RADAMA II

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PRINCE DE LA RENAISSANCE MALGAHE

Banniere radamaii copie

recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com & tany_masina@yahoo.fr)

Radama II, né le 23 septembre 1829 et décédé le 11 mai 1863, est un roi malgache. Il règne sur le royaume de Madagascar de 1861 à 1863. Cette période est marquée par un revirement diplomatique vis-à-vis des Européens. Roi francophile, il est néanmoins accusé de « brader le pays » et meurt assassiné par les tenants d'une politique plus indépendante.

Biographie

Succession

Dans les premières heures du 16 août 1861, âgée de 73 ans selon les uns, de 81 ans selon les autres, Ranavalona Ière tourne le dos. Son règne a duré trente-trois ans. Logiquement c’est son fils, le prince RakotondRadama qui lui succède.

Le 23 septembre 1862, le prince Rakoto est couronné roi sous le nom de Radama II. Officiellement, il est considéré comme le fils de Radama Ier, mort en 1828, plus d'un an avant sa naissance. La rumeur attribue sa paternité au Premier ministre Andriamihaja, qui était également alors le compagnon attitré de sa mère. 

Aussi, un parti mené par Rainijohary, le Premier ministre de sa mère, travaille-t-il à l’évincer pour proclamer roi son cousin Ramboasalama. Ambitieux dépourvu de personnalité, celui-ci aurait d’ailleurs dû succéder à sa tante avant la naissance du prince Rakoto. Cependant, le commandant en chef Rainivoninahitriniony sauve la situation. Les troupes reçoivent l’ordre de se dissimuler aux environs du Palais. Dès l’annonce officielle du décès de la reine, ces hommes accourent, entourent le prince héritier et forment autour de lui un rempart de leurs corps.

Le plan de Rainijohary est déjoué et c’est Ramboasalama qui est arrêté. Conduit au petit lac (aujourd’hui comblé) d’Andohalo, lieu des serments officiels, il se voit contraint de jurer fidélité à son rival. Déjà Rainivoninahitriniony, entouré des grands officiers de la Cour, apparaît sabre en main au balcon du Palais et crie à la foule: « N’est-il pas vrai que Radama II est le roi de votre choix, que vous ne voulez pas d’autre roi que lu i? » Et une immense ovation lui répond.

Vers 16 heures, les portes du Palais s’ouvrent à nouveau et le roi se montre à la foule. Il porte la couronne d’or, ses épaules sont revêtues du manteau de pourpre. L’ovation qui monte vers lui, est telle qu’il ne peut retenir ses larmes. Après quelques instants, il parvient à contenir son émotion: « Je suis le successeur d’Andrianampoinimerina et le remplaçant de Laidama, et ma mère m’a légué le royaume. Ayez confiance car je suis la protection de la femme et de l’enfant, et c’est vous que je regarde comme m’en tenant lieu ». Une ère nouvelle commence pour Madagascar.

Dans la matinée de ce même 16 août 1861, les pères Jouen et Webber ainsi que le frère coadjuteur Lebrof, s’embarquent à la Réunion sur le « Mascareignes », dans l’espoir d’ouvrir la Mission catholique dans la capitale de l’Imerina. Ce n’est pas une simple coïncidence de date. Le 7 juillet, un de leurs amis de Toamasina,
M. Soumagne, leur a écrit pour annoncer… la mort de Ranavalomanjaka. Le 8 août, il confirme la nouvelle. « Au vrai, il anticipait sur l’évènement, mais dès la réception de ses lettres, impatients de partir, ses correspondants avaient cherché une occasion de se mettre en route » (Bernard Blot).
Leur navire arrive le 20 août en vue de Foulpointe. Des décharges d’artillerie retentissent: le commandant du fort annonce à la population le décès de la reine. Mais personne ne peut leur dire avec certitude qui lui succède sur le trône. Ce n’est que le lendemain en débarquant à Toamasina qu’ils apprennent la suite des évènements survenus dans la capitale.

