RANAVALONA III

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symbole de la nationalité malgache

Banniere ranavalonaiii copie

recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com & tany_masina@yahoo.fr)

Ranavalona ii malade

     La reine RANAVALONA II étant gravement malade et n’ayant pas de descendants directs, le premier Ministre RAINILAIARIVONY se devait de préparer sa succession : plusieurs prétendants (classés en fonction de leur caste d’appartenance dans la lignée royale) étaient pressentis pour prendre la couronne.

Une grosse polémique tourne autour du choix de la succession de la Reine régnante :

      - La princesse RAKALOBE, fille du prince RATSARARAY, lui-même fils du roi ANDRIANAMPOINIMERINA et de la princesse RAFOTSIRAHISATRA (appelée aussi RAHISATRA, fille du prince RAMISAMANJAKARIVO, frère du roi ANDRIAMBELOMASINA) aurait due succéder à la Reine RANAVALONA II.

      Mais elle refusa de monter sur le trône car elle devait se séparer de son époux, le prince RAMANANTSAHALA et de ses enfants.

     - La princesse RAMPELASINORO, fille du prince RAMAHATRARIVO et adoptée par la Reine RANAVALONA II, fut pressentie pour monter sur le trône. Elle déclara : "Izaho tsy hanambady ny vadin’i Neny" (je ne veux pas épouser le mari de Mère).

    - La troisième prétendante au titre est la Princesse RAZAFINDRAHETY.

    A la fin du règne de la Reine RANAVALONA II, la jeune princesse était mariée avec le prince RATRIMOARIVONY (Ambatomanoina), troisième enfant du prince RAMAHATRARIVO (frère de la Reine RANAVALONA II) et adopté par la Reine.

    Pour exécuter ces projets, RAINILAIARIVONY devait éliminer le jeune prince RATRIMOARIVONY. Prétextant que le prince avait mauvaise mine, le premier ministre lui dit : « Tu es malade, rentre dans ta chambre, je vais t’envoyer un médecin ». Il y a été enfermé durant une semaine et retrouvé mort le 7 mai 1883 à seulement vingt et un ans, des soins du soi-disant médecin, délégué par RAINILAIARIVONY.

    Véritable intrigue, un caveau fut construit par la Reine RANAVALONA II en l’espace de cinq jours. Terminé le 12 mai, le prince RATRIMOARIVONY y est enterré le dimanche 13 mai, à côté du tombeau ancestral, à Ambatomanoina.   

    La reine RANAVALONA II meurt le 30 juillet 1883.

La princesse RAZAFINDRAHETY succède à la reine régnante

Ranavalona long copieNée le 22 Novembre 1861 à Manjakazafy, village rural aux environs d'Antananarivo, la princesse RAZAFINDRAHETY (Razafy) est la fille de la princesse RAKETAKA et d'ANDRIANTSIMIANATRA (Ambohimanga) ; elle était la nièce de la reine RANAVALONA II et l'arrière arrière petite fille du grand roi malgache ANDRIANAMPOINIMERINA. Bébé elle fut d'abord confiée par ses parents à une esclave (andevo) puis à la garde de sa tante, la reine, qui lui fit donner une bonne éducation chez les missionnaires protestants de la LMS (London Missionary Society) puis dans différents pensionnats congrégationnistes. 

Elle fut mariée très jeune à un prince d'Ambatomanoina, du nom de RATRIMOARIVONY troisième enfant du prince RAMAHATRARIVO (frère de la Reine RAVALONA II et dopté par la Reine ; qui mourut quelques années plus tard (sans doute empoisonné) lui laissant une petite fille. A la mort de la reine, en Juillet 1883, la jeune veuve de 22 ans fut proclamée à son tour sous le titre de RANAVALONA MANJAKA III, épousant le Premier Ministre RAINILAIARIVONY qui avait déjà été le mari des deux reines précédentes (RANAVALONA I et II) et qui gouverna de facto. 
Place andohalo kabary r4anavalona iii

     La Princesse RAZAFINRAHETY, qui accéda au trône à 22 ans, se fit aussi couronner reine le jour de son anniversaire, le 22 novembre 1883 à Andohalo, sous le Nom de RANAVALONA III, avant de se rendre à Mahamasina pour y prononcer son discours d'intronisation.

ANDOHALO

AndohaloSe trouvant à environ 1300 mètres d’altitude, la place d’Andohalo est le palier intermédiaire entre la Ville basse et la Ville haute d’Antananarivo.

Il y a trois hypothèses quant à l’origine de son appellation :

  • Andohalohasaha (tête de vallée) ;
  • Andohalomasina (au saint vallon);
  • Andohaloharano (là où coule la source)

et tous les trois concordent avec le relief de la place.

La place d’Andohalo est un site d’importance politique, économique et social depuis que le roi Andrianjaka (vers 1610) a décidé de faire de la colline la cité royale.

Mais c’est surtout depuis Andriamasinavalona (fin XVIIè-début du XVIIIè siècle) que la place d’Andohalo tient sa fonction de kianja lieu de communication entre le souverain et ses sujets et en même temps place du marché.

Andohalo fut aussi un lieu de kabary, de présentation du hasina aux souverains, de circoncision de petits princes, sacre de souverains, de fandroana (bain royal). Rôle qui perdura pendant toute la période de la royauté à Antananarivo.

Andrianampoinimerina (1787-1810) y présenta son fils héritier Lehidama futur Radama Ier.

Les reines Ranavalona Ière (1828-1861), Rasoherina (1863-1868), Ranavalona II (1868-1883) et Ranavalona III (1883-1896) ont été couronnées sur la place d’Andohalo.

Sa forme actuelle a été aménagée et entourée d’arbre par Jean Laborde et l’administration coloniale en a fait un lieu de divertissement public baptisé Place jean Laborde.

C’est sur l’esplanade surmontée d’une pierre levée de granit que la proclamation de la République Malgache a eu lieu le 14 octobre 1958.

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       Conformément aux modèles établis à la mort de RADAMA II, le premier ministre "RAINILAIARIVONY" devient son époux officiel pour garantir l'unité du royaume.

      Donc, le premier ministre  RAINILAIARIVONY épousa succéssivement les 3 reines :

Rainilaiarivony epoux 3 reines

RASOHERINA, RANAVALONA II et RANAVALONA III.

Le regard d'une reine

ranavalona-jolie.jpgLa jeune femme que nous voyons sur cette photographie est la Reine Ranavalona III de Madagascar.

Sa coiffure, ses vêtements, sans doute à la mode sous la 3ème République, en particulier le col de dentelle blanche recouvrant tout le cou et la veste sombre rebrodée, donnent l’impression de la contraindre, de l’enserrer dans le carcan de l’apparence, de l’emprisonner…

"C’est une très jolie femme, au teint un peu foncé, mais guère plus que le teint de bien des méridionales. Elle a des cheveux noirs soyeux et de beaux yeux veloutés, d’une expression intense, où se mêle comme une douceur mystique et voluptueuse, avec le plaisir de plaire et d’être admirée. Avec cela Ranavalo est mince, de taille moyenne, ses mains sont délicates, ses attaches, fines et aristocratiques, dénotent la pureté de la race".

Bernard Marius Cazeneuve, dit « le Commandeur »

Discours de la reine Ranavalona III

Ranavalona 3 allant au kabarySacre ranavalona iii 1

       Mahamasina où fut érigée une pierre sacrée accueillait d’importances cérémonies comme la première apparition publique de Ranavalona III après son couronnement à Andohalo.  

La reine Ranavalona III exhorte son peuple à résister à l’invasion française.

ranavalona-iii.jpgFrancois cesaire de mahy deputeArmee coloniale pierre bienaime

      Quand la reine Ranavalona III monta sur le trône, son pays était déjà en lutte contre les forces françaises. De janvier 1882 à juin 1883, François de Mahy, député de La Réunion à l’Assemblée Nationale française — nommé ministre de l’Agriculture, et chargé d’assumer, au mois de février 1883, l’intérim du ministère de la Marine et des Colonies — donna ses instructions au contre-amiral Pierre, dont l’escadre appareilla de Toulon en février 1883, pour venir mouiller en avril devant Nosy-Bé.

Le pays Sakalava sous contrôle...

La mission de l’amiral Pierre était double : d’une part encourager les populations côtières à résister aux troupes du gouvernement central d’Antananarivo et d’autre part détruire les postes déjà établis par l’armée de la reine. Ce fut le début de la première guerre franco-malgache. En mai 1883, l’amiral Pierre bombarda et occupa Majunga, sur la côte ouest. En juin de la même année, il bombarda et occupa Tamatave sur la côte est. En décembre 1884, une colonne française écrasa une partie de l’armée malgache à Andreparany, et prit ainsi le contrôle du pays Sakalava. Mais un an plus tard, l’attaque du camp retranché de Farafaty, sur les hauteurs de Tamatave, se solda par un échec pour les troupes françaises.

La deuxième guerre franco-malgache

Le gouvernement français décida alors de négocier : un traité fut signé le 17 décembre 1885, dans lequel Madagascar se voyait imposer, bien que le mot ne fût pas utilisé, un statut de protectorat (impliquant la prise en charge par la France des relations extérieures de Madagascar), assorti du paiement d’une indemnité de dix millions de francs. En contrepartie, les territoires Sakalava repassèrent sous l’autorité du gouvernement malgache et la reine se vit reconnaître le droit de « présider à l’administration de toute l’île ». En 1888, la reine fut même faite Grand-Croix de la Légion d’Honneur.

Jean-Claude Legros

Grand kabary de la Reine

Place andohalo kabary r4anavalona iii  

Au cours d’un grand kabary (en malgache : discours), sur la place d’Andohalo, la place de la « {pierre sacrée} » à Antananarivo, la reine exhorta son peuple à résister face à l’invasion des troupes françaises.
Source : Mémorial de La Réunion.
 

        Appel à la mobilisation prononcé le 3 juillet 1884 à Mahamasima, Tananarive :

        La reine RANAVALONA III adressa alors deux nouvelles proclamations au gouverneur de la capitale, aux gouverneurs de province et au peuple malgache tout entier pour simuler la résistance.

     "Vous tous mes sujets qui aimez notre patrie, et vous vaillants soldats, je suis heureuse de vous voir réunis autour de moi. Je vois avec plaisir que vous êtes attachés à ma personne royale et à notre patrie. Vous avez répondu à mon appel, et vous êtes accourus au rendez-vous que je vous ai fixé. Je vous en remercie ; vivez longtemps, et que Dieu vous bénisse !
     Je dois vous dire, soldats ( et sachez bien que je suis soldat aussi bien que mes sujets), que j'ai tout fait pour mettre fin à la guerre que les français font à notre pays. Bien que nous leur ayons donné à deux reprises une forte somme d'argent, je voulais leur accorder tout ce qui ne serait ni contre ma souveraineté, ni contre l'indépendance de Madagascar notre patrie : car l'effusion de votre sang m'afflige profondément. Mais ils ont refusé nos propositions. Ils nous demandent le tiers de Madagascar, trois millions de francs, et une indemnité pour tous les dommages causés par la guerre aux autres nations. Cependant ce n'est pas nous qui sommes cause de ces préjudices, mais bien eux-mêmes qui ont tout détruit en bombardant nos ports. Ce sont eux qui nous ont attaqués les premiers sans même nous déclarer la guerre, et ils n'ont même épargné ni les femmes, ni les enfants. Bien plus, ils outragent ma propre personne et mes ancêtres, en prétendant que je ne suis pas reine de Madagascar, mais seulement reine de l'Imérina.
     Voilà ce qu'exigent de nous les Français, si nous voulons mettre fin à la guerre. Je vous ai déjà fait connaître ces conditions, et vous tous mes sujets, vous les avez repoussées. Oui, j'ai appris que vous refusiez de leur accorder ce qu'ils réclament. Voici donc ce que je vous dis : Je ne fais qu'un avec vous pour refuser de donner cette terre à qui que ce soit. A Dieu ne plaise que je laisse outrager la mémoire d'Andrianampoinimerina, que je laisse regarder ses successeurs comme des usurpateurs, et que je livre moi-même ce qui m'appartient. Oui, je m'y oppose aussi bien que vous . N'est-ce pas cela, ô mon peuple ?
     C'est d'un commun accord, ô mon peuple, que nous voulons garder ce qui nous appartient légitimement. Car mes ancêtres et les vôtres ont reçu de Dieu cette île de Madagascar, et vos ancêtres se sont sacrifiés pour aider Andrianampoinimerina et Radama à en faire la conquête. C'est à nous Malgaches que cette terre a été léguée en héritage, et les Français veulent la prendre par la force. Aussi, je vous l'assure, je ne manquerai pas aux devoirs qui m'obligent en qualité de reine à défendre ce royaume ; je continuerai à m'en acquitter comme je l'ai déjà fait. Lors même que je ne sois qu'une femme, j'ai le cœur d'un homme, et je suis prête à vous conduire pour repousser ceux qui veulent s'emparer de notre pays. Dieu nous préserve d'avoir à obéir à des étrangers ! N'est-ce pas cela, ô mon peuple ?
     J'espère, soldats, que nous ne ferons qu'un pour défendre cette chère patrie qui nous a vus naître, et que nous nous préserverons du malheur dont nous menacent nos ennemis. N'est-ce pas cela, ô mon peuple ?
     Voici encore ce que j'ai à vous dire : Je vous félicite de tout cœur du zèle avec lequel vous vous formez partout au maniement des armes.  Continuez ces exercices, jusqu'à ce que je vous prévienne. Car je ne vous laisserai pas surprendre par les ennemis, et d'ailleurs nos compatriotes sont partis pour aller défendre les frontières par où pourraient pénétrer les Français.
     Je vous rappelle de plus, ce que vous savez tous, qu'il n'y a ici aucun Français et qu'il ne reste ici que des Européens qui sont en paix avec nous. Prenez donc garde de faire quoi que ce soit contre leurs biens ou leurs personnes.
     Néanmoins, ô mon peuple, quel que soit notre courage et quelque nombreux que nous soyons, sachez que nos efforts seront vain, si Dieu ne nous assiste. Demandons-lui donc de nous aider dans la guerre légitime que nous soutenons.
     Enfin, soldats, je vous dirai en finissant, : Si la mort vient nous frapper, nous ne serons pas pour cela couverts de honte ; au contraire, notre nom et notre gloire vivront dans la postérité, parce que nous aurons préféré mourir plutôt que de livrer notre patrie ou d'abandonner le bien que Dieu nous a donné. N'est-ce pas cela, soldats ? "

     Cela n’empêcha pas la France, six ans plus tard, de revenir à la charge et de proposer au gouvernement malgache un nouveau traité afin d’instaurer un véritable protectorat. Le refus du gouvernement malgache déclencha la deuxième guerre franco-malgache. Le 12 décembre 1894 vit ainsi la prise de possession de Tamatave par le commandant Bienaimé et le 14 janvier 1895 celle de Majunga. Au cours d’un grand kabary [3], sur la place d’Andohalo, la place de la « pierre sacrée » à Antananarivo, la reine exhorta son peuple à résister face à l’invasion des troupes françaises. Le 28 juin 1895, le général Rainianjalahy livra la bataille de Tsarasaotra, dans la région d’Ambositra.

Le signal de la révolte est donné le jour du Fandroana, la fête du Bain de la Reine, le 20 novembre 1895.

     Une colonne française partit de Majunga, sous le commandement du général Duchesne, en direction d’Antananarivo. L’armée malgache, forte de 45.000 hommes, ne parvint pas à stopper l’avance des troupes françaises, et le 30 septembre 1895, le général Duchesne investit la capitale. Le premier ministre, Rainilaiarivony, capitula. Il fut destitué le 15 octobre 1895, puis exilé à Alger le 6 février 1896, où il mourut cinq mois plus tard, le 17 juillet 1896, à l’âge de 68 ans, dans des circonstances qualifiées de « mystérieuses ». La reine Ranavalona III se retrouva veuve pour la seconde fois. Elle avait 35 ans.

La révolte des Menalamba

     Le 1er octobre 1895, fut signé un nouveau traité franco-malgache qui stipulait : « Le Gouvernement de sa Majesté la reine de Madagascar reconnaît et accepte le protectorat de la France avec toutes ses conséquences ». Trois mois plus tard, le 18 janvier 1896, le Résident Général Hippolyte Laroche contraignit Ranavalona III à signer une déclaration reconnaissant la prise de possession de Madagascar par la France. Duchesne procèda à la nomination d’un nouveau premier ministre, en la personne de Rainintsimbazafy, en remplacement de Rainilaiarivony.

Jean-Claude Legros

Le 1er Asaramanitra de Ranavalona III

Bain royal fandroana copie"L'Asaramanitra" ou "Fandroana" ne se résumait pas à une cérémonie de "toilette" de la souveraine. C’était l’occasion d’une réjoussance séculaire, autant civile que religieuse qui inaugurait en réalité le "nouvel an malgache".

En 1886, la Reine Ranavalona III avait fixé la date de cette cérémonie au 22 novembre. Mais la fête comme de coutume commençait une semaine avant. Au nom de la Reine, le Premier ministre faisait une grande distribution de cadeaux aux serviteurs dévoués, aux fonctionnaires, aux employés du Palais, aux aides de camp, aux soldats. Ces collaborateurs en faisaient de même dans certains villages.

Le grand jour, dès six heures du matin, le drapeau était arboré au faîte du Palais de Manjakamiadana. Et aussitôt après, commençaient à retentir les canons placés à différents points de la ville et sur quelques-unes des collines environnantes. Trois coups de canon annonçaient l’entrée de la Reine dans son bain. Sa toilette terminée, celle-ci aspergeait ensuite d’eau de son bain les invités de marque qui attendaient dans une salle attenante.

Mais c’était seulement deux jours après cette cérémonie qu’un grand banquet réunissait toute la famille royale. Ce banquet était suivi de réceptions de catégories particulières de personnes, les Andafiavaratra, les Andrefan-drova et les officiers du Palais. La fête ne prenait fin définitivement qu’après la visite de la Reine, aux tombeaux d’Ambohimanga.

Pendant la cérémonie du Fandroana de la Reine, "Elle a revêtu une robe de cour à longue traine (elle vient de Paris) en velours cramoisi brodée d'or; sur sa tête est la couronne royale; à son cou scintille une splendide rivière de diamants, et ses poignets sont chargés de lourds bracelets d'or. On dirait une idole et, en effet, à ce moment, elle est bien l'idole de son peuple. Moment impressionnant à la vérité, quoiqu'on en ait dit et qui revêt un caractère symboliquement religieux"

Ordre de Ranavalona III

Grand Croix

C’est en mars 1896, en pleine période d’emprise militaire et coloniale française, qu’en calquant son règlement sur celui de la Légion d’Honneur française, la reine Ranavalona III créa l’Ordre Royal de Madagascar, non sans les suggestions empressées et intéressées du pouvoir colonial français qui y vit un moyen de calmer l’ardeur d’un nationalisme malgache naissant.

Ainsi, trois grades furent créés : chevalier, officier, commandeur, et deux distinctions: grand officier (dénommé « l’étoile ») et grand’croix (dénommé « l’écharpe »).

 CarnotRanaval nb sur trone

Le Président de la République française, Sadi CARNOT, reçut la dignité de grand’croix de l’Ordre Royal de Madagascar, tandis qu’en échange pour recompenser la reine RANAVALONA III qui signe tout ce qu’on veut pour la paix, la France remet à la petite reine la grand croix de la Légion d’honneur et fait installer au-dessus de son trône un superbe dais.

L’Ordre Royal de Madagascar prit fin prématurément avec l’abolition de la royauté de Madagascar, suivie de l’exil de la reine, en 1897. La croix de cet ordre est une étoile à sept branches, faites de lances. Le médaillon en émail rouge foncé et blanc de forme ovale avec au centre les armes de Madagascar. Sur le médaillon, on trouve en lettres bleues «RM» pour "Royaume de Madagascar". Pour accroître était une couronne d'or émaillé avec doublure écarlate faite de l'émail. La couronne de la Reine chrétienne ne porte pas une croix, mais un aigle couronné. Le verso est plat et sans fioriture, il porte la marque des orfèvres parisiens Mme Chobillon. Quelques croix avec brillants sont connues, mais on ne sait pas si elles ont été accordées par le gouvernement de Madagascar. Le ruban était blanc avec un canton rouge dans le coin inférieur droit.

Le règne de RANAVALONA III : 

C'est sous le règne de la reine RANAVALONA III, que la présence française devient incontournable, au détriment de l'influence anglaise jusqu'alors prépondérante.

A son intronisation, le pays est sous le joug de l’impérialisme colonialiste, la jeune souveraine connaît alors un début de règne difficile et due faire face à une pression constante des autorités françaises.

Une mainmise coloniale française progressive

Louisphilippe 1er copieSous Louis-Philippe, des rois sakalavas et Antakarana (du nord de l’île), fuyant la domination merina, s’étaient réfugiés dans la petite île de Nosy-Be et avaient placé leurs États sous le protectorat français. En 1883, le gouvernement de Jules Ferry réclame tout le nord de Madagascar et occupe les ports.

La cession et l’annexion de l’île qui devient française, sous la Monarchie de Juillet du roi des Français, Louis Philippe 1er, une histoire très peu connue et inexistante dans les écrits sur l’histoire coloniale…(1837-1841)

Nosy be4De 1840 à 1896, La reine Tsiomeko a été souveraine de Nosy Be de 1836 à 1843 qui, après avoir refusé d’octroyer sa souveraineté à son oncle tuteur Tsimandroho, a signé un accord de protectorat avec le Contre Amiral de Hell, Gouverneur de l’Ile Bourbon devenue Ile de la Réunion, par le truchement du capitaine Passot, le 14 juillet 1840. La reine Tsiomeko et ses chefs de clan signèrent ainsi un acte de cession au roi des français, Louis Philippe Ier, des îles de Nosy Be et Nosy Komba et abandonnèrent à la France tous leurs droits de souveraineté sur la côte occidentale de Madagascar depuis la baie d’Ampasindava jusqu’au cap Saint Vincent.

