Royaume Betsileo

  les nombreux invincibles

recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com & tany_masina@yahoo.fr)

Le Royaume Betsileo

Betsileo ou "betsilao" est la dénomination générique des populations occupant la partie sud des terres centrales de Madagascar.

Le territoire traditionnel betsileo s'étendait depuis la rivière Mania au nord jusqu'au pied du Massif d'Andringitra au sud. Vers l'ouest, celui-ci est limité par la chaîne du Bongolava et vers l'est par la forêt orientale occupée par les Tanala.

Le nom de "Betsilao" (ou "Betsileo") signifie littéralement "les nombreux invincibles".

Voici, une approche de la royauté Betsileo. Hormis deux traditions royales transcrites au XIXe siècle, et reconnues comme donnant la "bonne" version de l'histoire du royaume d'Isandra, l'historien dispose de nombreuses traditions recueillies et publiées au XXe siècle. Mais ces "sources" sont en fait des formes de travaux historiques. C'est ainsi que des informations recueillies pour les quelque 1.500 pages de sa volumineuse "Monographie des Betsileo", le Père Dubois a tiré une sorte d'histoire générale. Mais ces traditions, à utiliser avec précaution donc, restent les indispensables clefs de notre propos du jour, qui, nous le ne répétons, ne sont que des repères pour démontrer qu'il existait d'autres royautés que la royauté merina. Pour ceux qui ont des informations plus précises, comblant ainsi nos carences, prière de nous contacter.

Petite chronologie : XIII-XIV° siècle :

Installation des Vazimba du Betsileo (Ce nom a été choisi au XIIIe siècle, lors de la guerre des nouveaux arrivants contre les Vazimba, habitants les plus anciens de l'île) . Vers 1475, émigration d'Arabisés (Iarivo) au Sud-est dans le Betsileo. 1651 : Ralambo (Betsileo) fonde le Royaume de l'Isandra. 1873 : promulgation du code Betsileo des 118 articles en Isandra .

• Les temps anciens en pays betsileo:

Le pays "Betsileo", sur les hautes terres, est limité par la falaise et la forêt tanala à l'est, le massif de l'Andringitra au sud, et les pénéplaines à l'ouest. Mais la limite nord pose un problème, car si l'Ankaratra aurait pu faire pendant à l'Andringitra, l'Andrantsay, à ses pieds, fut d'abord une principauté apparentée à la dynastie d'Alasora, et forma plus tard, avec toute la région au nord de la Mania, le Vakinankaratra, sixième province d'Imerina. Alors que de nombreux seigneurs andriamasinavalona y portaient encore, en 1840, des noms caractéristiques des princes betsileo. La langue elle-même n'offre guère d'appui. Le parler du Fisakana, au nord-est, est très proche du malgache classique, et celui du Tsienimparihy, au sud, plus proche des parlers occidentaux. Comme dans les autres régions, l'histoire du pays betsileo rapporte, à une époque ancienne, l'existence de populations primitives. Mais elles sont ici, bien antérieures aux Vazimba. Ce sont, disparus, les Fonoka et les Lakoka (ou Gola en Isandra), les Taimbalibaly et les Taindronirony en Lalangina, et, toujours présents en Arindrano comme groupe ancestral ("Foko"), les Bongo. N'ayant ni chef ni roi, en cas de nécessité, ils élisaient l'un des plus forts et courageux d'entre eux pour les guider. Lors de guerres, les vaincus n'étaient ni mis à mort, ni réduits en esclavage. Quant aux morts, on leur donnait les marais pour sépultures.

• Le temps des Vazimba:

L'ancienne présence des Vazimba est attestée par de nombreux tombeaux ("Fasam-bazimba"). Dans la tradition betsileo, le temps des Vazimba est une grande époque correspondant au temps des Rapeto dans le Nord, celui des géants du Betsileo avec Ravariona dont le royaume, délimité par la marque de ses pieds dans le rocher, comprenait le Lalangina et l'Isandra au centre, le Vohibato et le Homatrazo au sud, et le Manandriana au nord : pratiquement tout le pays betsileo. C'est au temps des Vazimba que la tradition situe l'Afotroa, le grand incendie -naturel- qui a détruit la forêt préexistante. Une tradition l'appelle aussi afon'Andrianafotroa (le "feu d'Andrianafotroa"), du nom du roi vazimba qui l'aurait déclenché.

• Le royaume des Iarivo:

La période vazimba se termine dans le chaos, laissant la place à une période heureuse, une "belle époque" ("Faha soantany"), et les Vazimba seraient partis dans l'Ouest, laissant la place au royaume des Iarivo qui les avaient chassés. En fait, si la rupture est politiquement affirmée, tous les Vazimba ne quittèrent pas la région et le royaume des Iarivo que -selon la tradition royale de l'Isandra-, l'on peut dater de la fin du XVè ou du début du XVIè siècle, s'inscrit dans la continuité. Pour les Iarivo, ce fut, près du col de Vinanitelo, aux sources de la Matsiatra, à Andohavolanony -en cet endroit qui est donné pour celui du grand partage qui suivit l'afotroa- que se trouve le lieu à partir duquel une dynastie commença à rassembler des terres et des gens. Il étendit, peu à peu, son autorité sur la partie avale de la rivière et de ses affluents, qui sont au nombre des bases géographiques et idéologiques des "Fanjakana". Quand elle donne la liste des huit premiers rois des Iarivo, la tradition s'ancre dans un monde à la fois vazimba et céleste. En effet, les quatre premiers rois d'Andohavolanony -Andriantompo, Andrianaboabo, Andrianabolisa et Andrianakatsakatsa , qui sont donnés pour vazimba, sont en fait les premiers dieux du panthéon betsileo. Andriantompo est l'équivalent d'Andriamanitra et d'Andriananahary dans les autres régions. Selon le modèle andriana originel, les princes des Iarivo sont donc les descendants du Dieu du Ciel, et Andohavolanony est assimilé au Ciel. Ce n'est qu'à partir du cinquième roi, Andriandehibe, que, si l'on peut dire, l'on se retrouve sur terre avec, près de l'actuel Alakamisy-Itenina, une capitale à Itenina qui domine la Mahaditra. Au début du XVIIe siècle, le royaume d'Iarivo occupait une partie du Vohitsaomby et, dans la seconde moitié du siècle, va s'étendre sur l'ensemble des vallées de la Mango, de l'Iboaka, de l'Isaka, de la Mandranofotsy et du Volovandana ou Isandra, c'est-à-dire sur la zone à laquelle reste attaché le nom de Iarivo. Les rois d'Iarivo créèrent d'autres villes comme Ialasora et déplacèrent leur résidence vers le nord, dans une zone économiquement stratégique. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, le développement de l'insécurité conduisit les souverains à se réinstaller sur un site haut perché, celui d'Antsororoka qui domine l'Iboaka.

• Le royaume d'Isandra:

L'Iarivo, sur le futur territoire du Lalangina, est le pays des ancêtres de Ralambovitaony, qui va fonder le royaume d'Isandra, pièce centrale du monde betsileo du XVIIIe siècle au milieu des principautés dirigées par les descendants de Ravelonandro, une princesse qui serait venue du pays antemoro. Les Iarivo sont, tout à la fois, les sujets et les rois de l'Iarivo. Dans un contexte analogue qui est celui de la fin du monde vazimba, le mot qui, à la même époque, est utilisé en Imerina par Andrianjaka pour renommer Ialamanga et en faire Antananarivo, connote un programme politique tenant compte des désirs du peuple en cette période cruciale. Dans le monde betsileo, le Royaume d'Iarivo s'inscrivait dans l'antique tradition politique malgache, et allait léguer son héritage au royaume d'Isandra. Apparente, la rupture masque une profonde continuité. Les Vazimba ont légué au royaume d'Iarivo et, par son intermédiaire, au royaume d'Isandra, non seulement leurs dieux ou ancêtres divinisés, mais aussi l'ensemble de leurs pratiques politico-religieuses. Cela est vrai des différents rituels du culte des ancêtres, du traitement et du devenir de la dépouille mortelle des rois pour leur réincarnation en "fanany", tout autant que des rites de fondation qui demandaient des sacrifices humains. L'apport des princes vazimba aux royautés ultérieures apparaît dès lors d'une importance considérable.

• La souveraineté betsileo jusqu'au Roi Andriamanalina III:

A Mahazoarivo Isandra (Fianarantsoa) se dresse une pierre levée à cinq zébus, à l'image des cinq rois qui se sont succédés au trône durant un siècle et demi. Les trois, tournés vers le Sud, sont des cornes longues et des bosses élevées. Ils représentent les rois Ralambovitaony (1710-1730), Ramasimbanony (1730-1750) et Andriambenitany (1750-1790) qui, de par leur puissance, ont fait prospérer le royaume d'Isandra. Le quatrième, encore orienté vers le Sud, ayant des cornes et une bosse moindre, incarne Andriamanalina II (1790-1796) dont le règne a été marqué par un déclin. Le dernier, tourné vers le Nord, correspond à Andriamanalina III, qui se lia par le sang ("Fati-drà" ou "Fato-lio") avec le roi d'Ambohimanga Andrianampoinimerina.

Histoire

Dès le début du XVIIIe siècle, les Betsileo s'étaient armés pour se défendre contre les Sakalava, formant même la première armée permanente de l'île de Madagascar.

En ce qui concerne le nom même de Betsileo, d'après Grandidier, "Le vrai nom des Betsileo était autrefois et est même encore aujourd'hui "Andriambohitsombilahy" [lit: les seigneurs des montagnes (riches) en bétail] ou plus couramment Ambihitsomby. Ils se sont attribué le nom de Betsileo, qui signifie "les invincibles", après la tentative infructueuse que Ramitraha, le roi des Sakalava du Menabe, fit vers 1815 pour conquérir le pays" (Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar, t.I, Histoire de la Géographie, 1885, note I, p.183).

Le temps de la guerre des nouveaux arrivants dans le pays Betsileo contre les Vazimba, habitants les plus anciens de l'île, remonte au XIIIe Siècle. Des explorateurs Européens comme Souchu de Rennefort ou François Martin ayant déjà relevé l'appellation "Betsilao" au XVIIe Siècle, celle-ci aurait donc été utilisée par les Vazimba pour décrire leurs envahisseurs, et fut définitivement adoptée par les Betsileo suite aux succès face aux attaques infructueuses des Sakalava dès le début du XVIIIe siècle.

L'émigration d'Arabisés (Iarivo) au Sud-est dans le Betsileo vers 1475 met définitivement un terme au temps des Vazimba, qui se déplacent vers l'ouest. L'Iarivo, sur le futur territoire du Lalangina, est le pays des ancêtres de Ralambovitaony, qui va fonder le royaume d'Isandra, pièce centrale du monde betsileo du XVIIIe siècle au milieu des principautés dirigées par les descendants de Ravelonandro, une princesse venue du pays Antemoro.

