Mayotte

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une région d'outre-mer (DROM) français de l'Océan Indien

recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com & tany_masina@yahoo.fr)

 

Mayotte (appelée aussi Maore en shimaoré1), officiellement Département de Mayotte, est un département et une région d’outre-mer (DROM)2 français de l'océan Indien situé dans l'archipel des Comores, lui-même localisé dans le canal du Mozambique, et dont le chef-lieu est Mamoudzou, la plus grande ville du territoire. Mayotte est constituée de deux îles principales, Grande-Terre et Petite-Terre, et de plusieurs autres petites îles, dont Mtsamboro, Mbouzi et Bandrélé. Son code départemental officiel est le « 976 ». Ses habitants sont appelés les Mahorais.

L'île est vendue à la France par le sultan Andriantsoly le 25 avril 1841. En 1886, le reste de l'archipel composé de la Grande Comore, Mohéli et Anjouan forme un protectorat sous la direction du gouverneur de Mayotte. En 1958, l'administration quitte Dzaoudzi pour Moroni ce qui provoque le mécontentement des Mahorais. Georges Nahouda fonde alors le Congrès des Notables qui réclame la départementalisation. Zéna M’Déré rentre à Mayotte en 1966 et prend la tête du mouvement des chatouilleuses. Le 22 décembre 1974, la France organise aux Comores un référendum pour plébisciter l'indépendance de l'archipel mais les Mahorais votent pour le maintien de leur île au sein de la République française. Un second référendum est organisé le 8 février 19763,4, qui confirme ce choix par 99,4 % (82,3 % des inscrits). Néanmoins l'Union des Comores revendique toujours Mayotte5.

À la suite de la consultation référendaire de la population du 29 mars 2009 (95,2 % de votes favorables), qui concernait la population locale, Mayotte est devenue un département d’outre-mer et une région d’outre-mer à assemblée délibérante unique de la République française le 31 mars 20116,Note 1,7.

En 2012, la population de Mayotte s’élève à 212 645 habitants répartie sur une superficie de 376 km2. Elle a ainsi la plus forte densité de population de la France d'outre-mer, avec 566 hab/km². Son code Insee est 9768.

Histoire

Temps anciens

Les VIIIe et IXe siècles voient les premières installations humaines. Il semble que les premiers habitants appartiennent déjà aux premiers peuples swahilis, caractérisés par une riche culture répandue sur l'ensemble des rivages de l'Afrique orientale de la Somalie au Mozambique9. Mayotte et Anjouan ont été occupées apparemment plus tardivement car les deux îles se différencient de l'ensemble des Comores par une évolution linguistique spécifique. La civilisation swahilie qui aborde ces îles inoccupées est donc d'emblée sophistiquée. Le commerce maritime, très actif dès cette époque, atteste de contacts avec le Moyen-Orient islamisé.

Aux XIIIe et XVe siècles, l'île est sous la domination de chefs islamisés, les Fani. Les contacts culturels avec la côte swahilie et Madagascar sont importants.

Vers 1470, le sultanat shirazi s'établit et est reconnu jusqu'au début du XIXe siècle. Le dernier sultan shirazien est renversé par Andriantsoly, un dynaste sakalava qui, débarqué de Nosy Be, s'impose entre 1828 et 1831.

Temps modernes

En 1503, l'île Mahore est mentionnée par une escadre portugaise qui l'aborde, et d'après les archives de l'amirauté portugaise, elle est cartographiée par Diego Ribeiro en 152710. Ce repérage soigneux permet de l'éviter à la façon des convois de boutres qui ont sillonné de manière multiséculaire le canal du Mozambique. C'est pourquoi tout au long des XVIe et XVIIIe siècles, l'île n'est pas un lieu d'escale ordinaire pour les grandes flottes et n'accueille que quelques grands navires européens égarés et prudents, venus par nécessité s'y ravitailler.

De 1742 à 1791, le sultanat d'Anjouan réalise plusieurs tentatives pour conquérir le sultanat de Mayotte. De 1795 à 1820, les razzias des pirates malgaches (Sakalaves et Betsimisaraka) dépeuplent considérablement l'île.

Les influences venues de l'ensemble de l'océan Indien, mais aussi de la côte africaine, chamboulé par l'irruption des Bantous, et de la côte malgache ne cessent de façonner la société swahilie îlienne. Une immigration bantoue et malgache commence insensiblement11. Des Malgaches, essentiellement sakalaves, prennent le contrôle du sud et d'une partie ponctuelle de l'est de l'île.

Après 1832, l'île passe sous la domination de Andriantsoly, ancien roi sakalava du Iboina à Madagascar, appelé par le sultan shirazi de Mahore et les occupants méridionaux malgaches pour arbitrer leurs conflits et empêcher les agressions extérieures. Guerrier converti à l'islam ayant épousé la fille du sultan et aussi diplomate respecté auprès des communautés swahilies et malgaches, Andrian Souly devient ensuite le sultan reconnu de l'île dont il s'efforce de préserver la souveraineté malgré les continuelles hostilités et menaces. À la suite de la prise de Nosy Be (Madagascar) en 1840, les Français prennent connaissance de la présence de ce sultan, ancien roi sakalava, à Mayotte, qui demande une protection maritime.

Intégration progressive à la République française

Achat par la France

Andriantsoly a hérité du sultanat en 1832 après avoir écarté Bwana Kombo (ou « Buanacombé », ou « Banakombo »), un fils de Mawana Madi, qui trouve refuge à Mohéli. Il doit alors défendre l'île contre les visées du hova Ramanetaka - devenu le maître de Mohéli sous le nom d'Abderahmane - et des sultans d'Anjouan, Abdallah puis Salim (1836). Andriantsoly souhaite préserver l'autonomie de son île face aux autres souverains comoriens. Or, dépourvu d'allié contre ces derniers et contre la monarchie malgache soutenue par la Grande-Bretagne, il se sait menacé. Il se tourne alors vers les rivaux des Britanniques, les Français, qui viennent de s'emparer de Nosy Be. C'est dans ce contexte que, le 25 avril 1841, le sultan vend Mayotte à la France cédant ainsi sa souveraineté à la Monarchie de juillet de Louis-Philippe Ier. En échange il obtient du capitaine Pierre Passot (envoyé par Anne Chrétien Louis de Hell), une rente viagère personnelle de mille piastres (5 000 francs) et le droit d'élever deux enfants du sultan à la Réunion. Ce traité est ratifié officiellement par l'État français en 1843.

