Ratsimilaho

wikipedia.jpgdada.jpg                  De Ratsimilaho à Jean René

recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com & tany_masina@yahoo.fr)


 

Les Betsimisaraka

Situés entre Mananjary et Vohémar, les Betsimisaraka ou Nombreux inséparables , forment le groupe le plus important de la côte Est de Madagascar. Ce pays est celui des grandes pluies tropicales, de la forêt dense et de la végétation luxuriante.

L’origine de l’histoire des Betsimisaraka se situe vers 1720, lorsque Ratsimilaho, fils naturel du pirate Thomas White réussit à soulever les Antavaratra et à s’emparer de Fénérive qui signifie Où il y a mille guerriers .

Toamasina

L’origine du nom Tamatave (Toamasina), est souvent expliquée par la phrase de Radama 1er goûtant l’eau de mer pour la première fois, et s’exclamant « Toa masina », c’est-à-dire « c’est salé ».

Mais si l’on reprend la généalogie de Ratsimilaho, une autre piste n’en est pas moins aussi crédible.
Thomas White était installé à Tamatave, et la prononciation de Thomas en malgache devient « Tomasy ».
Grâce à ses prises célèbres et à l’aide du clan de son épouse, White fit prospérer la ville qui prit alors le nom de Tomasy. Ratsimilaho qui grandit à Tomasy prit pour épouse une princesse Sakalava du nom de Matavy (fille du roi Ramahasariki). De cette union naquirent deux enfants, une fille, Betia, (la très aimée qui sera en français Betti) et Jean Harry (qui devint Zagna hare puis Zanahary).
Ces deux enfants grandirent entre Foulpointe et Tomasy. La contraction phonétique de l’héritage de leur grand-père Tomasy (White) et de leur mère donne Tamatavy !

 Île Sainte-Marie (Boraha)

L'île Sainte Marie doit son nom aux navigateurs portugais qui la baptisèrent, comme le voulait la tradition, par le saint du jour de la découverte. Peut- être était-ce pour remercier la Vierge Marie de les avoir protégés d'un naufrage ? Ce nom acquis au XVIe siècle avait été précédé par le nom de Nosy Boraha car ses habitants se disaient "zafi-boraha". C'est à dire descendant de "Boraha".

Idéalement placée sur les voies maritimes où voguaient des navires chargés de cargaisons tentatrices : épices des indes, or, argent, pierres précieuses…l’île Ste-Marie, accueillait ses légions de pirates, leur offrant ses mouillages secrets, son eau douce à profusion, des fruits et de la viande pour se refaire une santé après des voyages éprouvants. Le charme des jeunes femmes malgaches n’était certainement pas le dernier des atouts de Ste-marie la douce qui devint entre la fin du 16ème siècle et le milieu du 18ème le fief de figures légendaires de la piraterie et les nombreux enfants métis issus de ces rapprochements culturels eurent un poids important dans le déroulement des évènements historiques de cette période. Leur mémoire demeure et certains sont encore honorés comme Ratsimilao fils de Thomas White et d’une princesse de Fénerive « Rahena » qui fut à l’origine de la fondation de l’ethnie Betsimisaraka.

LE REGNE DE ZANAMALATA:

            1-Vers 1720; les "MALATES", descendants de pirates et de filles de Chefs locaux établirent leur domination sur les peuplades malagasy de la côte orientale qui ,de caractère nonchalant,n'opposèrent aucune résistance à leurs ambitions. Le plus célèbre d'entre eux ,RATSIMILAHO,fils d'un FORBAN Anglais(THOMAS WHITE)et de fille d'un  chef SAINTE-MARIE(TAVARATRY RAHENA) ,établit son autorité sur LES BETSIMISARAKA depuis  FOULPOINTE jusqu'à la baie d'antongil et créa ainsi un véritable royaume qu'il administra sagement pendant près de trente ans.RATSIMILAHO ,qui manifestait des sentiment favorables aux Français.mourut vers 1750,laissant l'île SAINTE-MARIE en dot à sa fille BETY;Celle-ci partageait les sentiments Franconfiles de son père et épousa le caporal JEAN-ONESIME FILET,surnommé" LA BIGORNE" qui,fuyant l'île de BOURBON(LA REUNION) devant un mari jaloux,avait trouve  en MADAGASCAR un refuge idéal;la bigorne devient alors prince consort et tel Saint louis sous le chêne de Vincennes,il tient sous les cocotiers des lits de justice,crée des pistes,plante des cafétiers,favorise les échanges et organise une milice sur le modèle des armées Françaises.Sous son influence,sa femme cède Sainte- Marie au ROI DE FRANCE:l'acte de cession fut signé par la REINE BETY et tous les chefs de l 'île,le 30 juillet 1750.Jusque très récemment,LES SAINT-MARIENS bénéficiaient d'un statut à part qui leur conféraient la qualité de citoyens de droit commun Français.
          2-Négriers et corsaires,aventuriers et pirates,marchands et ambassadeurs,la présence occidentale laissa derrière elle  le fruit de ses aventures amoureuses,Les enfants métis,nés de ces unions mixtes,héritèrent du sang chaud de leurs pères entendaient bien marquer  l`histoire instable d'un pays en quête de meneurs d'hommes.Ces descendants de mulâtres formèrent un groupe appélé ZANAMALATA et  furent rapidement réconnus pour leurs qualités diplomatiques et militaires,aidés en cela par leur double origine.
               Fils d'un commis de la compagnie des Indes et d'une  femme Malagasy,Jean-René allait imposer sa personnalité sur la COTE EST. A l'âge de 16 ans ,il devient l'un des plus grands négriers du pays,sachant tirer parti de l'antagonisme anglo-français et de sa connaissance des mentalités européennes.En 1811,il se proclame ROI DE FENERIVE ET DE TAMATAVE ,accédant ainsi à un réel pouvoir.Son progmetisme le pousse à se rallier à RADAMA I qui étend son influence des hauts plateaux vers la côte.En 1817,il dévient officiellement le vassal et se lance dans une campagne militaire pour le compte de la toute jeune couronne royale.En tant que gouverneur des terres de l'EST,il soumet toute la côte jusqu'à FORT-DAUPHIN à L'autorité du Roi RADAMA;par la suite son nom sera étroitement lié au fort de MAHAVELONA qu'il défendra victorieusement contre les Français et les Anglais.

 

Un pirate peu célèbre et à deux noms : Thomas Tew et Thomas White

Voici un pirate qui n’est pas très connu, peut-être parce que sa carrière fut assez courte. Ce qui inclut tout de même 14 années de terreur, entre 1705 et 1719.

On ignore quand est né ce pirate anglais, originaire de Plymouth. Ses origines sont plutôt pauvres puisque sa mère tenait un cabaret, cependant il réussit à entrer dans la marine de guerre. Il s’installe aux Barbades et s’y marie, puis devient capitaine du Marygold, un navire marchand qui fait du commerce entre la Barbade et la côte de Guinée.

C’est là que sa carrière connaît un changement majeur : il est capturé par des pirates français. Ces derniers, après avoir utilisé un certain nombre de leurs prisonniers anglais comme cible pour leurs concours de tir au pistolet, finissent par convaincre White d’embrasser leurs noirs projets.

C’est ainsi qu’il devient pirate, ce qui l’amène à croiser dans l’Océan indien. Comme beaucoup de flibustiers malchanceux, il commence par s’échouer à Madagascar, perdant totalement son navire. Le voilà tiré de cette triste situation par des esclaves marrons qui ont volé une barque à l’île Bourbon (la Réunion) dans le but de s’enfuir. Il réquisitionne la barque et parvient avec celle-ci à prendre un navire français en 1705. Aussitôt il met le cap sur l’île bourbon et y embarque un chirurgien.

Ensuite il se rend dans le golfe persique où il attaque un petit navire de 200 tonneaux sur lequel ils ne trouvent que des ballots de marchandises sans valeur qu’ils jettent par-dessus bord. Ils devaient apprendre plus tard que l’une de ces balles contenait de l’or !

En 1706, Thomas White revient à l’île Bourbon à bord d’un navire de 30 canons et un équipage de plus de 200 hommes. Il profite de cette escale pour débarquer un certain nombre de matelots dont certains feront souche sur l’île : Jacques Boyer, Patrick Droman, Thomas Elgart, Jean Janson, Edouard Robert. Ces pirates repentis sont cousus d’or, tous porteurs de plus de 1 200 livres.