La capitale de l’île a été baptisée Andoany, puis Ampasimbazaha, avant de porter définitivement le nom d’Andoany. (Elle est aussi connue sous le nom de Hell-Ville, après l’Amiral de Hell). A la mort de Tsiomeko, Rano, son fils qui lui succéda était encore jeune. Alors, les Sakalava se trouvaient livrés à la discrétion des chefs turbulents et ambitieux, notamment Sambahy. Il y eut des troubles et l’insurrection fut fortement réprimée. Le roi Tsimandroho participa à cette répression et il procéda par la suite à l’abolition de l’esclavage en 1849. La proclamation de l’émancipation des esclaves a permis de ramener l’ordre. La reine Safy Mozongo (1869-1879), cousine de Tsiomeko a dirigé le royaume après Rano.

Le gouvernement français avait souvent eu l’intention d’établir une base militaire à Madagascar qui lui eut permis de contester la prédominance britannique sur l’Océan Indien. Et certains Français, qui n’avait jamais adopter la doctrine du libre-échange comme les Britanniques projetaient également d’établir de droits commerciaux exclusifs à Madagascar.

Expédition de Madagascar

L'expédition de Madagascar est une intervention militaire qui a conduit à la colonisation de Madagascar par la France. Il y eut en fait deux expéditions, la première en 1881-1882 et la seconde en 1894-1895, qui aboutit à la signature d'un protectorat.

Première expédition de 1883 à 1885

En 1881-1882 s’ouvre une première crise avec le royaume Merinas à la suite d’une démonstration de force anglaise devant Madagascar déclenchant un avertissement de la France sur Tananarive. Paris négocie, malgré les demandes de fermeté de La Réunion. Tananarive se montre ferme, espérant qu'une délégation en Europe obtiendra le soutien de l'une ou l'autre puissance, et refuse à la France et la succession de Laborde (dont la France réclamait les usines), les îles au nord-est de Madagascar, considérées comme propriété de la reine.

De mahy copieAvec la chute du cabinet Duclerc, remplacé par le cabinet Fallières qui dure de janvier à février 1883, le ministère de la Marine est confié à François de Mahy, un Réunionnais. Il adresse au royaume Merina un ultimatum qui demande la satisfaction des demandes françaises et un protectorat sur l’île. Cet ultimatum ayant été rejeté, l’amiral Pierre fait occuper Majunga (16 mai) et Tamatave (10 juin). Mais, ses forces étant simultanément engagées au Tonkin, la France ne peut aller plus loin et occuper Tananarive. L’amiral Galibier prend possession de Fort-Dauphin / Tôlanaro, Vohémar/Iharana et Morondava.

En 1883, en vue de faire reconnaître le protectorat de la France sur la côte nord-ouest de l’île, le gouvernement décida l’envoi à Madagascar d’un corps expéditionnaire de 2 500 hommes environ, placés sous les ordres de l’amiral Pierre puis de l’amiral Paul-Émile Miot.
Ce corps, composé de trois bataillons ( un d’infanterie de marine, un second de fusiliers marins et un dernier constitué de volontaires provenant de l’île de la Réunion ) bombarda et occupa les ports de Majunga et Tamatave.

Traité franco-malgache de Tamatave

En 1885, la Reine Ravanalona III avait bien été reconnue, par la France, comme la souveraine de l'île mais son autorité sur les différentes ethnies de l'île n'a jamais été bien réelle. En fait, la sécurité des personnes et des français, en particulier, n'est pas du tout assurée sur les hautes terres.. La reine a tenté d'organiser des expéditions pour rétablir la sécurité mais les troupes désertent de plus en plus et au moment où arrive Joseph Galliéni, c'est l'anarchie qui règne dans le pays.

17 décembre 1885 : La France bénéficie d’une sorte de protectorat puisqu’elle "représentera Madagascar dans les relations extérieures" et qu’elle aura un résident doté d’une escorte militaire à Tananarive. Elle allait de plus occuper Diego Suarez mais reconnaissait l’autorité de la reine sur l’ensemble de l’île. Le résident Le Myre de Vilers obtient également que Madagascar s’adresse au Comptoir d’escompte pour emprunter l’argent nécessaire au paiement des indemnités dues à la France. Une ligne télégraphique est établie entre Tamatave et Tananarive et douze jeunes Malgaches sont envoyés étudier en France. Des vice-résidents français sont installés à Majunga, Tamatave, Mananjary, Fianarantsoa et Nossi-Bé.

Le 8 juin 1886, un groupe de parlementaires constitué par 27 députés, déposait une proposition de loi en ces termes : "La faveur avec laquelle a été accueillie la proposition relative à la médaille du Tonkin, la satisfaction éprouvée par tous les braves soldats et marins qui ont pris part à cette expédition nous encouragent à vous proposer d'accorder une égale récompense aux soldats et marins qui ont pris part à la fatigante et meurtrière expédition de Madagascar. Les représentants du pays n'ont pas à voir en ce moment si l'on a eu raison d'entreprendre telle ou telle guerre lointaine, l'opinion publique a déjà fait justice sur ce point, il s'agit de récompenser les services rendus par des citoyens qui sont obligés de suivre leur chefs et leurs drapeaux et qui ont versé leur sang pour l'honneur de la France. Comme leurs camarades du Tonkin ils ont par leur courage, leur dévouement, leur constance, leur abnégation, mérité la récompense que nous sollicitons pour eux."

Les protestations britanniques croissent face à ces empiétements. En décembre 1885 est signé un compromis : la France reconnaît l’État malgache contre une lourde indemnité et le port de Diego Suarez, tandis que le royaume Merina accepte que la France "préside aux relations extérieures de Madagascar", à défaut du titre de protectorat. Le texte est flou et prête à interprétation des deux côtés. On parle d'un "protectorat fantôme".

Seconde expédition

Duchesne1 copieLa première expédition s’était terminée, le 17 décembre 1885, par la signature d’un traité, entre les Français et la Reine Ranavalona III, reconnaissant la souveraineté de la reine sur l’île entière en échange de l’imposition du protectorat de la France et la cession de la baie de Diégo-Suarez. Mais l’application de cet accord posera maints problèmes et engendrera dix années de troubles.
Ce furent ces raisons qui poussèrent, en décembre 1894, le Gouvernement français à renvoyer un nouveau corps expéditionnaire de 27 471 soldats et supplétifs, placés sous les ordres du général de division Jacques Charles René Achille DUCHESNE.

L’affaire de Madagascar revient sur le devant de la scène avec la signature d’une convention franco-britannique le 5 août 1890. Contre la reconnaissance par la France du protectorat britannique sur Zanzibar, le Royaume-Uni fait de même pour le protectorat français sur Madagascar. En novembre, l’empire allemand rejoint l’accord contre la reconnaissance de ses droits sur l’Afrique orientale allemande. Les Malgaches sont désemparés, des troubles éclatent qui voient l’assassinat de plusieurs Européens.

En 1892, le parti colonial demande l’application du protectorat sur l’île. Les Réunionnais, par la voix de leur député François Césaire de Mahy, demandent une annexion pure et simple. Le 22 janvier 1894, le gouvernement Casimir-Perier, répond favorablement à ces demandes et se dit prêt à prendre des mesures graves. Les parlementaires votent à l’unanimité un chèque en blanc au gouvernement pour « maintenir notre situation et nos droits, rétablir l’ordre, protéger nos nationaux, faire respecter le drapeau ».

Cependant, le gouvernement, qui hésite encore, ne fait que renforcer les garnisons des comptoirs français et envoie une escadre navale, tentant une dernière démarche diplomatique pour établir un véritable protectorat. Après le refus de la reine le 22 octobre 1894, la France procède à l’évacuation de ses ressortissants le 25 ; la guerre est déclarée.

A la Chambre des députés, au cours de la séance du 13 novembre 1894 Monsieur HANOTAUX, Ministre des Affaires Etrangères, parle à la tribune et propose plusieurs solutions :

- Première solution : c’est l’occupation des ports de la côte : Tamatave, Majunga, Diego-Suarez. C’est une solution palliative d’attente : elle n’est pas une solution définitive qui apporte une conclusion. Les contingents installés sur place mèneront une campagne de guerre d’avant postes et ne seront pas préparés à l’élan d’une expédition définitive.

- Deuxième solution : c’est la simple occupation du point stratégique de Diego-Suarez et la renonciation au traité de 1885. On lui oppose le risque d’infiltration d’agents étrangers et la main mise d’autres nations coloniales sur l’île. Le rejet de ces deux solutions est approuvé, avec force, par l’assemblée.

- La troisième solution proposée de l’abandon total de l’Ile est repoussée par une désapprobation unanime. M. HANOTAUX justifie l’expansion coloniale : " La France, comme la plupart des puissances européennes, est entraînée vers une politique d’expansion lointaine, qui n’est pas seulement la suite d’une volonté raisonnée ou d’un dessein calculé, mais qui est la résultante naturelle de ce besoin d’activité qui compte parmi les meilleurs symptômes de santé chez les races vigoureuses. "

- Une quatrième solution est proposée : c’est l’envoi d’une force militaire puissante entourant le Résident Général à la capitale, " parce qu’il n’y a de véritable protectorat que quand le protecteur est, en mesure, de faire prévaloir sa volonté. "

L’expédition de la côte à Tananarive est difficile et doit s’appuyer sur un effort vigoureux : il faut 15000 hommes et 65 millions de francs. On assiste à des mouvements divers des députés : stupéfaction ? Incrédulité ? qui s’opposent à l’enthousiasme.

Finalement, au vote, la majorité l’approuve soit 372 oui contre 135 non.

Le résultat du scrutin décide de l’intervention militaire terrestre, mais le déroulement de l’opération du 15 janvier 1895, date du débarquement à Majunga, au 1er octobre 1895, jour de la reddition de la capitale de Tananarive semblait donner raison aux opposants.

Charles Le Myre de Vilers

      LeIl était le fils d'un officier de marine. Entré à l'École navale en 1849, il fit une carrière de marin jusqu'à son entrée dans le corps préfectoral en 1861. Il fut préfet de Joigny en 1863, de Bergerac en 1867 et d'Alger en 1869.

Durant la Guerre de 1870, il reprend ses fonctions de marin et sert comme aide de camp de l'amiral La Roncière, s'illustrant lors du siège de Paris. Il est de nouveau préfet, de la Haute-Vienne, en mars 1873.

Il fut gouverneur de Cochinchine et Ministre plénipotentiaire à la Cour d'Annam. Il élabore un code pénal, des conseils d'arrondissement, le conseil municipal de Saïgon, s'attèle à la construction d'infrastructures et à séparer le militaire du civil.

Il fut Résident général à Madagascar le 9 mars 1886 sous le Gouvernement Charles de FREYCINET avant de se retirer pour se présenter aux élections législatives.

       Devant l’extension d’une situation d’anarchie dans plusieurs régions de Madagascar, la Chambre des députés française affirme à l’unanimité – sur une proposition de Louis Brunet, représentant de la Réunion – qu’elle est "résolue à soutenir le gouvernement dans ce qu’il entreprendra pour maintenir notre situation et nos droits à Madagascar, rétablir l’ordre, protéger nos nationaux, faire respecter le drapeau."

      La France envoie comme Résident Colonial (équivalent d'Ambassadeur) Charles Le Myre de Villers, âgé de 53 ans. Il s'installe à Tamatave le 27 Avril 1886. Rainilaiarivony est informé de l'arrivée du Français. Il n'apprécie guère cette intrusion et va s'employer à l'humilier de différentes façons comme l'éloignement de l'interprète Campan, neveu de Laborde. Le Myre de Villers se retrouve seul devant le Premier Ministre sans comprendre un mot de malgache. C'est par le truchement d'un prestidigitateur que le Premier Résident Français va finalement pouvoir approcher une souveraine amusée par les tours de passe- passe.
     Rainilaiarivony complote contre la présence des vahaza. Il envoie en Europe le Général Willoughby, Commandant anglais des Forces armées Merina. Willoughby est aussi anti français qu'il est pro malgache. Il tente de convaincre le Foreign Office à Londres d'accepter l'ouverture d'une ambassade malgache. Il essuie un violent refus de la part des intéressés. Autoriser une ambassade ouvrirait un conflit avec la France. Le tour d'Europe de l'officier anglais va être un échec. Ses dépenses trop élevées vont forcer le Premier Ministre à le rappeler sur Madagascar et le remplacer par le trop bouillant trentenaire Mariavelo.
     En octobre, Le Myre DE VILERS vient proposer un projet de traité instituant un véritable protectorat mais RAINILAIARIVONY répond par des contre-propositions évasives et, le 27 octobre 1894, les Français évacuent Tananarive.

      Octobre 1894: Le gouvernement français avait résolu de demander à M. Le Myre de VILERS de se rendre une troisième fois pour une ultime tentative auprès de RAINILAIARIVONY afin qu'il accepte le protectorat.

     Une dernière tentative de négociation est confiée au Premier Résident Général du protectorat : Le Myre de Viller.

     Le 6 octobre 1894, il débarquait Tamatave qu'il quittait presque aussitôt pour rejoindre Tananarive le 14 octobre. Comme d'habitude, à 'égard des personnalités qui venaient dans le pays, les honneurs lui furent rendus.

     Sans attendre, dès le soir de son arrivée, il écrivit à RAINILAIRIVONY la lettre qui suit pour le remercier de l'aimable accueil dont il était l’objet et lui demander une audience auprès de Sa Majesté :

« J’ai l’honneur d’informer Votre Excellence de mon arrivée à Tananarive, en qualité de plénipotentiaire de la République et de remercier des attentions délicates ont j’ai été l’objet a cours de mon voyage. Mon intention est d’aller voir Votre Excellence demain, à l’heure ordinaire des réceptions du lundi. Si Sa Majesté pouvait m’accorder une audience, je lui serais reconnaissant ; j’ai, du reste, à lui présenter les compliments de M. le Président Casimir PERIER ».

     Le lendemain 15 octobre, à 10 heures du matin il fut reçu par le Premier Ministre. Le surlendemain, mardi 16 octobre, à 3 heures de l’après-midi, il avait eu, à Andranovola, une audience avec la reine RANAVALONA III, pendant laquelle il lui avait brièvement exposé le but de son voyage et présenté les compliments du Président de la République.

     Le mercredi 17 octobre, à 10 heures du matin, il avait eu à nouveau, une entrevue avec RAINIAIARIVONY, à qui il avait remis les lettres de créance émanant u Président de la République française, et expliqué que le Gouvernement hova n’avait pas exécuté le traité du 17 décembre 1885. Par conséquent, continuait M. Le Mye DE VILERS, dans son explication, le Gouvernement français avait pensé qu’il ne devait pas tolérer cela davantage. Il lui avait alors remis le projet de traité ci-après, content cinq article qu’il avait déclaré basés sur le traité de 1885 et destinés ainsi à en assurer l’exécution.                  

  1. Interdiction au gouvernement malgache d’entretenir aucune relation avec les gouvernements étrangers ou leurs agents autrement que par l’intermédiaire du résident français.
  2. Enregistrement, à la résidence, des concessions faites par le gouvernement de la Reine à des Français ou à des étrangers.
  3. Droit pour le gouvernement français d’entretenir des forces militaires qu’il jugera nécessaires pour assurer la sécurité de l’île.
  4. Entreprise, par ce même gouvernement de tous les travaux d’utilité publique.
  5. Perception des profits de ces travaux toutes les fois que le gouvernement malgache ne sera pas chargé de l’exécution des travaux.

     Les termes mêmes du traité "interdiction ", "enregistrement ", "droit ", "entreprise ", "perception " témoignent d’une volonté de légaliser une domination et un bénéfice d’avantages financiers. Aucune monarchie ne peut accepter de tels principes venant d’une autorité extérieure. Le Premier Ministre RAINILAIARIVONY est désemparé ; il réagit selon la nature de l’âme malgache : il oppose son silence.

     L’envoyé extraordinaire lui notifie une mise en demeure de répondre et en informe les différents consuls et les citoyens français.

     Le Premier Ministre est contraint légalement de répondre : il le fait en proposant une conférence à la date du 22 octobre 1894.

    A la conférence du 22 octobre 1894, l’envoyé extraordinaire expose le motif des griefs du gouvernement français : à savoir les voies de fait d’un prince de sang royal sur un soldat français et les absences d’excuse du Premier Ministre.

    Il souligne le caractère de gravité de la situation en cours et fait planer le spectre de la guerre et des conséquences funestes pour le peuple malgache, car la défaite serait inéluctable.

    Le Premier Ministre est surpris de la menace de guerre et assure l’envoyé spécial de son désir de maintenir de bonnes relations. Ce sont deux logiques différentes qui s’opposent. Le Premier Ministre cache le fond de sa pensée et biaise, espérant une transaction, voire un marchandage, l’envoyé extraordinaire se dévoile comme le plénipotentiaire d’un pays qui est sûr de sa force.

    Et l’envoyé extraordinaire rappelle que les résidents généraux, au titre d’un article du traité de 1885, ont réclamé la constitution d’un tribunal mixte franco-malgache pour juger les litiges entre français et malgaches, et qu’ils n’ont jamais obtenu satisfaction. Il souligne, qu’en cas de contestation entre français et malgaches, il n’est pas possible d’obtenir justice.

    Il continue sur l’insécurité des ressortissants étrangers à Madagascar et la conséquence de cette situation : l’évacuation de Tananarive de ces mêmes ressortissants.

    Avant de lui demander de signer ce traité, il rappelle au Premier Ministre, l’enjeu de cette décision : la paix ou la guerre.

    Le choix est on ne peut plus clair. La gravité de la situation est évidente, puisqu’il est question d’évacuer les ressortissants étrangers, donc de rompre les relations diplomatiques, comme à la veille d’une guerre. Mais le Premier Ministre malgache fait la sourde oreille ou plutôt mime l’incompréhension. Car, à mon avis, il se laisse entraîner dans l’art de la joute verbale, cher aux "mérinas " et il propose un contre-projet en 7 points d’une précision telle qu’on pourrait croire qu’il impose un ultimatum.

     - Premier point : L’assurance de la sauvegarde de la personne et des biens nationaux, à condition que la France n’empêche pas l’introduction des armes et munitions "pour mener à bonne fin cette obligation "

    - Second point : Le développement du commerce et des industries d’utilité publique, sans intervention de la France.

    - Troisième point : Le paiement par M. Suberbie, propriétaire français de gisements aurifères, d’un million de piastres, soit cinq millions de francs au gouvernement malgache, pour l’aider à se libérer de ses dettes.

    - Quatrième point : Le jugement du Tribunal malgache pour toute plainte venant d’un français. IL y a donc refus de coopération en matière de jugement.

    - Cinquième point : L’enregistrement de tout prêt français au bureau des Affaires Etrangères de Madagascar, avec paiement d’un droit de 2 centimes par piastres sur les intérêts : taux qui pourra être élevé selon le bon vouloir de la Reine.

    - Sixième point : Le jugement par le Tribunal Mixte de toute contestation pour convention d’Industrie et de Commerce faite par un français.

    - Septième point : L’interdiction signifiée aux troupes françaises de débarquer à terre pour y faire de l’exercice.

    Les termes de la réponse : interdiction unilatérale, jugement unilatéral, compensations à l’avantage d’une seule des deux parties témoignent d’égocentrisme et signent l’engagement dans un dialogue de sourds.

    La proposition est jugée inacceptable par le Président Général, malgré les allégations de bonne volonté du Premier Ministre.

    La décision est prise sur place, de rompre les relations diplomatiques et d’évacuer tous les ressortissants français. La suite de la conduite à tenir va être soumise au débat parlementaire.

    Respectant scrupuleusement les libellés de son instruction, Le Myre DE VILERS, avec ses compatriotes, quittèrent la capitale le samedi matin 27 avril 1894.

     Le Myre de VILERS amena le pavillon français à cinq heures du matin, et donna l'ordre à tous les français d'évacuer la capitale. Il en avertit Rainilaiarivony et lui envoya une lettre d'adieux émus. Le gouvernement de la reine fit escorter les français jusqu'au port de Tamatave.

La guerre et la capitulation de Tananarive 

assemblee-nationale-francaise-1.jpgA Paris dès réception des nouvelles de l’échec de la mission de Le Myre DE VILERS, les discussions à la Chambre des Députés, au cours de la séance du 13 novembre 1894, d’un projet ouvrant un crédit extraordinaire de 65 millions pour l’expédition de Madagascar, Monsieur HANOTAUX, Ministre des Affaires Etrangères, parle à la tribune et propose plusieurs solutions :

     - Première solution : c’est l’occupation des ports de la côte : Tamatave, Majunga, Diego-Suarez. C’est une solution palliative d’attente : elle n’est pas une solution définitive qui apporte une conclusion. Les contingents installés sur place mèneront une campagne de guerre d’avant postes et ne seront pas préparés à l’élan d’une expédition définitive.

    - Deuxième solution : c’est la simple occupation du point stratégique de Diego-Suarez et la renonciation au traité de 1885. On lui oppose le risque d’infiltration d’agents étrangers et la main mise d’autres nations coloniales sur l’île.

    Le rejet de ces deux solutions est approuvé, avec force, par l’assemblée. 

Gabriel hanotauxLa troisième solution proposée de l’abandon total de l’Ile est repoussée par une désapprobation unanime. M. Hanotaux justifie l’expansion coloniale : " La France, comme la plupart des puissances européennes, est entraînée vers une politique d’expansion lointaine, qui n’est pas seulement la suite d’une volonté raisonnée ou d’un dessein calculé, mais qui est la résultante naturelle de ce besoin d’activité qui compte parmi les meilleurs symptômes de santé chez les races vigoureuses. "

Il justifie, aussi, l’importance de l’Ile :

" Elle a pris une place, au moins égale à celle de nos colonies d’Indochine : située à l’autre extrémité de l’Océan Indien, accotée à cette Afrique Australe qui prend un si merveilleux essor, placée sur ce chemin du Cap qui peut redevenir bientôt, une des grandes voies du commerce universel. "Une quatrième solution est donc proposée : c’est l’envoi d’une force militaire puissante entourant le Résident Général à la capitale, " parce qu’il n’y a de véritable protectorat que quand le protecteur est, en mesure, de faire prévaloir sa volonté."

