RADAMA 1er

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LE CONQUERENT

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recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com & tany_masina@yahoo.fr)

     Radama Ier, né vers 1793 et mort le 27 juillet 1828, est un monarque malgache. Il a régné sur le royaume de Madagascar de 1810 à 1828. Cette période est marquée par une consolidation du jeune royaume et une affirmation diplomatique vis-à-vis des puissances européennes et locales.

Le testament d'ANDRIANAMPOINIMERINA

    Peu de temps avant sa mort, ANDRIANAMPOINIMERINA réunit sa famille, ses conseillers et LAIDAMA pour entendre le testament important qu'il voulait laisser pour son fils, pour ses conseillers et pour sa famille.

Pour les Conseillers

   ANDRINAMPOINIMERINA recommanda aux conseillers d'aimer et de servir RADAMA, comme ils ont aimé et servi lui, ANDRIANAMPOINIMERINA donnant des conseils honnêtes, sachant respecter et obéir au roi et travaillant avec lui pour maintenir et étendre le royaume jusqu'à ce qu'il atteigne la mer, sa limite naturelle.

Pour LAIDAMA

    Même à l'agonie, ANDRIANAMPOIIMERINA était serein et calme. "Je ne me sens pas mourir en t'ayant comme fils, dit-il à LAIDAMA. Il reprit avec lui toutes les grandes idées qui lui servait pour gouverner et conduire le royaume : la primauté de la sagesse sur la force (la force disait-il, doit céder devant l'esprit), les devoirs du gouvernement du royaume priment sur les devoirs familiaux. Voilà mes femmes et mes enfants, dit-il, aime-les, car tu es leur honneur et leur protection, mais ne les laisse pas exagérer. Aime-les, si seulement ils savent t'obéir.

    Et le testament le plus important est ceci : j'ai remembré l'Imerina. Il te revient de faire en sorte que la limite de ce royaume soit la mer. Cela demande de la sagesse et de la force. Et la sagesse sera la plus utile et la plus crédible. Tu peux compter sur mes conseillers, ces vieux taureaux qui m'avait conseillé dans mon travail de l'unification de l'Imerina. Ils sont là pour te conseiller et pour te soutenir.

La famille de LAIDAMA

    RAMBOLAMASOANDRO, fille du roi d'Ambohidratrimo, était sa mère. Ils étaient sept frères et sœurs. Cinq (RADAMA, RABODOSAHONDRA, RATSIMANOMPO, RATSIADALA, RAMARIVELO) ont pour père ANDRIANAMPOINIMERINA. Deux garçons, RAHOVY et RATAFIKA étaient de père différent. RADAMA avait cinq femmes.

lit-du-roi-copie.jpg"Te voici maintenant, ô Dama, car, je vais retourner et t’installer. Que d’histoire dont tu as été l’auditeur et le spectateur ! Quelles n’ont pas été ma force et ma gloire ! Il n’est pas de forêt que je n’aie traversée et pas de sommet que je n’aie escaladé ; il n’est pas de colline sur lequel je n’aie combattu. Car Dieu m’a donné avec largesse ; il m’a donné des biens et m’a gardé ; j’ai eu aussi les bénédictions des ancêtres, car je m’appelle Ramboasalama. J’ai été aidé par les populations du centre : aussi ai-je été puissant au centre de l’île et connu sous le nom glorieux d’Andrianampoinimerina. J’ai balayé l’emplacement qui entoure ma maison pour ne plus avoir à l’épousseter. Je me suis entouré des portes d’autres gens avant de me construire une maison. J’ai du faire de grandes dépenses avant de me trouver des amis. J’ai vomi le foie et la bile "subi de grandes souffrances" avant de faire honneur à ma famille. Et, non seulement cela, mais j’ai échangé de la viande cuite pour de la crue avant de réussir. J’ai subi de dures privations et mangé ou bu le sang de bêtes inconnues avant d’être le maître de ce monde.
O Dama ! Mais vraiment la force ne l’emporte pas sur l’esprit; et le bien se cache à l’intérieur du mal. Je considère que tu as de la chance, toi qui règneras, entouré par ces vieux taureaux : si tu les soutiens bien, tu obtiendras tout ce que tu désires ; même si la pierre sur laquelle ils font tourner du bois pour obtenir du feu est percée, car les bêtes ne sont pas supérieures au caïman. N’en fais pas des vaincus, de ceux qui sont avec toi qui es fort. Ne permets pas que d’autres leur servent d’intermédiaires, car c’est moi le propriétaire de ce pays. Ils sont les boucliers impénétrables par les balles, les boucliers plats qui nous protègent contre les lances ; ils ont fait les plus grands efforts pour que je sois le seul souverain."
Les paroles du roi, sont dans la plus pure tradition de ce temps, et doivent être acceptées dans leur contexte ésotérique : "j’ai fait le vide dans ma famille, avant de m’attaquer aux autres. J’ai balayé l’emplacement qui entoure ma maison pour ne plus avoir à l’épousseter".

Radama naît sous le nom de Ilaidama (ou Laidama) à Ambohimanga, vers 1793. Il est le fils cadet du roi Andrianampoinimerina, lequel le préféra à son frère aîné Ramavolahy pour lui succéder. Très tôt en effet, son père remarque ses qualités de meneur d'hommes, au point qu'il n'hésite pas à lui confier le commandement de la première expédition contre le royaume d'Andrantsay, dans le futur Vakinankaratra, alors qu'il n'est encore adolescent.

Un an après la mort de son père Andrianampoinimerina, RADAMA Ier se fait introniser roi à ANDOHALO. Sous son règne, il installe définitivement la capitale de MADAGASCAR à ANTANANARIVO, faisant d'AMBOHIMANGA une simple cité sacrée. Peu de documents existent de cette période, mais un événement va changer la configuration de la société MERINA et la physionomie de la ville : le souverain va en effet lever la loi instaurée par son père interdisant l'accès à l'IMERINA aux étrangers. A partir de ce moment, de nombreux missionnaires européens vont alors venir s'installer dans la capitale apportant avec eux leur technique, leur culture et leur religion.

Les légitimités officielles de Lahidama

      NAMPOINA fit officiellement part au Conseil d'Etat de sa décision de nommer ILAIDAMA, fils qu'il eut de RAMBOLAMASOANDRO, descendante de sa grand-mère RAMORABE reine d'Ambohidratrimo, comme seul et unique héritier du trône.

     En 1810, Radama Ier son fils âgé de 18 ans lui succède. Son inexpérience du pouvoir provoque des soulèvements de part et d'autres du royaume. Il en viendra à bout avec quelques difficultés mais le nouveau souverain va devoir faire face à une nouvelle menace dont il a pris conscience très tôt. La perte des îles françaises de Maurice et de la Réunion oblige certains colons à se réfugier à Madagascar et fuir l'occupant anglais. Ces derniers n'entendent pas laisser la moindre île de l'Océan Indien aux français et naturellement à l'aube de 1810, des navires britanniques sont aperçus près de l'île. Radama a tout de son père et va jouer la carte de la confrontation entre les deux pays afin d'asseoir sa propre autorité sur son royaume et au-delà. Ce n'est pas la première fois d'ailleurs que la présence française est répertoriée sur l'île Rouge.

     RADAMA n’était pas le fils aîné d'ANDRIANAMPONIMRERINA. Il n’était naît qu’aux alentours de 1792 alors qu’Andrianampoinimerina avait le pouvoir bien assis à Ambohimaga. Le roi avait déjà plus de cinquante ans. Du temps où il n’était encore que prince, Anrianampoinimerina avait des enfants qui étaient assurément beaucoup plus âgé que Radama. Citons le prince Ramavolahy, appelé encore Rasomotra (le barbu) e surtout le prince Ralainanahary.

     En récompense aux services rendus à l'Etat par les cinq Conseillers Antemoro dans l'unification du royaume, Andrianampoinimerina les fit élèver au rang d'Andriamasinavalona (et avec eux, la tribu Antemoro entière), avec tous les privilèges attachés à ce rang, en particulier le mariage d'Andriamahazonoro avec une femme de la famille royale.
Les autres fils d'Andrianampoinimerina qui complotaient contre cette décision furent mis à mort: Rabodolahy, Ramavolahy dit "Somotra", et Ralainanahary à l'avènement de Ilaidama..

La politique d’ouverture de Radama 1er

Les relations de Madagascar avec l’extérieur du XVIe au XIXe siècle

        Madagascar a toujours été en relation avec l’extérieur, depuis des siècles. D’abord avec les pays riverains de l’Océan Indien, à savoir la côte orientale de l’Afrique, la péninsule arabique, les pays du golfe Persique et l’Inde. Les relations avec les Arabes originaires de ces pays étaient surtout d’ordre commercial : échange de marchandises, telles que perles, céramique, argent, contre des esclaves, du bois, des carapaces de tortues.

        L’extension de ces relations aboutit parfois à l’établissement d’échelles commerciales sur des îles proches de la grande terre, ou sur les côtes malgaches mêmes, comme cela fut le cas au nord-ouest, au nord-est et au nord de la grande île. La longévité de ces relations avec les Arabes eut comme autre conséquence, une influence profonde sur la langue et la civilisation malgache.