Puis Thomas White repart à Madagascar, où il s’empare d’un navire dont le capitaine, un certain Fourgette, s’est mis en tête de commercer avec les pirates. Bien mal lui en pris : alors qu’il reçoit ces derniers à son bord, ils maîtrisent son équipage ! Se voyant acculé en plein dîner, le capitaine Fourgette plante sa fourchette en argent dans le corps d’un pirate, un certain Johnson, qui n’en est pas blessé. Voyant sa situation désespérée, le capitaine Fourgette finit par se rendre et doit débarquer.

L’histoire de White devient dès lors incertaine. Selon D. Defoe, il se retire à Madagascar, construit une maison, achète du bétail et prend pour femme une indigène dont il a un fils.

 

Madagascar lÎle de + 1000 pirates

Madagascar était en ce temps-là considéreé comme l’île des pirates, en raison du nombre de flibustiers qui s’y étaient retirés, notamment sur l’île de Sainte-Marie, devenue le repaire légendaire de plus de 1000 pirates célèbres :

La plupart y sont considérés comme de petits souverains, chacun ayant sous sa domination deux ou trois villages. Cette autorité ne leur est venue que parce qu’ils ont pris pour femmes les principales négresses, celles qui étaient les plus en dignité du pays, déjà presque toutes riches par la fréquentation des forbans depuis belle lurette. Leurs maisons, élevées sur plusieurs poteaux de bois et accessibles uniquement par échelle, sont situées au milieu de grandes cours, entourées d’une forte palissade faite de gros pieux. D’ordinaire, ces palissades sont aménagées par des sortes de meurtrières où se placent de petites pièces de canon.

La richesse que ces forbans ont apportée, jointe à celle de leurs femmes, ont rendu ces lieux et leurs environs abondants en or, en argent et autres trésors…

Toujours selon Defoe, Thomas White meurt de fièvre et d’hémorragie à Madagascar en 1719, suppliant dans son délire ses amis de ramener son fils dans son pays et d’en faire quelqu’un de « probe et honnête ».

Cependant, le témoignage d’un capitaine de commerce, un certain Drury, rapporte que White serait bien mort de fièvre en 1719, mais lors d’une relâche à l’île Bourbon. Comme pour tant d’autres, l’emplacement de sa sépulture n’est pas connue.

Il existe une version selon laquelle le pirate Thomas Tew formerait une même personne avec Thomas White. Ce qui nous amène à raconter que ce pirate a eu une relation sentimentale avec la reine Rahena, et qu’ils ont engendré un fils mulâtre (métis), le célèbre Ratsimilaho, qui, après une éducation en Angleterre, succède à sa mère et rassemble les peuples de l’Est sous une seule appellation : les Betsimisarakas.

On dit de ce pirate (Thomas Tew) qu’il a amassé une fortune en attaquant des navires de la compagnie des Indes orientales qui traversaient l’Océan Indien. On estime ce trésor à 100 000 £ en or, argent, pierres précieuses, ivoire.

La suite de son destin varie selon les versions, mais l’une d’elle dit que Thomas Tew est assassiné en Mer Rouge lors d’un affrontement avec le Grand Mogol.

Ratsimilaho et les Betsimisarakas

 

Qui était-il ?

Ratsimilhao était un personnage très important dans l’histoire de Madagascar, et il est lié à la formation de la confédération des Betsimisarakas.

Tout commence au début du XVIIIe siècle, avec le commerce de traite, lorsque les peuples n’étaient pas encore unis. Les Antatsimo sont une communauté du Sud du littoral oriental, les Varimo au Centre, et les Antavaratra au Nord de cette région. Chacun de ces peuples possédait ses propres particularités linguistiques et culturelles, c’est pourquoi ils pouvaient entrer en conflit. Ces hostilités ont été encouragées par les Européens tels que négriers, marchands, gouverneurs des colonies, dont le nombre augmenta entre le XVIIe et XVIIIe.

Ces traitants fréquentaient la région pour acheter principalement des esclaves, du riz et du bétail, en échange d’armes, de verroterie, étoffes et autres. Grâce à ce commerce, certains pouvaient se ravitailler, d’autres se procurer une main-d’oeuvre servile pour leurs plantations, comme celles de la colonie française d’île de France, aujourd’hui La Réunion. De plus, au XVIIIe siècle, les marchands qui fréquentaient les côtes malgaches étaient essentiellement français, mais il restait encore des Anglais, des Hollandais et des Portugais qui la fréquentaient dans une moindre mesure. Les principaux lieux de mouillage étaient la Baie d’Antongil, Sainte-Marie, Foulpointe, Tamatave, Fénérive, Mahambo et Mananara.