L’expédition de la côte à Tananarive est difficile et doit s’appuyer sur un effort vigoureux : il faut 15000 hommes et 65 millions de francs. On assiste à des mouvements divers des députés : stupéfaction ? Incrédulité ? qui s’opposent à l’enthousiasme.

Finalement, au vote, la majorité l’approuve soit 372 oui contre 135 non.

Le résultat du scrutin décide de l’intervention militaire terrestre, mais le déroulement de l’opération du 15 janvier 1895, date du débarquement à Majunga, au 1er octobre 1895, jour de la reddition de la capitale de Tananarive semblait donner raison aux opposants.   

Le 6 décembre 1894, le Sénat par, 267 voix contre 3, votait également ces crédits alloués à l’expédition de Madagascar.

Le général Duchesne réunit à Suberbieville des troupes, des vivres et du matériel en nombre et quantité suffisants pour être assuré de ne manquer de rien lorsqu'il reprendrait sa marche sur Tananarive. Les Merina se retiraient sur Andriba, qui est à environ 70 km de Suberbieville. Le 29 juin, le poste avancé  français de Tsarasaotra, à 20 km au Sud de Mevatanana, fut attaqué par plusieurs milliers de Merina; le commandant Lentonnet les repoussa. Le général Metzinger arriva à Tsarasaotra dans la soirée et attaqua à son tour les Merina, qui occupaient la mont Beritza, à 10 km, à l'Est de Tsarasaotra. La position fut enlevée et les Merina, rejetés dans les ravins, éprouvèrent de grandes pertes; les Français s'en tiraient avec seulement 2 tués et 45 blessés. Grâce à cette victoire, ils étaient maîtres de la ligne de faîte qui sépare le bassin de l'Ikopa de celui de son affluent, le Betsiboka.

La distance de Suberbieville à Tananarive ne demandait qu'un mois pour être franchie; mais, comme il n'existait encore que des sentiers à boeufs, il fallait créer une route avant de reprendre la marche en avant. Celle de Mojanga à Suberbieville avait pu être terminée facilement, mais on allait rencontrer de plus grandes difficultés au col d'Ampasiry et aux monts Ambohimena. On était obligé d'ouvrir le chemin par sections; les travaux étaient exécutés par le génie, les chasseurs, les tirailleurs et la légion. C'est parmi les troupes qui ont effectué ces ouvrages qu'il y a eu le plus de mortalité et de fièvres. 

ranavalona-iii-et-rainilaiarivony-copie.jpgA Tananarive, le Premier Ministre RAINILAIARIVONY ne restait pas moins actif et préparait la guerre.

Comme d’habitude en pareille circonstance, la reine RANAVALONA III et le Premier Ministre rivalisaient dans des discours patriotiques pour exhorter, à nouveau, la population à résister à toutes les attaques des envahisseurs. La mobilisation générale fut décrétée et la guerre tenait la première place dans les préoccupations du Premier Ministre hova, qui, toutefois, ne croyait pas que le Français pussent venir jusqu’à Tananarive, pour deux raisons majeures : d’abord, il pensait que les chemins qui menaient de la côte à Tananarive seraient impraticables, du moins difficilement praticables, et qu’en raison de la fièvre qui infestait les régions côtières les soldats de l’expédition n’auraient pas beaucoup de chance d’arriver à leur but.

Puis RAINILIARIVONY pensait, ave un certain optimisme naïf, un évènement quelconque pourrait survenir en Europe et obligerait la France à abandonner l’expédition.

A Paris la préparation continuait.

Bateau 002Le 7 janvier 1895, furent constitués le 200e régiment d’infanterie et le 40e bataillon de chasseurs à pied. Ce qui n’empêchait pas, à Madagascar, la force navale française de l’Océan Indien, de passer déjà effectivement au plan opérationnel.

La France envahit Madagascar dès 1895.

Ainsi, le 14 janvier 1895, elle bombarda Majunga et y débarqua deux compagnies d'infanterie de marine et une centaine d'artilleurs.

15 janvier 1895 : L’occupation de Majunga par les troupes françaises complète les préparatifs de l’expédition dont le principe a été accepté par la Chambre des députés française, malgré l’opposition des socialistes et des radicaux. Le corps expéditionnaire comprend 15 000 hommes et l’acheminement des moyens nécessaires impose la construction d’une route praticable pour les convois. Ces travaux causent la mort, du fait du climat insalubre, de plusieurs milliers de soldats et de convoyeurs algériens et somalis recrutés à cet effet.

Discours de la reine Ranavalona III :

Ranavalona3discours copieLa reine RANAVALONA III adressa alors deux nouvelles proclamations au gouverneur de la capitale, aux gouverneurs de province et au peuple malgache tout entier pour simuler la résistance, les deux proclamations suivantes :

 PREMIÈRE PROCLAMATION

      "À Rainandriamanpandry, gouverneur de Tamatave, Ramanuel et Rasitoka, à tous les officiers et juges ;

     Ainsi parle Ranavalona, reine de Madagascar ;

     Voici ce que je vous dis : Le peuple est bien décidé à ne pas céder à la France une parcelle de notre territoire et cela sous aucun prétexte. Le peuple se battra jusqu’à ce que Madagascar ne contienne plus un seul soldat français ; il se battra l’hiver, il se battra l’automne, il se battra l’été. Vous savez que pendant l’été, les soldats qui viennent à Tananarive prennent la fièvre. Faites tout votre possible pour attirer à vous les gens de la côte ; nous les lancerons contre les Français pendant la mauvaise saison ;

     Si vous harcelez les Français pendant l’été, ils prendront la fièvre et on pourra les battre très facilement. Vous connaissez la ruse des blancs ; faites en sorte que notre peuple ne se rapproche point d’eux, car, si les gens de la côte et les Mozambiques fai­saient cause commune avec les Français, nous serions bien embarrassés ;

     Il ne faut pas qu’ils puissent se procurer des vivres chez nous ; tâchez de les retenir dans un cercle très resserré pour que le peuple ne puisse pas venir en nombre chez eux ;

     Faites tout votre possible pour amener mon peuple à haïr ces Français qui nous ont déclaré la guerre.

DEUXIÈME PROCLAMATION

     "Ainsi parle Ranavalona, reine de Madagascar ;

     Voici ce que je vous dis : les Français veulent s’emparer de ce pays ; déjà, en 1883, il nous ont attaqués ; nous les avons repoussés ; maintenant la guerre est déclarée. Voici mes ins­tructions :

         1° Personne ne pourra embarquer de provisions alimentaires ou ne pourra embarquer rien de ce qui est vivant, de peur que ces choses soient vendues aux Français. Si quelqu’un contreve­nait à cet ordre ou faisait passer par terre ces objets pour les faire parvenir aux Français, les provisions en question seront confisquées ;

        2° Le traité conclu avec les Français n’existe plus, car les Fran­çais nous ont déclaré la guerre ;

       3° Si un navire de commerce français ou un boutre de cette nation faisait naufrage sur le territoire de votre gouvernement, vous considéreriez ce bâtiment comme vous appartenant ; cepen­dant les personnes seront logées dans deux ou trois maisons, suivant le nombre ; vous ne les tuerez point : momentanément vous les nourrirez et me préviendrez immédiatement ;

      4° Si vous avez suffisamment d’argent, vous achèterez de la poudre et enseignerez le tir aux soldats et aux canonniers ;

      5° Vous aurez soin de ne pas maltraiter les gens de la côte, qui sont dans votre gouvernement, afin qu’ils fassent cause com­mune avec nous et qu’ils combattent les Français, lorsque ces derniers viendront nous attaquer ;

     6° Pendant la guerre avec les Français, vous prélèverez avec ménagement l’impôt en nature ; il faut avant tout aplanir les dif­ficultés actuelles ;

     7° Entretenez-vous souvent et causez de mon gouvernement avec les princes sakalaves et autres chefs de la côte ;

    8° Allégez la corvée des gens de la côte ;

    9° Personne, absolument personne, ne devra pressurer les habitants de la côte : si quelqu’un contrevenait à cet ordre, vous le garrotteriez et me préviendriez de suite ;

  10° Si un navire de guerre français venait à faire naufrage à la côte, sur le territoire de votre gouvernement, considérez que toutes les personnes qui sont naufragées sont des ennemis. Le navire et les personnes sont des prises ;

  11° Si quelqu’un, si un étranger venait vous dire : les Français ne viendront pas se battre ici, ne croyez pas cela et soyez tou­jours prêts ;

  12° Faites en sorte de ne pas être espionnés. Si vous prenez un espion, vous le garrotterez ;

  13° Vous protégerez les biens et les personnes des sujets des nations qui vivent en bonne intelligence avec nous ; car ce sont les Français seuls qui nous font la guerre ;

  14° Vous placerez vos provisions de riz dans divers endroits. Si les Français venaient à vous attaquer et que vous ne puissiez les repousser, avant de vous en aller, vous brûlerez le village, ainsi que le riz que vous n’aurez pas pu emporter ;

  15° Si les Français vous attaquent et que vous les repoussiez, ou s’ils débarquaient et construisaient un fort, ne vous en allez pas loin, tirez sur eux, harcelez-les, attaquez-les pendant la nuit si vous le pouvez. Vous savez que les étrangers qui viennent à Madagascar prennent les fièvres et sont facilement battus, quand ils sont fatigués par des combats continuels. Faites que nos popu­lations ne se rapprochent point des Français ;

  16° Quant à vous, chefs, bourgeois et soldats, vous pouvez acheter de la poudre et des fusils pour vous protéger, pour pro­téger vos femmes, vos enfants, et pour défendre ce pays et ce gouvernement ; J’ai dit."  

Chefs de services e l epeditionA Paris les discours et les discussions sur les affaires de Madagascar se succédèrent. M. RIBOT, Président du Conseil entouré du Général ZURLINDEN, Ministre  de la Guerre, de l’amiral BESNARD, Ministre de la Marine, de M.G. HANOTAUX, Ministre des Affaires Etrangères, avec le concours du Général DUCHESNE, de M. BOMPART, ancien Résident de Tananarive et du capitaine de vaisseau RICHARD, ancien commandant de la division navale de l’Océan Indien, préparèrent le 3 février 1895 dans n conférence au Ministère es Finances, les rades ligne à suivre pour réussir l’expédition.

Duchesne copie 1CorpsCorps a majunga1

Le 12 février 1895, l’état-major du corps expéditionnaire fut constitué et le 20 mars 1895, le général Jacques Charles né DUCHENE fut officiellement désigné commandant en chef de l’expédition.

Le général DUCHESNE, débarque le 6 mai 1895 à Majunga où il établit son quartier général.

Composition du corps expéditionnaire

Corps a majungaLe corps expéditionnaire, qui commence à débarquer à Majunga le 23 avril 1895 en pleine saison des pluies, est dirigé par le général Duchesne, ancien du Tonkin et d’Algérie et le chef des services de renseignements du corps expéditionnaire est le lieutenant-colonel Léon de Beylié.

Il est divisé en 2 brigades :

  • Train
    • 30e escadron à six compagnies sous les ordres du chef d’escadron Deyme. 44 officiers, 860 sous-officiers, brigadiers et conducteurs français, 4 270 conducteurs auxiliaires indigènes, 4 500 chevaux et mulets tirant 4 000 voitures Lefebvre

Tout était donc prêt pour donner l’assaut à Tananarive, qui ne s’en préparait pas moins à affronter les troupes françaises, commandées parles généraux DUCHESNE, METZINGER et VOYRON. Depuis la fin du mois de janvier, les troupes malgaches de Diégo-Surez se portèrent vers le Sud-Ouest, entre Majunga et Tananarive, dans le Boéni, pour, empêcher la pression des forces françaises qui, trois mois après, les forcèrent à se battre à reculons.

Déroulement

Juin 1895 : Les troupes françaises commandées successivement par les généraux METZINGER et VOYRON établissent une base de départ à Maevatanana en vue de l’attaque contre Tananarive. Les tentatives de réaction des troupes malgaches, engagées en ordre dispersé, sont aisément repoussées.

L’expédition souffre terriblement de son manque de préparation. Les hommes manquent de quinine contre le paludisme, celle-ci étant à fond de cales sous d'autres fournitures. Le fait d'avoir choisi pour le transport des troupes la voiture hippomobile Lefebvre (charrette d'une masse de 335 kg portant un chargement de 250 kg tiré par un mulet commandé à 5 000 exemplaires pour l'expédition) condamne le corps expéditionnaire à construire une route carrossable du point de débarquement jusqu’à Tananarive et expose les milliers d’hommes du génie qui effectuaient les terrassements et ceux du train qui parcouraient la route sans relâche à la mort par maladie.

  • Tananarive a majunga127 mars - Prise de Mahabo sur la rive gauche de la Betsiboka
  • 3 avril - Attaque de Miadana par le général METZINER
  • 6 mai - À la tête du gros du corps expéditionnaire, le général DUCHESNE débarque au milieu de la confusion et mit un mois à rétablir l’ordre sur les arrières avant de rejoindre son avant-garde qui cheminait lentement dans les marais.
  • 6 juin - Partant d'Ambato, la Légion étrangère s'établit sur la rive droite de la Betsiboka.
  • 9 juin - Prise de Mevatanana et le général Duchesne installe son QG à Suberbieville.
  • 28 juin - Le général Rainianjalahy livre la bataille de Tsarasaotra poste avancé français à 20 km au Sud de Mevatanana. Le commandant Lentonnet les repoussa plusieurs milliers de Merina qui les attaquaient. Le général Metzinger arriva à Tsarasaotra dans la soirée et attaqua à son tour les Merina, qui occupaient la mont Beritza, à 10 km, à l'Est de Tsarasaotra. La position fut enlevée et les Merina, rejetés dans les ravins, éprouvèrent de grandes pertes ; les Français s'en tiraient avec seulement 2 tués et 45 blessés. Grâce à cette victoire, ils étaient maîtres de la ligne de faîte qui sépare le bassin de l'Ikopa de celui de son affluent, le Betsiboka.
  • Le 29 juin, le poste avancé  français de Tsarasaotra est attaqué par plusieurs milliers de Merina. Après avoir solidement organisé sa base de ravitaillement à Marololo-Suberbieville, le corps expéditionnaire reprend sa marche le 14 juillet.
  • Le 30 Juin, victoire de Tsarasoatra.La route de Tana est ouvertes. RAINILAIARIVONY décide le 25 Septembre de faire évacuer femmes et enfants de la capitale assiégée.
  • Jusqu’au 14 juillet, le corps expéditionnaire franchit trois massifs allant de 500 à 1 200 m. Les ravitaillements devenaient problématiques du fait du faible rendement des voitures Lefebvre. La ville d'Andriba est atteint le 20 août, après cinq mois de fatigues surhumaines.
  • 22 août - Prise de Andriba par le général Voyron.

Expedition combat copieFin août 1895 : Le corps expéditionnaire français aborde le plateau mais l’aménagement de la route ralentit sa progression.

De là, il fut décidé d'envoyer une colonne légère vers la capitale malgache. Elle comprend 4 250 combattants, trois batteries d’artillerie, 300 conducteurs du train français et 1 500 kabyles, avec 250 chevaux et 2 800 mulets portant 20 jours de vivres. La distance de 150 km qui séparent Andriba de Tananarive est parcouru en seize jours.

  • 15 septembre - Combat de Tsinainondry
  • 17 septembre - Combat du col de Kiangara
  • 19 septembre - Combat des monts Ambohimena

La marche sur Tananarive

Le général Duchesne réunit à Suberbieville des troupes, des vivres et du matériel en nombre et quantité suffisants pour s’assurer qu’il ne manquera de rien lorsqu'il reprendra sa marche sur Tananarive. Le 29 juin, le poste avancé  français de Tsarasaotra est attaqué par plusieurs milliers de Merina. Après avoir solidement organisé sa base de ravitaillement à Marololo-Suberbieville, le corps expéditionnaire reprend sa marche le 14 juillet. Pendant que le génie militaire confectionne une route entre Tsarasaotra et Ampasiry, le général Metzinger a envoyé une forte avant-garde à Anjiajia pour protéger les travailleurs. La nécessité de faire une route à travers un pays accidenté a retardé l’avance des troupes. Le général Duchesne décide d'arrêter là le travail de construction de la route carrossable et de poursuivre les opérations contre Tananarive avec une colonne légère dotée d'effectifs et de moyens de transports réduits. Le 19 le passage des monts Ambohimena est libéré. Le 30 septembre, après une action brillante, le général Duchesne entre à la tête d’une colonne volante dans Tananarive que les Merina ont vainement tenté de défendre.

Alors que le corps n’a perdu que 25 hommes au combat, 5 756 meurent de maladie. L'expédition, qui est la plus meurtrière de toutes, perd près de 40 % de ses effectifs.

L'absence de résistance organisée des Malgaches ainsi que la prise de Tananarive le 30 septembre 1895 permettent la mise en place d’un protectorat le 1er octobre, mais au prix de la naissance d'un fort mouvement anticolonial. Ce protectorat ne convient pas aux Réunionnais et au parti colonial, qui réclamaient l’annexion. Par décision unilatérale, par décret du 11 décembre 1895 et la loi du 6 août 1896, Madagascar est annexé et rattaché au ministère des Colonies. L’île s’embrase alors dès septembre 1896 et Paris envoie le général Gallieni, investi de tous les pouvoirs civils et militaires, afin de rétablir l’ordre. Il devient gouverneur général. Grâce à sa tactique de la tache d’huile, il pacifie la région et, début 1897, l’insurrection est considérée comme vaincue.

duchesne4.jpgLe général Jacques Charles René Achille DUCHESNE réunit à Suberbieville des troupes, des vivres et du matériel en nombre et quantité suffisants pour être assuré de ne manquer de rien lorsqu'il reprendrait sa marche sur Tananarive. Les Merina se retiraient sur Andriba, qui est à environ 70 km de Suberbieville. Le 29 juin, le poste avancé  français de Tsarasaotra, à 20 km au Sud de Mevatanana, fut attaqué par plusieurs milliers de Merina; le commandant Lentonnet les repoussa. Le général Metzinger arriva à Tsarasaotra dans la soirée et attaqua à son tour les Merina, qui occupaient la mont Beritza, à 10 km, à l'Est de Tsarasaotra. La position fut enlevée et les Merina, rejetés dans les ravins, éprouvèrent de grandes pertes; les Français s'en tiraient avec seulement 2 tués et 45 blessés. Grâce à cette victoire, ils étaient maîtres de la ligne de faîte qui sépare le bassin de l'Ikopa de celui de son affluent, le Betsiboka.

La distance de Suberbieville à Tananarive ne demandait qu'un mois pour être franchie; mais, comme il n'existait encore que des sentiers à boeufs, il fallait créer une route avant de reprendre la marche en avant. Celle de Mojanga à Suberbieville avait pu être terminée facilement, mais on allait rencontrer de plus grandes difficultés au col d'Ampasiry et aux monts Ambohimena. On était obligé d'ouvrir le chemin par sections; les travaux étaient exécutés par le génie, les chasseurs, les tirailleurs et la légion. C'est parmi les troupes qui ont effectué ces ouvrages qu'il y a eu le plus de mortalité et de fièvres. 

Après avoir solidement organisé sa base de ravitaillement à Marololo-Suberbieville, le corps expéditionnaire a repris sa marche en avant le 14 juillet. Pendant que le génie militaire confectionnait la route entre Tsarasaotra et Ampasiry qui présentait des difficultés considérables, le général Metzinger avait envoyé une forte avant-garde à Anjiajia pour protéger les travailleurs. Le 15 août, les avant-postes français étaient à peu de distance de Soavinandriana, à 80 km, de Suberbieville. La nécessité de faire une route à travers un pays accidenté, la préoccupation des approvisionnements, l'impossibilité d'utiliser les voitures Lefebvre pour les transporter, avaient retardé la marche des troupes. Les effectifs étaient très réduits par la maladie; Les Européens avaient 4500 soldats environ et les Malgaches disposaient de 5000 combattants.

Cependant, la brigade VOYRON occupait presque sans combat Andriba, le 22 août. Le général DUCHESNE décida d'arrêter là le travail de construction de la route carrossable et de poursuivre les opérations contre Tananarive avec une colonne légère dotée d'effectifs et de moyens de transports réduits.

14 septembre 1895 : Le général DUCHESNE, commandant en chef de l’expédition, décide de constituer une colonne légère de 4 000 combattants pour accélérer la marche vers l’intérieur.

La colonne prit la route de Tananarive le 14 septembre. Le général METZINGER qui marchait en avant dut forcer le lendemain le défilé de Tsinainondry où s'étaient établis les Merina, Le 19 le passage des monts Ambohimena fut enlevé. Dès lors, la marche devint très rapide. Enfin le 30 septembre, après une action brillante, le général DUCHESNE est entré à la tête de la colonne volante dans la capitale de l'Imerina, placée sous le feu de l'artillerie déployée sur les collines flaquant la ville à 'Est, que les Merina avaient vainement tenté de défendre. 

Ranavalona3 metzinger signature traite copieLa reine RANAVALONA était restée dans son palais où le commandant en chef lui fit signer le 1er octobre, un traité de protectorat, analogue à celui proposé l'année précédente par Le Myre DE VILERS, mettant fin à la guerre et établissant un protectorat français sur toute l'île. Le Résident général METZINGER fut nommé gouverneur militaire de Tananarive, il sera chargé des relations extérieures et la reine devra mettre en œuvre les réformes jugées utiles par la France. La formule du protectorat satisfait les missionnaires soucieux de respecter l’identité indigène mais aussi les hommes d’affaires qui pensent pouvoir s’entendre avec des autorités locales plus malléables que des administrateurs coloniaux.

Peu de jours après, Farafate, près de Tamatave, se rendait également. Le premier ministre Rainalaiarivony, qui avait toujours été le plus ardent adversaire de la France, ayant cherché à éluder les ordres donnés, le général Duchesne fit nommer par la reine, le 15 octobre, premier ministre Rainitsimbazafy antérieurement ministre de l'intérieur. L'ancien premier ministre fut interné sous garde militaire aux environs de Tananarive.