       Son inexpérience du pouvoir provoque des soulèvements de part et d'autres du royaume. Il en viendra à bout avec quelques difficultés mais le nouveau souverain va devoir faire face à une nouvelle menace dont il a pris conscience très tôt.

       La perte des îles françaises de Maurice et de la Réunion oblige certains colons à se réfugier à Madagascar et fuir l'occupant anglais. Ces derniers n'entendent pas laisser la moindre île de l'Océan Indien aux français et naturellement à l'aube de 1810, des navires britanniques sont aperçus près de l'île. Radama a tout de son père et va jouer la carte de la confrontation entre les deux pays afin d'asseoir sa propre autorité sur son royaume et au-delà. Ce n'est pas la première fois d'ailleurs que la présence française est répertoriée sur l'île Rouge.

      Radama étendra le royaume jusqu'à la mer et unifiera la plus grande partie de l'Ile. Il sera alors salué par divers pays occidentaux comme « roi de Madagascar ».         

      Andrianampoinimerina n’a aucune relation avec les Occidentaux qui demeurent sur la côte, n’entretenant avec eux que de lointains rapports commerciaux à travers des intermédiaires. Il leur prohibe l’accès de la ville des Mille.
     Cette interdiction, absolue sous son règne et qui ne souffrira plus tard qu’un très petit nombre d’exceptions, durera cinquante ans après sa mort.
     Quand son père tourne le dos, Radama devient roi, « roi absolu qui dispose sans contrôle des hommes et des choses». Il est "Andriamanitra hita maso", le dieu visible qui se déclare maître de la terre et du ciel. Avec ce tempérament toutefois que son autocratie doit, dans toutes les circonstances d’une exceptionnelle gravité, s’en référer publiquement au peuple assemblé ; lequel "Ray aman-dreny" est le Père et la Mère du souverain régnant (Revue de Madagascar spéciale, « Tananarive », MCMLII).
     Et c’est au peuple qu’il s’adresse pour justifier sa décision de commercer dans sa capitale avec les Vazaha, les étrangers, tout en expliquant sa politique étrangère. «Si je les fais monter ici en voici la raison : c’est que je veux créer une armée ; et ces Anglais m’aideront à former des soldats qui défendront mon royaume, qui en seront les cornes protectrices. Les Anglais ne nous cacheront rien de ce que les Européens ont chez eux ; ils nous fourniront des canons, des fusils, de la poudre, des pierres à fusil et des balles ; avec ces armes, on peut agrandir son royaume. De plus, ils nous apprendront à fabriquer de belles et bonnes choses, de superbes habits rouges, de beaux habits noirs, des sabres magnifiques, enfin tout ce qui se fait de bien au-delà des mers».
     Il impartit à ce jeune souverain, digne continuateur de son père, d’initier son pays à la "civilisation moderne". Mais s’il accueille bien les Vazaha, il ne le fait pas sans intérêt. Il attendait d’eux des enseignements profitables, des armes pour vaincre, ainsi que tous les moyens propres à asseoir sa domination et à l’étendre jusqu’à la mer, conformément à la politique définie par Andrianampoinimerina qui avait dit : "la mer sera la limite de ma rizière".
     Radama sait, cependant, doser avec habileté les influences anglaises et françaises qui agissent autour de lui pour être prépondérantes et il joue avec finesse de leurs querelles et de leurs rivalités qui "n’ont jamais été aussi graves qu’il a été de mode, au début du XXe siècle, de le raconter".
     L’objet des tractations avec les Vazaha reste le même et demeure toujours profitable : le roi d’Antananarivo vend des esclaves à l’usage des plantations de canne à sucre, surtout des îles Mascareignes. Car le seul commerce extérieur de l’île consiste, à l’époque, dans la traite d’esclaves dont le marché le mieux fourni, "le plus achalandé", est Antananarivo. "C’est de ce trafic terriblement humain que le roi, ses nobles andriana et ses commerçants hova tiraient leurs ressources en devises que l’on évaluait en piastres d’argent. Mis à part les esclaves de case ou domestiques, la masse exportable était faite de prisonniers de guerre, de délinquants de droit commun ou de criminels politiques. Tous les moyens étaient bons pour se procurer cet objet commercial : on faisait des expéditions guerrières contre les villages ennemis ou rebelles, à la fin desquelles les gens en état de marche étaient acheminés jusqu’à la côte, liés les uns aux autres par de longues files. Quant aux incapables… souvent sans pitié, ils étaient passés à la sagaie".
     Les tractations fréquentes et nombreuses auraient porté chaque année sur plusieurs milliers d’individus. Et ce, "sous réserve de l’acquittement d’un droit de 2 dollars et demi par tête au profit du trésor royal : la prospérité du vieux Tananarive fut pour cette raison souvent scellée de larmes et de sang. Ceci dura jusqu’à ce que l’exportation du bétail ait supplanté celle de l’homme".

Pela Ravalitera

    Le titre de roi de Madagascar lui est reconnu par les Britanniques, sans que son autorité s’exerce encore sur l’île entière. A partir de son règne Madagascar s’ouvre réellement sur le monde et entretient de véritables relations internationales. 

Poursuite du règne paternel

Aussitôt sur le trône, après le décès de son père en 1810, Radama doit mener plusieurs expéditions (qui se révèlent victorieuses) contre les Bezanozano, les Sihanaka et des principautés betsileo qui, pensant pouvoir profiter de son inexpérience politique, tentent de retrouver pleinement leur indépendance. La preuve est donc faite que l’hégémonie de l'Emyrne est solide et il ne reste plus à Radama qu’à chercher les moyens d’accomplir le testament politique de son père, lui enjoignant de « faire de la mer la limite de son royaume » (Ny ranomasina no valamparihiko). Autrement dit, d’étendre son autorité jusque dans les régions côtières afin de pouvoir traiter directement avec les puissances européennes. L’occasion de passer à l’action va lui être fournie par le Royaume-Uni lui-même.

Il fixe la capitale du royaume à Tananarive.

La première tentative d’unification de Madagascar

au 17e siècle par la formation du royaume sakalava de la dynastie maroserana qui ocoupait tout l’Ouest de Madagasear. Ainsi, devant la menace d^extension de ce royaume Sakalava, le royaume Merina du centre trouva un roi a poigne ANDRIANAMPOINIMERINA, capable de rassembler tout le haut plateau et

contrebalança l'extension Sakalava de 1787-1810. Son successeur, RADAMA 1er, jeune, qui aimait la gloire, le prestige, admirant NAPOLEON dont il a entendu parler par les Européens, voulait eonquérir toute 1'tle. Cette ambition a éte exploitée par les Anglais en la personne de Sir Robert FARQUHAR, Gouverneur de l'ile Maurice qui voudrait effacer toute influence française à Madagascar. C'est donc dans ce but qu'une aide massive : formation militaire, éducation, materiels divers, a été acoordée par les Anglais à RADAMA 1er.

Des instructeurs, des missionnaires britanniques à la fois pasteurs, conseillers politiques, économiques venaient en grand nombre àl'Imerina.

Bénéficiant de cet appui des anglais, RADAMA 1er a entrepris la conquête de l'Île et se déclara roi de tout Madagasear malgré quelques parties insoumises. C'est donc à partir de ce roi, reconnu internationalement comme le seul souverain de toute l'île que nous commençons notre étude car avant lui, ce ne sont que des rois des peuplades.

Notre recherche ne concerne par conséquent que de :

- RADAMA 1er (1810-1828)

- RANAVALOWA 1ère (1828-1861)

- RADAMA II (1861-1863)

- RASOHERINA: (1863-1868)

- RANAVALONA II (1868-1883)

- RANAVAL0NA III (1883-1897)

Bien entendu, ce n'est pas une dtude historique qu'on nous demande ici, mais un essai de presentation des outils bibliographiques se trouvant en Prance, satisfaisant une recherche sur l'éconographie de ces souverains.

Alliance avec le Royaume-Uni

Les négociaitons de 1817 d’après les sources malgaches « Sorabe » inédits.

Par Ludvig MUNTHE – Charles RAVAOJANAHARY – Simon AYACHE

                Un roitelet malgache traitant d’égal à égal avec les représentants de la plus grande puissance du monde, maîtresse du plus vaste empire colonial de l’histoire, voilà, pouir le début du XIXème siècle, un évènement peu ordinaire. En 1817-1820, une convention internationale en bonne et due forme lie pour de longues années le roi d’Antananarivo, proclamé roi de Madagascar,et le gouvernement de Londres. Fait considérable dans l’histoire malgache aussi bien pour l’Imerina que pour les région côtières, car les contacts avec l’Occident vont désormais se multiplier et toucher tous les plans, économiques, politiques, réligieux, culturel ; initiative importanrte pour la Grande-Bretagne, qui désormais inaugure dans l’Océan Indien  une politique nouvelle, assez souple pour respecter l’indépendance d’un prince et d’un Etat pariculièrement jaloux de leur liberté. Radama 1er (1810-1828) sut bien montrer en effet jusqu’à la fin de son règne (1828) qu’il rejetait résolument toute forme de protectorat réel. L’originalité et l’influence du traité anglo-merina de 1817 (confirmé en 1820) expliquent que son histoire soit rélativement bien connue. Sur un tel sujet, les archives françaises et anglaises ne manquent pas, la tradition orale malgache retient et transmet( de nombreux détails ; la première grande œuvre d’histoire écrite à Madagascar, celle de Raombana, lui consacre de longs développements. Il restait cependant à découvrir un document écrit authentique, de source malgaxhe, émanant de la cour merina ou de Radama lui-même, assez riche pour nous faire connaître directement, et précisément le point d’Antananarivo dans la négociation, l’état d’esprit du roi, principal responsable du traité, ses intentions, ses manœuvres. Le texte sorabe (1) que nous présentons comble cette lacune.

