Royaume Antambahoaka

                                                aimé du peuple

recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com & tany_masina@yahoo.fr)

Les premiers royaumes

Déjà au XVII ème siècle ils sont nombreux et indépendants.

Au sud-est se trouvent les ethnies aux origines arabo-islamiques (Antambahoaka, Antaimoro, Antonosy et Antaisaka).

Sur les vastes territoires du sud vivent les populations pastorales (les Bara, Mahafaly, Antandroy et Masikoro).

A l’ouest s’étendent les immenses royaumes Sakalava du Menabe et du Boina, plus récent.

Sur la côte orientale, les Betsimisaraka font autorité, alors que ce sont les royaumes Betsileo et surtout Merina sur les Hautes Terres.

La traite esclavagiste favorise une expansion territoriale et profitent à ceux qui disposent d’armes à feu. Ainsi, l’hégémonie Sakalava s’explique par le contrôle des principaux postes de traite de la côte ouest avec l’appui des commerçants arabisés.

Le royaume Sakalava s’affaiblira à la fin du XIX ème siècle en raison de querelles de succession et d’un handicap lié à l’immensité des territoires occupés par une population dispersée et nomade.

Les Antambahoaka vivent autour de la ville de Mananjary.

Arrivé sur l'île entre le XI ème et XII ème siècle leurs ancêtres ayant traversé les mers en provenance de l'Indonésie, sans doute après un passage par l'Arabie ( La Mecque ) pour rejoindre la Grande Île.

Le royaume Antambahoaka aurait été fondé au XIVe siècle par Ravalarivo, souverain vénéré dans la contrée de Masindrano(Mananjary), où il était installé.
On l'avait surnommé Ratiambahoaka, "aimé du peuple", d'où le nom donné à ses descendants.

Les Antambahoaka ont gardé dans leur vocabulaire quelques mots islamisés.

De rares lettrés savent encore écrire leur langue en caractères arabes ( sorabe ).

"Ceux de la Communauté"

Un des fameux scribes Antambahoaka, le katibo Ravalarivo, par le sorabe relatait les origines des ZafiRaminia, évoquant les deux frères Rahatsy et Rakovatsy.

On incombe à Rakoub ou Rakovatsy ou Rabevahoaka, fuyant  son frère Rahatsy vers Analaminofy puis Mananjary, l'origine de la tribu des Atambahoaka.

Le Sambatra (fête rituelle) antambahoaka a lieu tous les 7 ans, de taon-joma (l’année de Vendredi). Il rappelle le voyage des ancêtres de Medina jusqu’à l’est du fleuve Mananjary. La circoncision proprement dite se fera uniquement au déclin du Vendredi, c'est-à-dire aux premières heures du Samedi : c’est le Sabbat (Sambatra). Le fihavanana (solidarité familiale et du clan) est de rigueur.

LES ZAFIRAMINIA

Héritiers d’anciennes dynasties régnantes, divers groupes dirigeants de la société traditionnelle malgache déclarent descendre de Raminia, se définissant ainsi comme ZafiRaminia. Les descendants de Raminia sont nombreux, surtout sur la côte est et dans les hautes terres centrales.

Cependant, laissant de côté les Anteony – pour en traiter avec l’ensemble de la société antemoro –, les travaux portant sur les ZafiRaminia retiennent les roandrian de l’Anosy dans l’extrême sud, les Antambahoaka de la région de Mananjary dans le Sud-Est et la branche des ZafiRambo dans le pays tanala – qui s’étendait jusque dans le Sud-Est de l’Imerina de l’histoire contemporaine.
Leur importance dans l’histoire malgache tient, d’une part, au rôle majeur qu’ils auraient joué dans le passage “des clans aux royaumes” ; et d’autre part, aux discussions portant sur leur arabité ou non, sur leur confession ou non de la foi islamique. Mais faute de consensus, le débat est resté ouvert.
Quel homme fut donc Raminia ? A défaut de témoignages contemporains, on peut essayer d’y voir plus clair à partir de ce qu’en disent ses descendants, et en s’appuyant sur la connaissance que l’on peut avoir de ceux-ci, y compris par l’ethnographie.
Les premiers témoignages historiques présentant les ZafiRaminia nous viennent des Portugais. Dès ce premier contact, qui s’est situé en 1613, les ZafiRaminia étonnèrent leurs visiteurs. Ainsi, le journal de bord du “Nossa Senhora de Esperança”, qui fit relâche dans la baie de Sainte Luce, fait état de l’“humiliation” ressentie par les Portugais, quand le roi Andriantsiambany – dont le nom signifie “Prince supérieur” – vint à leur rencontre avec toute une cour et une suite de 500 hommes d’armes qui devaient en imposer en cas de négoce ou de négociations.
N’ayant que leurs pauvres vêtements de marins et de commerçants, les Portugais se sentirent en état d’infériorité face à l’élégance des roandrian antanosy et à la profusion de leurs parures d’or, d’argent et de corail. Face aussi à l’ordonnancement d’un cortège réglé par un protocole strict.