Entre le XVIe et la fin du XVIIIe siècle, les étrangers qui ont débarqué sur les côtes de Madagascar ne se sont jamais vraiment installés et n’ont pas tenté de s’intégrer, sauf les pirates.

En effet, entre les années 1680 et 1710, la piraterie s’installe sur la côte orientale de l’île, dans le nord-est, entre Tamatave et Vohémar, passant par la Baie d’Antongil, Foulpointe et Sainte-Marie. Ce point d’ancrage permettait aux pirates d’être stratégiquement bien placés pour contrôler les navires passant par la route des Indes, mais aussi de pouvoir se ravitailler en abondance et de faire escale. Dans l’ensemble, les pirates entretenaient de bonnes relations avec les populations locales, même si bien sûr il y avait des conflits d’intérêt, donc des conflits. La plupart du temps, ils s’installaient avec des femmes malgaches et avaient des enfants. C’est ainsi que ces mulâtres ont constitué un nouveau groupe d’individus parmi les communautés malgaches, appelés malata ou zana-malata (« mulâtres » ou « descendants de mulâtres »).

Dans son livre  »Histoire de Madagascar », paru en 1972, Hubert Deschamps suppose que les pirates n’entretenaient pas de vraies bonnes relations avec les locaux, car ils étaient trop rudes et étalaient trop leurs richesses. Il appuie cette hypothèse avec la destruction et le pillage de Libertalia (un gouvernement dit républicain que l’on peut qualifier d’égalitaire, où les pirates et les Malgaches vivaient ensemble à Diego-Suarez). Mais dans l’ensemble, les chercheurs pensent que les pirates entretenaient de bons contacts avec les populations. Notamment Guillaume Grandidier (fils du célèbre explorateur Alfred Grandidier) dans Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar, Histoire politique et coloniale, vol. V, t. III, fascicule I, paru en 1958 ; mais également Yvette Sylla, qui attribue aux pirates un rôle influent. Les pirates étaient alliés aux chefs locaux qui les consultaient parfois, pour s’attirer leur sympathie voire leurs bonnes grâces… Pourquoi une telle bienveillance des malgaches ? Yvette Sylla l’explique par le sens de la hiérarchie et l’esprit de solidarité des pirates. La réussite de leur intégration serait aussi due à cela. Probablement aussi, étaient-ils plus respectueux que les traitants européens : leur démarche et leurs buts dans leurs échanges étaient différents dès le départ. Les pirates s’intéressaient plus sincèrement aux malgaches en essayant d’apprendre leurs langues, leurs coutumes, en mangeant comme eux, et en se mélangeant à eux. Ils créaient des alliances matrimoniales avec les peuples, créaient des coalitions d’intérêts avec les chefs locaux et intervenaient même dans les relations inter-communautaires, parfois conflictuelles.

Ratsimilaho, le fondateur de la confédération Betsimisaraka, était l’un de ces malata (mulâtre). Son père, un pirate d’origine anglaise, était Tom Tew pour Guillaume Grandidier qui a fait des recherches à la fin du XIXe siècle, et Thomas White selon Mangalaza et Filliot, chercheurs du XXe siècle. Cependant, ces deux noms pourraient représenter un seul et même homme. A la fin du XVIIe siècle, il s’est marié avec Rahena, une princesse Anteva d’une famille originaire de Foulpointe, les Zafindramisoa. Tous deux eurent pour enfant, vers 1680, le futur filohabe (grand chef) Ratsimilaho, appelé sous son règne Ramaromanompo (« celui qui est servi par beaucoup de gens »). Le père emmena son fils en Angleterre, afin de l’éduquer, puis Ratsimilaho revint à Madagascar, au moment où des peuples s’opposaient :

Entre la fin du XVIIe siècle et le début du XVIIIe siècle, les Antatsimo et les Antavaratra étaient en situation conflictuelle pour le contrôle des centres de commerce.

Ratsimilaho, étant un Antavaratra et un malata, parvint vers 1710 à s’imposer à la tête des peuples du nord, après avoir repoussé une invasion conjointe de communautés du Sud, les Tsikoa et les Anteva, conduite par le puissant chef Ramanano. Il est à l’origine de la création de la confédération betsimisaraka.