Sans attendre, les missionnaires sollicitent l’autorisation de se rendre dans la capitale. Elle est encore nécessaire à l’époque. Vingt-neuf ans plutôt, plus exactement en juillet 1832, Mgr de Solages avait osé quitter Toamasina à l’insu du gouverneur Coroller et s’engager seul, avec un interprète et un enfant, sur le chemin de l’intérieur des terres jusqu’à Andevoranto. Audace qu’il avait payé de sa vie. Cette fois-ci, réponse favorable est remise aux missionnaires catholiques le 6 septembre 1861.
Impatient de partir, le père Webber se met en route le 9 septembre, sans provisions, avec quelques porteurs qui l’abandonneront au bout de quelques jours. « J’ai continué à pied, dans toutes ces montagnes, et ma botte droite m’a mangé un peu le pliant du pied ». Le 23 septembre, il est à Antananarivo.
Le lendemain, il griffonne à la hâte au père Jouen resté à Toamasina: « Je suis arrivé hier, à 16 heures. La foule m’a pressé de toutes parts, les visites ne finissent pas, je n’ai pas le temps d’écrire ».

Extrait l’Express de Madagascar – Samedi 12 mars 2011

Modernisation et avancées sociales

L'avènement de Radama II commença par soulever un immense espoir parmi ses sujets, dont beaucoup étaient las des années de privation marquant la dernière période du règne de Ranavalona, laquelle avait dû se défendre de nombreux complots politiques. Fortement influencé par son mentor, le Français Jean Laborde, qui profite de son avènement pour revenir de son exil réunionnais au titre de Consul de France, Radama II entreprend aussitôt d'abolir la peine de mort et décrète une amnistie générale. Il supprime les « corvées » (à savoir le fanompoana, les travaux non rémunérés pour le compte de l'État et de la collectivité), réduit la durée du service militaire et libère de nombreux captifs.

Décision unilatérale d'européanisation

Contrairement au monarque précédent, Ranavalona Ire, qui défendait l'idée d'un Madagascar indépendant et fier de ses traditions, Radama II change complètement de cap. Il proclame la liberté des cultes et ouvre sans restriction les portes du royaume aux Européens. Il veut aussi abolir toutes les coutumes et les institutions traditionnelles, estimant que seules celles des Européens portaient la marque de la « civilisation ». Il s'habille d'ailleurs à la mode européenne. Ces réformes libérales, en décalage avec les réalités du pays, suscitent des troubles et de l'insécurité.

Profitant de son influence sur le jeune souverain, Jean Laborde fait signer par celui-ci une charte accordant à Joseph Lambert, un aventurier français, un droit d'exploitation exclusif de toute la partie nord de Madagascar. Pour le Premier ministre Rainivoninahitriniony (ou Raharo) et les autres notables que Radama II n'avait pas consulté, cette décision équivaut à brader aux puissances financières occidentales (et au-delà, à l'État français dont les ambitions coloniales s'affichaient ouvertement) les ressources de la moitié du territoire national, tout en compromettant de manière irréversible l'indépendance du pays.

Reconnaissance européenne pour Radama II

        Si Radama 1er est le premier à choisir une politique d’ouverture à l’égard des Européens pour le «développement» du pays, la politique de sa femme Ranavalona 1ère au contraire se caractérise par la tentative de fermer le pays à toute influence étrangère. Tous les auteurs étrangers sont unanimes à le souligner. Tel le Pr. Mukasa Mutibwa Phares dans sa thèse de doctorat «The Malagasy and Europeans. A stady of Madagascar’s Foreign Policy, 1861-1895» d’après une étude de Razoharinoro-Randriam­boavonjy. Aussi l’accession au trône de Radama II, fils de Ranavalona 1ère, est-elle accueillie très favorablement par les Européens. Le nouveau souverain et ses ministres sont considérés comme des «hommes du progrès» décidés à reprendre les relations avec les puissances européennes. Le roi est préparé dès son plus jeune âge à adopter une telle politique, grâce à l’éducation qu’il reçoit de Jean Laborde en particulier et «grâce aussi à son tempérament qui avait en horreur les méthodes de sa mère Ranavalona».
Les Vazaha, Laborde d’abord, le père Finaz, Ellis et Lambert ensuite resteront des conseillers «occultes et efficaces» tout au long du règne très (voire trop) libéral de Radama II. sans compter qu’il nomme des étrangers à des postes officiels: Clément Laborde au secrétariat des Affaires étrangères; William Marks pendant un certain temps succèdera à Rahaniraka au même ministère, à la mort de ce dernier.

