RANAVALONA 1ère

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LA NATIONALISTE INTREPIDE 

Banniere ranavalonai copie

recueilis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmai.com & tany_masina@yahoo.fr)

     Grande figure de la royauté malgache, la Reine Ranavalona était, est ,et restera un grand symbole du nationalisme et de la lutte pour l'indépendance de Madagascar.Durant son long règne de 33 ans elle ne cèdera aucune partie du territoire aux étrangers.Sous Ranavalona Madagascar comme les grands pays 'Europe entrera dans l'ère industrielle.Ranavalona se fera construire également un palais d'une taille colossale, le Palais de la Reine ou le Rova de Manjakamiadana.

    As European colonists scrambled for control of Africa, a leader arose in the red island of Madagascar, the Queen Ranavalona
The ocean shall be the boundary of my realm, and I will not cede the thickness of one hair of my realm!"she said
She rapidly undid most of Radama's reforms and terminated trade agreements with English and French representatives.
During her long reign, she fought for the Madagascar's independance.

Ranavalona 1ère et ses droits à la succession au trône

Deces roi copie 1

     RADAMA 1er tourne le dos à son peuple le mardi 28 juillet 1828, et c’était une de ses onze femmes, IMAVO, qui s’était saisie du pouvoir à la suite d’une révolution de palais.

    Dans les dernières années de sa vie, il parlait souvent de son désir de voir RAKOTOBE , fils de sa soeur RABODOSAHONDRA, se marier avec RAKETAKA, sa fille avec RASALIMO, et lui succéder sur le trône. Mais le 1er août, lorsaque MAVO, la première épouse sut que RADAMA était vraiment mort, elle entra de force au Rova avec des officiers qui lui étaient acquis et l'armée conduite par son Commandant en Chef ANDRIAMIHAJA.

   Il fut alors annoncé officiellement que RADAMA était mort et que Mavo qui prit le nom de RABODONANDRIANAMPOINIMERINA, puis RANAVALOMANJAKA lui succéda. A cette occasion, fait abattre 20 à 30 boeufs dans la cour du palais. Elle adopte, comme héritier du trône son neveu : le prince RAMBOASALAMA, fils de sa soeur aînée RAMIHARIVAVY.

Depuis ce mardi-là jusqu'au dimanche 2 août, selon le chroniqueur RAOMBANA- dont le récit diverge de ceux d'ELLIS et de MALZAC-, le corps du Roi gît sur son lit, à la Maison d'argent, la Tranovola qu'il a fait bâtir pour son épouse sakalava RASALIMO, mère de sa fille RAKETAKA et de son fils RABOBALAHY.
"Il était dans le pire état de décomposition. On n'en avait pris aucun soin. Aucun lamba ne l'enveloppait, comme c'est la coutume pour tous les morts, du rang le plus bas au plus élevé. Les quelques Tsimandoa qui demeuraient là, étaient seuls autorisés à entrer à la Tranavolona et à pleurer sur ce corps inerte...".

1er août 1828 : Avènement de son épouse RAMAVO qui prend le nom de RANAVALONA 1ere, Elle est âgée de 40ans.

Le lendemain et les jours suivants, RANAVALOMANJAKA donne l'ordre de mettre à mort tous les proches de RADAMA, notamment RAKETAKA, sa fille avec RASALIMO, RAKOTOBE, son neveu, le prince RATEFINANAHARY, son beau-frère, époux de sa soeur RABODOSAHONDRA, RATAFIKA, son frère de père différent, RAMANANOLONA de Fort-Dauphin, son cousin, RAFARALAHINDRIATIANA, son beau-frèere RALALA, Chef des Andriambaventy (Hauts Conseillers du Roi).

    Quant à RABODOSAHONDRA, elle fut condamnée à être enfermée, sans nourriture à Ambohiboahazo. Elle mourut de soif et de faim. RAMBOLAMASOANDRO, la mère de RADAMA fut exilée dans une région où il y avait beaucoup de paludisme et y mourut de cette maladie. RAMANETAKA, Gouverneur de Majunga, cousin de RADAMA fut le seul à pouvoir s'échapper à la folie meurtrière de RANAVALONA en s'enfuyant aux Îles Comores.

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    Le lundi 3 août pourtant, tout apparaît calme et la Reine estime qu'il n'y a plus d'opposition à craindre, et elle ordonne de convoquer le peuple pour pleurer la mort de RADAMA et assister à ses funérailles. Elle envoie chercher d'innombrables boeufs dans les parcs royaux pour les offrir en festin au peuple assemblé à Andohalo.

La désignation par ANDRIANAMPOINIMERINA

Selon la version officielle, c’était le roi ANDRIANAMPOINIMERINA en personne qui avait désigné sa belle fille et nièce comme étant la successeur de on fils, le roi RADAMA I. Le Tantaran’Andriana du père CALLET affirme qu’après avoir nommément désigné et insisté sur la légitimité de RADAMA son fils, ANDRIANAMPOINIMERINA aurait déclaré : « C’est RAMAVO (future RANAVALONA 1ère ) qui héritera de lui ».

C’est donc en vertu des ordres du roi ANDRIANAMPOINIMERINA que RAMAVO ou encore RABODONANDRINAMPOINIMERINA était devenue reine.

Qu’en est-il de la plausibilité d’une telle version ?

La généalogie de RANAVALONA I

            1) Sa mère : Elle est la fille de Rabodonandriantompo, cousine du monarque Andrianampoinimerina. Elle est adoptée par la soeur aînée de ce dernier : Ralesoka.

            2) Son père : Le prince Andriantsalamanjaka

Biographie

Enfance et mariage

     Appartement à la dynastie Merina, Rabodonandrianampoinimerina naît entre 1788 et 1790 d'une cousine du roi Andrianampoinimerina et est ensuite adoptée par Ralesoka, sœur aînée de ce dernier. C'est à ce titre qu'elle devient membre de la très haute aristocratie malgache, ce qui amène Andrianampoinimerina à en faire l'épouse principale de son fils et successeur immédiat, Radama, futur Radama Ier. La lignée royale perdure ainsi, fruit de nobles ascendances.

    Elle règne sur le royaume de Madagascar de 1828 à 1861. Cette période est marquée par une prise de distance vis-à-vis des Européens. Considérée comme une souveraine autoritaire, elle n'en reste pas moins une souveraine dotée d'une envergure certaine, qui reste une référence dans l'imaginaire indépendantiste national.

Elle est d'abord désignée du nom de Mavo (ou Ramavo) et ensuite Rabodonandrianampoinimerina (ce qui signifie « la petite fille ingénue d'Andrianampoinimerina »), en référence à son oncle, le roi Andrianampoinimerina. Elle devient reine de Madagascar après la mort de son mari, Radama Ier. On la désigne également par le titre de Ranavalo-Manjaka Ire (« Ranavalona régnante »).

Présentation au peuple et couronement

       Ce fut le 12 juin que Ranavalona I fut présentée au peuple sur la place d'Andohalo. Elle tenait dans ses deux mains les insignes des deux idoles d'état, Rafantàka et Imanjakatsiroa. Elle monta sur un vaste estrade en bois, assit sur le trône, coiffée de la couronne.

    Ce jour-là, on lut une loi appelée "Loi de l'Etat transmise par Andrianampoinimerina et Ilaidama" avec 46 articles. Quand le peuple a entendu la lecture complète de la Loi, la reine donna l'explication additionnelle suivante : "Pour le même crime, le châtiment sera plus sévère en Imerina que sur les côtes qui sont encore en cours de pacification".

    Si un coupable s'accuse, le châtiment doit être diminué de moitié. S'il demande pardon, le châtiment qui reste sera réduit de moitié et si le coupable fait un travail de rachat ou de bonne action, on lui retirera le tiers du châtiment qui reste.

         Seuls les coupables de crimes punissables de décapitation seront jugés à Antananarivo.

         Le 12 août 1828, le cercueil contenant les restes de Sa Majesté RADAMA 1er est déposé dans le palais ''Besakana'', suivant la coutume, ou il restera jusqu'au lendemain.

         Le 13 août les funérailles en grande pompe de RADAMA 1er dans le tombeau du ''Rova'' nouvellement construit par Louis GROS. Selon l'usage «le saint est caché", c'est-à-dire enseveli, à la tombée de la nuit.

        28 novembre 1828 : RANAVALONA 1er déclare qu'elle n'est pas liée par le traité signé par RADAMA 1er ; qu'en conséquence, elle ne reconnaît pas Robert LYALL comme agent de l'Angleterre et refuse de le recevoir.

       12 juin 1829 : Intronisation solennelle de la reine RANAVALONA 1er sur la place d'Andohalo.

      Elle accède au trône en tant que Mpanjakan’i Madagasikara, « souverain de Madagascar », après la mort de son mari Radama Ier. Elle porte aussi le nom de Ranavalo-Manjaka Ire (« Ranavalona régnante »). Le règne de Ranavalona Ier, de 1828 à 1861, est caractérisé par une très grande affirmation de la souveraineté de son pays face aux pressions des conquêtes des Européens qui vagabondaient, à cette époque, au-delà de leurs contrées en quête de pillage.

     Par la voix de ses ministres, Ranavalona 1ère transmet un discours dans lequel il est précisé "que la volonté d'Andrianampoinimerina et de Radama était pleinement accomplie, car tous deux avaient décidé que Ranavalomanjaka devait leur succéder, que le royaume n'était pas tombé dans des mains d'usurpateurs auxquels ils n'auraient pas légué leur souveraineté".

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      La Reine ordonne alors à chacun d'accomplir les cérémonies "Milefonaomby" et "Misotro vokaka". Et " quiconque tenterait d'installer à sa place un autre souverain, ou de faire agir contre elle sorcellerie ou magie, serait puni de mort ", en vertu du caractère sacré de ces deux cérémonies. En outre, tous doivent se couper les cheveux, se raser la tête en signe de deuil.
     La Reine devient ainsi la protectrice de tous ses sujets et promet qu'elle ne changera rien à ce qu'Andrianampoinimerina et Radama ont accompli ou prévu de réaliser.
     Selon Raombana, la peine du peuple, en apprenant la mort du Roi, est accrue par le regret d'entendre que la famille de Radama ne lui succède pas. "Tous savaient bien que les affirmations de la Reine sur sa désignation par les souverains précédents n'étaient que mensonges".
Le chroniqueur tient, en effet, à préciser que Ranavalomanjaka ne descend que d'un parent éloigné d'Andrianampoinimerina qui, s'il l'a donnée en mariage à son fils, n'a certainement jamais pensé à en faire son successeur. D'autant qu'en dehors de Radama, il a eu de ses autres femmes, des enfants, filles et garçons. "De plus, Ranavalona avait peut-être dix ans de plus que Radama. Certes, dans un mariage princier, à Madagascar, cela n'a aucune importance, car les rois vivent fort peu avec leurs épouses; ils choisissent d'autres femmes à qui ils accordent leur tendresse. Mais il reste évident que ni Andrianampoinimerina, ni personne d'autre, ne pouvait supposer qu'elle survivrait à Radama".
      Poursuivant sa théorie, Raombana pense que le peuple est convaincu que la Reine ment sur ses droits à la succession. D'autant que la nouvelle de l'assassinat du prince Rakotobe et de la mère du Roi, court à travers la foule, murmurée de bouche à oreille. "On doit lui attribuer, pour une bonne part, la force des lamentations, la profondeur de la peine". Mais le peuple a aussi la conviction que Ranavalomanjaka tient solidement son trône et qu'il est inutile de lui opposer la moindre résistance au risque de la peine de mort.

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      Ainsi, aussi bien les chefs des six districts de l'Imerina ( l'Avaradrano au nord-est, le Marovatana et le Vonizongo au nord-ouest, le Vakinisisaony au sud-est, l'Ambodirano au sud-ouest, et le Vakinankaratra au sud) que le peuple répondent à ce discours royal par leur joie de la voir sur le trône, elle et personne d'autre, qu'ils la serviront avec autant d'ardeur et de dévouement que ses prédécesseurs, qu'ils obéiront à tout ce qu'il lui plaira de faire d'eux. Et qu'enfin, "il faudra punir de mort quiconque tenterait, en pensée ou en acte, une conjuration, pour la renverser ou pour renverser le successeur, quel qu'il soit, choisi par elle".

La prestation de serment des nobles

abbatage-de-veau1.jpgLe " milefinaomby " (transpercement du bœuf) est la cérémonie la plus solennelle, réservée aux nobles et aux chefs des tribus. Selon James Sibree (“Madagascar et ses habitants ”, 1873), " on abat un veau, puis l'on coupe la tête et la queue, dont la place respective est intervertie. Les jambes de devant sont également étendues à la place des jambes de derrière, et réciproquement ". On éventre alors la bête, et des lances sont enfoncées dans la chair qui palpite encore.
Les chefs et les nobles qui ont à prêter serment, tiennent des lances, tandis qu'un des juges présents prononce le serment. La formule dit des imprécations terribles contre ceux qui se parjureraient en reconnaissant un autre souverain. "Ceux qui tenteront pareille chose seront tués, en vertu du caractère terrible et sacré de cette cérémonie; qu'ils soient traités comme ce jeune taureau noir, abattu, gisant devant nous; et aussi ceux qui nourriraient pareil projet au fond de leur coeur. Et puisse cette malédiction retomber sur leurs enfants et sur les enfants de leurs enfants".
abbatage-de-veau.jpgParmi les dina d’Ambohitrimanjaka figurait "misotro vokaka", qui consistait à se rassembler pour boire un mélange de terre prise au tombeau des quatre fondateurs avec l’eau sainte puisée à l’étang sacré d’Amparihy, le "mihinana atin-kena", c'est-à-dire la manducation commune du foie quand on tuait un bœuf, accompagnée de "tsitsika", formules d’insulte entre parents à plaisanterie, enfin le milefona omby et le "miozona ambavahady" (formule de malédiction lancé à un exclu). Si on rompait le dina liant la collectivité, on souffrirait en conséquence de graves malheurs

lakana1.jpgLe " misotro vokaka " est réservé au peuple. On apporte des pirogues pleines d'eau où l'on a jeté une pincée de terre prise aux tombeaux des souverains de l'Imerina (vokaka). Le peuple invité à goûter de cette eau, prononce aussi une malédiction.

Ce genre de cérémonie frappe toujours de terreur le peuple et éloigne de lui toute velléité de conspiration.

5 juillet 1829 : La reine, transportée de joie, reçoit les deux frères jumeaux RAVOALAVO et RATOTOZY, revenus d'Angleterre, dans la maison ''Mahitsy''. Ils étaient parmi les neuf garçons envoyés par RADAMA 1er, en 1820.

août 1829 : La reine apprenant que la France envoyait une expédition, fait une levée 14 000 soldats pour empêcher les Français de s'établir en un point quelconque de littoral.

La naissance de Rakotondradama

    Le mercredi 23 septembre 1829, la naissance du prince RAKOTOSEHENONDRADAMA, à la demeure «Imasoandro, était une grande joie pour la reine et pour tout le peuple. L'enfant fut montré au peuple à Andohalo. Alors la mère de l'enfant, la Reine Ranavalona dit au peuple : "Soyez rassuré, ô Peuple, car j'ai donné naissance à un garçon et de ce fait, les douzes souverains auront une descendance. Andrianampoinimerina et Ilaidama ne seraient pas confus, car ils auront un descendant".

   On a fait annoncer dans le pays Sakalava que l'enfant fut né de rasalimo afin de rassurer la population sakalava.

RANAVALONA Ière (1828- 1861) est portée au pouvoir par les chefs de clans ANDRIANA et surtout HOVA. Elle inaugure la série des reines, trait caractéristique du XIX éme siècle à Madagascar. Elle s'opposa aux tentatives d'invasions française et anglaise. Aux prisonniers, elle déclarait "puisqu' on vend les noirs, on peut bien vendre aussi les blancs !"...

Comme l'ont écrit de nombreux auteurs, l'accession de la Reine RANAVALONA 1ère au trône de l'Imerina ne se fait pas dans la douceur, au contraire. Cette fois-ci, nous reprendrons un témoignage de Raombana publié en 1854. Il est à préciser, cependant, que ce chroniqueur malgache, est peu favorable à la Reine.
Il évoque pour commencer l'assassinat des deux fidèles Tsimandoa du Roi défunt, ITSIARIBIKIA et IMANANTSIMIJAY, pour avoir proclamé publiquement la “vérité” concernant la succession. Selon eux, Radama I, “avant sa maladie et pendant tout le temps qu'il fut malade, avait déclaré que sa fille devait lui succéder. Bien qu'elle soit une femme, disait-il, elle montera à cheval; elle portera l'uniforme militaire et gouvernera le Royaume, qui deviendra sous son sceptre plus grand encore et plus glorieux. Elle épousera, disait-il encore, Rakotobe (le neveu du Roi, fils de sa soeur Rabodosahondra), mais celui-ci ne possédera en propre aucune autorité royale”.
Et les deux serviteurs fidèles ajoutent : “Les Tsimandoa ne sont pas les seuls à connaître la volonté du Roi: tous les officiers, tous les ministres et presque tous les habitants de l'Imerina sont au courant, tous connaissent la volonté de Sa Majesté d'avoir pour successeur sa fille (RAKETAKA ) et personne d'autres”.
Poursuivant son récit, RAOMBANA affirme que, dès le matin du vendredi 31 juillet 1828, Ranavalona 1ère devient souveraine et donne l'ordre d'arrêter la mère de Radama et son petit-fils Rakotobe. Pour l'auteur, en effet, l'initiative du massacre qui s'ensuivra vient de la Reine, “et non d'Andriamihaja agissant seul ou au nom des conjurés (qui la soutiennent) alors que ces derniers retenaient la future Reine prisonnière dans le palais de Besakana” (Simon Ayache, professeur à l'Ecole normale d'Antananarivo).
Rakotobe, encore très jeune (13 ans) a un caractère très doux “qui lui attirait l'affectueuse sympathie de tous”, affirme Raombana. La Reine ordonne au capitaine Rafalimanana “et à quelques tueurs de l'étrangler secrètement, quelque part dans la ville basse, et de l'y enterrer”. Quatre hommes, la corde en mains, se saisissent de Rakotobe. “Mais cette corde était à moitié pourrie; elle se rompit quand ils tirèrent dessus pour l'étrangler. Le prince, étouffé, était déjà presque mort, et ses cris avaient été affreux, selon un des bourreaux. On envoya l'un des tueurs acheter une nouvelle corde, afin de bien terminer l'ouvrage. Il revint une demi-heure plus tard. Le prince avait eu le temps de retrouver ses esprits, et ses larmes et les supplications recommençaient”.
Le jeune enfant finit d'ailleurs par demander à ses bourreaux d'exécuter, vite et bien, les ordres reçus pour que “je sois libéré de cette souffrance”.
Le sort de la mère de Radama, Rambolamasoandra, “est aussi lamentable que celui de son petit-fils”. Arrêtée, elle est conduite en un lieu secret. “Sa Majesté ne commanda pas de l'étrangler, ni de la sagayer, parce que, disait-elle, son sein avait nourri Radama”. Mais le samedi, ses bourreaux l'obligent à avaler un morceau de “sirahazo” (potasse), “ce qui, bientôt, lui brûla les entrailles... Après des heures d'horribles souffrances, elle mourut, dans l'état le plus affreux. Son corps fut expédié à Fanjondroho, dans le district de Marovatana, pour y être enterré dans le tombeau de ses ancêtres”.
Cependant, quelques jours plus tard, écrit Raombana, la Reine fait un rêve terrible : “L'esprit de Rambolamasoandro s'approchait d'elle, tentait de la saisir à la gorge et de l'étrangler”. Elle en est si effrayée qu'elle ordonne d'exhumer le corps du tombeau. Un chien fut tué dessus; on fouetta le cadavre avec un rameau d'“ambiaty” (plante d'ornement, “Vernonia appendiculata”). A la fin de cette cérémonie, poursuit l'auteur, au lieu d'enterrer le corps, “on le transporta avec le cadavre du chien, sur le sommet élevé d'Ambohimanoa, et fut abandonné là aux chiens et aux oiseaux...”. 
A préciser que les Hova pensent que si l'on tue un chien sur le corps d'un mort et qu'on le flagelle avec un rameau d'“ambiaty”, son esprit s'éteint aussi et disparaît.
La personnalité du mort rend exceptionnelle cette cérémonie, bien que fréquente pour les sorciers.
Raombana conclut ainsi cette partie de sa chronique : “Ces deux meurtres soulevèrent dans le peuple une vive émotion. On frémit de voir aussi cruellement assassinés les proches parents de Radama. Mais Sa Majesté ne s'arrêta point là”.

Appartement à la dynastie Merina, MAVO (ou RAMAVO), née vers 1788, elle accède au trône en tant que Mpanjakan'i Madagasikara, "souveraine de Madagascar", après la mort de son mari RADAMA 1er. Elle porte aussi le nom de RANAVALO-MANJAKA Ière "RANAVALONA régnante".

Elle règne sur le royaume de Madagascar de 1828 à 1861. Cette période est marquée par une prise de distance vis-à-vis des Européens. Considérée comme une souveraine autoritaire, elle n'en reste pas moins une souveraine dotée d'une envergure certaine, qui reste une référence dans l'imaginaire indépendantiste national.

Elle est d'abord désignée du nom de Mavo (ou RAMAVO) et ensuite RABODONANDRIANAMPOINIMERINA (ce qui signifie "la petite fille ingénue d'ANDRIANAMPOINIMERINA", en référence à son oncle, le roi ANDRIANAMPOINIMERINA

1828 : Ranavalona Ire est la première reine à monter sur le trône. Elle sera une reine cruelle.

Radama I tourne le dos à son peuple le 28 juillet 1828. Depuis ce mardi-là jusqu'au dimanche 2 août, selon le chroniqueur Raombana- dont le récit diverge de ceux d'Ellis et de Malzac-, le corps du Roi gît sur son lit, à la Maison d'argent, la Tranovola qu'il a fait bâtir pour son épouse sakalava Rasalimo, mère de sa fille Raketaka et de son fils Rabobalahy.
" Il était dans le pire état de décomposition. On n'en avait pris aucun soin. Aucun lamba ne l'enveloppait, comme c'est la coutume pour tous les morts, du rang le plus bas au plus élevé. Les quelques Tsimandoa qui demeuraient là, étaient seuls autorisés à entrer à la Tranavolona et à pleurer sur ce corps inerte... ".
Le lundi 3 août pourtant, tout apparaît calme et la Reine estime qu'il n'y a plus d'opposition à craindre, et elle ordonne de convoquer le peuple pour pleurer la mort de Radama et assister à ses funérailles. Elle envoie chercher d'innombrables boeufs dans les parcs royaux pour les offrir en festin au peuple assemblé à Andohalo.
Par la voix de ses ministres, Ranavalona 1ère transmet un discours dans lequel il est précisé " que la volonté d'Andrianampoinimerina et de Radama était pleinement accomplie, car tous deux avaient décidé que Ranavalomanjaka devait leur succéder, que le royaume n'était pas tombé dans des mains d'usurpateurs auxquels ils n'auraient pas légué leur souveraineté ".
La Reine ordonne alors à chacun d'accomplir les cérémonies " Milefonaomby " et " Misotro vokaka ". Et " quiconque tenterait d'installer à sa place un autre souverain, ou de faire agir contre elle sorcellerie ou magie, serait puni de mort ", en vertu du caractère sacré de ces deux cérémonies. En outre, tous doivent se couper les cheveux, se raser la tête en signe de deuil.
La Reine devient ainsi la protectrice de tous ses sujets et promet qu'elle ne changera rien à ce qu'Andrianampoinimerina et Radama ont accompli ou prévu de réaliser.
Selon Raombana, la peine du peuple, en apprenant la mort du Roi, est accrue par le regret d'entendre que la famille de Radama ne lui succède pas. " Tous savaient bien que les affirmations de la Reine sur sa désignation par les souverains précédents n'étaient que mensonges ".
Le chroniqueur tient, en effet, à préciser que Ranavalomanjaka ne descend que d'un parent éloigné d'Andrianampoinimerina qui, s'il l'a donnée en mariage à son fils, n'a certainement jamais pensé à en faire son successeur. D'autant qu'en dehors de Radama, il a eu de ses autres femmes, des enfants, filles et garçons. " De plus, Ranavalona avait peut-être dix ans de plus que Radama. Certes, dans un mariage princier, à Madagascar, cela n'a aucune importance, car les rois vivent fort peu avec leurs épouses; ils choisissent d'autres femmes à qui ils accordent leur tendresse. Mais il reste évident que ni Andrianampoinimerina, ni personne d'autre, ne pouvait supposer qu'elle survivrait à Radama ".
Poursuivant sa théorie, Raombana pense que le peuple est convaincu que la Reine ment sur ses droits à la succession. D'autant que la nouvelle de l'assassinat du prince Rakotobe et de la mère du Roi, court à travers la foule, murmurée de bouche à oreille. " On doit lui attribuer, pour une bonne part, la force des lamentations, la profondeur de la peine ". Mais le peuple a aussi la conviction que Ranavalomanjaka tient solidement son trône et qu'il est inutile de lui opposer la moindre résistance au risque de la peine de mort.
Ainsi, aussi bien les chefs des six districts de l'Imerina ( l'Avaradrano au nord-est, le Marovatana et le Vonizongo au nord-ouest, le Vakinisisaony au sud-est, l'Ambodirano au sud-ouest, et le Vakinankaratra au sud) que le peuple répondent à ce discours royal par leur joie de la voir sur le trône, elle et personne d'autre, qu'ils la serviront avec autant d'ardeur et de dévouement que ses prédécesseurs, qu'ils obéiront à tout ce qu'il lui plaira de faire d'eux. Et qu'enfin, " il faudra punir de mort quiconque tenterait, en pensée ou en acte, une conjuration, pour la renverser ou pour renverser le successeur, quel qu'il soit, choisi par elle ".