En effet, les populations qui habitaient entre l’Irangy et Manampontany (région betsimisaraka au sud de Tamatave) se sont unis sous le chef Ramanano, dans le but de partir à la conquête de Tamatave, Fénérive, Foulpointe et Sainte Marie, pour contrôler les principaux centres commerciaux avec les étrangers; ils prirent à cette occasion le nom de tsikoa, qui veut dire « qu’on ne renverse pas ». Ces hommes réussirent à se procurer des armes, de la poudre, des balles… nécessaires pour se battre, et pour résister aux alliés de Ratsimilaho, qui en possédaient aussi. En revanche, il faut préciser que l’usage des armes n’était pas factice : l’arme à feu avait une réelle portée symbolique de force et de pouvoir, c’est-à-dire qu’elles ne servaient pas à faire couler le sang mais à impressionner. Finalement, Ratsimilaho réussit à battre Ramanano, et à la suite de cette dernière confrontation, les hommes de ce chef vaincu furent appelés betanimena, « qui sont couverts de terre rouge »… un terme qui resta jusqu’à aujourd’hui pour désigner les populations betsimisaraka du sud (de Mananjary à Tamatave).

Pour autant qu’ils aient été battus par Ratsimilaho, les Betanimena continuèrent à résister, poussant ainsi Ratsimilaho à se renforcer en s’alliant à d’autres communautés. Ainsi, il prit pour femme la fille d’un grand chef Sakalava, et lui demanda ensuite de combattre les Betanimena avec lui. Poursuivant la guerre, tout en menant une habile politique d’union avec différents partenaires, Ratsimilaho finit par soumettre sous son autorité la majeure partie du littoral oriental, dont il regroupa les peuples à l’intérieur d’une grande confédération dénommée betsimisaraka, litt. « les nombreux qui ne se séparent pas ». Cette guerre dura longtemps, et selon Alfred Grandidier elle aurait été « l’une des plus longues et plus meurtrières et la plus féconde en évènements » de la côte orientale de Madagascar.

Cependant, après la disparition de Ratsimilaho vers 1754, son royaume à l’unité finalement bien factice retrouva peu à peu son état de morcellement entre les différents chefs locaux, parmi lesquels les plus puissants étaient les Malata qui rivalisaient entre eux. En effet, son royaume fut partagé entre Zanahary et sa fille Betia (la « Betty » des Européens, qui allait ensuite se marier avec le caporal français Le Bigorne).

Ceci explique la facilité de la conquête de la région par les armées de Radama Ier à partir de 1817. Depuis lors, jusqu’au moment de la colonisation française, les Merina réussirent à y maintenir leur autorité.

En résumé : les Betsimisarakas, aujourd’hui, occupent donc la majeure partie du littoral orientale de l’île, depuis la région de Mananjary au sud, à Antalaha au nord. Ils constituent, comme les Sakalava de la côte ouest, un regroupement de plusieurs communautés que les circonstances historiques ont unifiées à l’intérieur d’une même dénomination. Il a été nommé confédération car son but n’est pas d’unir un seul homme à sa tête, mais de créer des alliances économiques et politiques entre les communautés qui la composent. Des alliances nécessaires au bon fonctionnement de ces sociétés car le contexte de cette région au XVIIIe siècle, façonné par des échanges commerciaux importants entre européens et malgaches, pouvait déstabiliser leurs organisations.

Au XVIIIe siècle, Madagascar a de nombreux contacts et échanges avec les étrangers, principalement sur la côte nord-ouest et la côte orientale de l’île. Cette économie concerne divers produits comme le riz, le bétail, les écailles de tortues, et autres, mais elle se concentre principalement sur le commerce d’individus. C’est au XVIIIe siècle que la traite esclavagiste prend son véritable essor, principalement impulsée par la demande croissante des nouvelles colonies pour de la main d’œuvre, pour travailler dans les plantations. Pour autant, il faut savoir que la traite des hommes existe depuis plusieurs siècles; en fait depuis les premières migrations austronésiennes et africaines, entretenue ensuite par les musulmans de la côte est africaine et poursuivie dès le XVIe par les européens qui empruntaient la route des Indes. Ils faisaient escale à Madagascar pour se ravitailler, se reposer et par la même occasion emmener des hommes à bord, qui sont ensuite revendus ou gardés par les équipages. Il faut prendre en compte que le contact avec les étrangers est déstabilisant car il est de nature purement économique. C’est-à-dire que les traitants européens (soit les négriers, soit les marchands en général) n’hésitaient pas à créer des tensions et même des conflits entre les différentes communautés, afin qu’ils se fassent la guerre, fassent des captifs, pour leur être ensuite revendus; il n’intervient ici aucune humanité. La demande d’esclaves étant en pleine expansion au XVIIIe siècle, elle menace les sociétés malgaches et provoque de nombreuses tensions entre les différentes communautés du pays. Les communautés en sont déstabilisées et divisées au moment où les structures politiques se morcellent peu à peu, c’est-à-dire à partir de la fin du règne de Ratsimilaho.

