ils sont ensuite placés dans des cavités rocheuses faites de pierres plates très difficiles d’accès. Certaines parties du territoire Bara dont la fameuse « Forêt Sacrée » à Tsaranoro et Karambony sont donc considérées comme « fady » ou interdit d’accès. Seuls les familles des défunts peuvent pénétrer sur ces territoires notamment lors du « Famadihana », et ceci tous les 5 ans.

Vie quotidienne

Dans la vie quotidienne, les hommes Bara emmènent leur troupeau à la recherche de nouveaux pâturages. Le cheptel peut atteindre une centaine de têtes de zébu et les vols sont légions !

Les femmes quant à elles s’occupent du foyer et des enfants. L’eau étant un élément rare dans le sud, elles peuvent marcher des kilomètres avant de trouver un puits qu’elles transportent dans des seaux ou calebasses. Les enfants sont élevés dans le respect des traditions et si certains vont à l’école publique aujourd’hui, ils sont dès leur jeune âge initié à l’élevage de zébu.

Naissance de l'identité Bara

Alors que les Antalaotra ont établi les premiers comptoirs sur les côtes Nord malgaches, d’autres islamisés, d’origines imprécises, créaient de petites colonies sur la Côte Est. Ensuite, les Antemoro (héritiers du Sorabe, de l’astrologie et de la divination) ainsi que d’autres tribus de la côte Est, par migrations successives vers l’intérieur de l’île, (probablement en quête de nouveaux pâturages) ont repoussé les Masikoro (premiers occupants du Sud-Ouest au cours du XV° siècle) pour donner naissance au royaume Bara. D’après la tradition orale, Rabiby en est le père fondateur.

 
    Malgré les expéditions militaires, sous Radama I et Ranavalona I, les Bara ont presque entièrement échappé au contrôle des Merina, qui n’ont pu installer qu’un petit poste à Ihosy.
 
    Comme partout dans la Grande Île, le contact avec les blancs et la découverte des armes à feu, bouleverseront leur vie. (ces armes à feu donneront une toute autre dimension à l’esclavage). Plus tard, lors des conquêtes successives des futurs empires coloniaux - anglais puis français - les Bara seront parmi les derniers à se soumettre.
 

    En 1666, Vacher de la Case effectue un rafle de zébus chez les Bara pour ravitailler la colonie française du Sud-Est. Son périple est consigné dans les Sorabe.

Fusil à pierre 

Photo Quai Branly ©

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    Vers la fin du règne de Ranavalona I (1828-1861) Rasoajanahary, une fille de haute noblesse Bara est emmenée à Antananarivo. Elle sera convertie et baptisée par Andriambelo. 

    Sous Radama II (1861-1863) la garnison merina se déplace à Ambohimandroso, laissant ainsi au chef Bara - Masoandro - la souveraineté sur la plaine d’Ivohibe. A sa mort, un nouveau patronyme, Ndriamboniarivo, lui sera attribué. Quant à Rasoajanahary, libérée par Radama II, elle ne pourra rentrer à Ambohimandroso qu’en 1867. Elle y fondera une congrégation religieuse. 

     Suite au massacre d’officiers et de soldats merina dans le sud par des sakalava, Ranavalona II (1868-1883) lèvera une armée contre ces derniers, d’autant plus que ces mêmes sakalava avaient dérobé 4 000 zébus. Au cours de cette campagne militaire, dirigée par Ravoninahitriniarivo (1873), betsileo et bara serviront de renforts aux merina. Mais elle dévoilera une vision méprisante sur les bara, soigneusement consignée dans son rapport :

“polygames, malpropres, méfiants…” Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle - Françoise Raison Jourde. P446
 

" Les Bara ne quittent jamais leur arme, qui est constitutive de leur identité […] Les Bara très méfiants à l’égard des membres de leur famille […] La turbulence des sociétés lignagères, des disputes continuelles chez les Bara, gens sans lois."  (ibid) : P465