      Radama II rouvre le pays avec le même empressement que sa mère avait eu à le fermer. La liberté de pensée et de culte est proclamée. Les missionnaires protestants, rappelés après vingt ans d’exil, sont suivis de missionnaires catholiques. Jean Laborde fait son retour quand Joseph Lambert obtient la confirmation de privilèges exorbitants. En 1862, Napoléon III reconnait Radama II comme « roi de Madagascar sous réserve des droits de la France ». Derrière la reconnaissance toute théorique d’une souveraineté de la dynastie Merina sur l’ensemble de l’île, il n’est guère difficile de voir un premier pas diplomatique vers le protectorat. Jean Laborde devient consul de France et contrecarre les intérêts anglais.

     En outre, dès 1862 Jean Laborde est reconnu consul de France avec résidence à Toamasina et Thomas Connoly Pakenham celui de la reine d’Angleterre. «Les deux puissances européennes antagonistes avaient désormais leur représentant en titre à Madagascar.» Repré­sentation qui a toujours été formellement refusée par Ranavalona 1ère, méfiante quant aux relations à venir.
Enfin, les droits de douanes sont supprimés à l’exportation comme à l’importation «pour encourager le commerce» et parce que le roi «n’en avait plus besoin, sa mère lui ayant laissé suffisamment pour vivre». Ainsi, les grandes puissances s’empressent de témoigner à Radama II «leur faveur et leur joie». Des missions arrivent de Maurice, de France et d’Angleterre pour féliciter le nouveau roi, lui apporter des cadeaux et «prendre connaissance des conditions nouvelles de leur pénétration à Madagascar». Middleton conduit l’importante délégation mauricienne. Brossard de Corbigny arrive en avril 1862 avec des cadeaux de l’Empereur des Français. Le général Johnstone, envoyé de la reine d’Angleterre, le suit de près.
En même temps, les missionnaires des diverses confessions affluent. Les catholiques vont entamer leur travail sur les Plateaux. Les protestants ne font que reprendre le leur. La concurrence dans le domaine religieux commence âprement. «La rivalité franco-anglaise se manifestera non seulement sur le plan du prosélytisme très zélé des missionnaires respectifs, mais aussi dans la recherche de l’extension des zones d’influence.»
Ainsi dès 1862, Lambert qui fait partie du groupe des «conseillers occultes étrangers» du souverain obtient la ratification de sa fameuse et exorbitante charte octroyée en secret par le prince héritier en 1855. Puis malgré l’hostilité de l’entourage du roi et des conseillers de droit, un traité est conclu avec la France. «Dans ce traité, on oublia provisoirement les fameux droits de la France sur Madagascar et Radama s’engagea à ne céder aucun territoire à une puissance étrangère.»
Parallèlement, l’Angleterre par le biais de son consul Pakenham «était alors décidée à défendre l’indépendance de Madagascar pour le grand bien de Maurice et à promouvoir la propagation de la religion chrétienne dans l’égalité de toutes les confessions devant la loi du pays».
À l’instar de Lambert, l’Anglais Caldwell obtient aussi sa charte! Mais outre le traité, une «convention secrète» avec la France stipule, entre autres, que «l’Empereur des Français, se fiant au caractère général et aux intentions amicales du successeur de Ranavalona 1ère, reconnaît Radama II roi de Madagascar et renonce aux droits que la France avait proclamés jusqu’à ce jour concernant sa souveraineté sur l’île… Le roi Radama, pour sa part, reconnaît les droits spéciaux de la France sur ses anciens établissements ou sur les parties du territoire acquises par elle en vertu de traités particuliers conclus avec des chefs indépendants, antérieurement à la présente convention.»
Pela Ravalitera

Oppositions et assassinat

Ils s'opposent donc au roi, auquel était reproché son indifférence aux affaires du royaume et ses amusements avec les menamaso (compagnons). Radama, contrairement aux usages, n'a pas constitué son entourage de personnes de castes nobles andriana, il fréquente même des personnes de caste inférieure (mainty). Cette proximité entraîne un soupçon de mixité sexuelle entre les menamaso entraînant la corruption de la personne royale. Profitant alors d'une crise ouverte avec un des chefs menamaso, que le roi proposa de régler par un duel (« comme dans les pays civilisés ! » ajouta-t-il), Ranivoninahitriniony se résout à éliminer tous les menamaso et le 11 mai 1863, le roi lui-même est étranglé. Cela doit alors permettre au gouvernement la dénonciation de la charte Lambert et préservation de l'indépendance du pays.