Le règne de Ratsimilaho : Le nom de Betsimisaraka, « les nombreux à jamais unis, les nombreux inséparables », désignant les trois grandes communautés habitant entre Sambava et Mananara, a été donné au cours de la fameuse cérémonie où Ratsimilaho s’est allié avec les chefferies du Nord, les Antavaratra . Cette stratégie politique s’étendit ensuite aux populations Antatsimo du Sud (les Varimo, Tsitambala, Tsikoa, Betanimena). E.G. Mangalaza, dans Vie et mort chez les betsimisaraka publié en 1998 chez l’Harmattan, précise que Ratsimilaho n’a pas été un roi à proprement parler mais un « filohabe » (un grand chef). C’est précisément pour ça que l’on parle de confédération Betsimisaraka et non de royaume Betsimisaraka.

Malgré tout, ce filohabe a su donner à sa région la structure et l’organisation solidaire qu’il lui fallait pour qu’elle puisse être une zone relativement prospère au niveau commercial et agricole. En effet, sur le plan économique, il libéralisa le commerce en ouvrant les ports betsimisaraka aux traitants étrangers, aux Malata ou aux indigènes, favorisant ainsi les initiatives personnelles. Il encouragea la production de riz pour pouvoir exporter des surplus vers les Mascareignes. Sur le plan social, il essaya de mélanger les diverses communautés pour créer une véritable union et ouvrir le commerce aux gens du sud comme du nord, en donnant des terres à des Antatsimo vers Tamatave, Foulpointe, Fénérive, délaissées par les locaux. Il avait donc des ambitions politiques, économiques et sociales sur le long terme, espérant que ses descendants continuent à les porter et à les perpétrer. Malheureusement, ils ne parvinrent pas à maintenir une cohésion sociale au sein de la confédération. Deux exemples sont relatés par E.G. Mangalaza dans Vie et mort chez les Betsimisaraka.

Tout d’abord le cas de Bety sa fille, qui donna Sainte-Marie aux Français. Mais elle reprit ses esprits et redonna cette île à son frère Zanahary en 1757, après 7 années d’hésitation qui provoquèrent des représailles dans les deux camps. Il y a aussi le cas de Juvy et Zakavola qui affaiblirent la popularité des Malata de Foulpointe et Fénérive, en conduisant des expéditions pour razzier les Sihanaka et les Bezanozano. Notons que ces conflits ont été beaucoup encouragés par la compétition qui se jouait, d’une part entre les communautés malgaches pour le commerce avec les étrangers, et d’autre part celle entre Français et Anglais pour le monopole commercial à Madagascar, qui ne fit qu’envenimer leurs relations et ainsi diviser les Betsimisaraka.

Organisation de la société Betsimisaraka : le pays Betsimisaraka s’étend sur environ 72 000 km² pour une population approximative de 1 million et demi d’habitants, répartis sur 15 chefs-lieux. Les Betsimisaraka sont sédentaires et pour la plupart agriculteurs et pêcheurs. Ils sont organisés selon un système de chefferies que l’on appelle tanky, découpé d’Est en Ouest et inversement. Elles exercent une autorité, vaky tany, sur le territoire préalablement limité et sur les populations qui y sont installées. Les chefferies regroupent plusieurs lignages, fehitry, unis par un tombeau principal appelé lônjobe. Ces lignages peuvent se segmenter en plusieurs sous-lignages que l’on appelle taranaka, tout comme le tombeau qui peut se subdiviser en plusieurs tombeaux secondaires tranomanara (ils regroupent dans l’ensemble entre 700 et 1500 personnes).