Dans sa "Monographie des Betsileo"[1], le père Dubois établit que les nobles immigrants se seraient alliés avec les nobles Vazimba, et auraient chassé le reste de la population indigène vers l'Ouest. Ainsi, un métissage aurait eu lieu entre les nobles immigrants et les nobles Vazimba, formant l'ethnie des Betsileo actuelle dont les nobles présentent un caractère africain prononcé, comparé au reste de la population. Les Vazimba ont légué au royaume d'Iarivo et, par son intermédiaire, au royaume d'Isandra, non seulement leurs dieux ou ancêtres divinisés, mais aussi l'ensemble de leurs pratiques politico-religieuses. Cela est vrai des différents rituels du culte des ancêtres, du traitement et du devenir de la dépouille mortelle des rois pour leur réincarnation en "fañany", tout autant que des rites de fondation qui demandaient des sacrifices humains. L'apport des princes vazimba aux royautés ultérieures apparaît dès lors d'une importance considérable.

Les traditions rapportent que les souverains des différents royaumes Betsileo étaient au départ issus de la même lignée, celle des rois du Manandriana, le royaume du nord occupant l'actuelle région d'Ambositra. Ce royaume du Manandriana s'est constitué vers le XVIe siècle et avait pour premier grand souverain Andriantara Ier. Les autres royaumes qui apparurent par la suite et qui existèrent indépendamment les uns des autres sont :

  1. le Fisakàna au Nord, fondé par Ratrimo, fils d'Andriamitanosy et issue de la lignée royale antemoro des Anteony, royaume ayant eu comme dernier monarque Rivoekembahoaka II, jusqu'à l'annexion merina en 1808 par Andrianampoinimerina;
  2. Ambositra au sud-ouest du Fisakàna et à l'est du royaume du Manandriana, fondé par Mpanalina, second fils d'Andriamitanosy;
  3. l'Isandra dans le sud-ouest qui atteignit son apogée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle sous Andriamanalina 1er;
  4. le Lalangina fondé par le roi Rahasamanarivo, situé dans le sud-est, région de l'actuelle Fianarantsoa dénommée ainsi suite à une période de conquête Merina sous Radama I;
  5. l'Arindrano dans le sud (région actuelle d'Ambalavao) qui ensuite se scinda lui-même en deux pour donner naissance au royaume plus méridional du Vohibato.

Leur histoire montre qu'au cours des derniers siècles, les populations betsileo étaient en constante expansion, d'abord vers le sud et l'ouest et ensuite vers le nord en pays merina où ils représentent de nos jours d'importantes minorités. Les Betsileo constituent le troisième groupe le plus important en nombre à Madagascar.

Civilisation

Les Betsileo revendiquent un patrimoine commun avec les Antemoro de la côte Est, les Tanala et les Bara du sud. Ils sont connus pour leur élevage de bétail, leur base agricole et les prouesses de leurs fermiers. La culture du riz, aliment de base à Madagascar, occupe une grande place dans leur activité économique. La taille et le rendement de la parcelle de riz d'une famille ainsi que le nombre de bétail qu'elle possède délimite souvent la richesse de cette famille. Le pays Betsileo est caractérisé par des collines et des vallées sur les flancs desquelles sont sculptées des rizières par un système élaboré de terrasses, dans un style qui rappelle ceux de l'Asie du Sud Est, montrant ainsi un héritage transmis par certains de leurs ancêtres originaires de cette région d'Asie. Le régime alimentaire Betsileo est presque toujours composé de riz accompagné de viande d'animaux issus de l'élevage tels que le bœuf, le poulet, le canard ou les poissons issus de la pisciculture ou de la pêche en rivière ainsi que d'aliments issus des cultures secondaires comme le manioc, les haricots et d'autres légumes.

Par l'héritage de leur civilisation traditionnelle, les Betsileo sont d'excellents travailleurs du bois, particulièrement connus pour leurs grandes sculptures artistiques. Les Zafimaniry en particulier, un sous-groupe du Betsileo, ont su maintenir vivante cette tradition et sont considérés comme les derniers dépositaires du savoir traditionnel Betsileo concernant l'architecture à base de bois et des arts décoratifs. La connaissance du bois des Betsileo Zafimaniry a été classée par l'UNESCO en tant que patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2002.

La hiérarchie sociale Betsileo était divisée en quatre classes:

  1. Les Hova (nobles): la lignée royale, à laquelle tous les zébus, les "aomby" (provenant du mot bantou "gnombé") ainsi que les terres appartenaient. Tout achat, ou mise à mort d'un aomby requérait la présence d'un Hova. Les hécatombes de bétail en centaines qui célébraient autrefois la mort d'un roi ou de riches Betsileo ne se produisent plus aujourd'hui, car ils ont pris fin suite à leur interdiction lors de la colonisation Française à Madagascar[2].
  2. Les Andevohova : esclaves considérés comme des hommes libres, car bénéficiant du statut "d'être au service" des Hova. Les bras droits des Hova étaient les Andriambaventy. Les nourricières des enfants Hova, les Raindraoto, et les Ramanga, employés pour boire le sang du Hova blessé, recueillir ses rognures d'ongle, lui couper sa viande etc.
  3. Les Olom-potsy (olona fotsy): caste de la société Betsileo, qui caractérise les simples sujets, que rien ne vient distinguer. Le pays Betsileo serait composé de 78 clans d'Olom-potsy. L'appartenance à un clan se transmet par filiation et détermine les lois du mariage qui n'ont lieu qu'entre familles du même clan. Chaque clan est soumis à ses propres interdictions ou "fady", et a ses règles.
  4. Les Andevo : les esclaves, vaincus des guerres. L'esclave était à l'entière disposition mais aucun acte de cruauté n'était pratiqué à son encontre, il faisait partie de la maison, et on le laissait avec sa femme et ses enfants.

Les Sihanaka de la partie nord-est des hautes terres et les Merina avaient un type de hiérarchie sociale se rapprochant de celui des Betsileo. Cependant, les différences restent importantes et les membres des différents groupes tiennent toujours à bien marquer leur identité respective sur ce plan et sur d'autres. La langue Betsileo se rapproche tout aussi bien des parlers du Sud de Madagascar que de ceux des hautes terres centrales.

Un des aspects les plus emblématiques des Betsileo est le sport pratiqué par leurs jeunes. Afin de tester leur force, montrer leur bravoure, s'aguerrir ou pour séduire les femmes, les jeunes Betsileo affrontent les taureaux triés en fonction de leur agressivité, à mains nues dans des arènes remplies d'une foule en ivresse. Ce sport ancestral appelé le "savika", ou "toloñ'omby" est une des multiples facettes illustrant la place prédominante qu'occupe le zébu dans la civilisation Betsileo. C'est entre autres un symbole de puissance, de richesse et de royauté.

Religion

Depuis l'arrivée des missionnaires européens au XIXe siècle, une grande partie de la population malgache s'est convertie au christianisme.

Aujourd'hui, la plupart des Betsileo sont protestants ou catholiques, mais une grande partie de leurs traditions ancestrales et principes religieux sont toujours observés, souvent aux côtés ou de concert avec les pratiques chrétiennes. La croyance pré-chrétienne Betsileo est monothéiste, reconnaissent un Dieu créateur nommé Zanahary. Un royaume surnaturel des esprits des ancêtres, les fantômes ainsi que des esprits de la nature sont également reconnus, et sont toujours invoquée à des fins rituelles. Les influences contradictoires du monothéisme européen et de la religion Malgache ont abouti à un système unique de coutumes religieuses dans lesquelles les pratiques Chrétiennes et les principes traditionnels ont été combinés dans les cérémonies et les croyances.

Aujourd'hui, l'une des plus importantes cérémonies Betsileo est le famadihana ou "retournement des morts", au cours de laquelle les restes des ancêtres Bestileo sont sortis de leurs tombes, enveloppés dans des draps neufs et célébrés[3]. Malgré la prévalence du christianisme, le rôle des "ombiasy" (sorte de chaman) qui sont des devins, des astrologues et des sorciers dans la société betsileo est aussi toujours important. Les ombiasy sont supposés être en mesure de manipuler la magie ainsi que de converser avec les ancêtres, et peuvent être consultés pour des raisons allant des problèmes de santé à l'empoisonnement ou encore pour la géomancie, l'agriculture, etc. L'ombiasy peut faire le bien comme le mal, et c'est ce qui le distingue du sorcier qui lui, ne fait que le mal. C'est lui qui décide de la date propice d'une fête comme le famadihana, d'après la position des étoiles et du calendrier lunaire. Il est très respecté des habitants, car il détient des savoirs qu'il est le seul à maîtriser et qui peuvent être néfastes si jamais il les utilise pour jeter un sort.

Les Royaumes Betsileo

Issus de la fusion des populations autochtones et des conquérants vazimba, les Betsileo, d'origine africaine, sont installés sur le plateau central de Madagascar, au sud du pays imerina, à l'ouest du gradin Tanala. Au xviie siècle, quatre royaumes coexistent : ceux de Lalangina, de l'Arindrano, de l'Issandra et de Manandriana. Morcelés par le relief, ces quatre États sont incapables de s'unir face au royaume imerina. L'Issandra et le Manandriana se soumettent sans combattre ; quant aux rois de Lalangina, ils ont acheté des fusils, confié l'instruction de leurs troupes à un Européen et résisté au roi Andrianapoinimeriman (1787-1810) avant d'être vaincus. Les rois de l'Arindrano, eux, sont battus les derniers par Radama (1810-1828).

Les premiers peuples à s'être installés en pays Betsileo, étaient les Fonoka et les Gola en Isandra, les Taimbalibaly et Tandronirony en Lalangina et les Bongo en Arindrano, population connue comme étant originaire d'Afrique, et qu'on considérait comme assez primitive, menant une vie fait de cueillette dans les fôrets des Hautes-Terres, et d'élevage de zébus. Cette population, d'après la tradition, s'était installée bien avant les Vazimba.

Vers le XIVème siècle, les Vazimba auraient pris possession des terres de Lalangina et d'Isandra au centre, de Vohibato et Homatrazo au sud et de Manandriana au nord, assujettissant les premiers tribus au sein de leur royaume.

Un immense feu de fôret, l'"afotroa", aurait été déclenché par un Roi Vazimba Andrianafotroa, afin de défricher la région, dans le but de vulgariser la riziculture irriguée, et l'élevage.

Quand les Andriana d'Imerina, les "Iarivo", vinrent, ils demandèrent des terres aux Vazimba, que ces derniers s'empressèrent de leur offrir, mais ces terres s'avéraient être incultivables.

Pour lever l'affront, les Andriana d'Imerina decrétèrent que les Vazimba ne pouvaient plus enterrer leur mort dans la terre, et ils durent surélevés leurs tombeaux (les fasam-bazimba), la plupart dans des grottes dans les montagnes.

Des guerres se succédèrent, et les Vazimba auraient migré vers l'ouest, laissant place au royaume d'Iarivo, vers le début du XVIème siècle.

Les Iarivo régnèrent donc près du col de Vinanitelo, aux sources de la Matsiatra, à Andohavolanony. Cinq Rois, que les Vazimba, qui étaient restés considérés comme des Dieux, s'y succédèrent: Andriantompo, Andrianaboabo, Andrianabolisoa, Andrianakatsakatsa et Andriandehibe.

Au XVIIème siècle, le royaume d'Iarivo s'étendit de plus en plus, dans les vallées de la Mango, de l'Iboaka, de l'Isaka et de l'Isandra.L'administration de ces territoires fut confiée à des nobles et officiers Iarivo, les Mahamasinandriana.