Le traité dont le général Duchesne était porteur et qu'il avait fait signer à la reine fut diversement apprécié et assez vivement critiqué dès qu'il fut connu en France. On lui reprochait notamment de n'avoir pas établi sur l'île un protectorat assez étroit; beaucoup auraient voulu que Madagascar fût annexé purement et simplement. Le ministère Bourgeois, dès sa constitution, décida de modifier ce pacte, Il nomma résident général à Madagascar un dénommé Laroche, ancien lieutenant de vaisseau et ancien préfet, et secrétaire général de la résidence Paul Bourde. Par un décret du 14 décembre, l'administration de Madagascar fut détachée du ministère des affaires étrangères et rattachée à celui des colonies. Le gouvernement a complété depuis l'organisation administrative et judiciaire du pays.

Laroche est arrivé à Tananarive au mois de janvier 1896.

La Reine le reçoit mais elle sait que les relations avec cet Ambassadeur ne seront pas celles qu'elle a toujours eut avec Le Myre de Vilers.

Le 18 janvier 1896 : Après que Madagascar fut passée, le mois précédent, de l’autorité du ministère des Affaires étrangères à celle du ministère des Colonies, le Résident général Laroche fait signer à la reine un nouveau traité par lequel la "prise de possession par la France" se substitue au "protectorat", consacrant la souveraineté de la France sur l'Île. Il est cependant demandé au Résident "d’éviter tout acte de nature à affaiblir sans nécessité l’autorité de la reine auprès de ses sujets".

La monarchie fut abolie. Mais une forte rébellion (rébellion de Menalamba) éclata presque aussitôt qui fut matée avec une violence extrême. Le 20 juin, Madagascar était considérée comme annexée. Puis le général Galleni y fut nommé gouverneur général, pourvu des pleins-pouvoirs.

6 août 1896 : Une loi votée par la Chambre le 20 juin, par 329 voix contre 82 : Madagascar est déclarée unilatéralement  «colonie française avec les îles en dépendant». Depuis 1883, les Français tentent d'imposer un protectorat à la reine Ranalavano III. En 1885, ils réussissent à prendre en charge les relations extérieures du royaume de Madagascar. Le protectorat est reconnu par les Anglais en 1890 mais est rejeté par les Malgaches. Les troupes françaises occupent le centre du pays. En janvier 1896, la France fait signer à la reine Ranalavano III, la cession de Madagascar. Des révoltes éclatent dans l'île. Les insurgés infligent de lourdes pertes à l'armée française. Le général Gallieni débarque en août 1896 et conduit la «pacification» de l'île (100 000 morts). Il fait office de gouverneur jusqu'en 1905. Le 28 février 1897, la reine est arrêtée, exilée à l'île de La Réunion puis en Algérie. Le lendemain de son départ, la monarchie merina est abolie par le pouvoir colonial.

 

L'expédition de Madagascar est une intervention militaire qui a conduit à la colonisation de Madagascar par la France. Il y eut en fait deux expéditions, la première en 1881-1882 et la seconde en 1894-1895, qui aboutit à la signature d'un protectorat.

Les hostilités débutent en mai 1883. L'escadre du contre-amiral Pierre soumet la côte malgache à un blocus sévère et bombarde plusieurs villes portuaires. Le 17, Majunga est attaquée et occupée par les marins français. Le contre-amiral Miot qui succède à Pierre poursuit son action et les bombardements (Mahanourou, Fénérife...) et occupe la baie de Diego-Suarez en 1885. Le 27 août 1885, le chef de bataillon Théophile Pennequin, à la tête d'une petite troupe composée de 50 marins et de 70 auxiliaires sakalaves, met en déroute plusieurs milliers de Hovas commandés par le Britannique Shervington au combat d'Andampy mais le 10 septembre suivant, les Malgaches prennent leur revanche et repoussent les Français devant Farafate. Les difficultés rencontrées par la France face à la Chine et qui l'obligent à consacrer l'essentiel de ses moyens navals, militaires et financiers à la région indochinoise au préjudice des autres théâtres d'opérations et l'épuisement des Hovas conduisent les deux parties à rechercher une issue négociée au conflit.

La France, sous la pression de son lobby réunionnais, fait la guerre au royaume Merina pour détruire l'hégémonie britannique. Elle impose un protectorat en 1885 avec des conditions financières ruineuses pour l'économie du royaume. En 1890, elle fait reconnaître ses droits sur Madagascar par la Grande Bretagne. À la suite de l'effondrement économique, des agressions contre des Européens fournissent le prétexte à une nouvelle intervention militaire française qui se termine par la prise d'Antananarivo, le 30 septembre 1895.

Le Petit Journal du 9 décembre 1894 justifie ainsi l'intervantion : "Nous allons prochainement entrer en campagne contre Madagascar, et le monde entier nous rend cette justice que nous ne sommes pas les agresseurs, que nous n'avons été guidés ni par l'esprit de conquête, ni par un désir de lucre; mais notre dignité nous défend de supporter les insultes des sauvages de là-bas. Que dirait-on de la France si sa main ferme ne lui servait à venger de pareilles injures ?"

a. L'anarchie de 1896

Le Gouvernement français a cru la conquête terminée par la prise facile de Tananarive, et il a laissé seulement quelques troupes autour de la ville. Des membres du Gouvernement malgache veulent profiter de cette faiblesse et déclenchent le mouvement « Fahavalo » anti-français. Cette révolte est favorisée par les esclaves libérés par la France et dont beaucoup vagabondent sans ressources. En dehors de l’Imerina, des populations se soulèvent contre les Merina (Betsimisaraka, Sakalava). C’est l’anarchie.

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      En 1895, durant l'attaque des colonisateurs français, le Premier ministre roturier RAINILAIARIVONY s'oppose à la décision de la Reine RANAVALONA III (1883-1896) de faire un repli stratégique sur la ville de Fianarantsoa au Sud et fait lever le drapeau blanc sans le consentement de celle-ci. Ce qui provoque l'insurrection des Menalamba-"Toges rouges" qui prennent les armes pour lutter contre le régime colonial. Cette revendication est suivie après la première guerre mondiale par celle, plus pacifique, des "VVS" (Vy Vato Sakelika), puis par celle du parti politique M.D.R.M. ("Mouvement démocratique pour la rénovation malagache"), accusé par le régime colonial d'avoir été à l'origine de l'insurrection armée du 29 mars 1947. La terrible répression à l'encontre des membres du parti M.D.R.M. qui s'ensuivit affecta durablement le dynamisme politique anti-colonial.

    Un gouvernement avec RAINANDRIAMAMPANDRY, un intellectuel protestant, comme ministre de l'Intérieur, est nommé par la France. Cette conquête suscite un mouvement de retour aux valeurs et à la religion traditionnelles qui débouche sur l'insurrection dite des Menalamba où les chrétiens et les Européens sont les premières victimes. Les membres du gouvernement Merina sont vus comme des collaborateurs de l'occupant. Gallieni, nommé gouverneur civil et militaire le 27 septembre 1896, veut, pour impressionner, faire un exemple en condamnant des responsables. De manière complètement arbitraire après un semblant de procès, RAINANDRIAMAMPANDRY est fusillé en public. Alors qu'il n'était pour rien dans le soulèvement, une accusation de complot est forgée de toute pièce contre lui. Le Petit Journal du 22 novembre 1896 écrit: "Comme il fallait une leçon aux révoltés, on s'est emparé de deux grands personnages qui avaient pactisé avec eux, ce sont le prince Ratsimamanga et le ministre de l'intérieur Rainandriamampandry; tous deux ont été jugés, condamnés et fusillés, le tout avec une rapidité qui inspirera des réflexions salutaires à leurs complices."

La répression est féroce. La France se coupe de l'élite Merina, et abolit la royauté. L'anarchie ne fait que s'étendre. Un régime d'oppression s'abattit sur Madagascar.

      Le choix diplomatique d'européanisation modérée qui suivit le relatif autarcisme de Ranavalona Ire place le royaume de Madagascar dans une situation délicate. Les ambitions coloniales de la France se font de plus en plus pressantes, si bien qu'en 1885, celle-ci y établit une sorte de protectorat économique et diplomatique. Le Premier ministre Rainilaiarivony échoue à s'y opposer en 1894 et entraîne l'invasion française l'année suivante. L'armée française ne rencontre quasiment pas d'opposition ; en effet, le gouvernement français a promis à travers le traité du 1er octobre 1895 la conservation du régime monarchique.

Ranavalo signatureRanavalona 3 signature

01 Octobre 1895: Capitulation de la reine Ranavalona III et Le général DUCHESNE fait signer à la reine un traité de protectorat français sur Madagascar.

Duchesne copieLe Général Jacques Charles René Achille DUCHESNE s’empressa de profiter de ces bonnes dispositions pour faire arrêter dans l’entourage de la reine quatre hauts personnages de la cour, qui s’étaient compromis par leur violence et leurs exactions, et qui étaient exécrés par le peuple. Ils seront conduits sous bonne escorte à Majunga à la suite du général METZINGER et de la première brigade, qui partent après-demain pour gagner la côte par la route d’Andriba et rentrer en France. Les prisonniers seront internés à Nossi-Bé jusqu’à nouvel ordre ; on les autorise à voyager en filanjana portés par leurs propres borizano.

Il n’est pas facile de remplacer RAINILAIARIVONY à la tête des affaires : à lui seul, il personnifiait le gouvernement malgache tout entier ; c’était un autocrate absolu, et la reine entre ses mains n’était qu’un instrument docile. Le Général en chef a choisi pour remplir les fonctions de premier ministre RAINITSIMBAZAFY, 15e honneur, ancien ministre de l’intérieur. C’est un gros homme un peu épais, marchant difficilement et qui ne paie pas de mine. Ses nouvelles fonctions en font de droit le mari de la reine. Quand on l’a proposé à RANAVALONA III, celle-ci a d’abord demandé avec une moue significative si le candidat jouirait de toutes les prérogatives attachées à la fonction. Le Général en chef s’est empressé de répondre qu’il était décidé en principe que le nouveau premier ministre n’habiterait pas le palais. RANAVALONA rassurée fit immédiatement introduire RAINITSIMBAZAFY, qui attendait dans une pièce voisine. "Je te nomme premier ministre", lui dit-elle. Le gros homme porta la main à son front et s’inclina profondément. "Il a été décidé que tu n’habiterais pas au palais !" Nouvelle inclination plus profonde et plus soumise ; et ce fut tout.

Le lendemain, une affiche de couleur blanche (la couleur officielle), surmontée comme d’habitude de la couronne royale, était placardée dans toutes les rues de Tananarive ; elle annonçait au peuple que, "en raison de son grand âge, RAINILAIARIVONY avait besoin de repos et que la reine avait désigné RAINITSIMBAZAFY pour le remplacer dans ses fonctions de premier ministre et de commandant en chef de l’armée malgache".

Le 21 octobre est le jour choisi par la reine pour le grand kabary dans lequel elle doit présenter solennellement à son peuple le nouveau premier ministre. Dès le matin toutes les digues qui, à travers les rizières, relient les villages environnants à la capitale se couvrent de lambas blancs. Une animation extraordinaire règne dans les rues de la ville : hommes et femmes endimanchés accourent à la place d’Andohalo. Des fonctionnaires de la cour, des dames d’honneur de la reine, passent en filanzane au grand trot de leurs bourjanes, se rendant au palais pour prendre place dans le cortège officiel : les hommes en redingote ou en frac noir, avec le chapeau de soie et les souliers vernis ; les femmes en grande toilette européenne, les pieds très petits chaussés de fines bottines, les mains irréprochablement gantées de blanc ; une ombrelle protège contre le soleil leur teint couleur de pain d’épice.

Le Général en chef, qui ne veut à aucun prix que la cérémonie soit troublée, a consigné la troupe dans ses casernes et défendu aux officiers de se promener dans les rues pendant la durée du kabary. Les postes français que la reine rencontrera sur son passage doivent prendre les armes et lui rendre les honneurs. Une des casernes des tirailleurs algériens donne justement sur le petit chemin que va suivre la cour pour se rendre à Andohalo.

Ranavalona 3 allant au kabaryÀ 10 heures et demie précises, un clairon annonce l’arrivée du cortège ; une poussée se produit dans la foule ; le poste des tirailleurs prend les armes.

Voici d’abord un héraut armé d’une longue canne, qui fait ranger la foule ; puis des fonctionnaires du palais qui commandent du haut de leurs filanjana à une escouade d’agents de police malgaches. Ils précèdent des soldats de la garde royale marchant sur quatre rangs, armés de lances, vêtus de blanc et coiffés d’une petite toque assez gracieuse. Vient ensuite la longue théorie des dames d’honneur et des parentes de la reine portées par leurs borizano ; ces dernières se reconnaissent à leurs robes rouges ; le rouge est la couleur royale, et la famille seule de la reine a droit de la porter dans les cérémonies officielles.

Un groupe de redingotes noires et de chapeaux de soie représente le gouvernement malgache ; un parent de Ranavalo porte en sautoir le grand cordon de Radama II.

La reine paraît enfin, précédée de sa musique qui joue l’air national hova et d’une troupe de femmes qui chantent en battant des mains. Portée en palanquin sous un grand parasol rouge, elle est vêtue d’une robe en velours de même couleur, brodée d’or.

Ranavalona3 couronnement copieAussitôt que la reine a pris place sur une sorte d’estrade recouverte d’un dais en étoffe rouge et verte, la musique du palais reprend l’air national, bientôt suivi de la Marseillaise, que l’entourage de la reine écoute debout. Puis Ranavalo se lève et un grand silence se fait tout à coup dans la foule, pendant que d’une voix ferme la reine lit au peuple une adresse dont elle tient le texte dans sa main gantée de blanc : « La guerre est finie, dit-elle ; tous les habitants des campagnes doivent rentrer dans leurs maisons et cultiver leurs champs ; aux quatre points cardinaux, les routes doivent s’ouvrir. Les Français sont les frères des Hovas ; il faut que ceux-ci les traitent comme tels.

Après la présentation du premier ministre au peuple et un discours de Rainisimbazafy, Ranavalo regagne son palais, précédée de sa musique et des dames d’honneur, avec le même apparat qu’à l’arrivée.

Une audience privée au palais.

20 novembre 1895. – Un aide de camp de la reine apporte au Général en chef DUCHESNE des cartes d’invitation pour la cérémonie du Fandroana ou fête du Bain, qui doit avoir lieu au palais le 22 novembre. Cette fête inaugure la nouvelle année malgache et coïncide avec l’anniversaire de la naissance de la reine.

Les cartes d’invitation, imprimées sur bristol crème timbré de la couronne royale, sont ainsi libellées : Cérémonie du Fandroana en souvenir de la naissance de Ranavalomanjaka III Reine de Madagascar, etc., etc., 22 novembre 1895.

Le 22 novembre, le vendredi, à 7 heures du soir, on célébrera la fête au palais de Manjakamiadana.

Carte d’entrée pour Le général en Chef Jacques Charles René Achille DUCHESNE

À l’occasion du Fandroana, le Général en chef vient de rendre à la reine sa garde d’honneur. Depuis notre entrée à Tananarive, Ranavalo était gardée dans son palais par une compagnie d’infanterie de marine qui logeait à proximité. À partir d’aujourd’hui, le service du palais sera fait par 300 soldats hovas auxquels le général Duchesne a fait rendre leurs fusils, sans les cartouches, bien entendu. La reine n’a pas fait grands frais

Le myr de viliers filanjana copie21 novembre matin, le Général en chef DUCHESNE va au palais présenter ses compliments à la reine, à l’occasion de la nouvelle année malgache. Départ à 9 heures en filanjana ; le Général en chef, qui porte tous ses ordres, est salué respectueusement par la population indigène.

Une rangée de soldats hovas, placés devant la porte du Palais d’Argent, où doit avoir lieu l’audience, présentent tant bien que mal les armes sur le passage du Général. Ils sont commandés d’une voix brève et rauque par un officier de la cour, revêtu d’un uniforme anglais, chaussé de grandes bottes molles en cuir jaune qui montent jusqu’au-dessus des genoux.

Le Palais d’Argent est une grande case en bois toute noircie par le temps, occupée tout entière par une immense salle dans laquelle la reine nous attend.

Ranavalona iii duchesne copieLa Reine RANAVALONA, assise dans un fauteuil en velours rouge placé sur une estrade, a revêtu la fameuse robe rouge brodée d’or des grands kabars ; elle est coiffée d’une sorte de diadème surmonté de plumes d’autruche blanches, et est gantée de blanc. En sautoir, le grand cordon de la Légion d’honneur.

Le premier ministre Rainisimbazafy est debout, au pied de l’estrade, assisté du premier interprète de la cour, Paul Ratsimahaba, en habit noir très correct. Ce Paul a séjourné deux ou trois années en France, où il a suivi les cours de Saint-Maixent ; il a fait un stage dans un de nos régiments d’infanterie ; il passe pour avoir les faveurs de la reine.

L’audience est privée ; à part une vingtaine d’officiers qui composent la suite du Général en chef, la reine n’a admis que sa propre famille : sa tante, très grosse et très laide personne qui accuse quarante ans bien sonnés, une petite nièce assez jolie et une douzaine de parentes et de dames d’honneur rangées en brochette sur un grand canapé et sur des chaises disposées à gauche du trône. La partie masculine, debout à droite de l’estrade, comprend le premier ministre, énorme, sanglé à en perdre la respiration dans une redingote noire, les deux oncles de la reine, deux vieux au teint très foncé, aux pommettes saillantes et au regard faux.

Devant le trône, des fauteuils ont été placés pour le général Duchesne et les généraux de Torcy et Voyron ; nous nous asseyons derrière eux sur des chaises en bois doré qui viennent du palais de l’ex-premier ministre ; elles ont été envoyées à la reine le matin même.

Pendant que le Général en chef offre à Sa Majesté Ranavalo ses souhaits de prospérité pour elle et pour son pays dans un discours que traduit au fur et à mesure, à haute voix et mot à mot, l’interprète de la Résidence debout en grand uniforme à côté du Général, j’examine la salle extrêmement spacieuse et à plafond très haut où nous sommes reçus. Les murs sont ornés de grandes glaces avec de larges bordures dorées. Au-dessus des deux portes à double battant, des tableaux superbement encadrés.

Aujourd’hui 21 octobre est le jour choisi par la reine pour le grand kabar dans lequel elle doit présenter solennellement à son peuple le nouveau premier ministre.

Hippolyte laroche copieLe tournant politique majeur a lieu le 18 janvier 1896, quand le nouveau gouverneur de l'île, Hippolyte Laroche, obtient de la reine une déclaration reconnaissant de fait la « prise de possession » de Madagascar par la France. Le Premier ministre Rainilaiarivony doit, lui, s'exiler.

Le 6 août 1896, au terme de multiples péripéties militaires, le Président Félix Faure proclame, l'Assemblée nationale française et le gouvernement Méline prononcent unilatéralement la transformation du royaume de Madagascar en colonie française. La reine est arrêtée dans la nuit du 28 février 1897 par le gouverneur général, Joseph Gallieni, et le lendemain, la monarchie, qui existait en tant que telle depuis 1817 et dont les origines remontaient au Royaume d'Émyrne (XVIe siècle), est abolie.

Exil du premier Ministre RAINILAIRIVONY

Rainilaiarivony dernier momentDu 15 Octobre 1895 au 06 Février 1896, l'ancien premier ministre fut placé en résidence surveillée et gardée par des soldats sénégalais à son domicile d'Amboditsiry, puis, le 6 février 1896, il embarqua dans un bateau en partance pour l'Algérie accompagné de son petit-fils Ratelifera qui se rendait en France, de Gabriel Razanamahery son interprète, et de quatre domestiques.

À l'âge de 68 ans, il quitta son île pour la première fois de sa vie et n'aura plus la possibilité de la revoir.

Rainilaiarivony en france copieLe navire atteignit le port d'Alger le 17 Mars 1896. Le gouvernement français installa Rainilaiarivony dans le quartier Géryville d'Alger, l'une des parties abandonnées de la ville. Un agent français dénommé Joseph Vassé fut chargé de maintenir une documentation détaillée en ce qui concernait la personnalité et les activités de Rainilaiarivony à travers son exil en Algérie. Vassé décriva l'ancien premier ministre comme étant un homme de grande spontanéité, de convivialité, de sincérité et d'ouverture d'esprit, mais Vassé souligna également qu'il pouvait arriver à l'ex-Premier ministre d'être susceptible, d'avoir des sautes d'humeur et une tendance à être exigeant ; surtout en ce qui concernait sa garde-robe mais aussi dans bien d'autres domaines. Vassé fit remarquer les grandes qualités d'intelligence, de tact et de leadership de Rainilaiarivony ; qui lui valurent l'admiration de beaucoup de personnes qui l'avaient connu ; notamment le Général Le Myre de Vilers, qui l'appelait à la fois ennemi et ami. En apprenant la situation de la vie de Rainilaiarivony à Alger, Le Myre de Vilers fit pression sur le gouvernement français afin que l'ex-Premier Ministre ait de meilleurs logements. Par conséquent, Vassé repéra et attribua un nouveau foyer à l'ancien Premier ministre. La nouvelle villa appelée "Villa des Fleurs" était située dans le quartier chic de Mustapha Supérieur, voisine à la résidence de l'ancien roi exilé de l'Annam. Mise à part La beauté de la Villa des Fleurs ; Rainilaiarivony fut heureux d'être bien accueilli par l'Algérie ; ce qui lui permit d'avoir une impression positive sur sa nouvelle vie. Rainilaiarivony acquit également une excellente réputation de la part de la haute société d'Alger, où il fut perçu comme étant un homme intelligent, généreux et charmant. Le gouverneur-général de l'Algérie l'invitait régulièrement à des bals diplomatiques ainsi qu'à des événements sociaux où il aimait bien y danser. Lorsqu'il n'était pas occupé par ses divers engagements sociaux ; Rainilaiarivony lisait avidement le journal et correspondait régulièrement avec des contacts de Madagascar. Lorsque l'insurrection éclata à Madagascar contre la domination française ; l'ancien premier ministre écrivit une lettre qui fut publiée le 5 juillet 1896, dans un journal malgache et dans laquelle il y condamnait l'attitude ingrate des insurgés alors que selon lui, le contact avec les Français apportait beaucoup à Madagascar.
Le 14 Juillet 1896, Rainilaiarivony fit sa dernière sortie à Alger pour aller regarder les feux d'artifice. Comme il se promenait dans les rues pour rejoindre les autres spectateurs de son parti, il fut accueilli et acclamé par la foule admirative qui criait "Vive le Ministre!" 