             Ce manuscrit arabico-malgache de six pages a été retrouvé à Londres, dans le fonds malgache du British Museum (Additional Manuscripts), sous la cote Add. Mss. 18141 (Oriental printed books and manusripts : Papers in the language of Madagascar). (2). Il appartient à la collection Farquhar. Les documents originaux, infiniment précieux pour l’histoire de Madagascar, qui constituent cette collection furent r’assemblés à Port-Louis par le premier gouvernement britannique de l’île Maurice, Sir Robert T. Farquhar (1811-1823), alors qu’il élaborait avec soin et appliquait méthodiquement sa politique malgache. Son fils, Sir Walter M. Farquhar les offrit au British Museum le 13 avril 1850. Le gouverneur composa ses archives privées sur Madagascar en achetant livres et manuscrits (Fonds Froberville et en puisant dans la correspondance officielle ou les archives du gouvernement de Maurice. Il avait imprimé aux affaires de l’ancienne « Île de France » et particulièrement aux relations avec Madagascar une telle marque personnelle qu’il put se croire autorisé à conserver ces documents. Par son legs au British Museum, son fils répara l’indélicatesse. La lettre sorabe de Radama, adressée à Farquhar dans des circonstances que nous étudierons plus loin, fait partie des dépêches diplomatiques réçues à Port-Louis et dont le gouvernement voulut garder la propriété.

(1). (Sorabe : Litt : Grande écriture, majuscules = écriture arabico-malgache. Le terme désigne les « livres sacrés » du Sud-Est, manuscrits rédigés en caractères arabes mais en langue malgache. La littérature « arabico-malgache » ne resta pas privilège du Sud-Est, mais se répandit à travers l’Île, avec l’influence des lettres antaimoro.).

(2) Le catalogue du fonds malgache du British Museum publié par J. Valette passe sous silence ce manuscrit arabico-malgache. Très détaillé pour la plupart des pièces de ce fonds, il indique seulement, pour l’Add. Mss. 18 141 : « Papiers divers (dont une lettre de Radama 1er) écrits en caractères arabes – 1 volume, papier, 11 fol., 320 x 205 mm » (cf. A1-B, p. 445). En réalité cette collection contient deux lettres sorabe de Radama. La première, (du 30 juillet 1816), celle que signale le Catalogue a déjà été publiée et étudiée par L. MPunthe : Deux manuscrits…(B 1). La seconde, de 1817, est celle que nous présentons ici.

En effet, lors de la signature du traité de Paris de 1814, la question de la possession de Madagascar par les puissances européennes avait été laissée en instance. Ceci incite Robert T. Farquhar, le gouverneur britannique de l’île Maurice à chercher l’alliance d’une puissance locale pour l'aider à contrecarrer les ambitions françaises. Ayant compris alors que le royaume d'Emyrne avait seul la possibilité de répondre à ses attentes, il dépêche auprès de Radama des missions pour le convaincre de prendre possession des principautés de la côte est, pour la plupart tenues en main par des Malato proches de la France et dont la principale activité économique semble avoir été le commerce des esclaves. Ceci paraît d’autant plus légitime à Farquhar que le Royaume-Uni avait aboli la traite négrière et s’était donnée pour mission d’empêcher les autres nations européennes de poursuivre cette pratique.

     Madagascar a été reconnu comme État souverain par la Communauté Internationale en 1817. C'est à cette époque que les Anglais, les Français et les Américains avaient déjà reconnu officiellement Radama Ier, Roi de l'Imerina comme souverain de Madagascar. Mais à cette époque Radama Ier n'en était qu'au début de l'unification de Madagascar qui était composé de quelques dizaines de clans. Mais cette légitimation internationale a poussé tous les souverains d'Antananarivo après Radama à vouloir unifier le pays.

     Sur la Grande Ile, le traité d'alliance signé avec l'Angleterre le 23 Octobre 1817 reconnaît le pouvoir du Roy Radama menaçant de fait les nombreux intérêts français, forts présents sur l'île grâce au commerce avec la Compagnie des Indes Orientales. Radama avait enfin unifié l'île en 1824 des années après la mort de son père (soumission des Sakalaves). Se voulant occidental, il interdit dès lors l'usage du poison et à la place du lamba traditionnel malgache, porte un uniforme militaire anglais devant son aristocratie consternée. Son armée est entraînée par des officiers anglais et une représentation britannique s'installe bientôt dans la capitale malgache. Une première pour le royaume peu habitué à tous ces étrangers. Une partie de l'aristocratie s'en offusque d'ailleurs très violement. D'autant plus que la présence anglaise met fin au commerce très lucratif des esclaves.

C’est ainsi que Radama se rue à la tête de ses troupes sur la côte est pour neutraliser partout la résistance des chefs locaux.

Ensuite, le 23 octobre 1817, il signe avec les émissaires britanniques un accord où, en échange de l’abolition du commerce des esclaves avec les Européens, il reçoit une assistance pour moderniser son royaume. Il est en outre reconnu d’avance comme le roi de tout Madagascar.

En 1817, le gouverneur de l'île Maurice, sir Robert Farquhar, entame avec le roi des négociations qui ont pour but de contrarier les ambitions françaises sur les côtes malgaches et de supprimer la traite des esclaves, source de profit essentielle pour Radama Ier. En échange, l'Angleterre s'engage à fournir un appui militaire et diplomatique. En 1820, un traité concède à Radama l'assurance d'une véritable coopération technique et la reconnaissance de son titre de « roi de Madagascar ». Il entame alors une grande réforme de l'État. 

Depuis lors, malgré un malheureux contretemps dû à l’absence momentanée de Robert Farquhar dont les engagements n’avaient pas été respectés par son remplaçant, Radama Ier peut s’assurer du soutien britannique pour l’aider à accomplir ses grands desseins.

Les missionnaires

 Thomas phillipsDavid jonesThomas bevan

1. L'origine de l'oeuvre

Thomas PHILLIPS, directeur dans un institut de formation pour prédicateurs (pays de Galles) a un fardeau pour l'île de Madagascar. Trop âgé pour partir lui-même comme missionnaire, il partage cela avec ses étudiants. Deux jeunes hommes, David JONES et Thomas BEVAN acceptent de partir : nous sommes en 1816.

2. Les débuts

Les voyages étaient longs alors. Il fallait doubler le cap de Bonne-Espérance dans clé modestes bateaux à voile qui mettaient quatre ou six mois pour atteindre Maurice. Là il fallait s'entendre avec des commerçants allant à Madagascar chercher des boeufs ou des esclaves, et qui consentaient à vous emmener à Tamatave dans leurs grandes barques à peine pontées, où l'on restait parfois trois semaines, couchant à côté de tonneaux de saumure et sans aucun confort.

David JONES et Thomas BEVAN qui s'étaient mariés tous deux avant de partir, laissèrent d'abord leurs épouses à Maurice : elles venaient d'y avoir leur premier enfant. Ils voulurent faire seuls une première enquête et atteignirent Tamatave le 18 août 1818. Ils y trouvèrent de nombreux indigènes de la tribu des Betsimisaraka, intelligents, développables, mais démoralisés par leur contact trop prolongé avec la civilisation purement matérielle que leur avaient fait connaître les traitants et les marchands d'esclaves.

Lms caravaneLa première impression des jeunes missionnaires fut, malgré tout, assez favorable, et après six semaines d'études préliminaires, ils reprirent le chemin de Maurice pour y chercher leurs familles. Les Jones repartirent les premiers pour Madagascar, laissant les Bevan pour quelque temps encore derrière eux.
Ils se mirent aussitôt à l'oeuvre avec enthousiasme. Mais, ignorants des conditions climatologiques de l'île, ils avaient choisi, pour s'installer sur cette côte malsaine, le plus mauvais moment, juste en pleine saison chaude. D'autre part, ne sachant pas s'ils devaient rester longtemps à Tamatave, ils avaient pris la première case venue, ou plutôt celle qu'on avait bien voulu leur céder à l'une des extrémités de la ville, près de marécages où pullulaient les moustiques.

Les effets de cette installation défectueuse ne tardèrent pas à se faire sentir. Le 13 décembre, le jeune enfant des Jones succombait à la fièvre.
Et quand, le 6 janvier suivant, les Bevan débarquèrent à leur tour, quelle ne fut pas leur douloureuse surprise en trouvant leur ami Jones grelottant de fièvre sur son lit, et désormais seul ! Car sa femme avait suivi de près son enfant dans la tombe, emportée par une violente attaque de paludisme, le 28 décembre 1818. Les nouveaux venus furent atteints à leur tour, et, le 3 février, Mme Bevan rendait le dernier soupir, ayant vu son enfant et son mari enlevés à son affection, à une semaine d'intervalle.