Dans chaque chefferie, chaque groupe lignager se dit « maître de la terre », soit tompin-tany ou tompon-tany, qui se concrétise avec un pacte conclu entre les membres d’un même lignage, les hommes de la chefferie et leur environnement. Ils sont mis en œuvre par des interdits fady que tout le groupe s’engage à respecter; par exemple il est fady de travailler la terre le Mardi. Chaque groupe lignager est protégé par un talisman vôlohazo, dont le seul détenteur est le chef du lignage filoha car lui seul a conclu un pacte avec « les esprits de la vallée ». Le pouvoir du chef est incarné par une « expression collective » du « collège des anciens lohandriana » et le « pouvoir spirituel qu’il peut recevoir des ancêtres ». Cette expression collective se réalise concrètement lorsque, par exemple, une décision ou un évènement important est en jeu et que le chef fait réunir le conseil jery.

Le long Regne de Ratsimilaho Alias Ramaromanompo…

Après l’attaque surprise menée par Ratsimilaho sur les hommes de Ramanano, les Betanimena se regroupèrent sur la colline fortifiée de Vohimasina, près de Fénérive. Fort de son avantage, Ratsimilaho fit le siège de cette colline jusqu’à la reddition des Betanimena, qu’il laissa, selon Philippe Oberlé se replier sur Toamasina. Proclamé roi des Betsimisaraka sous le nom de Ramaromanompo, Ratsimilaho repoussa les Betanimena au sud de Toamasina au cours de nouvelles escarmouches. Il fortifia sa puissance en épousant la fille du roi sakalava de Bombetoka et eut un long règne. Selon Philippe Oberlé, il sut rester aimé de son peuple jusqu’à sa mort en 1751, et entretint également d’excellents rapports avec les commerçants européens. Ses restes reposent à Ampanangony dans l’Ouest de l’île Sainte-Marie.

De Ratsimilaho à Jean René

Si Ratsimilaho, qui régna sous le nom de Ramaromanompo est reconnu comme le  fondateur du premier Royaume Betsimisaraka, ses descendants directs qui lui succédèrent, n’avaient ni sa popularité, ni sa sagesse. En premier lieu, son fils Zanahary qui mourut assassiné en 1767, ensuite les fils de ce dernier, Iavy qui accéda   au trône à l’âge de 18 ans eut un règne « sans mœurs ni loi » avant de disparaître en 1791, « peu regretté par  ses compatriotes », pour laisser le  trône à son fils Zanakavola, un souverain encore plus cruel que   son père, qui fut sagayé par ses sujets en 1803. Il faudra attendre l’arrivée de Jean René, né d’un père français et d’une mère malgache, pour que le royaume  Betsimisaraka retrouve sa grandeur. Jean René reconnut Radama 1er comme roi  de Madagascar et ce dernier confirma sa suzeraineté sur la côte orientale, nous rapporte Philippe Oberlé.

Les deux hommes acceptèrent de se faire frères de sang selon la coutume malgache, à l’occasion d’un déplacement  de Radama 1er à Tamatave, à la tête de 25 000 hommes. Jean René et son frère Fisa surent  administrer la ville de Tamatave avec sagesse et équité, faisant ainsi oublier les  périodes sombres que le royaume à vécues avec les successeurs de Ramaromanompo.

L’après Ramaromanompo

Ratsimilaho le « Zanamalata » devenu roi des Betsimisaraka sous le nom de Ramaromanompo, connut un long règne et fut aimé de son peuple. Son œuvre malheureusement ne survécut pas à sa mort. Son fils Zanahary et sa fille Betia (ou Betty) se disputèrent l’héritage, écrit Philippe Oberlé. Si Zanahary s’installa à Foulpointe, Betty elle, s’établit à l’île Sainte-Marie. Nous aurons prochainement l’occasion de revenir sur la reine Betty. Aujourd’hui, parlons de son frère Zanahary qui connut une triste fin puisqu’il périt assassiné en 1767, « après divers épisodes, intrigues et luttes de clans, écrit Philippe Oberlé. Iavy, son fils, lui succéda. Il guerroya contre les tribus voisines afin d’approvisionner en esclaves les « traitants » français installés sur la côte est, précise notre auteur, qui ajoute que les « captifs » étaient ensuite envoyés à l’île Bourbon. Ce qui explique la présence aujourd’hui à la Réunion, de plusieurs habitants de souche malgache, et de nombreux endroits ayant des noms d’origine malgache.

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : lundi, 18 Novembre 2013

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