Décès de Rainilaiarivony :

      La chaleur intense de ce 14 Juillet épuisa l'ancien premier ministre RAINILAIARIVONY. Il avait eu ce soir-là une forte fièvre. Selon un de ses serviteurs, on dit que quelques jours avant sa mort il fit un rêve prémonitoire dans lequel il vit apparaître son ancienne épouse et ex-reine "RASOHERINA" qui vint lui annonçer qu'il rejoindrait bientôt son frère aîné décédé : RAINIVONINAHITRINIONY.     
     Le serviteur qui avait été mit dans la confidence de son maître ; rapporta à Vassé le fameux rêve en question, et expliqua à celui-çi que ce rêve prédisait la mort imminente de son maître : RAINILAIARIVONY.
La fièvre de l'ancien Premier Ministre empira ; ce qui l'affaiblit encore plus et au cours des prochains jours il mourut dans son sommeil le 17 Juillet 1896, dans son lit en étant entouré de ses proches et de ses plus proches amis.
Le corps de RAINILAIARIVONY fut d'abord initialement enterré dans une tombe à Alger.

Retour du corps du défunt RAINILAIARIVONY à Madagascar :

Rainilaiarivony funeral1Rainilaiarivony funerail garde indigenesRainilaiarivony transfert des cendres a son tombeauRainilaiarivony funeralRainilaiarivony enterrement1

 

      En 1917, les restes de l'ancien Premier ministre furent exhumés et rapatriéqs à Madagascar aux frais du gouvernement français ; puis enterrés dans le caveau familial, "Fasan-dRainiharo", construit par Jean Laborde dans le quartier d'Isotry d'Antananarivo.
      Le gouverneur colonial Français de Madagascar : Le général Gallieni ainsi que des dignitaires Français et Malgache assistèrent à l'enterrement de l'ex Premier ministre.
      Lors de son éloge funèbre envers Rainilaiarivony ; Gallieni exprima toute son estime pour l'ancien premier ministre dans les termes suivants: "Rainilaiarivony était un homme digne de diriger son pays.
      Dans les années à venir, il y aura un monument érigé à sa mémoire.Cela devrait être une obligation pour les Malgaches qui auront la liberté de l'ériger.
      Désormais, Madagascar est sous le contrôle de la France. Mais par le passé, personne ne pourra blâmer Rainilaiarivony de ne pas avoir défendu et protégé comme il se doit, son royaume et ses terres et que par la suite il fût obligé d'abdiquer face aux troupes Françaises et peu importe la façon dont il le fit...

Biographie

pm-rainilaiarivony.jpgRAINILAIARIVONY, premier ministre pendant 31 ans (1864 -1895). Hova originaire d’Ilafy, il appartenait à l’une de ces familles d’Avaradrano proches du Grand Roi ANDRIANAMPOINIMERINA. Ses grands-pères HAGAMAINTY et ANDRIANTSILAVO avaient déjà été les conseillers intimes de ce dernier.
Son père RAINIHARO, était le Premier ministre de RANAVALONA 1ère, et son frère RAINIVONINAHITRINIONY, le Premier ministre de RADAMA II (1861-1863) et des premiers jours de règne de RASOHERINA (1863-1864).
RAINILAIARIVONY à travers les trois règnes de RASOHERINA, RANAVALONA II et RANAVALONA III, se fera remarqué par son redoutable autocratie et son ambition, caractère qu’il avait dès son très jeune âge. C’était également un homme très remarquable par sa droiture en affaire d’où son surnom «RADILIFERA» qui venait de « the man who deals fair ». La reine RANAVALONA 1ère attribua à Rainilaiarivony une promotion au douzième honneur en prévision d'une augmentation des responsabilités militaires et politiques.
Malgré sa détermination et ses efforts , il ne réussira qu’à que retarder la montée des troupes françaises à Antananarivo le 30 septembre 1895. L’annexion de Madagascar est déclaré le 6 août 1896 peu de temps après son décès en Alger le 17 juillet 1896.

La reine Ranavalona III exhorte son peuple à résister à l’invasion française.

Quand la reine Ranavalona III monta sur le trône, son pays était déjà en lutte contre les forces françaises. De janvier 1882 à juin 1883, François de Mahy, député de La Réunion à l’Assemblée Nationale française — nommé ministre de l’Agriculture, et chargé d’assumer, au mois de février 1883, l’intérim du ministère de la Marine et des Colonies — donna ses instructions au contre-amiral Pierre, dont l’escadre appareilla de Toulon en février 1883, pour venir mouiller en avril devant Nosy-Bé.

Le pays Sakalava sous contrôle...

La mission de l’amiral Pierre était double : d’une part encourager les populations côtières à résister aux troupes du gouvernement central d’Antananarivo et d’autre part détruire les postes déjà établis par l’armée de la reine. Ce fut le début de la première guerre franco-malgache. En mai 1883, l’amiral Pierre bombarda et occupa Majunga, sur la côte ouest. En juin de la même année, il bombarda et occupa Tamatave sur la côte est. En décembre 1884, une colonne française écrasa une partie de l’armée malgache à Andreparany, et prit ainsi le contrôle du pays Sakalava. Mais un an plus tard, l’attaque du camp retranché de Farafaty, sur les hauteurs de Tamatave, se solda par un échec pour les troupes françaises.

La deuxième guerre franco-malgache

Le gouvernement français décida alors de négocier : un traité fut signé le 17 décembre 1885, dans lequel Madagascar se voyait imposer, bien que le mot ne fût pas utilisé, un statut de protectorat (impliquant la prise en charge par la France des relations extérieures de Madagascar), assorti du paiement d’une indemnité de dix millions de francs. En contrepartie, les territoires Sakalava repassèrent sous l’autorité du gouvernement malgache et la reine se vit reconnaître le droit de « présider à l’administration de toute l’île ». En 1888, la reine fut même faite Grand-Croix de la Légion d’Honneur.

Au cours d’un grand kabary (en malgache : discours), sur la place d’Andohalo, la place de la « {pierre sacrée} » à Antananarivo, la reine exhorta son peuple à résister face à l’invasion des troupes françaises.

Cela n’empêcha pas la France, six ans plus tard, de revenir à la charge et de proposer au gouvernement malgache un nouveau traité afin d’instaurer un véritable protectorat. Le refus du gouvernement malgache déclencha la deuxième guerre franco-malgache. Le 12 décembre 1894 vit ainsi la prise de possession de Tamatave par le commandant Bienaimé et le 14 janvier 1895 celle de Majunga. Au cours d’un grand kabary [3], sur la place d’Andohalo, la place de la « pierre sacrée » à Antananarivo, la reine exhorta son peuple à résister face à l’invasion des troupes françaises. Le 28 juin 1895, le général Rainianjalahy livra la bataille de Tsarasaotra, dans la région d’Ambositra.

Le signal de la révolte est donné le jour du Fandroana, la fête du Bain de la Reine, le 20 novembre 1895.

Une colonne française partit de Majunga, sous le commandement du général Duchesne, en direction d’Antananarivo. L’armée malgache, forte de 45.000 hommes, ne parvint pas à stopper l’avance des troupes françaises, et le 30 septembre 1895, le général Duchesne investit la capitale. Le premier ministre, Rainilaiarivony, capitula. Il fut destitué le 15 octobre 1895, puis exilé à Alger le 6 février 1896, où il mourut cinq mois plus tard, le 17 juillet 1896, à l’âge de 68 ans, dans des circonstances qualifiées de « mystérieuses ». La reine Ranavalona III se retrouva veuve pour la seconde fois. Elle avait 35 ans.

L'insurrection des Menalamba

Menalamba copieEn décembre 1895, deux mois à peine après la capitulation de Ranavalona III, l'insurrection qui débute à l'ouest de Tananarive avec quelques partisans gagne du terrain pour former le mouvement Menalamba - "les toges rouges" - qui s'étend en plusieurs endroits à travers le pays.

Cette insurrection est d'abord une révolte des éléments les plus traditionalistes contre les chrétiens et l'oligarchie merina qui s'est révélée incapable de préserver le pays et la reine face à l'occupant français.

Elle se transforme ensuite en continuation de la guerre contre l'occupant.

Rabezavana copieRainibetsimisarakaRabozaka1 jpg copie

Nombreux furent les Malgaches, officiers, soldats, citoyens ordinaires, qui pensaient que Madagascar fut vaincu sans vraimet se battre. Ils se sont levés et groupés pour continuer la résistance et pour retablir la souveraineté nationale. Ainsi, il y avait de nombreux groupes armé qui se formaien pour se battre contre les Fraçais ont voici les principaux :

- un groupe commandé par RAINIZAIVOAVY, d'Amboanana Arivonimamo ;

- un autre groupe formé par RABEZAVANA, ancien gouverneur d'Antsatrana qui se battait conre les Français depuis le Boina ;

- un groupe commandé par RABOZAKA, ancien gouverneur d'Ambohidrazana qui faisait la résistance dans la région d'Anjozorobe et dans l'Ankay Bezanozano ;

- un groupe commandé par RAINIBETSIMISARAKA sur les bords de l'Onive à l'Est d'Ankarara ;

- un groupe commandé par RATAIZAMBAHOAKA qui se battai dans la région de l'Itasy, jusqu'à Antsakalava.

Le conflit fragilise l'installation des Français et leur projet de conquête de l'île, en reportant les échéances victorieuses au début du siècle.

Le 1er octobre 1895, fut signé un nouveau traité franco-malgache qui stipulait : « Le Gouvernement de sa Majesté la reine de Madagascar reconnaît et accepte le protectorat de la France avec toutes ses conséquences ». Trois mois plus tard, le 18 janvier 1896, le Résident Général Hippolyte Laroche contraignit Ranavalona III à signer une déclaration reconnaissant la prise de possession de Madagascar par la France. Duchesne procèda à la nomination d’un nouveau premier ministre, en la personne de Rainintsimbazafy, en remplacement de Rainilaiarivony.

Ces dispositions furent perçues comme une atteinte à la souveraineté malgache, la reine étant, de fait, prisonnière dans son propre palais. Ce fut le début de la révolte dite des Menalamba, les « toges rouges », à cause de la couleur rouge des lamba que portaient les insurgés, pour passer inaperçus sur les terres rouges de l’Imerina. Le signal de la révolte fut donné le jour du Fandroana, la fête du Bain de la Reine, le 20 novembre 1895. En 1896, la rébellion gagna une grande partie du pays. Suite au vote de l’Assemblée Nationale française, le Président Félix Faure proclama, le 6 août 1896, Madagascar « colonie française ».

Soumission de rabezavana copieExecution rabezavana copie 1

Au terme d'affrontements diffus, de batailles rangées, d'assauts de villes (Antsirabe, Ambatondrazaka) et du blocus de Tananarive, la rébellion s'achève par la reddition des chefs menalamba ou leur exécution.

Prise de Tananarive

1er regiment d artillerieLes troupes francaise a antananarivoDrapau blanc

 

C’est la journée suprême, celle qui sera couronnée par la prise de Tananarive. Quelques lignes de description feront comprendre le plan d’attaque. Deux chaînes parallèles d’égale hauteur, orientées N.-S., couvrent Tananarive à l’est ; l’une part d’Ilafy et va s’épanouir sur les bords de l’Ikopa ; l’autre, plus rapprochée de la ville, s’amorce à Nanisana ; son point culminant est à Ambohidempona, où se trouve l’observatoire des Jésuites, pour s’incliner également vers le fleuve.

La brigade Voyron devait venir occuper les collines qui s’élèvent au N.-E. de Tananarive avec une batterie d’artillerie et en groupant derrière elle le convoi. Tout en donnant le change à l’ennemi sur nos intentions, elle allait servir de pivot à la conversion démesurée que la brigade Metzinger avait pour tâche d’accomplir par la chaîne des collines partant d’Ilafy.

Une fois à hauteur d’Ankatso, la brigade Metzinger, qui devait marcher sur le versant oriental des collines d’Ilafy pour se dissimuler à la vue de l’ennemi, se rabattrait sur Tananarive, s’emparerait d’Ankatso, ferait tomber les défenses d’Andrianarivo et d’Ambohidempona pour venir bombarder Tananarive et préparer l’assaut.

Au moment où la brigade Metzinger serait en position, la brigade Voyron accentuerait son mouvement en avant et viendrait prendre part à l’action, au bombardement et, enfin, à l’assaut.

Le mouvement de la brigade Metzinger fut très long, trop long. Elle rencontra des obstacles de toutes sortes, fut arrêtée à chaque instant par des difficultés nouvelles et n’arriva que tardivement au but qu’elle se proposait. Il eût peut-être été plus simple et plus rapide de la diriger sur Ambatomaro, dans le fond même de la vallée qui sépare les deux chaînes de l’Est. Sa marche eût été aussi sûre, aussi abritée et assurément moins fatigante.

Quoi qu’il en soit, l’affaire se passa de la façon suivante : nous n’avions pas encore quitté nos tentes que déjà les obus tombaient sur notre bivouac ; en même temps, notre arrière-garde était attaquée à coups de canon et de fusil par les Hovas, dont on avait signalé la présence la veille au soir, du côté d’Ambohimanga ; deux pièces étaient en batterie sur la place du marché de Sabotsy. Ils trouvèrent devant eux une compagnie d’infanterie de marine et les Haoussas, sous les ordres du colonel de Lorme. Ceux-ci supportèrent vaillamment l’attaque pendant plus de six heures. Mais il fallait en finir ; conduits par de vigoureux officiers, ils se portèrent au-devant de l’ennemi, combinèrent une attaque de front et une attaque de flanc, se jetèrent sur les Hovas à la baïonnette, les mirent en déroute et s’emparèrent des deux canons qui les mitraillaient depuis le matin. C’était une victoire, mais qui coûta cher : 3 hommes furent tués, 14 blessés.

Pendant que s’accomplissait ce beau fait d’armes, la brigade Voyron allait s’installer sur les collines N.-E. et la brigade Metzinger exécutait son grand mouvement. Elle eut d’abord à repousser de nombreux tirailleurs ennemis, puis son artillerie riposta habilement à trois batteries établies sur les hauteurs d’Ampanatonandoa ; trois fois les Hovas évacuèrent leurs positions, mais trois fois ils les reprirent, tirant toujours sur nous ; les obus arrivaient juste, sans éclater, heureusement, pour la plupart. Enfin, leur feu s’éteint et le général Voyron prend une position d’attente, surveillant son flanc gauche et guettant l’arrivée de la brigade Metzinger.

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Nous l’apercevons un instant sortant du village d’Andraisora ; elle est reçue par un feu de mousqueterie des plus vifs – deux compagnies de tirailleurs algériens engagées imprudemment sous ce feu d’enfer sont obligées de reculer, laissant en quelques minutes 23 blessés sur le terrain ; mais cet échec est vite réparé et la brigade continue sa marche. Nous attendons avec anxiété. Enfin, le bataillon malgache qui servait d’avant-garde au général Metzinger parut, gravissant les hauteurs d’Ankatso qu’il enlève et occupe fortement. Puis l’artillerie prend position en face de l’observatoire ; le bataillon malgache y arrive presque en même temps que notre dernier obus. Les Hovas ont beau revenir à la charge, ils sont débordés et abandonnent deux canons. Alors, se passe un fait d’une ironie cruelle. Nos officiers, s’improvisant artilleurs, tournèrent les pièces hovas contre Tananarive, en réglèrent empiriquement le tir, l’ennemi ayant enlevé les hausses, et le premier obus qui tomba sur le palais de la reine fut un obus hova, tiré d’un canon hova servi par des officiers français (capitaine Aubé, de l’état-major, et le lieutenant Baudelaire, de la compagnie Staup). L’artillerie du général Metzinger vient alors à la rescousse, pendant que le général Voyron occupe avec l’infanterie de marine, dont la manœuvre est vraiment admirable, les hauteurs immédiatement voisines de Tananarive. Il est trois heures ; le bombardement commence. C’est sur le palais de la reine que tirent les canons de la 1re brigade, la 2e dirigeant ses coups, sur celui du premier ministre. Les canons hovas ripostent de partout, de la terrasse du palais principalement. Mais les obus à la mélinite réservés pour cette circonstance ont des effets terrifiants et font dans leurs rangs de nombreuses victimes. Rien que sur la terrasse du palais, 35 Hovas sont tués d’un seul coup, 18 d’un second, les coups se précipitent. Encore un quart d’heure de bombardement et l’assaut va être donné par six colonnes qui attendent le signal, impatientes.

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Tout à coup, les jumelles, braquées sur le palais, voient disparaître le pavillon de la reine ; vingt secondes après un drapeau blanc est hissé à sa place. C’est la ville qui se rend. Le bataillon malgache, toujours agile, s’est déjà engagé dans les rues de Tananarive et rencontré des parlementaires pressés d’arriver près du général en chef.

Le feu cesse partout.

Le général en chef exige que des parlementaires plus qualifiés que ceux qui se présentent et munis de pouvoirs se rendent près de lui en moins de trois quarts d’heure, sans quoi le bombardement recommencera ; vingt-cinq minutes après, un fils du premier ministre, Radilifera, l’ancien ministre des affaires étrangères Andriamifidy, et Marc Rabibisoa, interprète, acceptent les conditions du vainqueur : entrée immédiate dans la ville, soumission sans conditions, désarmement et envoi immédiat de courriers pour arrêter les hostilités possibles contre un convoi que nous attendons.

L’orgueil Hova est brisé. Le général « Fièvre » a été battu, et combien d’autres avec lui. Il a fallu pour cela une poignée de braves. Honneur à la colonne légère ! En seize jours, elle a livré huit combats, poursuivi sa route sans broncher, ne s’est laissé arrêter par aucun obstacle et n’a voulu se reposer que dans Tananarive vaincue, soumise, désarmée.

La presque totalité des troupes entra dans la ville vers six heures du soir ; le général et son état-major n’entreront que demain matin.

Tananarive, 1er octobre, à huit heures, le DUCHESNE, précédé d’un peloton de cavalerie et suivi de son état-major, a fait, par la route de Tamatave, son entrée solennelle dans Tananarive. La ville ne contenait guère que des esclaves ; la peur avait chassé le reste.

Le cortège, après avoir escaladé les rues hérissées de barricades, défila devant le palais, traversa la place d’Andohalo et descendit à la résidence générale où fut hissé le drapeau français. Les troupes entrées la veille rendaient les honneurs militaires sur le parcours.

Toutes les habitations anciennement occupées par les Français ont été entièrement ou presque entièrement pillées.

 Drapau blancLes Français imposent à la reine Ranavalona III, le 17 décembre 1885, un protectorat de fait. Et le 1er octobre 1895, ils entrent dans une ville de Tananarive qui a levé le drapeau blanc sans même se défendre, alors que le Général Malaria (paludisme) avait fait des ravages en chemin...

Le 1er octobre 1895, le drapeau aux couleurs françaises flotte sur Antananarivo. Cette date signe l’abdication de la Reine, l’établissement d’un protectorat et marque la fin de discussions diplomatiques stériles et d’une guerre courte mais meurtrière. L’échec des relations diplomatiques entre le gouvernement français et la Cour Royale de Madagascar témoigne d’une ignorance ou d’une ambiguïté d’esprit : nul ne le saura vraiment.

Les bases des relations diplomatiques s’appuient sur le traité conclu le 17 décembre 1885. Il place l’île de Madagascar sous le protectorat de la France. Il accorde à la France un Résident Général. Ce dernier préside aux relations extérieures de Madagascar, sans s’immiscer dans l’administration intérieure des Etats de Sa Majesté la Reine (c’est l’article II du traité).

Le Résident Général garde un droit d’audience privée et personnelle auprès de sa Majesté La Reine (article III). Quant aux citoyens français, ils peuvent résider, circuler et faire le commerce librement dans toute l’étendue des Etats de la Reine. (Article VI). Ils ont la faculté de louer, par bail emphytéotique les terres, maisons, magasins et toute propriété immobilière. Ils ne sont soumis qu’aux Taxes Foncières acquittées par les Malgaches.

La France, de son côté, s’engage à prêter assistance à la Reine de Madagascar pour la Défense de ses Etats, mettre à la disposition de la Reine, les instructeurs militaires, les professeurs, les ingénieurs et les chefs d’ateliers qui seraient demandés. Selon les propres mots de M. De FREYCINET, président du Conseil et Ministre des Affaires Etrangères, le Résident Général a la vocation de "guider, peu à peu, les autorités et le peuple malgache dans la voie de la Civilisation ".

La voie de la civilisation apparaît bien éclairée, au gouvernement français, surtout dans l’axe du Protectorat, car il en a l’expérience : il gère sous protectorat le Cambodge (1863), le Congo (1880) et la Tunisie (1883).

La civilisation apparaît bien contraignante, pour cette jeune Reine et son Premier Ministre, à 10 000 kilomètres de l’Europe…

Le même jour, le drapeau français flotte sur la  « résidence générale ».

Finalement, au premier coup de canon sur la capitale Antananarivo, la reine Ranavalona III fait hisser le drapeau blanc.

La jeune reine Ranavalona III doit désormais composer avec un Résident général nommé par le Quai d’Orsay, le préfet Hyppolyte Laroche.

 

Ranavalona III encore souveraine

Ranavalona 3 entiere1duchesne4.jpgHippolyte laroche copieGallieni decor copie

    Mais quelque temps après la prise d'Antananarivo éclata la révolte dite des menalamba (foulards rouges) contre l'occupant, premier véritable mouvement nationaliste malgache en fait, qui obligea l'armée française à intervenir de nouveau pour la mâter. On accusa l'entourage de la reine Ranavalona III d'avoir encouragé ce mouvement et plusieurs de ses membres furent exécutés.