Colonisation

La souveraineté française sur Mayotte est indépendante du partage de l'Afrique issu de la conférence de Berlin qui n'aura lieu qu'après 1885. Mayotte devient en effet une colonie française après son achat en 1843 sous le règne de Louis-Philippe Ier. L'abolition de l'esclavage à Mayotte est prononcée le 9 décembre 1846 alors que l'Île avait jusque là été soumise à la traite arabe. La Monarchie de Juillet est contestée et la révolution française de 1848 rétablit la République. L’article 3 du Décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848, votée quelques mois plus tard, confirme l'abolition de l'esclavage dans l'île. La conférence de Berlin s'achève en 1885, le partage de l'Afrique entre les puissances européennes est alors décidé et la France déjà présente à Mayotte, va utiliser l'île pour prendre le contrôle de l'ensemble de l'archipel des Comores. En 1886, la Grande Comore, Mohéli et Anjouan deviennent protectorat sous la direction du gouverneur de Mayotte tandis que Mayotte, quant à elle, garde son statut de colonie. L'archipel des Comores devient alors les Îles de «Mayotte et dépendances». À partir de 1908, l'ensemble des Comores est intégré sous l'autorité du gouvernement général de Madagascar et dépendances. La différence de traitement entre Mayotte et le reste de l'archipel devient de plus en plus une source de tensions. L'ensemble de l'archipel reste contrôlé depuis Dzaoudzi, ancienne capitale du sultanat de Mayotte.

TOM et indépendance comorienne

En 1946, les Comores sont séparés de Madagascar et deviennent un territoire d'outre-mer (TOM). Après avoir refusé d'accéder à l'indépendance lors du referendum de 1958 organisé par le Général De Gaulle, les Comores obtiennent le 22 décembre 1961 (loi no 1412) un statut d'autonomie interne (qui sera élargie en 1968 par la loi no 6804). Ce statut d'autonomie interne donne jour à un Gouvernement comorien élu par l'Assemblée Territoriale. De 1961 à 1970, l'ancien député Said Mohamed Cheikh est élu Président du Conseil de gouvernement jusqu'à sa mort le 16 mars 1970. C'est durant cette période, en 1966, que la capitale Dzaoudzi (Mayotte) est transférée à Moroni, huit ans après la décision du transfert12.

Au cours de cette période naissent les premiers mouvements politiques qui contestent le pouvoir de Saïd Mohamed Cheikh et pour certains, réclament l'indépendance. D'autres, comme le Mouvement populaire mahorais (ancien UDIM : Union pour la défense des intérêts de Mayotte) réclament au départ plus d'autonomie vis-à-vis des autres îles. Par la suite, le mouvement se radicalise et demande la séparation de Mayotte et les autres îles et notamment la départementalisation de Mayotte.

Né en 1958, l'UDIM est un mouvement créé par un créole natif de Sainte-Marie : Georges Nahouda. Mort en 1958, c'est son neveu, Marcel Henry, qui poursuit le combat avec la création du MPM. Associé à une partie de l'élite mahoraise (dont Younoussa Bamana), Marcel Henry poursuivra le combat pour Mayotte française jusqu'au bout. Soutenu par l'Action française, un groupuscule royaliste, à la tête duquel se trouve Pierre Pujo, le MPM obtient le soutien d'une partie importante de la classe politique française.

Cependant, dans les années 1960 d'autres mouvements politiques voient le jour dont le parti « Serrez-la-main ». Ce parti revendiquait l'indépendance de Mayotte vis-à-vis de la France. Nombres d'échauffourées[réf. nécessaire]} eurent lieu entre ce dernier et le MPM.

Le 25 août 1972, le Comité spécial de la décolonisation de l'Organisation des Nations unies inscrit l'archipel des Comores à sa liste des territoires devant accéder à l'autodétermination. Le 15 juin 1973, la France et les Comores signent des accords relatifs à l'accession à l'indépendance. Le 22 décembre 1974, la France organise aux Comores un référendum pour plébisciter l'indépendance du territoire. Il s'agissait d'un référendum qui devait statuer sur une réponse de l'ensemble du territoire. Si le suffrage obtient dans son ensemble plus de 90 % pour l'indépendance du territoire, Mayotte se singularise en votant en majorité pour le maintien des Comores au sein de la République française.

Face aux divisions internes, le gouvernement français ne valide pas le référendum et en propose un nouveau dont les résultats ne seraient considérés cette fois que « île par île ». À cela, le président du Conseil de Gouvernement, Ahmed Abdallah, déclare l'indépendance des Comores unilatéralement, sans l'accord de la France. Mayotte reste cependant sous administration française au détriment de la déclaration du gouvernement comorien. L'Union des Comores revendique Mayotte et refuse cette séparation qui remet en cause l'intégrité territoriale de l'archipel. L'Union africaine considère ce territoire comme occupé par une puissance étrangère13.

En pleine guerre froide, la France a le projet d’y implanter une base militaire navale dotée d’un port en eau profonde. Ce projet ne verra pas le jour, mais sera compensé par l’implantation d’une station d’écoute du réseau satellitaire français d’espionnage des communications (réseau Frenchelon), mise en service en 2000 sur l'île de Petite-Terre14.

Le 6 février 1976, la France oppose son droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies pour empêcher l'adoption d'un projet de résolution lui demandant d'engager des négociations avec le gouvernement comorien en vue de la rétrocession de Mayotte et de renoncer à la tenue d'un nouveau référendum15,16.

Ce second référendum a lieu le 8 février 19763,4 et confirme par un taux de 99,4 % (82,3 % des inscrits) le choix de la population de Mayotte de rester au sein de la République française. Par résolution n°31/4 du 21 octobre 1976, l'Assemblée générale des Nations unies, considérant ce référendum comme nul et non avenu, condamne la présence française à Mayotte17, cependant que la France arguë que cette résolution ne constitue qu'un avis dépourvu de force juridique. L'assemblée générale de l'ONU s'appuie sur la déclaration du 14 décembre 1960, « sur l'octroi de l'indépendance aux pays et peuples colonisés », point numéro 6 sur la préservation de l'intégrité territoriale, malgré le point numéro 2 sur le droit à l'autodétermination. Dans sa résolution du 6 décembre 199418, l'Assemblée générale de l'ONU a rappelé et confirmé l'appartenance de Mayotte à l'État comorien. Depuis 1995, la question de Mayotte n'est plus venue à l'ordre du jour de l’Assemblée générale de l'ONU.

