Andriandramaka

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successeur de son père Tsiambany

recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com & tany_masina@yahoo.fr)

 

La royauté d’Andriandramaka

     La personne royale a hérité des caractères de ses prédécesseurs d’avant les ZafiRaminia en Anosy. Encore désignée comme Ompiandriana – littéralement "Homme prenant habituellement la mer et dont on peut faire l’Andriana" , c’est-à-dire le Prince ou le Roi –, elle est principalement Andriambahoaka « Prince du peuple de l’embouchure / des embouchures ». Lorsqu’au décès d’Andriantsiambany, les Voajiry choisirent son fils cadet Andriandramaka comme roi, sans doute était-ce en partie pour son expérience du monde extérieur. En effet, en 1613, les Portugais avaient obtenu d’Andriantsiambany d’emmener son fils aîné, Andrianjerivao «Prince de la pensée nouvelle», pour faire son éducation. Au dernier moment, Andriantsiambany s’étant rétracté, les Portugais avaient enlevé le fils cadet – «pieux» enlèvement sans doute – et l’avait conduit à Goa en Inde où, pendant deux ans, ils l’avaient éduqué pour le préparer à être, selon leurs conceptions, le premier roi chrétien de Madagascar, afin de réussir la conversion de la Grande Ile et d’y favoriser leur propre position. Ce jeune prince dont ils soulignèrent l’intelligence, revint donc en son pays, maîtrisant l’alphabet latin comme son père l’arabe et parlant portugais, baptisé sous le nom de Dom André de Sahavedra et filleul du vice-roi de Portugal en Inde. Mais Dom André déçut ses maîtres, car, sans oublier ce qu’il avait appris, il redevint Andriandramaka « Prince honorable mecquois » valorisant, dit-on, la culture et les croyances de son peuple. Néanmoins, ayant succédé à son père, il renonça, semble-t-il, à la souveraineté universelle de ses ancêtres et, premier connu à avoir revendiqué ce titre, se voulut «roi de Madagascar».
    De fait, Flacourt qui, quant à lui, n’était nullement gêné d’avoir été nommé de France « Commandant Général de l’île de Madagascar », relevait que le pouvoir effectif d’Andriandramaka se limitait au pays d’Anosy, tout en admettant que, « sans lui être sujets », les rois de la moitié sud de l’île « lui portaient honneur et respect comme à un Grand Prince ». Mais si Andriandramaka n’était vraiment, comme le dit Flacourt, que le « roi de la province de Carcanossi », du moins faut-il retenir que son « autorité » s’étendait bien au delà, d’ailleurs confortée sans doute par la présence zafiRaminia en d’autres régions – notamment au long de la côte Est et sur les Hautes Terres. Eut-il ou non l’intention de faire l’unité politique de l’île en poussant les avantages acquis dans le Sud ? On ne le saura jamais, mais l’eût-il voulu que l’intrusion de la France l’en eût empêché.
    Pour son peuple, en tout cas, il était toujours l’Andriambahoaka, et, dans le rang roandriana lui-même, il n’était que le premier parmi des égaux, partageant son caractère divin avec les autres Princes qui, comme lui, initiaient les grands rituels. Et, soit dit en passant, on devine, dans cette forme d’égalité assumée par les Roandriana, le germe des idées « républicaines » qui écloront plus tard dans l’espace social antanosy. Quant aux Portugais et à Flacourt, ils s’étaient trompés sur la nature de son pouvoir qui n’avait rien d’absolu.
    Le roi d’Anosy, quoique roi-dieu en son royaume et, pour le Sud de l’île, roi-magicien détenant un savoir arabo-musulman, ne pouvait disposer et modifier les conventions et lois fondamentales liées à la terre (masin-tane), ni intervenir dans le pouvoir politique des chefs de famille (masim-po). Outre la gestion de sa grande famille, il ne pouvait vraiment décider (masin-dily) que dans les situations d’exception, en tant que grand juge appelé à arbitrer dans les différends graves opposant ses sujets. Et on voit bien les limites de son pouvoir dans le fait qu’il ne lui était pas loisible de se constituer une armée d’hommes qu’il aurait achetés et qui lui auraient appartenu en propre en tant qu’ondevo lui devant stricte obéissance. C’est là un point que Flacourt souligne indirectement en énumérant la liste de ceux qui pouvaient en avoir et parmi lesquels ne figurent pas les Roandriana. Ceux-ci avaient pour serviteurs et sujets des hommes de l’un ou l’autre état, mais qui ne leur appartenaient pas. Et à s’en rapporter à ce qu’on observe en d’autres régions de Madagascar, cette disposition, en mettant le groupe royal sous le contrôle de ses sujets, tendait bien à limiter sa puissance effective, car l’appel aux armes n’étant pas en définitive de son ressort, demeurant simple Grand ou devenant Roi, aucun Roandriana n’avait pu établir un système de domination concentrant en ses seules mains tous les pouvoirs.
    Et moins que tout autre Andriandramaka, confronté, peu après l’arrivée de Pronis, aux entreprises françaises poussées jusqu’à sa mort programmée et au delà, et qui, de son aventure portugaise, avait déjà principalement retenu la relativité des croyances humaines, en venant même à douter de la réalité de sa nature divine et de l’efficace des pratiques de ses ombiasy, efficacité politique exceptée.
    Tel qu’il apparut, à l’arrivée de Flacourt, l’Anosy était donc un royaume aux nombreux espaces libres, qui avait su concilier tradition d’ouverture et respect de l’héritage historique. Et si tentés qu’ils aient pu être de se prévaloir de leur « origine mecquoise » pour en imposer, les ZafiRaminia, Austronésiens arrivés au début du XVIe siècle mais alors à Madagascar depuis quatre siècles, n’étant pas dupes des apparences comme souvent le furent les Européens encore en phase de découverte, n’ont pas eu de mal à se plier à ses lois, qui ne devaient guère à l’islam, et à se contenter de n’y avoir en somme qu’un roi-magistrat.
    En effet, si l’Anosy avait bien entretenu, du XIIe au XVe siècle, des relations avec le Moyen-Orient, comme en témoignent aussi bien le vocabulaire de l’histoire biblique ou du commerce que l’importation de la vigne (akitsy) ou du grenadier (romany), par exemple, du moins faut-il saisir que ces relations n’eurent dans la culture qu’un impact limité. Déjà, d’origine austronésienne, la circoncision n’avait rien à voir avec l’alliance de Yahvé avec les descendants d’Abraham. Dian Bilis n’y était pas le Diable des religions du Livre, mais, réinterprété, le nom attribué au Dieu de la Terre.
    Et si le jeûne du Ramavaha présentait quelque analogie avec le Ramadan, il restait, dans la tradition austro-asiatique, un rituel agraire en relation avec la culture du riz.
    C’est le même genre de relations que l’Anosy entretint d’abord avec les Européens, avant que les bonnes relations de la traite fassent place, avec Flacourt et ses successeurs, aux rapports de force guerriers. Premier à Madagascar à faire l’expérience de l’impérialisme occidental, l’Anosy allait y être aussi le premier à en triompher, en 1674, avec les armes de l’Occident.   