  • Un des premiers royaumes "indépendants" Betsileo, fut Manandriana, crée au XVIIème siècle par Andrianitanosy,succédé par Andrianantara I, Andrianantara II et Andrianantara III.
  • Un autre royaume, "indépendant", fut crée au début du XVIIIème siècle, par Ralambovitaony,un descendant des rois de Manandriana, le royaume d'Isandra, ce royaume était un des plus prospère, sous le règne de Andriamanalina I, Andriamanalina II, puis commenca son déclin sous Andriamanalina III.
  • Le troisième royaume, le Lalangina, a été crée, au XVIIIème siècle, par Rahasamanarivo, ses successeurs étaient: Andrianomindranarivo, (qui partagea le Lalangina en quatre provinces),Raindratsara et Andriambavizanaka.
  • L'Arindrano, aurait été crée par Rahasamanarivo également, les Rois qui y régnèrent étaient: Ralainony I, Andriambelonandro I, Raonimamina, Ranarorahoaka, Andriambelonandro et Ralainony II.
  • Le dernier royaume, fut Fisakana, crée aussi au XVIIIème siècle, et régenté par : Rahenry, Rivoekembahoaka I, Andriandriana et Rivoekembahoaka II.

Ces royaumes eurent des administrations "indépendantes", n'étant plus soumis à l'Imerina. Bien que se guerroyant entre eux, ils constituèrent quand même le royaume "Betsileo", mot qu'on qualifie d'origine Merina.Au XIXème siècle, les royaumes de Manandriana, de Lalangina, d'Isandra et Fisakana furent conquis par le Roi Andrianampoinimerina, et devinrent les vassaux de l'Imerina.

Malgré le départ des Vazimba, leurs us et coutumes pérdurèrent, et influencèrent toutes les dynasties régnantes Betsileo. Ce royaume Betsileo, avait pour vocation, comme en Imerina, d'instaurer un système qui était basé sur le respect de la volonté des sujets, un début de "fanjakana" ou "étatisation", d'où la promulgation du Code Betsileo (Dina) en 118 articles.

La hiérarchie sociale Betsileo était divisée en quatre classes:

  1. Les Hova (nobles): la lignée royale, à laquelle tous les zébus, les "omby" ("provenant" du mot bantou "gnombé") étaient leur propriété.Tout achat, ou mise à mort d'un omby réquérait la présence d'un Hova.
  2. Les Andehova : esclaves considérés comme des hommes libres, car bénéficiant du statut "d'être au service" des Hova.Les bras droits des Hova étaient les Andriambaventy. Les nourricières des enfants Hova, les Raindraoto, et les Ramanga, employés pour boire le sang du Hova blessé.
  3. Les Olom-potsy (Olom-potsiny): caste de la société Betsileo, qui caractérise "les simples mortels, que rien ne vient distinguer".Le pays Betsileo serait composé de 78 clans d'Olom-potsy.
  4. Les Andevo : les esclaves, vaincus des guerres.

Voici, une approche de la royauté Betsileo. Hormis deux traditions royales transcrites au XIXe siècle, et reconnues comme donnant la "bonne" version de l'histoire du royaume d'Isandra, l'historien dispose de nombreuses traditions recueillies et publiées au XXe siècle. Mais ces "sources" sont en fait des formes de travaux historiques. C'est ainsi que des informations recueillies pour les quelque 1.500 pages de sa volumineuse "Monographie des Betsileo", le Père Dubois a tiré une sorte d'histoire générale. Mais ces traditions, à utiliser avec précaution donc, restent les indispensables clefs de notre propos du jour, qui, nous le ne répétons, ne sont que des repères pour démontrer qu'il existait d'autres royautés que la royauté merina. Pour ceux qui ont des informations plus précises, comblant ainsi nos carences, prière de nous contacter.

Petite chronologie : XIII-XIVe siècle :

Installation des Vazimba du Betsileo (Ce nom a été choisi au XIIIe siècle, lors de la guerre des nouveaux arrivants contre les Vazimba, habitants les plus anciens de l'île) . Vers 1475, émigration d'Arabisés (Iarivo) au Sud-est dans le Betsileo. 1651 : Ralambo (Betsileo) fonde le Royaume de l'Isandra. 1873 : promulgation du code Betsileo des 118 articles en Isandra .

Les temps anciens en pays betsileo:

Le pays "Betsileo", sur les hautes terres, est limité par la falaise et la forêt tanala à l'est, le massif de l'Andringitra au sud, et les pénéplaines à l'ouest. Mais la limite nord pose un problème, car si l'Ankaratra aurait pu faire pendant à l'Andringitra, l'Andrantsay, à ses pieds, fut d'abord une principauté apparentée à la dynastie d'Alasora, et forma plus tard, avec toute la région au nord de la Mania, le Vakinankaratra, sixième province d'Imerina. Alors que de nombreux seigneurs andriamasinavalona y portaient encore, en 1840, des noms caractéristiques des princes betsileo. La langue elle-même n'offre guère d'appui. Le parler du Fisakana, au nord-est, est très proche du malgache classique, et celui du Tsienimparihy, au sud, plus proche des parlers occidentaux. Comme dans les autres régions, l'histoire du pays betsileo rapporte, à une époque ancienne, l'existence de populations primitives. Mais elles sont ici, bien antérieures aux Vazimba. Ce sont, disparus, les Fonoka et les Lakoka (ou Gola en Isandra), les Taimbalibaly et les Taindronirony en Lalangina, et, toujours présents en Arindrano comme groupe ancestral ("Foko"), les Bongo. N'ayant ni chef ni roi, en cas de nécessité, ils élisaient l'un des plus forts et courageux d'entre eux pour les guider. Lors de guerres, les vaincus n'étaient ni mis à mort, ni réduits en esclavage. Quant aux morts, on leur donnait les marais pour sépultures.

Le temps des Vazimba:

L'ancienne présence des Vazimba est attestée par de nombreux tombeaux ("Fasam-bazimba"). Dans la tradition betsileo, le temps des Vazimba est une grande époque correspondant au temps des Rapeto dans le Nord, celui des géants du Betsileo avec Ravariona dont le royaume, délimité par la marque de ses pieds dans le rocher, comprenait le Lalangina et l'Isandra au centre, le Vohibato et le Homatrazo au sud, et le Manandriana au nord : pratiquement tout le pays betsileo. C'est au temps des Vazimba que la tradition situe l'Afotroa, le grand incendie -naturel- qui a détruit la forêt préexistante. Une tradition l'appelle aussi afon'Andrianafotroa (le "feu d'Andrianafotroa"), du nom du roi vazimba qui l'aurait déclenché.

Le royaume des Iarivo:

La période vazimba se termine dans le chaos, laissant la place à une période heureuse, une "belle époque" ("Faha soantany"), et les Vazimba seraient partis dans l'Ouest, laissant la place au royaume des Iarivo qui les avaient chassés. En fait, si la rupture est politiquement affirmée, tous les Vazimba ne quittèrent pas la région et le royaume des Iarivo que -selon la tradition royale de l'Isandra-, l'on peut dater de la fin du XVè ou du début du XVIè siècle, s'inscrit dans la continuité. Pour les Iarivo, ce fut, près du col de Vinanitelo, aux sources de la Matsiatra, à Andohavolanony -en cet endroit qui est donné pour celui du grand partage qui suivit l'afotroa- que se trouve le lieu à partir duquel une dynastie commença à rassembler des terres et des gens. Il étendit, peu à peu, son autorité sur la partie avale de la rivière et de ses affluents, qui sont au nombre des bases géographiques et idéologiques des "Fanjakana". Quand elle donne la liste des huit premiers rois des Iarivo, la tradition s'ancre dans un monde à la fois vazimba et céleste. En effet, les quatre premiers rois d'Andohavolanony -Andriantompo, Andrianaboabo, Andrianabolisa et Andrianakatsakatsa , qui sont donnés pour vazimba, sont en fait les premiers dieux du panthéon betsileo. Andriantompo est l'équivalent d'Andriamanitra et d'Andriananahary dans les autres régions. Selon le modèle andriana originel, les princes des Iarivo sont donc les descendants du Dieu du Ciel, et Andohavolanony est assimilé au Ciel. Ce n'est qu'à partir du cinquième roi, Andriandehibe, que, si l'on peut dire, l'on se retrouve sur terre avec, près de l'actuel Alakamisy-Itenina, une capitale à Itenina qui domine la Mahaditra. Au début du XVIIe siècle, le royaume d'Iarivo occupait une partie du Vohitsaomby et, dans la seconde moitié du siècle, va s'étendre sur l'ensemble des vallées de la Mango, de l'Iboaka, de l'Isaka, de la Mandranofotsy et du Volovandana ou Isandra, c'est-à-dire sur la zone à laquelle reste attaché le nom de Iarivo. Les rois d'Iarivo créèrent d'autres villes comme Ialasora et déplacèrent leur résidence vers le nord, dans une zone économiquement stratégique. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, le développement de l'insécurité conduisit les souverains à se réinstaller sur un site haut perché, celui d'Antsororoka qui domine l'Iboaka.

Le royaume d'Isandra:

L'Iarivo, sur le futur territoire du Lalangina, est le pays des ancêtres de Ralambovitaony, qui va fonder le royaume d'Isandra, pièce centrale du monde betsileo du XVIIIe siècle au milieu des principautés dirigées par les descendants de Ravelonandro, une princesse qui serait venue du pays antemoro. Les Iarivo sont, tout à la fois, les sujets et les rois de l'Iarivo. Dans un contexte analogue qui est celui de la fin du monde vazimba, le mot qui, à la même époque, est utilisé en Imerina par Andrianjaka pour renommer Ialamanga et en faire Antananarivo, connote un programme politique tenant compte des désirs du peuple en cette période cruciale. Dans le monde betsileo, le Royaume d'Iarivo s'inscrivait dans l'antique tradition politique malgache, et allait léguer son héritage au royaume d'Isandra. Apparente, la rupture masque une profonde continuité. Les Vazimba ont légué au royaume d'Iarivo et, par son intermédiaire, au royaume d'Isandra, non seulement leurs dieux ou ancêtres divinisés, mais aussi l'ensemble de leurs pratiques politico-religieuses. Cela est vrai des différents rituels du culte des ancêtres, du traitement et du devenir de la dépouille mortelle des rois pour leur réincarnation en "fanany", tout autant que des rites de fondation qui demandaient des sacrifices humains. L'apport des princes vazimba aux royautés ultérieures apparaît dès lors d'une importance considérable.

La souveraineté betsileo jusqu'au Roi Andriamanalina III:

A Mahazoarivo Isandra (Fianarantsoa) se dresse une pierre levée à cinq zébus, à l'image des cinq rois qui se sont succédés au trône durant un siècle et demi. Les trois, tournés vers le Sud, sont des cornes longues et des bosses élevées. Ils représentent les rois Ralambovitaony (1710-1730), Ramasimbanony (1730-1750) et Andriambenitany (1750-1790) qui, de par leur puissance, ont fait prospérer le royaume d'Isandra. Le quatrième, encore orienté vers le Sud, ayant des cornes et une bosse moindre, incarne Andriamanalina II (1790-1796) dont le règne a été marqué par un déclin. Le dernier, tourné vers le Nord, correspond à Andriamanalina III, qui se lia par le sang ("Fati-drà" ou "Fato-lio") avec le roi d'Ambohimanga Andrianampoinimerina.

