ROYAUMES DE MADAGASCAR

wikipedia.jpgdada.jpgMonarques d'antan (mpanjaka)

Banniere roi copie

recueillis par Robert ANDRIANTSOA (malagasy58@gmail.com & tany_masina@yahoo.fr)

LesVahoaka Ntaolo

Dès la fin du premier millénaire jusqu'à 1600 environ, les Vazimba de l'intérieur autant que les Vezo des côtes accueillirent de nouveaux immigrants moyen-orientaux (Perses Shirazi, Arabes Omanites, Juifs arabisés) et orientaux (Indiens Gujarati, Malais, Javanais, Bugis) voire européens (Portugais) qui s'intégrèrent et s'acculturèrent à la société Vezo et Vazimba, souvent par alliance matrimoniale. Bien que minoritaires, les apports culturels, politiques et technologiques de ces nouveaux arrivants à l'ancien monde Vazimba et Vezo modifièrent substantiellement leur société et sera à l'origine des grands bouleversements du XVIe qui conduiront à l'époque féodale malgache.

À l'intérieur des terres, les luttes pour l'hégémonie des différents clans Vazimba des hauts plateaux centraux (que les autres clans Vezo des côtes appelaient les Hova) aboutirent à la naissance des ethnies et/ou royaumes Merina, Betsileo, Bezanozano, Sihanaka, Tsimihety et Bara.

Sur les côtes, l'intégration des nouveaux immigrés orientaux, moyen orientaux et africains donnèrent naissance aux ethnies et/ou royaumes Antakarana, Boina, Menabe et Vezo (Côte Ouest), Mahafaly et Antandroy (Sud), Antesaka, Antambahoaka, Antemoro, Antanala, Betsimisaraka (Côte Est).

La naissance des ces grands royaumes "néo-Vazimba"/"néo-Vezo" modifièrent essentiellement la structure politique de l'ancien monde des Ntaolo, mais la grande majorité des anciennes catégories demeurèrent intactes au sein de ces nouveaux royaumes : la langue commune, les coutumes, les traditions, le sacré, l'économie, l'art des anciens demeurèrent préservées dans leur grande majorité, avec des variations de formes selon les régions.

Composition ethnique

La population malgache est communément subdivisée en dix-huit groupes culturels ou karazabe (« grandes races »), issues des migrations africaines, arabes et asiatiques, bien que le nombre d'ethnie dépasse les deux cents. Cette répartition proviendrait surtout de l'administration coloniale française que les malgaches auraient intégré2. On distingue ainsi :
Les karazabes côtiers :

Au nord,

  • Antakarana (« Ceux du pays des roches »)
  • Betsimisaraka (« Ceux qui ne se laissent pas se séparer »), et aussi sur la façade ouest, estimée à plus de 1,6M d'individus3
  • Tsimihety (« Ceux qui ne se laissent pas se soumettre »), estimée avec environ 0,75M d'individus ;

À l’est

  • Antambahoaka (« ceux aimés du peuple », Descendants de Rabevahoaka)
  • Antaimoro (« Ceux de la côte »)
  • Antaifasy (« Ceux qui vivent avec le tabou »), estimé à environ 30 000 individus3
  • Antaisaka (« Ceux de la terre de sakalava »), estimé à 0,7M d'individus3
  • Bezanozano (« Ceux qui portent des nattes »)
  • Tanala (« Ceux des forêts »)

Au sud

À l’ouest

  • Sakalava (« Ceux de la Longue Vallée »), estimé à un peu plus de 0,55M d'individus3
  • Vezo (pêcheurs)

Les karazabes des hauts plateaux :

  • Merina (« Ceux des hautes terres »), le groupe majoritaire estimé à plus de 3M d'individus3
  • Bara (« Ceux de l'intérieur »)
  • Betsileo (« Les nombreux qui ne cèdent pas » ou invincibles), estimé à 1,3M d'individus3
  • Sihanaka (« Ceux qui errent dans les marais »)

Auxquels, on pourrait en rajouter une dix-neuvième, les Vazaha (« Étrangers blancs », 50 000), composés d'hommes d'affaires ou de coopérants, mais certains sont vazahas zanatany, c'est-à-dire « enfants de la terre ».

On peut aussi considérer les Antalaotsy, « Gens de la mer », qui se décomposent en Kajemby et en Marambitsy, comme un groupe particulier.

Minorités

  • Indiens qui se subdivisent en : - Khoja - Bhora - Ismaéliens - Banians - Gounbar (sunnites)
  • Comoriens
  • Chinois
  • Français (dont nombreux Réunionnais)

La diversité anthropologique des Malgaches est évidente. Certains types évoquent l’Indonésie, d’autres l’Afrique ; les types mixtes sont les plus fréquents, conséquence de métissages multiples, anciens ou plus récents, entre originaires d’Asie et d’Afrique, eux-mêmes nuancés par d’autres apports asiatiques et européens. Une diversité qui éclate sur un fond incontestable d’unité et qui fait toute l’originalité de la personne et de la personnalité malgaches. Le poète Jacques Rabemananjara la résume ainsi (Présence de Madagascar , 1957): «Visiteurs malais, asiatiques, africains, européens y ont déposé ensemble ou tour à tour leurs marques et leurs types. De leur brassage séculaire s’est formé un peuple intermédiaire guère facile à déterminer et pourtant typiquement reconnaissable: le Malgache contemporain.» Pour le président Tsiranana, les Malgaches étaient «les seuls véritables Afro-Asiatiques». Plus sommairement, la distinction traditionnelle entre Merina et Côtiers renvoie aux origines lointaines: Indonésie (ou plutôt Austronésie selon la formule à la mode) pour les premiers et Afrique pour les autres. Il faudra nuancer.
La langue, elle, est d’origine indonésienne (on disait naguère malayo-polynésienne). Cela confère à Madagascar un fond d’unité linguistique très réel malgré les variations dialectales et les apports de vocabulaire africain (bantou) et de termes arabes qui ont progressivement enrichi cette langue dont la transcription écrite ne sera effectuée qu’au XIXe siècle.
La technologie et les coutumes anciennes, malgré des apports africains, semblent apparentées surtout au monde austronésien: culture, vitale et célébrée, du riz qui a engendré une véritable «civilisation du riz», et usage généralisé de l’angady , bêche à long manche, au lieu de la houe africaine; maisons quadrangulaires à toit pointu et, à l’est, cases sur pilotis; fourreau de fibres pour le vêtement; sagaie (sans arc); système de parentés partiellement indifférenciées et hiérarchies sociales; culte des ancêtres (tombeaux et, sur les plateaux, cérémonie du famahadina ou retournement des morts), etc. En revanche, la toge (lamba ) paraît être d’origine africaine ainsi que - si l’on se réfère au vocabulaire - certains animaux domestiques et certaines pratiques d’élevage, en particulier celui du zébu (omby ), quasi-objet de culte dans le Sud et l’Est où le troupeau est signe de prestige plus que source de profit. D’un point de vue économique, ce système d’«élevage contemplatif» a souvent été critiqué. Les instruments de musique et les types de danse témoignent de ces apports divers et entremêlés. L’art de la divination, en particulier par des grains (sikidy ), est d’origine arabe ainsi que les divisions du temps dans un calendrier fondé sur l’astrologie.
Quels que soient les progrès effectués dans la connaissance des origines, l’étude précise de nombreux traits ethnographiques reste à faire. Sur bien des points, on s’en tient à des approximations. Mais la thèse d’une «origine africaine des Malgaches» avancée au XIXe siècle par le grand malgachisant Gabriel Ferrand est depuis longtemps abandonnée. Son contemporain et rival Alfred Grandidier imaginait au contraire le peuplement par des Indonésiens mêlés de Mélanésiens, les apports africains ne lui paraissant que très secondaires et tardifs, et dus surtout à la traite des esclaves. Des hypothèses plus ou moins voisines ont été développées par d’autres auteurs non français, tels Birkeli et R. Kent (Early Kingdoms of Madagascar ).