DOM

L'organisation par la France d'un référendum sur la départementalisation de Mayotte est contesté en 2008 par le président de l'Union des Comores19, mais à la suite de ce référendum du 29 mars 2009 où 95 % des votants (soit 57 % des électeurs) confirment leur volonté de rester rattachés à la France, Mayotte obtient en 2011 un statut de département, devenant le 101e département français et le 5e département d'outre-mer (DOM).

Dès l'automne 2011, d'importants mouvements de contestation contre l'augmentation du coût de la vie paralysent l'activité de l'île20. Le gouvernement nomme alors un médiateur afin de dénouer la crise21.

Une collectivité française

Évolution du statut de la collectivité

La loi du 11 juillet 2001 relative à Mayotte prévoit l'application progressive du droit commun français à Mayotte, dans la perspective de l'évolution vers le statut de département d'outre-mer (DOM). Cette loi a fait de Mayotte une collectivité départementale, dotée d'un conseil général, et d'une administration décentralisée, en place depuis le 1er avril 2004, ce statut subsistant jusqu'au 30 mars 2011. Depuis 2001, les règles applicables à Mayotte figurent au code général des collectivités territoriales. La loi organique du 21 février 2007 a réécrit ce statut, en prolongeant la logique de la loi de 2001. Ensuite, après le 1er janvier 2008, hormis quelques matières (fiscalité, urbanisme, droit social...), l'identité législative régit le régime législatif de Mayotte : cela signifie que le droit commun sera applicable, comme dans les DOM.

La décentralisation rencontre des écueils similaires à ceux connus en 1982 en métropole, aggravés par la faiblesse de la pratique démocratique qui est à la fois récente et plaquée sur la culture ancestrale et cosmopolite des habitants de l'île. Le clientélisme est très développé[réf. nécessaire].

L'État français est représenté jusqu'au 30 mars 2011 par un commissaire du gouvernement faisant fonction de préfet. En matière d'éducation nationale, Mayotte constitue un vice-rectorat.

Le changement de statut de l'île se traduit aussi en termes d'enjeux environnementaux pour lesquels les collectivités locales ont une responsabilité croissante22.

Un nouveau département français

Mayotte est devenu le 31 mars 2011 un département d’outre-mer et une région d’outre-mer.

À l'issue du renouvellement du conseil général en mars 2008, les conseillers généraux de Mayotte ont adopté le vendredi 18 avril 2008 une résolution (à l'unanimité) invitant le gouvernement français à transformer la collectivité en DOM. Il appartenait donc au gouvernement de consulter dans les douze mois la population de Mayotte sur le processus de départementalisation. Toutefois l'ONU et les Comores avaient prévenu qu'elles considéraient comme étant nulle et non avenue toute consultation qui serait organisée dans le cadre de la départementalisation de l’île comorienne de Mayotte23. La consultation a eu lieu le 29 mars 200924,25, selon l'engagement du président de la République, Nicolas Sarkozy. L'ensemble des organisations politiques locales se sont prononcées en faveur du « Oui ». La participation a été marquée par une forte abstention (38,63 %). Le « Oui » l'a emporté avec plus de 95,2 % des suffrages exprimés26.

Une loi organique et une loi ordinaire précisant les conditions de cette transformation effective au lendemain des élections cantonales de 2011, la collectivité étant alors régie par l'Article 73 au lieu de l'Article 74, sont examinées à l'automne 2011. La loi prévoit des aménagements transitoires comme la création seulement en 2014 d'une fiscalité locale27.

Mayotte est donc devenu28 le 101e département français et le cinquième en Outre-mer avec la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et La Réunion, le 31 mars 2011. Elle exerce les compétences dévolues aux départements d’outre-mer et aux régions d’outre-mer, la même assemblée exerçant les compétences du conseil général et celles du conseil régional. La loi organique prise à cet effet a été validée par le Conseil constitutionnel29. Les deux lois (organique et ordinaire) ont été promulguées le 7 décembre 2010 et publiées au Journal officiel du 8 décembre.

Ce nouveau statut ne fait pas entrer automatiquement le 101e département dans la catégorie des régions ultrapériphériques. Mais la demande d’intégration de Mayotte comme partie intégrante de l'Union européenne (UE) est approuvé par le Conseil européen le 11 juillet 201230. Selon cette décision, Mayotte conservera son statut de pays et territoire d'outre-mer jusqu'au 31 décembre 2013 et deviendra, le 1er janvier 2014, la neuvième région ultrapériphérique de l'Union31.

Divisions administratives

 
Communes de Mayotte
Articles détaillés : Communes de Mayotte et Cantons de Mayotte.

Mayotte compte 17 communes. À chaque commune correspond un canton excepté pour Mamoudzou qui en regroupe trois, ce qui fait 19 cantons. Chacune des 17 communes regroupe le plus souvent plusieurs villages. Contrairement à la plupart des départements, Mayotte n'est pas divisée en arrondissements ; elle est assimilée à un arrondissement unique, sa préfecture siégeant à Mamoudzou, le chef-lieu du département, sans autre sous-préfecture.

Les communes les plus peuplées sont celles de Mamoudz dembeni et Dzaoudzi.

La propriété du port de Mayotte a été transférée au Conseil général32.

Élus de Mayotte

Les habitants de Mayotte sont représentés à l'Assemblée nationale depuis juin 2012 par deux députés, Boinali Saïd (DVG) et Ibrahim Aboubacar (PS), ainsi qu'au Sénat par deux sénateurs : Thani Mohamed Soilihi (DVG) et Abdourahamane Soilihi (UMP).

Histoire politique

En 1958, cinq territoires d'outre-mer, faiblement peuplés, choisissent de conserver leur statut et de ne pas devenir des États au sein de la nouvelle Communauté française : il s'agissait de Saint-Pierre-et-Miquelon, de la Côte française des Somalis, de l'archipel des Comores, de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française. Ces TOM continuèrent d'envoyer des représentants à l'Assemblée nationale, mais en raison du délai de l'exercice de l'option, ils ne purent participer aux élections législatives des 23 et 30 novembre 1958, les premières de la Ve République. Le siège de député de Mayotte remonte donc à celui des Comores, depuis que, par son vote du 8 février 1976 (« Oui » à 99,4 %, soit 82,3 % des inscrits3) a maintenu ses liens avec la France.