Après le meurtre de Radama II en 1863, une «épidémie de possession» par les esprits des rois, le ramanenjana, toucha le petit peuple, mouvement que F. Raison (1976, 1991) analyse comme une contestation du christianisme «politique».
 

La prétendue survivance du Roi Radama II (1863)

(D'après la correspondance de J. Laborde)
 
      Le roi Radama II fut assassiné, à la suite d'une conspiration, le mardi 12 mai 1863, et son épouse Rabodo était proclamée reine de Madagascar sous le nom de Rasoherina, en même temps qu'elle devenait l'épouse du Premier ministre Rainivoninahitriniarivo.
     Radama II, dont le court règne avait commencé le 16 août 1861, était entouré de deux partis en opposition. D'un côté, les anciens officiers et les grands, avec le Premier ministre et le Commandant en chef ; de l'autre, les Menamaso, bourgeois ou roturiers qui avaient composé sa garde quand il était encopre prince, et qui, à son avènement, s'étaient pratiquement emparés du pouvoir, détruisant l'influence des officiers, accaparant les faveurs et abusant de toutes les façons de leur situation privilégiée. D'autre part, une antipathie de clans s'était fait jour. Le père de Radama 1er, Andrianampoinimerina, était originaire du Nord de l'Imerina, et avait été aidé par la population de cette contrée lorsqu'il avait entrepris de constituer son royaume. A celle-ci alors allaient les faveurs. Les Menamaso, au contraire,  étaient pour la plus part originaires du Sud de l'Imerina. Enfin le Ministère avait toujours été l'apanage de la puissance famille de l'ancien commandant en chef Rainiharo, et celle-ci avait vu son influence décroître dans de fortes proportions, absorbées par celle des Menamaso. Les chefs évincés ne pardonnaient pas au roi un tel renversement de situation, et il ne fallait qu'une occasion ou qu'un pretexte pour faire éclater la révolte. La cause, d'après Jean Laborde, en fut une loi publiée par le roi, et à la vérité assez singulière, qui autorisait le duel et même le combat de tribu à tribu, de village à village, sous la seule condition du consentement des deux partis ; ctte loi provoqua des protestations et des interventions pressantes des officiers et des grands du peuple, mais le roi refusa de revenir sur sa décision et de l'abroger.
     Le 12 mai, aux premières heures de la matinée, seize conjurés assassinèrent le roi en l'étranglant avec un lamba de soie (on sait qu'à Madagascar on ne devait pas faire couler le sang des princes). Pendant la nuit qui suivit, le corps fut secrètement transporté à Ilafy et enterré sans céremonie par les aides de camp de Rainivoninahitriniony. Et, d'autre part, la plupart des Menamaso avaient été sagayés.
     "Ainsi, écrit Laborde dans sa lettre du 15 mai rappelée plus haut en note, finissait le roi si cher à juste titre à tout Madagascar.
     S'il m'est permis d'exprimer une opinion sur les heureux résultats à venir de ce règne malheureusement trop court, je dirai que Radama II a certainement laissé des traces innéfaçables de son passage sur le trône de Madagascar. L'abolition du tanguin et de quelques autres coutumes se rattachant à l'administration judiciare, la tolérance réligieuse, l'initiative qu'il a donné aux idées de progrès et de civilisation, en un mot, toutes les institutions libérales dont il a doté le pays, porteront tôt ou tard leurs fruits, malgré les idées retrogrades des mœurs du moment."
     D'autre part, après la mort de Radama, il avait été adressé à la foule une proclamation qui voilait les faits et disait notamment : "Le roi, désolé de la perte de ses amis, s'est donné la mort. Rasoherina est reine de Madagascar".
     Ainsi le peuple qui, sous le règne libéral de Radama II, avait senti diminuer le poids écrasant qui pésait sur lui, qui pouvait comparer sa bienveillance avec le régime de terreur qui avait caractérisait le régime de Ranavalona 1re, le peuple à qui l'on tentait de faire croire à un suicide de son roi, lequel avait été enterré sans aucune pompe, et dont le lieu d'inhumation avait d'abord été tenu secret, pouvait se trouver dans un état d'esprit prêt à admettre qu'en réalité il n'était pas mort, mais était prisonnier, ou plus simplement encore, avait pris la fuite.
     C'est dans ces conditions que, dans la région de Tananarive, de nombreux clans refusèrent de croire à la mort du souverain. Au bout de deux semaines, dès le 26 mai, une rumeur commençait à courir, d'après lequel Radama était seulement séquestré en un endroit secret. Les Français,  disait-on, ne pourrait admettre un pareil attentat et ne manqueraient pas de réclamer le retour du roi sur le trône ; Laborde, dont tous connaissaient quelle amitié le liait à Radama qui l'appelait son "parrain", savait assurait-on, où se trouvait la retraite du roi. D'après un bruit tout différent, les meurtriers, qui avaient emporté le corps à Ilafy, enfermé dans une caisse, l'avaient entendu s'agiter et gratter, et s'étaient sauvés après avoir ouvert la caisse et vu le roi encore vivant.