La cellule originelle de la société politique malgache est le foko (communauté clanique). Souvent représenté comme une petite démocratie où les problèmes sont débattus dans l’assemblée comprenant tous les hommes du clan jusqu’à obtention du consensus, le foko est en fait une structure hiérarchisée. Un conseil des anciens (chefs de famille) commande au village. Le foko est, à cette époque, d’abord et avant tout une communauté humaine unie par un même ancêtre. Les liens de famille s’établissent en ligne paternelle ou maternelle. Sur ce point, il semble bien qu’il y ait eu beaucoup de diversité, le matriarcat ayant probablement dominé dans certains clans. Le système contemporain du fokonolona , autrefois spécifique à l’Imerina mais aujourd’hui généralisé et construit à partir d’une base territoriale (le Fokontany), est l’héritier du foko originel.
À partir de la fin du XVe siècle, les foko qui ont réussi à s’imposer par leur supériorité militaire ou par leur prestige religieux contrôlent des communautés plus larges qu’on appellera, plus tard, «tribus». Et quelques-uns de ces groupes forment, dans certaines régions de l’île, des royaumes. Tout royaume malgache de l’époque est donc un groupement de clans hiérarchisés. Le roi, souvent choisi par les chefs de clans roturiers, est pris dans le clan royal, parmi les fils ou les frères du roi défunt. Les cérémonies d’intronisation lui confèrent le hasina , un droit sacré; il est «dieu visible» et son pouvoir, théoriquement absolu, est limité par les coutumes des ancêtres ainsi que par les avis des chefs de clans. On parle de lui en utilisant, parfois, un vocabulaire spécial. Le roi habite une grande case de bois (lapa ) dans une citadelle (rova ); il dispose de gardes et d’esclaves, lève et perçoit des impôts, peut exiger la corvée et s’adresse à son peuple par des discours (kabary ) qui annoncent ses intentions et confortent sa légitimité. Ses parents peuvent recevoir des fiefs. Le roi dispose aussi de «messagers» (sorte d’ambassadeurs) dotés de grands pouvoirs. Dans cette société typiquement féodale composée - sous un vocabulaire particulier - de rois, de seigneurs et de vassaux, la guerre est fréquente, occasion à la fois de sport et de pillage.
Les villages sont fortifiés et, en Imerina, toujours installés en haut des collines à des fins stratégiques évidentes. La sagaie, le javelot, le bouclier constituent les armes habituelles; à partir du XVIIIe siècle s’y ajoutent les fusils d’importation. Ce qui va modifier les rapports de force dans le jeu des affrontements traditionnels.
Dans les royaumes, les clans sont hiérarchisés. Ainsi à l’époque de Andrianampoinimerina la stratification sociale chez les Merina est bien établie: les nobles (andriana ), les roturiers libres (hova ) et les esclaves (andevo ou mainty , noirs), esclaves domestiques de naissance ou esclaves de guerre. Cette hiérarchisation comporte des catégories, voire des sous-catégories internes, bien perçues par les intéressés, qui s’accompagnent notamment d’interdits matrimoniaux. Sous des noms différents, cette hiérarchisation (abusivement qualifiée de système de castes alors qu’elle n’a pas de véritable point commun avec le système des castes de l’Inde) se retrouve avec des nuances ou des variantes dans la plupart des autres ethnies malgaches. Cela étant, la hiérarchisation sociale, très forte, n’entraînait pas nécessairement une différence très grande de condition matérielle. Il reste que l’exercice du pouvoir (fanjakana ) était, de par la coutume, l’apanage de la classe (?) noble, andriana en Imerina. Pour certains analystes contemporains, la notion de «andrianité» caractériserait un phénomène sociétal et politique (au moins en Imerina) naturellement élitiste qui serait l’aboutissement d’une tradition pluri-millénaire: un pouvoir qui serait resté d’essence essentiellement religieuse et «d’un droit à l’exercice [du pouvoir] qui tient de la qualité personnelle de l’individu plus que d’un prétendu droit du sang» (J. P. Domenichini, 1987). Une analyse qui, à défaut d’être parfaitement démontrée, a le mérite de remettre à l’ordre du jour l’histoire des stratifications sociales et politiques à Madagascar, en dehors de tout présupposé idéologique.

Immigrations néo-austronésiennes (Malais, Javanais, Bugis et Orang Laut), perses, arabes et est-africaines : naissance des clans néo-Vazimba et néo-Vezo (700-1600)

Dès le milieu du premier millénaire jusqu'à 1600 environ, les Vazimba de l'intérieur autant que les Vezo des côtes accueillirent de nouveaux immigrants moyen-orientaux (Perses Shirazi, Arabes Omanites, Juifs arabisés), africains (Bantus) et orientaux (Indiens Gujarati, Malais, Javanais, Bugis et Orang Laut) voire européens (Portugais) qui s'intégrèrent et s'acculturèrent à la société Vezo et Vazimba, souvent par alliance matrimoniale.