En 1978, c'est l'UDF Younoussa Bamana qui a été le premier député élu, puis réélu, dans cette collectivité territoriale de 19 000 électeurs. Avec l'élection de François Mitterrand, c'est Jean-François Hory, proche du PRG qui est alors élu (alors que Valéry Giscard d'Estaing avait obtenu 89,9 % des voix peu de temps auparavant). En 1986, c'est un centriste, Henry Jean-Baptiste, qui est élu, puis réélu en 1988 et en 1993, alors que l'île dépasse désormais 30 000 électeurs. Malgré la montée progressive de son rival RPR dissident, Mansour Kamardine, c'est toujours Jean-Baptiste qui est élu en 1997 (51,7 %). Ce n'est qu'en 2002, avec le retrait de ce dernier que Mansour Kamardine est élu au 2e tour député avec l'appui du président du Conseil général, Younoussa Bamana, face au candidat UDF-MDM, Vita Siadi.

En 2007, Abdoulatifou Aly, candidat de la Force de l'Alternance du Mouvement départementaliste mahorais (une dissidence du Mouvement départementaliste mahorais) est élu au second tour des législatives contre Mansour Kamardine. Abdoulatifou Aly appartient au Mouvement démocrate de François Bayrou.

Début 2008, le projet de départementalisation de Mayotte a resurgi. Le secrétaire d'État Roger Karoutchi a annoncé le 24 janvier qu'à l'issue des élections de mars, le conseil général, s'il le souhaitait, adopterait une résolution pour que Mayotte devienne un département-région. Or, à la suite des élections cantonales de mars 2008, Ahmed Attoumani Douchina conseiller général du canton de Kani-Kéli (UMP), a été élu président du conseil général par 13 voix contre 5 et 1 bulletin nul succédant à Saïd Omar Oili, sans étiquette, président du Nouvel élan pour Mayotte (Néma). Le nouveau président a été élu par une coalition UMP-PS-MDM (le MDM est issu du Mouvement populaire mahorais), favorable à une telle évolution qui était alors attendue pour 2008 ou 200933. L'ONU et les Comores avaient alors prévenu qu'elles considéraient comme étant nulle et non avenue toute consultation qui serait organisée dans le cadre de la départementalisation de l’île comorienne de Mayotte23. Le référendum pour la départementalisation a eu lieu le 29 mars 2009.

Lors de sa visite, le ministre de l'Outre-mer Christian Estrosi à Mayotte a évoqué la possibilité de revenir sur le droit du sol pour décourager l'immigration illégale, mais cette idée n'a pas été reprise par son successeur Yves Jégo.

Le statut de DOM est peut-être incompatible avec le maintien du statut personnel (voir plus bas), la question n'est d'ailleurs pas claire à ce sujet, dès lors que par exemple certains Guyanais disposent d'un tel statut, et que la Constitution « protège » le statut personnel.

La départementalisation suppose des évolutions notables, dont certaines sont mises en œuvre depuis 2005  : l'âge légal minimum des femmes pour se marier est relevé de 15 à 18 ans, les mariages polygames sont interdits, même si les situations acquises ne sont pas remises en cause, la justice cadiale cède la place à une justice civile. Les minimaux sociaux seront aussi progressivement augmentés, en commençant par les deux seuls en vigueur, ceux pour les adultes handicapés et les personnes âgées. De même, la transformation de Mayotte en DOM devrait permettre l'attribution du revenu de solidarité active, ce qui explique le lobbying d'une grande partie de la classe politique en ce sens. Le RSA34 sera versé à partir de 2012, à environ le quart de ce qu'il représente en métropole et sera ensuite progressivement revalorisé sur une période de 20 à 25 ans, en fonction du rythme du développement économique de l'île mais, avec la mise en place d'un cadastre, la taxe d'habitation et la taxe foncière devraient également faire leur apparition.

Fin 2012, la situation sociale à Mayotte reste problématique. « 75 % de l'île ne parle que le Shimaoré, 48 % des adolescents de 16 à 18 ans sont illettrés et en échec scolaire, 64 % des élèves de CE1 échouent à l'épreuve de français35. »

Manifestations et violences d'octobre 2011

 
Gendarmes expulsant des manifestants sur le quai de la barge, en Grande Terre.

Pendant plusieurs semaines, des manifestations sont organisées contre la vie chère. L'île est progressivement paralysée et les actes de violence se multiplient. Des magasins sont pillés, des barrages sont montés. Les gendarmes mobiles chargent à plusieurs reprises36 ; un manifestant décède dans ces affrontements et un autre est grièvement blessé37. Les médias de la métropole observent un silence général sur les événements38.

Démographie

Article détaillé : Démographie de Mayotte.

En 2012, date du dernier recensement, la population était de 212 645 habitants, contre 185 000 habitants en 2007. Mayotte a une population très jeune : 70 % des habitants sont âgés de moins de 25 ans (en 2007).

L'amélioration des conditions d'hygiène, de santé publique (médecine rurale, préventive, gratuite pour tous jusqu'en 2005) et du niveau de vie a eu pour conséquence une diminution du taux de mortalité passé de 25 ‰ habitants lors du recensement de 1958, à 7,36 ‰ en 2008.

Même si l’on assiste à une baisse de la natalité, celle-ci reste encore forte, avec un indice synthétique de fécondité de 4,5 enfants par femme en 2008 contre 8,1 en 197839.

Quant au taux d'accroissement annuel de la population, il est l'un des plus forts de l'outre-mer français, après la Guyane, avec 2,7 %.

Santé

Mamoudzou est l'unique ville où se trouve un hôpital, dont une annexe est ouverte à Dzaoudzi, sur Petite-Terre. Des maternités dites intercommunales sont ouvertes : Mramadoudou au sud de l'île (2005) et Kahani commune de Ouangani au centre (2006). La maternité de Dzoumogné au nord est construite en début 2010 et terminée en milieu 2010 par la société SMTPC filiale du groupe VINCI.

Cela dit, la grande majorité des naissances a lieu à Mamoudzou : 54 % des naissances annuelles dans l'île en 2003, 57,3 % en 200439.