Jones demeurait l'unique survivant de la petite troupe missionnaire. Il était lui-même dans un état de santé tout à fait précaire. Bien d'autres auraient perdu courage et abandonné la partie. Il avait heureusement une foi qui savait triompher des épreuves les plus douloureuses. Il s'était nettement senti appelé à porter l'Évangile à Madagascar, et il était disposé à dépenser, pour obéir à l'appel reçu, jusqu'à son dernier souffle.

Les deux jeunes gens achèvent leur formation au collège de la Société Missionnaire de Londres puis arrivent avec leurs épouses sur l'Ile Maurice en juillet 1818. Ces deux pionniers débarquent sur la côte est de Madagascar en août 1818 et, contrairement à ce qu'on leur avait prédit, sont bien accueillis. Ils ont alors découvert une population profondément religieuse, dont la vie quotidienne s’articulait autour du culte des ancêtres et de la tradition orale. Le malgache est une langue très colorée qui fait partie du groupe malayo-polynésien.

DavidjonesIls ouvrent une école et commencent à apprendre à lire à quelques enfants. Devant le succès de ces débuts, ils retournent chercher leurs familles. Mais bientôt, tous contractent la malaria. Mme Jones et son nouveau-né, puis le couple Bevan et leur enfant succombent. En moins d'un mois, en février 1819, David Jones se retrouve seul et très affaibli. Il retourne alors sur l'Ile Maurice pour recevoir des soins.

En juillet 1820, David Jones revient à Madagascar.

Après avoir travaillé environ sept mois seul, Jones a reçu le renfort d’un autre missionnaire : David Griffiths. Les deux hommes se sont dévoués corps et âme à la traduction de la Bible en malgache.

3. L'expansion

Radama accepte la venue des missionnaires à Madagascar. A leur arrivée le 18 août 1818 dans la petite localité de l’Ivondro à proximité de la ville de Toamasina, les préoccupations premières de Rév. David Jones et de Rév. Thomas Bevan furent l’alphabétisation des autochtones de cette localité.

David Jones commence son travail avec trois élèves et très peu de moyens.

Ainsi, la première école de Madagascar a vu le jour 3 semaines plus tard, le 08 septembre 1818 à Manangareza, proche de la ville de Toamasina. Cette école des Missionnaires protestants est donc la première qui fut en exercice à Madagascar.

La question de savoir sur le fonctionnement de cette première école au sein d’une communauté analphabète et vivant dans la tradition ancestrale suscite la curiosité.

En effet, les premiers élèves malagasy ont eu au programme l’enseignement de l’écriture, de la lecture, l’apprentissage de l’Ecriture Sainte et le chant. Le cours est donné en anglais simplifié parce que les Missionnaires n’ont pas encore eu connaissance de la langue du pays.On écrit à même le sol au début à défaut de tableau noir et de cahier. Pourtant, le résultat est extraordinaire. Selon les Archives,en deux semaines seulement, les élèves étaient capables d’écrire et de lire en anglais rudimentaire.

Après la mort de toutes ses proches, le Rév.David Jones continue seul la mission d’évangélisation leur confiée par la ‘London Missionary Society » (L.M.S.). Une autre école beaucoup plus grande que celle du début de leur arrivée à Manangareza a été implantée à Ivondro.

Ayant connaissance de leur mission d’évangélisation dans la région de Toamasina, le Roi Radama 1er envoyait un émissaire chargé d'inviter le Rév. David Jones à effectuer cette mission d'évangélisation à Tananarive.

Les missionnaires sont rapidement introduits à Tananarive, à la cour du roi Radama Ier ; le révérend David Jones, de la LMS, ouvre une première école au Palais de la Reine le 8 décembre 1820.

L’implantation des écoles s’est multipliée dans la capitale et ses alentours.

Il est mentionné dans la lettre de 03 mars 1828, signée par quelques Missionnaires,ce qui est écrit ci-après en traduction libre: « La traduction de la Bible ainsi que son édition en langue malagasy resteront sans effet sans lecteurs et il n’y aura pas de lecteurs tant qu'il n’y aura pas d'écoles.

Une école dans une église

Au commencement, l'école des Missionnaires étai destinée à la fois à l'alphabétisation et à l’instruction de l’Ecriture Sainte. C'est en quelque sorte une église dans une école. Cependant, ce rôle s »est inversé après l’époque des premiers Missionnaires car dorénavant, l’école se trouve à l’intérieur-même de l’église.En effet, aux environs de l’année 1930, les chretiens de l’Eglise Protestante de Tanambao V ont décidé que leur édifice cultuel soit une école les jours ouvrables et un lieu de culte le dimanche. Or, devant la loi en vigueur de novembre 1906stipulant la séparation de l’église et de l'école, les parents d’alors ont pris la résolution de construire une école en dehors de l’église. Selon les Archives, cette école a été construite là où il y a actuellement le Lycée FJKM Thomas Bevan.Son mûr a été en bambou tressé et son toit en feuille de "ravinala".

Il a bientôt quarante élèves. Le roi fait alors bâtir un édifice spécial consacré à cette œuvre. Rapidement, il doit s'occuper de centaines d'élèves. Ceux-ci sont attirés par l'instruction donnée et montrent également un intérêt pour le Nouveau Testament. En mai 1820 arrive David Griffiths, un bon ami de David Jones.

D'autres missionnaires suivent rapidement dont un autre David Jones (aussi élève de Thomas Phillips, il prend le nom de David Johns pour se distinguer) ainsi que James Cameron, un charpentier écossais qui se révèlera très utile. Ils ouvrent une école dans le palais pour les officiers et épouses qui accueille assez vite trois cents personnes. Et au début de l'année 1824, des étudiants avancés prennent la responsabilités de nouvelles écoles dans les villages environnants.

La presse d'imprimerie arrive en 1826. Cela permet d'imprimer des livres de lecture, de grammaire et des portions de l'Écriture déjà traduites. En 1828, on dénombre trente-deux écoles dans lesquelles quatre mille enfants et adolescents apprennent à lire et reçoivent une instruction chrétienne. Puis le roi donne son accord pour que ceux qui le veulent se fassent baptiser librement. Les prédications et les cultes ont alors peu d'écho dans la population. Les missionnaires ont le soutien du roi, mais on peut noter l'indifférence personnelle de celui-ci au message de l'évangile.

La presse d'imprimerie arrive en 1826. Cela permet d'imprimer des livres de lecture, de grammaire et des portions de l'Écriture déjà traduites. En 1828, on dénombre trente-deux écoles dans lesquelles quatre mille enfants et adolescents apprennent à lire et reçoivent une instruction chrétienne. Puis le roi donne son accord pour que ceux qui le veulent se fassent baptiser librement. Les prédications et les cultes ont alors peu d'écho dans la population. Les missionnaires ont le soutien du roi, mais on peut noter l'indifférence personnelle de celui-ci au message de l'évangile.

La presse d'imprimerie arrive en 1826. Cela permet d'imprimer des livres de lecture, de grammaire et des portions de l'Écriture déjà traduites. En 1828, on dénombre trente-deux écoles dans lesquelles quatre mille enfants et adolescents apprennent à lire et reçoivent une instruction chrétienne. Puis le roi donne son accord pour que ceux qui le veulent se fassent baptiser librement. Les prédications et les cultes ont alors peu d'écho dans la population. Les missionnaires ont le soutien du roi, mais on peut noter l'indifférence personnelle de celui-ci au message de l'évangile.

Traduction et impression de la Bible

La traduction et l’impression de la Bible en malgache sont l’un des points essentiels de leur programme. Leur première décision est le choix de l’alphabet latin pour transcrire le malgache. L’alternative – sérieusement envisagée, mais rapidement écartée – était une graphie en caractères arabes, en usage sur la côte est de Madagascar depuis des siècles, mais d’un emploi traditionnellement limité à la transcription de formulaires divinatoires et médico-magiques, et à la notation de traditions généalogiques et historiques. Pendant quelques années, au début du xixe siècle, le choix a été ouvert entre les deux graphies : le roi, Radama Ier, avait à sa cour des spécialistes des deux écritures, il avait lui-même commencé à apprendre les deux, et il avait fait l’essai de leur emploi dans les débuts d’une correspondance diplomatique. Mais, des deux groupes de conseillers religieux, devins astrologues malgaches porteurs de la graphie arabico-malgache, et missionnaires protestants porteurs de la graphie latine, c’est le second qui l’a emporté.

La manière dont le nouvel alphabet a été institué mérite qu’on s’y arrête. Les historiens ont généralement retenu l’idée que l’alphabet a été une sorte de compromis diplomatique : les consonnes de l’anglais et les voyelles du français ! Cette formule a dû être réellement prononcée dans les discussions entre le roi et les missionnaires – elle se trouve de fait dans les témoignages de l’époque. Pourtant, le principe mis en œuvre a été tout autre. Les créateurs de l’alphabet étaient conscients du fait que ni la graphie du français, ni celle de l’anglais, avec souvent pour chaque lettre plusieurs prononciations possibles, et pour chaque articulation plusieurs graphies possibles, ne pouvaient servir de modèle.