Bien que minoritaires, les apports culturels, politiques et technologiques de ces nouveaux arrivants à l'ancien monde Vazimba et Vezo modifièrent lentement mais substantiellement leur société et sera à l'origine des grands bouleversements du XVIe qui conduiront à l'époque féodale malgache.

Le brassage avec les pasteurs-agriculteurs Bantus est-africains du moyen-âge, par exemple, explique les nombreux superstrats bantus swahili dans la langue proto-austronésienne des Vazimbas, notamment le vocabulaire domestique et agraire (exemples : le bœuf "omby" du swahili ngumbe, l'oigon "tongolo" du swahili kitunguu, la marmite malgache "nongo" vient de nungu en swahili)

Les clans néo-austronésiens27 (Malais, Javanais, Bugis et Orang Laut), quant à eux, historiquement et globalement -sans distinction de leur île d'origine- dénommés les Hova (de uwa-"homme du peuple", "roturier" en vieux bugis), ont, selon les traditions orales28, débarqué au Nord et à l'Est de l'île. Selon l'observation des linguistes au sujet des emprunts aux vieux malais (sanscritisé), vieux javanais (sanscritisé) et vieux bugi du moyen âge dans le fonds de vocabulaire proto-austronésien (proto-SEB) originel, les premières vagues hova sont arrivées au VIIIe siècle au plus tôt29.

Diplomates, officiers, savants, commerçants ou simples soldats, certains alliés aux marins Orang Laut ou Talaut (Antalaotra en malgache), ces hova étaient probablement issus des thalassocraties indonésiennes. Leurs chefs, connus sous le nom des diana ou andriana ou raondriana (de (ra)hadyan-"seigneur" en vieux javanais, aujourd'hui raden et qu'on retrouve également encore dans le titre de noblesse andi(an) chez les Bugis), se sont, pour la plupart, alliés aux clans vazimba :

  • (1) au nord-ouest dans la région de l'actuel Ankoala (du malais/de l'indonésien kuala-"estuaire") où les hovaOrang Laut (Antalaotra en malgache) avaient probablement établi leur base pour les actions dans l'océan Indien.
  • (2) sur la côte Est (Betsimisaraka) où les chefs hova étaient également appelés Filo be.
  • (3) au sud-est où les dynaties hova Zafiraminia et Zafikazimambo notamment qui fondèrent les royaumes Antaisaka, Antaimoro, Antambahoaka, etc.
  • (4) à l'ouest : la dynastie Maroserana(na) qui fonda le royaume Sakalava est elle-même issue des Zafiraminia de la côte Est.
  • (5) au Centre où les alliances répétées des chefs (andriana) des hova (tels qu'Andrianerinerina et Andriantomara et leurs descendants) avec les chefs des clans vazimba (tels que Rafandrana et, plus tard, Rabiby et leurs descendants) durant tout le début du second millénaire fut à l'origine du Royaume Merina (fondé à Ambohidrabiby par la dynastie de Ralambo) ainsi que du royaume Betsileo.

Des Vazimba de l’Est aux Hova du Centre

Entre Vazimba et Hova quel est le rapport? C’est la question que se posent bon nombre d’historiens dans la première moitié du
XXe siècle. Traditions et textes s’accordent à établir que les Vazimba sont les premiers habitants de l’Imerina où l’ensemble de la population portera plus tard le nom ethnique de Hova.
Mais le problème se serait compliqué avec le fait « qu’il existe dans l’Ouest de Madagascar des groupes humains primitifs qui descendraient des Vazimba ou leur seraient apparentés » (Edouard Ralaimihoatra, 1948). De même Drury dans de vagues assertions et d’autres auteurs après lui considèrent les Vazimba et les Hova comme deux races distinctes. Grandidier, lui, atténue son opinion en précisant que les Hova sont issus du croisement entre Vazimba et Javanais.
Toutefois, si l’on s’appuie sur le « Tantara ny Andriana eto Madagascar » du RP Callet, la population de l’Imerina ne présente aucune discontinuité. « Le nom d’Andriamanelo n’est ni plus javanais ni moins vazimba que celui, par exemple, d’Andrianoranorana dont l’origine purement vazimba n’est l’objet d’aucune discussion » (E. Ralaimihoatra).
En fait, les partisans de la distinction ethnique entre les Vazimba et les Hova sont très impressionnés par le changement politique qui, au XVIe siècle, est « la substitution de l’ordre à l’anarchie » avec d’après eux, la disparition des Vazimba devant les Hova. Rusillon et Julien notamment, rapprochent les Vazimba malgaches aux Vazimba africains (Zanzibar) et attribuent aux Hova une origine orientale. Or plus tard, on s’accorde à affirmer que de tout temps, le canal de Mozambique est une barrière maritime entre l’Afrique et Madagascar et l’histoire abonde dans le sens des premières installations vazimba sur la côte Est.
Le RP Malzac dans son ouvrage sur le Royaume hova, et Guillain établissent que si les Hova sont les premiers immigrants malais arrivés dans l’île, les Vazimba en sont les aborigènes. « L’époque vazimba est celle où un grand nombre de roitelets se partageaient l’Imerina; l’époque hova correspond aux premières tentatives de regroupement politique ». C’est dire que les deux termes n’auraient pas un sens ethnique mais historique.
Cependant, Malzac n’explique pas par quel processus de langage ou autre, le terme hova se substitue à celui de vazimba, « nom originel de la population primitive de l’Imerina». D’après E. Ralaimihoatra, cette population est « radicalement la même » comme l’atteste la généalogie des souverains et parce que les envahisseurs de ce pays vers le Xe siècle « étaient des Vazimba stationnés sur la côte Est depuis plusieurs siècles ». Ce qui n’exclut pas l’apport de sang nouveau à différentes époques et ainsi l’acquisition de nouveaux caractères anthropologiques.
Pour sa part, l’explorateur hollandais Van der Steel (« Relations de Java », 1645) signale la dispersion passée dans l’océan Indien d’une race javanaise nommée Vazimba. « Ce qui est plus conforme aux idées générales sur l’origine malayo-polynésienne des Malgaches, en particulier des Hova ».
E. Ralaimihoatra explique le changement d’appellation de Vazimba à Hova par la situation géographique de l’Imerina, au cœur du pays: « Ankobatany » ou « Ankovatany ». Il fait un rapprochement entre le sens géographique « ankova » et le sens ethnographique « hova ». « Au surplus, cet exemple de changement de sens n’est pas unique à Madagascar où dans plusieurs cas, l’habitant tire son nom ethnique de l’emplacement ou des caractères géographiques du pays qu’il occupe: Sakalava, Tanala, Antemoro, Tanosy…»
L’histoire fournit du reste le processus de ce changement de nom. Pour Callet, les Vazimba sont d’abord une race côtière, principalement dans les environs de la baie d’Antongil. Lorsque leurs voisins, inquiets de leur accroissement et de leur évolution, entrent en lutte avec eux, ils sont malmenés et pourchassés. Ils prennent alors le parti d’émigrer, certains en franchissant le seuil de l’Androna par Mandritsara pour gagner la région occidentale où ils ne sont pas plus heureux avec les Sakalava.
Mais la plus grande masse des Vazimba se réfugie dans le centre montagneux, « région alors inhabitée, inexplorée ». Cette infiltration se placerait selon Malzac du Xe au XIIe siècle. C’est au cours de cette aventure que les Vazimba perdent leur cohésion et oublient peu à peu leur nom ethnique.