En juillet 1896, Gallieni soigne ses fièvres dans la petite station de Siradan, lorsque le ministre des colonies, André Lebon, le supplie d’interrompre son congé pour sauver Madagascar, occupé depuis un an à peine par les hommes du général Duchesne.

Voici le récit du ministre lui-même :

     - Si vous refusez d’aller pacifier notre grande colonie africaine, elle est perdue pour nous.

    - J’y vais, décide le colonel.

    - « Général », lui annonce le ministre, vous réunirez en vos mains tous les pouvoirs civils et militaires. Quelles troupes voulez-vous amener en sus du corps d’occupation ?

   - Je ne demande qu’un bataillon de la Légion, afin de finir proprement s’il fallait succomber là-bas.»

 

Le gouverneur civil de la grande île, Hypolithe LAROCHE, fut remplacé par le général Joseph GALLIENI en tant que gouverneur-général avec les pleins pouvoirs civils et militaires.

Madagascar : à la manière de Gallieni ou l'histoire est un éternel recommencement

Gallieni madagascar copieJoseph, Simon GALLIENI est né le 24 avril 1849 à Saint Béat, en Haute-Garonne. Il est le fils d'un officier français d'origine italienne, engagé dans un régiment étranger en 1829 et naturalisé français en 1841.

Après des études au prytanée militaire de La Flèche, il intègre l'Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1868. Nommé sous-lieutenant en 1870, il est affecté, le 15 juillet, au 3e régiment d'infanterie de marine (RIMA).
Ce régiment fera partie de la 2e brigade de la "Division bleue", créée au cours de la guerre de 1870, qui se distinguera à Bazeilles les 31 août et 1er septembre 1870.
Combattant sur les Hauts de Meuse entre Mouzon et Carignan, Gallieni est blessé, fait prisonnier et maintenu en captivité à Ingolstadt en Allemagne jusqu'au 11 mars 1871.

Après la loi d’annexion votée par le Parlement français, le 6 août 1896, le colonel Joseph Gallieni, promu général de brigade, débarque à Madagascar le 15 septembre 1896. Au préalable, Joseph GALLIENI avait écrit Alfred GRANDIDIER : « je ne me préoccupe, ni des textes, ni des règlements. Je vais droit au but général : ramener la paix ; franciser l’île et donner le plus grand appui possible à la colonisation française »...

(…) Quant à l'attitude à prendre vis-à-vis de la reine RANAVALONA, le général GALLIENI se demanda, dès la première heure, s'il ne conviendrait pas de la déposer et de la remplacer par quelque autre membre de sa famille, moins vaniteux, moins encombrant et plus dévoué. Il s'aperçut très vite qu'elle jouissait encore, dans les campagnes plus peut-être qu'à Tananarive, d'un certain prestige, et qu'il eût été de mauvaise politique de faire disparaître un rouage dont on pouvait tirer quelque parti au profit de l'influence française. Mais il ne s'en appliqua pas moins, par quelques actes significatifs, à montrer à elle-même et aux tiers que les choses ne se passeraient plus désormais comme avant.

Au lieu de lui faire visite, à son entrée en fonction, Gallieni attendit qu'elle prît l'initiative de rendre hommage au représentant de la France; lorsqu'il se rendit ensuite au palais royal, il exigea que le pavillon hova fût enlevé et remplacé pour jamais par le drapeau tricolore; il prescrivit à la reine de ne plus s'intituler désormais que « reine des Hovas » et de ne plus s'occuper que de l'Emyrne; il s'empara, enfin, du grand sceau de l'État, de manière qu'on ne pût plus l'appliquer sur des pièces qui n'auraient pas été visées par l'autorité française. « En résumé, disait-il (Rapport du 10 octobre 1896), la reine est maintenue au pouvoir, mais, tout en continuant à recevoir les honneurs de nature à rehausser encore son prestige aux yeux des Hovas, elle a été dépouillée à notre profit de toutes les prérogatives qui lui permettaient d'avoir une action réelle sur la marche des affaires. Elle doit être désormais un simple instrument entre nos mains et, dans peu de jours, je verrai à écarter d'elle les personnages de sa famille que je sais hostiles à la France, et qui, très certainement, sont en complicité avec les rebelles. L'heure était venue où il ne suffisait plus d'attendre le bon plaisir de l'entourage de la reine et des fonctionnaires hovas pour faire exécuter nos volontés et affirmer notre autorité ».

Déjà, à la suite des premiers faits insurrectionnels, une enquête avait été ouverte par M. Laroche, qui avait abouti à plusieurs condamnations, soit à la mort, soit à l'exil (du fait de l'insurrection, 63 condamnations à mort ont été prononcées, dont 34 par le tribunal malgache, 9 par la cour criminelle et 20 par le conseil de guerre. De ces 63 condamnations, 40 proviennent des procédures achevées ou commencées sous M. Laroche). Mais, atteignant des sous-ordres, ces condamnations étaient pour la plupart demeurées sans effet moral. Le général Gallieni se résigna à frapper à la tête pour s'épargner, par la suite, un trop fréquent recours aux mesures de rigueur.

Quatre jours plus tard, le général Joseph Galliéni fut nommé commandant supérieur des troupes de Madagascar avec les pleins pouvoirs. Il entra dans Antananarivo le 15 septembre 1896, et succéda à Hippolyte LAROCHE comme gouverneur général de Madagascar.

Il fait dire à la reine qu’elle est désormais “sujet français” et qu’elle doit, en tant que telle, venir présenter ses respects au représentant de la France, ce qu’elle est contrainte de faire, précédée d’un drapeau français. En outre, il lui est interdit de porter le titre de “Reine de Madagascar”, qu’il remplace par celui de “Reine des Hova” et fait enlever les drapeaux malgaches dans tout le pays.

Le 28 février 1897, de sa propre initiative, Galliéni abolit la royauté malgache.

gallieni-equipe.jpgGallieni à Madagascar sut s’entourer d’hommes sûrs qu’il avait déjà eus sous ses ordres au Tonkin : Gérard, Martin-Panescora, Boucabeille, Peltier, Putz, Hellot, Aubert, Nèple, Mérienne-Lucas. Il va bientôt faire appel à son ancien chef d’état-major de colonnne, le commandant Lyautey, qui, sans même toucher la France, passe à Suez du paquebot d’Indochine sur celui de Tamatave. Chargé de traquer Rabezavana, il le bat à Morafeno, reçoit sa soumission avec son anneau de commandement, le laisse libre et le réintègre dans son commandement. Gallieni approuve ce geste chevaleresque qui participe de sa méthode, qu’il a ainsi résumée : « Pacifier et occuper fortement le territoire par la méthode de la tache d’huile. Progresser constamment vers la périphérie. Continuer l’action politique et militaire pour prendre possessipn du pays. Entrer sans délai en contact intime avec les populations, connaître leurs tendances, leur état d’esprit et satisfaire à leurs besoins pour les attacher par la persuasion aux institutions nouvelles. »

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Dans le gouvernement nommé par la France, Rabezandriny RAINANDRIAMAMPANDRY, protestant, occupe le poste de ministre de l'Intérieur. L'insurrection dite des "Menalamba" fait ses premières victimes chez les chrétiens et les Européens. Dans un climat propice aux bruits les plus divers, les membres du gouvernement Merina sont vus comme des collaborateurs de l'occupant. GALLIENI, nommé gouverneur civil et militaire le 27 septembre 1896, entend faire un exemple en condamnant des responsables. Le prince Ratsimamanga et Rainandrianampandry, ministre de l'Intérieur, sont accusés de rébellion et de "fahavalisme", traduits sommairement devant le Conseil de guerre. Après un semblant de procès, le 15 octobre, à l’aube, le général GALLIENI a fait exécuter l’oncle de la reine, RATSIMAMANGA, et son ministre de l’intérieur, Rabezanriny RAINANDRIAMAMPANDRY, après les avoir fait juger par une cour martiale. Ils sont condamnés et ignominieusement fusillés en public à titre d'exemple, souhaitant faire "forte impression sur les indigènes".

Exécutions et exil sont ordonnés par Gallieni sans l’aval de Paris.

Le Petit Journal du 22 novembre 1896 écrit: « Comme il fallait une leçon aux révoltés, on s'est emparé de deux grands personnages qui avaient pactisé avec eux, ce sont le prince RATSIMAMANGA , frère de la mère de RANAVALONA III et le ministre de l'intérieur RAINANDRIAMAMPANDRY; tous deux ont été jugés, condamnés et fusillés, le tout avec une rapidité qui inspirera des réflexions salutaires à leurs complices. »

Les chefs d’accusation rappellent étrangement, mais faut-il s’en étonner, les motifs invoqués par l’occupant allemand pour éliminer les résistants français arrêtés ; en ce qui concerne le ministre, il fut condamné : "pour complicité avec les rebelles et hostilité déclarée à la cause française". Les chefs d’accusation pour RATSIMAMANGA sont similaires : "pour complicité avec les rebelles de la province, dont il est le chef incontesté, et hostilité à l’égard de la France". Que ces deux hommes fussent liés au soulèvement des Menalamba était tout à leur honneur et l’on sait que les actes de patriotisme ont toujours été et sont encore réprimés de cette manière expéditive par des forces d’occupation, voire les forces répressives propres d’un état. L’actualité nous le rappelle assez souvent, quand la censure, active dans les pays où se déroulent des actes de rébellion contre des armées d’invasion ou la police d’un pouvoir central, n’empêche pas d’avoir connaissance des faits.

En même temps, la princesse RAMASINDRAZANA, très connue pour son hostilité et ses intrigues, était exilée, et le premier ministre choisi par le général DUCHESNE donnait sa démission sans être remplacé. RASANJY devint, dès lors le principal auxiliaire malgache de l’administration coloniale française…

Le maintien de la reine sur son trône devenait une anomalie gênante. Gallieni crut pourtant avoir besoin d’elle pendant quelque temps. Il l’envoya à plusieurs reprises, sous la surveillance d’un sous-lieutenant, faire des discours, des kabary, dans les campagnes, afin d’apaiser et rallier les rebelles. La reine disait ce qu’on voulait, qu’il fallait obéir pour vivre en paix, que la prospérité viendrait de la France. Elle enfilait les proverbes. Les paysans la regardaient avec affection, mais les revoltés ne desarmaient point. Ces promenades étaient aussi humiliantes qu’inefficaces. Et ce n’est qu’après l’avoir compris, et constaté le manque absolu d’influence de la souveraine auprès du peuple, que le général prit la décision de la détrôner, puis de l’exiler.

"Je dois reconnaître, écrit GALLIENI dans son rapport officiel du 12 novembre 1896, que, si la reine ne nous aime pas, ce qui pour moi ne fait aucun doute, elle fait du moins tout ce que je lui prescris sans la moindre objection, s'appliquant à cacher ses préférences pour les Anglais, s'efforçant par tous les moyens de prouver son dévouement à la France et se mettant franchement en avant dès que je lui adresse la plus légère observation. Jusqu'ici, son attitude m'est utile, me permettant de me servir de son influence pour mieux tenir la population. Elle sait d'ailleurs que je n'hésiterais pas à la déposer le jour où elle se permettrait le moindre acte à l'encontre de mes ordres".

Le 9 janvier 1897, le ministre des Colonies lui avait répondu : "En ce qui concerne la reine, j'estime qu'il ne faut rien faire pour hâter sa dépossession à moins que sa conduite ne donne lieu de notre part à de nouveaux reproches justifiés... Nous avons tout intérêt à jouer jusqu'au dernier moment de son ascendant, si minime soit-il appelé à devenir, tout en soulignant comme vous avez soin de le faire à chaque occasion publique qu'elle n'a désormais qu'un rôle subordonné à notre haute influence".

Nommé Général des forces royales, il repousse victorieusement l’intervention française de Farafaty, comme Napoléon Bonaparte celle d’Austerlitz. 

Soumission de rabezavana copieGallieni rebelle sakalava copieGallieni deplacement copie

Quoi qu’il en soit, Madagascar connaît à l’arrivée du général Gallieni un climat d’insurrection générale. En Imerina même, les «Menalamba» combattent les troupes coloniales, jusqu’à la reddition de leur chef, Rainibetsimisaraka, en juin 1897.

Militairement, pour vaincre les résistances des deux princes Rabezavana et Rabozaka, il pratique la méthode dite de la «tache d’huile» consistant à pénétrer le pays par zones concentriques du centre vers la périphérie. Le lieutenant-colonel Lyautey, qui le rejoint en 1897, est l’un de ses plus fidèles émules. On ne peut dénier à l’un comme à l’autre une réelle intelligence militaire: à la tactique des colonnes convergentes, héritées de Bugeaud et de l’Algérie, ils ajoutent le risque d’armer les villages fidèles, et pratiquent de manière systématique le «renseignement». Lorsque Rabezavana se soumet enfin à Lyautey, celui-ci accepte l’anneau symbolique qui marque la passation d’autorité mais rétablit le chef vaincu dans son autorité. À la différence du républicain Gallieni, Lyautey est un légitimiste invétéré, tout à son aise au fond loin de la métropole. Fidèle à son idéal monarchiste, il y prolonge en ce cas le vieil imaginaire féodal, au profit du colonisateur évidemment.

L’insurrection matée au centre, en Imerina, les troupes de Gallieni affrontent les Sakalava sur la côte ouest. Ceux-ci sont passés à la résistance après le massacre sans précédent, par les troupes coloniales, des habitants et du chef d’Ambiky, le roi Toera -voir notre dossier sur ce site. Le prince Kamamy, héritier du roi Toera, ne se soumet que le 26 mars 1900, tandis que Ingereza, un des Chefs du Menabe, résiste longtemps encore.

Doté des pleins pouvoirs, le Génaral Joseph Gallieni :

- remplacement des gouverneurs Merina par des administrateurs français relayés par des cadresadministratifs locaux .

- encouragement de la migration européenne (colons, compagnies…) par l’octroi de concessions et l’élimination de la concurrence étrangère.

- réalisation de premières infrastructures (routes, voies ferrées, ports…) profitant surtout aux colons et à la métropole ;

- consolidation du ‘’Code de l’indigénat’’ ; développement de l’enseignement laïc chargé de promouvoir la langue française et de former des fonctionnaires et ouvriers indigènes ;

- création de l’Ecole de médecine en 1897, de nombreux hôpitaux (14 en 1901, 129 en 1905) et de l’Assistance Médicale Indigène (consultations et médicaments gratuits) ;

- amélioration du sort des habitants : suppression de privilèges, distribution de terres aux anciens esclaves, … ;

- fondation dès 1902 de l’Académie malgache, chargée de favoriser la préservation du patrimoine culturel malgache, etc.

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Le général Gallieni a, pendant les mois de juin, juillet, août et septembre 1898, fait le tour le Madagascar afin de résoudre sur place un certain nombre de questions d’ordre militaire, administratif ou économique.  

La mise en valeur de la colonie  (1907-1946)

Au départ de Gallieni, les grands axes de la politique coloniale sont tracés. Les gouverneurs généraux suivants mettent en place une administration efficace (création de 8 régions dans les années 1930, puis 6 qui constituent les provinces actuelles) et entreprennent le développement de l’Ile :

Le réseau routier goudronné de Madagascar ne représente qu’environ 4000km. Ici, la RN7.

- Extension des voies de communication : routes (2 000 km en 1925, 15 000 en 1935), rail (Tananarive-Tamatave, Fianarantsoa- Manakara, …), aviation (liaisons avec la métropole et lignes intérieures dès 1936), ports aménagés (Tamatave, Diégo-Suarez, …) .

- Extension des cultures d’exportation : café (40 % des exportations), vanille, girofle, tabac, sisal, canne à sucre… .

- Exploitation de mines de graphite, mica et autres minéraux ‘’semi-précieux’’ .

La destitution

Elle signe tout ce qu’on veut pour la paix. Pour la recompenser d’être si docile, la France remet à la petite reine la grand croix de la Légion d’honneur et fait installer au-dessus de son trône un superbe dais.

Le maintien de la reine sur son trône devenait une anomalie gênante. Gallieni crut pourtant avoir besoin d’elle pendant quelque temps. Il l’envoya à plusieurs reprises, sous la surveillance d’un sous-lieutenant, faire des discours, des kabary, dans les campagnes, afin d’apaiser et rallier les rebelles. La reine disait ce qu’on voulait, qu’il fallait obéir pour vivre en paix, que la prospérité viendrait de la France. Elle enfilait les proverbes. Les paysans la regardaient avec affection, mais les revoltés ne desarmaient point. Ces promenades étaient aussi humiliantes qu’inefficaces. Et ce n’est qu’après l’avoir compris, et constaté le manque absolu d’influence de la souveraine auprès du peuple, que le général prit la décision de la détrôner.

Le 27 février 1897, le général GALLIENI dépose la Reine Ranavalona III, et abolit la monarchie Merina, dernière trace de souveraineté nationale par arrêté du 28 février 1897 :

ARRÊTÉ n° 433 abolissant la royauté en Imerina.

Le Général Commandant le Corps d’occupation et résident général de France à Madagascar.

Vu le décret du 11 décembre 1895 fixant les pouvoirs du Résident Général;

Vu le décret du 6 août 1896, déclarant Madagascar Colonie française;

Considérant que la royauté est devenue une institution inutile depuis que le gouvernement de la République a déclaré Madagascar Colonie Française;

… Arrête… (suit le texte de l’arrêté abolissant la monarchie). »

Le même jour, il supprime la fonction de Premier Ministre.

Le général Galliéni fit dire à la reine qu’elle était désormais "sujet français" et qu’elle devait, en tant que telle, venir présenter ses respects au représentant de la France, ce qu’elle fut contrainte de faire, précédée du drapeau français. Il lui fut interdit de porter le titre de « Reine de Madagascar », que Galliéni remplaça par celui de « Reine des Hova ». Galliéni fit en outre enlever les drapeaux malgaches dans tout le pays.

La tristesse infinie dans les yeux d’une reine...

La reine Ranavalona III pleurait...

Ranavalona pleure copieLe général Galliéni prit l’initiative (apparemment sans en référer au gouvernement français) de publier la proclamation suivante : "Au peuple d’Emyrne.Depuis que le gouvernement de la république a déclaré Madagascar colonie française, la royauté est devenue inutile en Emyrne. J’ai donc invité la reine à résigner ses fonctions et, sur sa demande, je l’ai autorisée à se rendre à l’Ile de La Réunion, où elle recevra l’hospitalité la plus large des autorités françaises."

En réalité, c’est par surprise que la reine, dans la nuit du 27 au 28 février 1897, apprit sa destitution et son exil. Alfred Durand, administrateur des colonies, a relaté les dernières heures de la reine dans son palais, ainsi que son long voyage d’exil jusqu’au port de Tamatave, puis de Tamatave au port de la Pointe-des-Galets à La Réunion. Mandaté par le général Galliéni pour accompagner la reine, l’administrateur se présenta au palais à minuit. La reine pleurait. Il lui donna le bras jusqu’au perron et l’aida à monter dans la chaise à porteur. Le départ eut lieu en pleine nuit, à une heure et demie du matin. La reine, sa famille, sa suite, les porteurs et l’escorte formaient un convoi de plus de sept cents personnes.

Mandaté par Galliéni pour accompagner la reine Ranavalo III vers l’exil, Alfred Durand, administrateur des colonies, se présenta au palais de Tananarive à minuit. La reine pleurait. Il lui donna le bras et l’aida à monter dans la chaise à porteur. Le départ eut lieu en pleine nuit. La reine, sa famille, sa suite, les porteurs et l’escorte formaient un convoi de plus de sept cents personnes... Une quinzaine de jours plus tard, Ranavalo III arrive à La Réunion, provoquant une liesse populaire. On se bouscule sur les quais au port de la Pointe-des-Galets et à l’arrivée du train à Saint-Denis pour apercevoir la dernière reine de Madagascar... Mais une semaine plus tard, un drame frappe la famille de Ranavalo : la « Petite fille du bon Dieu » trouve la mort après avoir donné la vie...

Exécutions et exil sont ordonnés par Gallieni sans l’aval de Paris -les courriers mettent un mois pour parvenir- et sont finalement approuvés par la Chambre à l’unanimité. Gallieni est nommé pour mieux faire Gouverneur général de l’île, avec les pleins pouvoirs civils et militaires. Pour les Malgaches, cependant, il devient le « Généraly Masiaka ». Le « Méchant », le destructeur. 

Exil

     Exilée depuis 1897, la dernière reine de Madagascar, Ranavalo III, retrouve la terre de ses ancêtres, quarante-un ans plus tard, en 1938, lorsque le bateau « Ville de Reims » entre dans le port de la Grande Ile et qu’un train spécial transporte son cercueil de Toamasina vers le tombeau des reines, à Antananarivo... Est-ce pour cette raison que les photos, portraits, gravures qui la représentent montrent une femme à la beauté troublante et aux yeux emplis d’une infinie tristesse ?

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Gravure représentant la reine Ranavalo III, à Alger. Extraite du journal "L’Illustration".
 

Ranavalona III, reine déchue de Madagascar, en exil à la Réunion

Galliéni, étant donné l'état d'agitation dans l'ouest de l'Océan Indien, notamment à Madagascar, décida d'éloigner davantage, l'ex-Reine en l'envoyant à Alger.

Dans la nuit du 27 au 28 février 1897, à minuit, l’administrateur des colonies, mandaté par le général Galliéni, se présente au palais Rova de la reine Ranavalo III à Antananarivo. Le 3 mars 1897, à l'aube, Ranavalona Mpanjaka lll franchissait pour la dernière fois la porte de son palais, en route pour l'exil. L'adminisrateur lui donne le bras jusqu'au perron et l'aide à monter dans la chaise à porter. La reine pleure...L'arme au pied, une compagnie de tirailleurs haoussas remplaçait ce jour là le cortège d'honneur et devait servir d'escorte jusqu'à Tamatave. Deux cents porteurs se partagent les colis royaux : malles géantes, coffrets de fer pleins de bijoux précieux. Les principaux personnages, dans cette interminable file qui au trot des bourjanes descend vers la côte, sont, avec la Reine, outre la princesse Ramasindrazana, sa tante, la princesse Rasendranoro, sa sœur, et la princesse Razafinandriamanitra "Enfant du bon Dieu", sa nièce, ce fut également le sort, en octobre 1896, d’au moins quatre princes Merina : les princes Razafimantsoa, Razanakombana, Ravelonanosy et Andriamanalina”, puis le secrétaire intime, Ramanankirahina. La reine était en effet accompagnée de dix-neuf femmes de sa suite et de cinq dignitaires du royaume.