LES CODES DE RANAVALONA 1ère, DE RADAMA II ET DE RASOHERINA OU L’EVOLUTION DU DROIT MALGACHE ANCIEN

Un élément indispensable, quand on étudie ces Codes, est la connaissance exacte de leur date, c’est-à-dire la correspondance entre le calendrier grégorien et le calendrier malgache. Une chronologie rigoureuse s’impose.

Nous avons eu l’occasion d’étudier les trois reformes du calendrier entreprises par Radama II et nous avons établi les tableaux de concordance du calendrier grégorien et du calendrier malgache dans notre étude « Enigmes et anomalies du calendrier malgache au temps de Radama II ». (Une première étude a été publiée dans le Bulletin de l’Académie malgache, tome XLII-2, 1964).

Le but de ce travail étant de mettre en lumière l’évolution du droit traditionnelle, nous mettrons l’accent sur certains points : le préambule du Code, formule préliminaire très importante, le contenu même du Code, avec ses dispositions les plus caractéristiques, et s’il y a lieu, les modifications par rapport aux Codes précèdent.

LES SOURCES MANUSCRITES : ARCHIVES NATIONALES MALGACHES

Nous avons consulté les Archives Nationales Malgaches dans l’espoir de découvrir les textes originaux des Codes avec cachets officiels et signatures des souverains. A défaut de ces originaux, il existe des copies. Le dossier III CC porte comme titre « Hevim-panjakana sy didim-panjakana » (principes et lois gouvernement).

            Le dossier III CC 387 contient 13 chemises roses portant la mention Dididm-panjakana 1828 (Code de 1828) totalisant 16 exemplaires du Code de Ranavalona. Le nombre d’articles, selon les exemplaires, est de 45, 46 ou 48. Quelques exemplaires comportent des dispositions concernant l’application de la loi dans les provinces, ce qui porte le nombre d’articles à 59.

  • 10 exemplaires ne comportent pas de préambule et comptent 45 ou 46 articles. Ils sont datés du 27 alahasaty 1828 et constituent la version la plus ancienne. Cette date vraisemblablement celle de l’accession de Ranavalona 1ère au trône, soit le vendredi 1er août 1828.
  • 6 exemplaires ont un préambule et comptent 48 articles. Ils sont datés du 27 adijady 1828, soit cinq mois après les précédents, ce qui correspondrait aux derniers jours de décembre 1825. Le délai de cinq mois est la durée du deuil observé après la mort de Radama 1er, pendant lequel on ne fait rien.

            Nous avons retenu le texte des 48 articles du 27 adijady comme étant plus complet pour l’étudier, bien qu’il ne constitue pas la première version du Code

            Le sous-dossier vert III CC  porte l’inscription : « Didim-panjakana nataon-dRadama II 1863. Il contient 4 exemplaires du Code de Radama II, 12 alahasaty 1862 et 2 exemplaires du Code de Rasoherina, 26 adaoro 1863.

Le sous-dossier rose III CC 55, 1863 contient 13 exemplaires du Code de Radama II, 12 alahasaty 1862, et 4 exemplaires du Cade de Rasoherina, 26 adaoro 1863.

Les 26 exemplaires du Code de Radama II ainsi répertoriés portent tous la date du 12 alahasaty 1862. Ils présentent cependant la particularité de ne pas compter le même nombre d’articles (46, 50, 64, 70 ou 71).

            Nous reproduisons en annexe les textes des Codes qui, à notre connaissance, n’ont jamais été publiés dans leur transcription originale en malgache.

  • Le Code de Ranavalona 1ère du 27 adijady 1828 ;
  • le Code de Radama II du 12 alahasaty 1862 comptant 46 articles.
  • le Code de Radama II du 12 alahasaty 1862 comptant 70 articles.

CODE DE RANAVALONA

Didim-panjakana 1828 (Code de 1828)

OBSERVATION PRELIMINAIRE

Il existe deux versions du Code de Ranavalona 1ère, l’une, sans préambule, portant la date du 27 alahasaty 1828 qui correspond vraisemblablement au jour de l’accession de Ranavalona au trône (1er août 1828), l’autre, avec préambule, datée du 27 adijady 1828 (derniers jours de décembre 1828)

Il y avait à peine cinq ans que l’orthographe en caractères latins avait été fixée par Radama 1er. A moins qu’il n’existe un recueil juridique en sorabe, ce texte présente l’intérêt d’être la première transcription d’une législation ancienne transmise par tradition orale.

Nous examinerons le texte du 27 adijady 1828 dont le préambule déclare : « Ci-après la législation d’Andrianampoinimerina et de Radama, que je maintiens dans son intégralités ». Ranavalona 1ère exprime ainsi sa volonté de ne pas modifier le patrimoine juridique hérité des deux grands législateurs qui l’ont précédée.

Composé de 48 articles, ce texte est caractérisé par son caractère répressif. C’est, dans sa majeure partie, un Code pénal car sur ses 48 articles, 40 prévoient les peines ou les modalités de leur application.

             Il existe toute une hiérarchie des peines classées dans l’ordre suivant :

  • peine de mort avec réduction des femmes et des enfants en esclavage, et confiscation des biens ;
  • mise aux fers à perpétuité avec réduction des femmes et des enfants en esclavage, et confiscation des biens ;
  • perte de la liberté avec confiscation des biens ;
  • mise en vente du coupable comme esclave avec paiement d’amendes.

Viennent ensuite toute une série d’amandes graduées, composées en nombre égal de bœufs et de piastres : 10 bœufs et 10 piastres, 7 bœufs et 7 piastres, 5 bœufs et 5 piastres, 4 bœufs et 4 piastres,  3 bœufs et 3 piastres, 2 bœufs et 2 piastres, 1 bœuf et 1 piastre.   

            A ces peines est souvent associée une amende de réparation ou taha dont le montant varie selon une échelle comparable à celle des amendes, comprenant également des bœufs et des piastres.

            Aucun ordre logique ne préside à la succession des articles dont quelques-uns sont regroupés par certaines affinités. Nous allons les examiner successivement, en indiquant sommairement leur objet.

Art. 1 – Enumération des crimes les plus graves commis contre la souveraine et la sécurité de l’Etat et punis et de la peine capitale et de la réduction de la femme et des enfants en esclave.

  • Mikomy, révolte contre l’autorité.
  • Manera vadin’Andriana, excitation à la débauche des femmes des princes ;
  • Manao lefompohy, port et fabrication de poignards dans le but de se révolter ;
  • Mamosavy Andriana, usage de charmes maléfiques puissants ;
  • Mananidrova, escalade de l’enceinte royale ;
  • Mangalabelirano tsy miera amy n’Andriana, trahison du serment prêté sans en avoir été délié par la reine ;
  • Mandredribahoaka mitondra tany mifindra, incitation au peuple à émigrer pour échapper à l’autorité locale ;
  • Mamono olona, homicide.

            Les nobles d’Andriamasinavalona bénéficient de certains privilèges ; s’ils commettent des crimes moins graves, ils sont dispensés de la réduction de leurs femmes et de leurs enfants en esclavage mais verse une amende en compensation.               

L’article 2 énuméré en deuxième catégorie de crimes, ceux qui, commis par les sujets d’Andrianandro, entraîne la perte de la liberté pour les femmes et les enfants en plus de la peine capitale pour l’auteur :

  • Mamono olona ou homicide ;
  • Mangaron-dapa ou vol commis dans l’enceinte d’une résidence royale ;
  • Mangalatr’olona ou vol de personnes ;
  • Mangalatr’omby ou vol de bœufs ;
  • Mihady lava-bary ou vol de récolte dans les silos de riz ;
  • Manamy trano ou vol par effraction dans une maison ;
  • Mandidy lamba ou vol à la tire ;
  • Mijinja vary alina antsaha, ou vol de récolte sur pied pendant la nuit dans les rizières ;
  • Mampinona takona tsy miera amin’Andriana, ou administration  frauduleuse et clanderstine du poison d’épreuve ;
  • Manova-baton’Andriana, ou déplacement des bornes établies par les autorités ;
  • Manao tsoriaka, ou complicité avec les voleurs trafiquant de personnes volées.

Art.  3 – Déplacement des bornes d’une propriété ;

Art.  4 – Crime de sorcellerie avec la perte de la liberté et entraînant la confiscation des biens ;

Art.  5 – Autres crimes faisant perte la liberté et entraînant la confiscation des biens ;

Art.  6 – Délit punis d’une amende de 10 bœufs et de 10 piastres ;

Art.  7 – Vols commis sur un marché ou sur la voie publique ;

Art.  8 – Appropriation de biens par violences, menace ou abus d’autorité ;

Art.  9 – Rapports sexuels d’un zaza hova avec une femme de sa caste d’origine ;

Art.10 – Rapports sexuels d’un esclave avec des zaza hova ;

Art.11 – Adultère avec la femme d’un soldat en campagne ;

Art.12 – Manœuvres de sorcellerie pour détourner une procédure ;

Art.13 – Adultère ;

Art.14 – Vols et larcins portant sur le petit élevage et les produits agricoles ;

Art.15 – Vols commis par des tsiarondahy ou des esclaves ;

Art.16 – Vols commis par un esclave fugitif ;

Art.17 – Vols commis par un esclave fugitif dont le propriétaire est sous les drapeaux ;

Art.18 – Capture d’un esclave fugitif ;

Art.19 – Recel d’un esclave fugitif ;

Art.20 – Accusations non recevables ;

Art.21 – Remboursement de créance en faisant appel à la reine ;

Art.22 – Non présentation à une convocation judiciaire ;

Art.23 – Jugement irrégulier ;

Art.24 – Incendie des maisons ;

Art.25 – Sépulture de sorciers ;

Art.26 – Vol de combustible ;

Art.27 – Utilisation de pirogue sans autorisation ;

Art.28 – Vente irrégulière à un esclave ;

Art.29 – Vente à un tsirondahy insolvable ;

Art.30 – Objet trouvé ;

Art.31 – Achat d’objet trouvé ;

Art.32 – Interdiction aux nobles Zanadralambo d’accéder à la classe des Zanakandriamasinavalona par adoption ;

Art.33 - Interdiction aux nobles Zanadralambo de changer de pays pour accéder à une classe supérieure ;

Art.34 – Dommages causés aux cultures par les animaux ;

Art.35 – Grappillage ;

Art.36 – Vol de volaille ;

Art.37 – Créance imaginaire ;

Art.38 – Réduction des peines de moitié en cas d’aveux ;

Art.39 – Règlement d’un procès par l’épreuve judiciaire ;

Art.40 – Règlement de délits n’ayant pas nécessité l’épreuve judiciaire ;

Art.41 – Règlement de délits où les coupables n’ont pas demandé à subir l’épreuve judiciaire ;

Art.42 – Règlement d’un procès avec l’épreuve judiciaire des deux parties ;

Art.43 – Règlement d’un procès sans l’épreuve judiciaire des deux parties ;

Art.44 – Effet des aveux avec ou sans épreuve judiciaire ;

Art.45 – Contestations sans effets entre les enfants ou entre les esclaves des Andriamasinavalona ;

Art.46 – Instance de sujets menabe contre les serfs menakely ;

Art.47 – Instance des serfs menakely contre des sujets menabey ;

Art.48 – Différend entr serfs menakely.

Le code se termine par un ensemble de recommandation aux gouverneurs de province sur les modalités d’application de la législation de la région centrale. Il y a lieu de réduire les peines. Ce qui, dans le centre, est puni par l’exécution capitale et la réduction des femmes et des enfants en esclavage, doit être remplacé pour le principal coupable par la perte de liberté et la confiscation de tous ses biens. Cette dernière peine est remplacée par une amende de 10 bœufs et de 10 piastres. Le taux de toutes les amandes est réduit de moitié, de même que toutes les peines.

Quand aux crimes majeures prévus à l’article 1er et punis par la décapitation, leurs auteurs ne doivent pas être jugés sur place mais transférés à Tananarive. Leurs femmes et  leurs enfants sont réduits en esclavage.

Ainsi, dans la simplicité même de sa rédaction, ce Code correspond aux préoccupations de l’époque : assurer par des peines très sévères la sécurité du souverain et de l’Etat ainsi que la protection des personnes et des biens ; maintenir l’ordre social en tenant compte des différentes classes composant la société ; faciliter le règlement des litiges entre particuliers. Des sanctions spéciales sont prévues contre les maléfices et la sorcellerie et il est fait un usage courant d’une procédure particulière, le recours à l’épreuve judiciaire du tanguin.           

- Napoléon de LASTELLE (1802 - 1856)

- Jean LABORDE (1805 – 1878)

- Joseph LAMBERT (1824 – 1873)

L'histoire de Madagascar, véritable île-continent (1500Kms de long – 600Kms de large en moyenne) née de la dislocation de celui, originel, du Gondwana, est longue et complexe. On y a retrouvé des traces de campement remontant jusqu'à 500 avant J.C. La population a été le résultat d'une osmose entre Bantousvenus d'Afrique de l'Est, d'Indonésiensde Bornéo ayant migré par les routes maritimes, enfin d'Arabesayant fondé des postes de traite d'esclaves et de commerce. Il y a débat en fait quant à savoir qui furent les premiers. Ce que l'on peut dire c'est que ces Indonésiens ne semblent pas être restés ni s'être mêlés aux autres populations de la côte mais se soient réfugiés sur les hautes terres du centre de l'île au climat plus salubre ce qui explique le type malais conservé par les habitants de ces contrées notamment chez les Merinas (prononcez Mernes) ou Hovas (prononcez Houves). Sans rentrer dans les détails, disons que parmi les diverses tribus ayant peuplé progressivement l'île, deux grands royaumes fédérateurs émergèrent : celui des Merinas (Mèrnes) dans l'Emyrneou centre de l'île (d'où leur nom) et celui des Sakalavas sur la côte ouest. D'abord ennemis farouches, ils finirent par se tolérer mais c'est de l'Emyrne que prit naissance l'unification du pays avec le très célèbre souverain malgache, le premier à s'être proclamé roi de Madagascar, ANDRIANAMPOINIMERINA ( !!!...) à prononcer : n'drianepouïnimerne. Son successeur, RADAMA Ier (prononcez Radame) profita de l'assistance des Anglais par l'entremise du gouverneur de l'île Maurice, Robert FARQUHAR, pour asseoir son autorité sur toute l'île. Il mourut en 1828 et c'est son épouse (et cousine) RAMAVO alors âgée de 42 ans qui lui succéda sous le nom de RANAVALONA Ière (prononcez Ranavaloune) à la faveur d'une conjuration qui se termina par un bain de sang marquant ainsi le début d'un règne tyrannique de 33 ans. Très ambitieuse mais hyper conservatrice, superstitieuse à l'extrême, ne prenant aucune décision sans consulter le sikid(devin), voyant partout des conspirateurs, atteinte d'une vraie maladie de la persécution, vouant une haine farouche aux étrangers, particulièrement aux chrétiens dont elle fit massacrer un grand nombre de convertis malgaches, elle fit peser sur son peuple un dur esclavage. On dit qu'elle interdisait l'entretien des routes d'accès à l'Emyrne régulièrement mises à mal par les cyclones afin que la forêt dense et les fièvres (qu'elle appelait ses deux meilleurs généraux : Hazou et Tazou) constituent un rempart contre les intrusions. Elle instaura une horrible pratique, celle du tangouin, sorte d'ordalie, selon laquelle tout individu suspect ou dénoncé tel devait boire une certaine dose de poison qui l'innocentait s'il y survivait, ce qui était rare, évidemment, de même lui faire traverser un bassin rempli de caïmans affamés. Derrière son palais d'Antananarivo sur la colline du Rova (prononcez Rouve), il y avait un précipice, autre roche tarpéïenne. D'où le surnom donné à cette terrible reine de « Néron femelle » et de « Caligula malgache ». Son fils, le prince RAKOTO (prononcez Rakoute), le dauphin, instruit chez les missionnaires, intelligent mais faible de caractère, était horrifié de tout cela comme d'ailleurs un nombre grandissant dans l'entourage de la reine mère. En dépit de sa vénération pour elle il en était arrivé à la haïr. Il était favorable à une ouverture de son pays sur l'Europe, que ce soit par l'Angleterre, la France ou autre, pour qu'il puisse évoluer. La France et l'Angleterre convoitant l'une et l'autre la grande île pour son commerce, rivalisaient donc pour s'attirer la faveur de la souveraine en dépit de sa xénophobie. Mais les Français surent se montrer les plus habiles et grâce à ces trois hommes, précisément. Ceci – en très résumé – devait être dit pour expliquer dans quel contexte (dangereux) ils eurent à évoluer.

 

Napoléon de LASTELLE fut le premier européen à venir s'installer à Madagascar en 1825. Fils d'un capitaine au long cours originaire de Saint-Malo et d'une Demoiselle Marie-Jeanne BELLOUARD née à Maurice de parents bretons, il naquit lui même à Maurice (île encore française) à Rivière du Rempart, le 7 février 1802. Devenu lui même capitaine dans la marine marchande, il alla s'installer à Madagascar en 1825, à Mahéla, sur la côte est malgache, pour y devenir l'agent commercial de la très importante société de négoce de Rontaunay et Cie (dont nous aurons à reparler). Il y fonda lui même une société comprenant une cocoteraie, des plantations de café et de canne à sucre ainsi qu'une sucrerie et une distillerie de rhum. Il disposait de plusieurs voiliers pour son commerce avec les îles Mascareignes. Pour assurer la stabilité de ses affaires il y associa le pouvoir malgache (Merina) en place en la personne du roi Radama Ier d'abord à qui il promit des canons de la poudre et des balles, puis de la reine Ranavalona Ière qui lui succéda et qui lui renouvela ses privilèges et concessions. Ses activités consistaient a acheter du riz, des bœufs, des peaux etc. pour l'île Bourbon, de veiller à la bonne culture des plants de canne a sucre et de café, négocier l'achat des produits que sa société ne fabriquait pas, organiser le troc, fusil et poudre en échange des droits accordés par le gouvernement. Il était présent partout, à Tamatave, sur les points de traite de la cote Est et dans la capitale, Antananarivo. Il entretenait aussi un vaste réseau d'informateurs (y compris parmi les officiers de haut rang de la cour) ce qui lui permettait d'avoir une oreille partout dans l'île et d'en informer à son tout le gouvernement français. En 1840 il employait jusqu'à 2300 personnes.

En Novembre 1831, un des navires de la Compagnie Rontaunay recueillit à son bord, au large de Fort Dauphin, un naufragé de 25 ans du nom de Jean LABORDE qu'il déposa à Mahéla où Napoléon de LASTELLE le recueillit. Nous reparlerons de lui plus tard.

Vers 1830, Napoléon de LASTELLE épousa Victoire SIJA, une Malgache de l'ethnie Betsimiraka (originaire de la côte Nord-Est de la grande île) qui était la veuve de Joseph ARNOUX, un Réunionnais, associé de la maison RONTAUNAY et Cie. De l'union naquit une fille, Elisa de LASTELLE qui, après l’anoblissement de son père par la reine Ranavalona en prince de Mahela, devint elle même princesse de Mahela.

Napoléon de LASTELLE eut une fin mystérieuse : il mourut le 17 Juin 1856, à 54 ans, empoisonné, sans que l'on ait su si c'était par accident ou par une action criminelle qui aurait pu être fomentée par les Anglais jaloux de l'emprise des Français sur la grande île qu'ils convoitaient aussi. Il fut inhumé sur la colline de Bellevue, près de Mahasoa puis à Tamatave.

Or un de ses descendants, Michel PRUCHE de LASTELLE, né en 1945 dans l'île d'Ouessant où son père était médecin, vient de publier un livre aux éditions « Orphies » intitulé « Napoléon de Lastelle, prince de Madagascar » dans lequel il retrace l'épopée de son ancêtre, fruit de ses recherches et évoquant l'histoire de Madagascar, de Maurice et de la Réunion de la fin du XVIIIème au début du XXème siècle. L'auteur aujourd'hui à la retraite a connu une vie extrêmement active tant sur terre que sur mer avec Saint-Malo pour port d'attache. Il est par ailleurs auteur d'un essai « Dieu créateur du sang et des larmes » paru en 2006.

Avant de parler du second personnage, Jean LABORDE, il nous faut revenir sur cette société de négoce Rontaunay et Cie déjà évoquée et surtout sur son fondateur à la Réunion, un grand homme et philanthrope dont elle est redevable notamment la ville de Saint-Denis où il a sa rue passant devant la belle villa créole (dite Palais Rontaunay) qu'il se fit construire et qui fut longtemps le siège du conseil général de la Réunion.

Julien Gaultier de RONTAUNAYétait né lui aussi à l'île Maurice en 1793 d'une famille bretonne de petite noblesse (sa mère était née de SENNEVILLE). Dès l'âge de quinze ans il s'était engagé volontaire à bord d'une frégate sur laquelle il bourlingua dix mois durant. A peine de retour, l'île fut attaquée par les Anglais et il participa lui même à la bataille de la Montagne Longue. Mais l'île dût capituler et les vainqueurs offrirent alors la possibilité à ses habitants de conserver leurs biens mais à condition de prêter serment d'allégeance à l'Angleterre de George III (qui proposera la même chose un peu plus tard à la Réunion). Mais les de RONTAUNAY, parmi d'autres, s'y refusèrent et pour demeurer Français s'exilèrent en 1811 dans l'île voisine de la Réunion (alors île Bourbon) où, abandonnant la marine, Julien se lança dans le commerce. Il commença par un trafic avec Maurice et l'Inde mais ce fut un échec dont il se releva et avec toute l'énergie dont il était doté parvint à monter une importante maison de commerce à Saint Denis de la Réunion. En 1819 il se fit aussi agent de change et, s'associant avec un autre homme d'affaires du nom d'ARNOUX, se tourna vers Madagascar pour y fonder des comptoirs sur la côte Est. Pour les desservir il créa une flotte marchande qui compta jusqu'à près de vingt navires en propre sans compter ceux qu'il affrétait. Ses affaires étaient donc extrêmement florissantes et promises à un meilleur avenir encore si ce n'avait été cette expédition militaire Gourbeyrede 1829 contre le royaume merinapour une banale histoire d'injure au pavillon français par le roi Radama Ier (rappelant le fameux coup d'éventail du dey d'Alger) et dont les Français ne gagnèrent rien sinon la possession de l'île Sainte-Marie et la haine des habitants. Il y eut une seconde intervention française en 1845 dite Desfossésqui plaça ce dernier comme responsable de l'île jusqu'en 1847. De Rontaunay dut interrompre ses relations commerciales avec Madagascar et après avoir confié la gestion de ses affaires à St Denis se rendit en France métropolitaine pour trois ans. Mais à son retour il retrouva sa situation complètement détruite, sa fortune engloutie, restant encore débiteur de sommes importantes. Mais, jouissant de la confiance et de l'estime générale, il put obtenir des délais et, au prix d'un travail acharné, se retrouva à flot au bout de cinq ans.