    Andriandramaka, le deuxième fils de Tsiambany devint son successeur. Fanjahira était sa capitale. C'était alors une agglomération de plus de 400 maisons et fut l'agglomération la plus importante de toute l'Anosy.

    Les Français commencaient à s'établir dans l'Anosy en 1642. D'après le Père Nacquart, un missionnaire qui vient à Fort-Dauphin avec Etienne de Flacourt et ses colons, les Français commirent toutes sortes d'exactions. Ils pillaient les autochtones, volaient leurs boeufs et leurs biens, enlevaient des personnes pour les réduire en esclavage ou pour les vendre comme esclaves. Parfois, ils tuent et massacrent les gens sans raison apparente. Flacourt rapporte par exemple qu'en janvier 1649, les Français ont volé dix mille boeufs. Ils en saisirent encore un grand nombre plus tard, en 1650, 1651, 1652, 1653. Avec cela, ils ont massacré des Malgaches, ont réduit en esclavage un grand nombre, et vendaient aux marchands d'esclaves ceux qui n'acceptaient pas leur autorité. Rien qu'en 1649, cinq cents Mahafaly furent saisis puis réduits en esclavage.

    Les Antanosy résistèrent farouchement. Le 22 juin 1651, Andriandramaka attaque Fort-Dauphin avec une armée de dix mille hommes. Mais lorsque les Français ont déclanché leur atillerie, l'armée d'Andriandramaka fut épouvantée par les obus et refluèrent en désordre.

    Le 10 juillet, les Français attaquèrent en représailles. Ils attaquèrent Fanjaira et la brulèrent. Le bourg fut anéanti par le fau et le roi Andriandramaka fut tué avec son fils Andriantsanjoa qui devait lui succéder. Ce fut  le Chevalier Etienne de Flacourt lui-même qui tua Andriantsanjoa dans sa maison. Sa tête fut coupée, fichée sur une pique et promenée partout por être vue par tout le monde. Après sa mort, Andriantsanjoa reçut le nom d'Andriamaroarivo.

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Date de dernière mise à jour : dimanche, 12 Janvier 2014

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