Un groupe prestigieux

Cette importance du protocole demeure encore sensible, chez les ZafiRaminia de Mananjary, lors des impressionnantes fêtes du Sambatra, cérémonie septennale de circoncision collective qui, durant un mois, théâtralise la conquête du territoire, et qui est l’occasion, pour la communauté zafiraminia de Mananjary, de se retrouver. Lors des derniers Sambatra, de 25 à 30 000 personnes dont beaucoup étaient venues de loin, voire même de l’étranger, avaient pris part à la cérémonie. Et la grande procession conduisant les enfants à circoncire à l’embouchure en suivant le bord de mer – c’est le Manenatra ou “Grande Migration” –, fut pour tous le moment d’un véritable assaut d’élégance et de la mise en évidence des richesses dépensées pour ce grand jour.
Fait significatif, Antambahoaka ZafiRaminia lui-même, feu Mgr Xavier Tabao, évêque de Mananjary habituellement vêtu comme un laïc, venait assister au départ du Manenatra en soutane violette de cérémonie, accompagné de tout son clergé en soutane. Le faste et la grandeur des cérémonies d’aujourd’hui rappellent bien la magnificence passée des ZafiRaminia.

Témoignages historiques et données du terrain – dont le Sambatra n’est qu’un exemple – ont frappé les esprits et ont amené plus d’un auteur à se pencher sur le groupe en question : les ZafiRaminia n’étaient apparemment pas conformes à l’idée qu’ils se faisaient des Malgaches, et plus encore des Malgaches de culture authentiquement malgache.
S’agissant du premier point, on sait qu’avant de reconnaître leur erreur, les Portugais du début du 17e siècle avaient commencé par les prendre pour des descendants de ceux des leurs qui avaient fait naufrage dans l’île au siècle précédent.
Quant à leur culture, c’est aussi dès ce 17e siècle que le jésuite portugais Luis Mariano les voyait musulmans possédant le Coran, respectant le jeûne du Ramadan, se faisant circoncire, ne mangeant pas de porc, pratiquant la polygamie et usant de talismans. Plus circonspect, un de ses confrères remarquait qu’ils n’observaient pas
l’enseignement de l’islam comme une loi venue de Dieu, “mais comme légué par leurs ancêtres”. Plus récemment, les études ont insisté sur le fait qu’ils venaient de La Mecque et leur ont attribué une origine arabe et la pratique de l’islam, laquelle toutefois aurait dégénéré et serait devenue hérétique. Mais certains des meilleurs connaisseurs de l’islam et de Madagascar contestent qu’on puisse effectivement parler de “tribus musulmanes, ou islamisées, du Sud-Est”, constatant que ces groupes ont des attitudes et des comportements contraires aux fondements de l’islam arabe, notamment en ce qui concerne le chien dont l’impureté n’est qu’à moitié enregistrée.
Cela dit, presque tout le monde se retrouvait pour faire jouer aux ZafiRaminia, en tant qu’Arabes – et donc blancs – et en tant que musulmans – et donc fidèles d’une religion
supérieure parce que monothéiste et universelle – le fameux rôle à l’origine des formations politiques malgaches et des royaumes.
En quelque sorte, conformément aux idées héritées du 19e siècle occidental, ils auraient appartenu à une “civilisation supérieure”, et, par leurs ancêtres, auraient été du nombre de ces “étrangers” qui, dans le passé, avaient apporté quelques éléments de civilisation dans le pays.
De fait, si les Zafiraminia d’aujourd’hui revendiquent de façon nuancée leur origine mecquoise et si certains se revendiquent «arabo», comme le faisait encore il y a trente-cinq ans Dilifera, mpanjaka d’Ikongo alors octogénaire, ils sont loin d’être rares à nier toute appartenance à l’islam et nul d’entre eux ne paraît prétendre, pour leurs ancêtres, à la gloire d’avoir fondamentalement influé sur l’évolution de l’organisation territoriale et politique de l’île.
La question est alors de savoir si l’on a là le reflet de la situation originelle ou bien le produit d’une évolution récente. Pour répondre à une telle question, le mieux serait de se tourner vers les récits qui ont été produits par les ZafiRaminia eux-mêmes.

