MIKEA

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Individus mystérieux

recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com)

Mikea

Dans la forêt sèche d’une superficie de 3.500 km2 environ, située au Nord de Toliara, entre Manombo au sud et Morombe au nord, vivent des groupes minoritaires de Malgaches connus sous le nom de Mikea. Ils y développent leur propre culture dans des conditions naturelles difficile et souvent extrêmes.

Selon les traditionnistes masikoro et vezo, cette immense forêt fut peuplée par des « individus mystérieux » et cette qualification est liée à leur existence quasi-inconnue des populations riveraines.

Parler de ces actuels habitants de cette forêt sèche, les Mikea, sans parler de ceux qui les ont précédés, laisse un vide dans l’histoire du peuplement du Sud-Ouest.

Pré-Mikea

L’existence des pré-Mikea suscite encore des divergences. Mais les Mikea et les villageois continuent à croire qu’ils ont réellement vécu et à les respecter, car certains d’entre eux se sont transformés en esprits qui peuvent s’incarner chez une personne. Ces esprits, selon les Mikea, pérennisent leur vie en étroite relation avec la forêt.

Dans la forêt des Mikea, le nom « koko » est souvent prononcé pour évoquer, un individu souvent décrit comme étant de petite taille, trapu et poilu. Et pour le confirmer, quand on assiste à un rite individuel dans la forêt des Mikea, on invoque toujours les nains poilus. Ces nains ont leur propre mode de vie basé essentiellement sur la chasse et la cueillette, dans une parfaite harmonie avec la nature.

Dans la forêt des Mikea, beaucoup de gens affirment avoir entendu des bruits qu’ils font, comme si quelqu’un tapait sur un tronc d’arbre. On ne les voit pas, mais on les entend. Celui qui entend ces bruits doit aussitôt leur demander une bénédiction. Après cette invocation, on entend d’autres bruits dans les arbres. L’homme n’a qu’à s’en approcher pour trouver du miel ou des hérissons. Il dépose au pied d’un arbre ce qu’il a collecté, et s’éclipse dans les fourrés. Si quelqu’un qui connaît les mœurs des Mikea vient à passer, il prend les produits laissés par le chasseur et dépose, en contrepartie du tabac à chiquer. Quand il reviendra sur les lieux quelques minutes après, il verra que le tabac n’est plus là.

Individus mystérieux

D’autres individus mystérieux ont également l’existence dans cette forêt. Ils peuvent n’être qu’un seul individu, mais leur appellation change de par leur comportement physique.

Le premier est le Tsiokakoke. Ce nom peut se décomposer en tsioke=vent, et akoke=oiseau. Il peut être littéralement compris dans le sens du déplacement d’air effectué par cet oiseau lors de son passage, car il est très rapide quant il court. C’est à cause de cette particularité qu’on lui a donné le nom de Tsiokakoke, car il disparaît très vite lorsqu’il entend s’approcher de lui un être humain et ne laisse derrière lui qu’un souffle de vent.

Le deuxième, le Ndranohisatse, comme son nom l’indique, se déplace les genoux fléchis. C’est du moins ce que l’on déduit de l’observation de ses traces au sol. Est-il handicapé naturellement ou est-ce un moyen qu’il utilise pour échapper au regard humain ? Selon les notables Masikoro, quand on voit les traces de son passage dans la forêt, on dit : « Manao io koa razako izay ! ». Littéralement : sa façon de se déplacer ressemble à celle de mes grands-parents et ce, pour éviter le mauvais sort à celui qui dépasse ces traces. L’on parle souvent d’un tel déplacement dans beaucoup de régions de Madagascar. Ces êtres ne sont pas forcément des nains, mais des personnes à constitution physique normale qui, pour échapper au regard des hommes, se déplacent soit courbés, soit assis sur le sol.

Le troisième groupe est constitué de Lampihazo et de Hako. Les premiers, les Lampihazo, qui se collent à un arbre, lorsqu’ils se déplacent du tronc de l’arbre derrière lequel ils se cachent vers un autre, sont capables de se fondre dans l’arbre. Les seconds, les Hako, évitent tout contact avec l’homme. Le verbe mihako signifie se cacher pour ne pas être vu. Selon les traditionnistes Masikoro, les Lampihazo et les Hako seraient des habitants des villages masikoro et vezo. Mais suite aux différentes exactions qu’ils ont endurées sous le règne des Andrevola, mais aussi durant la phase coloniale, voire même pendant la première république, ils se sont réfugiés dans la forêt. Plusieurs groupes d’individus fuyant les oppressions de toutes sortes, mais aussi l’application de certaines lois et réglementations souvent jugées inhumaines ont cherché refuge dans la forêt. Là, ils se sont sentis à l’abri de toute sorte d’utilisation de force.

Il y a aussi des groupes d’hommes qui utilisent souvent les produits de la forêt surtout en période de soudure. Ils trouvent que la vie est meilleure dans la forêt que dans les villages où ils résident. Ils décident donc de rester dans la forêt et deviennent des invisibles. Ce sont surtout les évènements de 1947 qui ont créé un climat de peur. Les Masikoro et les Vezo ont constitué le plus gros contingent de fuyards vers la forêt.

L’ensorcellement figure par ailleurs parmi les raisons qui contraignent les gens à quitter leurs villages par peur d’être présentés aux rois. A force de vivre dans la forêt, ils se confondent avec elle.