C’est le début d’un long voyage vers l’exil.

 

Convoi de ranavalona 3 jpg copieRanavalona 3 bateau laperouseRanavalona iii reine de madagascar

Après avoir quitté Antananarivo en filanzane  (chaise à porteur), le cortège d'honneur arriva à Tamatave, sept jours après le départ sans incident fâcheux. Dans une spacieuse villa bien gardée, la Reine et sa suite y attendront le navire de guerre, le "Sambo be" qui fera le reste de ce long chemin vers l'exil.

Dès le 10 au matin, le navire de guerre "Lapérouse" prend son mouillage, et aussitôt les bagages sont transportés à bord, ainsi que le personnel domestique; à la tombée de la nuit, c'est le tour des deux princesses et du secrétaire, et enfin vers neuf heures la Reine déchue RANAVALONA arrive aussi, habillée d'une toilette des plus riches, de soie beige avec ornements de perles. On la conduit à l'appartement qui lui a été préparé - le salon du Commandant- et qu'elle partagera avec sa sœur et sa nièce.
Sur le pont, dans un coin, les serviteurs, quelque peu effrayés, se tassent en tremblant, et tout à fond de cale, M. Andrianaiavoravelona..., pasteur protestant qui montra un zèle intempestif, voyagera aux fers...

A 6 heures, le lendemain matin, le "Lapérouse" appareille, en route vers Sainte-Marie, où il doit prendre Ramasindrazana, tante de la Reine, qui depuis plusieurs mois déjà expie là l'abondance de ses sentiments anglophiles.

Bref, les heures de traversée passèrent vite, pour distraits de la monotonie coutumière par de tels hôtes, et pour eux, émerveillés sans cesse par les aspects changeants, la féerie toujours renouvelée de la mer que presque tous ils voyaient pour la première fois.

Jean-Claude Legros

L’Arrivée de la Reine Ranavalona III à la Réunion

Au port de la Pointe des Galets

Bateau ville de reims jean fages 1En ce dimanche 14 mars 1897, un imposant croiseur de la Royale accoste au Port de la Pointe des Galets. Le Directeur de l’Intérieur, l’Officier d’ordonnance du Gouverneur et le Commissaire de police montent à bord. Le Lieutenant Durand les accueille et leur présente la Reine des Hovas, Ranavalona III, et les membres de sa suite.

Une foule impressionnante attend près des quais. Plus curieux qu’hostiles, les badauds espèrent voir l’ex-souveraine de Madagascar… qui a tenu tête à la France. Par moments, sur le quai et près du navire de guerre, une activité fébrile maintient  l’attention d’une foule très patiente. Allées et venues de militaires, d’officiels, et… de filanjana.

Les heures passent…

Exil ranavalona iii trainArrivées devant le train spécial, immobilisé près des docks, RANAVALONA et les dames de sa suite (19 femmes dont sa sœur et 2 parentes), « venues partager son exil », ainsi que cinq dignitaires, «  venus plus ou moins volontairement accompagner leur souveraine », montent  dans les compartiments de 1ère Classe. « Sa nièce en toilette de velours évêque était dans une position intéressante, si avancée, que quelques heures après son arrivée [à Saint-Denis], elle donnait le jour à une petite fille. » Dans les fourgons du C.P.R., on dispose les nombreuses malles des nouveaux hôtes de la Réunion.

Une attente qui n’en finit plus…

Dès la mi-matinée, de nombreux dionysiens se dirigent vers la place du Gouvernement.

L’arrivée du train de 10 h 30 déçoit bien vite les curieux. Descendent le Capitaine de vaisseau Le DÔ [Chef de la Division navale de la mer des Indes] et l’officier attaché à l’Etat-Major du Général GALLIENI. L’ex-majesté se fait attendre.

A 2 h 15, un train en partance pour le Port s’arrête, « quelques secondes », devant l’entrée de l’Hôtel du Gouvernement (actuel Hôtel de la Préfecture) pour prendre le Chef de la Division navale et plusieurs officiers. Le Commandant Le Dô vient de s’acquitter de sa mission auprès du Gouverneur.

Dans l’après-midi, le train de 3 h 30, pris d’assaut par « une foule plus compacte encore », déclenche quelques mouvements d’humeur, devant l’absence de la « royale exilée ». On trépigne d’impatience et des rumeurs circulent dans la foule. Il faut encore s’armer de patience…

Enfin, à 5 heures, le « train royal » traverse le pont ferroviaire de la Rivière Saint-Denis. Des clairons sonnent aux champs, pour rendre les honneurs militaires.

« Le train continue sa marche vers la gare [précédé par un détachement de l’Infanterie de Marine], sans l’arrêt ordinaire, au grand désappointement de la foule.

En passant devant l’hôtel du Gouvernement les stores du wagon salon, où étaient la Reine et les officiers qui l’accompagnaient, s’abaissent et se referment immédiatement. Des appareils photographiques sont braqués inutilement.

Alors commence une course folle

Alors commence une course folle, délirante et en même temps désopilante.

Une seule chose m’étonne c’est que, à part deux ou trois personnes bousculées et roulant dans la poussière, entre autres une pauvre femme, il n’y a eu aucun accident à signaler, aucun enfant écrasé dans tout ce brouhaha de voitures, de chevaux, de bicyclettes s’entrecroisant.

Il fallait voir cette course effrénée, échevelée de 5.000 personnes vers la gare. Jeunes gens, hommes mûrs, femmes, enfants fous et sages. Les graves et les compassés même avaient perdu la boussole et déambulaient au grand galop de leurs guiboles, se garant des voitures lancées à fond de train et des cyclistes pédalant à qui mieux mieux.

Par toutes les rues, depuis celle de l’Embarcadère, Rontaunay, La Bourdonnais, la rue de l’Eglise et les rues adjacentes, la foule avait pris un galop vertigineux vers la gare.

C’était une retraite, ou une charge. On ne courait plus, on volait.

Si bien qu’un grand nombre arrivèrent assez avant le train en gare. »

Le « train royal » entre enfin en gare de Saint-Denis. Plusieurs milliers de personnes, certaines essoufflées après avoir couru depuis la place du Gouvernement ou « de tous les points de la ville », se massent à présent sur la place Candide, « maintenues dans l’ordre le plus parfait par la gendarmerie et la police ». Sur le quai de la gare, les officiers, descendus du wagon salon, attendent. Après plus de dix minutes d’hésitation, la Reine « se décide à descendre ».

Ranavalona apparaît

Ranavalona iii portrait long copieRANAVALONA apparaît, émue et fatiguée, au bras du Lieutenant Durand qui l’accompagne jusqu’à sa voiture, entourée d’une foule « rieuse et pas méchante ». « L’ex-reine, malgré sa robe de velours [noir] lamée d’or [et chapeau feutre noir garni d’une plume bleue] n’a guère fait sensation. » Dans la foule, « plus curieuse que sympathique », certains battent des mains, d’autres sifflent.

« Pas famé ! (sic) [sans prestige, précise le chroniqueur du Ralliement] Ce mot, entendu dans la foule, traduit exactement l’impression générale. »

Les hommes et les femmes de la suite royale s’installent à leur tour dans les autres voitures. La nièce de la Reine, « en satin bleu, chapeau bleu, avec des plumes blanches », donne le bras à l’aide de camp du Gouverneur.

Les malles, les caisses et les « colis de toute espèce », nécessitent dix grandes charrettes. Les coupés, les calèches, et les charrettes, escortés par des gendarmes, quittent les abords du grand bâtiment ferroviaire, et se dirigent vers l’hôtel d’Europe, résidence provisoire des exilés.

« La Reine Ranavalona est maintenant notre hôte, ne disons pas notre prisonnière. » (L’Indépendant Créole)

Mettre Ranavalo en un lieu assez sûr

Pendant ce temps, à Antananarivo, le général Galliéni s’inquiétait des risques de conflit entre la France et l’Angleterre pour la mainmise sur le Soudan. En 1898, le général Galliéni écrivit au Gouverneur de La Réunion :

« La possibilité des complications que nous font entrevoir les nouvelles d’Europe m’amène à appeler votre attention sur l’ex-reine Ranavalo.
Vous estimez, sans doute, avec moi qu’il est du plus haut intérêt que la personne de l’ex-souveraine hova ne puisse, en cas d’événements graves, devenir un moyen d’agitation à Madagascar.
Je crois donc devoir vous demander si, dans l’hypothèse d’une guerre, vous pensez pouvoir mettre la personne de Ranavalo en un lieu assez sûr pour que l’ennemi ne puisse la découvrir.
Dans la négative, il y aurait lieu de songer au transfert de l’ex-reine en Algérie
 ».

Ainsi s’acheva le séjour de la dernière reine de Madagascar sur le sol réunionnais. Le 1er février 1899, Ranavalona III embarqua sur le Yang-Tsé pour l’Algérie, où elle arriva au mois de mars, après une escale à Marseille.

L’exil à Alger.

La reine s’installa dans une villa appartenant à la famille De Villèle, à l’angle de l’ancien boulevard Jeanne d’Arc (aujourd’hui boulevard Lacaussade) et de l’ancienne rue de l’Arsenal (renommée rue Roland Garros), construite dans les années 1860. Dans son état actuel, qui menace ruine, la maison Ponama (du nom de ses derniers propriétaires) est répertoriée dans le Livre du Patrimoine des Communes de la Réunion (p. 225) et est inscrite à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques sous la référence ISMH 1996.

De sa résidence, par-delà les flamboyants du boulevard Jeanne d’Arc, la reine avait une vue plongeante sur la Rivière Saint-Denis et sur le plateau de la Petite-Ile, précisément à l’époque de la construction de la nouvelle église de Notre-Dame de la Délivrance, destinée à remplacer la chapelle édifiée en 1858 par Mgr de Maupoint.

C’est ainsi que le jeudi 1er avril 1897, la reine rendit une visite à la nouvelle église en construction, escortée de sa tante, la princesse Ramasindrazana et de deux princes exilés. La reine fréquentait la maison du gouverneur Beauchamp (l’actuelle préfecture) et se mit à l’apprentissage du français.

L’accueil des colons français d’Algérie fut de prime abord plutôt « hostile ». La reine fut logée dans une villa qui s’appelait « Le Bois de Boulogne », située dans le quartier de Mustapha. Comme elle était musicienne, on lui fit livrer un piano. Elle continua son apprentissage du français. Récemment, « Le Courrier de Madagascar » du 27 mai 2011 a donné quelques indications sur la vie de la reine à Alger.

La Reine était astreinte à une vie de quasi pauvreté à Alger, car l’administration coloniale avait confisqué tous ses biens, ne lui laissant que quelques bijoux et des vêtements. Elle devait se limiter aux maigres allocations que lui consentait l’administration, surtout du temps de Galliéni.
Après le départ de Galliéni de Madagascar, la reine Ranavalona III bénéficia d’un meilleur traitement par le gouvernement français.

Le voyage en France.

      Depuis longtemps la reine caressait le rêve de visiter Paris et la France. Après plusieurs requêtes infructueuses auprès des autorités françaises, elle obtint enfin, au bout de deux ans, en 1901, l’autorisation de se rendre en France. La reine effectua ainsi huit voyages en France, le premier en 1901 et le dernier en 1915, pendant la guerre. Elle devait décéder deux ans plus tard, en 1917.

Ranavalona iii arrivee a parisParis

      C’est ainsi que Ranavalona III fit la traversée à bord du « Général Chanzy » de la Compagnie Transatlantique et débarqua à Marseille le 29 mai 1901. Elle était accompagnée de sa tante, la princesse Ramasindrazana, de sa nièce, la petite orpheline Marie-Louise, née à La Réunion, de sa dame de compagnie, Mme Delpeux, et d’une femme de chambre. Un jeune étudiant malgache, M. Ranaivo, qui terminait ses études de médecine, fut affecté à la reine comme interprète.

      Le train arriva à Paris le 30 mai à dix heures du soir. Une foule compacte l’attendait sur le quai. Quand elle descendit du train, portant un long manteau beige et un grand chapeau, la foule cria : « Vive Ranavalo ! »

A Paris, la reine séjourna dans un appartement près des Champs-Elysées. Elle visita notamment le grand Palais, le Petit Palais et Notre-Dame de Paris. Le 16 juin elle visita le château de Versailles. Le 19 juin, elle était à Fontainebleau. Une plaque fut par la suite apposée sur le montant du portail de la demeure où elle séjourna, au numéro 86 de la rue Saint-Honoré : « Ici séjourna en juin 1901 Ranavalona III, dernière reine de Madagascar ».

La reine Ranavalona III, héroïne d’une opérette.

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La presse parisienne, ayant eu vent des ressources étriquées de la reine, s’en émut et décida de lancer une souscription pour lui offrir une robe. Les dons affluèrent de partout (parmi les donateurs, on put notamment relever les noms de la comédienne Cécile Sorel et du poète François Coppée). Le bijoutier Nitzel offrit à la reine un saphir de 20 carats.

Le 27 juin la reine fut reçue à l’Hôtel de Ville de Paris et le 28 juin elle fut reçue à l’Elysée par le Président de la République, Emile Loubet, et son épouse. Le 29 juin, ce fut le départ pour Arcachon. Pourquoi la reine avait-elle choisi la ville d’Arcachon ? Selon « L’Avenir d’Arcachon », la station balnéaire lui avait été recommandée pour sa santé. Mais la raison profonde remonte à l’année 1896 : le dimanche 8 mars 1896 avait eu lieu au Grand Théâtre d’Arcachon une représentation enfantine donnée par les élèves de l’école d’Engrémy.

Hopital militaire vitrail perroquetHopital

Il s’agissait d’une opérette intitulée « Les rapatriés de Madagascar ou La Reine Ranavalo à Arcachon ». Il se trouve que trois mois auparavant, en décembre 1895, six cents soldats français, blessés ou malades, avaient été rapatriés de Madagascar à bord du « Cachemire » pour être transférés à l’hôpital militaire de Bayonne.

Vive la reine !

La Maison de Santé protestante de Bordeaux avait mis à la disposition de l’armée cinquante places dans son sanatorium de Moulleau, près de la mer. La pièce due à l’imagination de la directrice de l’école d’Engrémy, Mlle Roumagnac, eut un succès retentissant.

La presse régionale en parla en termes élogieux, et certains journaux parvinrent à Antananarivo, où la reine se fit traduire les articles. Cette anecdote explique sans doute le désir de la reine de se rendre dans la ville où avait été créée la pièce dont elle était l’héroïne.

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1901 : la reine Ranavalo III visite Notre Dame de Paris.

La reine et sa suite furent logées dans les appartements du Grand Hôtel d’Arcachon. Le dimanche matin à dix heures la reine se rendit au temple protestant. Le lundi 22, elle prit le train pour aller visiter incognito la ville de Bordeaux. Le mercredi 23, veille de son départ, elle distribua des exemplaires de sa photographie, dont une à Mlle Roumagnac qu’elle signa Ranavalona. Le jeudi 25 juillet, la reine et sa suite quittèrent Arcachon. Du Grand Hôtel jusqu’à la Gare, la reine fut accompagnée par le Maire et le général Bourdillon. Beaucoup de gens étaient venus sur le quai. Des corbeilles de fleurs, des gerbes, des bouquets lui furent offerts. Quand le train démarra, on la salua, on cria : « Vive la Reine ! » Elle répondit : « Au revoir ! » Ranavalona III ne revint pas à Arcachon.

Les dernières années...

Mais elle revint encore sept fois en France. De septembre 1903 à juillet 1915, elle séjourna en Auvergne, à Saint-Germain-en-Laye, sur la côte normande, sur la côte atlantique, à Paris, en Savoie et à Fréjus dans le Var. Au mois d’août 1901, le Conseil Général de la Seine avait émis le vœu que l’ex-reine de Madagascar eût la liberté de séjourner où elle voudrait sur le territoire de la République. Le vœu fut transmis au général Galliéni.

La reine fut heureuse de parler malgache...

Par crainte d’un retour à Madagascar, susceptible de déstabiliser l’équilibre de la nouvelle colonie (les quatorze années du règne de Ranavalona III, de 1883 à 1897, ayant été marquées par l’affirmation du nationalisme malgache), le général Galliéni aboutit à la conclusion qu’un éventuel retour de la reine dans son pays natal n’était pas envisageable et qu’il n’était pas souhaitable non plus qu’elle pût s’installer en France. Seul lui fut donc autorisé un déplacement par an sur le territoire métropolitain.

Exposition coloniale zoos humains orleansRanavalona iii musiciens malgaches copie

Le 14 septembre 1907 la reine visita l’Exposition Coloniale de Nogent, dans le Bois de Vincennes. Au pavillon de Madagascar elle fut reçue par des musiciens malgaches, dont le plus ancien, du nom de Rasambo, lui déclara : « Madame, les musiciens malgaches qui représentent ici la colonie de Madagascar me chargent de vous souhaiter la bienvenue et de vous exprimer combien ils sont heureux de vous retrouver ici en bonne santé ». La reine fut heureuse de parler malgache avec eux et de leur serrer la main : certains d’entre eux étaient employés à l’époque au palais royal, à Antananarivo.

Lorsque la guerre entre la France et l’Allemagne éclata en 1914, Ranavalona III prit résolument le parti de la France. Et c’est ainsi que selon « Le Courrier de Madagascar » du 27 mai 2011, la dernière reine de Madagascar put rendre visite en 1915, à Fréjus dans le Var, aux soldats malgaches engagés dans la Grande Guerre. Ce fut son dernier voyage.

Le cercueil arriva par train spécial

Ranavalona III mourut brusquement à Alger, le 23 mai 1917, d’une embolie. Elle avait cinquante-six ans. La « Dépêche d’Alger » écrivit le lendemain :
« Hier s’est éteinte subitement la reine Ranavalo dans sa villa de Mustapha-Supérieur. A Alger, elle participait aux bonnes œuvres et recueillait partout de nombreuses marques d’estime. »
 
La reine fut inhumée dans le caveau du cimetière Saint-Eugène à Alger, qui fut celui de son second époux, le premier ministre Rainilaiarivony, et où repose toujours sa sœur Rasendranoro, décédée en 1901, à l’âge de 41 ans. Le caveau sera appelé « la tombe des princesses ».

 

Ranavalona III, symbole de la nationalité malgache

       Face au vœu  du Conseil général de la Seine pour que l’ancienne reine de Madagascar, Ranavalona III ait la liberté de séjourner où elle voudra sur le territoire de la République française, le général Gallieni demande l’avis de Julien, chef du bureau de presse à Antanana­rivo, et du Dr Lacaze, chef de la province de Fianarantsoa.
      Selon Maurice Gontard en 1962, autant celui de Julien est nuancé (lire précédente Note) autant celui du Dr Lacaze est net et catégorique. Il martèle qu’il n’y aura que des « inconvénients » à laisser à la reine une liberté quelconque. Le Dr Lacaze « le démontrait dans une lettre d’une rigueur logique impitoyable où il s’inspirait uniquement de considérations tirées de l’intérêt national ».
      Il repousse d’abord l’installation en France. « La pleine liberté donnée en France à l’ancienne souveraine sera pour elle, avant tout, un moyen de solliciter et de préparer si possible son retour à Madagascar, pour préciser à Tananarive. » D’après le Dr Lacaze, partout où elle résidera, elle se trouvera en exil, « sauf dans la ville où sont les tombeaux de ses ancêtres ».
      Mais, deuxième point, les conséquences d’une installation à Antananarivo seraient « fâcheuses ». Le chef de la province de Fianarantsoa passe alors en revue « quelques suites possibles de l’évènement ». Il commence par les répercussions que cela aurait « au point de vue malgache ». Primo, argumente-t-il, la présence de la reine compromettrait la domination française en entretenant le nationalisme malgache. Il y a donc un risque de voir se renforcer peu ou prou les tendances qui, consciemment ou  non, « retardent l’union de tous les éléments de la population de l’Emyrne dans un attachement réel à leur nouvelle patrie ».
      Développant son argumentation, le Dr Lacaze indique que si le passé historique merina est court, il n’est pas pour autant nul. Les Merina doivent à la race royale dépossédée en 1895, le bienfait de l’unification, de l’organisation de l’Imerina, de la fin des guerres civiles. C’est le grand mérite d’Andrianam­poinimerina. « Le souvenir de cet ancêtre est assez vivace pour que nous-mêmes ayons parfois utilisé le prestige persistant de son nom dans nos allocutions officielles. »  Il est de ce fait difficile pour les Merina d’oublier soudain que Ranavalona tient de très près à l’aïeul vénéré, « uniquement parce qu’elle passera dans les rues de Tananarive sans le parasol rouge et le manteau royal » !
      En outre, « les Hova ont été la tribu conquérante de l’île ». Dans tous les domaines, ils retirent de cette situation politique des avantages dont ont surtout bénéficié l’aristocratie et la bourgeoisie de l’Imerina. En 1895, les conquérants français appellent en Imerina les officiers de la reine qui ont été favorisés de ces commandements côtiers et de tous les profits commerciaux, agricoles, parfois industriels qu’ils en ont retirés. La plupart d’entre eux comme les commerçants qui ont joui, grâce à eux, d’une situation privilégiée, se retrouvent dans la capitale où ils ne retrouvent pas les avantages perdus, faisant d’eux des mécontents prêts à profiter de la présence de la souveraine.
      Enfin, toujours selon le Dr Lacaze, « quoique ceci s’applique seulement à une élite, il y a eu chez quelques Hova le sentiment d’une nationalité malgache. Confus, inconscient, inexistant si l’on veut avant les guerres de conquête, il s’était depuis précisé sous l’influence anglaise » qui veut faire de Madagascar « devenue hova » un Japon africain.
      D’après le chef de la province de Fiana­rantsoa, de 1868 à 1895, aux yeux de l’élite merina et même de l’Europe, Madagascar indépendant prend figure de  nationalité reconnue. À preuve, la vive discussion du texte et de la portée du traité de 1885, les résistances ouvertes ou latentes que rencontre son application « traduisent-elles autre chose que la répugnance du parti hova à l’aliénation même partielle de sa nationalité   » Le Dr Lacaze se demande s’il peut exister une autre cause et une autre signification à la guerre de 1895 et l’insurrection qui la prolonge en 1896.
« C’est dans les quatorze années de règne de Ranavalona III que le nationalisme malgache s’affirme, s’épanouit, s’effondre. A son nom, à sa personne se sont attachés des espoirs déçus maintenant et des regrets peut-être persistants quoique profondément dissimulés. »

   A titre anecdotique, la Reine entreprit quelques visites de la métropole française. Bien qu’exilée, la Reine demeura un chef d’Etat respectée, voire acclamée : ces visites dans la ville d’Arcachon en témoignent, la foule en liesse criait : "Vive la Reine" ; et de belles résidences sont mises à sa disposition, notamment celle de Fontainebleau (Seine-et-Marne dans la région parisienne).