“ Ils ne lâchent jamais leur fusil, se lavent la figure d’une seule main pour tenir ! ” Rainivoninahitriniarivo in “Ankavandra”

 

Otages Bara et Général Hova

Photo gallica.bnf.fr ©

" Histoire abrégée de Madagascar "

PP. Cadet & Thomas, S. J. RR 

2° édition

(page 34)

 
 
 

    Deux missionnaires merina - Rainimboazafy et Rainisoamanana - partent en novembre 1876 pour évangéliser les Bara. Essuyant un échec, ils rentrent à Antananarivo en janvier 1877. Ce n’est qu’en 1880 que deux autres évangélistes se retrouveront de nouveau en pays Bara : Rainivaohita à Ihosy et Ramboa à Sahanambo. Les difficultés des enseignants sont récurrentes, comme le témoigne Andriambelo à Ivohibe :

« Les Bara, les Mahafaly et les Vezo sont carrément les « méchants » des côtes. Les premiers ne connaissent pas l’existence des lois. Querelleurs, adonnés à des vendettas qui débutent sur des conflits terre-à-terre concernant l’eau des rizières, ils s'entre-tuent pour rien, sans arbitrages supérieurs » Isan-Kerintaona 24.06.1886

 





 

Bara ...

 

Photo Archives Nationales d’Outre-mer ©

Dessin au crayon de Lucien Lièvre

 

 

 

 

 

 

 

... majestueux

 

"Portrait des autochtones"

         article du 06.03.2012

    En 1888, Le Myre de Villers pousse l’autorité merina à mener une expédition guerrière contre les Bara. Malgré l’échec de l’opération, le roi Bara Tsitoara sera décapité. 
 
 
 
 

    Sa tête, vendue au médecin militaire français Besson est envoyée à Paris. Une seconde expédition guerrière merina, menée cette fois-ci par le prince Ramahatra a lieu en 1889.

 

 

 

    La tête du roi Bara est restituée en 1890 par le Dr. Besson, ce dernier parle le dialecte Bara.

"Décapitation"

article du 06.03.2012

Photo Quai Branly © PV0000622 1890-1899 
 

”Le cas malgache illustre parfaitement l’impérialisme coloniale”  Pierre Montagnon - Dictionnaire de la colonisation française  éd. Pygmalion 2010 - p 467  

    En juin 1890, Ramaniraka (14 Honneurs) rentré d’Angleterre gouverne Ihosy : une agglomération de 400 âmes. Cette affectation disciplinaire permet de l’éloigner du pouvoir d’Antananarivo.

   Au début de l’année 1891, les Bara menacent la ville de Fianarantsoa. En 1893, un missionnaire  norvégien, M.P John Johnson est expulsé par les Bara de l’Est. Le 22 novembre 1894 débute l’insurrection nationale Menalamba avec la réapparition de l’idole Kelimalaza. Au cours de toutes ces années d’agitations les Bara ne se doutaient guère qu’en France, la Chambre des députés a voté (312 oui contre 73 non) pour l’annexion de Madagascar. Le 06 août 1896 le traité américano-malgache devient caduque.

    Chargé de pacifier l’Île, Gallieni débarque à Madagascar en septembre 1896.

    Le Dr. Besson publiera son livre sur les Betsileo, avec quelques notes sur les Bara en 1897.

https://3b6be5e3-a-62cb3a1a-s-sites.googlegroups.com/site/baramadagascarsarydeux/pazaka/0%20ramieba%20nms.png?attachauth=ANoY7cpMpcIKk6wcBw5Qbg-TaCIvx9njL3oWN-Ih7TyJ0qjzEBL0hXS1GR_65HZ83K6BddQugDRPVVsSwOhYXhMlPv-9o0ssI7WH7dFIK7AgJ4XjlfFXaB5_ammBHcMlv5gRtLuoaO0NM1tgTv8VNJEz3iApd3esVOBIVS4O37TNgpyExvdaDFCy3a4DJH6ozljROsgQFHxv6c5MGxxmOlR2alFMkEIPm8z_QvVIZzOBeS4jOdmhreQ%3D&attredirects=0


    Le 25 février1897, Sénèque, un officier de trente-deux ans des services de renseignement, invite Ramieba, roi des Bara Be, à le rencontrer à Ihosy dans le respect des fomba.
 