De Rontaunay occupa en outre plusieurs charges publiques : il siégea au conseil d'administration de la Caisse d'Escompte, fut membre de la Chambre de Commerce, du Conseil Colonial, du Conseil privé du Gouverneur, fut commandant des Milices de Saint Denis. Il fut l'un des personnages les plus puissants de l'île tout en faisant œuvre de philanthrope, de bienfaiteur : il subventionna l'école des mousses, distribua le riz gratuitement à la population à la suite d'un ouragan, fonda un hôpital dans le quartier pauvre du Butor, une école primaire à Salazie, institua un cour de musique chez les Frères à Saint Denis, créa un gymnase, fit construire la route de St Denis au Brûlé...

En 1859 survint à la Réunion la terrible épidémie de choléra qui devait faire près de 2500 victimes. De Rontaunay était toujours armateur, négociant et, de plus, membre du Conseil du Gouvernement. Un de ses navires « le Mascareignes » s'encra devant Saint Denis le 17 Février ayant à son bord des engagés recrutés dans une région où régnait le choléra et qui furent néanmoins débarqués, sans toutes les précautions sanitaires qui auraient dû être prises. Les premiers cas furent pris à la légère et ce qui devait arriver arriva : une véritable épidémie se répandit comme une traînée de poudre. Il y eut un procès retentissant dont les principaux accusés furent finalement acquittés, à l'étonnement général d'ailleurs, alors que de Rontaunay, en tant que propriétaire du navire, fut lui moralement très compromis et mis d'office à la retraite de sa fonction au Conseil du Gouvernement par le Gouverneur. Deux ans plus tard il décédait non sans avoir repris entre temps ses activités avec Madagascar où l'avènement de Radama II, sucesseur de la terrible reine Ranavalona Ière, laissait augurer une ère nouvelle dans les relations avec la France. La ville de Saint Denis et les autorités civiles, militaires et religieuses lui rendirent les honneurs qu'il méritait, lui en faveur de qui ces mêmes autorités n'avaient pas levé le petit doigt dans cette triste affaire de choléra.

Sur son tombeau de pierre grise au cimetière de l'Est de Saint Denis ce simple mot : Silence.

 

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  Après cette large parenthèse sur ce personnage qui le valait bien, revenons en au deuxième à avoir approché la cour merina d'Antananarivo, Jean LABORDE, que nous avons laissé au moment où, naufragé sur la côte Est de la grande île, il venait d'être recueilli par Napoléon de LASTELLE.

Il était né dans le Gers, à Auch, le 16 octobre 1805, fils d'un charron et d'une fille d'aubergiste. Très tôt il fit son apprentissage à la forge paternelle puis s'engagea dans l'Armée où il resta trois ans. En dépit de son éducation

sommaire, il était naturellement intelligent, curieux, inventif et, à 22 ans, il décida de courir le monde en s'engageant à Bordeaux sur un voilier en partance pour l'Inde. Lesté d'un maigre pécule fourni par ses parents et d'un lot de foulards et pacotilles diverses pouvant lui permettre de démarrer un négoce, il débarqua à Bombay et se lança immédiatement dans les affaires qui lui réussirent si bien qu'il se retrouva rapidement dans une position aisée. Il avait aussi fondé un atelier de réparation de machines et même une petite fabrique d'armes. En 1831, un capitaine au long cours français, Monsieur SAVOIE, sans commandement ni ressources, le persuada d’affréter un navire pour se rendre sur un récif du canal de Mozambique (en fait l'îlot de Juan de Nova, une des îles éparses faisant partie aujourd'hui des Terres australes et antarctiques françaises) à la recherche de supposées riches cargaisons d'épaves. Laborde fût immédiatement séduit par l'aventure. Mais au bout de sept mois de vaines recherches, son navire manquant d'eau et de vivres vint s'échouer suite à un coup de vent sur la côte sud-est de Madagascar à l'embouchure du fleuve Matitanana (prononcez Matanane) au sud de Manakara. L'ensemble du petit équipage put prendre pied sur le rivage mais tomba aux mains des indigènes. Informé du naufrage, Napoléon de LASTELLE intervint en leur faveur et les fit accompagner jusqu'au village de Mahela où il résidait, où il était concessionnaire d'une plantation de cannes à sucre et où il leur offrit l'hospitalité. Nous avons déjà vu que ce Napoléon de Lastelle était parvenu à amadouer la farouche reine Ranavalona en l'intéressant à ses affaires mais aussi en lui fournissant des articles de Paris de grand prix dont, paradoxalement, elle raffolait. Mise au courant, celle-ci se montra intéressée quand elle apprit que Laborde savait aussi fabriquer des armes, de la poudre, des munitions et même fondre des canons. Il était son prisonnier en fait mais elle lui promit la liberté s'il s'engageait à la servir fidèlement pendant cinq ans et c'est ainsi que Laborde s'engouffra dans ce créneau où il allait réussir au delà de toute espérance, devenant grand patron des forges royales. C'était un ingénieur né et il ne ne borna pas aux armements mais se lança dans toutes sortes d'entreprises hydrauliques et de fabrications des plus variées : porcelaine, verrerie, papier, cuir, tissus, bougies, huile, savon, etc. etc. Doué d'une remarquable faculté d'adaptation il avait rapidement appris la langue et les coutumes et épousa une indigène métisse dont il eut un fils (Clément). Il apprit aux paysans à planter la cannes en « menées » (rangs) pour en faciliter l'entretien et la coupe, développa le site industriel de Mantasoa(Mantasou) à une cinquantaine de kilomètres de la capitale Antananarivo où il avait découvert du minerai de fer et où il se fit bâtir plus tard un tombeau après avoir fait construire le somptueux Palais de la Reinesur une colline dominant la ville, le Mandjakamiadana, dont toutes les charpentes étaient supportées par un pilier central, énorme tronc de palissandre d'une hauteur de 39 mètres. Laborde avait gagné à ce point l'estime de la reine que celle-ci le considérait en second après son fils, le recevant à sa Cour. De son côté le prince-héritier, Rakoto, l'admirait, s'instruisant auprès de lui, voyant en lui l'espoir du développement et de l'ouverture de son pays chose à laquelle il était prêt à envisager jusqu'à un coup de force tendant à déposer la reine-mère pour prendre sa place. Les succès de Laborde étaient entre temps arrivés aux oreilles de Napoléon III qui le fit nommer officieusement représentant de la France. On peut penser que son influence sur le prince (et aussi par la suite celle de Joseph Lambert) ne fit que le conforter dans cette disposition d'esprit. L'entrée en scène de Joseph Lambert, notre troisième personnage, allait finalement lui en fournir l'occasion.

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Joseph Lambert   était né à Redon (Ille et Vilaine) en 1824. A 22 ans (lui aussi) il s'était embarqué de Nantes pour l'île Maurice en vue d'y faire du commerce. Il y épousa une riche veuve et fit rapidement fortune y compris dans le trafic d'esclaves avec les Arabes de la côte ouest malgache. En 1854, une tribu côtière entrée en rébellion contre la reine Ranavalona menaçait sa garnison de troupe Merina et, par hasard de circonstances, Lambert s'était trouvé là pour leur porter secours. En reconnaissance, la souveraine l'avait invité à sa cour où il avait fait la connaissance de Laborde. 

En Novembre 1856, rentrant d'un voyage en France, Lambert se trouvait au Cap depuis plusieurs jours en attente d'un navire pour l'île Maurice quand il y rencontra une certaine Ida PFEIFFER, Viennoise de soixante ans, fraîchement débarquée d'un navire hollandais et qui cherchait à rejoindre Madagascar. Or Lambert avait entendu parler d'elle à Paris. Veuve dès l'âge de 45 ans d'un riche avocat d'affaires, elle s'était mise à voyager un peu partout dans le monde, à écrire et donner des conférences sur les pays qu'elle visitait. La Société de Géographie de Paris venait précisément de l'encourager à entreprendre le voyage qu'elle voulait faire à Madagascar, destination encore très peu connue. Elle ne pouvait s'y rendre directement du Cap et, de ce fait, fit le voyage jusqu'à Maurice en compagnie de Joseph Lambert. En apprenant que celui ci traitait avec la grande île et se préparait justement à s'y rendre, elle accepta avec joie l'invitation de Lambert à résider chez lui en son domaine des Pailles, près de Port-Louis. Son séjour devait en fait se prolonger jusqu'en Avril (1857) en raison de la période cyclonique, fort agréablement d'ailleurs : beaux appartements, table excellente, domesticité nombreuse, visites de l'île, rencontres avec les notables, Lambert ne négligea rien pour le lui rendre des plus agréables. C'est sur une vieille canonnière datant de Trafalgar et qui servait à ramener des bœufs malgaches qu'elle quitta l'île Maurice pour Madagascar en compagnie de Lambert. Au bout de six jours de navigation ils accostèrent à Tamatave (Toamasina aujourd'hui) où elle demeura tout un mois chez Lambert qui y possédait un comptoir avant de suivre celui-ci jusqu'à Antananarivo. Il ramenait de Paris de nombreux cadeaux pour la reine (toilettes, uniformes, objets d'art, bijoux, parfumerie, etc..) qui en était friande. Il fallut une bonne dizaine de jours à la caravane de près de 200 porteurs pour atteindre la capitale merina car, sitôt quittée la côte basse et marécageuse, c'étaient les pentes raides à travers la forêt vierge infestée de moustiques, loin d'être une promenade de santé pour Ida qui admirait la résistance des porteurs de filanzane (chaises à porteurs) se relayant régulièrement pour traverser à marche forcée le plus rapidement possible cette contrée malsaine. Arrivés à Antananarivo, Lambert, Ida et l'interprète européen furent les hôtes de Jean Laborde, véritable providence des Européens. En apprenant de Laborde qu'Ida jouait du piano la reine daigna la faire venir avec Lambert pour qu'elle joue devant elle sur un piano qu'on lui avait offert mais dont personne ne savait jouer.

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tombe d'Ida Pfeiffer

Mais nous allons laisser là Ida PFEIFFER qui, déjà malade à son retour en Europe, mourra l'anné e suivante des suites de fièvres contractées à Madagascar. Elle se trouva néanmoins mêlée à cette histoire de complot contre la reine qui devait échouer et dont nous allons parler à présent. Après sa mort, son fils, Oskar PFEIFFER, fit publier son journal de route qui ne devait être traduit en français qu'en 1862. Il a été réédité en 1981 aux Éditions Karthala sous le titre 1857 - Voyage à Madagascar avec une préface de l'historienne malgache Faranirina ESOAVELOMANDROSO (prononcez : farnirne échouavloumandrouse) récit passionnant que j'ai eu l'occasion de lire et dont il me faudra reparler plus tard.

C'est d'ailleurs à l'occasion de cette entrevue avec la reine Ranavalona qu'Ida avait découvert les véritable desseins de Joseph LAMBERT et compris pourquoi certaines personnes à Maurice lui avaient déconseillé de le suivre à Madagascar. Lambert était un aventurier aimant l'intrigue. Venu une première fois à Madagascar, il avait constaté la tyrannie avec laquelle gouvernait Ranavalona et il se mit en tête d'en débarrasser le pays mais en cherchant à se couvrir du côté de la France - ou de l'Angleterre en cas de refus. Ayant gagné l'amitié du prince Rakoto, les deux hommes avait conclu un pacte secret selon lequel Lambert réclamerait l'appui du gouvernement français (ou anglais) pour que la reine soit simplement déposée de son titre, sans qu'il soit fait atteinte à sa personne physique et à ses biens. Il s'était donc rendu à Paris pour y être reçu par l'Empereur Napoléon III mais celui ci avait bien d'autres chats à fouetter, tout comme d'ailleurs le Premier Ministre britannique Lord Clarendon qu'il alla voir ensuite. Or ses démarches étaient venues aux oreilles de la LMS (London Missionary Society) qui craignait qu'elles n'aboutissent à une prise de possession de la grande île par la France et, par suite, que l’Église catholique vienne y supplanter l’Église d'Angleterre. Elle envoya donc d'urgence à Antananarivo le missionnaire William ELLIS pour communiquer à la reine les agissements contre elle de ce Lambert. Ainsi donc, Ranavalona était déjà au courant lors de l'arrivée dans sa capitale de Lambert et d'Ida PFEIFFER dont la sécurité, voire la vie (comme celle de Laborde) se trouvait donc gravement menacée. Prise au piège Ida n'en conçut pourtant nulle amertume contre Lambert révoltée qu'elle était des agissements barbares de la reine. Elle se rangea donc du côté du Prince Rakoto et de ses supporters. Le grand jour pour le coup d'état avait été fixé au 20 juin (1857). Le plan imaginé était le suivant : le Prince Rakoto et quelques uns des nobles conjurés devaient venir souper chez Jean LABORDE en compagnie de LAMBERT. Après quoi, à une heure tardive, ils devaient tous rentrer chez eux à grands bruits comme au retour d'une fête bien arrosée et y demeurer tranquille jusqu'à deux heures du matin. C'est alors qu'ils devaient tous se glisser dans le Palais de la Reine dont les portes seraient tenues ouvertes le chef de l'armée, le Prince Raharo (prononcer Raoure), s'étant joint à la conjuration. A un signal donné, devant les appartements de la reine, le Prince Rakoto devait être proclamé roi, les nouveaux ministres déjà nommés allant annoncer à la souveraine que telle était la volonté des nobles, de l'armée et du peuple. Le canon serait tiré du haut des remparts pour annoncer la nouvelle. Mais le chef des armées qui, en l’occurrence détenait la clé du succès, fit perfidement échouer le plan. Le Prince Rakoto ne risquait rien de la part de la reine qui l'aimait trop, envers et contre tout, mais les autres conjurés pouvaient s'attendre au pire, la roche tarpéïenne n'étant pas loin du capitole, là aussi, après qu'on leur ait fait subir d'affreux supplices. Pourtant Ranavalona devait réserver aux trois européens un sort différent mais qui, dans son esprit, allait avoir le même résultat final, les éliminer. Elle allait les abandonner à ses deux généraux préférés Hazou et Tazou, la forêt et les fièvres, en donnant l'ordre au chef du détachement chargé de les ramener sur la côte, à Tamatave, en vue de leur rembarquement de prendre le chemin le plus long et le plus difficile à travers la forêt malsaine afin qu'ils crèvent en route d'épuisement, de fièvre et de malnutrition. Elle s'en remettait au « tangouin » comme à son habitude. Mais en considération des services exceptionnels qu'il lui avait rendus, elle autorisa Jean LABORDE à emporter une partie de ses biens meubles ce qui avait pour effet de retarder son départ par rapport aux deux autres et cette fois elle donna ordre au chef du détachement chargé de le ramener à Tamatave d'emprunter le plus court chemin et à marche forcée. Ainsi s'exerça la clémence de Ranavalona. Mais les autres conspirateurs payèrent double, triple, et les rares ayant pu échapper au massacre gagnèrent la Réunion ou Maurice. Le 13 Septembre, Lambert et Ida arrivèrent pourtant à Tamatave , totalement épuisés, rongés de fièvre l'un et l'autre mais vivants, contre toute attente, celle de la reine en particulier. Mais le « tangouin » en avait décidé ainsi, il n'y avait rien à y redire, et elle devait les laisser partir vers Maurice où ils furent soignés et où Ida demeura en convalescence à Vacoa dans la famille d'un Anglais qui était à la fois médecin, pharmacien et planteur. Elle était sur le point de s'embarquer pour l'Europe quand elle fit une rechute. Début Mars 1858, en bien piètre état, elle put quitter l'île Maurice mais les fièvres la reprirent en cours de traversée et elle dut être hospitalisée dès son arrivée à Londres. Elle put ensuite gagner péniblement Hambourg puis Berlin où elle dût demeurer chez une amie qui s'occupa d'elle. Dans un état de complet épuisement, sans espoir de guérison, elle finit par se faire transporter jusqu'à Vienne, sa ville natale, chez son frère, Charles REYER. Les meilleurs médecins viennois eurent beau se succéder à son chevet, elle fut bientôt jugée perdue et elle s'éteignit dans la nuit du 27 au 28 octobre de cette année 1857 si chargée d’événements pour elle mais qui eurent raison de sa résistance encore forte.

Exit Ida PFEIFFER. Reste maintenant à voir comment finirent les deux autres acteurs survivants : Lambert et Laborde.

La malédiction de Ranavalona      

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s'était finalement réalisée, à retardement. Les fièvres et l'amibiase décimaient un grand nombre de Malgaches, ne parlons pas d'européens peu aguerris. Lambert, malade mais plus jeune, surmonta le mal et rentra à Maurice de même que Laborde en France. Mais l'un et l'autre devait revenir à Madagascar après la mort (survenue en 1861) de la reine-mère Ranavalona Ière à laquelle succéda son fils, le Prince Rakoto, sous le nom de Radama II. Lambert y vit une nouvelle chance de négocier avec la grande île et, de fait, le nouveau souverain devait lui confirmer ses privilèges (ce que l'on appela « la charte Lambert ») et lui conféra même le titre de duc d'Emyrne. Avec d'autres hommes d'affaires il devait aussi fonder la Compagnie de Madagascar à Paris en tant qu'entreprise exclusive : financière, industrielle et commerciale. Laborde revint lui aussi à Madagascar, retrouvant avec joie le nouveau souverain dont on peut dire qu'il avait été le précepteur ainsi que sa résidence de Mantasoa et son fils Clément mariée lui aussi à une Malgache et demeuré sur l'île Sainte Marie, mais il ne chercha pas à reprendre ses activités devant le saccage de ses ateliers. Après l'assassinat du roi Radama II, deux ans après son accession au trône, il fut nommé officiellement consul de France par Napoléon III. La reine Ranavalona avait prédit qu'après elle et son fils, trois reines se succéderaient qui toutes trois épouseraient le même homme. Et de fait, la veuve de Radama II, Rasoherina (prononcer rashouérine) qui régna de 1863 à 1868 épousa son premier ministre Rainilarivony (Rannlarivone) qui gouverna de facto. A la mort de Rasoherina sa cousine lui succéda de 1868 à 1883 sous le nom de Ranavalona II laquelle épousa à son tour Rainilarivony lequel devint plus tard l'époux de la dernière reine malgache, Ranavalona III, qui régna de 1883 à 1896 et fut exilée par Galliéni à la Réunion (où elle resta deux ans) puis à Alger où elle mourut. Elle n'a laissé que peu de souvenir ici à la Réunion car très discrète elle ne sortait guère de la grande case créole où elle résidait à St Denis, à l'angle de la rue Roland Garros et du Boulevard Lacaussade, qui avait appartenu à Albert de Villèle mais dite aujourd'hui « case Ponama ».

L'instabilité du gouvernement malgache depuis la mort de Ranavalona Ière devait favoriser l'ingérence de la France à Madagascar qui allait en faire une colonie non sans y avoir menée une guerre contre les Hovas.

Après l'assassinat de Radama II, la situation à Madagascar étant devenue défavorable aux européens, Joseph Lambert s'était replié dès 1865 à Mohéli, la plus petite des îles Comores, alors sous protectorat français et où il mourut en 1873.

Jean Laborde mourut lui même en 1878, âgé de 73 ans, sous le règne de Ranavalona II, et fut inhumé à Mantasoa avec tous les honneurs dans ce tombeau qu'il s'était préparé suivant la coutume des nobles malgaches de l'époque et que l'on peut voir encore aujourd'hui.                                                                                                                  

lac de Mantasoa              panorama.jpg

Son fils, Clément LABORDE, qui avait épousé Marie-Aimée Rasoamanivo (rashouamanive), eut une fille, Émilie, née à Antananarivo en 1857 qui épousa un Malgache, Rasoa-Harisoa, et mourut en France en 1897.

En conclusion, et sans louer pour autant le « temps béni des colonies », il faut reconnaître que cette époque là où tout était à faire en ces pays lointains favorisait l'esprit d'aventure chez les individus jeunes, hardis et entreprenants, issus de milieux modestes, voire très pauvres, pas toujours regardants non plus sur les moyens de s'enrichir rapidement... Nous en avons là un triple exemple concernant la grande île de Madagascar, mais il y en a eu tant d'autres ! … Il y eut des réussites éclatantes mais aussi combien d'échecs retentissants, voire de tristes déchéances !…

Contrairement aux deux autres, Jean LABORDE aura laissé un souvenir durable, à Madagascar certes, mais aussi à l'île de la Réunion du fait que le dernier paquebot des Messageries Maritimes à desservir l'île depuis la Métropole portait son nom. Il fit son dernier voyage au tout début des années 70. J'aurais pu encore le prendre (en 1969) … si mon nouvel employeur n'avait pas été aussi pressé de me voir arriver.

Napoléon de LASTELLE fut le premier européen à venir s'installer à Madagascar en 1825. Fils d'un capitaine au long cours originaire de Saint-Malo et d'une Demoiselle Marie-Jeanne BELLOUARD née à Maurice de parents bretons, il naquit lui même à Maurice (île encore française) à Rivière du Rempart, le 7 février 1802. Devenu lui même capitaine dans la marine marchande, il alla s'installer à Madagascar en 1825, à Mahéla, sur la côte est malgache, pour y devenir l'agent commercial de la très importante société de négoce de Rontaunay et Cie (dont nous aurons à reparler). Il y fonda lui même une société comprenant une cocoteraie, des plantations de café et de canne à sucre ainsi qu'une sucrerie et une distillerie de rhum. Il disposait de plusieurs voiliers pour son commerce avec les îles Mascareignes. Pour assurer la stabilité de ses affaires il y associa le pouvoir malgache (Merina) en place en la personne du roi Radama Ier d'abord à qui il promit des canons de la poudre et des balles, puis de la reine Ranavalona Ière qui lui succéda et qui lui renouvela ses privilèges et concessions. Ses activités consistaient a acheter du riz, des bœufs, des peaux etc. pour l'île Bourbon, de veiller à la bonne culture des plants de canne a sucre et de café, négocier l'achat des produits que sa société ne fabriquait pas, organiser le troc, fusil et poudre en échange des droits accordés par le gouvernement. Il était présent partout, à Tamatave, sur les points de traite de la cote Est et dans la capitale, Antananarivo. Il entretenait aussi un vaste réseau d'informateurs (y compris parmi les officiers de haut rang de la cour) ce qui lui permettait d'avoir une oreille partout dans l'île et d'en informer à son tout le gouvernement français. En 1840 il employait jusqu'à 2300 personnes.

En Novembre 1831, un des navires de la Compagnie Rontaunay recueillit à son bord, au large de Fort Dauphin, un naufragé de 25 ans du nom de Jean LABORDE qu'il déposa à Mahéla où Napoléon de LASTELLE le recueillit. Nous reparlerons de lui plus tard.

Vers 1830, Napoléon de LASTELLE épousa Victoire SIJA, une Malgache de l'ethnie Betsimiraka (originaire de la côte Nord-Est de la grande île) qui était la veuve de Joseph ARNOUX, un Réunionnais, associé de la maison RONTAUNAY et Cie. De l'union naquit une fille, Elisa de LASTELLE qui, après l’anoblissement de son père par la reine Ranavalona en prince de Mahela, devint elle même princesse de Mahela.

Napoléon de LASTELLE eut une fin mystérieuse : il mourut le 17 Juin 1856, à 54 ans, empoisonné, sans que l'on ait su si c'était par accident ou par une action criminelle qui aurait pu être fomentée par les Anglais jaloux de l'emprise des Français sur la grande île qu'ils convoitaient aussi. Il fut inhumé sur la colline de Bellevue, près de Mahasoa puis à Tamatave.

Jean LABORDE : (1805-1878)

En Novembre 1831, Jean Laborde, un gascon français de 25 ans fait naufrage au nord de Fort Dauphin. Avec son équipage, ils sont fait prisonniers par une tribu de la côte qui les emmène à Mahela pour les remettre à de Lastelle.

C’est  M. de Lastelle,  riche planteur de la côte Est qui lui permis de rencontrer plusieurs envoyés de la reine Ranavalona 1ère, souhaitant savoir si Laborde serait capable de créer des manufactures. Car, séduite par quelques produits européenne, la reine voulait apprendre aux Malgache l’art de les fabriquer.