Les ZafiRaminia et l’islam

Parmi les textes disponibles – sans doute y en a-t-il d’autres jalousement conservés dans les tranobe — “grandes maisons” — des mpanjaka –, il en est un qui semble donner raison à la thèse musulmane. C’est celui de Ravalarivo : un texte rédigé en caractères arabico-malgaches au 19e siècle à Mananjary par un katibo ZafiRaminia.
Bien que Ravalarivo ait été en relation avec Grandidier, son texte paraît bien présenter de la tradition une version qui n’a pas été influencée par les regards étrangers, et que l’auteur produisit à l’usage des siens. Ravalarivo leur dit qu’ils sont de la descendance de toute une lignée des plus anciens prophètes depuis Noé et qu’ils appartiennent au même monde que Mahomet.
Le cadre chronologique qu’il pose porte la marque de l’islam, avec une généalogie qui donne les noms de cinq ou six des vingt-huit prophètes mentionnés dans le Coran : “… Ranoé lui succéda. Lorsque Ranoé mourut, Radavid lui succéda. Lorsque Radavid mourut, Rasalomon lui succéda…”
Un dernier “prophète”, Ravinavy, donna naissance à Raminia, lequel rendit visite “à son ami” Mahomet pour lui indiquer son projet de partir s’installer à Mahory, un lieu que l’on identifia ici à Madagascar plutôt qu’à Mayotte.
On est certes bien loin de la chronologie de la Bible – dans la tradition de laquelle s’inscrit l’islam –, et l’on peut déjà noter que, malgachisés et dotés d’un “Ra-” honorifique, les noms de ces prophètes retenus par le Coran sont curieusement restés au dessous du niveau supérieur en “Andria-”, mais l’on en retiendra que Ravalarivo rattache explicitement son ancêtre Raminia à La Mecque, dont il fait aussi venir ses conseillers, les Anakara et les Antetsimaito.
Quant aux Mofia, Antaivandrika et Masihanaka qui seront du voyage vers Madagascar, ce ne sont que des kafiry, des incroyants selon l’islam, qu’au besoin, il sacrifiera pour le succès de sa traversée. Une fois décidé à s’établir, il fait un voyage à La Mecque pour y prendre les richesses qu’il y avait laissées. Et sitôt achevé l’établissement dans l’île, Raminia le laissa à ses enfants et retourna à La Mecque.
Ravalarivo conclut ce point sur le constat que Raminia ne fut pas enterré à Madagascar. Puis il termine son tantara, par la formule “Que Dieu, qu’il soit élevé !, le garde et qu’il accorde le salut à l’âme de’Omar fils de Sultan (descendant de) Ranoé” – qui achève de l’inscrire dans la révérence à l’islam, Omar ayant été reconnu pour le deuxième calife.
Il convient ici d’ajouter que l’une des traditions recueillies par Flacourt au 17e siècle, où l’on peut lire que “quelques-uns disent que les Roandrian s’appellent Zafferahimina du nom de la mère de Mahomet qui s’appelait Imina” allait bien plus loin que Ravalarivo, faisant carrément de la mère du prophète leur ancêtre éponyme.