Ramarovahoaka, l’unificateur du Vohibato-Lalangina

    Chassé de Lalangina, le prince Rahasamaharavo, un des premiers souverains du Lalangina, s’installa au Nord de la Matsiatra et y fonda le royaume d’Arindrano. Tout comme l’Isandra, l’Arindrano n’a pas été épargné par le schisme, et fut divisé en deux. Le grand et le petit Arindrano. Ramarovahoaka, fils cadet de Rahasamanarivo, fut le fondateur du Vohibato. Connu également sous le nom de Ralainony 1er, il unifia le Vohibato et le Lalangina. Cette précaire unification ne dura guère, puisque le Vohibato éclata à son tour en deux royaumes distincts. Le Vohibato Nord et le Vohibato Sud. Affaiblis par ces interminables querelles intestines, le Lalangina et l’Arindrano finirent par accepter la suzeraineté merina, non sans avoir livré une mémorable bataille à Ifandana, où l’armée de Vohibato résista jusqu’au dernier soldat aux troupes de Radama 1er, après un siège de deux mois.

HISTOIRE DE LA LIGNEE ROYALE DU FISAKANA... fisakana tsa hanim-boay

La plupart des ouvrages historiques et autres manuels d’Histoire ne considèrent généralement que quatre grands Royaumes traditionnels comme constitutifs des Royaumes Betsileo, à savoir le Manandriana, l’Arindrano, l’Isandra et le Lalangina, faisant fi de deux grands autres, certes tombés plus tôt de par les différents aléas de l’Histoire, mais dont l’importance d’antan ne fut pas des moindres : ceux d’Ambositra et du Fisakàna, ramenant leur nombre véritable à six. Ce dernier se trouve étre le plus marginalisé par les manuels se voulant relater l’Histoire de la région du Betsileo, livres se basant essentiellement sur les éminents travaux du Père DUBOIS (« La monographie du Betsileo ») qui, malgré le volume impressionnant des fruits de ses travaux, avait omis d’y figurer le Royaume du Fisakàna. Deux grandes raisons pourraient en étre la cause probable : la première serait la difficulté à assigner le Fisakàna dans telle ou telle région, de par sa situation géographique, tendant aussi bien à l’inclure dans l’Imerina (frontière Sud du Vakinankaratra) que dans le Betsileo, mais aussi de par le parler de la population (qui semble étre un transition entre le malagasy officiel (merina) et le dialecte betsileo), ou encore de par la morphologie de cette méme population (dont la majorité se rapproche plus des Merina que des Betsileo). La seconde grande cause de l’ « oubli » pourrait étre le fait que les quatre Royaumes dits « traditionnels » aient pu se pérenniser au fil de l’Histoire, notamment en s’arrogeant les bonnes grâces de la Royauté merina en se constituant vassaux de celle-ci, facilitant la transmission et la vulgarisation de leur passé, aisément repris par les chercheurs par la suite. Par conséquent, dans les écrits de la première heure (l’Histoire se transmettant traditionnellement de génération en génération par le bouche à oreille ou encore par les contes et légendes) que sont par exemples le « Tantaran’ny Andriana » du Révérend Père CALLET ou encore l’ « Histoire du Royaume Hova » du Père Malzac, l’on eut retenu du Fisakàna que sa conquéte ou encore sa chute, sans aucune autre précision quant à son passé, ni au devenir des différents membres de la lignée royale, dont les membres ont bel et bien perpétué l’Histoire de la région au fil du temps (il va s’en dire que ces récits écrits glorifiaient d’avantage l’Histoire et les conquétes merina).Malgré tout cela, un essai de mise en exergue de l’historique de la région a été mis en Å“uvre par Charles HANDFEST en 1950, intitulé « Histoire du Fisakàna (Betsileo du Nord) », essai basé sur un recoupement des diverses traditions orales retenues par les vieillards de la localité ainsi que par certains notables. Bien qu’éminemment incomplets, ces travaux furent les prémices du réveil de ce que fut le Fisakàna. Notons que ceci dit, les différentes familles nobiliaires d’antan de la région ont pu se transmettre leur Histoire de génération en génération, notamment par le biais une fois de plus de la tradition orale, mais qu’il leur fut problématique de remettre sur pied au grand jour leur ascendance, leur passé glorieux dans un environnement on ne peut plus que défavorable, que ce soit l’Administration merina de l’époque royale qui pouvait y voir un défi à son encontre, ou encore l’Administration coloniale française. C’est ainsi que, l’Indépendance recouvrée, certaines familles s’empressaient d’affiner leurs recherches et d’enfin noter par écrit les différents récits et généalogies longtemps oubliés et ce, afin que la postérité sache d’où et de qui elle provient. C’est ce que firent entre autres RAPIERRE Daniel et RAJOSEFA, tous deux descendants directs du grand Roi RAFOVATO du Fisakàna, de la branche royale cadette (la première étant éteinte).C’est donc une partie de ces recherches, appuyée notamment d’ouvrages relativement récents ayant narré en filigrane l’Histoire du Fisakàna qui feront l’objet des pages suivantes, relatant aussi bien les souches du Royaume que le devenir de sa lignée au fil du temps, après sa chute.

Chapitre I .Les origines lointaines de la lignée royale du Fisakàna

Selon les diverses recherches effectuées aux fins de remonter aux origines de la lignée royale ayant régné sur la région du Fisakàna, il s’avèrerait que cette dernière soit issue de la dynastie royale antaimoro, fondée par RAMAKARARO, un Prince arabe originaire d’Ephèse ou de Colophon en Asie Mineure selon certains, de la Mecque selon d’autres. En tenant compte de la première hypothèse, puisant sa source d’écrits précieusement conservés par les Antaimoro (les Sorabe), celui-ci serait le fils d’OTHMAN (ou Osman) Ier, fondateur de l’Empire ottoman. A en juger par la probable étymologie de son nom ( Rais-Iman-Orkham), il pourrait s’agir du successeur direct d’Othman Ier, son fils ORHAN (1324-1359), véritable précurseur de la puissance ottomane et dont l’autorité s’était étendue sur toute l’Asie Mineure grâce aux diverses guerres civiles ayant affecté l’Empire byzantin. Toutefois, il pourrait tout aussi bien s’agir d’un parent mais descendant toujours d’Othman.
Ramakararo aurait quitté cette localité le 13 Asombola 1336(A.D) à deux fins principales : d’abord l’établissement d’un nouveau royaume, puis l’expansion de l’Islam à travers les contrées lointaines. Deux grands navires avaient été affrétés à cet effet, dont le premier fut commandé par lui-méme, tandis que le second était dirigé par un autre Prince, ANDRIAMBOAZIRIBE. Ramakararo était secondé par son fils RALIVOAZIRY (Rais-Ali-Wazir) ainsi que par les fils de ce dernier, RAMOSAMARY (Rais-Moussa-Amar) et RAMOSAFOTSY.
L’expédition n’aurait semble-t-il pas été exclusivement composée d’Arabes et d’islamisés. En effet, elle fut aussi bien un véritable brassage de cultures (présence entre autres de Perses, de Kabyles, de Siamois et méme de personnes originaires de Séville en Espagne,…) que de confessions par voie de conséquence (chrétiens, musulmans, animistes,…), diversité encore accrue par les diverses escales.
Après étre passés par Zanzibar puis par Mayotte, les navires se seraient dirigés vers la Grande Ile, plus précisément en direction du Nord-Est et auraient accosté à Iharana près de Vohimaro (Vohémar) pour enfin aboutir à l’embouchure de la Matitana.C’est dans cette localité que Ramakararo fixa la capitale de son futur royaume, à Ambohabe.
Le royaume antaimoro établi, Ramakararo s’en alla retourner soit en Asie Mineure, soit à la Mecque, laissant les rennes du pouvoir aux mains de son fils Ralivoaziry (la légende voudrait que cette décision ait été motivée par le fait que celui-ci aurait perdu ses facultés pour voler). C’est à ce dernier que l’on doit l’extension du royaume par la conquéte des territoires environnants.
Ralivoaziry, arrivé à un âge avancé, avait également émis le souhait de repartir pour l’Arabie, d’où il confia à son tour le royaume à son fils aîné Ramosamary, qui sut s’imposer aux diverses tribus qu’il avait sous son sceptre (Anteony, Onjatsy,…) aussi bien en tant que monarque (Sultan) que chef spirituel, et à qui il avait donné en mariage une Onjatsy en la personne de RATANDRAMASY.
De l’union de Ramosamary et Ratandramasy naquit RAMAROHALA, de qui descendraient les Andriana betsileo du Nord, dont ceux du Fisakàna et d’Ambositra. Ce dernier avait eu 12 enfants desquels est issue la caste princière des Anteony, souche de la monarchie antaimoro. Parmi ces enfants figure ANDRIANKAZIMAMBO qui engendra ANDRIANDRAMBOBEMALAZA qui, au fil de divers recoupements, ne serait nul autre qu’ANDRIANTANOSY(ou ANDRIAMITANOSY), l’ancétre des monarques du Fisakàna.
Chapitre II.La genèse du Royaume du Fisakàna

1. ANDRIANTANOSY
Andriankazimambo, un des douze fils de Ramarohala de qui descend, rappelons-le, la caste princière des Anteony, eut trois fils : ANDRIAMANDRESY, RAINDRASIJA et ANDRIANDRAMBOBEMALAZA. Ce dernier fut génériquement connu dans la région du Fisakàna sous le nom d’ANDRIANTANOSY ou ANDRIAMITANOSY. Certaines traditions orales lui attestent également le nom d’ANDRIANDAVALOHA.
Selon diverses estimations, ce Prince aurait quitté la région de la Matitana vers 1580 et se serait dirigé vers l’Ouest. Son périple lui permit d’aboutir à IVOHIBE, près de Sandrandahy, à l’est du village d’Ambohidraikitra (Ambohidrakotra), près de Mahazoarivo, lieu qu’il érigera en Principauté et dans lequel il s’établit durant quelques années. On lui doit à ce titre le début de la conquéte de la région qui constituera par la suite le Royaume du Fisakàna. Il entreprit plus tard de s’établir à IANJANINDAVITRA.
Andriantanosy eut comme enfants RATRIMO, le véritable précurseur du royaume du Fisakàna et aïeul de la Dynastie royale des ZAFINDRATRIMO, MPANALINA, ancétre des ZANAKOMPANALINA, lignée ayant régné sur Ambositra et enfin RANOSY, Souveraine de la Principauté d’AMORONA (IMITO), qui n’eut pas d’enfants. Ceux-ci ainsi que leur postérité furent sommairement regroupés dans une Dynastie-mère dénommée ZAFIRAMBO (de l’autre nom d’Andriantanosy, Andriandrambobemalaza ou Rambo). Pour marquer d’avantage l’emprise des descendants d’Andriantanosy sur la quasi-totalité de la région du Fisakàna et du Sahasomangana(Ambositra), l’ensemble des deux régions fut d’ailleurs appelée ANJAFIRAMBO (littéralement la contrée des Zafirambo). Une autre version lui voue (à Andriantanosy) également la paternité (sous le nom d’ANDRIANDAVALOHA) d’ANDRIAMANALINA, fondateur présumé de la Principauté d’Andratsay-Betafo ainsi que d’ANDRIANATARA, fondateur du Royaume de MANANDRIANA. En somme, les divers Royaumes betsileo du Nord auraient donc une seule et méme souche, incarnée par Andriantanosy.