La démarche était phonologique (avant la lettre), comme le démontrent les décisions prises : on ne devait utiliser qu’autant de lettres qu’il en fallait pour en attribuer une et une seule à chaque articulation du malgache. Les lettres-consonnes c, q, w et x ont été abandonnées, comme faisant double emploi, et l’inventaire réduit des voyelles de la langue malgache, avec seulement quatre timbres [a], [e], [i] et [u], permettait d’abandonner aussi l’une des cinq lettres-voyelles de l’alphabet latin. Le choix du signe pour noter [u] a donné lieu à une discussion serrée, où ont été examinées successivement les possibilités de ou comme en français, de oo ou u comme en anglais, et de w comme en gallois, pour adopter finalement o, ce qui permettait de faire encore l’économie de la lettre u. Les seules irrégularités que la nouvelle écriture tolérait étaient le y en fin de mot au lieu du i simple, et le choix de la lettre j pour noter [dz], seule exception à la notation par des digraphes de la série des consonnes affriquées. La rigueur phonologique du système se manifeste peut-être plus clairement encore dans la manière dont les défauts des premiers essais ont été discutés et corrigés. Ainsi, par exemple, on avait, à l’origine, noté par ki un k mouillé qui ne se produit qu’après la voyelle i. Cette graphie a été réformée en application d’un principe phonologique rigoureux : puisque la réalisation mouillée est conditionnée par la présence du i avant le k, la consonne seule suffisait – et c’est resté la règle jusqu’à présent.

Les missionnaires sont ensuite passés à l’entreprise de traduction de la Bible – avant même d’avoir terminé l’établissement de la grammaire et du dictionnaire, qui d’après les plans initiaux auraient dû constituer l’étape suivante. C’est qu’ils étaient poussés par un sentiment d’urgence, à la fois théologique (leur mission était de mettre le message du salut entre les mains des Malgaches le plus rapidement possible) et tactique : en effet, la confiance de Radama, qui seule rendait possible leur séjour, avait fait place rapidement à la méfiance. Après la mort de Radama (1828), la nouvelle reine Ranavalona Ire avait d’abord paru assez favorable, mais, devenue hostile, elle s’est lancée dans une politique de persécution de la nouvelle foi. Les missionnaires se sont donc livrés à une véritable course pour arriver à terminer l’impression de la Bible avant d’être expulsés.

Européanisation du royaume

Ordres civils et militaires de Madagascar

    Les " Voninahitra " ou " honneurs " sont crées par la roi Radama 1er pour récompenser les militaires qui n’ont aucune rétribution financière : seuls les riches qui assurent eux-mêmes leurs besoins sont recrutés dans l’armée.

    Le simple soldat porte un honneur, le sergent 3 honneurs, le lieutenant 5 honneurs, Rainimanonja qui est comparé à un lieutenant-colonel porte 8 honneurs.

    C’est à ce titre, qu’il reste à la disposition du roi à Tananarive pour conduire des expéditions de soumission en terres lointaines. Il dirige des missions de pacification au pays Tanala, à 300 km du sud de Tananarive, puis au pays Bara à 400 km au sud-ouest de Tananarive. Son frère aîné Rainijohary, est plus élevé dans la hiérarchie, car il est conseiller ou encore " LEFITRA " du gouverneur de la province de Majunga au nord-ouest de Tananarive : le prince Ramanetaka. " Lefitra " veut dire conseiller mais aussi espion car il est le garant de la doctrine du roi. Il porte, à ce titre 9 honneurs. Vers la fin du règne du roi Radama 1er , Rainijohary revient à la Cour à Tananarive, où il est porté à la distinction de 12 honneurs.

    A l’époque, le nombre des honneurs est réservé aux militaires et donc limité à 13, ce qui correspond au grade de Chef des Armées. Rainimanonja est élevé à 11 honneurs.

    Les honneurs viennent récompenser la prise de conscience nationale et l’attachement à la monarchie de ces hommes. Leur renommée est grande, dit-on, mais leurs grandes qualités morales n’étonnent pas autrement car ils ont de qui tenir. Leur père Rabefanota fut en 1787, parmi les douze Tsimahafotsy qui aidèrent Ramboasalama, prince d’Ambohimanga, à unifier les 4 cités royales d’Ambohimanga, d’Ambohitrabiby, d’Ambodatrimo et d’Antananarivo, et à créer le royaume merina.

  • Ordre du Faucon Royal : créé en 1823 par le roi Radama Ier (~ 1793 - 1828). Disparu avec la monarchie en 1897.
  • Ordre de Radama II (ou Ordre du Mérite) : créé en 1862 par le roi Radama II (1829 - 1863). Disparu avec la monarchie en 1897.
  • Ordre du Mérite Militaire : créé en 1867 par la reine Rasoherina (1814 - 1868). Disparu avec la monarchie en 1897.
  • Ordre du Royaume : créé en 1883 par la reine Ranavalona II (1829 - 1883). Disparu avec la monarchie en 1897.
  • Ordre de Ranavalona (ou Ordre Royal de Madagascar) : créé en 1896 par la reine Ranavalona III (1861 - 1917). Disparu avec la monarchie en 1897.
  • Ordre National Malgache : créé en 1959 par la république.
  • Ordre du Mérite Malgache : créé en 1960 par la république.

    L'armée et l'école sont les deux vecteurs par lesquels passe la modernisation du royaume merina.

    Pour répandre l’éducation européenne parmi ses sujets, il met à contribution les missionnaires protestants qui s’installent à Tananarive pour ouvrir des écoles (la première commence les cours le 8 décembre 1820 au sein du palais même) et, par la suite, introduire l’imprimerie. À cette occasion, le 26 mars 1823, il décrète les règles de l’orthographe de la langue merina (devenu le « malgache » pour les Européens) en caractères latins. Il peut d’autant plus participer lui-même directement aux travaux avec les missionnaires qu’il maîtrise l’écriture arabico-malgache (sora-be) depuis longtemps et peut aussi communiquer en français (et un peu en anglais).

    Cependant, en dépit de son étroite collaboration avec les missionnaires, Radama Ier lui-même n'a adhéré et n'adhèrera jamais à leurs enseignements religieux et, de son vivant, aucun de ses sujets ne s'est ouvertement converti au christianisme. Tout ce qu'il recherche auprès des Européens était la diffusion de leurs « connaissances profanes ».

     Outre l’éducation de base, Radama fait aussi venir nombre d’artisans européens pour ouvrir des écoles professionnelles. Le Roi tient tellement à encourager le développement de l’enseignement que, à l’occasion, il n’hésite pas à faire passer lui-même les examens et offrir des récompenses aux plus méritants. Si bien qu’en une dizaine d’années à peine, le nombre des élèves passés par les bancs de l’école dépassent 20 000, en Imerina. Plusieurs dizaines d'étudiants sont même envoyés à l'île Maurice et au Royaume-Uni pour poursuivre leurs études.

     1822: Radama I, appelé par les missionnaires "Radama le Grand", installa des garnisons dans les régions pacifiées, sous le commandement de Gouverneurs, Officiers de la haute noblesse: Rafaralahiandiantiana XI Voninahitra (Vtra, en abrégé), son beau-frère à Mahavelona (Foulpointe), Rabemanantsoa VIII Vtra à Midongy, Razatovo IX Vtra à Iharambazaha (Vohémar, 1825), Ratefinanahary XI Vtra son beau-frère à Mananjary en 1824, puis à Toamasina en 1825), Ramanetaka XI Vtra, son cousin à Majunga en 1824, Ramarosikina IX Vtra à Beseva en 1824, Ramananolona XI Vtra, son cousin à Fort Dauphin en 1825, qui y expulsa les français abrités dans le fort de cette localité, Rasatranabo à Manandaza,Andriantsarabika à Vohipeno, Matitanana en 1825...

     Il mena une expédition à Toamasina, Foulpointe, Pointe à Larrée, Tintingue, pour mettre en garde la petite colonie française installée sur la côte Est menée par Sylvain Roux, que "le sol de Madagascar appartenait au roi", et que"les étrangers n'avaient pas le droit d'accaparer des terres, mais pouvaient librement faire du commerce dans toute l'île". Il chargea le roi Betsimisaraka, Jean René (qui signa un traité avec lui sous l'égide du Gouverneur de l'île Maurice) de pacifier les tribus du Sud Est, de Mananjary à Fort Dauphin, et continua lui-même en 1824 à mener une expédition pour soumettre le roi Andriantsoly, chef Sakalava du Boina au nord-ouest, qui s'enfuit au Zanzibar puis à Mayotte (Comores) où il deviendra le Sultan de cette île.

     11 Décembre 1822: Le roi decréta que l'alphabet latin servira désormais comme alphabet officiel à Madagascar, la grammaire malgache ayant déjà été achevée d'être codifiée par 12 érudits malgaches aidés des missionnaires protestants

     1823: Naissance du fils de Radama 1er et de Rasalimo appelé Itsimandriambovoka que Rambolamasoandro, mère du roi fit tuer pour assurer sa succession par Rakotobe son petit-fils de par sa fille aînée Rabodosahondra. 

