Royaume Anteony

                                          Peuple émigré venus du Proche-Orient

recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com & tany_masina@yahoo.fr)

Il y a très longtemps deux grands clans Antemoro se défièrent sur les bords du fleuve Matitana.C’était les Anteony et les Antemanaza, deux peuples émigrés venus du Proche- Orient. Les Anteony venaient probablement du sud de l’Arabie et les Antemanaza d'un lieu-dit Malieka, lieu ou ville que personne jusqu’à ce jour n’a pu localiser. Les Antemanaza étaient arrivés les premiers, suivis quelques décennies plus tard par les Anteony. Ces derniers étaient organisés en royaume, avec une armée. Ils avaient même amené avec eux quelques primitifs fusils de pierre, dont le bruit faisait plus de peur que de dégâts. Mais ces fusils que les gens considéraient comme de la foudre, avaient valu à leurs propriétaires un grand prestige. Avant l’arrivée de ces deux peuples, la Matitana était peu peuplée. Les Antemanaza s’étaient installés dans les régions au sud du fleuve et dès leur arrivée avaient transformé les immenses marécages en rizières. Les Anteony, eux, avaient pris les terres au nord du fleuve et avaient établi leur capitale au lieu-dit «lvato».

      Au début, la cohabitation était bonne, mais très vite, la rivalité s’installa entre les deux peuples. Un proverbe malgache dit: «Tsy roa no mandidy» (deux ne peuvent régner à la fois).

      La rupture se produisit à partir de 1430 sous le roi Ndretomombe. Ne connaissant pas exactement les raisons de la rupture, je préfère me taire, car les explications données par les vainqueurs sont trop infamantes pour les vaincus. Disons simplement que dans ces temps reculés les affrontements sanglants étaient fréquents entre tribus et villages. Lors d’une de mes tournées dans le pays de la forêt, les chrétiens me montrèrent l’emplacement d’un village dont on voyait encore les restes de remparts. Lors d’un affrontement entre tribus, tous les habitants de ce village avaient été tués, y compris les femmes et les enfants.

      L’affrontement entre Anteony et Antemanaza avait été moins meurtrier : un ou deux morts, dit la tradition. Les Antemanaza, vaincus, furent dépouillés de presque toutes leurs rizières ainsi que de leurs champs. Après une fuite jusqu’au sud de Farafangana en un lieu dit «Volakaky» et un exil qui dura sept ans, ils revinrent dans la Matinana. Rappelés par leurs ennemis qui avaient constaté qu’après leur départ tout allait mal : cyclones, sécheresse, tornade, épidémies. Leurs devins, consultés, déclaraient : «Vous avez chassé vos frères, et Dieu s’est fâché ; rappelez-les et nos malheurs cesseront». Les parias revinrent donc et ils connurent une période de calme relatif. Mais après l’avènement d’un nouveau roi en 1675, tout changea : leur rejet fut alourdi d’une abominable malédiction qui allait vouloir jusqu’à leur retirer leur dignité de personne humaine. Désormais, ils ne seraient plus que des êtres néfastes, des animaux cachés sous des apparences humaines. Toutes les tribus côtières furent mises au courant de leur exclusion et firent «leur» cette terrible malédiction. Quant aux parias, ils n’avaient plus droit à la parole.

      Les pauvres Antemanaza, n’ayant plus de terres, ni rapports avec leurs voisins, se dispersèrent dans tout le sud-est et certains jusqu’aux extrémités de Île. Ceux qui restèrent
dans leurs villages de Nohona et de Tanantsara durent travailler chez leurs vainqueurs pour ne pas mourir de faim.

      Et les années passèrent, et les siècles aussi. Les accusations calomniatrices du début se renforcèrent de génération en génération. Les parents mirent en garde leurs enfants qui, à leur tour, les transmirent aux générations qui se succédèrent. La mise en garde contre les parias devint très vite le principal point de «l’initiation» du jeune Antemoro. De plus, le mot d’ordre donné aux Antemoro était de cacher le drame à ceux du dehors, surtout aux étrangers. C’est ainsi qu’un silence, lourd comme une chape de plomb, recouvrit ce qui restait du peuple Antemanaza, et ceci pendant plus de 500 ans. Durant ces siècles, le petit reste d’habitants des villages de Nohona, Tanambao et Tanantsara vivait obligatoirement replié sur lui-même. Ils furent obligés de se marier entre eux! Et cela eut des conséquences catastrophiques pour la santé des gens.

In Vincent CARME - cm, "Appelé au service des derniers" Un missionnaire de Madagascar raconte (1961-2004). Imprimerie Léon LOUIS 57220 BOULAY.

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