2.La fondation effective du Royaume sous RATRIMO

Ratrimo, aîné des enfants d’Andriantanosy, naquit de l’union de celui-ci avec une Princesse betsileo originaire d’Imady. Ayant acquis la maturité nécessaire pour se constituer son propre fief, il quitta avec ses sujets la Principauté paternelle d’Ivohibe et entreprit sa quéte de nouvelles terres.
Il essaya d’abord de se fixer aux alentours de l’actuel Sahamadio, mais eut du mal à s’y établir de manière pérenne du fait des pressions incessantes perpétrées par RANDRIAMBAVY, Princesse d’Ambohitraimady (Est de Masindrary) et maîtresse des environs. A la suite de quoi il décida de s’installer à AMBOHIPOLOALINA, entre Sahamadio et Masindrary.
Il commença à entreprendre des alliances avec les chefs vazimba des contrées environnantes dont RATOLOHO et RASALAMA de Saha, au nord d’Ampitambe (région de Mahazoarivo). Mais ces alliances furent surtout les prémices d’une prise de possession passive du pays. Une fois assuré de tous les soutiens nécessaires, il fit la guerre aux voisins récalcitrants afin de se rendre définitivement maître du Fisakàna. Il parvint néanmoins à s’attirer pacifiquement la soumission de certaines seigneuries et chefferies vazimba. En réunissant ces différentes seigneuries sous son sceptre, Ratrimo édifia le Royaume du Fisakàna et fixa sa capitale à Ambohipoloalina. D’autres Principautés et seigneuries se formeront au fil du temps, notamment en fonction des différentes migrations qui suivirent ou encore des besoins politiques ou stratégiques.
Le Roi Ratrimo eut cinq fils connus (six si l’on considère que RANDRIANDRATRIMO serait son fils et non son petit-fils), à savoir : RAHENDRY, RAFOVATO ou RIVOEKEMBAHOAKA I, RABOLOKIANDRIANA, RANDRIAMANATSIARY et RANDRIANJAFINDRAMBOBEMALAZA. Afin de mieux asseoir son autorité, il plaça directement certains de ses fils à la téte des différentes seigneuries conquises, tandis qu’il préparait son fils aîné Rahendry à lui succéder.
Arrivé à un âge avancé, Ratrimo confia les rennes du pouvoir à Rahendry et s’en alla migrer en Imerina. Certaines affirmations attestent qu’il serait celui à qui l’on doit la création du Royaume d’AMBOHIDRATRIMO (antérieur au Ratrimo fils d’Andriantoponimerina I, petit-fils d’Andriamasinavalona à qui le Tantaran’ny Andriana du R.P CALLET attribue la fondation) et par voie de conséquence, l’ancétre des Andriana de cette localité. On lui voue une anecdote selon laquelle il aurait rendu visite au Roi RABIBY (Habib) à AMBOHIDRABIBY et que les deux souverains auraient entonné quelques airs ensemble. Ratrimo serait toujours enseveli à Ambohidratrimo.

Chapitre III. Le Royaume du Fisakàna à son apogée
1.Le court règne de Rahendry (1650-1655)
Le règne de Rahendry, dont le nom signifie littéralement « le Sage », est pourtant retenu par la tradition comme ayant été agité et médiocre, ayant presque mené le Royaume à la dérive. N’ayant su retenir aucune des instructions prodiguées par son père, Rahendry fut de surcroît un Roi violent et sanguinaire. Le peuple le déposa et lui préféra son frère cadet RAFOVATO.
2.Le règne de Rafovato ou Rivoekembahoaka I (1655-1775)
Contrairement au règne de son frère aîné Rahendry, celui de RAFOVATO fut certainement le plus glorieux de l’Histoire du Fisakàna et non moins l’un des plus longs de l’Histoire méme de l’Humanité car, à en croire la tradition, il se serait étendu sur 120 ans!
Rafovato, connu également sous le nom RABOLOKY (RABAKOLY pour certains), fut un monarque nanti d’une grande sagesse et sut se faire aimer de ses sujets, au point que ces derniers, pour lui marquer leur allégeance et leur approbation, lui vouèrent eux-mémes le nom de RIVOEKEMBAHOAKA (littéralement « Rivo que le peuple approuve » », ou plutôt « celui que le peuple approuve mille fois », si l’on considère « Rivo » comme étant une contraction du mot « Arivo » (mille en Malagasy), formule en usage notamment chez les Betsileo pour marquer le profond attachement à un personnage donné (à noter que le chiffre cent ou « Zato » est également usité de manière fréquente en ce sens)).
Plusieurs anecdotes et faits marquants ont été transmis de génération en génération comme ayant eu lieu du temps de Rafovato. Il en est ainsi de la célèbre histoire du « Fanidy » (sorte de talisman) qu’il fit mettre par un Taiva (sorcier) betsimisaraka afin de faire disparaître les crocodiles qui infestaient le Fisakàna. Dès lors, ses sujets ne furent plus inquiétés et firent méme de la situation, c’est-à-dire de leur victoire sur les crocodiles, une expression-phare qui devint par la suite la devise du Fisakàna : « Fisakàna tsa hanim-boay »(les crocodiles ne mangeront pas ceux du Fisakàna). Le Taiva aurait également consenti à ce que l’on fasse sacrifice de sa propre personne pour l’effectivité réelle du talisman, mais en contre-partie, il jeta la malédiction à tous ceux du Fisakàna qui chercheraient dorénavant à faire fortune dans le pays betsimisaraka de ne pouvoir ramener les richesses amassées dans leur contrée natale.
Le Fisakàna sous Rafovato, terre de convoitise et d’exil
La renommée du Royaume prospère s’étendit au-delà de ses frontières, attisant l’exode de divers autres peuples limitrophes ou issus de contrées plus lointaines. Citons entre autres des Betsileo de Manandriana, des Betsimisaraka, des Antambahoaka (Terak’i Mangoro), des Tanala, voire méme des Merina, en l’occurrence originaires de Dilambato (Zafimbazaha) ou encore d’Alasora. Cette popularité alla notamment jusqu’aux oreilles des Sakalava, venant de l’Ouest, suscitant la convoitise de ces derniers, convoitise qui entre également en ligne de compte de leur dessein de conquérir le pays betsileo tout entier.
Les Merina n’étaient pas non plus en reste dans cette perspective de conquéte, axée surtout sur la recherche d’esclaves et de bovidés. Ceux-ci s’établirent dans la localité de Vatondrangy, puis aboutirent à Merinkanjaka où la population eut du mal à leur faire face. En effet, cette dernière, usant encore d’armes rudimentaires, dut faire face à un armement nouveau incarné par deux fusils en possession des assaillants et n’eut d’autre alternative que de plier. Tout le Royaume fut mobilisé et une armée levée, sous la conduite de BEFEO, éminent chef militaire de Rafovato. N’étant pas encore au fait des armes à feu, l’armée et la population ripostèrent avec les moyens en leur possession, notamment par des jets de pierre incessants au point que l’ennemi dut finalement plier. La tradition veut que nombre de Merina furent capturés vifs et soumis à la lacération de leurs oreilles avant d’étre remis en liberté. L’on fit de ces oreilles des guirlandes que l’on exposa dans les champs, ce qui a donné à une localité le nom de BESOFINA (« lieu grouillant d’oreilles »). Telle fut également la genèse du nom du village d’IKORO qui rappelle les lacérations qui y avaient été effectuées. Befeo fut acclamé en véritable héros aux quatre coins du Royaume et devint BEFEOMALAZA (« Befeo le célèbre »). On raconte que celui-ci fit à maintes reprises le méme réve selon lequel il partait pour l’Imerina et qu’il y servait un grand monarque. La fréquence du réve était telle qu’il décida de partir avec femme et enfants en Imerina, et aboutit finalement à ILAFY où le Seigneur de la localité (voire Andriamasinavalona lui-méme) le prit sous son aile, le plaça dans la caste des Tsimiamboholahy et lui attribua de hautes charges sous le nom d’ANDRIAMANAREFO. De ce dernier descendraient d’ailleurs la plupart des habitants actuels d’Ambohitrarahaba et d’Analamahitsy car, en effet, il échut aux descendants d’Andriamanarefo du temps du Roi ANDRIAMBELOMASINA de veiller sur la frontière Sud de l’Avaradrano (incarnée par Ambohitrarahaba du temps de ce Monarque, puis un peu plus tard, sous Andrianampoinimerina, par Analamahitsy, un peu plus au Sud). Ceux-ci contribuèrent également à la chute d’Andrianjafy au profit de Ramboasalama, le futur Andrianampoinimerina. Notons aussi que nombre de descendants d’Andriamanarefo furent amenés à de hautes charges au fil des différents règnes, à ne citer que Rainimahajere, 14è Honneur O.D.P qui fut l’un des tenants du portefeuille des Finances de l’Etat sous Ranavalona II.
Mais telle encore fut la notoriété du monarque du Fisakàna au point que bon nombre de Princes et de leurs suivants aient demandé à élire asile sur ses terres et se constituèrent ses vassaux, fuyant leurs terres d’origine à la suite la plupart du temps de querelles successorales ou encore de mésententes avec leurs suzerains. Vinrent en Fisakàna, des Nobles Antambahoaka du Mangoro, d’Ivohibe (berceau de la dynastie), de Manandriana (dont le plus connu est sûrement RAMITOMBO, petit-fils du Roi ANDRIANATARA, à qui Rafovato voua VOHITSOA en guise de Seigneurie aux termes d’une longue et célèbre épopée), des autres Royaumes betsileo, du Vakinankaratra mais également et surtout de l’Imerina, notamment des Princes (Zanakandriana) et des Andriamasinavalona, condamnés à l’exil suite aux guerres intestines générées par la division par le Roi ANDRIAMASINAVALONA du Royaume merina entre ses quatre fils ( citons entre autres : ANDRIANTSISISINA, un andriamasinavalona originaire d’Iharanandriana et établi à Iharana, ANDRIAMANIMAMBOATRA qui s’installa à Ambohitraivo ou encore RAINITANJAKA établi à Alasora, puis à Tsimialona).
L’extraordinaire longévité de Rafovato fit également beaucoup parler d’elle au point que le Roi sakalava du Menabe RAMASOANDRO (ou RATRIMOLAHY II, contemporain d’Andrianampoinimerina et grand-père de la Princesse RASALIMO, future épouse de RADAMA Ier) vint lui-méme dans le Fisakàna dans le but de lui acheter le talisman ou l’élixir (Ody) qui lui aurait procuré cette vertu. Rafovato lui répondit tout simplement, tout en pointant son cÅ“ur du doigt, que le secret y résidait, et qu’il suffirait juste de faire le bien et la justice autour de soi pour pouvoir prétendre à une longue vie.
Genèse de la parenté avec les Andriana du Vakinankaratra
Le premier quart de siècle du règne de Rafovato correspond à la période où en Imerina, Andriamasinavalona monta sur le trône après en avoir chassé son frère Razakatsitakatrinimerina et reçut l’hommage et l’allégeance de nombreux Rois et Seigneurs dont les terres jouxtaient son Royaume, notamment celui d’ANDRIAMPANARIVOFONAMANJAKA, Roi d’IFANONGOAVANA (près de Mantasoa) qui, pour marquer la soumission de son Royaume, lui offrit sa sÅ“ur en mariage.
Indignés par la docilité dont a fait preuve leur parent, le Prince ANDRIANONY (qui devint plus tard ANDRIANONIMANJAKANITANY) et ses deux sÅ“urs RAMANJAKA et RAMANALINARIVO décidèrent de quitter leur fief de VATONDRANGY – AMBODINDRANADRAMBO, à l’Est d’Ambohimahatakatra près de Mantasoa et entreprirent un long périple en direction du Sud, périple qui les mènera vraisemblablement en tout premier lieu à VATONDRANGY, au Sud de Tsinjoarivo (à noter que les chercheurs sont unanimes quant à leur passage dans une localité dénommée « Vatondrangy », mais sont par contre partagés quant à la prise en considération de l’un ou l’autre, d’où il nous a paru sage de considérer les deux), lieu où ils restèrent durant un temps indéterminé. Puis, ils reprirent la route en direction Sud-Ouest pour aboutir dans le Fisakàna, très probablement à KIRIRIOKA. Mais Andrianony ne s’y plaisant pas, ils remontèrent vers le Nord pour aller vers l’ONIVE et s’établir à VONTOVORONA où ils restèrent peu de temps. Lorsqu’ils quittèrent cette localité, ils reprirent une fois de plus le chemin du Sud et passèrent par MANANDONA, puis par Ianjanina à l’Ouest du Lac Tritriva et parvinrent enfin à ANDRATSAY – BETAFO qui fut le lieu de prédilection ayant fait l’unanimité. Mais il leur a fallu combattre le Roi vazimba RADOBAY au prix de quelques ruses, retenues par la tradition, pour se constituer maîtres des lieux.
Les trois frère et sÅ“urs entreprirent par la suite de se partager la terre nouvellement conquise et à cet effet, Andrianony immola une chèvre à AMBOAVOA. Cette séquence fut d’ailleurs le fait générateur du départ de Ramanalinarivo qui pourrait s’expliquer de deux manières : selon une première hypothèse, Ramanalina se serait offusquée du fait qu’Andrianony ait volé à son insu et fait immoler sa chèvre pour Radobay ; l’autre hypothèse, la plus connue, est celle selon laquelle Andrianony n’aurait partagé la chèvre qu’en deux, donc pour lui-méme et pour son autre sÅ“ur Ramanjaka, ne prévoyant donc aucune part pour Ramanalina. Fortement accablée et vexée, s’étant sentie mise délibérément à l’écart, celle-ci préféra quitter son frère et sa sÅ“ur et alla en direction de l’Est en compagnie d’Andrianjafitoray et d’Andriandravitrika et de leur famille respective. Ils s’établirent à VOHITRAMBO où l’on creusa une enceinte profonde. Après avoir pleuré son frère et sa sÅ“ur au bord d’un fossé qui prit par la suite le nom d’IZAFINGIDINA, au Nord d’Ibity, Ramanalinarivo ne voulut plus retourner à Vohitrambo et décida d’émigrer définitivement vers le FISAKANA, par où elle était déjà passée par le passé.
Notons au passage qu’Andrianony, après avoir exploré les environs des terres nouvellement acquises, décida de s’établir à FIVAVAVAHANA (Ouest), tandis que sa sÅ“ur Ramanjaka régna à AMBOHITRANDRAINARIVO (Est). Parmi les enfants d’Andrianony figure ANDRIANOTSOAHINARIVO qui alla dans le Menabe et intégra la famille royale locale. De ce dernier descend la Princesse sakalava RASALIMO qui deviendra l’épouse du Roi RADAMA Ier. Descend également d’Andrianony le célèbre ANDRIAMANALINIBETSILEO, Roi d’Andratsay et qui fut un contemporain et farouche adversaire d’ANDRIANAMPOINIMERINA.
Ramanalina s’établit donc dans le Fisakàna et se lia probablement avec un Seigneur de la région (peut-étre RANDRIANDAMBO ?). Elle enfanta la Princesse ANDRIAMBAVIZANAKA qui deviendra par la suite la femme du Roi Rafovato. Une autre version affirme que Ramanalina se serait unie à Rafovato mais que, par contre, Andriambavizanaka naquit bien avant cette union, excluant tout lien de sang entre Rafovato et Andriambavizanaka. Quoiqu’il en soit, tous s’accordent quant au fait que Rafovato se soit uni avec Andriambavizanaka. Cette union marque ainsi la parenté entre les Andriana du Vakinankaratra et ceux du Fisakàna.