La Royauté

     La royauté est un régime politique dans lequel le chef d'un État porte le titre de roi. En France, depuis le XVIIe siècle, elle est de plus en plus souvent désignée par le terme impropre de monarchie qui désigne les régimes politiques dans lesquels une seule personne exerce tous les pouvoirs....

Échelles de la royauté

     La royauté est un régime qui ne se rencontre pas seulement à la tête d'un État avec un roi, mais aussi de groupes plus petits avec des chefs coutumiers ou roitelets à la tête de tribus ou de clans chez beaucoup de peuples primitifs ou antiques, par exemple les royautés malgaches.

Modes de désignation des rois

      Le système électif a laissé la place à Madagascar, à des règles de succession qui ont d'abord admis le partage de la royauté entre plusieurs héritiers, puis la désignation du successeur par le roi parmi ses fils, puis la dévolution légale au seul fils aîné. 

Autres modes de désignation du roi :

  • Dynastie : le fils ou fille aîné(e) devient roi ou reine lors du décès ou au renoncement au trône de celui-ci. En cas d'absence de descendance directe, la royauté échoit à l'héritier le plus proche selon des règles diverses et souvent sources de contestations.
  • Désignation : le roi en exercice désigne ou fait désigner son successeur. 

      Un roi ou une reine demeure en fonction jusqu'à sa mort, sa déposition ou son abdication.

     Quel que soit le mode d'accession au trône, la royauté tire son autorité dans une certaine forme de continuité. Il n'y a pas d'idée de rupture, la légitimité venant de la sacralité de la fonction et la continuité étant le signe de la permanence du lien. La fonction comme telle est immortelle, puisque sacrale, le roi d'une certaine manière se retrouve dans ses descendants, ou ses successeurs.

L’Origine des Malgaches

     Les Historiens et les ethnographes se perdent en conjectures sur l’origine des malgaches.

     L’ensemble des données ethnographiques et  linguistiques que l’histoire amènent à croire que les primitifs malgaches, des prontomalgaches d’origine Indonésienne, ont débarqué sur les côtes Ouest et Nord-Ouest, d’où ils sont partis pour gagner l’intérieur de l’île.

     Depuis le XVIIIe siècle, l’origine des Malgaches, alors appelés Madécasse, est déjà l’objet de nombreuses études. Il est pourtant difficile pour les auteurs anciens, en général de simples voyageurs ou traitants, dont l’accès du Centre s’avère souvent impossible, de connaître tous les groupes ethniques.

     Pour la plupart en tout cas, la population malgache est constituée d’autochtones d’origine noire et d’immigrés issus de blancs. Certains connaissent que les Sakalava (Ouest), les Betsimisaraka (Est), les Zafiraminia (Sud) et les Hova (centre).

     Suivant des témoignages de son époque (première moitié du XVIIIe siècle), la grande île est habitée de trois peuples, les Hova au Nord, les Zafiraminia au Sud et les Sakalava à l’Ouest. Le plus ancien est constitué par ces derniers d’origine noire, puis ceux du Sud et du Nord d’origine phénicienne.

     Les Hova, se prétendent en effet issus de blancs qui ont été jetés par le naufrage d’un grand vaisseau sur la côte de l’Ouest vers le milieu de l’île. Pourtant, les traditions répandues fixent généralement le lieu d’accostage des Merina sur la côte Est, mais Dupré confirme son assertion. « La tradition fait descendre les Merina des naufragés jetés sur la côte Ouest. Poursuivis et traqués par les indigènes, ils se seraient réfugiés dans l’intérieur de l’île. »

     C’est cette poursuite incessante et cette errance qui expliqueraient que «ce peuple, le plus spirituel de tout Madagascar, continuellement inquiété par les naturels  et sans cesse occupé de sa défense, n’ait ni la faculté ni le loisir d’instruire ses enfants dans les arts et l’écriture de sa patrie d’origine qui se sont perdus au fil des ans. Ce peuple est, en effet, vu d’un mauvais œil par les autres Madécasses qui l’appellent la race étrangères ».

     A cette époque très lointaine, des guerres se seraient produites entre les peuples du Nord et ceux du Sud et qu’elles sont la cause de la haine implacable qui subsiste encore entre les uns et les autres. Il est probable que les Zafiraminia du Sud ont alors habité au Nord-ouest, vers Bombetoka fréquenté par les Arabes, dans les premiers temps, les arabes se seraient mariés avec les filles de ces contrées.

Monarque : Une personne qui détient l'autorité suprême dans une monarchie. 

     En malgache, Andriana veut d'abord dire « chef » puis « noble » ou même « prince ». Ce terme désigne toutes les familles nobles de l'ensemble des premiers royaumes de l'île de Madagascar et particulièrement le royaume Merina qui deviendra le Royaume de Madagascar.

Historique

     La noblesse à l'origine du Royaume de Madagascar est née à Madagascar aux alentours du XIIe siècle après l'arrivée de navigateurs originaires de l'archipel indonésien. Les Andriana sont donc essentiellement d'origine indo-malaisienne (du moins pour l'ethnie Merina). On pense que cette première « noblesse » se composait de l’ensemble des familles des chefs de ces navigateurs. Chacune de ces familles bénéficiait de terres, de privilèges et de titres de noblesse en rétribution du soutien qu'elles donnaient au roi et selon leur degré de noblesse. Progressivement, ces familles prirent de l’importance et concentrèrent autour d’elles de nouvelles familles nobles moins importantes et les villages dirigés par une même famille finirent par former des sorte de fiefs.