    M. de Lastelle qui, installé à Madagascar depuis longtemps déjà, défendait avec bonheur les intérêts de nos compatriotes dans le pays. M. de Lastelle se rendit rapidement compte par le nombreux "talents" de Jean Laborde et des services qu'il pouvait rendre à notre cause en territoire malgache. Il envoya donc Laborde à la reine) Ranavalona I" (et non Ranavalo comme on a coutume de l'écrire) avec une lettre de laquelle nous extrayons ce passage... "Vous voulez des manufactures de fusils et de canons. celui que je vous envoie vous les installera"...

Impressionné par les nombreux "talents" de Jean Laborde, Napoléon de Lastelle l'introduit auprès de la reine Ranavalona I à Antananarivo pour qu'il fabrique localement les armements et d'autres produits dont elle avait besoin (fusils, balles, canons, poudre, savon...). Ce qu'il réalisera à l'usine et la fonderie créées à Ilafy puis à Mantasoa.

Novembre 1832 : Jean LABORDE est reçut à la cour de la reine RANAVALONA 1er, sur la recommandations de M. de LASTELLE .il signe en présence des grands dignitaires, un contrats pour la fabrication de fusils à Ilafy.

Arrivé à Tananarive, où n'entraient que de très rares blancs. l'adjoint d'office à un forgeron français nommé Droit, chargé de la fabrication des fusils de l'armée royale. Droit, malgré ses talents d'artisan, ne parvenait pas à forer les tubes convenablement. Laborde prit l'affaire en mains et réussit un forage parfait. Cette méthode, pour lui, s'avérait trop lente. Il conçut et installa ; une petite fonderie à Ilafy et, bientôt, livra à la reine, non seulement des fusils plus solides, mais aussi des canons.

Laborde voyait plus grand. Son associé, ayant déplu à la reine, fut exilé et il se trouva seul à la tête de l'entreprise qui éprouvait de grandes difficultés à se procurer des bois de construction et manquait d'eau vive pour l'utiliser comme; force motrice. Laborde décide donc de s'installer à un endroit plus propice, à proximité de la forêt et de l'eau. Il fixe son choix â Mantasoa et, en 1839, pose la première pierre: de son premier haut-fourneau.

Auparavant, durant deux ans, occupant jusqu'à dix mille hommes, il avait fait d'un désert inhabité, d'une brousse quasi vierge, une immense cité industrielle. Bassins, écluses, village pour 1.500 ouvriers ; fonderie qui possède jusqu'à vingt pièces d'artillerie de réserve, mortiers ; ateliers de poterie, de verrerie ; une manufacture de savon, de tissage, des constructions spéciales pour l'élevage des vers à soie, Jean Laborde créa tout, fit tout marcher avec des ouvriers formés par lui-même. Mais sa grande joie, son qrand triomphe se situe en 1842, lorsqu'il alluma son premier haut-fourneau.

Malgré ce labeur incessant, cette tâche écrasante qu'il assurait personnellement, Jean Laborde nourrissait un autre projet : faire de Madagascar une terre de prédominance française. Le Gascon devenu l'homme indispensable de la Grande Ile, était patient et il ne manqua aucune occasion de défendre le prestige de notre pays à la cour hova de Tananarive, où lui et M. de Lastelle demeuraient les seuls blancs à avoir accès.

Tout en s'intéressant directement aux enfants de la reine, il entreprend de bâtir un palais digne d'abriter S. M. Ranavalona I", une bâtisse gigantesque couronnant le sommet de la montagne, dont la colonne centrale mesure 39 mètres de haut. Le palais de Manjakamiadania, dominé par des aigles que Laborde importa de France confondit d'achat ration les Malgaches, qui n'avaient jamais vu une chose semblable, aussi imposante et magnifique. L’ époux de la reine étant de droit premier ministre, Jean Laborde édifia un mausolée monumental à Isotry, pour y .'«r.evoir la dépouille de Rainiharo, premier ministre officiel ri époux de la reine.

Tous ces travaux et cette inlassable activité déployée pour le bien et la munificence des .autochtones incitaient la reine à certaines faveurs ou certains honneurs rares envers les Français. En 1855, Laborde obtint que M. Lambert, notre représentant officieux, eût droit d'entrer à Tananarive ; ce ne fut pas sans mal, mais l'influence de Laborde triompha des clans de la cour hostiles aux blancs, et le fils de Ranavalona, Rakoto, héritier présomptif, vint même vtsiter les propriétés de Jean Laborde à Mantasoa.

Mais la cour de la reine s'agite, l'opposition aux blancs devient menaçante et, des difficultés de trésorerie aidant, Ranavalona I", poussée par un favori, Rainifoaty, décide, en 1857, l'exil de tous les blancs, sans exception, et la confiscation de leurs biens.

Peu d'hommes ont eu un destin aussi extraordinaire que Jean Laborde; fils d'un forgeron, ce modeste gascon a choisi l'aventure. Dévoré par une irrésistible envie de découvrir le monde, il fait fortune à Bombay avant d'être attiré sur les mers transparentes du Canal de Mozambique à la recherche d'une "Ile au trésor". Mais pris dans une tempête, leur navire le "Saint-Roch" sombra sur la Côte orientale de Madagascar en 1831. C'est alors dans cette île que son génie va s'exprimer en tant que négociateur, organisateur, bâtisseur, créateur et meneur d'hommes. Par sa perspicacité, par l’aménité de son caractère, les multiples ressources de son esprit, Jean-Baptiste Laborde s’imposa promptement à la souveraine Ranavalona Ière et devint un personnage très important. N’ayant aucune connaissance approfondie de mécanique, d’industrie, ni de chimie, il fit venir des livres et, tout en se formant lui-même, devenant de facto ingénieur "touche-à-tout", architecte et chimiste. Il forma de nombreux ouvriers et artisans (maçons, charpentiers, menuisiers, ébénistes, fondeurs, etc ... ).

Il devient le conseiller écouté de la Reine. Pour compléter les tâches innombrables dont Jean Laborde a la charge, la Reine lui confie l'éducation de son fils, le petit prince Rakoto, âgé de six ans... Ainsi, après avoir été armurier, industriel, défricheur, bâtisseur, Jean Laborde se retrouve précepteur du prince héritier...

Joseph LAMBERT : 1824-1873)

Joseph Lambert est un commerçant et aventurier français né à Nantes en 1824 et mort en 1873. Intrigant, il fut l'un des rares Européens, avec Jean Laborde, à être admis à la cour de Ranavalona Ire, reine de Madagascar. Il en profita pour fomenter un coup d'État visant à mettre sur le trône le fils de cette dernière, le prince Rakoto. Il meurt aux Comores en 1873, ruiné mais réconcilié avec la reine Fatima de Mohéli, avec laquelle on lui prétend une aventure amoureuse.

Les premières années

Lambert est né à Redon, Ille-et-Vilaine en 1824. Il se rend à Maurice, à l'âge de 22 ans, où il épouse une riche veuve et fait fortune en entrant dans le commerce d’esclaves. En 1854, il secourt à Madagascar une garnison de troupes Merina menacée par la rébellion d’une tribu côtière à l’encontre de la reine Ranavalona Ire. En récompense, il est invité à une audience royale avec la reine au Rova de Tananarive. Il y rencontre Jean Laborde, un autre Français ayant mis en place une industrie d'armement pour l'armée d'Emyrne. Lambert fit aussi fait la connaissance du fils de la reine et futur héritier, le prince Rakoto.

La charte Lambert

Selon Lambert, le prince lui donna le droit exclusif d'exploiter tous les minéraux, les forêts et les terres inoccupées de Madagascar en échange d'une redevance de 10 pour cent à l'ordre de la monarchie Merina. Dans les années qui suivront, les Français utiliseront cette "Charte Lambert" et une lettre du prince Rakoto à Napoléon III demandant la protection française pour justifier la guerre franco-hova et l'annexion de Madagascar en tant que colonie. La Charte Lambert fut signé le 28 juin 1855. L'authenticité des documents a été remise en question et, en tout état de cause, le prince n'avait pas de pouvoir officiel à cette époque et ces actions auraient pu être dangereuses1.

Tentative de coup d’Etat

Avec ces documents, Lambert se rendit à Londres et à Paris pour tenter d'obtenir l'aide et le soutien à renverser la reine au pouvoir et la remplacer par son fils. Bien qu'aucune aide officielle n’ait été apportée, il retourna à Madagascar en 1857 pour mettre en œuvre le coup d’État lui-même. La globetrotteuse Ida Pfeiffer fut membre de son voyage et ainsi participa involontairement à la tentative de coup d'État, qui finalement échoua. La reine Ranavalona exécuta les Malgaches ayant participé et bannit les Européens impliqués, y compris Lambert, Laborde, et Pfeiffer2 Lambert retourna à Maurice.

Compagnie de Madagascar

Après la mort de la Reine en 1861, le prince Rakoto lui succéda en tant que roi Radama II, et Lambert y vu sa chance d'avoir l'accord mis en place. Le nouveau roi confirma la charte et lui conféra le titre de "duc d'Emyrne". Lambert et d’autres hommes d'affaires fondèrent la Compagnie de Madagascar à Paris en tant qu’entreprise exclusive à profiter de la charte, son titre officiel était "Compagnie financière, industrielle et commerciale de Madagascar" et elle fut autorisée par décret impérial le 2 mai 1863.

Les privilèges spéciaux accordés à Joseph Lambert et ses partenaires dans le cadre de la Charte Lambert - y compris la mise en œuvre de projets de travaux publics (abattage d'arbres, construction de routes et des canaux, etc), le contrôle de la frappe de la monnaie, les droits miniers exclusifs et plus encore dans le cadre de la Compagnie de Madagascar - ont été particulièrement controversée. Les préoccupations des citoyens découlent des clauses de l'accord qui aurait permis à la compagnie de Lambert de devenir propriétaires permanente des terres malgaches. Jusqu'à ce jour, des terres malgaches, perçu par la population comme la terre sacrée des ancêtres, ne pouvaient jamais être possédés par des étrangers jusqu'à leur mort, à quel point les terres reviendraient à la couronne. La menace de perdre définitivement une partie du sol sacré malgache aux étrangers a été source de troubles qui ont abouti à une révolution de palais.

Radama fut assassiné le 12 mai 1863. Le nouveau gouvernement sous la reine Rasoherina et le Premier ministre Rainivoninahitriniony cherchèrent à renégocier la charte, ce qui entraîna d’importants conflits entre la Compagnie de Madagascar et le gouvernement français et d'une part et les autorités Merina d'autre part 3. Il faudra encore trois décennies et plusieurs interventions françaises pour faire de Madagascar une colonie française. La rupture de la Charte Lambert fut l'un des prétextes à l'engagement militaire français dans la guerre franco-hova qui mena à la conquête française de l'île.

Comme la situation à Madagascar était devenue défavorable après la mort de Radama II, Lambert partit à Mohéli dans l'archipel des Comores en 1865, île qu'il dirigera en tant que régent de 1868 à 1871. Il mourut en 1873.

Ranavalona 1ère avait une haine farouche du christianisme

      En nationaliste intrépide, elle mène une lutte sans merci contre l’expansion des religions étrangères et mène la vie dure aux missionnaires européens, installés dans son pays avant son accession au trône et venus apporter l’Évangile de leur Dieu. Elle rompt radicalement avec les méthodes de son défunt mari qui avait ouvert le pays aux influences culturelles et politiques européennes. Ainsi, elle interdit le Christianisme dans son pays, chasse les missionnaires européens en 1835, et remet en question le traité anglo-malgache de 1820 (signé sous le règne de son mari).

     Bien avant leur expulsion, elle adresse aux missionnaires une lettre, datée du 26 février 1835, dans laquelle on peut lire: «… Mais si je vois quelques-uns de mes sujets vouloir changer le moins du monde les règles établies par les douze grands rois, mes ancêtres, je n’y saurai consentir; car je ne permettrai pas que les hommes viennent changer quoique ce soit à ce que j’ai reçu de mes ancêtres, dont j’ai accepté, sans honte et sans crainte, toutes les idées. Il vous est loisible d’enseigner à mon peuple la science et la sagesse; mais quant à ce qui est de toucher aux coutumes des ancêtres, c’est un vain travail, et je m’y opposerai entièrement. Aussi, en ce qui concerne la religion, soit le dimanche, soit la semaine, les baptêmes et les réunions, j’interdis à mes sujets d’y prendre part, vous laissant libres, vous, Européens, de faire ce que vous voudrez … »

     D’ailleurs les missionnaires, profondément mis en échec dans leur besogne par cette Reine nationaliste, n’ont pas tardé à la décrire dans leurs ouvrages en utilisant des termes infamants à son égard comme c’est le cas dans l’extrait suivant: « C’est l’heure où la reine sanglante, Ranavalona Ire, vient de monter sur le trône et s’apprête à déchaîner, contre ses sujets chrétiens, une persécution violente qui durera plus de trente ans. Les missionnaires anglais sont chassés, le culte chrétien interdit. […]Et pour nous, protestants français, il est juste que nous associons leur souvenir à celui de nos propres martyrs, de toits ces hommes, de toutes ces femmes, qui, en France ou dans les vallées vaudoises du Piémont, du XVIe au XVIIIe siècles, ont été, eux aussi,  » lapidés, torturés, persécutés, maltraités, eux dont le monde n’était pas digne, et à la foi desquels il a été rendu témoignage…  » (Hébr. XI : 37-39)

     […]Il s’agit d’aider fraternellement les descendants spirituels de ces admirables martyrs, à maintenir leurs positions, et à conquérir à la foi évangélique, les vastes régions de leur île encore plongées dans la nuit du paganisme. » Jean Bianquis, Directeur de la Société des Missions évangéliques de Paris, dans la préface de « Rafaravavy Marie, Une Martyre Malgache sous Ranavalona 1re » du Missionnaire Gustave Mondain.

     On peut aussi lire dans l’introduction du même ouvrage l’extrait suivant: «Ce qui a caractérisé, en grande partie, le règne de Ranavalona Ire (1828-1861), c’est la méfiance et l’hostilité manifestées par cette reine contre tout ce qui était européen. Il lui semblait que son devoir de protectrice de son peuple entraînait pour elle l’obligation de lutter contre toutes les influences étrangères, de quelque nature qu’elles fussent, […]elle fit habilement la discrimination entre les missionnaires blancs et les adeptes malgaches des nouvelles idées. C’est contre ces derniers qu’elle exhala sa fureur et promulgua des édits de persécution des plus rigoureux. »

     En réponse aux calomnies des missionnaires, elle dira: « ny fomban-drazako tsy mba mahamenatra ahy na mampatahotra ahy ! » (« Je ne ressens ni honte ni crainte au sujet des coutumes de mes ancêtres ! »). Elle essaya d’éradiquer totalement le Christianisme parmi ses sujets et les convertis étaient perçus comme des traîtres, «mpivarotra tanindrazana » (« vendeurs de la terre ancestrale », « qui vend son pays »). La Reine voyait dans le Christianisme, et l’évangélisation, un moyen sournois d’infiltrer son pays pour le soumettre aux ambitions coloniales européennes. Concernant ces convertis, la Reine déclara au cours d’un discours en 1849: « Miala amiko ka mba ialako, mahafoy ahy ka mba foiko ! » (« Ils m’ont reniée comme symbole vivant de leur patrie, aussi je les renie; ils ont renoncé à moi, je renonce à eux ! »).

   IMAVO a bien compris - plus que quiconque de son temps peut-être - que le pouvoir des Andriamanjaka Merina, depuis un millénaire au moins, reposait sur un système politico-religieux : la divinité des andriana. Divinité que la mythologie au début du "Tantaran'ny Andriana" résume par l'histoire du fils de Dieu s'étant marié avec une humaine, donnant naissance aux andriana.

    Les missionnaires ont apporté un autre message : Jésus Christ Fils de Dieu, Sauveur et Seul Roi. Un autre système, une autre royauté. Une remise en cause de la divinité des andriana et andriamanjaka, une remise en cause fondamentale de la légitimité de la reine.

    Tant que le peuple croyait que les andriana étaient des dieux, le pouvoir des andriamanjaka et des andriana était légitime. Dès lors que les andriana ne sont plus divins dans la foi et dans le coeur du peuple, le système tout entier d'effondre.

    Plus que sa nation, Imavo a surtout défendu le système qui a fait d'elle une reine, elle a défendu sa royauté, avec toute son énergie.

    Pourquoi le peuple ambaniandro a-t-il cru (et continue toujours de croire) en masse au message du Christ au point de défier la reine, de ne pas craindre pour sa vie et d'accepter d'être martyre ? Peut-être parce qu'il ne croyait pas vraiment à cette histoire de divinité des andriana et andriamanjaka et que le message chrétien était une occasion inespérée - surtout venant d'une nation plus avancée, plus évoluée, plus crédible comme l'Angleterre - pour le faire savoir. Peut-être que le peuple savait bien que c'était un mensonge. ¨Peut être qu'au fond de lui, chaque humain a le sens de la vérité bien ancré.

    Moralité : pour défendre ou bâtir une nation forte, la question de la vérité est fondamentale. Nul pouvoir ne dure sans légitimité, mais nulle légitimité ne dure sans vérité.

   Consciente du danger que représente l’intrusion européenne, la reine protège la religion et la culture des ancêtres contre le prosélytisme chrétien qui a déjà converti de nombreux malgaches.

    Dans un premier temps, Ranavalona Ire cherche à poursuivre l'œuvre de modernisation du royaume commencée par son prédécesseur. Très vite cependant, elle doit faire face à l'hostilité des Français qui, en 1829, entreprennent par l'intermédiaire de l'amiral Gourbeyre d'attaquer divers points de la côte orientale de l'île. Cette agression inopinée aiguise la méfiance de la reine contre les ambitions européennes. D'autant plus que l'œuvre d'évangélisation des missionnaires britanniques, installés au cœur du royaume depuis 1820 commence à porter ses fruits. Redoutant par-dessus tout la perte de l'indépendance pour son pays, elle dénonce le traité anglo-malgache de 1820 et demande donc aux Britanniques de renoncer à la propagation religieuse pour se contenter des travaux d'éducation auxquels elle tenait beaucoup. Mais ces derniers refusèrent et, en 1835, la reine les fait expulser de l'île, se contentant de recourir à la contribution de techniciens indépendants, tel notamment que l'aventurier Jean Laborde, pour l'aider à poursuivre les travaux de modernisation (il lui fait notamment construire une maison de repos). Celui-ci accomplit sans l’aide d’aucun technicien une œuvre considérable, en dotant Madagascar d’une industrie métallurgique et chimique et en introduisant un grand nombre de nouveautés techniques. Il fait aussi fabriquer des canons alors qu'elle missionne un Français, Napoléon de Lastelle, afin qu'il lui fournisse des fusils. Pour contrebalancer l’influence européenne, les dirigeants malgaches envisagent des contacts entre le port de Majunga et Zanzibar.

    Par la suite, pour essayer d'éradiquer le christianisme chez ses sujets, dans lequel elle distinguait avant tout le moyen d'infiltration au service des ambitions coloniales européennes, elle fait pourchasser les autochtones convertis, considérés comme des traîtres à la patrie (mpivarotra tanindrazana littéralement « vendeurs de la terre ancestrale »).

MARTYRS : ÉPISODE DES PERSÉCUTIONS RELIGIEUSES

L'accusation

Un siège élevé pour la reine, dans la cour devant la maison d'Andriampoinimerina, dont on pourrait faire un agrandissement pour le fond, avec une porte laissant passer le cortège royal.
Les femmes coiffées des différentes manières malgaches et chargées de bijoux (verroterie), s'accroupissent, les mains étendues, tombantes, et les coudes sur les genoux.

Préparer une palette de bois mince, avec quelques signes. Elle est employée par le sorcier, qui étudie le destin des hommes.

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La Reine entre, accompagnée de l'esclave au parapluie. Les Filles de Cour chantent, tout en s'installant, divisées en deux groupes ; elles chantent tour à tour, comme s'entre-répondant. Elles répètent leur cantilène plus on moins vite, chantent ensemble la finale, pour recommencer, etc.).

Chant reine

E E E Voici no- tre rei- ne

E E E Notre bonne reine E

LE CONSEILLER entre. Il s'incline profondément. Vis à jamais, à Reine, vis à jamais ! Si ton serviteur trouve grâce devant toi, il se tiendra debout pour te faire entendre quelques courtes paroles. Tu es la Reine, et je suis ton serviteur.

LA REINE : C'est bien. Parle. Ne scelle point la vérité.

LE CONSEILLER : Depuis quelque temps, Je suis inquiet. Les étrangers aux oreilles rouges ont semé des idées bizarres dans l'esprit du peuple. Hier, un des aides de camp m'a fait savoir que deux hommes avaient à me parler au sujet de la couronne, l'un d'eux étant capable de dire ce qui ne se voit pas, et l'autre de lire dans le firmament. J'étais étonné, et incertain ... Mais la confiance, ô Reine, que tu donnes à ton serviteur m'a fait un devoir d'écouter ces hommes, et leurs révélations m'ont jeté dans un grand trouble. C'est si grave pour la sécurité de l'État, que j'ai cru devoir... Mais, si je n'ai point tort, ô Reine, vis à jamais, vieillis autant que le peuple sous le ciel ! (Il s'incline.)

LA REINE : Qui sont ces hommes, et d'où sont-ils ?

LE CONSEILLER : Ils viennent du canton de la Ruse et sortent du village du Mensonge. Tu les connais l'un et l'autre. Ramanana, qui possède tous les secrets, et Ramahery, l'homme fort, car il garde les dieux.

LA REINE : C'est bien. S'ils disent vrai, qu'ils viennent déposer devant moi, la Reine, celle qui a succédé aux douze grands rois ayant régné sur les douze montagnes.

LE CONSEILLER (déjà inquiet pour lui-même et connaissant la versatilité de ses administrés.). Mais, ô Reine, ils ont déjà parlé, ; la vérité est sortie de leur bouche, et peut-être que, devant toi, ...

LA REINE (vivement) : C'est bien, va ! (Geste impératif.)

Le conseiller sort à reculons, en faisant de grandes révérences.

LE CONSEILLER (grognon et dur) : Allons, entrez !

LES TROIS HOMMES (s'avançant, s'inclinent). Vis à jamais, ô Reine ! Vieillis avec le peuple de la terre jetée au milieu les torrents. (Après une nouvelle révérence, ils se reculent.)

LE CONSEILLER : Voici, ô Reine, les hommes dont j'ai parlé.

LA REINE (qui veut les éprouver) : Savez-vous pourquoi je vous ai cités devant moi

RAMANANA (sorciers, plus costumés) : Vis à jamais, ô Reine, brille comme le soleil dans les cieux ! Ma main ne s'est pas avancée, mon pied ne s'est pas posé, que, déjà, je suis informé, Le fait de demain m'est révélé aujourd'hui. Ce que sera l'an prochain, je le dirai demain. Vis à jamais, ô reine, je sois ton serviteur. (Se tournant vers le conseiller.) Qu'on aille chercher la palette sacrée ! J'ai besoin de lire les anciens oracles.

Ramanana ayant fini le sikidy, se lève tout illuminé : C'est clair, les ancêtres ont parlé Si ton serviteur n'a point tort à tes yeux, il parlera.

LA Reine (avec un peu d'impatience) : Eh ! parle donc !

RAMANANA (solennel) : Je lis dans les combinaisons du destin : Premièrement, ce que la Reine désire, c'est la paix du royaume, le bonheur des sujets, la sécurité du gouvernement ; deuxièmement, ce que veut la reine, c'est que le peuple soit aussi nombreux que les sauterelles pressées dans le panier, où elles ne peuvent remuer, troisièmement, ce que la reine désire, c'est l'union de tout le peuple dans une seule pensée de respect des ancêtres et d'unique corvée. N'est-ce pas cela ? (Il se tourne vers Ramahery, un autre sorcier, qui fait semblant de lire avec lui dans le sikidy.)

LA REINE : Y a-t-il, en réalité, des prieurs dans le pays ? Et de quoi, au juste, les accuse-t-on ? (le conseiller fait un geste affirmatif.)

RAMANANA : Ils se réunissent la nuit, et, même, nous en avons trouvé dans une grotte. Ce sont des esclaves qui prennent la parole et font des enseignements, Les ordres des ancêtres sont rejetés. On ne sert plus Ranavalona, la reine succédant aux douze grands rois, mais un certain Jéhovah et un nommé Jésus. Le premier, c'est probablement le roi des Anglais, et Jésus est son vassal ...