Modernisation de l'armée

    En 1820, Radama Ier renouvelle le traité avec les Britanniques, et reçoit l’assistance de trois sergents étrangers promus généraux : James HASTIE, un Écossais de l’armée des Indes, BRADY, un mulâtre de Jamaïque et un sergent du bataillon déserteur de Bourbon, nommé ROBIN.

    Le sergent ROBIN se rendit à Madagascar, demanda du service dans les guerres que faisait RADAMA, et contribua à l’instruction des troupes régulières du roi.

Radama1 cadreProfessant pour Napoléon une admiration sans borne, RADAMA 1er avait nommé chef de son armée le sergent ROBIN et lui avait demandé à l'insruction des troupes régulières de la Cour et d’organiser son armée. Le sergent ROBIN devint général des troupes de Madagscar, obtint toute la confiance du souverain, lui apprit à lire, et enseigner le français aux jeunes filles nobles et aux employés de la cour.

Radama sergent robinRobin décida d’ouvrir une école militaire où, à côté de la stratégie, il enseignerait, d’après un système inventé par lui, l’écriture malgache en lettres françaises.

Bientôt toute la cour se mit à baragouiner le français. Les choses se gâtèrent lorsqu’arrivèrent les missionnaires anglais, qui eurent l’autorisation d’ouvrir des écoles.

Il devint général des troupes de Madagascar, obtit toute la confiance du souverain, lui apprit à lire, et c’est dans l’histoire de Napoléon épela les premières lettres.

Radama i vaditanyLes Andriambaventy du Palais étaient étonnés de voir des Européens invités par RADAMA à Tananarive. "Du temps d’ANDRIANAMPOINIMERINA dirent-ils, seuls les marchands d’esclaves pouvaient venir en Imerina, et encore, pas plus loin qu’à Ambatomanga. Ton père n’a jamais permis aux Européens de venir jusqu’en Imerina. Alors, pourquoi sont-ils ici maintenant ? Fais attention !"  

Radama ier copie"Voici, dit-il, ce que je vous dis, Ô Peuple. J’aurai des amis parmi Européens et je vous dis que je les inviterai à Tananarive. Je vais vous dire pourquoi je les inviterai : c’est pour instruire notre armée. Les Européens instruiront notre armée pour que celle-ci soit la corne qui défende le pays et le royaume. Ils feront venir chez nous des canons, des fusils, de la poudre, de la pierre à feu et es balles, car c’est avec tout cela que nous allons unifier le pays et le royaume et que nous allons défendre vos femme et vos enfants qui forment les deux tiers de mon royaume. Je vous en informe, car c’est ma volonté. Ils n’apporteront pas que des fusils et des canons, ils apporteront aussi d’autres choses utiles à notre pays."

Randriamamonjy Fédéric par l'Académie malgache 

L'entraînement de l'armée

Radama armeeAu début, 50 hommes furent choisis pour être formés. Puis le nombre a été augmenté progressivement : 100, 200, 500, 1000. Plus tard, on a pris 400 par province pour les six provinces de l'Imerina. On leur donne le nom de "miara-mila" ou "ceux qui sont ensemble", car ils sont ensemble pour se battre, et ensemble pour les butins qu'ils partagent entre eux.

    Quand l’armée fut créée, les règles de fonctionnement furent définies comme suit :

       - les soldats doivent suivre des exercices périodiques dans des centres spéciaux réservés dans chaque province (Avaradrano, Vakinisisaony, Ambodirano, Marovaana, Vonizongo et Vakinakaratra).

       - des échelons de grade furent créés, à partir du simple soldat qui a 1 Voninahitra (Honneur), jusqu’au grade le plus élevé de 10 Voninahitra (Honneurs). Les titulaires de 5 Vtra, 6 Vtra, 7 Vtra furent appelés Amboninjato tandis que les 8 Vtra, 9Vtra et les 10 Vtra étaient les Manamboninahitra.

       - des règles sévères furent créées pour l’armée. La plus dure était la peine de mort par le feu contre ceux qui fuient le combat et contre les déserteurs (ceux qui quittent le camp).

       - des impôts en espèces ou en nature (riz, tissus etc…) furent créés pour les civils. Et ceux qui doivent payer mais ne paient pas sont astreints à payer une amende de 1000 Ariary. Ces impôts étaient réservés à’achat d’armes.

    En 1823, RADAMA était capable de mobiliser  14.000 hommes pour son expédition au Menabe.

Randriamamonjy Frédéric par l'Académie malgache.

Le pacte militaire de Sahafa.

Radama 1er a ambohiboahazo 1La population fut convoquée à Sahafa près d'Ambohimanga. Dans son discours, RADAMA déclara qu'ANDRIANAMPOINIMERINA l'a enjoint d'unifier le pays jusqu'à la mer. L'armée sera l'outil qui lui servira à la réalisation de ce commandement. Alors, les Maroseranana et les Chefs de 'Armée firent le serment suivant "sans contrainte et volontairement" :

"L'homme qui tourne le dos à l'ennemi dans la bataille ou qui perd ses armes pendant la bataile ou qui sera bléssé derrière mais pas devant sera brûlé, peu importe qu'il soit noble de père et de mère ou qu'il avait un père ou une mère bienfaiteur de l'état".

Et RADAMA dit :   

"Je suis heureux de vous entendre parler ainsi et de partir avec vous pour réaliser le testament d'ANDRIANAMPOINIMERINA. Nous irons loin, jusqu'à la mer au Nord, au Sud, à l'Est et à l'Ouest, pour ensemble unifier le pays et le royaume".

Randriamamonjy Frédéric par l'Académie malgache

 Le roi, Radama Ier, établit des relations avec les Anglais et ouvrit le reste du pays aux missionnaires anglais qui répandirent le christianisme dans l’île et traduisirent le malgache en une langue écrite. Sous le règne de Radama, une révolution industrielle miniature apporta l’industrie dans l’île.

RATEFINANAHARY 1er diplomate malgache

RATEFINANAHARY (né vers 1785- mort en 1828), il est l’héritier du roi de l’Imamo ANDRIAMARY. Gendre d’ANDRIANAMPOINIMERINA dont il va épouser la fille RABODOSAHONDRA, il deviendra par la même occasion beau-frère de RADAMA I. Conseiller et homme de confiance de ce dernier, il occupera des postes à haute responsabilité : commandant en chef de l’armée royale (avec grade de général) diplomate, il assurera la fonction de ministre des affaires étrangères. Il jouera un rôle de premier plan dans la transformation de Madagascar en Etat moderne. La personnalité du printsy Ratefy : homme intelligent et cultivé, il parlait couramment l’anglais et le français et passait pour l’un des hommes les plus ouverts et instruits de son époque. Une rue d’Antananarivo porte son nom.

Beaucoup d’historiens le considèrent comme étant le 1er diplomate malgache. En effet en 1820, Printsy Ratefinanahary est envoyé par le roi Radama I pour une mission diplomatique à l’île Maurice et en Angleterre. Les objectifs de cette 1ère ambassade malgache sont : Rencontrer le roi d’Angleterre afin de mettre en place un accord entre les 2 pays notamment en ce qui concerne la formation des jeunes malgaches. Accompagner les jeunes malgaches sélectionnés pour être formés à Maurice et en Angleterre. Convaincre la London Misionary Society (LMS ) d’envoyer des artisans instructeurs à Madagascar

C’est ainsi que la délégation malgache conduite par Ratefinanahary et composée d’une trentaine de personne va arriver fin 1820 à Maurice ou elle sera accueillie par Sir Farquhar, gouverneur Anglais de l’île. Une dizaine de jeunes malgaches vont rester dans l’île pour y apprendre les métiers de tailleur, de cordonnier, de musicien etc. Ratefy va continuer son voyage le 16 janvier 1821 pour l’Angleterre sur le vaisseau le COLOMBO avec le reste du groupe dont Andriamahazonoro, lettré antemoro ainsi qu’une dizaine de jeunes choisis pour être formés en Angleterre : Rahaniraka, Raombana les jumeaux, Razafinkarefo, Ravarika, Raolombelona, Andrianaivo, Rakotomavo, Ramboa, Andriantsiory, Ratsimisetra « L’arrivée à Londres du prince Ratefy et sa suite provoqua sur la population de Londres comme un choc électrique. Jusque là en effet, les habitants de Madagascar étaient inconnus des londoniens, des mœurs et coutumes malgaches, ceux-ci n’avaient aucune idée » Il fut reçu par le roi Georges IV qui pensait avoir affaire à des « sauvages » et était étonné de la culture et du raffinement de Ratefinanahary. Ce sentiment partagé par les personnalités londoniennes ont fait du séjour de quelques mois de Ratefy à Londres une véritable « promotion » de Madagascar qui demeurait largement inconnu par la population européenne à l’époque. En effet, Ratefinanahary a été reçu dignement chez les hauts dignitaires du pays et a rempli sa mission avec brio car il y rencontrera aussi les responsables de la LMS et les convaincra d’envoyer à Madagascar des artisans tels forgeron, charpentier, tisserand, architecte, tanneur. Etc.