Caractéristiques des noms nobles

     Les noms nobles à Madagascar, contrairement à ceux de la France et de nombreux pays européens, ne sont pas précédés d’une particule nobiliaire pour signaler l’appartenance à la noblesse. Néanmoins, des signes distinctifs permettaient d’identifier les nobles.

  • En général les noms nobles commencent par la particule Andrian-. Pourtant, le nom malgache étant propre à chaque individu, il est difficile d'affirmer qu'une personne portant ce préfixe est noble si l'on ne connaît pas sa parenté.
  • Ensuite, la formule de politesse pour s'adresser à un noble est différente de celle que l'on adresse aux personnes du commun. Le prédicats nobiliaires Ny Andriana ou Printsy indiquent parfois la noblesse d'un individu.

     Toutefois, ces caractéristiques ne sont pas présentes chez l’ensemble de la noblesse polonaise et ne constituent pas une généralité.

Jusqu’au XIXe siècle, la chronologie malagasy est très imprécise.

Du IXe au XIVe siècle environ, pénétration arabe. La population malagasy est très divisée, en clans et tribus.

Du XVe au XVIIe siècle : de multiples royaumes

     L’histoire des différents groupes ethniques malgaches installés dans l’île reste mal connue dans ses détails. On estime que ces groupes, sédentarisés, ont, à la suite de nombreuses migrations intérieures, occupé définitivement leur «territoire géographique» actuel dès la fin du XVe siècle. À cette date, la carte géopolitique de Madagascar serait pour l’essentiel établie. Ces groupes ethniques, improprement mais couramment appelés «tribus», forment des sociétés politiques qui sont tantôt une juxtaposition de clans souvent rivaux, tantôt des royaumes parfois unis mais souvent divisés. Cette diversité contribue, par les luttes et résistances, à forger ce fond d’unité qui apparaîtra à la fin du XVIIIe siècle.

     Une période marquée par l’émergence de petits royaumes, pour le contrôle des terres fertiles, des cours d'eau et des voies de communications de royaumes.
   - A l'Est, le royaume Antemoro (du XIIIe au XIXe siècle), créé selon la légende par le sultan Ramakarano venu de La Mecque, est connu pour son organisation sociale, le contrôle du commerce, les écritures, la médecine et la diplomatie. Plus au nord, au XVIIIe siècle, les royaumes betsimisaraka s'étendent de la baie d'Antogil jusqu'à Mananjary.
   - A l'Ouest, à partir du XVe siècle, les royaumes sakalava s'étendent sur presque toute la côte, du sud de Toliara jusqu'à Mahajunga.
Un des souverains, Andriandahifotsy, s’assure une suprématie politique par des alliances avec les chefferies et royaumes locaux,et se dote d'une armée moderne dont les raids plus lointains vont jusque sur la côte Est où règnent les Betsimisaraka.
   - Au sud, naissent les royaumes mahafaly (XVIe siècle), zafimanara et le royaume de Masikoro, qui, au XVIIe siècle, va étendre son influence jusqu'au nord de Toliara.
   - Au centre, les royaumes betsileo ont été fondés au début du XVIIe siècle. Leurs rois les plus connus - Andriampianarana et son successeur  Andrianonindranarivo - mettent en place une solide organisation sociale et une armée bien équipée qui permettent une large extension territoriale. Mais aux XVIIe et XVIIIe siècles, le royaume betsileo est à nouveau divisé et reconnaît la tutelle de l'Imerina.

L’Origine de la Royauté Merina

       Les Merina habitent les Hautes Terres Malgaches .Les Merina ont été un des premiers groupe social malgache à s'organiser en Clans , en Royaume puis en Etat.

     L ‘ organisation sociale de ces Peuplades des Hauts Plateaux de Madagascar  est marquée par une hiérarchisation perceptible encore de nos jours.

     La société Merina est constituée de quatre groupes sociaux :

  • les Andriana,
  • les Hovas,
  • les Mainty
  • et les Hovavao.

~ Les Andriana sont soit les descendants des anciens seigneurs, princes ou souverains de l ‘Imerina, soit la descendance des guerriers " anoblis " par le souverain.

~ Les Hovas sont issus des familles qui ont accompagné les Andriana à leur arrivée sur les hauts plateaux. .

~ Les Mainty sont les descendants des Vazimba ou premiers habitants des hauts plateaux.

~ Enfin les Hovavao forment un groupe plus disparate : Ils regroupent les descendants d'esclaves qui pouvaient être des Andriana, Hovas ou Mainty réduits en esclavage pour dettes ou faute, des prisonniers de guerre des autres régions de Madagascar, voire des descendants d'africains emmenés de force à Madagascar.

L ‘ Origine de la Hiérarchie des Groupes :

     Les plus proches ancêtres des Andriana et des Hovas seraient arrivés au-delà des mers. Ils auraient quitté l'archipel Indonésien au moment où ces îles ont été islamisées. Traversant le grand Océan Indien, ils ont atteint la Côte Est de Madagascar. Pourchassés par les habitants des côtes parce que considérés comme des intrus, ils se sont enfuis vers l'intérieur des terres

     Par petits groupes ayant à leur tête un Andriana ou chef entouré de sa famille et de ses fidèles. Cela se serait passé vers les années 1350.

     Arrivés sur les hauts plateaux, les Andriana se seraient alliés avec les chefs de famille Vazimba en prenant pour épouse leurs filles. Il est à noter que les Vazimbas étaient aussi de lointaine origine indonésienne mais arrivés à Madagascar quelques siècles plus tôt en passant par la côte africaine où ils s étaient métissés avec les autochtones africains.

     Les Andriana sont donc issus d'une part des chefs indonésiens arrivés par l'Est et des Vazimbas ou premiers habitants de l'île. Peu à peu, plusieurs petites fiefs se sont constituées sur les hauts plateaux avec à leur tête un Andriana ou seigneur, entourés de fidèles Hova et Mainty.

Les Premiers Royaumes :

     Vers 1500, deux femmes Andriana : Rafohy et sa fille Rangita ont réussi à constituer un petit royaume autour d' Imerimanjaka. Conscientes qu'il fallait s'organiser pour assurer la survie de leur royaume, elles ont édicté les premières règles de succession pour ne pas que leur descendance se dispute le pouvoir. Elles désignèrent ainsi leur fils aîné Andriamanelo pour leur succéder en indiquant que ce serait son jeune frère Andriamananitany qui ensuite lui succéderait à son tour.