Depuis le 1er avril 2005, les soins ne sont plus gratuits sur le territoire. Les patients doivent présenter une carte de Sécurité sociale ou acquitter un droit forfaitaire auprès des structures de soins publics ou des honoraires auprès d'un médecin privé.

Il existe aussi des dispensaires dans les villages, qui se partagent les rares médecins de garde.

Depuis 2005, des infirmiers s'installent en libéraux, assurant les soins à domicile.

Bien qu'il soit possible de bénéficier de la Couverture Maladie Universelle à Mayotte, les habitants ne peuvent bénéficier de la CMU-Complémentaire comme en métropole.

Enseignement

Le Centre universitaire de Mayotte est un établissement français d'enseignement supérieur situé sur l'île de Mayotte, à Dembéni, et créé en 2011. Les autorités mahoraises espèrent une évolution prochaine du Centre vers une université de plein exercice.

Énergie

EDM (Électricité De Mayotte) est une Société Anonyme d’Économie Mixte (SAEM) détenue à 50,01 % par le Conseil Général de Mayotte, 24,99 % par Électricité de France, 24,99 % par SAUR International et 0,01 % par l’État. EDM est entrée aux IEG (Industries Électriques et Gazières) le 1er janvier 2011. Elle exerce la mission de service public de production, distribution et commercialisation de l’électricité sur l’île de Mayotte. Ses activités entrent entièrement dans le domaine régulé par la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE). La Direction Générale ainsi que l’ensemble des postes de responsables des pôles opérationnels sont assurés par des agents du Groupe EDF.

Début 2012, le domaine production de l’entreprise se caractérise par les spécificités suivantes :

  • La production est assurée exclusivement par 17 moteurs diesel semi-rapides de puissances et de technologies hétérogènes (de 750kW à 8MW), répartis sur 2 sites : un sur Petite Terre mis en service en 1987 (centrale des Badamiers), un sur Grande Terre mis en service en 2009 (centrale de Longoni),
  • La puissance totale installée est de 77.5 MW,
  • Mise en service de nouveaux moyens de production tous les 3 ans pour suivre la forte croissance de la demande et déclassement associé des plus vieux moteurs,
  • Projet de construction d’une centrale de 36 MW en cours (Centrale Electrique de Longoni 2, ajout de 3 moteurs thermiques diesels 12V46 de 12 MW),
  • Projet de mise aux normes environnementales (traitement des fumées notamment) en cours.

En 2013, 30% de l'énergie totale sur l'île provient de l'énergie solaire.

Géodescription

 
Situation géographique
 
Carte topographique de Mayotte

Mayotte est la plus ancienne des quatre grandes îles de l'archipel des Comores, chapelets de terres qui émergent au-dessus d'un relief sous-marin en forme de croissant de lune, à l'entrée du canal du Mozambique. Située à 250 km Ouest de Madagascar et à 30 km Sud-Sud-Ouest d'Anjouan, visible le soir en ombre chinoise, elle est composée de plusieurs îles et îlots couverts d'une végétation exubérante, les deux plus grandes sont Grande-Terre et Petite-Terre adossée à une barrière de corail.

Ce récif de corail de 160 km de long entoure un lagon de 1 100 km2, un des plus grands du monde. Il protège des courants marins la quasi-totalité de Mayotte, à l'exception d'une douzaine de passes, dont une à l'est appelée « Passe en S ». Le lagon d'une largeur moyenne de 5 à 10 km et subsiste jusqu'à une centaine de mètres de profondeur. Il est parsemé d'une centaine d'îlots coralliens comme Mtsamboro sont de toute beauté. Ce récif procure un abri aux bateaux et à la faune océanique. L'activité volcanique à l'origine de la création des îles rend le sol particulièrement fertile[réf. nécessaire].

Une formation volcanique ancienne

Les îles qui forment Mayotte sont géologiquement les plus anciennes de l'archipel des Comores. Leur âge à partir de neuf millions d'années va en décroissant du sud-est (Mayotte) au nord-ouest (Grande Comore), bien que l'on observe tant sur la Grande Terre que sur l'îlot de Pamandzi, des appareils très récents (maars) liés à des explosions phréatiques.

L'ensemble insulaire est un vaste bouclier volcanique de laves alcalines avec extrusions phonolitiques comme à Choungui, relief en forme de boule conique dont un cinquième est encore émergé. Le centre de l'appareil se situe en mer, à l'ouest. Une subsidence importante a eu lieu, permettant notamment l'implantation d'une couronne récifale autour des reliefs résiduels.

La croissance corallienne, créatrice de calcaires blancs, a pris le relais des terres émergées, caractérisées par des roches basaltiques noires, et soumises à l'érosion. Pendant les grandes glaciations continentales, il y a 20 000 ans, l'abaissement du niveau marin de plus de cent mètres a vidé les lagons et fait émerger les récifs. Les rivières, un temps retenues, ont percé les passes dans les barrières. Puis, avec les remontées marines causées par les réchauffements climatiques post-glaciaires, les coraux ont repris leur ardeur bâtisseuse.

Le contraste entre géochimies corallienne et volcanique est en particulier pleinement visible sur les plages du nord de la Grande Terre, près de l'île de Mtsamboro. Les récifs de pierres noires, annonciateur de la terre, apparaissent sur la plage blanche de sables détritiques coralliens.

L'île de Grande Terre possède de fortes pentes, et surtout au voisinage des crêtes, une érosion tropicale emporte la fragile végétation colonisant les padza40. Les forestiers essaient de fixer le sol dégradé par des plantations d'acacias.

Géographie insulaire

Article détaillé : Géographie de Mayotte.
 
« La Barge », le moyen de transport entre Mamoudzou (Grande Terre) et Dzaoudzi (Petite-Terre)

Autrefois isolée, mis à part les rivages et les petites îles facilement accessibles par les pirogues à balanciers ou les bateaux, mais aujourd'hui presque partout pour les critères d'une économie moderne d'échanges, le monde mahorais, et au centre la Grande Terre, reste enclavé. Les pistes et les sentes des années 1970 ont laissé la place au cours des deux dernières décennies du millénaires à plus de 230 kilomètres de routes asphaltées et à 150 kilomètres de sentiers de randonnées balisés.