Andriamihaja, homme de confiance de Radama 1er

Jeune officier de palais, ambitieux qui finit par devenir Commandant en Chef des forces armées royales de Ranavalona 1re, Andriamihaja devait sa fulgurante ascension, à la grande estime dans laquelle Radama 1er le tenait. Jeune protégé du prince Ramanetaka, qui le recommanda à Radama 1er, de sergent, Andriamihaja gravit rapidement les échelons pour devenir d’abord aide de camp du roi, ensuite chef des aides de camp du Roi. Radama 1er déclara un jour au milieu de ces officiers : "Ce petit jeune homme, dans peu de temps, sera vraiment quelqu’un, car il est astucieux; il surpassera de loin, tous ces grands personnages stupides…"

Napoléon de Lastelle

Napoléon de LASTELLE fut le premier européen à venir s'installer à Madagascar en 1825. Fils d'un capitaine au long cours originaire de Saint-Malo et d'une Demoiselle Marie-Jeanne BELLOUARD née à Maurice de parents bretons, il naquit lui même à Maurice (île encore française) à Rivière du Rempart, le 7 février 1802. Devenu lui même capitaine dans la marine marchande, il alla s'installer à Madagascar en 1825, à Mahéla, sur la côte est malgache, pour y devenir l'agent commercial de la très importante société de négoce de Rontaunay et Cie (dont nous aurons à reparler). Il y fonda lui même une société comprenant une cocoteraie, des plantations de café et de canne à sucre ainsi qu'une sucrerie et une distillerie de rhum. Il disposait de plusieurs voiliers pour son commerce avec les îles Mascareignes. Pour assurer la stabilité de ses affaires il y associa le pouvoir malgache (Merina) en place en la personne du roi Radama Ier d'abord à qui il promit des canons de la poudre et des balles, puis de la reine Ranavalona Ière qui lui succéda et qui lui renouvela ses privilèges et concessions. Ses activités consistaient a acheter du riz, des bœufs, des peaux etc. pour l'île Bourbon, de veiller à la bonne culture des plants de canne a sucre et de café, négocier l'achat des produits que sa société ne fabriquait pas, organiser le troc, fusil et poudre en échange des droits accordés par le gouvernement. Il était présent partout, à Tamatave, sur les points de traite de la cote Est et dans la capitale, Antananarivo. Il entretenait aussi un vaste réseau d'informateurs (y compris parmi les officiers de haut rang de la cour) ce qui lui permettait d'avoir une oreille partout dans l'île et d'en informer à son tout le gouvernement français. En 1840 il employait jusqu'à 2300 personnes.

En Novembre 1831, un des navires de la Compagnie Rontaunay recueillit à son bord, au large de Fort Dauphin, un naufragé de 25 ans du nom de Jean LABORDE qu'il déposa à Mahéla où Napoléon de LASTELLE le recueillit. Nous reparlerons de lui plus tard.

Vers 1830, Napoléon de LASTELLE épousa Victoire SIJA, une Malgache de l'ethnie Betsimiraka (originaire de la côte Nord-Est de la grande île) qui était la veuve de Joseph ARNOUX, un Réunionnais, associé de la maison RONTAUNAY et Cie. De l'union naquit une fille, Elisa de LASTELLE qui, après l’anoblissement de son père par la reine Ranavalona en prince de Mahela, devint elle même princesse de Mahela.

Napoléon de LASTELLE eut une fin mystérieuse : il mourut le 17 Juin 1856, à 54 ans, empoisonné, sans que l'on ait su si c'était par accident ou par une action criminelle qui aurait pu être fomentée par les Anglais jaloux de l'emprise des Français sur la grande île qu'ils convoitaient aussi. Il fut inhumé sur la colline de Bellevue, près de Mahasoa puis à Tamatave.

Radama et les anglais

  Avec le retour de Robert Farquhar comme gouverneur de l'île Maurice en juillet 1820, des difficultés surgissent lorsqu'il faut renouer les négociations avec le roi Radama Ier. Durant l'absence de Farquhar, en effet, son intérimaire, le général Hall refuse de payer l'indemnité stipulée par le traité du 23 octobre, en contrepartie de l'abolition de la traite.
Radama ne manque d'ailleurs pas de le rappeler à Hastie, chargé de renouer les relations anglo-malgaches. « Je l'ai signé contrairement aux recommandations de mes nobles et de mes conseillers. J'ai rempli ma part des engagements de la façon la plus scrupuleuse et c'est avec un profond regret que j'ai dû finalement l'abandonner... ».
Du reste, Hastie éprouve quelque inquiétude à retrouver le roi trompé par le non-respect du traité. D'autant que Radama a fait des promesses qu'il n'a pu tenir à ses sujets , et son crédit en a évidemment souffert. Radama essaie de ce fait, de monnayer son accord et Hastie doit donner plus qu'il n'a consenti en 1817: la mise à disposition du roi d'un certain nombre d'artisans britanniques, envoi en Angleterre de six jeunes Malgaches, etc.
Le nouveau traité est signé le 11 octobre 1820. Radama faisant preuve de sa fougue juvénile, s'applique de toute son énergie à la faire respecter. En particulier, il fait renvoyer sur-le-champ plus de 1 000 esclaves qui attendent d'être embarqués à Toamasina. « Et comme il dut vraisemblablement à cette occasion rembourser la prime de deux piastres et demie par tête qu'il avait déjà touchée, ce fut pour le Trésor une perte sensible » (Jean Valette, archiviste-paléographe).
L'exécution très stricte du traité, renforcé en 1823 par des mesures destinées à autoriser la saisie des navires affrétés en vue du transport des esclaves, entraîne une collaboration anglo-malgache, « qui fut fructueux pour les deux pays, mais principalement pour l'Imerina ».
D'abord les Anglais exercent « sur l'esprit du roi » une grande emprise, grâce à l'envoi d'instructeurs militaires et d'artisans qui forment à Antananarivo une petite colonie influente. En outre ils peuvent, « sous prétexte de veiller à l'observation du traité », orienter la politique de Radama « dans un sens favorable à leurs intérêts » et contrecarrer ainsi les entreprises françaises sur la côte Est.
« Il y a là un mélange curieux- dont certains, à tort, se sont scandalisés- d'aspirations humanitaires et de buts réalistes. Il y a lieu d'admirer une semblable politique, imaginée, voulue et appliquée avec une grande opiniâtreté ».
De plus, il devient nécessaire à Radama d'occuper les points mêmes où cette traite se pratique s'il veut largement respecter et faire respecter l'abolition de la traite. Et « à plusieurs reprises dans les archives mauriciennes, les Anglais surent habilement suggérer à Radama telle ou telle campagne et même l'aider énergiquement ».
Pour que Radama puisse jouer avec succès le rôle de gendarme qui lui est désormais dévolu, il importe avant tout de mettre à sa disposition des forces militaires suffisantes. Avec l'aide des instructeurs britanniques, il se lance dans la réforme des institutions militaires selon les méthodes modernes.
L'aide anglaise dépasse cette réorganisation de l'armée. Les navires anglais aident Radama pendant la campagne de 1823, en le transportant avec une partie de son armée de Foulpointe à Vohémar. Car pour les Anglais, cette campagne n'a d'autre but que de mettre fin à des guerres intestines « fomentées par la France », qui sont la source du commerce des esclaves contre lequel lutte le roi merina.
L'action britannique est aussi manifeste dans la préparation de la campagne contre le Boina en 1824. « Les instructions adressées par le Colonial Office au gouverneur de Maurice, ne laissent aucun doute à ce sujet. On y lit, en effet, qu'il faut inciter Radama à entreprendre une campagne dans le Nord-ouest et tout faire pour contrecarrer en cette région, les activités de la France en utilisant le roi merina ».
Pour préparer cette campagne, la marine anglaise n'hésite pas à intimider le roi Andriantsoly en l'amenant à accepter le drapeau de Radama Ier, « dont ce roi ignorait jusqu'à l'existence ». Ce qui équivaut au roi sakalava à reconnaître la suzeraineté merina.
Selon Jean Valette, « sous le couvert de but humanitaire, les Anglais réussirent à utiliser Radama Ier pour mener à bien un plan qui réussit parfaitement, d'autant que ce plan ne pouvait que plaire à un roi jeune, actif et enclin à se réaliser par lui-même ».
Pela Ravalitera

Courriers de Radama 1er

RADAMA 1er à FARQHAR

Radama 1er copieFarquhar 001"J’ai à vous remercier très amicalement pour l’accueil grâcieux que vous avez bien voulu rendre à ma recommandation, … je vous approuve parfaitement dans le choix que vous avez fait des deux sujets que je vous ai envoyés pour l’Angleterre. Ratefi, à tous égards, est plus propre à ce voyage que l’autre, il est aussi le Prince qui tient la première place dans mon royaume. Je n’ai pu mieux choisir que lui, lui seul connaît mes vraies intentions, il est ainsi muni de mes pleins pouvoirs. Tant qu’à Indrientsimesètre, je l’ai jugé trop jeune encore pour l’intéresser davantage dans nos affaires quoique cependant il tient à la première maison de ma cour, il est aussi mon beau frère et mon bon ami".