     Cependant contre toute attente, Andriamanelo ayant déjà un fils nommé Ralambo, il fit assassiner Andriamananitany pour qu'il n' y ait plus qu'un seul chef.

     Andriamanelo régnât à Alasora. Son fils Ralambo régnât à Ambohitrabiby. A son tour Ralambo décidât d'organiser sa succession. C'est à lui que l'on doit la constitution du premier ordre de préséance chez les Andriana et la fondation du royaume de l' Imerina.

     Il désignât d'abord son propre successeur, Andrianjaka, nouveau roi du royaume de l'Imerina. Il instituât ensuite les rangs entre les membres de sa famille. Il plaçât en premier son fils aîné Andriantompokoindrindra, seigneur d'Ambohimalaza. Le deuxième fut Andrianamboninolona, seigneur d' Ambohitromby, son cousin germain et beau-père, fils d'Andriamananitany. En troisième arrive Andriandranando d'Ambohibe, époux d'une fille de Rangita et fidèle chef de guerre qui a aidé Ralambo à agrandir le royaume. Enfin il plaçât en dernier tous ses autres fils.

L'ordre Andriana est ainsi constitué comme suit. Nous avons :

1-Andriantompokoindrindra et ses descendants dits Zanatompo

2-Andrianamboninolona et ses descendants dits Zanakambony

3-Andriandranando et ses descendants dits Zafindranando

4-Les autres enfants de Ralambo ou ZanadRalambo.

     Au-dessus d'eux, il y eut donc Andrianjaka le souverain ou Mpanjaka. C'’ était cela la famille de Ralambo .

   Mais il existait encore d'autres familles Andriana dans la région de Tananarive qui peu à peu ont fait leur soumission à Andrianjaka et les souverains suivants. Andrianjaka décidât lui aussi de se désigner un successeur.

   Pour ne pas affaiblir son royaume qui grandissait de jour en jour, il prit soin d'intégrer ses propres enfants non régnants dans le groupe des ZanadRalambo lequel s'appela désormais Zanadralambo-amin-Andrianjaka.

      De même les Andriana des autres villages ont été intégrés dans ce groupe au fur et à mesure de leur soumission.

     Nous sommes dans les années 1600 ; trois générations plus tard vers 1675 alors que le royaume de l‘ Iimerina s' était considérablement agrandi, le nouveau roi appelé Andriamasinavalona modifia l'ordre de préséance des Andriana.

Le Nouvel Ordre :

     Les Andriana étant devenus forts , plus nombreux ; aussi ils voulurent que leur propre descendance soit privilégiée. Ils créèrent ainsi deux nouveaux rangs :

  • Les Zazamarolahy ou descendance de quatre de ses fils qui ont régné après lui.
  • Les Andriamasinavalona quant à eux regroupent la descendance de ses quatre fils qui n'ont pas régné ainsi que les enfants de ses frères et sœurs .

Ainsi nous avons le nouvel ordre de préséance suivant :

1-Les Zazamarolahy

2-Les Andriamasinavalona

3-Les Andriantompokoindrindra

4-Les Andrianamboninolona

5-Les Andriandranando

6-Les Zanadralamboaminandrianjaka

     Progressivement les quatre derniers groupes Andriana, devenus lointains parents du roi ont été regroupés sous le vocable de Havanandriana. Pour régner, les rois ont décidé de compter sur le soutien des Hovas, Mainty et Andevo et non plus de leur famille Andriana qui, avide de pouvoir ne cessait de se quereller entre eux comme des seigneurs de la guerre. La faiblesse d' Andriamasinavalona qui partageât son royaume entre ses enfants nuisit à la progression de l ‘ Imerina.

       Pendant près de 100 ans, ce ne fut que des luttes fratricides entre Andriana qui devinrent réellement divisés.

La Nouvelle Organisation :

     Trois générations plus tard, Andrianampoinimerina, seigneur du royaume d' Ambohimanga, prince ambitieux se fixât comme objectif de reformer, reconquérir le grand royaume de l' Imerina qui s'était morcelé entre des centaines de fiefs. Grâce à l'appui des Hovas et des Mainty, il réussit à reconstituer le royaume. Il fit exiler, assigner à résidence ou mettre à mort les parents Andriana qui lui résistaient.

     Andrianampoinimerina s'associât à des familles régnantes d'autres régions des hauts plateaux Il récompensât ses meilleurs soldats en les " anoblissant " etc. Très autoritaire mais grand stratège, Andrianampoinimerina réussit à réunifier le royaume de l' Imerina que lui avait légué ses ancêtres Rafohy, Andriamanelo, Ralambo, Andrianjaka, Andriamasinavalona.

C'est Andrianampoinimerina qui fixât donc le dernier ordre Andriana de l' Imerina comme suit jusqu'à la colonisation française:

1- Les Zanakandriana ou andriana ayant droit de régner(famille de Ranavalona)

2- Les Zazamarolahy auquel il intégrât les descendants des princes de l' Imamo, région voisine de l' Imerina.

3- Les Andriamasinavalona auquels s'ajoutent les princes du Vonizongo,

Royaume ayant fait sa soumission à Andrianampoinimerina.

4- Les Andriantompokoindrindra regroupés sur Ambohimalaza

5- Les Andrianamboninolona à Ambohitromby

6- Les Andriandranando à Ambohibe

7- Les Zanadralamboaminandrianjaka

8- Les Ambodifahitra, descendant d'un guerrier célèbre de Andrianampoinimerina

9- Les Ambohimanambola, gardiens des idoles amulettes d'Andrianampoinimerina.

     Voilà tout au long de ses lignes un petit aperçu de l'histoire des Andriana. Elle semble compliquée mais elle est fort simple. La plupart des Andriana sont descendants de Rafohy et Rangita.

     Ils ont une ascendance indonésienne mais aussi africaine. A chaque nouveau règne, certains rois voulurent privilégier leur descendance (Ralambo, Andriamasinavalona, Andrianampoinimerina).

     Les Reines et les Rois du 19ème siècle sont les héritiers de cette longue lignée. Ils ont les mêmes grands ancêtres que le plus humble des Andriana. A force de se quereller, de se jalouser, ils ont perdu de leur autorité, ce qui a profité au groupe social des Hovas. Il n'y a jamais eu d' Andriana ambony ou ambany.