Vers la succession de Rafovato
Rafovato et Andriambavizanaka eurent deux fils dont la filiation est certaine, à savoir RANDRIANDRATRIMO (« l’enfant chéri de Ratrimo », en hommage à son grand-père Ratrimo) et ANDRIANANDRIANINA (ou ANDRIANDRANANDRIANA). Une fille serait également issue de cette union, mariée à un Seigneur d’Iharana. La tradition leur attribue parfois la parenté d’un ANDRIAMANALINA Roi d’Ambositra (ou Prince des environs) ou encore du Roi ANDRIANATARA de Manandriana (Ier ou II), voire méme celle directement du Roi RIVOEKEMBAHOAKA II qui, en vérité, n’est que son petit-fils.
a) Randriandratrimo et Ramaitsomby à Tsiakarindambo
Un jour, une Princesse antambahoaka du nom de RAMAITSOMBY, originaire de l’Est-Mangoro, vint avec sa suite sur les terres du Fisakàna aux fins de s’y établir. Celle-ci se fixa d’abord à IKORO, au Nord d’Andrainjato, puis ayant jeté son dévolu sur une montagne, que l’on connaîtra plus tard sous le nom de TSIAKARANDAMBO et sur laquelle régnait le Vazimba RAINIDARY, elle alla voir le Roi Rafovato afin d’avoir l’assentiment de ce dernier en tant que maître des lieux. Rafovato consentit à ce qu’elle et sa suite s’y établissent ainsi que dans les contrées avoisinantes. Afin de mieux raffermir son autorité sur les nouveaux venus, le monarque décida de marier son fils Randriandratrimo à Ramaitsomby, conférant au Prince l’administration du Royaume de Tsiakarandambo et des sujets, anciens et nouveaux, qui le composent dorénavant. Tantôt royaume, tantôt principauté, Tsiakarandambo, qui réunit sous son sceptre les anciennes chefferies et villages avoisinants, resta tout de méme, en tout cas par principe, rattaché au Royaume du Fisakàna, tout en jouissant d’une semi-autonomie. Notons que le nom « Tsiakarandambo » (« où les porcs ne peuvent monter ») admet deux principales anecdotes quant à son origine : la première est que le Roi Randriandratrimo fut interrompu par un cochon durant un kabary, à la suite de quoi, agacé, il interdit formellement l’accès de ces animaux sur sa colline ; la seconde serait que le Monarque craignait tout simplement la race porcine (en l’occurrence et plus probablement les sangliers), d’où l’interdiction ultime édictée. Quoi qu’il en soit, il est nécessaire de souligner que le cochon a toujours été considéré comme étant un animal impur dans presque toutes les régions de Madagascar, et dont l’accès aux collines sacrées ou ayant abrité des Andriana ou leur sépulture est formellement prohibé, d’autant à plus forte raison que les Princes du Fisakàna sont de souche arabe.
De l’union de Randriandratrimo et de Ramaitsomby naquirent deux fils, à savoir le Prince RAINITAIZA (ou RAINITEZA) et le Prince RAIBIBY. Rainitaiza donna naissance à un fils unique, RAOTOMANGORO, qui prit le nom de la localité d’origine de sa grand-mère, la Princesse Ramaitsomby (Mangoro). Une annexe sera exclusivement consacrée au Royaume de Tsiakarandambo plus loin.
b) Andrianandrianina
Bien que son nom fut largement évocateur des desseins auxquels son père lui a prédestiné, Randriandratrimo, appelé par celui-ci à d’autres fonctions citées plus haut, laissa donc les futures rennes du pouvoir central à Andrianandrianina, bien que celui-ci ne fut en rien préparé à cette lourde tâche (d’où probablement l’étymologie de son nom qui pourrait littéralement signifier « le Prince à qui on fait allégeance » ou plutôt « le Prince qu’on a intronisé »).
c) La fin de Rafovato
Comme relaté plus haut, la tradition voulut que le Roi Rafovato meure à un âge très avancé vers 1775, à 170 ans environ, faisant de son règne l’un des plus longs de l’Histoire de l’Humanité (120 ans). Il fut enseveli près d’Ambohipoloalina, dans la rivière, recommandation faite de son vivant car, semble-t-il, il redoutait que les rats ne le dérangent dans son repos éternel. C’est à cet effet qu’il se fit mettre dans un cercueil en fer.

Chapitre IV. Les dernières décades du Royaume
1.Andrianandrianina à Miarinkanjaka
Andrianandrianina hérita du Royaume du vivant méme de Rafovato, et ce à un âge relativement avancé. Devenu Roi du Fisakàna, il déplaça la capitale du Royaume d’Ambohipoloalina à MIARINKANJAKA, localité permettant par sa situation stratégique une meilleure administration du Royaume de par le fait que celui-ci se soit beaucoup élargi au fil du temps. C’est à Miarinkanjaka que vit le jour le futur RIVOEKEMBAHOAKA II, son fils.
Son règne ne dura pas longtemps et ne vit aucun fait particulier, d’où le fait que la tradition ne l’ait presque pas retenu.

2.Rivoekembahoaka II, dernier monarque du Fisakàna (1796-1808)
Rivoekembahoaka II, à qui Andrianandrianina donna le nom du grand-père comme il est d’usage, naquit donc dans la capitale du Royaume, à Miarinkanjaka. Mais une fois établi sur le trône, à la mort de son père, vers 1796, il transféra la capitale à KIRIRIOKA, une citadelle naturelle imposante et difficile d’accès, juchée au Nord-Est de l’actuelle ville de Fandriana. De grands bouleversements dans l’administration du Royaume, outre évidemment la chute tragique de celui-ci, caractérisent ce règne ayant duré une douzaine d’années.
Mise en Å“uvre d’un pouvoir centralisé
Son époque fut surtout marquée par un raffermissement net du pouvoir royal par la création d’émissaires royaux faisant office de Juges (« Mpitsara ») chargés de le représenter, ainsi que de collecteurs d’impôts (« Mpanangona Hetra »). Ceux-ci servaient notamment à épier les abus et les éventuels arbitraires des Seigneurs terriens en servant d’ « yeux » et d’ « oreilles » du Roi, mais aussi et surtout à rappeler sa suzeraineté sur les autres fiefs, d’autant que nombreuses autres Seigneuries se formèrent du fait surtout de la nouvelle venue d’immigrés due à la renommée de Rivoekembahoaka II, semblable à celle de son grand-père Rafovato.
Le Roi nomma RATSIMIHETY d’Andranoraikitra en tant qu’administrateur général des affaires du Royaume, faisant de ce dernier en quelque sorte son Premier Ministre. A la téte des Mpitsara se trouvait ANDRIAMBAVA, originaire de Vohitrambo. Les Mpanangona Hetra étaient quant à eux dirigés par ANDRIAMINAHY.
Les Mpitsara étaient disposés équitablement de part et d’autre du fleuve Fisakàna (Malaza plus exactement), à raison de dix au Nord (Avaradrano) et dix autres au Sud (Atsimondrano), de méme que les Mpanangona Hetra à raison de cinq au Nord et cinq au Sud. Cette division naturelle est à la base de la division en deux grandes circonscriptions du Royaume, initiée par Rivoekembahoaka II, à savoir l’AVARADRANO regroupant principalement les Seigneuries de Miarinavaratra, Tsarazaza, Sahatorendrika, Ambohipo et Iharana, ayant comme chef-lieu ANDRAIMASINA et MANOAHASINA, puis l’ATSIMONDRANO rassemblant les Principautés de Tsiakarindambo et d’Imito ainsi que les Seigneuries d’Imady, de Mahazoarivo et de Sandrandahy, dont le chef-lieu était FISAKANTSIAVADIKA, au Nord de Sandrandahy. Manoahasina dans l’Avaradrano fut le lieu de prédilection de rassemblement des vingt Grands Juges du Fisakàna.
La capitale-citadelle Kiririoka était une surface rocheuse robuste divisée en trois localités, toutes inclinées à l’Ouest. La première, AMBATOMALAZA, au Sud, abritait les MPITILY et les coursiers royaux. Celle du milieu, SAHAMAHAMASINA (littéralement « sentier sanctificateur »), servait à bénir ceux que l’on envoyait à la téte des armées. Enfin, la troisième se situant tout au Nord était divisée en deux : la partie Ouest, MASOANDROSAMBAINA, abritait le Palais du Roi Rivoekembahoaka II, tandis que la partie Est, LANITRIOMBONANA, était réservée aux gardes ainsi qu’aux serviteurs royaux.