     Il est devenu urgent pour les récidives de lutter contre ces bruits. Le 15 juin, dans un kabary public, ils n'hésitèrent pas à menacer de mort les colporteurs de toutes ces nouvelles tendancieuses. Ce fut en vain : la population des campagnes, qui regrettait le roi, se soulevait, pillait les domaines de certains grands, et il fallut envoyer des troupes en différents points, notamment dans le Mandrindrano et la région de l'Itasy, pour rétablir l'ordre.
    Dans une lettre du 10 juin, le consul français rend compte de ces bruits au Ministère des Affaires Etrangères : "J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence des bruits qui courent que le roi n'est pas mort et que le cache chez moi. Malgré ces bruits sans fondement et qui n'expliquèrent que par l'amour extrême de la population pour le feu roi, Tananarive est tranquille."
    Du 3 juillet : "J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que les bruits dont j'ai parlé dans mes précédentes dépêches prennet tous les jours plus de consistance. Un homme de ma maison m'a affirmé sous serment qu'il avait vu le roi. C'est d'ailleurs au nom du roi que les solèvements ont éclaté dans le Nord et dans le Sud de l'Imerina. Les Hovas ont été battus dans un engagement...En présence de ces faits, les membres du Conseil, dans un conciliabule, auraient déclaré, dit-on, qu'au premier coup de canon annonçant l'entrée du roi dans le petit village d'Ambohimanga, situé à quatre lieues de Tananarive, ils feraient assassiner les Blancs, car ils sont persuadés que les Blans sont les amis du roi. Tout ceci n'est qu'un bruit : J'en ai parlé à plusieurs membres du Conseil ; ils m'ont assuré qu'il était complétement faux, que les soulèvements ne se faisaient même pas au nom du roi...Quoiqu'il en soit, que le roi vive ou non, l'excitation est parvenue à un tel point qu'un soulèvement général paraît imminent."
     A ce moment, la mort réelle de Radama ne semble encore faire pour Laborde pas de doute ; les lettres suivantes, toutes adressées au même Ministre, montrent qu'il va se laisser impréssionner de plus en plus par persistance des bruits de survivance.
     On lit dans une lettre du 4 novembre 1863, venant après une assez longue période de silence : "Les bruits circulent toujours que le roi est vivant. On dit qu'il s'est porté sur mon passage pendant mon voyage à Tananarive, mais que la crainte d'être vu par les officiers qui étaient avec moi l'a empéché de se montrer. On prétend même que deux fois depuis mon arrivée, il est monté la nuit à Tananarive, et qu'on l'a vu passé à côté de mon emplacement. Néanmoins je n'ai pas assez de preuves à l'appui de ces faits et toutes mes secrètes démarches n'ont encore pu pénétrer ce mystère".
     Au début de 1864, la conviction de Laborde est faite : "Le roi est vivant". Il écrit le 29 janvier : "J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que tous les rapports qui me sont parvenus me confirment dans l'opinion que le roi est vivant ; on l'a vu dans plusieurs endroits de la province d'Imerina et des provinces limitrophes.Le Premier ministre le fait rechercher plus activement que jamais et se rend lui-même avec une bande armée sur les lieux où on dit qu'il se trouve ; enfin on a promis une récompense extraordinaire à celui qui lui porterait sa tête. Le roi m'a envoyé le chef de son parti qui vit caché depuis six mois et contre lequel on dirige en ce moment des poursuites plus rigoureuses. Il est resté deux jours et deux nuits avec moi, m'a assuré que le roi était en sureté et qu'il allait se montrer au peuple incessamment. La majeure partie des officiers, les notables de la province et presque toute la population lui sont favorables. Quelques arrestations faites récemment ont donné l'alarme et plusieurs personnes ont pris la fuite ; on suppose qu'elles sont allées rejoindre le roi. On vient de publier que quiconque dirait qu'il est vivant serait condamné à mort. Malgré cers ménoces, malgré les exécutions qui ont eu lieu pour ce motif, on ne cesse de répéter que le roi est vivant. Le redoublement de sévérité que l'on déploie maintenant contre ses partisants les déterminera, je pense, à agir promptement. Je prie Votre Excellence de vouloir bien me donner les instructions que j'aurai à suivre si le roi parvient à remonter sur le trône."