La tradition austronésienne

Comparé aux informateurs de Flacourt, Ravalarivo est un auteur tardif dont la valeur du témoignage aux yeux des érudits tenait largement au fait qu’il était écrit et que lui-même était identifié. Cela dit, on ne peut manquer de relever qu’il faut bien souvent, pour comprendre Ravalarivo, s’en rapporter aux traditions rapportées par Flacourt, que pourtant il ne connaissait pas. Cela nous fait obligation d’accorder à celles-ci toute l’importance qu’elles méritent. A la lecture de Flacourt, on s’aperçoit qu’il n’y avait pas à son époque, un unique tantara faisant l’unanimité des roandrian antanosy, car l’auteur poursuit “… d’autres disent qu’ils se nomment Zafferamini , c’est-à-dire, la lignée de Ramini qu’ils disent avoir été leur Ancêtre, ou de Raminia femme de Rahouroud, père de Rahazi et de Racouvatsi ou Racoube”.
A la revendication des uns de partager la même ancestralité que le prophète, s’oppose donc l’affirmation, par d’autres, d’une tradition les faisant descendre soit d’un homme du nom de Ramini, soit de sa fille Raminia. On peut encore ajouter qu’en cette seconde tradition, Ramini, comme le Raminia de Ravalarivo, se rend auprès de Mahomet, mais c’est pour s’en faire reconnaître Prophète, à son égal, et affirmer son droit à exercer lui-même le sombily, c’est-à-dire le sacrifice des animaux qu’il allait consommer ainsi que les siens. On n’imagine pas meilleure façon d’affirmer sa non soumission à l’islam. Et bien d’autres faits prennent sens à partir de là.
Nous avons tout d’abord le choix de l’ancêtre éponyme – homme ou femme – qui nous met en présence d’un conflit entre les conceptions arabes et les austronésiennes, pour lesquelles la femme, avons-nous déjà vu, tient une place privilégiée. Il faut souligner à ce propos que, se penchant sur le texte de Ravalarivo, les connaisseurs de l’islam n’ont pas relevé que celui-ci ne connaît pas de prophète (antomoa) du nom de Ravinavy.
Or, les prophètes étant des hommes, ce nom pourrait se traduire par “Honorable homme dont on a fait une femme”. Tout se passe comme si le texte zafiRaminia admettait la primauté que l’islam donne aux hommes, mais attribue à cet homme une qualité féminine, l’inscrivant ainsi dans la tradition austronésienne où les êtres d’origine divine, même s’ils sont officiellement des hommes, ont souvent une personnalité féminine.
Allons plus loin. Sieur Ramini, dans la version de Flacourt, ne descendait pas d’Adam. Il “avait été créé de Dieu à la mer, soit qu’il l’ait fait descendre du Ciel et des étoiles, ou qu’il l’ait créé de l’écume de la mer”. Avec la descente du Ciel comme pour les princes et princesses issus du Dieu céleste ou la naissance à partir de l’eau, principe de vie attaché aux andriana, on retrouve deux des grands thèmes fondamentaux de la religion austronésienne.
Pour couronner le tout, survient la revendication austronésienne, car dans le manuscrit de Ravalarivo, Noé a pour père et mère, Ramaka-Rabehavelomana et Rasoamanorohovelona. Le père est certes bien doté d’un nom faisant en partie référence à la grande place de commerce qu’était La Mecque, puisque Ramaka signifie “Honorable Mecquois”. Mais en leur entier, ces noms typiquement malgaches ont des sens leur attribuant les pouvoirs des princes-dieux “maîtres de la vie” de la tradition. Et l’on ne peut omettre de constater que, donné pour roi de la ville sainte, il serait le premier de toute une lignée de prophètes. Ainsi, quoique se situant à l’intérieur de l’islam, Ravalarivo va jusqu’à revendiquer pour cette religion une origine austronésienne.
Actualisant leur histoire en fonction des contextes, les traditionistes zafiRaminia ne se résolvaient pas à abandonner ce qui faisait leur identité austronésienne. Leur relation avec le monde arabe et l’islam sont équivoques. Il est possible qu’ils aient eu des ancêtres indiens ou arabes, comme le donne à penser l’importance des types blancs chez les roandrian du temps de Flacourt. Mais culturellement, ils venaient du Sud-est asiatique, hindouisé certes mais toujours profondément austronésien.
Raminia, en ce sens, est le type même du “héros civilisateur” envoyé par Dieu pour mettre de l’ordre dans le chaos terrestre. Cette ascendance divine a sans doute aidé les siens à s’imposer dans le monde malgache, mais on peut plus prosaïquement penser que leurs richesses de grands commerçants n’y furent pas non plus pour rien. Dans le domaine politique, leur accession à des fonctions royales dut être le résultat d’heureuses alliances matrimoniales dans les groupes dirigeants, comme ce fut le cas pour Dame Andriandrakova qui épousa un Vazimba et donna naissance à Andriambahoaka.

Jean-Pierre Domenichini et Bakoly D. Ramiaramanana

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