Climat

 
La saison des pluies (janvier 2006)

Le climat est tropical de type maritime, les températures moyennes oscillent entre 23 et 30 °C et le taux d'hygrométrie dépasse souvent 85 %. La saison chaude et humide, saison des pluies, va de novembre à avril/mai et les températures moyennes diurnes varient entre 27 et 30 °C. Dzaoudzi reçoit ainsi plus d'un mètre d'eau durant une année, les précipitations sont maximales en janvier, apportées par des vents de Nord-Est. La saison sèche de mai à octobre est plus fraiche, de 22 à 25 °C.

Les vents dominants selon les saisons sèches et humides sont l'alizé du Sud-Ouest et la mousson du Nord-Ouest. La température de la mer oscille autour de 25,6 °C. Les tempêtes cycloniques, accrues tout au long de leurs parcours par la chaleur échangée avec les eaux maritimes de surface chaudes, peuvent dévaster végétation et habitations ; ainsi les cyclones de 1898, de 1950, d'avril 1984 ou de janvier 1987.

Nature

Articles détaillés : Faune des Comores et Flore des Comores.
 
Mangrove à Moya
 
Papayer à Petite-Terre

Si les eaux chaudes du lagon peuvent abriter les baleines accoucheuses vivant sur leurs réserves de graisses australes, puis leurs petits en lactation, les tortues marines viennent pondre sur les plages au voisinage de leurs herbiers. Le lagon est nourricier pour les poissons, les mangroves jouent un rôle de nettoyage écologique, entravant l'écoulement des sédiments, augmentant la densité animale et végétale, notamment des espèces piscicoles au stade juvénile.

À proximité des herbiers à tortues et de leurs plages immémoriales, poussent des baobabs Adansonia digitata qui abritent parfois des colonies de roussettes, cette chauve-souris géante et frugivore. Ces paysages ne sont pas imaginaires, il en existe encore dans le sud de la Grande-Terre, à la pointe de Saziley, à Ngouja ou au nord de Petite-Terre.

Il existe une centaine d'espèces d'oiseaux, la plupart typiques des terres africaines et malgaches voisines.

Mayotte était initialement très riche en biodiversité, mais la forêt primaire y a récemment disparu, entraînant des risques d'instabilité pour les terrains et le littoral ainsi qu'une pollution et dégradation du lagon, alors que la pression foncière et la démographie ne cessent de croître.

 
Érosion des sols (Petite-Terre).

Les menaces qui pèsent sur l'écosystème sont notamment les espèces introduites et éventuellement invasives, avec risques croissants d'invasion biologique ; la fragmentation par les routes, qui dégradent l'intégrité écologique de l'île ; les impacts du tourisme ; la dégradation des récifs coralliens par la pollution et par accumulations de sédiments terrigènes (déjà plusieurs kilomètres carrés sont touchés dans les lagons de Rodrigues et de Mayotte d'où ont disparu les scléractiniaires, à la suite de la destruction des forêts qui protégeaient les sols de l'érosion. Bien que les taux de pesticides mesurés dans l'eau soient (en 2011) moindres qu'en métropole41. (mais plus élevés qu'en Guyane41), les Engrais et pesticides, comme le DTT, peuvent aussi être emportés par les eaux pluviales et favoriser voire rendre permanent le blanchiment des coraux (coral bleaching)42. La collecte de coquillage, la pêche excessive et certaines activités extractives (sable corallien), l'agriculture et la divagation d'animaux peuvent aussi avoir des impacts négatifs.

Les tortues marines (verte et imbriquée essentiellement) et les mammifères marins emblématiques du lagon sont protégés, et le Lémur brun, lémurien agile qui se nourrit de fruits et de feuilles, vit en groupe de sept à douze dans les forêts et agro-forêts de l'archipel.

 
Un maki de Mayotte (Eulemur fulvus mayottensis).

Un problème urgent et crucial pour l'avenir de l'île est la gestion des déchets, car celle-ci devient dans de nombreux endroits une décharge à ciel ouvert. Le changement de certains comportements va être crucial pour une île qui n'a que le tourisme pour vivre.[réf. souhaitée]

Culture mahoraise

Article détaillé : Culture des Comores.

Plusieurs cultures se côtoient à Mayotte, mais la culture mahoraise qui concernait il y a quarante ans 60 % de la population s'est imposée progressivement sous une forme syncrétique à l'ensemble de la population locale. Il reste toutefois dans le sud de l'île des isolats d'une seconde culture malgache, toutefois fortement marquée par la culture mahoraise au point de n'être difficilement discernable qu'au regard avisé. Enfin la culture française comme d'une manière générale, la civilisation occidentale moderne imprègne de plus en plus la culture locale.

Langues

Le français est la langue officielle. Mais il n'est pas ou peu connu des personnes âgées originaires du monde traditionnel de l'île. Celles-ci, ainsi que la plupart des plus jeunes, maîtrisent une langue africaine bantoue, le shimaore, ou des dialectes du malgache, le kiantalaotsi ou le shibushi, parlers vernaculaires du sud ou de l'ouest de Mayotte. Le shimaore varie légèrement d'un village à l'autre sous l'influence d'autres dialectes des autres îles Comores. Le shimaore est de facto la lingua franca indigène pour un usage au quotidien.

On estime que l'illettrisme en français concernait en 2000 environ 35 % des hommes et 40 % des femmes. Toutefois cet illettrisme français est aussi causé par une piètre familiarité avec l'alphabet latin. L'illettrisme en arabe est moindre car la langue et l'alphabet arabes sont enseignés avec assiduité dans les madrasas. Toutefois depuis la dernière décennie de gros efforts sur l'instruction ont été menés par l'État, ce chiffre a donc constamment baissé et l'illettrisme ne concerne qu'une certaine catégorie de la population relativement âgée.

Cultures traditionnelles

La société mahoraise traditionnelle est matriarcale. La femme a un rôle déterminant, des tâches économiques de base à la politique en passant par la vie associative. Une femme à tout âge ne peut que s'épanouir ou aller vers le succès de ses diverses entreprises alors que l'homme a atteint sa plénitude à son mariage. À cette occasion autrefois fort coûteuse pour la gent masculine, la femme reçoit cadeaux et bijoux, autrefois en or, qu'elle portait ensuite pour afficher son statut social. L'autorité de la mère, possédant biens et maisons, forte d'avoir élevé ses enfants et assemblé sa parentèle ou sa descendance, pouvait chasser ou sauver son conjoint lorsque les critères sociaux, communément constatés par la communauté villageoise, avaient confirmé la déchéance maritale. D'une manière générale, c'est l'autorité de l'épouse active qui protège sur ce plan mari et foyer. Il va de soi que l'importance de la sœur d'un mari jouait un rôle crucial en cas de dispute familiale, au cas où celle-ci avait un rang au moins similaire à sa belle-sœur.