LA REINE : Pourquoi ai-je ignoré tout cela, et pourquoi ne me l'a-t-on pas fait savoir ? (Fâchée.) Conseiller, leur avais-tu laissé la liberté ?

LE CONSEILLER : Vis à jamais, ô Reine ! Ne deviens pas malade ! Ces gens ne se cachent guère, et leur folie est douce. J'ai cru, les blancs t'ayant parlé à toi-même, que tu avais permis leurs charmes. N'as-tu pas aussi fait un édit ?...

LA REINE (fâchée et se tournant vers les sorciers et les conseillers) : Où donc as-tu l'esprit ? De quel édit parles-tu ? Jamais je n'ai voulu tolérer des pratiques contraires à celles des ancêtres. Ce serait ma mort et celle de mon royaume. C'est aujourd'hui que je ferai un édit, et, sous toute l'étendue du ciel, je veux que les prieurs aient la bouche fermée. Le peuple sera réuni ici, au palais, pour entendre la loi. Qu'on s'en souvienne ! J'ai parlé. Elle s'apprête à sortir et se ravise. Ce soir, nous invoquerons les ancêtres. C'est un honneur pour vous ... et pour moi un plaisir. . ...

La Reine sort, et ses filles d'honneur l'accompagnent en chantant et en battant des mains, comme précédemment. Jusqu'à ce que le groupe soit sorti, on chante. Les voix s'affaiblissent.

Chant reine

E E E honneur à la Reine E E E E
 

: Ça brûle ! La colère de la Reine va éclater.

     Par la suite, le premier symptôme du changement d'attitude de la reine vis-à-vis de l'oeuvre chrétienne fut l'ordre donné, au début de 1831, au missionnaire Griffith de quitter l'île, sous prétexte qu'il était déjà à Tananarive depuis dix ans, ce qui était la limite extrême du temps de séjour permis à un étranger. En réponse à ses pressantes sollicitations on lui accorda cinq mois de sursis, puis un an.
     Un jeune missionnaire, Atkinson, arrivé à Tananarive le 30 septembre 1831 dut repartir dès juillet 1832 par ordre de la reine. Cette dernière se mêla même de détails bien particuliers : elle interdit aux communiants indigènes de se servir de vin à la communion.
     Peu de temps après, les missionnaires furent avertis qu'il ne serait plus accordé d'autorisation de baptêmes. En même temps, les officiers qui se trouvaient parmi les baptisés furent rétrogradés.
     Durant les années 1832-1834 les symptômes de l'orage menaçant continuèrent à se succéder et à remplir d'angoisse le coeur des chrétiens. Parfois il semblait que la reine hésitait à prendre des mesures extrêmes. Mais certains événements, plus ou moins directement liés à la prédication de l'Évangile, contribuèrent à augmenter l'inquiétude de Ranavalona et sa haine des idées nouvelles.
     Parmi ces faits, nous citerons l'étrange odyssée d'une sorte d'illuminé mi-païen, mi-chrétien, Rainitsiandavana, gardien de l'idole Izanaharitsimandry. Tombé dans un découragement profond à la suite de toute une série d'épreuves, il rencontra un jour un chrétien, Paul Rainitsiheva, qui chercha à la fois à le consoler et à l'éclairer. Il s'enthousiasma pour certaines des idées exprimées par Rainitsiheva, et, revenu chez lui, il se mit à parler à d'autres de la prochaine résurrection des morts et de l'avènement d'un nouvel ordre de choses où tous jouiraient du parfait bonheur. Il libéra tous ses esclaves, ce qui fit sensation dans tout le pays.
     Il restait pourtant fidèle aux rites ancestraux et prétendait allier le culte de Dieu avec celui des idoles. Il refusait d'ailleurs les conseils de modération des chrétiens qui auraient voulu l'instruire davantage. Et tout cela finit très mal. Il prétendit exposer ses idées à la Reine, et parla devant elle de l'égalité de tous les hommes. Il fut condamné à mort avec trois de ses principaux adhérents. Une vingtaine d'autres périrent à la suite de l'épreuve ordalique du tangena et environ cinquante autres fuient réduits en esclavage. La secte se dispersa. Mais on rendit les chrétiens responsables des actes de ce pauvre illuminé et le gouvernement malgache ne songea plus qu'aux mesures à prendre pour empêcher la prédication de l'Évangile.
     Quelque temps après, un nouvel incident vint mettre le comble à l'exaspération de la reine. Un jeune chrétien, Andriantsoa, de la caste des Andrianamboninolona, voulut travailler ostensiblement le samedi, jour tabou pour les fidèles de l'idole du lieu. On s'ameuta contre lui. Irrité il exprima violemment son mépris pour les fétiches. Ses propos furent rapportés à la reine qui s'en montra vivement affectée. Andriantsoa fut condamné à boire le poison ordalique. Par extraordinaire il en réchappa. Ses amis chrétiens, à la suite de cette délivrance, lui firent à Tananarive une réception triomphale qui fut une faute, car cela ne fit qu'augmenter l'irritation des chefs païens. Il fut aisé à ces derniers d'agir sur l'esprit prévenu de la souveraine et de l'amener à prendre des résolutions définitives.
     Le 15 février 1835, la reine fit réunir sur la grande place d'Imahamasina, au pied des rochers sur lesquels s'élève le palais royal, les chefs de mille et les chefs de cent, et leur demanda de convoquer d'urgence tout le peuple pour le 1er mars.
     Le jeudi 26 février elle ordonna à tous les Européens présents à Tananarive de se réunir à Andohalo, dans la maison de M. Griffith pour y attendre les ordres royaux. Il fallut en fait aller dans l'église voisine, à cause du trop grand nombre d'assistants. On leur lut le message suivant :

     "À tous les Européens, anglais et français, « Tananarive, 26 février 1835, en reconnaissance du bien que vous avez fait à mon pays, en enseignant la sagesse et la connaissance, je vous exprime tous mes remerciements. J'ai pu être témoin, de ce que vous avez été pour Radama, mon prédécesseur, et, depuis mon avènement, Vous avez continué à rechercher le bien de ce pays. Aussi viens-je vous déclarer à vous tous Européens, qui désirez vivre ici, que vous pouvez suivre toutes vos coutumes. N'ayez aucune crainte, car je n'ai nullement l'intention de modifier vos habitudes, et je me rappellerai toujours vos services en faveur de mon pays ; toutefois, je saurai agir impitoyablement contre tout transgresseur des lois, comme cela se pratique dans tous les pays du monde.
     " D'autre part, si je vois quelques-uns de mes sujets vouloir changer quoi que ce soit aux règles établies par les douze grands rois, mes ancêtres, je n'y saurai consentir...
     " Il vous est loisible d'enseigner à mon peuple la science et la sagesse ; mais, quant à ce qui est de toucher aux coutumes des ancêtres, c'est un vain travail et je m'y opposerai entièrement.
     " Aussi, en ce qui concerne la religion, soit le dimanche, soit la semaine, les baptêmes et les associations, j'interdis à mon peuple d'y prendre part, vous laissant libres, vous Européens, de faire ce que vous voudrez.
     " Si vous avez d'autres arts à apprendre à mes sujets de nature à les faire progresser, j'en serai très heureuse."

Signé : RANAVALOMANJAKA.

     Après la lecture de ce message, les missionnaires retournèrent chez eux, suivis de tout un groupe de chrétiens angoissés.
     Le dimanche 1er mars, à la première heure, les canons tannèrent; 15.000 soldats déchirèrent les airs du bruit de leur mousqueterie, des tambours parcoururent la ville, battant aux champs et scandant leurs roulements de tris terrifiants.
     Près de 150.000 personnes se réunirent dans la plaine d'Imahamasina. Des envoyés du palais apportèrent le message de la Reine, dont voici le résumé :

     "Je vous le déclare, à vous tous, Ambaniandro (1), je suis une princesse qui ne veux tromper personne, et vous êtes des sujets qu'on ne saurait tromper : aussi tiens-je à vous dire la façon dont j'entends vous gouverner.
    "Y a-t-il vraiment des gens, des esclaves, osant toucher aux coutumes des ancêtres et des douze rois qui se sont succédé ici ? À qui donc Andrianampoïnimerina et Radama ont-ils légué le trône ? N'est-ce pas à moi, Ranavalomanjaka ? Aussi, s'il en est parmi vous qui veulent modifier les règles transmises par vos aïeux, je ne le supporterai pas.
    "Je ne laisserai pas dénigrer les fétiches, ridiculiser la divination, détruire les tombes des Vazimba (2) ...
    "Quand au baptême, aux sociétés, aux prières en dehors des maisons, à l'enseignement du respect du dimanche... ah ça ! combien cette terre a-t-elle de maîtres ? Ne suis-je pas seule souveraine ici ?
   "Pour vous donc baptisés, adhérents à la Société, organisateurs de réunions de prières, je vous donne un mois pour vous accuser vous-mêmes ; si vous ne le faites pas, attendant d'être découverts, je vous exterminerai, moi, Ranavalomanjaka, Reine que nul ne saurait tromper.
   "Vous, civils et militaires, qui êtes entrés à l'école pour y apprendre à prier, et surtout vous qui avez réuni des gens, dans votre maison, dans ce but, et avez respecté le dimanche, venez vous confesser, car on ne peut m'abuser ; et si vous tardez, je vous exterminerai.
   "Vos esclaves auxquels vous aurez enseigné l'écriture ou qui auraient prié, surtout ceux qui auront été baptisés, doivent venir se confesser.
   "Pour vous, élèves, voici mes ordres. Si vous êtes encore élèves des Européens, respectez le dimanche, mais ne le faites que pour les besoins de votre instruction, et, sitôt sortis de l'école européenne, cessez de le respecter ; car moi, votre souveraine, je n'en fais aucun cas, et c'est une coutume que je ne puis supporter dans mon royaume.
   "Voici mes ordres pour ce qui est de la religion nouvelle. Je ne vous défends pas de prier, mais vos prières à vous, chrétiens, ne sont pas selon les règles des ancêtres, car vous dites :
   "Croyez en Lui, suivez Ses préceptes, craignez-Le » et vous n'implorez plus ni le ciel, ni la terre, ni les douze rois mes aïeux, ni les idoles.
   "N'est-ce pas là un bouleversement des coutumes des ancêtres ? Je n'y puis souscrire, et rien de semblable ne peut se faire dans mon royaume."

Après le discours royal, deux ou trois Malgaches, assez haut placés, essayèrent bien un timide plaidoyer en faveur des chrétiens. Le seul résultat qu'ils obtinrent fut la réduction du délai donné aux gens pour s'accuser spontanément, d'un mois à une semaine.
Quelques prosélytes, encore mal affermis, obtempérèrent aux ordres royaux et renièrent leur foi. Mais la plupart demeurèrent fermes.

Le 9 mars le peuple fut de nouveau convoqué pour écouter une sorte de sentence générale prononcée au nom de la souveraine.
Un grand nombre de peines, plus ou moins graves, étaient édictées contre les chrétiens les plus marquants, et la proclamation se terminait par de terribles menaces, en particulier celle-ci :

   "Si je surprends quelqu'un à enseigner à lire à son esclave, je ferai de son esclave comme on fait d'un chien qui a dévoré une brebis, je lui arracherai le coeur et lui couperai la tête ; et pour le maître, je lui imposerai une amende écrasante.

 

   "Voici les seules prières qui vous seront permises : Vous vous adresserez au dieu créateur, puis aux esprits des douze grands princes, à la terre, au ciel, au soleil, à la lune, aux douze collines, aux idoles. Pour quiconque se permettra de changer quoi que ce soit à ce culte-là, ce sera la mort."

Plus de quatre cents nobles ou officiers se virent presque aussitôt rétrogradés, tandis que chaque sujet dut payer, en signe de repentance générale, un boeuf et une piastre. On se figura en haut lieu que cela suffisait, et que nul n'oserait plus enfreindre les ordres prescrits.

La surveillance se relâcha un peu. Les chrétiens en profitèrent pour s'organiser et se fortifier les uns les autres. Les deux personnalités les plus marquantes dans le petit groupe de chrétiens furent sans conteste Paul Rainitsiheva, et une femme, Rafaravavy Marie. Rainitsiheva, appelé Paul par ses coreligionnaires, était un ancien sorcier et fabricant d'amulettes. Il s'était converti à la suite d'une conversation avec l'un des tout premiers Malgaches amenés au christianisme, et fut l'un des chrétiens baptisés à Ambatonakanga le 5 juin 1831.

Rafaravavy Marie

Rafaravavy Marie était, quant à elle, de noble naissance et fille d'un des dignitaires de la cour. Elle fut la première à organiser chez elle des réunions de prières, qui servirent puissamment à soutenir le courage des persécutés. D'autres chrétiens l'imitèrent, et la plupart des convertis prirent l'habitude de se réunir tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, afin de prier ensemble, la nuit. On choisissait les demeures les plus écartées et les nuits les plus noires. Quelquefois même on se cachait dans des fossés ou des grottes. On ne pouvait guère chanter : cela aurait trop vite attiré les espions. Mais souvent l'un des assistants jouait sur la valiha, sorte de guitare malgache, l'air du cantique, et les autres se répétaient tout bas les paroles.

Malgré les édits, le nombre des chrétiens alla en croissant. On imagina un signe de reconnaissance consistant en un verset de la Bible dont le second interlocuteur devait achever la récitation commencée par le premier.
Quelques missionnaires avaient, avec des difficultés inouïes, obtenu la permission de rester pour achever certains travaux matériels. Mais les deux derniers, Johns et Baker, durent s'en aller en juillet 1836, laissant leurs disciples seuls devant la menace des supplices. Du moins ils purent, avant de partir, achever l'impression de la Bible et la distribuer à quelques-uns.
C'est en ce même mois de juillet 1836 que l'épreuve s'abattit sur Rafaravavy Marie.

Le dimanche 17, trois esclaves de cette dernière se rendirent auprès de Rajery, un des conseillers de la reine, et frère de Rainiharo, premier ministre, afin d'accuser leur maîtresse. D'après les règles édictées par Andrianampoïnimerina, une accusation d'esclave était irrecevable. Cela n'empêcha pas d'accepter l'accusation portée contre Rafaravavy. On fit venir Andrianjaza son père : « Votre fille, lui dit-on, continue, paraît-il, à prier et cela en compagnie de neuf autres personnes ; il vaut mieux qu'elle s'accuse elle-même, plutôt que de se voir dénoncée par d'autres. Qu'elle indique aussi le nom de ses compagnons, si elle veut avoir la vie sauve. Rafaravavy apprit le jour même l'accusation dont elle avait été l'objet, et grande fut son émotion. Il lui fallait choisir entre la mort ou le reniement de son Maître. Mourir, quelle perspective ! Mais renier son Maître ? Non, elle entendait en son coeur résonner la parole de Jésus : « Quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux. » Durant toute la nuit elle pria avec ferveur, demandant avec instance à Dieu de lui donner la force de supporter toutes les épreuves qu'il Lui plairait de lui envoyer.

Son père, averti par un des confidents de la reine, se précipita chez sa fille pour la faire revenir au paganisme. Ni les menaces, ni les supplications ne purent avoir raison de sa détermination. Malgré l'amour et le respect qu'elle ressentait pour les siens, elle ne pouvait renoncer à ce qu'elle savait par expérience être la vérité.
Rajery alla prévenir Ranavalona de l'échec des parents de Rafaravavy pour la faire changer de sentiments. La reine entra alors dans une colère terrible, et son premier mouvement fut d'édicter, contre celle qui osait ainsi braver ses ordres, la peine de mort.

Pourtant, à cause des services rendus au gouvernement par son père, on autorisa ce dernier à implorer la clémence royale ; et la peine fut commuée en celle de l'esclavage, avec facilité pour les parents de la coupable de la racheter. Mais la moitié des biens de Rafaravavy demeurèrent propriété de la reine. Les esclaves qui l'avaient dénoncée espéraient obtenir leur libération. Elles furent au contraire mises aux fers par le père de la condamnée. Celle-ci intervint en leur faveur et eut plus tard la joie d'en amener deux à l'Évangile. L'une d'elles mourut même martyre de sa foi.

L'année suivante, sur une dénonciation nouvelle, Rafaravavy fut arrêtée avec seize autres de ses compagnons ; on s'efforça de l'amener à dénoncer d'autres chrétiens, lui faisant espérer la vie sauve si elle y consentait. Elle s'y refusa absolument.
« Mais refuser de dire à la reine ce que vous savez, n'est-ce pas déclarer que vous ne l'aimez pas ? reprit le juge. »
- « Je n'arrive pas à voir quel est mon crime, même sur ce point, se contenta de répondre Rafaravavy ; Je suis accusée pour avoir prié, j'avoue tout ce que j'ai fait, et je consens à être mise en pièces par la reine, si tel est son bon plaisir. »

La souveraine réfléchit d'abord quelque temps sur le sort qu'elle ferait aux dix-sept victimes. Des amis se portèrent garants pour Rafaravavy qui put demeurer chez elle à Ambatonakanga. Quatorze jours après son arrestation, au grand marché du vendredi, on annonça soudain publiquement qu'on livrait ses biens au peuple. Elle n'avait été avertie de rien. On peut juger de sa surprise en voyant arriver tout à coup chez elle toute une populace, hors d'haleine, se ruant dans la maison, s'arrachant les objets : en quelques minutes tous les meubles et ustensiles eurent disparu, et, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, la maison elle-même (elle était faite de planches et de poutres assemblées) fut démolie et emportée sans qu'il en restât le moindre vestige.

Tout de suite après survinrent quatre Tserondahy, qui étaient alors les exécuteurs : « Où m'emmène-t-on interrogea la victime ? » - "La Reine sait ce qui vous attend ; pour vous, vous n'avez qu'à nous suivre, répondirent les envoyés royaux." Quittant Ambatonakanga, elle gravit la colline d'Ambatovinaky. "C'est la mort", pensait-elle. Pour calmer ses esprits agités, elle se remémorait les belles paroles d'Esaïe XLI, 10:

Ne crains rien, car je suis avec toi,
Ne promène pas des regards inquiets, car je suis ton Dieu ;
Je te fortifie, je viens à ton secours,
Je te soutiens de ma droite triomphante.
 

Ainsi que les deux premiers versets du chapitre XLIII :

Ainsi parle maintenant l'Éternel qui t'a créé, ô Jacob,
Celui qui t'a formé, ô Israël !
Ne crains rien, car je te rachète.
Je t'appelle par ton nom : tu es à moi
Si tu traverses les eaux, je serai avec toi,
Et les fleuves, ils ne te submergeront point,
Si tu marches dans le feu, tu ne te brûleras pas,
Et la flamme ne t'embrasera pas.

 

Pendant qu'on l'emmenait, on entendit sortir souvent de sa bouche la prière du martyre Étienne : « Seigneur, reçois mon esprit. » On ne la mena pas directement à Ambohipotsy, lieu des exécutions, mais on la conduisit d'abord chez un aide de camp de Rainiharo. Là, un serrurier s'approcha, portant de lourdes chaînes de fer, connues sous le nom de « beranomaso » (long-pleurs). Il s'apprêtait à les sceller fortement, mais quelqu'un dans la pièce l'avertit : « Ce n'est pas la peine de si bien faire, car ce serait trop difficile à détacher demain, au chant du coq, pour l'exécution. » Pendant cette nuit-là Rafaravavy se sentait comme arrivée au bord du fleuve, n'ayant plus qu'à le passer. Elle était prête à partir, mais Dieu l'arrêta. Cette même nuit, tout le quartier d'Ambohimitsimbina prit feu à la nuit noire. L'incendie fit bientôt rage, et les flammèches parvinrent jusque dans la cour du palais de la Reine. Ce fut une agitation et une angoisse extrêmes dans toute la ville, au milieu de ces ténèbres et devant cet incendie qu'on n'arrivait pas à éteindre. Alors Rainiharo donna l'ordre de surseoir à toutes les affaires officielles. Les Tserondahy n'osèrent pas dès lors conduire Rafaravavy au lieu d'exécution, mais attendirent de nouvelles instructions. C'est ce qui la sauva. Elle avait déjà tendu la main pour saisir la palme du martyre : ce fut Rafaravavy Rasalama, une de ses amies, qui la cueillit.

Un mois après l'exécution manquée de Rafaravavy Marie, une nouvelle proclamation royale eut lieu au marché, où les chrétiens saisis avaient été amenés pour être vendus comme esclaves.

"Ces gens obstinés, disait la reine, en dépit des interdictions prononcées, ont continué à suivre leur caprice ; comme des grèbes, enfonçant leur tête dans le sable, ils verront leurs yeux gonflés par leur propre faute. Je les prive de leur liberté à tout jamais, et cela sans rémission ni rachat possible, car ils ont osé tenir pour nuls et non avenus mes ordres. Ma bouche s'est fatiguée à vous dire de dénoncer vos inspirateurs et vos compagnons, ainsi que vos lieux de réunions ; mais ces misérables sont demeurés muets comme des pierres, et ont préféré leurs compagnons à moi-même. Aussi, après ce nouvel ordre donné aujourd'hui, si, demain, ou après-demain, quelqu'un est encore surpris à prier ou à assister à une assemblée, c'en sera fait de sa vie. Pouvez-vous supporter, 0 mon peuple, que l'on aime des gens venus d'au delà des mers plutôt que moi, et que ma parole soit méprisée par des enfants de cette terre que nous habitons ?"

Après le départ de la foule, on distribua les chrétiens entre différents officiers de la Cour. Ramiandravola d'Andohalokely en reçut dix en partage, parmi lesquels une femme de 37 ans, Rafaravavy Rasalama.

Rasalama-Martyr de Madagascar

Rasalama était un païen adolescente, baptisé chrétien à Madagascar en 1831. Lorsque Ranavalona monta sur le trône en tant que reine, elle a commencé une persécution sanglante des chrétiens à Madagascar. Tout au long de son règne, il est estimé que jusqu'à 1/3 de son pays péri ....
Rasamala a été arrondi et remis à un parent qui la battait. Elle aurait dit: «Si tant est due à un souverain terrestre, n'est pas l'obéissance à payer à l'autorité du Seigneur suprême de tout?
La reine a été dit et ordonné son exécution. Elle a été enchaîné de manière à causer de la douleur dans la nuit puis conduit dans la matinée pour être mis à mort. Elle a chanté des hymnes comme elle allait, et il a été dit des gens qu'elle utilisait la sorcellerie. À la place, elle se mit à genoux pour prier, demandant pardon pour ses persécuteurs. Elle a ensuite été transpercé par l'arrière et le cœur.
Elle avait envoyé une lettre à un missionnaire, qui elle a fermé avec ces paroles de l'Écriture-précieuses aux yeux de l'Éternel est la mort de ses saints. Psaume

   Première martyre chrétienne malgache. Rasalama était probablement parmi les premiers élèves dans les écoles de village commencées par la London Missionary Society [Société Missionnaire de Londres] en 1824. Quand sa famille s'est installée à Manjakaray dans les faubourgs de la capitale, elle est devenue membre de la première communauté chrétienne à Ambodin'Andohalo, près du palais royal. Elle était parmi les premiers malgaches à être baptisés (mai 1831) et à communier à Ambatonakanga, la première église, le 5 juin, 1831. En 1835, quand la nouvelle reine, Ranavalona I, a déclaré que le christianisme était illégal, Rasalama s'est cachée dans une grotte, près de sa maison. Cette grotte a été découverte, et en juillet 1837, elle a été arrêtée et donnée à un courtier comme esclave. Elle a patiemment supporté son mauvais traitement, jusqu'au jour où elle a refusé de travailler le dimanche, provoquant la colère de son maître en déclarant sa foi. Elle a reçu la peine de mort, pour cause de rébellion contre la volonté de la reine. Le 14 août, après une nuit de souffrance dans les fers, elle a été amenée à Ambohipotsy. La marche à pied qu'elle a faite, tout en prière et en cantiques, jusqu'au lieu de l'exécution, est devenue légendaire. Elle a été transpercée d'un coup de lance, et son corps n'a pas été enseveli. Il y a une église commémorative sur le site aujourd'hui. Son martyre a fait une grande impression sur ses compatriotes et sur les protestants anglais; une plaque commémorative a été placée dans la chapelle de Brunswick, à Bristol, en Angleterre.