Ces groupuscules vivaient essentiellement de tubercules, de miel et d’animaux sauvages. L’isolement règle leur vie quotidienne pour échapper au contrôle de l’administration, mais aussi pour préserver leur mode de vie et leur identité culturelle. Et pour protéger leur cachette, ils ont recours à leur connaissance des vertus des plantes médicinales.

Les populations Mikea

Après avoir décrit ces pré-Mikea, il est intéressant à savoir l’historique des populations Mikea. Souvent, quand on parle de Mikea, certains pensent directement à ces pré-Mikea. Ces derniers sont invisibles même pour des Mikea. On peut supposer qu’il y une relation entre les Mikea et les pré-Mikea. L’existence d’une relation chronologique entre ces deux groupes ne signifie pas qu’ils sont semblables. Certes les deux groupes occupent ensemble la forêt des Mikea, mais il ne faut pas les confondre. Les pré-Mikea ou les « Tomponala » sont composés de toutes sortes d’individus et d’esprits (voir le plus haut). La plupart du temps, ils ne sont pas visibles à l’œil nu. Par contre, les Mikea sont des paysans comme les autres qui s’éparpillent dans les campagnes surtout dans le massif forestier.

Etymologie du mot Mikea

Dans la littérature, le terme « mikea » est orthographié différentes manières. Selon les auteurs et les chercheurs, nous avons Mikea, Mikeha, Mekea, Mikeo. La plupart des auteurs préfèrent utiliser le mot Mikea.

Jeanne DINA et Jean-Michel HOERNER, dans leur article intitulé « Etude sur les populations Mikea du sud-ouest de Madagascar » en 1976, utilisent le mot Mikea. De plus, ces deux chercheurs ont essayé de nous expliquer l’étymologie du mot Mikea. Selon eux, l’appellation Mikea vient du mot Mikeha=appelé. Le /h/ de la finale /ha/ tombe, et c’est ainsi qu’on obtient MIKEA.

Selon toujours ces deux auteurs, il y a une autre variante de l’origine du mot Mikea. Ce terme viendrait du groupe de mots « Tsy meky hea », littéralement : qui ne veut pas être poursuivi. Le « tsy », la finale « y » et le « h » de « hea » ayant disparus, il ne reste plus que « MEKEA ». Malgré tout ils préfèrent utiliser l’orthographe Mikea, en se référant aux différents auteurs qui les ont précédés dont Louis Molet (1958), Emil Brikeli (1926), Jean Poirier et Jacques Dez (1963).

Mikea du nord et Mikea du sud

Il existe une grande différence géographique entre le nord et le sud de la forêt des Mikea. Dans la partie nord de la forêt l’eau abonde, en particulier dans le Bassin de Namonte et dans ses environs. En plus, dans le nord, on peut trouver les grands lacs suivants : le Lac Ihotry (le deuxième grand lac de Madagascar), Mafay, Betsiriry, Ankiliolio, Andramby, Mañafo.

Or, dans la partie sud l’eau est rare. Louis Molet a même écrit un ouvrage intitulé : « Les Mikea de Madagascar, vivre sans boire ». L’auteur pense que les Mikea peuvent vivre sans eau. D’après lui, les Mikea sont des hommes du désert. Mais dans la forêt, il y a un tubercule gorgé d’eau, appelé : babó qui étanche la soif des hommes et des bêtes.

La différence sur le plan géographique entre le nord et le sud ne signifie pas qu’il y a une différence anthropologique entre les Mikea du nord et ceux du sud. Les Mikea sont identiques que ce soit au nord ou au sud, malgré une légère différence sur le plan appellation des choses.

Masikoro-Mikea, Vezo-Mikea et vrais Mikea

Dans la forêt des Mikea, on trouve des Masikoro-Mikea, des Vezo-Mikea et des vrais Mikea.

Les Masikoro-Mikea sont des Masikoro qui ont choisi de mener une vie forestière. En outre, on appelle aussi Masikoro-Mikea, les habitants de certains villages à la lisière Est de la forêt. Ces derniers sont à la fois des cultivateurs, des éleveurs et également des chasseurs-cueilleurs.

Les Vezo-Mikea quant à eux sont des Mikea originaires des villages côtiers. Les habitants de certains villages côtiers proches de la forêt sont dits actuellement Vezo-Mikea. Ces gens-là pratiquent à la fois la chasse, la cueillette et la pêche.

Tandis que les vrais Mikea sont la fusion des gens originaires de la côte et des gens originaires de la lisière Est de la forêt des Mikea. Ils vivent de la chasse et de la cueillette au cœur de la forêt. Ces vrais Mikea sont des conservateurs de la forêt et ils la considèrent comme leur lieu de refuge et leur grenier naturel. A force de vivre dans la forêt, ils se confondent en elle, ce qui déroute le plus souvent la vision simpliste des gens de passage dans cette forêt, car ils confondent les pré-Mikea et les Mikea dans leur existence actuelle.

Actuellement la société Mikea a subi une transformation comme les autres sociétés paysannes, notamment suite au phénomène migratoire lié à la culture spéculative du maïs. Ces nouveaux venus « se mikéisent » à leur tour et s’adaptent saisonnièrement à la manière des Mikea.

L’usage désigne aujourd’hui par Mikea tout habitant de la forêt, qu’il soit saisonnier en pratiquant la culture de maïs sur brûlis, ou qu’il soit permanent en vivant des activités quotidiennes de chasse et de cueillette. Mais si on tient compte de l’étymologie du mot Mikea, le groupe dit Mikea a une identité culturelle distincte des autres groupes, caractérisée par une dépendance considérable envers les produits de la forêt pour sa subsistance quotidienne.

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