Le deba est une rencontre sous forme de chant et de danse religieux. Les femmes vêtues de chatoyants lambas au motifs similaires, et assemblées d'après des critères d'appartenance à une même petite communauté forment un chœur lancinant, laissant aux hommes l'apport musical rythmé. Ainsi s'organise une forme de rivalité chorégraphique entre villages.

Soins et habits féminins traditionnels

Il est commun d'observer des masques de beauté, principalement à base de bois de santal râpé mélangé à de l'eau, sur les visages féminins. Les cheveux, après un lavage avec une décoction de kapokier, étaient parfumés et tressés de façon savante. La chevelure était agrémentée avec des fleurs choisies pour les fêtes.

Le vêtement traditionnel féminin s'appelle le « nambawani ». Il se compose de deux parties : le saluva qui est un paréo, c'est-à-dire une jupe et le kishali, pièce de tissu qui se porte en châle, sur les épaules ou parfois replié sur la tête. Il servait autrefois de signes de reconnaissance communautaire.

Traditions masculines et jeux virils d'autrefois

 
Une banga à Mtsamoudou

Les jeunes hommes après l'adolescence quittent la case familiale ou maternelle et construisent des bangas, petites maisons dont le toit était autrefois en bois, en bambou ou en raphia et feuille de cocotier et qui leur permettent de s'initier à la vie adulte en y invitant les filles auxquelles ils peuvent se fiancer.

Un homme marié trouve à ne pas perdre son prestige en initiant ses neveux. Ainsi le meilleur pédagogue des techniques traditionnelles conservait un statut particulier au sein de sa famille et de sa communauté.

 
« Femmes malgaches, élégantes de Mayotte » (phot. Léon Humblot, fin du XIXe siècle)

Le moringue ou mouringué, analogue à la capoeira brésilienne, était pratiqué, jusqu'à la fin des années 1980, entre villages rivaux. Il a, actuellement, presque disparu. On peut encore avoir l'occasion d'assister au moringue mahorais durant le mois de ramadan : au coucher du soleil, après avoir bien mangé, les gens se regroupent sur la place publique, tapent sur les tam-tam et pratiquent le moringue. La seule différence avec la capoeira est que cette dernière se rapproche d'arts martiaux alors que le moringue n'a strictement aucun enseignement ni règle réellement définie. Des règles, il y en a, comme obligation de combattre à mains nues, et auparavant chacun des deux protagonistes pose son pied sur celui de l'autre et vice versa, empêchant ainsi la fuite. La rancune reste interdite une fois le combat fini et en dehors de celui-ci. S'il doit y avoir vengeance, celle-ci se fera à un prochain mouringué, ou lors du même moringué. Mais le « moringue » est considéré, par les Mahorais comme un jeu, il est et reste aussi un moyen de règlement d'éventuels différends. C'est aussi un moment de convivialité. Les lutteurs deviennent très souvent amis après la lutte.

Auparavant, le moringué se faisait entre villages voisins, et peu importe la distance, on se déplaçait à pied. Des mouringués se font aussi tout autour de l'île et des invitations orales convient tout le monde à rejoindre le lieu dit. Un lutteur ne peut défier plus d'un adversaire en même temps, le nombre de combats n'est pas limité.

Spectacles, musique et carnaval modernes

De nombreux écrivains locaux racontent l'île à travers leurs ouvrages. Des spectacles divers illuminent les veillées des week-ends, du théâtre à la tradition locale en passant par la musique. Mayotte connait différentes sortes de musique dont le « m'godro », musique locale s'inspirant du salégy ou saleg, une musique malgache.

Un carnaval scolaire se perpétue vers les mois de juin-juillet. Au cours de l'année scolaire, les élèves organisent et préparent cet événement. Aidés des enseignants, ils illustrent le thème de l'année et le parfont. Celui-ci a souvent pour but d'informer et de sensibiliser la population et les jeunes, le sujet change chaque année. Dans les années 1990 se sont succédé des idées telles que les pirates, la tortue, et d'autres thématiques axées sur l'environnement et la vie de tous les jours.

Religion

De tradition sunnite, introduite par des populations arabo-persanes, profondément imprégnée à la culture swahilie des Comores, religion structurant une société teintée de croyances africaines et malgaches, l'islam est pratiqué par 95 % de la population mahoraise. Dès l'âge de six ans, les enfants fréquentent en parallèle l'école coranique et l'école primaire de la République. Ceci dit cette double fréquentation est en perte de vitesse du fait de l'influence croissante de la République française et des médias français. La madrassa est donc de moins en moins une formalité pour les mahorais.

La communauté catholique, très minoritaire, formée d'environ 4 000 personnes, ne dispose que d'une seule paroisse avec deux lieux de cultes : l'église Notre-Dame-de-Fatima à Mamoudzou et l'église Saint-Michel à Dzaoudzi43.

Incidence juridique : statut personnel

Les Mahorais peuvent choisir entre :

  • le statut de droit commun, identique à la métropole (notaires, administrations, tribunaux…),
  • un statut personnel dérogatoire au code civil et à la laïcité, réservé aux musulmans originaires de Mayotte (ou éventuellement d'autres îles des Comores ou du nord-ouest de Madagascar). Ils peuvent renoncer à ce statut et choisir le statut de droit commun.

Le statut personnel peut toucher l'état des personnes mais aussi le droit des successions (discriminations selon la religion des héritiers) ou le droit foncier44.

La loi d'orientation pour l'outre-mer no 2003-660 du 21 juillet 2003 a aboli la polygamie pour les nouvelles générations en déclarant : « Nul ne peut contracter un nouveau mariage avant la dissolution du ou des précédents. Le présent article n'est applicable qu’aux personnes accédant à l'âge requis pour se marier au 1er janvier 2005 ». Traditionnellement, la maison appartient à la femme à Mayotte et la répudiation ou le divorce représente donc essentiellement la perte d'un compagnon plutôt que la perte d'un statut social ou économique (les foundis et les aînés veillaient à la bonne tenue de la situation économique de la femme même après le départ du mari). Toutefois, la répudiation unilatérale a été abolie pour les personnes qui accèdent à l'âge du mariage à partir de 200545. En outre, un décret du 1er juin 1939, interdit la lapidation des humains.