Cette martyre de la foi a été exécutée à coup de sagaie à Ambohipotsy en 1837.

Yvette Ranjeva Rabetafika

Rafaravavy

Rafaravavy fut témoin d'un autre incident qui eut mi grand retentissement dans la capitale.
Un jeune homme de la caste des Andriamboninolona (1), nommé Andriantsoa, s'était joint aux chrétiens de la ville. Il chercha à répandre les idées nouvelles dans son village où le fétiche tribal portait le nom de Ratsisimba « celui qui ne peut souffrir aucun dommage ». Le jour spécialement consacré à l'idole était le samedi et personne ne devait travailler ce jour-là. Andriantsoa se mit un certain samedi en devoir de travailler ses rizières.
Tout un groupe de gens voulut s'y opposer. D'où vive discussion sur l'idole. Andriatsoa, tout en se moquant de la superstition des gens, finit par cesser son travail devant la colère croissante de ses interlocuteurs.
Mais alors on le força, pour revenir au village, à passer par tous les détours des digues séparant les rizières pour n'avoir pas à traverser une de ces rizières : car mettre le pied dans une rizière, le samedi, irritait, parait-il, l'idole. Il en fut fort ennuyé et, en rentrant chez lui, raconta l'affaire à un ami, non sans lancer quelques sarcasmes un peu vifs contre les imbéciles qui faisaient tant d'histoire d'un bout de bois qu'on pourrait souiller d'excréments de chien sans qu'il puisse même protester.

 

Une esclave rapporta le propos aux gens qui coururent raconter l'affaire à Razakandrianaina, un des officiers de la Reine ayant le rang de onzième honneur, et qui était aussi de la caste des Andrianiboninolona. Ce dernier fut d'autant plus zélé à poursuivre l'affaire qu'il s'y trouvait intéressé. Peu de temps auparavant, il avait cherché à se faire donner un terrain appartenant à Andriantsoa. Ce dernier n'avait pas accepté.
D'autre part, une de ses six femmes, dont trois étaient soeurs, avait été amenée par Andriantsoa à assister à une réunion chrétienne et avait appris à lire, ce qui avait irrité au-delà de toute expression son époux et avait été la cause de son divorce immédiat.

Razakandrianaina formula donc devant les juges une accusation formelle contre Andriantsoa : « Il changeait toutes les coutumes sacrées des ancêtres, méprisait les fétiches, amenait par cela la grêle sur les, rizières, ne respectait aucun fady, ne jurait pas, reprochait aux gens de ne pas assez respecter les femmes, travaillait le samedi, priant sans cesse sans jamais faire allusion aux dieux nationaux, et faisait des réunions la nuit. »

Le juge hésitait à condamner le jeune chrétien. Il fit toutefois demander l'avis de la Reine, ajoutant que Ratsisimba (le fétiche d'Ambohitromby) consulté aurait déclaré qu'à moins de la condamnation à mort de l'insulteur, on ne pourrait sauver la récolte de riz.
La Reine ordonna de soumettre l'accusé au jugement ordalique du tangena. Ce qui fut exécuté sur le champ.
À la grande surprise de tous, le jugement se montra favorable à l'accusé qui, durant quelques jours, alla, suivant l'usage en pareille circonstance, se reposer dans un village de la campagne.

Le jour où il revint à la capitale, ses amis étaient si heureux de sa délivrance qu'ils commirent l'imprudence de lui faire cortège et de lui ménager une sorte de triomphe.
La Reine en fut avertie et profondément irritée. Elle crut y voir une sorte de défi à son égard.
Razakandrianaina fut encore plus touché que sa souveraine. C'était pour lui un véritable soufflet, en même temps que la ruine de ses espoirs touchant la terre qu'il avait déjà escomptée comme sienne. Il chercha sa revanche.

Après s'être déguisé, il se glissa dans une réunion tenue le soir par un esclave devenu chrétien, et où, s'appuyant sur un passage du livre de Josué, l'orateur poussait ses auditeurs à abandonner les idoles pour servir Jéhovah et Jésus-Christ. C'en fut assez pour Razakandrianaina qui partit accuser les chrétiens de servir les ancêtres des Blancs (il faisait de Jéhovah leur premier roi, et de Jésus-Christ le second).

Rafaralahy Andriamazoto

Rafaralahy Andriamazoto était un homme riche, marié et père de plusieurs enfants. Son nom, Rafaralahy, indique qu'il était le cadet de sa famille et son autre nom Andriamazoto ("prince plein de zèle"), a été donné par ses amis chrétiens, durant la période de persécution.

Rafaralahy est né dans les dernières années du règne du roi de l'Imerina, Andrianampoinimerina--qui signifie "prince au cœur de l'Imerina". [1] Rafaralahy et Rasalama étaient de la même génération. Sous l'influence d'un ami chrétien nommé Rafiakarana, Rafaralahy devint chrétien. Comme il n'y avait pas encore des paroisses aux alentours de son quartier en 1831, on choisit sa maison à Anjanahary pour y prier. Il apprit à lire afin de bien comprendre la Bible.

Le 31 mars 1835, la reine Ranavalona I proclama l'interdiction du christianisme dans son royaume. Tous chrétiens furent obligés d'abjurer et de renier leur foi en public, sinon ils étaient condamnés à mort. Rafaralahy eut peur et reprit sa vie d'antan, faisant le commerce les dimanches.

Il se convertit réellement au christianisme à la suite de deux événements. D'abord, son frère bien aimé fut déporté dans la partie nordouest de l'île, dans la région du Sakalava où il mourut. Ensuite, Rafaralahy tomba malade. Son corps fut couvert de sept furoncles douloureuses correspondant aux sept dimanches pendant lesquels il avait fait le commerce. Il était convaincu que Dieu le punissait. Il se repentit et reprit sa vie de chrétien, allant, en cachette, avec les autres chrétiens dans des cellules de prière. Comme sa maison à Anjanahary se trouvait un peu à l'écart de la ville, les chrétiens s'y rendaient pour des séances de prières.

Durant la période de persécution (1835- 1861) Rafaralahy ne prit pas la fuite, mais mit son zèle et sa richesse au service des chrétiens en fuite en consacrant une partie de ses biens pour les aider. Des revenus de ses trois rizières, il dédiait la plus grande partie à aider les chrétiens, la deuxième moins grande aux pauvres, et la troisième, la plus petite , à ses propres besoins. Il fit construire, près de chez lui à Anjanahary, une autre maison un peu plus en retrait, pour que les chrétiens puissent y prier tranquillement sans être vus ni entendus. Il fit même creuser tout près une grotte pour qu'ils puissent s'y cacher en cas de besoin.

Il prenait aussi soin de trois lépreux et leur construisit une maison près de chez lui à Anjanahary. Il prêchait l'évangile à sa femme Ratsimindrana, à son entourage, et à ses esclaves à qui il apprenait aussi à écrire.

Il réconfortait ceux qui étaient dénoncés, comme Rafaravavy Marie lors de son emprisonnement. Il accompagna et encouragea la martyre Rasalama jusqu'à Ambohipotsy, lieu de son exécution. Rafaralahy enviait le martyre de Rasalama en la voyant pleine de foi et de courage, chantant en cours de route et avant son exécution, demandant aux exécuteurs quelques minutes pour prier. Elle était calme et en paix, "Si c'était comme cela la mort pour Christ," se disait-il, "j'aimerais bien suivre sa voie".

Un jour Rafiakarana, celui qui l'avait converti au christianisme, mais qui, plus tard, renonça sa foi, se trouvait dans la nécessité. Sentant une dette morale envers lui, Rafaralahy le prit comme associé dans son commerce. Mais celui-ci le jalousait et le volait. Ayant peur d'être démasqué pour sa mauvaise posture, Rafiakarana dénonça Rafaralahy au gouverneur Rainiharo qui arrêta Rafaralahy et l'enchaîna. Rainiharo ordonna de le battre et de le malmener afin qu'il dénonce les autres chrétiens, mais en vain. Rafaralahy leur répondait toujours ainsi: "C'est moi que vous avez arrêté. Faites de moi ce que la reine voudrait faire, mais je ne dénoncerai pas mes amis." Après trois jours de détention, on proclama sa mise a mort.

Ainsi le 19 février 1838 Rafaralahy fut exécuté à Ambohipotsy à coups de sagaie [2] comme Rasalama. Il était le second martyr après elle. En chemin, il ne chantait pas comme l'avait fait Rasalama mais il rayonnait de joie, prêt à mourir. Avant son exécution, il demanda quelques minutes pour prier, s'agenouilla sur le sol, pria, et dit en se relevant : "Je suis prêt". Il demanda à ses exécuteurs de ne pas lui bander les yeux mais s'étendit de lui-même sur le sol et reçut le coup fatal de la mort. Son vœux de mourir comme Rasalama avait été exaucé.

Après sa mort, sa femme faillit être tuée aussi mais on l'épargna à cause de sa grossesse. Ses enfants tombèrent dans la misère. Sa mère, affligée par sa mort, perdit la raison. Quant aux lèpreux, n'ayant plus personne pour les aider, ils moururent de chagrin et de misère.

Des années plus tard, en souvenir du martyre de Rafaralahy, on construisit une école dédiée à sa mémoire à laquelle on donna son nom, dans son quartier natal à Anjanahary.

La reine Ranavalona I pensait que la persécution des chrétiens mettrait fin au christianisme et à sa propagation mais, au contraire, l'exécution des martyrs ravivait la foi des chrétiens. Beaucoup d'autres martyrs suivirent ceux de Rasalama et de Rafaralahy comme ceux qu'on précipita dans le ravin à Ampamarinana et d'autres qu'on brûla vifs à Faravohitra.

En 1840, onze chrétiens sont condamnés à mort. Deux d'entre eux parviennent à s'enfuir, dont un miraculeusement comme Pierre : ses liens étaient détachés et les soldats endormis. Les neuf autres, dont Paul le Devin et Joseph, l'un des prédicateurs les plus renommés, sont exécutés. D'autres suivront tragiquement le même chemin. Pendant cette sombre période, les chrétiens peuvent néanmoins compter sur une aide inespérée : le fils unique de la reine est vivement intéressé par le christianisme, il soutient et protège les chrétiens quand il le peut (même s'il n'est probablement pas né de nouveau lui-même). Le neveu du premier ministre ainsi qu'un cousin du prince, Ramonja, sont également chrétiens. Les années 1847 et 1848 marquent un temps de repos.

En 1849 déferle une vague de persécution terrible.

Deux à trois mille croyants sont arrêtés. On leur propose la liberté s'ils renient leur foi, peu acceptent.

Dix-huit sont condamnés à mort : quatre appartenant à la noblesse sont brulés vifs avec un enfant nouveau né, quatorze sont jetés du haut de rochers et près de deux mille personnes doivent payer une amende qui en réduisit beaucoup à la pauvreté.

Le prince Ramonja est ramené au grade de simple soldat et traité avec beaucoup de cruauté. De plus, beaucoup de chrétiens sont condamnés à des travaux forcés.

Berthe Raminosoa Rasoanalimanga

Andriambelo

Andriambelo était parmi les chrétiens poursuivis pendant la "Période de persécution des chrétiens" (1835-1861). Comme il ne voulait pas renier sa foi, sa tête fut mis à prix par la reine Ranavalona I. Andriambelo était un des cinq grands chrétiens renommés appelés les mpivahiny (les errants) durant la persécution. Après la fin de la persécution (1861), Andriambelo et deux autres parmi ces cinq sont devenus pasteurs.

Andriambelo est né vers 1829 dans le village d'Ambatofotsy, situé à la périphérie d'Antananarivo. Son père, Razaka, appartenait à la lignée princière du côté Zanadralambo (descendant de Ralambo, parmi les rois de l'Imerina). Sa mère s'appelait Rabodomanitrandriana. Comme il était le benjamin de ses neuf frères et soeurs, on le surnomma Andriamparany ("benjamin"). Il était encore enfant quand son père mourut par le tangena [1] et sa mère prit en charge son éducation.

Son frère était parmi les étudiants de la toute première école de la L.M.S. (London Missionary Society). C'était un chrétien et on disait qu'il était parmi ceux qui moururent durant la première vague de persécution qui commença en 1835.

Avant l'âge de quinze ans, Andriambelo ne s'intéressait pas à la religion chrétienne. En 1847, il partageait une chambre avec un jeune chrétien mais comme il ne voyait pas en celui-ci ce qui le différenciait des autres, il restait dans l'expectative. Mais plus tard, comme il voyait que la conduite de son voisin changeait pour le mieux, il commença à l'accompagner en cachette à des cellules de prière nocturne. Quelques mois plus tard, il forma avec des jeunes de son âge un cercle de prière. Ils se rencontraient dans la journée pour lire la Bible, discuter et chanter. Parfois même ils mangeaient ensemble pour ne pas se faire trop remarquer.

En Février 1849 commença la deuxième vague de persécution. Andriambelo fut dénoncé parce qu'il possédait une Bible et avait donné des études bibliques. Vu sa jeunesse, sa condamnation à mort fut commué en esclavage et il fut vendu pour six francs--une somme importante à l'époque. Sa famille le racheta.

Recouvrant sa liberté, il ne retrouvait plus ses amis chrétiens qui étaient en fuite ou en cachette. Il fut aussi pris de panique à la vue des autres chrétiens enchaînés. Il devint inactif pendant quelques mois. Plus tard, retrouvant ses amis, son zèle pour la lecture de la Bible et la prière le reprit. Quelquefois même il prêchait et les autres l'écoutaient avec plaisir.

Les chrétiens lui demandèrent de se faire baptiser. Il fut donc baptisé le 25 décembre 1849 et se joignit à la Sainte Cène. À partir de ce moment-là, il assista au culte secret de la Sainte Cène tous les samedis-un culte qui se faisait la nuit et ne se terminait qu'à l'aube.

Durant six ou sept années Andriambelo avait l'habitude de visiter pendant la journée quatre ou cinq maisons autour d'Antananarivo pour encourager ceux qui ne pouvaient pas venir au culte parce qu'ils étaient malades ou avaient peur d'être vus ou reconnus comme étant chrétiens. Le soir, il allait prêcher et partager la Sainte Cène dans les villages. Parfois la fatigue le prenait et il somnolait en chemin. Une fois, il a failli tomber dans un fossé. Par la suite il faisait plus attention.

La dernière vague de persécution eut lieu en 1857. Andriambelo était recherché car on avait raconté à la reine que si on le capturait on pourrait obtenir de lui les noms des autres chrétiens. Sa tête fut donc mise à prix par la reine Ranavalona I. À Antananarivo et dans les environs, à chaque jour de marché, on clamait son nom en public. Il dut s'enfuir et se cacher en pleine forêt de l'est. Il se cachait pendant la journée, souvent dans des grottes, et à la tombée de la nuit, il allait prêcher chez ceux qui vivaient à la lisière de la forêt ou bien il errait dans les villages voisins. Il a failli être attrapé maintes fois.

Un jour, il essaya de rentrer à Antananarivo mais en chemin il rencontra des amis chrétiens qui lui conseillèrent de rebrousser chemin car on était toujours à sa recherche. Sur ce, il se dirigea vers l'ouest où il resta caché environ une quinzaine de jours. Il y rencontra d'autres chrétiens en fuite et ils ont erré ensemble dans le désert durant presque trois mois. Les soldats qui les poursuivaient ne les reconnaissaient même pas tant ils étaient pauvrement vêtus. Parfois, quand ils rencontraient des gens qu'ils ne connaissaient pas, ils se déguisaient en esclaves, saupoudrant leur visage avec du charbon et feignant de ramasser du bois ou de poursuivre des oiseaux pour ne pas être reconnus. Pendant cette période de fuite, ses amis l'appelèrent be finoana (plein de foi), ou masina (saint) et plus tard, ils l'appelaient Andriambelomasina (Andriambelo le saint).

Vers la fin de l'année 1857, la persécution se calma et les chrétiens purent reprendre leur souffle. Andriambelo réussit à rentrer en cachette à Antananarivo. Mais quelle fut sa surprise de retrouver sa femme mariée à un autre par ses beaux parents et tous ses biens confisqués par l'état ! Il était complètement démuni. Il demanda conseil au prince Rakotondradama (le fils de Ranavalona I et qui devait prendre la succession à sa mort) qui lui promit sa protection. Ses amis chrétiens l'aidèrent et lui achetèrent une maison à Amparibe. Une année plus tard, comme il en avait l'habitude, il reprit ses visites pour fortifier et encourager les chrétiens démunis et fatigués par les fuites.

Quand la reine mourut en 1861, les cloches sonnèrent dans la ville, non pas pour pleurer sa mort, mais pour annoncer aux chrétiens de revenir car la période de la terreur était finie. Les chrétiens revinrent de leur fuite et se montrèrent au grand jour, épuisés mais la foi fortifiée. La persécution avait dispersé les chrétiens dans le pays--au lieu d'abolir le christianisme, elle l'avait aidé à s'épanouir. Les soldats chrétiens avaient aussi joué un rôle important dans cette expansion. L'église protestante malgache était née.

Le régime changea et la liberté du culte fut proclamée. Le 22 août 1861 Andriambelo et ses amis se présentèrent en public, dans la cours du premier ministre Rainivoninahitriniony. La reine Ranavalona II--qui succéda au roi Rakotondradama, mort assassiné--se convertit au christianisme et fut baptisée par Andriambelo. Comme l'exemple venait d'en haut, et pour plaire à la reine, beaucoup de ses sujets devinrent chrétiens même s'ils n'y connaissaient pas grand'chose. On appela cette période, la période du rebikondry (mouton de Panurge).

La construction des temples protestants se multiplia à Antananarivo et ses environs. Des chrétiens, sous la directions d'Andriambelo et de son collègue Rainimamonjy, en construisirent une à Amparibe. Ils furent tous les deux élus pasteurs dans cette paroisse le 3 février 1862. Quelques années plus tard, Andriambelo fit construire un deuxième temple plus grand car le premier ne pouvait plus contenir les paroissiens dont le nombre augmentait de jour en jour. La reine assista à son inauguration le 6 octobre 1870. Andriambelo y resta comme pasteur pendant quarante et une années (du 3 février 1863 au 13 juillet 1904).

Ce fut Andriambelo qui dirigea le culte de la Sainte Cène lors de la célébration de la fin de la persécution le 6 juillet 1863 dans le temple d'Ambatonakanga.[2]

Il était apprécié et bien aimé des chrétiens. C'était un grand orateur et les gens aimaient l'entendre prêcher. C'était un homme brillant, plein de foi et de courage. Il fut aussi appelé par la reine à diriger le Temple du Palais qu'elle avait fait construire à Anatirova [3] pour témoigner publiquement de sa foi.

Rev. W. E. Cousins, qui travaillait avec Andriambelo en tant que missionnaire dans la paroisse d'Amparibe, écrivit dans sa lettre adressée au Rév. Ellis en 1869, que "c'était un homme remarquable. L'amour que les malgaches lui portaient n'avait pas changé dans le temps. Il fut appelé maintes fois pour prêcher devant la reine à Anatirova [3]. Vous avez déjà entendu comment il prêchait, et combien il connaissait les Saintes Écritures. Sa théologie, c'était dans la fuite et les malheurs qu'il endurait qu'il l'apprenait. Aucun pasteur n'était son égal dans son travail tant il était persévérant, plein de foi, et confiant."

Andriambelo était l'un des piliers du protestantisme malgache. De son temps on commença à organiser l'église protestante malgache.

Il tomba malade le 19 avril 1897. Même s'il était à la retraite, le temple d'Amparibe continua à le soutenir financièrement jusqu'à sa mort. Il mourut le 13 juillet 1904 et son corps fut transporté pour un dernier adieu au temple d'Amparibe le 15 juillet 1904 et enseveli dans le caveau familial à Ambatofotsy, son village natal.

Berthe Raminosoa Rasoanalimanga

 

Esquisse pour le portrait de la reine RANAVALONA 1ère

La reine RANANALONA 1ère n’a vraiment pas très bonne réputation. Pourtant, elle représente dans l’histoire de Madagascar une très haute figure, et personne n’oserait nier son rôle déterminant. Fut-elle une grande reine, comme ANDRIANAMPOINIMERINA et RADAMA, ANDRIANDAHIFOTSY et RATSIMILAHO furent de « grands rois » ? On ne peut le prétendre, car elle n’apparaît pas aussi « responsable »  qu’eux des évènements historiques si considérables dont son règne porte la marque. Fut-elle du moins, comme VICTORIA d’Angleterre, areine d’un grand règne ? Pas d’avantage, car l’histoire n’accorde généralement pas à cette période fort longue d’ailleurs (1828-1861), le même caractère d’épanouissement ou de fécondité qu’elle reconnaît à l’œuvre des plus célèbres princes d’Imerina, des pays Sakalava ou de la Confédération Betsimisaraka. RANAVALONA 1ère plongea, tout au contraire, Madagascar dans une époque de crise. Les rois puissants qui la précédèrent ont tous gagné leur légende flatteuse e sagesse et de lumière, ou de grandeur conquérante et civilisatrice. Pour RANAVALONA, le « tribunal d l’histoire », qui existe dans l’opinion populaire, hésite et rapidement condamne.

SOUVENIRS DE VOYAGE–1856-1858

Alors âgée d'une cinquantaine d'années, Ida PFEIFER a déjà une réputation de voyageuse intrépide lorsqu'elle quitte Vienne pour Madagascar. Elle y arrive en 1857 après un bref séjour à l'Ile Maurice, puis se dirige vers Tananarive où elle obtint une audience avec RANAVALONA 1ère la reine de Madagascar, une personnalité puissante qui a su conserver l'indépendance de son pays face aux ambitions expansionnistes de la France et de l'Angleterre. Peu de temps après l'arrivée d'Ida Pfeiffer dans la capitale malgache, une tentative de coup d'état est suivie de son arrestation et du massacre des chrétiens. Echappant de justesse à la mort, elle est expulsée du pays après plusieurs mois de captivité. Malade et épuisée par les privations, elle rentre à Vienne où elle meurt en 1858, peu après son retour.     

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Voici le témoignage d’Ida PFEIFFER, que la reine reçut à la cour de Tananarive en 1857. La voyageuse tombait fort mal, au moment même du célèbre complot. Elle put craindre pour sa vie, lorsqu’elle reprit la route de Tamatave. Son voyage à Madagascar, parut en 1860, traduit en anglais puis en français, devint vite célèbre «Du sang, toujours du sang, écrit-elle ; la reine considère qu’elle n’a pas gagné sa journée si elle n’a pas ordonné 10 ou 12 condamnations à mort…Si le gouvernement n’est pas bientôt renversé, si l’on n’enlève pas le pouvoir à cette mégère, on verra des exécutions et des atrocités horribles » (Pfeiffer – Voyage à Madagascar. Trad. Française, Paris, Hachette, 1881, 273 p.)

Simon Ayache   

Ida pfeiffer livre

Voyage à Madagascar d'Ida PFEIFER est constitué des notes qu'elle a prises,  et comme elle le disait  elle-même : "je n'ai malheureusement pas assez de connaissances pour pouvoir donner d'un pays une description scientifique" ; ses notes sont constituées surtout de ses impressions et ses constats.

 Ida PFEIFFER a été connu pour ses récits de voyage (en Terre Sainte, 1842 et en Islande, 1845), elle a réalisé trois fois le tour du monde. En son temps elle était parmi les premières aventurières et exploratrices, et gardant sa place d'épouse et de femme au foyer. Avec quel courage elle avait dû faire face à des effronteries et railleries de la société.

  En cette période Madagascar est sous le règne de RANAVALONA 1ère, Mme PFEIFFER avait décrit aussi concrètement que possible le pays qu'elle avait traversé : la population, l'habitation, les tenues vestimentaires, les paysages environnants... : 

  " La nourriture des Malgaches est aussi simple que leur costume. Les principaux éléments du repas sont le riz et l'anana. "

  Un voyageur d'aujourd'hui pourrait comparer les évolutions et les traditions immuables.

Peu de temps après, une tentative de coup d'état est suivie de son arrestation et du massacre des chrétiens. Echappant de justesse à la mort, elle est expulsée du pays après plusieurs mois de captivité. Malade et épuisée par les privations, elle rentre à Vienne où elle meurt en 1858, peu après son retour.