    Le souverain sera escorté d’environ huit cent personnes.
 
    Privé de commandement, Ramieba sera assigné à résidence à Ihosy de mars 1897 à sa mort.

    Le dimanche 14 mars 1897, Gallieni fait transférer les reliques royales d’Ambohimanga à Antananarivo. Désacralisée, Ambohimanga n’est plus une cité interdite.

  En territoire Bara, Laitafika (fils de Ramieba) est arrêté pour insoumission, il fut exécuté par les troupes françaises le 15 mai 1897. Tandis que Tsimangataka (petit-fils de Ramieba) se rallie à l’autorité nouvelle et devient gouverneur général des Bara Be à Ihosy. Plus tard, Galliéni installera deux souverains comme gouverneur de leur district respectif : Isambo à Ivohibe et Ipoinimerina à Ankazoabo.

    Dès le 01 juin 1898, Sénèque, prendra part à toutes les actions sérieuses contre les Bara :

    Fin 1899, les dissidents du secteur de Midongy (symbole de la résistance aux Français) sont influencés par l’incident Frénée - ce lieutenant ayant survécu à un coup de sagaie. Parmi eux, Manipa, chef Bara fera allégeance à Sénèque, commandant la région Bara. Cependant, d’autres Bara revendiquent encore leur liberté dans la région.

 
 

         Nommé colonel en 1900, Lyautey siège à Fianarantsoa pour parachever la pacification. (complément historique

 

Le lieutenant Imbert sera son photographe attitré.

 

 

 

 

 

 

 

 

Published by H. Charles-Lavauzelle ©  p17 -  p18

   

    Le vendredi 23 février 1900, un subordonné de Lyautey, le commandant Weber est responsable de l’escorte de quinze jeunes chefs Bara et Tanala jusqu’à Antananarivo. Parmi eux figurent : 

    En 1901, lors de sa mission dans le Sud, Guillaume Grandidier sera escorté par Lyautey jusqu’à Fort-Dauphin. L’intervention du colonel Lyautey mettra fin aux multiples poches de résistances. Mais le Sud malgache ne sera réellement soumis qu’en 1904.

 

    En 1904, les Reliques Sakalava seront remises à Gallieni en gage de soumission.

   La mise en place du Code de l'indigénat (privation de tout droit politique - obligation de passeport intérieur) sera effective avant le départ de Gallieni en 1905. Ce sera aussi l’année de la soumission de Zafinandrika, ainsi que de la disparition de Befanoha, parmi les derniers chefs Bara. Néanmoins, d’autres Bara resteront actifs. 

L é g e n d e    B a r a

I n a p a k a, chef Bara, refusant de se soumettre, harcela les français jusqu’à sa mort le 29 juin 1905 à 05h30.

Aujourd’hui encore, les malgaches le soupçonnent de cacher les dahalo qui viendraient se réfugier, dans les massifs de l’Isalo, entre deux campagnes de brigandage.

 
    Philippe Oberlé rapporte un autre fait marquant l’histoire des souverains BaraIl s’agit des funérailles d’Ipoinimerina en 1909 à Ankazoabo. Trois mois de festivité sera célébré par de véritables hécatombes. Effectivement, trois milles zébus furent sacrifiés pour accompagner le roi dans l’Au-delà.  Par la suite, plusieurs mouvements de révoltes agiteront encore l’histoire de Madagascar : V.V.S (Vy Vato Sakelika 1913-1916) M.D.R.M (Mouvement Démocratique de Rénovation Malgache 1946-1947)

    En 1938, la mission de trois ans, menée par Jacques Faublée, pour établir une monographie sur les Bara, est réduite à un an. Il y retournera entre 1958 et 1965.

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