La justice touchant le statut personnel était rendue par des juges musulmans, les cadis46. Ces juridictions ont été supprimées par l'ordonnance no 2010-590 du 3 juin 2010, mais les juges ont toujours la faculté de consulter les cadis sur l'application du droit local ; mais ce sont les juges qui tranchent le litige.

Mosquées

Construites autrefois dans la tradition arabo-shirazienne, les mosquées étaient de petite taille avant de subir l'évolution architecturale commune aux rivages africains. La plus ancienne connue en pierre est la mosquée de Tsingoni. Mais la tradition mahoraise rapporte l'arrivée des premiers musulmans prêchant la parole de paix et de soumission à Allah sur l'île de Petite Terre ou Dzaoudzi. La Ziyara de Pôlé est considérée dans cette tradition orale comme le lieu saint fondateur, à l'origine de la diffusion de l'Islam sur l'ensemble de l'île. La légitimité du pouvoir sacré des premiers sultans shiraziens émanait de ce lieu saint.

Économie

Le tertiaire administratif occupe, en 2001, 45 % des salariés de l'île. Outre l'administration, les travaux publics, le commerce et ses services associés sont les principaux employeurs. Malgré une croissance de 9 % par an, le taux de chômage atteint 22 %. Le SMIC à Mayotte est de 63 % inférieur au SMIC national. Le revenu annuel des ménages était de 9 337 euros en 2005 contre 29 696 euros en métropole47. Selon l'INSEE, Mayotte souffre plus des inégalités que du niveau moyen de revenu48.

Agriculture, élevage et pêche

 
Pêcheurs à Moya (Petite-Terre)

Mayotte est une île où la population pratique une agriculture vivrière. Le produit national brut par habitant n'était que de 1 000 dollars par habitant en 1993. Le taux de chômage s'élevait à 38 % en 1995, mais ne s'élevait plus qu'à 29 % au recensement de 200249. Le revenu minimum d'insertion ne s'applique pas à Mayotte50.

Les productions agricoles sont principalement les cultures vivrières et notamment le riz et le manioc et les fruits tropicaux, banane, noix de coco, ananas et mangues. Mais l'on trouve également des cultures spécialisées d'exportation, l'ylang-ylang et la citronnelle utilisés dans la parfumerie, la vanille, la cannelle et le girofle.

Un élevage bovin, caprin et avicole (production d'œufs) se maintient. La mer fournit, outre les poissons de la pêche côtière, espadons, langoustes, mérous et crevettes.

Routes et services portuaires

Outre l'encadrement scolaire et hospitalier, l'investissement français depuis une trentaine d'année est tangible sur plus de 230 km de routes asphaltées où circulent voitures et deux-roues de divers types. Le contraste est grand avec les années 1980, où une circulation peu dense ne laissait apercevoir que de rares berlines à part la 4L des taxis, des méharis de légionnaires ou des camionnettes bâchés dénommées taxis-brousse.

Le port en eau profonde est un port d'escale mineur dans le canal de Mozambique.

Divisée en deux îlots, Mayotte est difficile d'accès. Le débarcadère de Mamoudzou, en Grande-Terre, ne peut accueillir que des embarcations légères.

Poste et philatélie

En matière postale, Mayotte a été le centre administratif des Comores dans la seconde moitié du XIXe siècle, ce que prouve le cachet d'oblitération énonçant la provenance des lettres : « Mayotte et dépendances ». Intégrée administrativement ensuite et utilisant les timbres coloniaux de Madagascar de 1912 à 1950, de l'archipel des Comores de 1950 à 1975 et de France de 1975 à 1997, l'île obtient une autonomie philatélique et postale le 2 janvier 1997 en utilisant des timbres spécifiques choisis par la filiale locale de La Poste.

Télécommunication

Le 12 avril 2012, le département accède "pour la première fois" à l'internet haut débit après avoir été raccordé au câble sous-marin Lion 2 de France Télécom-Orange51.

Tourisme

 
Le lac Dziani Dzaha

L'île de Mayotte, qui possède des reliefs côtiers forts variés, offre cependant moins de plages de sable blond que ses voisines la Grande Comore, Mohéli, les Seychelles, l'île Maurice et Madagascar.

Certaines activités touristiques sont structurées :

Le tourisme reste une activité peu développée dans l'île. Les capacités hôtelières de l'île sont réduites : 150 établissements, dont 80 de confort convenable, selon le CES en 1997. Selon une étude de l'Insee52, 9 300 touristes auraient fréquenté Mayotte au premier semestre 199953, dont 44 % de la Réunion et 42 % de la métropole. 42 % du total correspond à des visites familiales. Le séjour durait en moyenne 9,6 jours pour une dépense moyenne de 50 € par ménage de 1,5 personne.

Pendant longtemps, il n'y a pas eu de vol direct entre Mayotte et la métropole. En effet, la compagnie réunionnaise Air Austral possédait un quasi-monopole sur la destination, partagé avec la compagnie Comores Aviation, et ne proposait que des vols avec escales à l'île de La Réunion, alors que les Boeing 777 d'Air Austral atterrissent depuis 2005 à Mayotte54. Corsair offre aujourd'hui cette destination comme une liaison directe entre Paris-Orly et Mayotte55. XL Airways France offre quant à elle des vols directs entre Mayotte et Marseille, ainsi que vers Paris. L'Union des Comores est desservie par Inter-îles pour Anjouan, Air Austral pour Moroni.

Immigration

Un habitant de l'ile de Mayotte sur trois est un étranger en situation irrégulière. Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ne s'applique pas à Mayotte.

En 2011, près de 22 000 sans-papiers, souvent originaires des Comores voisines, ont transité par le centre de rétention administrative (CRA) de Pamandzi. La capacité du centre de rétention est limitée, à la fin de l'année 2012, à 100 places. Des crédits ont été votés pour la construction d'un second CRA, mais il ne devrait pas être ouvert avant 201456.

Code

Mayotte a pour codes :

  • YT, selon la norme ISO 3166-1, alpha 2.
  • MYT, selon la norme ISO 3166-1, alpha 3.
  • 976, selon l'INSEE et La Poste

Personnalités

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Date de dernière mise à jour : lundi, 16 Décembre 2013

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