     Une nouvelle confirmation est encore donnée le 16 mars : "J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que l'existence du roi est un fait certain. Le Premier ministre est loin d'être rassuré ; il a nuit et jour une garde nombreuse autour de lui et fait faire les recherches le plus rigoureuses pour découvrir la retraite du roi. Dernièrement des soldats envoyés pour le tuer ont été fustigés parce qu'ils ne l'ont point trouvé. Plus récemment encore, sept individus, parmi lequel un prédicateur protestant indigène, ont été sur de simples soupçons condamnés à mort ; quatre ont été mis à la chaîne perpétuelle. Une véritable panique régnait à Tananarive ce jour-là et les suivants ; plusieurs, dans la crainte d'être arrêtés et par la suite condamnés, ont pris la fuite et sont allé grossir le parti du roi.On attend d'un jour à l'autre le soulèvement qu'on prépare en sa faveur. Je viens d'apprendre par un des partisans que M. Ellis avait chargé un de ses amis de dire au roi que son gouvernement avait des navires échelonnés de distance en distance depusi Madagascar jusqu'en Angleterre et que s'il en avait besoin, il donnerait des ordres pour le faire venir à son secours".
     Effectivement l'agitation augmentait et les populations de l'Ankaratra se soulevaient à leur tour. L'inquiétude et l'incertitude contunuaient à agiter la Cour. On ne saurait dire, écrit G. Grandidier dans son Histoire politique de Madagascar, le nombre des Merina qui, accusés de conspirer contre le gouvernement de Rasoherina, ont été mis à mort parce qu'on les accusait de vouloir remettre Radama II sur le trône.
     Nouvelle lettre de Laborde du 13 avril 1864 : "...Le Premier ministre ayant ordonné une battue générale dans toute la province, le roi et ses partisant ont été obligés encore une fois de se disperser. La plus grande partie des soldats ou esclaves envoyés à sa recherche sont revenus depuis quatre jours sans l'avoir vu. Le lendemain de leur retour, le roi me faisait dire que la forêt lui offrirait toujours une retraite sure, qu'il n'y avait donc rien à craindre pour lui, mais que malheureusement il n'en était pas de même de ses partisans ; tous les jours en effet quelqu'un d'entre eux est condamné à mort ou mise à la chaîne perpetuelle et expédié dans le Sud de l'île où il ne tarde pas à succomber. En conséquence, il me demandait une entrevue afin de se concerter avec moi sur les moyens à employer afin de mettre fin à cet état de choses. La surveillance dont je suis l'objet m'a empêché d'aller au rendez vous qu'il m'avait fixé. Dernièrement un de ses envoyé m'a demandé "si la France ne ferait pas la guerre pour maintenir les traites". Ne connaissant pas les intentions de notre Gouvernement à cet égard, j'ai dû me borner à des réponses évasives et lui dire de m'amener le roi afin que, m'étant entendu avec lui, je puisse en écrire à mon gouvernement. Il m'a protesté de faire son possible de l'amener chez moi : je l'attends prochainement".
     Et du 13 mai : "J'attends tous les jours mon entrevue avec le roi". Mais le roi ne vient toujours pas. Du 22 mai : "...mon entrevue avec le roi est encore différée par suite des incidents qui viennent de se produire" (Dans la nuit du 18 au 19 mai, alors que le reine Rasoherina était à Ambohimanga, douze cents partisans du r'oi s'étaient réunis soit-disant pour le conduire au Palais de Tananarive, dont on devait leur ouvrir les portes. Mais subitement la frayeur les gagna, et tous ces hommes se dispersèrent devant les cinq cent gardiens de nuit. Le lendemain tous les soldats étaient sous les armes autour du Palais. Le soir du même jour, 29 personnes étaient arrêtées, et chaque heure, depuis ce moment, apportait la nouvelle de quelque arrestation).
     La conviction du Consil français, pourtant, n'est pas encore ébranlée, mais il éprouve cependant le besoin, dans la même dépêche, d'en résumer les raisons : "Depuis plus d'un an que ces bruits courent avec une persistance remarquable, des centaines d'individus qui, certes, ne ce seraient pas exposés s'ils n'avaient eu la certitude de la vie du roi (sic). Le Hova est très trop défiant pour cela. Croyez vous, me disait un jour le chef du complot, que j'aurais sacrifié mes biens, ma position, ma famille si je ne l'avais vu ? Quel intérêt aurais-je à la querelle des mécontensts ? Avais-je à me plaindre du premier Ministre ? Et n'étais-je pas placé dans les meilleures conditions pour jouir des faveurs du nouveau gouvernement ? J'ai vu cinq autres de ses pricipaux partisants dont la tête est mise à prix et qui restent à Tananarive où ils sont exposés vingt fois par jour à être découverts, quand ils pourraient se sauver et vivre en parfaite sécurité dans l'intérieur ou hors du pays. "Quel motif nous retiendrait ici au milieu du danger, me disaient-ils encore, c'est que vous ne pouvez vous déguiser comme nous". Un cousin du premier Ministre est arrêté ; il est circonvenu par sa famille ; adjuré de dire la vérité et de découvrir les trames du complot qui s'abrite sous le nom du roi, il répond qu"il est bien vivant, qu'il l'a vu ; pourquoi aurait-il menti alors qu'on lui promettait le pardon s'il disait la vérité ? Plusieurs autres malheureux, sommés au moment de leur supplice d'éclairer la justice sur les motifs qui les poussaient à faire circuler de faux bruits, ont répondu invariablement : nous l'avons vu, voilà pourquoi nous disons qu'il est vivant. Enfin la croyance unanime de la province, les manifestations populaires malheureusement étouffées en naissant, telles sont les preuves morales qui concourent à établir ma certitude".