Ida PFEIFFER, avec ses notes de voyage, avait laissé un document inédit. Ce sont des textes pouvant servir de base aux chercheurs, riches et détaillés malgré le peu de temps où elle avait passé à Madagascar.

Superstitieuse, autoritaire, cruelle, inflexible, xénophobe exacerbée. C’est ainsi que ses contemporains dépeignent RANAVALONA 1ère, épouse et successeur de RADAMA 1er. Elle devra régner pendant un tiers de siècle (1828-1861).
En réalité, au début de son règne, bien au contraire elle est très appréciée de ses sujets qui enfin peuvent vivre dans une atmosphère de calme et de sérénité, loin des troubles continuels et des travaux incessants qui marquent le règne des deux précédents rois. Elle veille au maintien des écoles et à leur développement, favorise l’éclosion du goût musical chez ses sujets. Elle-même donne l’exemple pour agrémenter sa cour en subventionnant deux illustres femmes chargées de former les Mpiantsa, chanteuses royales. Ainsi fêtes, réunions de famille, évènements heureux ou tristes sont-ils autant d’occasions de chanter. Et d’ailleurs Antananarivo doit beaucoup à la reine et à Jean Laborde, son conseiller et agent dans le domaine de Mantasoa riche d’activités et de résultats. «Car ce serait une erreur de croire que Ranavalona condamne sans restriction tout ce qui est européen».
Mais bientôt à certains symptômes, elle constate que son autorité risque d’être ébranlée et que l’ingérence des Européens finira par mettre un terme à l’indépendance de Madagascar. Elle réagit avec violence sous la pression, selon les historiens, des conservateurs et traditionalistes : les Premiers ministres qui se sont succédé durant son règne, à savoir Rainiharo, puis le jeune et bel Andriamihaja, et de nouveau Rainiharo et Rainijohary, commandants en chef de l’armée ; les devins et les sorciers inquiets des progrès de la civilisation et du christianisme.
Parmi ces symptômes qu’elle note, un début de révolution dont elle soupçonne les Anglais d’être les auteurs. Elle déchire les traités passés avec l’Angleterre depuis 1817 et reprend de plus belle le commerce des esclaves grâce aux débouchés offerts par les marchés de l’Inde, de l’Amérique et des Mascareignes. En outre, le 11 octobre 1829, le capitaine de vaisseau Gourbeyre désigné par la France prend Tintingue et bombarde Toamasina «pour venger l’affront qu’elle estimait lui avoir été fait sous Radama». Les troupes françaises sont cependant contraintes de battre en retraite devant l’armée hova. Et c’est l’escalade.
En 1832, elle interdit aux enfants esclaves de fréquenter les écoles car certains font déjà preuve d’insoumission et prétendent échapper à leur condition servile. En 1834, elle entend limiter aux seules écoles contrôlées par le gouvernement l’enseignement de la lecture et de l’écriture afin de proscrire «la diffusion de la morale chrétienne pernicieuse aux traditions malgaches». 1835: le Kabary du 1er mars interdit à tous ses sujets de collaborer de quelque manière avec les missionnaires. N’ayant plus de raison d’être, un à un ceux-ci s’en vont.
C’est le signal du début des persécutions contre les chrétiens qui s’organisent en «sectes indigènes dont les membres frondent le pouvoir royal. La Société des priants qui prêche le modernisme est la plus connue. Beaucoup d’entre eux ignorent tout du Christ, mais tout comme cela s’est passé à Rome, c’est au nom du Christ qu’on s’insurge. Les castes inférieures et les mécontents forment la clientèle des rebelles chrétiens» (Revue de Madagascar 1952, Spécial Tananarive).
À leur tour, les Européens restés dans la capitale sont aussi atteints par les mesures royales «car ils ne peuvent pas ne pas être compromis dans la rébellion qui couve». Le 13 mai 1845, une loi spéciale est édictée par la reine aux termes de laquelle traitants et commerçants sont mis en demeure de quitter l’Île ou d’être assujettis aux corvées royales, à tous les travaux et même à l’épreuve du tanguin.
Les Européens chassés, la Reine et Rainiharo se lancent dans la répression : pendant près de 10 ans, 200 000 exécutions capitales auraient eu lieu. Avec la mort du Premier ministre en 1852, une période plus libérale semble s’ouvrir. Mais un complot se noue pour porter le prince Rakoto au pouvoir : la reine chasse alors les rares Européens encore présents, dont les cerveaux de la conspiration Jean Laborde et Lambert. En 1858, le régime de terreur reprend de plus belle, jusqu’à la mort de la reine en 1861.

Biographie

Enfance et mariage

Rabodonandrianampoinimerina naît entre 1788 et 1790 d'une cousine du roi Andrianampoinimerina et est ensuite adoptée par Ralesoka, sœur aînée de ce dernier. C'est à ce titre qu'elle devient membre de la très haute aristocratie malgache, ce qui amène Andrianampoinimerina à en faire l'épouse principale de son fils et successeur immédiat, Radama, futur Radama Ier. La lignée royale perdure ainsi, fruit de nobles ascendances.

Reine malgré elle

Désormais l'épouse du roi Radama Ier, couronné en 1821, elle doit faire face à sa disparition prématurée en 1828. Le couple n'avait alors pas d'enfants. Afin de surmonter la crise de succession qui en résulte, les fidèles d'Andrianampoinimerina décident de mettre sa veuve, Rabodonandrianampoinimerina elle-même, sur le trône. Pour éviter ensuite la guerre civile, les autres prétendants sont alors systématiquement éliminés ou doivent s'exiler à l'étranger.

Diplomatie et lutte contre l'expansionnisme militaire et religieux européen

Elle poursuit, avec moins de succès que ses prédécesseurs, l’expansion territoriale de son royaume et mène de nombreuses expéditions pour pacifier les territoires conquis, tel le Ménabe méridional, le Boina et les régions du nord-est de l’île. Fervente nationaliste, elle combat l’influence étrangère, notamment celle des missionnaires chrétiens dont les fidèles sont martyrisés. La puissance de certaines castes s’accroît, comme celle des andriana de la famille royale et celle des chefs militaires hova.

Dans un premier temps, Ranavalona Ire cherche à poursuivre l'œuvre de modernisation du royaume commencée par son prédécesseur. Très vite cependant, elle doit faire face à l'hostilité des Français qui, en 1829, entreprennent par l'intermédiaire de l'amiral Gourbeyre d'attaquer divers points de la côte orientale de l'île. Cette agression inopinée aiguise la méfiance de la reine contre les ambitions européennes. D'autant plus que l'œuvre d'évangélisation des missionnaires britanniques, installés au cœur du royaume depuis 1820 commence à porter ses fruits. Redoutant par-dessus tout la perte de l'indépendance pour son pays, elle dénonce le traité anglo-malgache de 1820 et demande donc aux Britanniques de renoncer à la propagation religieuse pour se contenter des travaux d'éducation auxquels elle tenait beaucoup. Mais ces derniers refusèrent et, en 1835, la reine les fait expulser de l'île, se contentant de recourir à la contribution de techniciens indépendants, tel notamment que l'aventurier Jean Laborde, pour l'aider à poursuivre les travaux de modernisation (il lui fait notamment construire une maison de repos). Celui-ci accomplit sans l’aide d’aucun technicien une œuvre considérable, en dotant Madagascar d’une industrie métallurgique et chimique et en introduisant un grand nombre de nouveautés techniques. Il fait aussi fabriquer des canons alors qu'elle missionne un Français, Napoléon de Lastelle, afin qu'il lui fournisse des fusils. Pour contrebalancer l’influence européenne, les dirigeants malgaches envisagent des contacts entre le port de Majunga et Zanzibar.

Par la suite, pour essayer d'éradiquer le christianisme chez ses sujets, dans lequel elle distinguait avant tout le moyen d'infiltration au service des ambitions coloniales européennes, elle fait pourchasser les autochtones convertis, considérés comme des traîtres à la patrie (mpivarotra tanindrazana littéralement « vendeurs de la terre ancestrale »). Comme elle l'a déclaré elle-même dans un discours en 1849: « Miala amiko ka mba ialako, mahafoy ahy ka mba foiko ! » (« Ils (les chrétiens) m'ont reniée [en tant que symbole vivant de leur patrie], aussi je les renie ; ils ont renoncé à moi, je renonce à eux ! ». Elle adresse ainsi la lettre suivante aux Européens présents sur l'île1, révélant ainsi avec pragmatisme une tolérance modérée pour ceux qui ont amélioré le système éducatif malgache mais aussi une fermeté prononcée vis-à-vis des ambitions que pourraient avoir ces derniers :

« À tous les Européens, Anglais ou Français, En reconnaissance du bien que vous avez fait à mon pays, en enseignant la sagesse et la connaissance, je vous exprime tous mes remerciements. J'ai pu être témoin de ce que vous avez été pour Radama, mon prédécesseur, et, depuis mon avènement, vous avez continué à rechercher le bien de mes sujets. Aussi je vous déclare que vous pouvez suivre toutes vos coutumes. N'ayez aucune crainte, car je n'ai nullement l'intention de modifier vos habitudes.

Mais si je vois quelques-uns de mes sujets vouloir changer le moins du monde les règles établies par les douze grands rois, mes ancêtres, je n'y saurai consentir ; car je ne permettrai pas que les hommes viennent changer quoi que ce soit à ce que j'ai reçu de mes ancêtres, dont j'ai accepté, sans honte et sans crainte, toutes les idées. Il vous est loisible d'enseigner à mon peuple la science et la sagesse ; mais quant à ce qui est de toucher aux coutumes des ancêtres, c'est un vain travail, et je m'y opposerai entièrement.

Aussi, en ce qui concerne la religion, soit le dimanche, soit la semaine, les baptêmes et les réunions, j'interdis à mes sujets d'y prendre part, vous laissant libres, vous, Européens, de faire ce que vous voudrez.

Signé : Ranavalonamanjaka »

Une économie qui souffre de cette diplomatie

Sous Ranavalona Ire, le royaume Merina continue donc à se moderniser tant bien que mal, tout en poursuivant la consolidation de son statut en tant que royaume de Madagascar. Des nouvelles régions côtières sont soumises, afin notamment d'empêcher les Français de s'y établir. En 1845, ses troupes doivent même repousser des attaques conjointes des marines françaises et britanniques (dirigées respectivement par l’amiral Romain-Desfossés et le commandant Kelly), ce qui l'amène à fermer davantage encore l'île au commerce européen durant huit ans et d'imposer aux commerçants de deux pays une indemnité de 15 000 piastres, pour réparer les dégâts matériels subis à Manerinerina. Mise à part cette parenthèse, l'aversion prononcée de la reine Ranavalona envers les Européens s'exerçait surtout dans le domaine idéologique et religieux, son pragmatisme l'amenant toutefois à revoir ses positions, surtout par rapport aux revenus substantiels que le commerce international pouvait apporter au royaume de Madagascar1.

Malheureusement, ces campagnes ne manquent pas d'affecter lourdement les maigres ressources du royaume, que ce soit du point de vue financier ou en hommes. Entre autres conséquences, il en a résulté un développement du commerce interne des esclaves (et clandestinement, également externe par l'intermédiaire des trafiquants swahilis et arabes). Cela entraîne un afflux considérable de déportés étrangers jusqu'au cœur du pays merina, à l'origine ensuite du développement de la communauté des Mainty.

Un bilan globalement positif dans le développement et l'indépendance du royaume

À bien des égards, Ranavalona Ire sait donc se montrer la digne continuatrice de l'œuvre d'Andrianampoinimerina et de Radama Ier. Du point de vue national, elle apparaît comme une grande souveraine, symbole même du patriotisme et de la fierté nationale (on a aussi retenu d'elle cette phrase, en réponse aux prétentions méprisantes des missionnaires chrétiens : « ny fomban-drazako tsy mba mahamenatra ahy na mampatahotra ahy ! » (« Je ne ressens ni honte ni crainte au sujet des coutumes de mes ancêtres ! »). On comprend dès lors pourquoi dans l'historiographie coloniale, on la présente à tort, c'est selon, comme un symbole d'obscurantisme et de cruauté, en voulant plus particulièrement aux Européens et aux Chrétiens.

La reine Ranavalona fait préparer un dictionnaire anglais-malgache. L’école de langue compte quarante élèves qui joueront un rôle diplomatique de premier plan dans la seconde moitié du siècle.

La photographie à la Cour d’Antananarivo au milieu du XIXe siècle

Une ingérence étrangère se profile...

Photographe 19e siecleLa pratique photographique ne s’implante dans la capitale et ne recrute des adeptes que grâce à la persévérance d’Ellis car la bienveillance royale lui fait défaut. En effet, depuis que Ranavalona 1ère organise le cloisonnement du royaume, ses sujets ont perdu l’habitude de croiser des Vazaha dans leur vie quotidienne.

Ainsi, le fait de voir Ellis, qui plus est chargé de bagages insolites d’un nouveau genre, suscite des craintes.

Aller chez lui serait mal vu et pratiquement considéré par la reine comme fréquenter un ennemi.

Par ailleurs, la reine n’a jamais manifesté un enthousiasme particulier envers la photographie.

En fait, sa réaction est liée à son respect des valeurs traditionnelles. On considère l’âme d’un individu comme sacrée donc inviolable, elle reste une propriété personnelle. Or visiblement la photographie capture dans la chambre noire l’âme d’un individu pour ensuite la transposer sur du papier que tout le monde par la suite peut voir et manipuler. Ainsi, pour Ranavalona 1ère et plusieurs de ses conseillers, se faire photographier c’est accepter de se faire voler son âme, ce «double humain individualisé» comme le dit H. Deschamps.

En rapport à cela, la prise en photo des terres n’est que le pendant de la capture de l’âme, ce qui signifie que prendre en photo les terres des ancêtres revient à commettre un sacrilège. C’est mettre l’indépendance en péril et amorcer le début de l’accaparement du pays par l’autre. En somme, aux yeux de la reine et de nombre de ses sujets, la photographie ne peut être que nocive.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle s’est abstenue de rencontrer Ellis personnellement. Elle n’a jamais manifesté l’envie de se faire photographier par le Vazaha. Pourtant, Ellis ne considère le comportement de la reine que comme de la naïveté par rapport à la photographie. Il note dans son journal : "Un officier du palais a dit que la reine a une idée superstitieuse de la photographie"

Ranavalona i picLe fameux portrait de la femme tout de rose vêtue debout à l’ombre d’un arbre, une couronne sur la tête, un mouchoir à la main gauche, n’est pas celui de RANAVALONA 1ère comme on le présente dans les manuels et les musées. En réalité ce portrait brossé par RAMANANKIRAHINA (Artiste peintre malgache des années 1920 qui a bénéficié d’une formation en art de la peinture dans l’Ecole des Beaux-Arts de la Colonie) est une copie en peinture exécutée à partir de la photo de la princesse RABODO, future RASOHERINA, réalisée par ELLIS le mardi 23 septembre 1856. Le cliché de la princesse est conservé avec d’autres photos faites par Ellis pendant la même période. Il est présent dans le catalogue Ny fiasan’ny fahagagana : ny fakan-tsary teto Madagasikara et le récit de sa réalisation se trouve dans le journal d’ELLIS intitulé The three visits. (Ellis, Three visits in Madagascar. En 1856, il profite d’un mois de séjour avant d’être expulsé car accusé de connivence dans un complot contre la souveraine. Il ne revient pour une dernière fois que lorsque Ranavalona 1ère sera morte en 1861 et où il sera recruté comme photographe de la cour.)

Diplomatie et lutte contre l'expansionnisme militaire et religieux européen

Elle poursuit, avec moins de succès que ses prédécesseurs, l’expansion territoriale de son royaume et mène de nombreuses expéditions pour pacifier les territoires conquis, tel le Ménabe méridional, le Boina et les régions du nord-est de l’île. Fervente nationaliste, elle combat l’influence étrangère, notamment celle des missionnaires chrétiens dont les fidèles sont martyrisés. La puissance de certaines castes s’accroît, comme celle des andriana de la famille royale et celle des chefs militaires hova.

Dans un premier temps, Ranavalona Ire cherche à poursuivre l'œuvre de modernisation du royaume commencée par son prédécesseur. Très vite cependant, elle doit faire face à l'hostilité des Français qui, en 1829, entreprennent par l'intermédiaire de l'amiral Gourbeyre d'attaquer divers points de la côte orientale de l'île. Cette agression inopinée aiguise la méfiance de la reine contre les ambitions européennes. D'autant plus que l'œuvre d'évangélisation des missionnaires britanniques, installés au cœur du royaume depuis 1820 commence à porter ses fruits. Redoutant par-dessus tout la perte de l'indépendance pour son pays, elle dénonce le traité anglo-malgache de 1820 et demande donc aux Britanniques de renoncer à la propagation religieuse pour se contenter des travaux d'éducation auxquels elle tenait beaucoup. Mais ces derniers refusèrent et, en 1835, la reine les fait expulser de l'île, se contentant de recourir à la contribution de techniciens indépendants, tel notamment que l'aventurier Jean Laborde, pour l'aider à poursuivre les travaux de modernisation (il lui fait notamment construire une maison de repos). Celui-ci accomplit sans l’aide d’aucun technicien une œuvre considérable, en dotant Madagascar d’une industrie métallurgique et chimique et en introduisant un grand nombre de nouveautés techniques. Il fait aussi fabriquer des canons alors qu'elle missionne un Français, Napoléon de Lastelle, afin qu'il lui fournisse des fusils. Pour contrebalancer l’influence européenne, les dirigeants malgaches envisagent des contacts entre le port de Majunga et Zanzibar.

Par la suite, pour essayer d'éradiquer le christianisme chez ses sujets, dans lequel elle distinguait avant tout le moyen d'infiltration au service des ambitions coloniales européennes, elle fait pourchasser les autochtones convertis, considérés comme des traîtres à la patrie (mpivarotra tanindrazana littéralement « vendeurs de la terre ancestrale »). Comme elle l'a déclaré elle-même dans un discours en 1849: « Miala amiko ka mba ialako, mahafoy ahy ka mba foiko ! » (« Ils (les chrétiens) m'ont reniée [en tant que symbole vivant de leur patrie], aussi je les renie ; ils ont renoncé à moi, je renonce à eux ! ». Elle adresse ainsi la lettre suivante aux Européens présents sur l'île1, révélant ainsi avec pragmatisme une tolérance modérée pour ceux qui ont amélioré le système éducatif malgache mais aussi une fermeté prononcée vis-à-vis des ambitions que pourraient avoir ces derniers :

« À tous les Européens, Anglais ou Français, En reconnaissance du bien que vous avez fait à mon pays, en enseignant la sagesse et la connaissance, je vous exprime tous mes remerciements. J'ai pu être témoin de ce que vous avez été pour Radama, mon prédécesseur, et, depuis mon avènement, vous avez continué à rechercher le bien de mes sujets. Aussi je vous déclare que vous pouvez suivre toutes vos coutumes. N'ayez aucune crainte, car je n'ai nullement l'intention de modifier vos habitudes.

Mais si je vois quelques-uns de mes sujets vouloir changer le moins du monde les règles établies par les douze grands rois, mes ancêtres, je n'y saurai consentir ; car je ne permettrai pas que les hommes viennent changer quoi que ce soit à ce que j'ai reçu de mes ancêtres, dont j'ai accepté, sans honte et sans crainte, toutes les idées. Il vous est loisible d'enseigner à mon peuple la science et la sagesse ; mais quant à ce qui est de toucher aux coutumes des ancêtres, c'est un vain travail, et je m'y opposerai entièrement.

Aussi, en ce qui concerne la religion, soit le dimanche, soit la semaine, les baptêmes et les réunions, j'interdis à mes sujets d'y prendre part, vous laissant libres, vous, Européens, de faire ce que vous voudrez.

Signé : Ranavalonamanjaka »

Une économie qui souffre de cette diplomatie

Sous Ranavalona Ire, le royaume Merina continue donc à se moderniser tant bien que mal, tout en poursuivant la consolidation de son statut en tant que royaume de Madagascar. Des nouvelles régions côtières sont soumises, afin notamment d'empêcher les Français de s'y établir. En 1845, ses troupes doivent même repousser des attaques conjointes des marines françaises et britanniques (dirigées respectivement par l’amiral Romain-Desfossés et le commandant Kelly), ce qui l'amène à fermer davantage encore l'île au commerce européen durant huit ans et d'imposer aux commerçants de deux pays une indemnité de 15 000 piastres, pour réparer les dégâts matériels subis à Manerinerina. Mise à part cette parenthèse, l'aversion prononcée de la reine Ranavalona envers les Européens s'exerçait surtout dans le domaine idéologique et religieux, son pragmatisme l'amenant toutefois à revoir ses positions, surtout par rapport aux revenus substantiels que le commerce international pouvait apporter au royaume de Madagascar1.

Malheureusement, ces campagnes ne manquent pas d'affecter lourdement les maigres ressources du royaume, que ce soit du point de vue financier ou en hommes. Entre autres conséquences, il en a résulté un développement du commerce interne des esclaves (et clandestinement, également externe par l'intermédiaire des trafiquants swahilis et arabes). Cela entraîne un afflux considérable de déportés étrangers jusqu'au cœur du pays merina, à l'origine ensuite du développement de la communauté des Mainty.

LA COURONNE ROYALE DE LA REINE RANAVALONA 1ère (1828-1861): UN SYMBOLE DE LA SOUVERAINETE NATIONALE:

« La couronne royale de la Reine Ranavalona I (1828-1861), don de la Reine Victoria, est un patrimoine national, un symbole historique et un symbole culturel très fort, mais surtout c’est un symbole de l’indépendance nationale, de l’unité nationale, de l’unification nationale, et de la souveraineté nationale de Madagascar ».

Il s'agit de la couronne d'intronisation des Reines de Madagascar qui dirigeaient le pays au XIXe siècle. Cette coiffe royale, symbole de la souveraineté de la nation malgache, est le joyau de la royauté merina (l'ethnie des hauts plateaux du centre de l'île, autour d'Antananarivo), qui au XVIIIe siècle avait commencé à unifier le pays. En 1996, les attributs royaux comme la canne royale ou la Bible de la Reine avaient été envoyés au musée du palais d'Andafiavaratra ou palais du Premier ministre après l'incendie qui avait ravagé le Rova Manjakamiadana, le Palais de la Reine qui domine la capitale malgache, l'année précédente.

Cette couronne était le joyau de la royauté merina (l'ethnie des hauts plateaux) qui avait unifié le pays au 18ème siècle, et qui avait été dirigée par trois reines successives au siècle suivant. Le Rova (Palais de la Reine), surplombant la ville d'Antananarivo, avait lui été incendié en 1995, sans que la lumière ne soit jamais faite sur cet évènement.

La couronne est en argent recouvert d’or, doublée de velours rouge grenat et ornée de pierres précieuses, avec sept fers de lance symbolisant le pouvoir des reines de l’époque. Pendant la majeure partie du 19ème siècle, Madagascar a été dirigé par des femmes issues de l’ethnie merina des hauts plateaux.

De même que le Rova, le majestueux palais de la Reine surplombant Antananarivo, la couronne de la reine Ranavalona tient ainsi une place particulière dans l’histoire du pays, mais les offenses qui leurs sont faites sont aussi interprétées par certains avec des relents ethniques. Les autorités ont en tout cas décidé de renforcer immédiatement la sécurité autour de tous les sites et objets patrimoniaux, de quelque origine qu’ils soient. Car l’on s’étonne aujourd’hui d’apprendre que le palais d’Andafiavaratra, où était exposé la couronne, n’était protégé que par deux modestes gardiens, qui se seraient assoupis pendant que les voleurs cassaient un vasistas pour s’introduire dans le bâtiment.

Même si il n’existe encore officiellement aucune piste pour expliquer ce vol, l’hypothèse d’un acte politique était hier sur de nombreuses lèvres dans la capitale malgache, l’objet étant impossible à revendre ou même sans intérêt à être fondu. Alors que l’incendie du Rova en 1995 n’avait jamais été élucidé, une cellule de crise a cette fois été mise en place pour retrouver la couronne au plus vite.