Sylvain ROUX à RADAMA 1er

"Un bâtiment anglais de Maurice mouillé en baie d’Antongil m’a fait parvenir une lettre de Monsieur Blevec que je vous fais tenir par cette occasion, je l’ai reçue hier, onze courant, vous verrez que nous devons l’attendre sous peu. L’évènement qu’il raconte du dénommé Ratsitata peut bien être vrai. Cet homme est le propre neveu de Radama, il s’était promis au mois de décembre dernier de tuer Mr Hastey, Commissaire anglais; ce dernier averti du dessein de cet homme, en fit part à Radama avec prière d’ordonner (?) une grande réunion de son peuple à l’effet de reconnaître en définitive si les avis qu’on lui avait donnés sur Ratsitata étaient fondés ou non. L’assemblée réunie, Ratsitata y parut comme tout le monde, couvert de son simbou. A un signal donné par Radama, tout le monde fut invité à se découvrir, Ratsitata fut le seul qui ne le voulut pas.
Radama le fit approcher de près et lui demanda pourquoi il n’obéissait pas à ses ordres : il répondit en se dévêtant de son simbou : "Vous me voyez, mon Roi, armé d’un fer de sagaie, non pour le tourner contre vous, mais contre cet Anglais, qui ainsi que tous ceux de sa Nation, n’a cherché qu’à faire votre malheur et celui de votre peuple. Je suis découvert, mais d’autres que moi réussiront à purger le pays de ces gens qui ne s’attachent qu’à en faire le malheur". Radama, accompagné de Mr Hastey et de plusieurs autres Anglais, ordonna de faire arrêter Ratsitata,
et sans doute à la sollicitation du Commissaire anglais, l’envoya aux fers à Tamatave, d’où il a été déporté à l’île Maurice. Ratsitatanina avait une haine profonde pour les Anglais et il ne m’étonne pas que rendu à l’île de France, il ait cherché à réunir près de lui quelques esclaves Hova pour les porter à se venger avec lui des Anglais en brûlant la ville. " Depuis trois mois, il ne nous vient pas une nouvelle du pays de Radama, qu’elle ne le dise toujours assassiné. Je ne crois ni ne puis croire ces nouvelles, mais il existe en effet chez ce Prince des ferments de discorde,
parmi même ses généraux et ses proches parents. Le nommé Rateyte (Ratefi) qui arrive à Londres et qui est son beau frère, n’avait été envoyé en Europe que par la crainte que Radama avait de lui, le nommé Rafarla Dentiana (Rafaralahy Andriantiana) n’a aussi reçu dernièrement une mission pour l’île Maurice que parce que Radama se défie de son caractère et de l’intérêt que lui porte tout le peuple et surtout les soldats (?).
Les Anglais à cet égard, offrent à Radama d’être ses geôliers et le Prince, très soupçonneux est charmé de trouver cette occasion pour s’éloigner d’un péril qui le menace peut-être. Si nous croyons les nouvelles du pays du nommé Ramitah (Ramitraho, Roi des Sakalava du Menabe), chef aussi puissant dans le Sud et chez lequel Radama avait porté la guerre l’année dernière, il doit faire une invasion chez Radama au printemps prochain (après les pluies ?). Ce qui peut-être aussi accréditerait cette nouvelle, c’est que Radama, devenu le seul négociant privilégié pour la vente des bœufs de son pays et qui avait à cet effet fait surveiller toutes les routes qui menacent de la côte orientale chez les Sakalava, vient d’être obligé en raison du besoin de poudres qu’il a, que lui portent assez volontiers les Arabes de la côte occidentale (Majunga) de retirer ses agents et de laisser les chemins libres. Enfin, nous verrons ce qu’il en arrivera…"

James HASTIE à RADAMA 1er

Ratsitatana " Monsieur , J’ai l’honneur de vous prier de bien vouloir informer Son Excellence le Gouverneur que Ratsitatanina, le prisonnier d’Etat (?) envoyé ici par le Roi Radama dans des circonstances rapportées dans mon journal du 9 octobre (non retrouvé) et au sujet duquel j’ai eu l’honneur de vous entretenir le 14 courant du mois dernier, s’est enfui du bagne la nuit dernière. En conséquence je vous prie de demander à Son Excellence de bien vouloir donner les ordres nécessaires pour qu’on prenne des mesures en vue d’appréhender le fugitif et de lui trouver une autre (?) prison.
Je joins à ma lettre sa description J’ai l’honneur d’être…
Hastie (officier britanique)

Signalement : Ratsitatanina est de teint légèrement cuivré, sa taille d’environ 5’10’’ (1,77 m environ). Il est d’une constitution athlétique, a une touffe de poils au menton, a de longs cheveux noirs nattés à la mode des Ovah du pays duquel il provient, et ne parle que le malgache. En quittant le bagne, il portait un simbou de coton à bords bleus".

VOYAGE A LA CAPITALE DU ROI RADAMA 1825-1826

André Coppalle

André Coppalle enseignait le dessin à l’île Maurice quand il proposa ses services pour faire le portrait du roi Radama. Il débarque à Madagascar en mai 1825 et va y rester plus d’un an, dont une bonne partie à la cour. Il semble que le roi apprécia modérément ses qualités de peintre. Mais les notes qu’il a laissées sous forme manuscrite, et qui ont été publiées au début du siècle dernier par l’Académie malgache, font la relation vivante de son séjour. Soucieux de ne pas tomber dans la généralisation, qu’il n’évite cependant pas toujours, Coppalle se tient au plus près de ce qu’il voit et de ce qu’il peut vérifier. Et son esprit plus ouvert que celui d’autres voyageurs lui permet de voir de la beauté là où la plupart des commentateurs y demeurent imperméables.

Décret signé entre les Maharadjahs et Radama 1er

En 1775, Nicolas Mayeur, com-merçant français à Madagascar, constate la présence des Indiens aussi. Leurs descendants qui vont s’établir à Ambanoro (village de Nosy-Bé), seront les fondateurs des grands lignages indiens « Karanas » présents aujourd’hui encore, dans toute l’île de Madagascar et même ailleurs. Ceux qui sont arrivés à Mada-gascar, et notamment à Nosy-Bé, dès les années 1850, sont venus volontairement, dans le cadre d’une immigration spontanée, et par vagues successives. En fait, un décret - signé entre les Maharadjahs et le roi mérina malgache Radama 1er - datant du 18 juin 1825, permettait aux Anglais et aux sujets anglais de résider à Madagascar et à faire du commerce. Ils sont venus par vagues successives de manière volontaire des villages indiens de Kathiawar, du Gudjerat, de Jamnagar, de Bombay, de New Delhi, de Surat, de Rajkot, de Madras, de Calcutta, de Pondi-chéry, de Chandernagor, du Kusch-Mandui ou Porbandar. C’est par le biais d’une immigration spontanée, individuelle puis familiale que s’est constituée la congrégation indienne de Nosy-Bé depuis la fin du XIXème siècle jusqu’au début du XXème siècle. Arrivés à Nosy-Bé avec la nationalité britannique, ils ont acquis la nationalité française de plein droit par les décrets français applicables dans les colonies, de 1928 et 1933, permettant aux étrangers, en l’occurrence, les Indiens sujets britanniques anglais, d’obtenir la nationalité française. »

Décès

Malheureusement, suite à des infections contractées lors de ses multiples expéditions dans les régions insalubres du littoral, selon les uns, d'excès d'alcool (dans un état de delirium tremens), selon les autres, Radama meurt subitement à Antananarivo le 27 juillet 1828, à l’âge de trente-six ans, occasion pour ses ennemis de hâter sa mort en l’isolant des siens et en le privant de soins appropriés.

N'ayant pas d'enfant pour lui succéder sur le trône, sa femme devint reine de Madagascar sous le nom de Ranavalone 1re.

Funérailles royales

 

 

Boeufs copieLes funérailles royales étaient l’occasion de grandes largesses en viande : on distribua au peuple plusieurs milliers de bêtes (Raombana, 1993, t. 2 : 250) lors de la mort de Radama 1er. A la mort de son Premier ministre Rainiharo en février 1852, la reine Ranavalona 1ère fit tuer jusqu’à 500 bœufs en son honneur, sans compter les autres bœufs abattus et déposés de distance à distance sur le parcours du convoi funèbre partant d’Andohalo jusqu’au prestigieux tombeau familial d’Isotry. Rainiharo, du clan Tsimiamboholahy, était une des plus grosses fortunes en bœufs, qu’il disposait de vastes pâturages sur la côte orientale et contrôlait pratiquement tout le commerce de bœufs entre Maroantsetra et Toamasina, tandis que son rival Rainijohary, du clan Tsimahafotsy, régnait sur le Sud, de Mahavelona (Foulpointe) à Fort-Dauphin (Raison, 1984 : 138). Lorsque la Reine elle-même mourut, on a abattu et distribué à tous les sujets présents à Antananarivo et Ambohimanga 25.000 bêtes (TA : 1981 : 1179), des animaux choisis avec soin dans les troupeaux royaux.

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 

 

 

 




 

 



 

 




 

 

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : samedi, 17 Septembre 2016

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