     Le 25 juin, nouvelle assurance : "Le roi s'est rapproché de nouveau et doit être même caché en ville".
     Le 2 juillet, relatant des exécutions de partisans du roi, Laborde écrit encore au Ministère : "Le parti du roi  grandit tous les jours : un de ses envoyés en qui j'ai confiance m'a annoncé que je le verrai bientôt". Deux mois plus tard, une lettre dont la datte précise a été omise, mais qui dût être écrite vers le 1er septembre, contient encore le passage suivant : "J'ai revu la nuit dernière le chef des partisans du roi...il a juré, dit-il, de ne pas quitter le roi avant de l'avoir fait remonter sur le trône. On dit qu'une nouvelle tentative se prépare à cet effet".
     Puis brusquement les nouvelles sur la survivance de Radama se font beaucoup plus rares. Il semble que, vers la fin de 1864 ou le début de 1865, Laborde ait commencé à rendre compte qu'il ne s'agissait que d'une fable. Il se montre, en tout cas, beaucoup moins affirmatif. Dans la suite de sa correspondance au Ministre, on trouve plus qu'une seule lettre, datée du 21 février 1865, dans laquelle il est écrit : "les partisans du roi, exploitant habillement le mécontentement général, ont fait un nouvel appel aux amis de Radama II et ont bientôt formé un vaste complot dans lequel est entré Rainivoninahitriniony, que son argent, ses nombreux esclaves et la terreur de son nom rendaient redoutables encore après sa chute. Alarmé du progrès d'une conspiration à laquelle la coopération d'un homme si puissant assurait tant de chances de succès, le gouvernement s'est tenu sur la défensive et s'est livré aux recherches les plus minutieuses. Dès le début, quatre officiers de familles nobles arrêtés comme suspects ont révélé la complicité de Rainivoninahitriniony ; on a appris d'eux qu'il venait de distribuer une somme de 7500 francs aux partisans du roi, et qu'il avait fixé à la date du bain, 23 février, et jour suivant, l'exécution de son dessein".
     Rainivoninahitriniony fut alors arrêté et condamné au bannissement perpétuel. Et pourtant, écrit encore Laborde dans la même lettre du 26 janvier 1865, "malgré les ménaces proférées publiquement contre les séditieux, les muremures ne s'appaisent pas et le roi est toujours l'objet des sypathies populaires". 
     Mais désormais, dans l'esprit de Laborde, c'en est fini de la légende de la survivance de Radama II ; il n'y fera plus allusion dans la suite de sa correspondance ; il a compris qu'il ne s'agissait que d'un mythe.
     Un mythe, en tout cas, qui fut soigneusement entretenu pendant près de deux ans. Radama II était bien mort le 12 mai 1963 ; exclu des tombes royales, il avait bien été enseveli à Ilafy dans la cimetière de sa famille maternelle. Quand plus tard, par ordre de Gallieni en 1897, les corps des souverains enterrés à Ambohimanga furent transférés à Tananarive, on prit en même temps le cadavre du roi Radama, et il fut réinhumé au Rova, dans le tombeau qui lui est aujourdhui commun avec Andrianampoinimerina et Radama 1er.
     Il convient cependant de rechercher une explication à cette étrange affaire, dans laquelle Jean Laborde fut si longtemps abusé. On ne peut qu'émettre une hypothèse. Les partisans de l'ancien roi étaient nombreux, opposés à la faction triomphante. Ils virent, en montant cette affaire de toutes pièces, un moyen de renverser leurs adversaires et de reprendre le pouvoir. L'inhumation avait eut lieu dans un secret relatif, on pouvait illusionner le peuple crédule, toujours prêt à acceuillir les nouvelles incontrôlables, et trouver ainsi en lui un appui pour le futur renversement du gouvernement au pouvoir.
    Laborde, d'autre part, avait été le conseiller et l'ami de Radama. Quand celui-ci, avant sa mise à mort, était assiégé dans son palais, il lui avait écrit à deux reprises pour l'appeler à son secours, mais les deux lettres avaient été interceptées. Les partisans de Radama avaient tout intérêt à mettre, à son insu, le Consul français dans leur jeu, et à lui fairer croire, comme au peuple lui-même, que le roi vivait toujours. Et la meilleure manière, pour ce faire, n'était-elle pas de lui donner l'espoir d'une entrevue, toujours énnoncée comme prochaine...
Raymond Decary
    