Le Roi Rivoekembahoaka II eut vent des conquétes entreprises par Andrianampoinimerina à travers le pays betsileo et sut que, tôt ou tard, il ne pourrait se soustraire à une imminente confrontation avec le Monarque de l’Imerina. Prenant conseil auprès du Monarque sakalava Ramasoandro (Ratrimolahy II), ce dernier lui assura qu’il n’y avait rien à craindre d’Andrianampoinimerina, d’autant plus que les armes à feu utilisées par celui-ci provenaient du pays sakalava (allié en principe du Fisakàna par l’amitié mutuelle que se vouent Rivoekembahoaka II et Ramasoandro). L’assurance de Ramasoandro ne fut pourtant que verbale car Andrianampoinimerina poursuivit allègrement sa conquéte jusque dans le Fisakàna, puis, aux moments les plus critiques de l’invasion, Rivoekembahoaka II ne reçut méme pas le soutient des Sakalava.
La convoitise d’Andrianampoinimerina
Le Roi Andrianampoinimerina entreprit donc la conquéte du Royaume du Fisakàna et comme à l’accoutumée, il usa d’abord d’atouts pacifiques en demandant au Roi du Fisakàna de se constituer « son fils » car, dit-il, « Dieu a voulu que le Royaume m’appartienne » (« Avia manatona ahy ho zanako fa ahy ny fanjakana »). Rivoekembahoaka refusa avec véhémence en arguant qu’il lui était tout à fait semblable, un grand Monarque tout comme lui-méme, aimé de ses sujets et nanti de tous les attributs qui s’en suivent. A cet effet, étant égaux, l’un ne devrait pas selon lui se constituer le « fils »de l’autre. Devant la résistance de Rivoekembahoaka II, Andrianampoinimerina réitéra son offre, assortie cette fois de menaces, offre qui a été déclinée de plus belle. Poursuivant son entétement, le Roi du Fisakàna, perché du haut de sa citadelle, ajouta qu’il était tout à fait de taille à affronter le Roi merina en lui jetant l’expression « miakara raha sahy fa masaka ny loha omby », provocation belliqueuse de l’époque (littéralement « monte si tu oses car la téte de zébu est cuite »). Face à cette menace ouverte et las de l’entétement de Rivoekembahoaka, Andrianampoinimerina se résolut à engager les hostilités. Le Roi du Fisakàna quant à lui s’en alla s’enquérir de l’appui de son peuple qui d’ailleurs l’acclama et lui voua un soutien indéfectible jusqu’à la mort.
La résistance acharnée et la chute du Royaume
Vint alors l’heure des hostilités armées menées contre la forteresse de Kiririoka. Celle-ci, jouissant de sa stature imposante et difficile d’accès, résista héroïquement à toutes les attaques et ce durant plusieurs mois de siège. Imprenable par la force des armes, Andrianampoinimerina dut se résoudre à cogiter d’autres alternatives. C’est ainsi qu’il trouva l’idée d’affamer la population située sur la citadelle en la privant de toute possibilité de se ravitailler. Le stratagème porta glorieusement ses fruits car au bout de quelques semaines, la population manqua péniblement de vivres, ce qui avait considérablement affaibli les sujets du Fisakàna, tant physiquement que moralement.
Néanmoins, Andrianampoinimerina ne s’en contenta point et réfléchit à un coup de grâce pour se rendre définitivement maître du rocher fortifié et d’en déloger les récalcitrants. Entretemps, il eut le temps de s’arroger secrètement l’allégeance du Prince RAMBOAY, fils de Rivoekembahoaka II par l’entremise duquel il trouva la solution du coup fatal à donner. C’est à cet effet que Ramboay lui proposa de braver le tabou le plus sacrosaint de Kiririoka : celui d’y faire monter un zébu du méme nom (ayant probablement une morphologie particulière). Andrianampoinimerina fit donc faire en sorte que l’on fasse pénétrer le bovidé le plus discrètement possible dans l’enceinte du site, d’où il décida que cela se fasse aux aurores, de sorte que la population ne s’en aperçoive qu’au lever du jour. Et l’effet attendu survint, créant une psychose sans égale au niveau de la masse : tous furent effroyablement horrifiés de la présence de la béte interdite, hurlant et courant dans tous les sens, au point méme que nombre d’entre eux, femmes et enfants compris, préférèrent se jeter du rocher. Le sacrilège consommé, l’armée d’Andrianampoinimerina put enfin aisément pénétrer la redoutable forteresse, tandis que le Monarque merina, juché au sommet d’une colline située au Nord de Kiririoka, exultait et jubilait, allant méme jusqu’à danser, ne pouvant plus contenir sa joie. C’est ainsi que l’endroit en question fut appelé NANDIHIZANA (« où l’on a dansé ») (à ne pas confondre avec la localité du méme nom, située dans la région de MANANDRIANA, lieu au niveau duquel la population de cette contrée avait dansé pour acclamer le retour du Roi ANDRIANANTARA IV). En investissant les lieux, les hommes d’Andrianampoinimerina se mirent à la recherche du Roi du Fisakàna et de la famille royale proche, mais firent mouche, ceux-ci ayant vraisemblablement eu le temps de prendre la fuite. Le Roi de l’Imerina se résolut à ne pas le traquer d’avantage puis rentra en Imerina en ramenant avec lui en guise de butin de guerre les anciens serviteurs de Rivoekembahoaka II, connus plus tard comme étant les TSIARONDAHY ou « Tserok’Andrianampoinimerina ». Ceux-ci constitueront en quelque sorte l’élite des serviteurs royaux, car ils étaient exclusivement au service du Roi ou des familles de la Haute Noblesse.
Quelques temps plus tard, Rivoekembahoaka II refit surface, décidé à reconquérir son Royaume par tous les moyens. C’est ainsi qu’il eut carrément l’audace de demander à Andrianampoinimerina à ce que celui-ci lui restitue son trône. Contre toute attente, disposé à répondre favorablement à sa requéte, le souverain merina émit tout de méme une condition sine qua non en mettant Rivoekembahoaka au défi. En l’essence, le défi à relever était de soumettre la Seigneurie d’ILAKA, localité ayant pour souverain ANDRIANTSALAMAMASINDRAINY, un vieil adversaire, et ce de manière pacifique, sans qu’il y ait effusion de sang (à noter en effet que certaines sources affirment que les deux souverains étaient en conflit depuis longtemps, sans qu’il n’y ait jamais eu d’issue pacifique possible, raison pour laquelle Andrianampoinimerina décida de faire de ce challenge quasi-impossible le moyen idéal pour jauger la valeur de Rivoekembahoaka). Rivoekembahoaka II releva le défi et partit à la rencontre du Seigneur d’Ilaka en vue de pactiser avec. A cet effet, les deux protagonistes procédèrent au « Fato-drà » pour symboliser leur alliance, assurément à contrecÅ“ur. Ceci fait, Rivoekembahoaka, la rage au cÅ“ur et cogitant tout moyen pour neutraliser une bonne fois pour toutes son ennemi de toujours, fit mine d’inviter Andriantsalamamasindrainy à effectuer une partie de « fanorona » (jeu de stratégie typiquement malagasy, semblable au jeu de dames) afin de « célébrer la nouvelle entente ». Pendant que ce dernier fut occupé à préparer sa stratégie de jeu, le Roi du Fisakàna en profita pour lui administrer le coup fatal en le poignardant de son « lefom-pohy » (petite sagaie) au niveau du ventre. Andriantsalamamasindrainy riposta sur le moment méme en saisissant fortement à en transpercer de ses ongles son adversaire au niveau également de son ventre puis en le jetant à terre. Néanmoins, Andriantsalama succomba à ses blessures tandis que Rivoekembahoaka survécut au siennes, bien que fortement affligé, ses plaies s’étant rapidement infectées du fait de leur profondeur.
Il va s’en dire qu’Andrianampoinimerina fut terriblement irrité de la tournure des faits, d’autant que Rivoekembahoaka II se soit permis de répartir à sa guise les captifs de guerre, de plus en ne vouant au souverain merina que les vieillards. A la suite de quoi celui-ci lui déclara définitivement la guerre. L’affrontement décisif eut lieu un mercredi de l’année 1808. L’armée du Fisakàna fut vaincue, Rivoekembahoaka ayant été mal en point et n’ayant donc pu conduire lui-méme ses hommes à la bataille. Le dernier Monarque du Fisakàna succomba finalement à ses blessures, tandis que ses enfants périrent tous au combat, ce qui mit fin à la lignée royale directe (il paraitrait qu’une Princesse, du nom de RAFARAMBOAHANGY, femme de Rivoekembahoaka II ou de l’un de ses fils, descendante de la Princesse RATSIETITANY, originaire d’Andohan’i Sisaony, ait survécu et se soit remariée à ANKADITANY avec un membre de la lignée royale cadette). Ainsi disparut le Royaume du Fisakàna, désormais annexé par celui de l’Imerina.
Réformes administratives merina
Andrianampoinimerina inclut dès lors le Fisakàna dans l’ « Imerina Enin-toko », plus précisément au sein du VAKINANKARATRA. La région une fois annexée, Le Roi crut bon de ne pas maintenir les différents Princes et Seigneurs à la téte des différents fiefs, bien que ces derniers ne lui aient plus opposé aucune résistance, parant ainsi toute éventualité de soulèvement. Néanmoins, il permit à ceux-ci de jouir de leur rang, sans plus aucune fonction administrative ni de commandement, dans le but notamment de gagner l’assentiment du peuple. C’est probablement pour cette raison que certains Andriana natifs, notamment ceux de la branche cadette de la famille royale, durent abandonner leurs fiefs originaires et s’en constituer de « nouveaux », notamment en établissant de nouvelles petites localités (à l’instar du village d’ANKADITANY, bâti par le Prince RARAMANINJATO) ou en investissant celles déjà existantes. Andrianampoinimerina s’empressa de mettre en Å“uvre une nouvelle administration de la région, d’où il nomma pour son compte deux « Vadin-tany » chargés d’administrer le Fisakàna, à savoir ANDRIAMANITREKENA, un Hova, et RAINITSIKOTO, un Manisotra.
Le souverain merina avait également mis en place un détachement de 50 soldats issus de sa garde personnelle, ainsi que 50 hommes et 50 femmes de la caste des Tsiarondahy (ceux-là méme ayant été faits prisonniers lors de la prise de Kiririoka), qu’il appela MERIMODY (littéralement « Merina qui rentrent chez eux »), pour veiller à la sépulture du grand Roi Rafovato qu’il considérait dorénavant comme étant un « parent » éloigné (pratique symbolique de légitimation de la suzeraineté, courante à l’époque, d’ailleurs reprise entre autres par la Reine Ranavalona Ière pour légitimer sa suzeraineté sur les Sakalava, en instituant les Monarques successifs de cette ethnie ses « Ancétres »). A noter que les descendants de ces Merimody s’y situent encore jusqu’à nos jours, tandis que la garde affiliée au tombeau n’a été relevée qu’à l’arrivée des Français en 1895. Quant à l’ancienne forteresse de Kiririoka, celle-ci devint une base militaire stratégique sous Radama Ier.