   Par exemple, il existait sous le règne d' Andrianampoinimerina des Andriamasinavalona très pauvres, miséreux alors que des Zanadralamboaminandrianjaka pouvaient être riches. Ne dit on pas que l' oncle de Ranavalona III n'était qu'un simple boucher avant l'accession au trône de sa nièce.

     Par contre cela est vrai qu'au fur du temps les Andriantompokoindrindra, les Andrianamboninolona, les Andriandranando ont été écartés du pouvoir royal. Isolés, ils ont toujours voulu maintenir leur statut de Havanandriana ou parents des rois. Aujourd'hui ce sont les plus actifs dans les associations d'Andriana.

      Il est vrai qu'en regardant de près la société malgache, parler d' Andriana, c'est un peu remuer le passé, les clivages sociaux. Mais somme toute, aujourd'hui, dans notre société, ce qui compte vraiment, c'est ce que vous faîtes et non qui vous êtes.

Fin XVIIIe et début du XIXe siècle : l'unification par la monarchie merina

    Les Merina, autre peuple venu d'Orient, s'installent sur les hautes terres à partir du XVe siècle.
Après la reine Rangita, fondatrice de la dynastie de l'Imerina (‘’les Hautes Terres sous le soleil’’), ses successeurs, Andriamanelo, Ralambo et Andrianjaka, structurent le royaume, le dote d'une organisation sociale en quatre classes : les nobles (Andriana), les citoyens libres (Hova), les serfs (Mainty) et les esclaves (Andevo). Au début du XVIIe siècle, le roi Andriamasinavalona poursuit l'extension du royaume vers l'ouest et vers l'est, mais il partage le royaume entre ses quatre fils qui vont aussitôt s'affronter.
A la fin du XVIIIe siècle, le roi Andrianampoinimerina (1786 -1810) réunifie l'Imerina par la diplomatie, les alliances et les opérations militaires. Il installe la capitale à Antananarivo.
Il organise durablement l'Etat (adminitration territoriale, justice, impôts…). Il installe des garnisons sur tous les confins du royaume, sans l’étendre autant qu’il le voulait ("la mer est la limite de ma rizière")...
Radama 1er (1810-1828) poursuit l'oeuvre de son père. Avec l’aide de l'Angleterre, qui le reconnaît roi de Madagascar et lui apporte une coopération militaire, culturelle et religieuse (la contrepartie : la fin de l’esclavage), entre 1822 et 1827, il soumet les Betsileo, les Le Roi Andrianampoinimerina
Le roi imerina sans doute le plus célèbre de la dynastie, reconnu pour sa fermeté et également pour son sens du dialogue et de la justice ("Je construis des digues, c'est pour que vous ayez de l'eau de riz, vous mes sujets. Je donnerai de l'eau de riz aux grands et j'en donnerai aussi aux petits, car je veux que chacun fasse entrer l'eau chez lui, qu'il soit petit ou qu'il soit grand".

Des rois guerriers

    L’organisation monarchique n’a pas été répandue de façon uniforme, et il est certain que le morcellement géographique et les variations du relief (vastes plaines et semi-déserts, falaises et vallées, collines) ont eu leur influence sur la formation des systèmes politiques de ces communautés. Certains peuples, comme les Tsimihety, n’ont pas connu d’organisation monarchique. Chez d’autres, en particulier dans le sud de l’île, on observe plutôt une mosaïque de chefferies et de petites principautés, les mpanjaka (souverains) ne parvenant pas à unifier des régions très compartimentées.
    Les royaumes Antanosy du Sud-Est ont sans doute donné naissance aux dynasties des peuples Bara, Antandroy, Mahafaly et Sakalava. Si la royauté a disparu chez les Antandroy, chez les Sakalava, au contraire, le petit royaume né au début du XVIIe siècle près de la basse vallée du fleuve Mangoky s’est étendu, sous le roi Andriandahifotsy, aux plaines de l’ouest (Menabe), puis au nord-ouest (Boina). À leur apogée (XVIIIe s.), les deux royaumes sakalava du Menabe et du Boina contrôlent un tiers de la Grande Île. Le port de Majunga (Mahajanga), fondé en 1745 et peuplé de commerçants antalaotra, assurait les relations avec l’extérieur. Les Sakalava razziaient les populations du plateau. Un de leurs chefs fonda, sur la côte sud-est, le royaume Antaisaka inséré entre des royaumes d’origine islamique.
    De l’un de ceux-ci, le royaume Antemoro, étaient partis des nobles, les Zafy-Rambo, qui avaient fondé des royaumes dans la forêt du pays des Tanala, puis, franchissant la falaise orientale, avaient instauré les premières principautés en pays Betsileo. Il en résultera au XVIe siècle quatre petits royaumes, mais qui seront minés par les guerres intestines.
    Sur la côte orientale, les Zana-Malata (mulâtres), descendants des pirates, fondèrent au début du XVIIIe siècle, sous l’impulsion de l’un d’entre eux, Ratsimilaho, la confédération des Betsimisaraka («les nombreux inséparables»). Le royaume par la suite se fractionna. Des raids de pillage associant Betsimisaraka et Sakalava partaient régulièrement, sur de simples pirogues, vers les îles Comores et la côte orientale d’Afrique. D’autres groupes, quittant la plaine, pénétrèrent sur la partie nord du plateau pour donner naissance au peuple libre des Tsimihety («ceux qui ne se coupent pas les cheveux»).
    Au centre des Hautes Terres, autour de la vallée marécageuse de la rivière Ikopa, les Merina ont établi leurs villages fortifiés après avoir chassé ou soumis les Vazimba. Cette ethnie, issue probablement des plus récentes vagues d’immigration austronésienne, s’était donné dès le XVIe siècle, avec Ralambo (1575-1610), un début d’organisation politique structurée. L’organisation se renforce avec les successeurs de Ralambo; l’un deux, Andrianjaka, fondera Analamanga qui deviendra, ultérieurement, la capitale Tananarive (Antananarivo, «la ville des mille»).
    Au XVIIe siècle, le pays – qui a pris le nom d’Imerina («pays qu’on voit de loin sous le jour») et ses habitants celui de Merina – se développe sur tous les plans, économique, démographique et politique. La maîtrise de l’hydraulique agricole (drainage) et la discipline collective permettent de transformer en rizières irriguées la plaine autrefois marécageuse de la Betsimitatatra (environs de Tananarive). Avec deux récoltes de riz par an, les paysans peuvent dégager un surplus qui induit le développement artisanal, puis urbain. C’est une véritable révolution économique qui est en cours dans cette société de type féodal.
    Mais au XVIIIe siècle le pays, en pleine croissance, est sérieusement affaibli par les divisions entre clans issus de l’ancêtre Ralambo et par les partages successoraux. Il est alors divisé en «quatre royaumes combattants» que des voisins belliqueux cherchent à razzier. Repliés chacun sur leur(s) colline(s), les seigneurs rivaux s’affrontent avec les moyens de l’époque et sur un espace territorial somme toute réduit. C’est là pourtant que se joue le destin politique de Madagascar.
    À la fin du siècle, le roi Andrianampoinimerina («le seigneur au coeur de l’Imerina») rétablit l’unité politique merina: après de longues guerres, il réussit, lui qui avait usurpé l’un des royaumes, à s’emparer des trois autres. Il transfère sa capitale d’Ambohimanga, restée colline sacrée, à Antananarivo située sur une colline distante de trente kilomètres. Le règne d’Andrianampoinimerina (1787-1810) ouvre l’ère moderne de Madagascar. Par son autorité, son intelligence et un incontestable génie d’organisation, ce nouveau souverain malgache, qui a seul droit au hasina (caractère sacré reconnu par l’offrande symbolique d’une piastre dans les grandes circonstances), crée une cohésion sans faille en utilisant habilement les institutions traditionnelles (le discours ou kabary, l’assemblée de village ou fokonolona) pour asseoir et renforcer son pouvoir. Il poursuit une politique de développement économique, stimulant les vertus du travail et des corvées collectives, encourageant les grands travaux agricoles et les marchés (tsena). Il fait habilement accepter sa suzeraineté en tissant un réseau d’alliances matrimoniales avec les princesses d’autres royaumes; stratégie qui lui permet d’étendre ses possessions vers les voisins de l’est et les royaumes du Betsileo, et d’entretenir de bonnes relations avec les royaumes côtiers. La formule célèbre et peut-être apocryphe qu’on lui prête – «la mer est la limite de ma rizière» – suggère tout un programme de conquête en vue de l’unification politique de l’île.
    Si Andrianampoinimerina n’est pas à l’origine d’un véritable sentiment national malgache comme on l’a écrit parfois abusivement, son règne n’en constitue pas moins une période charnière dans l’histoire de Madagascar. Très méfiant à l’égard des étrangers au point d’interdire l’accès de sa capitale aux marchands, il toléra le commerce européen pour se procurer des armes à feu en échange d’esclaves. Un type de commerce (poudre, fusils et alcool de traite) qui, tout au long de cette période des multiples royaumes, a souvent été un élément déterminant dans la conquête du pouvoir. Mais, surtout, le règne d’Andrianampoinimerina apparaît comme la première tentative sérieuse, et en partie réussie, d’institutionnalisation du pouvoir à l’échelle d’une société politique complexe, mais qui prend l’allure d’une nation.