 
    
   
 

Troubles politiques et nouvelles normes de succession

Cette disparition brutale de Radama II suscite des troubles (des révoltes éclatent, certaines conduites par des individus se prétendant être Radama II lui-même, ayant échappé miraculeusement à son assassinat) et ébranle en profondeur le système monarchique merina. Pour ne plus laisser au souverain la possibilité de conduire les affaires du royaume selon son bon plaisir, et parce qu'en réalité, depuis Andrianampoinimerina, le pouvoir étatique merina repose sur l'équilibre entre le souverain, représentant les groupes andriana et le Premier ministre, représentant les Hova, on met sur le trône la veuve (et cousine) de Radama II. Elle devient la reine Rasoherina, et épouse pour la circonstance le Premier ministre. Cette union à signification avant tout politique et protocolaire sert de modèle aux règnes suivants.

Postérité

La mémoire de Radama II est honnie par l'historiographie merina traditionnelle pour qui il n'était plus que Radama nanjaka tapany, celui qui n'a « régné qu'à moitié » en raison des inconséquences et des circonstances dramatiques de son élimination. Le corps même du roi est inhumé à la sauvette dans sa propriété d'Ilafy et on efface son nom de la liste officielle des souverains. Cette vision est largement demeurée celle des nationalistes modernes pour qui Radama II était avant tout un roi traître à son propre pays, un souverain faible et influençable, foncièrement incompétent et même, passablement anarchiste. En revanche, les auteurs coloniaux tentèrent de réhabiliter ce roi francophile en le décrivant comme le « prince de la Renaissance malgache ». Les nombreux troubles suivant sa disparition montreront d'ailleurs l'attachement populaire qu'avait pu susciter ce roi après le règne oppressant de sa mère Ranavalona.

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Date de dernière mise à jour : jeudi, 28 Juillet 2016

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