La couronne impériale d'apparat avait été créée en 1838 pour la reine Victoria. La couronne actuelle est en or et présente quatre croix pattées avec quatre fleurs de lys surmontées de deux arcs elles-mêmes surmontées d'une croix pattée. La couronne est sertie de nombreuses pierres précieuses dont 2 868 diamants, 273 perles, 17 saphirs, 11 émeraudes et 5 rubis. Lors de la cérémonie du couronnement, cette couronne est portée par le monarque à sa sortie de l'abbaye de Westminster et pendant la cérémonie d'ouverture du Parlement.

Aussi, le vol de cette couronne royale, comme l’incendie criminelle du Palais de Manjakamiadana, est qualifié d’acte criminel visant non seulement à diviser pour régner mais aussi une tentative d'effacer de la mémoire collective un symbole de fierté et de souveraineté nationale ainsi qu'une trace de la victoire contre les invasions étrangères, avaient soutenu ces descendants de la famille royale.

Faut-il rappeler que la couronne de la Reine Ranavalona I a été volée dans la nuit du samedi 03 au dimanche 04 décembre 2011.

En vue de la récupération de la couronne de la reine Ranavalona I, des investigations ont été menées et ont conduit à l’interpellation de plus d’une dizaine de personne suspectées qui à ce jour ont toutes été relaxées.

L’EXPEDITION DIPLOMATIQUE MALGACHE EN EUROPE

Ranavalona1ere ambassadeurs

Tableau de Henry Room représentant les ambassadeurs malgaches reçus en février 1837 par la reine Adélaïde d’Angleterre, épouse du Roi Guillaume IV, au château de Windsor (photo tirée de l’ouvrage « La geste éphémère de Ranavalona 1ère », de Jean-Pierre Razafy-Andriamihaingo, L’Harmattan, 1997).

Le Roi Radama 1er meurt en 1828. Madagascar et les Malgaches pleurent non seulement leur guide dans la modernité recherchée, mais également commencent à subir la dure et implacable loi de la régression sous la Reine Ranavalona 1ère et son Premier ministre et amant Andriamihaja.

Saisissant l’occasion de la disparition du Napoléon malgache, les Français, par la voix du gouverneur de La Réunion voisine, sentent le moment venu de revendiquer de plus bel ce qu’ils prétendent comme étant leurs droits territoriaux sur la côte Est de Madagascar. Une division navale commandée par l’amiral Gourbeyre est placée sous l’autorité directe du gouverneur français. En mai 1829, un incident mineur fait qu’un dénommé Pinson, traitant établi sur cette côte Est, est maltraité par des militaires malgaches. Cela suffit à décider le gouverneur de La Réunion d’envoyer la division navale de Gourbeyre face à Tamatave deux mois plus tard, et fait occuper la baie de Tintingue et la Pointe-Larrhée. Mais, les forces armées de Ranavalona 1ère opposent une résistance inattendue et repoussent les Français, forçant Gourbeyre à lâcher prise début novembre 1829.

Quant aux Anglais, ils cherchent malgré tout à rétablir avec la reine malgache les relations privilégiées qui leur permirent, du temps récent du roi Radama 1er, de consolider en océan indien une position stratégique dominante.

C’est face à de tels défis majeurs que Ranavalona 1ère et son gouvernement doivent prendre des décisions drastiques.

Or, en 1830 la reine tombe subitement et gravement malade, et comble de malheur son Premier ministre et amant Andriamihaja meurt dans des conditions mystérieuses et est prestement remplacé par Rainiharo, son concurrent du même clan roturier Tsimiamboholahy (protecteur de l’idole Rakelimalaza), ce avec l’assentiment intéressé de Rainijohary, le chef du clan concurrent Tsimahafotsy (protecteur de l’idole Rafantaka).

Cette alliance clanique est destinée à fermer hermétiquement Madagascar, en particulier aux influences européennes par la religion et l’éducation. La religion catholique est particulièrement visée, et en 1832 Monseigneur Solages qui devait venir soulager la conscience des quelques catholiques malgaches de l’Imerina, succombe aux fièvres sur son trajet vers Antananarivo, ayant été, sur ordre expresse des autorités malgaches, laissé sans soins. La chasse aux Chrétiens bat son plein en 1834, tandis que début 1835 commencent deux expéditions militaires placées successivement sous les hauts commandements de Rainijohary et de Rainiharo, pour tenter de reprendre le contrôle du Grand Sud de Madagascar passé en rébellion.

C’est un double échec. Les deux chefs militaires les plus hauts gradés ne réussissent à réchapper de cette catastrophe militaire qu’avec l’aide providentielle du Français Jean Laborde précipitamment élevé au grade de XII Voninahitra (ce qui équivaut à général d’armée)…Et en 1836, les derniers missionnaires anglais, précédemment appelés par le Roi Radama 1er à œuvrer pour le progrès à Madagascar dans différents métiers, doivent quitter définitivement Madagascar.

C’est un choix de fermeture qui n’est pas sans rappeler, toutes proportions gardées et avec les réserves d’usage, les plus dures heures de la fermeture totale du Japon durant une période précise de l’ère Tokugawa…au XVIIème siècle, vers les années 1630.

Tel est le contexte qui va décider la Reine Ranavalona 1ère à envoyer en Europe une Ambassade en 1836…laquelle ressemble à une véritable expédition, tant quant aux conditions de son périple que quant à la qualité de ses membres.

La reine et son gouvernement ont le sentiment que la France et l’Angleterre vont se liguer pour reprendre pied à Madagascar. C’est pourquoi, dans les messages écrits que Ranavalona 1ère adresse à ses pairs français et anglais, et qu’elle confie à ses ambassadeurs, les termes employés sont durs et expéditifs : « Ranavalomanjaka ne tolère aucune immixtion étrangère chez elle, à bon entendeur salut ! », ainsi peut se résumer et être interprété le ton de ces messages…très peu diplomatiques.

Ceci ne laisse que très peu de marge et de latitude langagières aux ambassadeurs (Andriantsitohaina, Andriantseheno et Ramanakoraisina, secondés par les lettrés Rasatranabo et Raharolahy) choisis par la reine malgache. Or, les deux premiers chefs de délégation sont des militaires portés à une stricte obéissance, lesquels d’ailleurs, surtout Andriantsitohaina, IX Voninahitra, avaient auparavant participé aux opérations militaires contre Gourbeyre en 1829. Puis, c’est dans la précipitation et l’improvisation, ce moyennant un marchandage quelque peu gênant avec le capitaine Garnot, un riche marchand de Bordeaux qui fait commerce de sa cargaison, que les ambassadeurs peuvent embarquer sur le navire marchand « La Mathilde ».

D’emblée, les ambassadeurs malgaches, qui font escales successives à La Réunion et à l’Ile Maurice, se heurtent à une sorte d’incompréhension de leurs hôtes anglais, le gouverneur de l’Ile Maurice, Sir Nicolay, se plaisant de constater que « les airs sont différents, car nous avons un roi et vous une reine » et déclarant tout de go : « le roi exige des preuves de bonne amitié plus fortes que de simples paroles d’ambassadeurs » !!…Mais ce n’est pas tout. Les Anglais sont obsédés par la question suivante : « possédez-vous Madagascar en entier ? ». Quant à La Réunion, – l’Ile Bourbon, comme on le disait à l’époque – il n’y eut auparavant tout simplement pas d’accueil personnel de la part du gouverneur dont on disait qu’il était malade…

Parvenus enfin à Londres au bout d’un périple très éprouvant qui les virent faire escales successivement à l’Ile Sainte-Hélène puis au Havre, se trouvant dans ce port français en pleine tempête, dans la capitale britannique où ils sont en pleine admiration des rues et bâtiments impeccablement entretenus, les ambassadeurs malgaches négocient très difficilement avec Lord Palmerston, le Secrétaire d’Etat au Foreign Office, les termes improbables d’un projet de convention anglo-malgache qui ne va aboutir sur aucun accord quelconque, même partiel. L’échec est patent, mais les ambassadeurs, qui font sensation de par leur bonne tenue et attitude, sont correctement traités et reçus en février 1837 par le roi Guillaume IV et sa cour tant à Saint-James qu’à Windsor, où la reine Adélaïde leur prodigue, à l’intention de la reine Ranavalona 1ère, les conseils d’une femme éprise de religiosité chrétienne.

Par la suite à Paris en mai 1837, nos ambassadeurs sont reçus par le comte Molé, Président du Conseil et Ministre des Affaires étrangères du Roi des Français, Louis-Philippe 1er. Les hautes autorités françaises leur réservent un accueil chaleureux, ce qui contraste avec une certaine froideur anglaise, tant à l’Ile Maurice qu’à Londres, et alors même que les récriminations françaises étaient plus virulentes que les réserves anglaises. Cette chaleur relationnelle va jusqu’à la réception des ambassadeurs malgaches par les souverains français dans leur château familial de Saint-Cloud, au milieu des nombreux enfants de ces souverains qui se montrent volontiers curieux des us et coutumes malgaches.

Les autorités françaises ne manquent d’ailleurs pas d’encourager à une certaine ouverture de Madagascar. Leur message est clair : « Madagascar peut devenir quelque chose »…à condition que la Grande Ile s’ouvre…

Cependant, contrairement au souhait de la reine Ranavalona 1ère et de son gouvernement, au départ aucun projet de convention ou d’accord n’était prévu avec la France, de sorte que le séjour parisien des ambassadeurs malgaches n’eut d’intérêt que sur le plan relationnel personnel. Mais, sur ce plan là, ce fut réussi, car ils furent même sollicités de toutes parts.

Le chemin de retour des ambassadeurs malgaches au pays fut aussi éprouvant que le périple de l’aller. Vents, tempêtes et courants contraires furent leur lot. Mais, ceci n’était pas grand’chose à côté des déceptions auxquelles ils durent faire face à leur retour à Antananarivo.

De fait, devant la gravité de la situation tant intérieure malgache que sur le plan extérieur, le rapport des ambassadeurs est vite relégué aux oubliettes…

C’est que les rapports franco-malgaches s’aggravent brusquement. C’est ainsi que la France ne s’embarrasse plus de quelque convenance que ce soit et n’a de cesse d’exercer de fortes pressions militaires sur les côtes malgaches à l’Est et au Nord, en particulier face à Diego-Suarez. Les échanges de notes acerbes entre le Premier ministre Rainiharo et le Comte Molé se multiplient. Rien n’y fait. Et, dès 1840 la France se décide à faire tonner le canon et à prendre possession de Nosy-Be.

Les évènements se précipitent. Madagascar est dangereusement enserrée dans la spirale coloniale agressive et dans un enfermement psychologique suicidaire que la mort de Rainiharo en 1852 accentue…

Jean-Pierre Razafy-Andriamihaingo

• Auteur de l’ouvrage « La geste éphémère de Ranavalona 1ère, l’expédition diplomatique malgache en Europe, 1836-1837 », L’Harmattan, 1997, où sont évoqués en détail tous les tenants et aboutissants de cette ambassade itinérante et dont les contours reflètent une audace certaine de la part de la Reine Ranavalona 1ère et de son gouvernement, qui sans doute eût pu aboutir à des résultats plus positifs si elle avait été mieux préparée.

Reproduction, même partielle, interdite des textes et des illustrations.

Consolider la souveraineté du Pays

        En 1845, l’armée repousse les attaques des marines françaises et anglaises et la Reine consolide la souveraineté de son pays dans les zones côtières afin d’empêcher les Français de s’y établir. La Reine Ranavalona avait une aversion très prononcée envers les Européens et la vigueur de son hostilité envers eux se manifestait principalement dans ledomaine idéologique et religieux tout en les tolérant dans d’autres secteurs liés à son programme de modernisation du royaume. Cependant, elle s’abstient des services des Britanniques au profit de techniciens indépendants de toutes instrumentalisations politiques étrangères. Mais suite à des complots et nombreuses intrigues contre elle, mêlant plusieurs Européens et impliquant également son fils, tous les Européens sont priés de quitter le pays en 1857.

La Grande-Comore confirme son allégeance à Ranavalona

29.10.2014

Après le passage de deux émissaires successifs du sultan Syed  Saïd Ben à la Cour de Ranavalona 1ère en 1833, venus pour demander  l’appui de 2 000 soldats merina, la reine se rend compte que  l’incompréhension s’installe entre Zanzibar Mascate et Antananarivo.  Elle décide alors d’envoyer à son tour une ambassade malgache qui  accompagnera le dernier envoyé spécial, Ifadily. L’ambassade est formée  de cinq hauts personnages de la Cour, à savoir Ramiaramanana, beau-frère  de Radama 1er, officier de Palais ; Rahaingomanana, également ODP ;  Ramaharo  et Ramanamalako, officiers ; et Ramahasolo, civil et  interprète. Le choix de ces personnes est judicieux, souligne Christian Mantaux de  l’Association malgache d’archéologie. Elles connaissent la navigation  pour avoir fait partie  des jeunes  gens envoyés par Radama 1er pour  apprendre la navigation. Le 13 septembre 1833, ils arrivent à Mahajanga  où se trouve Ifadily. En effet, contrairement à Khamisi qui a été  autorisé à monter à Antananarivo, il doit attendre à Mahajanga les  résultats de sa démarche. Par un rapport du 21 janvier 1834, l’ambassade rend compte à  Ranavalomanjaka du déroulement de sa mission. La première escale des  émissaires malgaches est l’île d’Angaziza ou Grande-Comore où ils vont «  faire de l’eau » comme il est alors courant. Ils saluent la terre et le sultan de l’île par cinq coups de canons,  mais une certaine panique s’empare de la population qui croit  « peut-être » à une attaque des hommes de Ramanetaka, prince et cousin  de Radama 1er qui a fui Ranavalona 1ère. « Panique d’autant plus  compréhensible que le sultan est absent de l’île et que, souvent en de  telles circonstances, les princes rivaux profitent pour attaquer. » Ramahasolo débarque et parvient à faire savoir aux Comoriens qu’ils ne  sont que des ambassadeurs malgaches se rendant auprès de Syed Saïd Ben  et qu’ils n’abordent à Angaziza que pour faire de l’eau. Le gouverneur  de Moroni, revenu de ses craintes, met une demeure à la disposition des  émissaires malgaches, où ils attendent l’arrivée du sultan prévenu de  leur présence. Trois jours plus tard, le sultan Hamadi Monimoka (Achmed dit Mogne  M’Kou) leur accorde une entrevue officielle. « Le cérémonial officiel  pour les cérémonies de ce genre est observé. L’ambassade fait tirer par  son bâtiment deux coups de canon ; la terre répond par trois coups, puis  deux lorsque Ramaharo, Ramanamalako et Ramahasolo arrivent à la  résidence, et enfin deux autres coups lorsqu’ils regagnent le boutre en  chaloupe. » Le sultan Hamadi Monimoka leur remet une lettre pour Ranavalomanjaka,  dans laquelle il signale, entre autres : « … Depuis le temps de nos  ancêtres et nos pères, les souverains de Madagascar sont nos pères et  mères et nous sommes leurs enfants ; ne nous oubliez pas, venez nous  visiter et nous aussi, nous vous visiterons. Nous vous demandons,  Madame, de nous dire s’il y a des services (fanompoana : corvées pour le  souverain) que nous pouvons faire, car nous le ferons… » En réponse, la reine d’Antananarivo confirme : « Ce que vous dites est  vrai, je suis Raiamandreninao (votre père et mère). Pour votre offre de  fanompoana, je vous le ferai savoir par un envoyé ou une lettre. » Selon Christian Mantaux, la lettre très respectueuse du sultan de  Grande-Comore traduit sa crainte de subir le sort de Mohéli conquise par  Ramanetaka qui en a chassé le sultan Thibe Ahmadi et Boina Combo Ben  Amadi, fils de Mahona Ahmadi qui a épousé une parente du roi du Boina,  Andriantsoli­vola. Ou celui de Mayotte conquise par ce dernier.  Andriantsolivola est un ancien roi du Boina et de Mahajanga, connu sous  le nom de Tsilevaloha, fils de Tsimialona. Ainsi, en se déclarant vassal de Ranavalona 1ère (« nous sommes vos  enfants »), il peut être sûr d’être aidé en cas d’invasion. D’autant que  pendant des siècles, des flottilles de barques quittent les rivages  malgaches pour aller opérer des razzias dans l’archipel des Comores et  même sur la côte orientale d’Afrique. Ces attaques cessent avec la  signature du traité anglo-merina de 1816, bien que la dernière ait eu  lieu en 1822.

Texte : Pela Ravalitera - Photo : : Gravure de Guillain

Un bilan globalement positif dans le développement et l'indépendance du royaume

À bien des égards, Ranavalona Ire sait donc se montrer la digne continuatrice de l'œuvre d'Andrianampoinimerina et de Radama Ier. Du point de vue national, elle apparaît comme une grande souveraine, symbole même du patriotisme et de la fierté nationale (on a aussi retenu d'elle cette phrase, en réponse aux prétentions méprisantes des missionnaires chrétiens : « ny fomban-drazako tsy mba mahamenatra ahy na mampatahotra ahy ! » (« Je ne ressens ni honte ni crainte au sujet des coutumes de mes ancêtres ! »). On comprend dès lors pourquoi dans l'historiographie coloniale, on la présente à tort, c'est selon, comme un symbole d'obscurantisme et de cruauté, en voulant plus particulièrement aux Européens et aux Chrétiens.

La reine Ranavalona fait préparer un dictionnaire anglais-malgache. L’école de langue compte quarante élèves qui joueront un rôle diplomatique de premier plan dans la seconde moitié du siècle.

Site et Rova de Tsinjoarivo

Description

Tsinjoarivo comporte à la fois un site naturel d'une grande beauté (I) et un lieu historique du XIXe siècle (II).

(I). Perché sur un piton de 1675 m d'altitude, le site de Tsinjoarivo domine le vaste horizon de la grande foret de l'Est qui s'étend sur plus de 100 km jusque vers la mer et surplombe de l'autre les chutes bouillonnantes du fleuve Onive dans un grand vacarme d'eau et dans une atmosphére de brouillard irrisé d'arc-en-ciel.

(II).En 1834, la reine RANAVALONA I (1828-1861) décida de construire sur le piton un rova (c' est-à-dire une enceinte royale comportant différentes constructions pour en faire une résidence de campagne et un lieu de villegiature. Par la suite la cour en villegiature du Royaume de Madagascar y sejourna à plusieurs reprises : RANAVALONA I en 1840, 1842 et 1856; RANAVALONA II en 1880 et 1882 et RANAVALONA III en 1890.

Elevé sur une terrasse amènagee de cinq mètres de hauteur, le Rova mesure 50 m sur 30 m et abrite cinq constructions rustiques en bois et en terre battue : le pavillon du Premier Ministre qui accompagnait toujours la Reine dans ses déplacements, la demeure des aides de camp, le pavillon de la Reine et de ses demoiselles d'honneur, la maison abritant la salle à manger et celle des officiers de la cour. Toutes ces maisons conservent des meubles et objets d'époque et le Ministère de la Culture en a fait un musée.

LA COURONNE ROYALE DE LA REINE RANAVALONA 1ère (1828-1861): UN SYMBOLE DE LA SOUVERAINETE NATIONALE:

La couronne royale de la Reine Ranavalona 1ère (1828-1861), don de la Reine Victoria, est un patrimoine national, un symbole historique et un symbole culturel très fort, mais surtout c’est un symbole de l’indépendance nationale, de l’unité nationale, de l’unification nationale, et de la souveraineté nationale de Madagascar.

En effet, la France avait déjà de visées sur la Grande Ile depuis 1642. Mais la Reine Ranavalona 1ère a su maintenir l’unité nationale et l’indépendance nationale, conçu par leur premier ancêtre Roi Andriantomara qui a vécu avant l'ère chrétienne, rappelé en mémoire plus tard par le Roi Andrianampoinimerina, et réalisé par son fils le Roi Radama 1er de Madagascar depuis 1817.

Ainsi, elle a interdit la vente de terre aux étrangers, renvoyé les étrangers irrespectueux de nos us et coutumes (affaires du Dr Lyall, des missionnaires et des certains hommes d'affaires...). Et surtout, elle a vaincu toutes formes d’invasions étrangères (comme l'affaire Pinson) et a vaincu toutes guerres contre de puissances étrangères, en particulier contre la France colonialiste (défaite de l'Amiral Romain Desfossés et du Capitaine Gourbeyre…) ou contre les britanniques (défaite du Capitaine William Kelly). De surcroit, elle a chassé presque tous les étrangers de Madagascar à partir de 1829 jusqu’à sa mort en 1861.

Le vol de cette couronne royale, comme l’incendie criminelle du Palais de Manjakamiadana du 6 novembre 1995, est un acte criminel qui vise non seulement à diviser pour régner mais aussi une tentative d'effacer de la mémoire collective un symbole de fierté et de souveraineté nationale ainsi qu'une trace de la victoire contre les invasions étrangères.

Mais cela aussi pourrait constituer un coup d’épée dans l’eau pour de forces étrangères qui veulent encore instaurer une quatrième république, unilatérale, et non-reconnue par la grande majorité du peuple, car ce système républicain maçonnique initié par la françafrique depuis 1960, est une greffe incompatible avec la civilisation, la culture et la sacralité de la Grande Ile.

Enfin, après les échecs successifs des héritiers du mouvement pro-colonial français dénommé Padesm et de certains hovas ou roturiers qui ont amené la Grande Ile dans la dérive totale, avec une corruption presque généralisée et une pauvreté de la grande majorité de la population, en parallèle avec le début du déclin de la civilisation occidentale,

la Volonté de Zanahary, l'Eternel Créateur de l'Univers, par l'instauration d'un royaume de sacrificateurs et d'une nation sainte avec le retour imminent des Andriana, issus du Conseil des Rois et Princes de Madagascar, avec de nouveaux serviteurs de la nation, craignant l'Eternel, non-corrompus, incorruptibles, compétents et efficaces, pour sauver le pays, est inévitable et inéluctable.

Pour conclure, voici les messages forts de Zanahary, l'Eternel YHWH, Créateur de l'Univers: "JE BENIRAI ceux qui te BENIRONT, et JE MAUDIRAI ceux qui te MAUDIRONT" (Genèse 12:3). Et "Vous serez pour Moi un ROYAUME DE SACRIFICATEURS et une NATION SAINTE" (Exode 19:6). Enfin, "la JUSITICE élève une NATION..." (Proverbe 14:34), .

Antananarivo, le 10 décembre 2011.

Prince Rév. Dr. Ndriana Rabarioelina,
Descendant direct de l’Aîné de la Maison Royale de Madagascar,
Chef de la Maison Royale de Madagascar.

Fin de vie et succession

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       Jusqu’à la fin de son règne, la Reine fût le symbole du patriotisme et d’une grande fierté nationale alors que les Européens la présente dans leurs ouvrages comme une souveraine autoritaire, un symbole d’obscurantisme et de cruauté.

      À son décès, le 16 août 1861, son fils Rakotondradama lui succède sous le nom de Radama II. Plus perméable aux idées européennes, il ouvrit à nouveau le pays aux étrangers sans restrictions et rétablit la liberté des cultes. Les Européens expulsés sous le règne de Ranavalona furent autorisés à revenir. Fortement influencé par le Français Jean Laborde, précédemment expulsé du pays par la Reine Ranavalona puis revenu dans le pays sous le nouveau roi à titre de Consul de France, Radama II abolit les coutumes et les institutions traditionnelles pour en créer d’autres calquées sur les différents modèles européens.

     Après 33 ans de règne, Ranavalona laisse derrière elle un pays puissant et autoritaire. Elle est enterrée à la basilique royale qu'elle fit construire. Son tombeau est couvert de bijoux, de perles et de la couronne de la reine. Elle se doutait que le règne de son successeur, son fils, serait un échec : il mourra en effet assassiné quelques années plus-tard et sa cousine et épouse, la reine Rasoherina (nièce de la reine Ranavalona) deviendra reine, suivant l'exemple sa tante la reine Ranavalona.

Ceci nous enseigne que nous devons toujours refuser la version de notre histoire racontée par les étrangers, quelque soit la sympathie avec laquelle ils voudraient nous la présenter. Nous avons vu dans le cas de la Reine Ranavalona Ier, grande patriote, les Européens n’ont pas hésité à la dénigrer et à user de tout le vocabulaire ordurier pour salir le prestige de cette grande Reine, ardente protectrice de sa Nation contre les vautours étrangers en quête de pillage.

 

 

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Date de dernière mise à jour : lundi, 12 Septembre 2016

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