     Déjà au XVII ème siècle ils sont nombreux et indépendants.

     Au sud-est se trouvent les ethnies aux origines arabo-islamiques (Antambahoaka, Antaimoro, Antonosy et Antaisaka).

     Sur les vastes territoires du sud vivent les populations pastorales (les Bara, Mahafaly, Antandroy et Masikoro).

     A l’ouest s’étendent les immenses royaumes Sakalava du Menabe et du Boina, plus récent.

     Sur la côte orientale, les Betsimisaraka font autorité, alors que ce sont les royaumes Betsileo et surtout Merina sur les Hautes Terres.

     La traite esclavagiste favorise une expansion territoriale et profitent à ceux qui disposent d’armes à feu. Ainsi, l’hégémonie Sakalava s’explique par le contrôle des principaux postes de traite de la côte ouest avec l’appui des commerçants arabisés.

     Le royaume Sakalava s’affaiblira à la fin du XIX ème siècle en raison de querelles de succession et d’un handicap lié à l’immensité des territoires occupés par une population dispersée et nomade.

(Extraits de l’ouvrage « Madagascar, le guide de la découverte et de l’aventure » par Vincent Verra)

Les royaumes malgaches

    Du XVe au XVIIe siècle: de multiples royaumes

    Une période marquée par l’émergence de petits royaumes, pour le contrôle des terres fertiles, des cours d'eau et des voies de communications de royaumes.

     Au Centre, Les Merina, autre peuple venu d'Orient, s'installent sur les hautes terres à partir du XVe siècle. Après la reine Rangita, fondatrice de la dynastie de l'Imerina (‘’les Hautes Terres sous le soleil’’), ses successeurs, Andriamanelo, Ralambo et Andrianjaka, structurent le royaume, le dote d'une organisation sociale en quatre classes : les nobles (Andriana), les citoyens libres (Hova), les serfs (Mainty) et les esclaves (Andevo). Au début du XVIIe siècle, le roi Andriamasinavalona poursuit l'extension du royaume vers l'ouest et vers l'est, mais il partage le royaume entre ses quatre fils qui vont aussitôt s'affronter.

     Au centre, les royaumes betsileo ont été fondés au début du XVIIe siècle. Leurs rois les plus connus - Andriampianarana et son successeur Andrianonindranarivo - mettent en place une solide organisation sociale et une armée bien équipée qui permettent une large extension territoriale. Mais aux XVIIe et XVIIIe siècles, le royaume betsileo est à nouveau divisé et reconnaît la tutelle de l'Imerina.

    A l'Est, le royaume Antemoro (du XIIIe au XIXe siècle), créé selon la légende par le sultan Ramakarano venu de La Mecque, est connu pour son organisation sociale, le contrôle du commerce, les écritures, la médecine et la diplomatie. Plus au nord, au XVIIIe siècle, les royaumes betsimisaraka s'étendent de la baie d'Antogil jusqu'à Mananjary.

    A l'Ouest, à partir du XVe siècle, les royaumes sakalava s'étendent sur presque toute la côte, du sud de Toliara jusqu'à Mahajunga. Un des souverains, Andriandahifotsy, s’assure une suprématie politique par des alliances avec les chefferies et royaumes locaux,et se dote d'une armée moderne dont les raids plus lointains vont jusque sur la côte Est où règnent les Betsimisaraka.

    Au sud, naissent les royaumes mahafaly (XVIe siècle), zafimanara et le royaume de Masikoro, qui, au XVIIe siècle, va étendre son influence jusqu'au nord de Toliara.

Rois et reines

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