ANNEXES
(relatives à la lignée cadette de Tsiakarandambo)

GENESE DES TERAK’I MANGORO OU MANGORO FITO RENY

La Princesse RAMAITSOMBY, Princesse antambahoaka originaire de l’Est-Mangoro et s’étant établie un moment donné dans la localité d’IKORO (au Nord d’Andrainjato), donna naissance à deux fils, issus du Roi RANDRIANDRATRIMO de Tsiakarindambo:
- Le Prince RAINITAIZA (ou RAINITEZA), qui s’établit pour un temps à ISIRA, colline faisant face à la montagne de TSIAKARANDAMBO
- Le Prince RAIBIBY, installé à BABAY (ou BABAINARIVO), et qui donna naissance à ceux de FARIHY (« i Farihy Roanjato »)
Le Prince Rainitaiza, qui reprit le fief paternel de Tsiakarindambo à la mort de Randriandratrimo, n’eut qu’un fils unique en la personne de RAOTOMANGORO, fils à qui il accola au patronyme la région natale de sa mère Ramaitsomby (Mangoro). Ce Prince migra un moment un peu plus au Sud à ITODIAMANANA et donna naissance à 6 enfants, issus d’une Andriana originaire d’AMBOHIPIA (environs d’Ambositra):
- RATOVOLAGNA (ou ANDRIATOVOLAGNA) de qui sont issus les Andriana d’Ankadimarina ;
- RARAMAGNINA (RARAMANINA), aïeul de certains Andriana d’Ambohipo, d’Ambatolahy, de Betsimaito, de Manarintsoa, de Moronarivo, d’Amboniriana et d’Ankaditany ;
- RAINIMENOGNY (RENIMENONY ou ANDRIANOMENONY), un des ancétres des Andriana d’Iharana ;
- RAMIHOAMANAGNA (REMOHAMANANA ou ANDRIAMIHOAMAGNANA) (femme) de qui descendent les Andriana de Fiadanana ;
- REMANAKANA, aïeul de ceux d’Ambohitrivazaha ;
- RENIAMASY (femme) de qui naquirent ceux d’Ambohimahatsara
La tradition voudrait pourtant que le Prince Raotomangoro fût l’ancétre des « MANGORO FITO RENY » (« ceux du Mangoro aux sept mères ou souches »), ce qui devrait en principe ramener à sept les différentes souches issues de sa descendance et non uniquement à six en fonction du nombre de ses descendants directs.
L’anecdote complétant les souches au nombre de sept (nombre malagasy sacré de surcroît) est la suivante : une fois, Raotomangoro convia ses 6 enfants à festoyer et comme il est de coutume durant des cérémonies traditionnelles, notamment impliquant des convives de sang royal, un bÅ“uf fut immolé pour l’occasion. Arrivé au moment du partage, les deux enfants de Raramagnina, ANDRIAMALAZAMANANA (ou ANDRIAMALAZANARAGNA) et ANDRIANAFETSO (ou ANDRIANAFAITSO), soulignèrent avec insistance que, bien qu’issus d’un méme père, ils étaient tout de méme issus de mères différentes et que cela se devait d’étre pris en considération. C’est à cet effet que fut scindée en deux la descendance de Raramagnina, scission matérialisée par la remise individuelle d’une part du bovidé à chacun des deux, au méme titre que les cinq autres enfants de Raotomangoro. C’est ainsi que naquirent les Sept Lignées du Mangoro ou « Mangoro Fito Reny », ayant respectivement à leur téte, pour rappel : Andriandratovolagna, Andrianimenony, Andriamihomagnana, Remanakana, Reniamasy, Andriamalazanaragna et Andrianafaitso. Ces deux derniers établirent respectivement une partie de leur descendance sur les fiefs paternels d’Ambohipo et d’Ambatolahy.
Vatotsara
Il nous paraît indispensable de faire un bref survol de la localité de VATOTSARA, mitoyenne du village d’IHARANA (au Sud). Dans cette bourgade se sont établis 4 frères et sÅ“urs, originaires de Vohidahy, enfants de TSIANGORIMANA, Seigneur de la localité, et qui sont :
- ANDRIAMBETSIANGORIMANANA
- RAMANATSARAKAZO
- REANDO
- RAOGNIZAFY
Le principal intérét réside en ce que Raognizafy, la benjamine, se soit unie avec le Prince Raramagnina, puiné du Prince Raotomangoro, établi à Ankaditany, à l’Ouest de la colline d’Isira (Sahamadio). C’est de l’union de ces derniers que naquirent ANDRIAMALAZAMANANA et ANDRIANAFETSO. Il est à rappeler que ce dernier (Andrianafetso) fut l’un des dix Mpitsara ou Mpifehy (émissaire royal faisant office de Grand Juge et de représentant du Roi) ayant eu en charge la circonscription Sud du Royaume (l’Atsimondrano, délimitée de la partie Nord par le fleuve Fisakàna) du temps du Roi Rivoekembahoaka II. Notons qu’il sembla étre tout à fait banal que cette tâche incomba à un membre de la famille royale, montrant d’une part de la part du monarque une certaine mainmise du Royaume grâce à l’appui de sa famille, puis d’autre part et paradoxalement, de réaffirmer la semi-autonomie du Royaume de Tsiakarandambo et ce en laissant l’administration de l’une des dépendances de celui-ci à l’un de ses ayant-droit directs. Andrianafetso s’était établi à Vatotsara en vertu de ses fonctions (fief maternel qui plus est).
Notons au passage que de la Seigneurie de Vatotsara est également originaire Andriaminahy, chef des Mpanangona Hetra sous Rivoekembahoaka II, descendant de Reando (l’avant-dernière), et d’Andriambefefinarivo, Seigneur d’Itongainoro (Nord-Est de Sandrandahy).
A rappeler qu’Andriamalazamanana et Andrianafetso vécurent donc du temps du dernier Monarque du Fisakàna, leur grand – oncle RIVOEKEMBAHOAKA II. Leurs oncles et tantes, ayant constitué chacun leurs fiefs en vertu du « Mangoro Fito Reny », il leur revenait de droit d’administrer le Royaume – Principauté de Tsiakarandambo, Andriamalazamanana poursuivant la continuité de Tsiakarandambo, Andrianafetso administrant la localité en constituant le trait d’union entre le pouvoir central (en tant que Mpifehy de Rivoekembahoaka) et la Principauté. Rappeler la période durant laquelle ceux-ci vécurent, celle de la chute du Royaume du Fisakàna, permet probablement d’éclaircir certains faits d’Histoire. En effet, vraisemblablement délocalisés de leur fief Tsiakarandambo suite à l’effondrement de Kiririoka, notamment par l’entremise des administrateurs d’Andrianampoinimerina qui se méfiaient des Andriana natifs, Andriamalazamanana et ses enfants durent migrer (Tsiakarandambo étant trop emblématique de l’ancienne administration, notamment de l’ancienne lignée régnante). C’est ainsi que RAVOAIBE, l’aîné, s’établit à MORONARIVO, puis RAMANJAKATOMPO à MANARINTSOA tandis que RARAMANINJATO créa la localité d’ANKADITANY, nouveau berceau de la lignée dès lors. Leur jeune sÅ“ur (dont le nom n’est pas mentionné par les récits), établie à Vohitsara, donnera naissance à celui qui relayera Raramaninjato (mort sans posterité), RARAKANDRIANDRONY.
Annexe n°3

RECONNAISSANCE DES TERAK’I MANGORO COMME ANDRIANA A PART ENTIERE
Comme énoncé dans les autres récits, la lignée royale cadette de la dynastie des Zafindratrimo du Fisakàna, incarnée par la branche princière de Tsiakarindambo s’arrogea aisément et de manière quasi-autonome l’administration de ses fiefs, et ce notamment par le biais des Sept Grandes Familles ou sous-branches que sont les « Mangoro Fito Reny ». Néanmoins, il apparut que les héritiers principaux de Tsiakarindambo ainsi que les Seigneurs d’Iharana voulurent se constituer à eux seuls les Seigneurs de droit de tous les fiefs et villages avoisinants, faisant donc fi des autres Seigneurs et Nobles Terak’i Mangoro ainsi que des privilèges dévolus à ces derniers de par leur lignage. A cet effet, les premiers édictèrent un édit royal leur réservant à eux seuls et à leur descendance le droit au « Tandron-trano »(les grandes perches croisées ressemblant aux cornes des zébus, réservées aux familles royales et nobiliaires), au rite sacrificiel des bÅ“ufs (le « manominda », dont l’acte principal est en principe réservé, chez tous les Betsileo en général, à une frange particulière de la Noblesse) ainsi que le droit à la circoncision.
Fortement indignés par cette mise à l’écart flagrante, les autres Princes et Seigneurs du Mangoro laissés en reste se liguèrent contre l’édit abject et disgracieux. La révolte était telle au point que, devant le tollé général, la lignée héritière de Tsiakarindambo ainsi que les Princes d’Iharana décidèrent de se rétracter et se résolurent à rassembler les « Mangoro Fito Reny »en un lieu qui sera par la suite nommé VIDIANTSOMINDA  Betsominda (hameau situé au Sud de Fiadanana – étymologie équivoque toutefois dans la mesure où certaines traditions attribuent l’origine du nom de la localité à une autre anecdote attribuée à RAMITOMBO lors de l’installation de celui-ci en terre du Fisakàna) afin que soit publiquement reconnu et sans plus aucune équivoque leur rang en tant qu’Andriana ainsi que les droits et privilèges qui y sont attachés à savoir entre autres le droit au « Tandro-trano » et le « manominda ». Le droit à la circoncision leur fut également attribué à eux ainsi qu’à leurs sujets respectifs, mais plus encore, les Seigneurs avaient également dorénavant le droit de faire circoncire les étrangers d’autres contrées venus se constituer leurs sujets.

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