Un saphir de 20 carats

   A Paris, la reine séjourna dans un appartement près des Champs-Elysées. Elle visita notamment le grand Palais, le Petit Palais et Notre-Dame de Paris. Le 16 juin elle visita le château de Versailles. Le 19 juin, elle était à Fontainebleau. Une plaque fut par la suite apposée sur le montant du portail de la demeure où elle séjourna, au numéro 86 de la rue Saint-Honoré : « Ici séjourna en juin 1901 Ranavalona III, dernière reine de Madagascar ».

La reine Ranavalona III, héroïne d’une opérette.

La presse parisienne, ayant eu vent des ressources étriquées de la reine, s’en émut et décida de lancer une souscription pour lui offrir une robe. Les dons affluèrent de partout (parmi les donateurs, on put notamment relever les noms de la comédienne Cécile Sorel et du poète François Coppée). Le bijoutier Nitzel offrit à la reine un saphir de 20 carats.

Le 27 juin la reine fut reçue à l’Hôtel de Ville de Paris et le 28 juin elle fut reçue à l’Elysée par le Président de la République, Emile Loubet, et son épouse. Le 29 juin, ce fut le départ pour Arcachon. Pourquoi la reine avait-elle choisi la ville d’Arcachon ? Selon « L’Avenir d’Arcachon », la station balnéaire lui avait été recommandée pour sa santé. Mais la raison profonde remonte à l’année 1896 : le dimanche 8 mars 1896 avait eu lieu au Grand Théâtre d’Arcachon une représentation enfantine donnée par les élèves de l’école d’Engrémy.

Il s’agissait d’une opérette intitulée « Les rapatriés de Madagascar ou La Reine Ranavalo à Arcachon ». Il se trouve que trois mois auparavant, en décembre 1895, six cents soldats français, blessés ou malades, avaient été rapatriés de Madagascar à bord du « Cachemire » pour être transférés à l’hôpital militaire de Bayonne.

Vive la reine !

La Maison de Santé protestante de Bordeaux avait mis à la disposition de l’armée cinquante places dans son sanatorium de Moulleau, près de la mer. La pièce due à l’imagination de la directrice de l’école d’Engrémy, Mlle Roumagnac, eut un succès retentissant.

La presse régionale en parla en termes élogieux, et certains journaux parvinrent à Antananarivo, où la reine se fit traduire les articles. Cette anecdote explique sans doute le désir de la reine de se rendre dans la ville où avait été créée la pièce dont elle était l’héroïne.

La reine et sa suite furent logées dans les appartements du Grand Hôtel d’Arcachon. Le dimanche matin à dix heures la reine se rendit au temple protestant. Le lundi 22, elle prit le train pour aller visiter incognito la ville de Bordeaux. Le mercredi 23, veille de son départ, elle distribua des exemplaires de sa photographie, dont une à Mlle Roumagnac qu’elle signa Ranavalona. Le jeudi 25 juillet, la reine et sa suite quittèrent Arcachon. Du Grand Hôtel jusqu’à la Gare, la reine fut accompagnée par le Maire et le général Bourdillon. Beaucoup de gens étaient venus sur le quai. Des corbeilles de fleurs, des gerbes, des bouquets lui furent offerts. Quand le train démarra, on la salua, on cria : « Vive la Reine ! » Elle répondit : « Au revoir ! » Ranavalona III ne revint pas à Arcachon.

Les dernières années...

Mais elle revint encore sept fois en France. De septembre 1903 à juillet 1915, elle séjourna en Auvergne, à Saint-Germain-en-Laye, sur la côte normande, sur la côte atlantique, à Paris, en Savoie et à Fréjus dans le Var. Au mois d’août 1901, le Conseil Général de la Seine avait émis le vœu que l’ex-reine de Madagascar eût la liberté de séjourner où elle voudrait sur le territoire de la République. Le vœu fut transmis au général Galliéni.

La reine fut heureuse de parler malgache...

Par crainte d’un retour à Madagascar, susceptible de déstabiliser l’équilibre de la nouvelle colonie (les quatorze années du règne de Ranavalona III, de 1883 à 1897, ayant été marquées par l’affirmation du nationalisme malgache), le général Galliéni aboutit à la conclusion qu’un éventuel retour de la reine dans son pays natal n’était pas envisageable et qu’il n’était pas souhaitable non plus qu’elle pût s’installer en France. Seul lui fut donc autorisé un déplacement par an sur le territoire métropolitain.

Le 14 septembre 1907 la reine visita l’Exposition Coloniale de Nogent, dans le Bois de Vincennes. Au pavillon de Madagascar elle fut reçue par des musiciens malgaches, dont le plus ancien, du nom de Rasambo, lui déclara : « Madame, les musiciens malgaches qui représentent ici la colonie de Madagascar me chargent de vous souhaiter la bienvenue et de vous exprimer combien ils sont heureux de vous retrouver ici en bonne santé ». La reine fut heureuse de parler malgache avec eux et de leur serrer la main : certains d’entre eux étaient employés à l’époque au palais royal, à Antananarivo.

Ranavalo III : la maison de l’exil

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La reine et la sirène

Ranavalo III : la maison de l’exil

29 mars 2016
Jean-Claude Legros
 

     Exilée de force par la France en 1897, la dernière reine de Madagascar, Ranavalona III, a vécu deux ans dans une maison située au n°2 de la rue Roland Garros. 70 ans plus tard, Jean-Paul Belmondo séjournait à l’« Hôtel Mascarin », situé au n°2 de la rue Roland Garros... Histoire de la maison de la reine... et de la sirène.

La première guerre franco-malgache

Quand la princesse Razafindrahety monta sur le trône, son pays était déjà en lutte contre les forces françaises. François de Mahy, député de La Réunion à l’Assemblée Nationale française, ministre de l’Agriculture de janvier 1882 à juin 1883, et chargé d’assumer l’intérim du Ministère de la Marine et des Colonies en février 1883, donna ses instructions au contre-amiral Pierre, dont l’escadrille appareilla de Toulon pour venir en mai 1883 bombarder et occuper Majunga sur la côté ouest puis en juin Tamatave sur la côte est.

La reine exhorta son peuple à la résistance

Ce fut le début de la première guerre franco-malgache. Un premier traité fut signé en 1885 mais neuf ans plus tard la France revint à la charge, déclenchant ainsi la deuxième guerre entre les deux pays. Au cours d’un grand kabary [1] sur la place d’Andohalo, la place de la « pierre sacrée » à Antananarivo, la reine exhorta son peuple à la résistance face à l’invasion des troupes françaises.

L’armée malgache, pourtant forte de 45.000 hommes, ne parvint pas à stopper l’avance des troupes françaises. Le 30 septembre 1895, le général Duchesne investit la capitale. Le premier ministre Rainilaiarivony, époux de la reine, capitula. Il fut destitué le 15 octobre, puis exilé à Alger le 6 février 1896, où il mourut cinq mois plus tard, le 17 juillet 1896, à l’âge de 68 ans. Veuve pour la seconde fois, la reine avait 35 ans.


Le président de la république française, Félix Faure, ayant proclamé depuis le 6 août précédent « Madagascar colonie française », le général Galliéni fit dire à la reine Ranavalona III qu’elle était désormais « sujet français » et qu’elle devait en tant que telle, venir présenter ses respects au représentant de la France, ce qu’elle fut contrainte de faire, précédée d’un drapeau français.

Un mois plus tard, le 15 octobre, le général en chef de l’armée malgache, Rabezandrina Rainandriampandry, ainsi que l’oncle de la reine, le prince Ratsimamanga, étaient fusillés par un peloton de tirailleurs sénégalais [2].

 

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Par arrêté du 28 février 1897, Galliéni prit l’initiative [3] d’abolir la royauté à Madagascar et publia la proclamation suivante :

Au peuple d’Emyrne [4]  : « Depuis que le gouvernement de la république a déclaré Madagascar colonie française, la royauté est devenue inutile en Emyrne. J’ai donc invité la reine à résigner ses fonctions et, sur sa demande, je l’ai autorisée à se rendre à l’Ile de La Réunion, où elle recevra l’hospitalité la plus large des autorités françaises ».

C’est en réalité par surprise que la reine prit connaissance de sa destitution et de son exil dans la nuit du 27 au 28 février 1897. Mandaté par Galliéni, Alfred Durand, administrateur des colonies, a raconté les dernières heures de la reine dans son palais [5], ainsi que le long voyage jusqu’au port de Tamatave et l’arrivée au port de la Pointe des Galets à La Réunion.

 

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La reine et sa famille (notamment sa sœur, la princesse Rasendrano et sa nièce, la princesse Razafinandriamanitra, « l’enfant de Dieu ») [6], ainsi que sa suite, les porteurs et l’escorte armée formaient un convoi de plus de sept cents personnes.

5.000 personnes pour voir la reine

Le 14 mars 1897 le navire de guerre « La Pérouse » entrait dans le port de la Pointe des Galets. Une foule de près de 2.000 personnes était présente sur les quais et le long de la voie ferrée reliant le port au chef-lieu, Saint-Denis. A 17 heures, le train royal franchissait le pont métallique de la rivière Saint-Denis. 5.000 personnes étaient massées sur la place du gouvernement (actuellement place de la Préfecture), de part et d’autre de la voie ferrée. La reine et sa suite furent provisoirement logées à l’Hôtel d’Europe, rue de la Compagnie.

Une simple pierre blanche au cimetière

 

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Tragiquement, la jeune mère de 14 ans ne survécut qu’une semaine à la naissance de son enfant. L’officier de marine Pierre de Kadoré rapporte : « Une simple pierre blanche marque, au cimetière de Saint-Denis, la place de la « petite fille du bon dieu », une simple pierre avec cette courte épitaphe, éloquente… à dire vrai, en brièveté : “Princesse Razafinandrimanitra (1882 - 1897)” » [7].

 

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La maison de la reine (du temps de sa splendeur...) filmée en 1978. Photo extraite du documentaire « Ça Bourbon même, l’île de La Réunion », réalisé par Jean Pierre Mirouze. Source INA.

 

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Tableau de Sabine Tirel. On aperçoit sur le côté gauche, la gloriette de la maison de la reine.

Cette villa qui appartenait à la famille De Villèle se situait à l’angle du boulevard Jeanne d’Arc [8] et de la rue de l’arsenal (l’actuelle rue Roland Garros) juste en face de la chapelle Saint-Antoine qui n’existe plus aujourd’hui [9].

Dans le livre « Monuments historiques, Saint-Denis de La Réunion » [10], l’historien d’art, Bernard Leveneur, a retracé l’histoire de la demeure où vécut pendant près de deux années la dernière reine de Madagascar : « Le rez-de-chaussée bâti par Albert De Villèle date des années 1860. Dans un manuscrit conservé dans une collection privée, Villèle relate la construction donnant des détails sur le style choisi, qu’il souhaite le plus proche possible des chalets. Des cartes postales du début du XXe siècle montrent des vues partielles de cette première maison d’une grande originalité pour l’époque. Elle présente l’aspect d’un grand pavillon, avec toiture à quatre pans percée de lucarnes. Une varangue hors œuvre en « L » existe le long des côtés nord et ouest. Elle présente des piliers décorés de montants en bois découpé reliés entre eux par un garde-corps en bois ajouré »."

 

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« Au début des années 1930, Marin Rivière, propriétaire du domaine de Grande Terre (Saint-Leu) apporte des transformations radicales à la maison. Elle est surélevée d’un étage, couvert d’une toiture à deux pans, présentant en façade un fronton où se déploie un remarquable décor en bois découpé, unique dans l’île. De part et d’autre de ce fronton deux toitures en pavillon, avec épis de faîtage en bois tourné, rappellent la maison Timol ».

« Sur la façade nord, des bas-lambris ornés de moulurations complexes, des lambrequins au dessin élégant, des impostes en bois découpé au-dessus des portes et fenêtres de la varangue fermée du rez-de-chaussée créent un décor surchargé, mais caractéristique d’une architecture créole parvenue à son apogée dans les premières années du XXe siècle ».

 

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La maison dite Ponama est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis le 29 mars 1996. Sont concernés par cet arrêté n°0765 : la maison principale en totalité, ses dépendances, le mur de clôture et son barreau, le guétali et les jardins.

Elle est répertoriée dans le livre « Le Patrimoine des Communes de La Réunion » [11] et est inscrite à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques sous la référence ISMH 1996. Au plan historique, la Maison Ponama est restée dans la mémoire collective des Réunionnais comme « la Maison de la Reine Ranavalo ».

L’entrée principale de la demeure, située au n° 2 de la rue Roland Garros, en face de la station-service, donne sur la façade nord. Une entrée de service rue Lucien Gasparin (ou boulevard Lacaussade) donne sur l’arrière de la maison et les dépendances. À l’angle des deux voies, figure, comme dans la plupart des demeures citadines de la colonie au XIXème siècle, un petit pavillon couvert, couramment dénommé terrasse [12] : c’était l’endroit où les gens de la bonne société créole s’installaient en fin d’après-midi pour observer l’animation de la rue et entretenir avec les passants des conversations de bon voisinage.

Ainsi que la décrit Bernard Leveneur, à l’époque de la reine, la terrasse couverte était surmontée d’un édicule, appelé « gloriette », sorte de maisonnette faisant belvédère.

 

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La reine visite la madonne

En 1891 le Père Berthomieu prit en main la construction de l’église actuelle, dans le style néo-gothique toscan du XIXème siècle. Les travaux débutèrent en 1893 pour s’achever cinq ans plus tard en 1898. Le spectacle de centaines d’ouvriers, de visiteurs et de pèlerins ne manqua pas de susciter l’intérêt de la reine.

C’est ainsi que le jeudi 1er avril 1897, à peine installée dans sa nouvelle résidence, la reine décida de visiter la nouvelle église en construction, escortée de sa tante, la princesse Ramasindrazana et de deux princes exilés. « Le Petit Journal » du 4 avril 1897 rapporta l’événement : « Elle a visité la belle madone, placée debout au milieu de l’ancienne église, qui l’a remplie d’une douce émotion. Elle a pénétré dans la nouvelle église et l’a comparée à la cathédrale de Tananarive »

 

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Elle portait une toilette de deuil des plus simples  [13]. M. l’abbé Berthomieu, curé de la paroisse, a reçu les illustres visiteurs et leur a offert des photographies de l’église et des images de la Vierge : ce qui a paru leur faire beaucoup de plaisir ».

« La reine a fait exprimer par son interprète ses remerciements et sa douce satisfaction et elle est remontée en voiture, accompagnée de sa suite, au milieu d’une foule accourue pour la voir et être témoin de son pieux pèlerinage ». [14]

La reine fréquentait la maison du gouverneur Beauchamp et de son épouse. Elle se mit à l’apprentissage du français.

 

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Pendant ce temps à Antananarivo, le général Galliéni s’inquiétait des risques de conflit entre la France et l’Angleterre pour la mainmise sur le Soudan. En 1898 il écrivit au gouverneur de la Réunion : « La possibilité des complications que nous font entrevoir les nouvelles d’Europe m’amène à appeler votre attention sur l’ex-reine Ranavalo. Vous estimez sans doute avec moi qu’il est du plus haut intérêt que la personne de l’ex-souveraine hova ne puisse, en cas d’événements graves, devenir un moyen d’agitation à Madagascar.

Je crois donc devoir vous demander si, dans l’hypothèse d’une guerre, vous pensez pouvoir mettre la personne de Ranavalo en un lieu assez sûr pour que l’ennemi ne puisse la découvrir.

Dans la négative, il y aurait lieu de songer au transfert de l’ex-reine en Algérie ».

De l’exil à l’exil

 

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A droite, illustration extraite de : "Le Petit Parisien".

Le 1er février 1899 [15], Ranavalona III embarqua sur le navire « Yang-Tsé » à destination d’Alger, où elle arriva au mois de mars, après une escale à Marseille.

Le reine fut d’abord logée dans une villa qui s’appelait « Le bois de Boulogne » dans le quartier Mustapha à Alger, puis en 1908 dans une villa de style hispano-mauresque qui fut baptisée « Villa Tananarive ».

À plusieurs reprises, la reine demanda la possibilité de s’installer en France ou de renter à Madagascar, mais à chaque fois elle se heurta au refus catégorique du général Galliéni. Seule lui fut accordée la possibilité d’effectuer un voyage d’un mois ou deux par an en France. La reine effectuera ainsi huit voyages en France de 1901 à 1915, le dernier pendant la guerre contre l’Allemagne. Lors de son premier voyage elle séjourna à Fontainebleau le 19 juin 1901 au 86 de la rue Saint-Honoré. Une plaque apposée sur le montant du portail témoigne de son passage : « Ici séjourna en juin 1901 Ranavalo III dernière reine de Madagascar ».

 

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Photos Jean-Claude Legros

Au cours de ses voyages la reine eut à deux reprises l’opportunité de rencontrer des compatriotes : le 14 septembre 1907 elle visita l’Exposition Coloniale de Nogent, dans le bois de Vincennes. Au pavillon de Madagascar, elle fut reçue par des musiciens malgaches dont le plus ancien, Rasambo, lui déclara : « Madame, les musiciens malgaches qui représentent ici la colonie de Madagascar me chargent de vous souhaiter la bienvenue et de vous exprimer combien ils sont heureux de vous retrouver ici en bonne santé ».

Lorsqu’éclata en 1914 la guerre entre la France et l’Allemagne, Ranavalona III prit résolument le parti de la France. C’est ainsi qu’elle put rendre visite en 1915 à Fréjus dans le Var aux soldats malgaches engagés dans la Grande Guerre. Ce fut son dernier voyage.

Elle fut inhumée dans le caveau du cimetière Saint-Eugène, à Alger qui fut celui de son second époux, le premier ministre Rainilaiarivony et où repose toujours sa sœur Rasendranoro. Son vœu d’être enterrée dans sa terre natale, à Antananarivo, ne sera exaucé que 21 ans plus tard, en 1938, lorsque le ministre des Colonies, Georges Mandel, organisa le transfert de la dépouille royale à Madagascar.

Le retour en terre natale

Le 23 septembre 1938 les restes de la reine furent exhumés et acheminés au port de Tamatave, sur le bateau Ville de Reims. Le cercueil arriva par train spécial à Antananarivo le 30 octobre 1938. La princesse Razafindrahety, dernière reine de Madagascar, repose désormais dans le tombeau des reines, à l’intérieur du Manjakamiadana, le Palais de la Reine à Antananarivo.

Jean-Claude Legros
Mars 2016

 

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Depuis quelques semaines, la façade de la "maison de la reine" est recouverte d’une bâche ! Signe encourageant : la vieille bâtisse est enfin l’objet de travaux et de "mesures conservatoires" consistant notamment en la "dépose de la façade". La durée des travaux, menés sous l’égide de la DAC-OI, est estimée à deux mois.
Photo Jean-Claude legros
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Photo dpr974

 

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La "maison de la reine" dans le film de François Truffaut : "La sirène du Mississippi".

C’est dans cette maison, 2 rue Roland Garros que furent tournées en 1968 certaines scènes du film de François Truffaut « La sirène du Mississipi » avec Catherine Deneuve et Jean-Paul Belmondo.

Au début du film, traveling vertigineux sur la route en Corniche — route du Littoral — puis, entrée dans la ville de Saint-Denis. Un homme conduit une décapotable qui tourne dans la rue Alexis de Villeneuve, puis remonte la rue Juliette Dodu — on aperçoit au passage la façade du cinéma Ritz sur la gauche. Voilà maintenant la rue de la Compagnie, le monument de l’avenue de la Victoire et la rue de Paris.

La décapotable aborde enfin le boulevard Lacaussade. Et la maison de la reine apparaît, avec une enseigne « Hôtel Mascarin ». La manière dont la caméra se rapproche de la maison et la filme, en légère contreplongée — quasiment à travers le pare-brise de la voiture qui roule — n’est pas sans évoquer l’ambiance mystérieuse du fameux manoir de « Psychose », film d’Alfred Hitchcock tourné en 1960. Certains éléments architecturaux se répondent comme à travers un jeu de miroirs. De plus, la fascination qu’exerçait Hitchcock sur Truffaut se traduisait souvent par des hommages appuyés... ou symboliques.

C’est donc dans cet « Hôtel Mascarin » qu’est descendu Louis Mahé, allias Jean-Paul Belmondo. La caméra ne s’attarde pas mais nous dévoile quand même une partie du jardin avec son allée rouge pastel, grâce à un plan séquence qui nous permet de pénétrer dans la maison de la reine et de la sirène...

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Dans "La sirène du Mississippi", la maison de la reine s’est "métamorphosée" en "Hôtel Mascarin".
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Entrée dans le jardin...
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Un plan-séquence nous amène jusqu’à, l’intérieur de la maison de la reine...
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Façade de la maison de la reine. A gauche : Louis Mahé, allias Jean-Paul Belmondo.
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Catherine Deneuve, Jean-Paul Belmondo et François Truffaut. Tournage de "La sirène du Mississippi", île de La Réunion, 1968-1969.
 

 

 

     Lorsque la guerre entre la France et l’Allemagne éclata en 1914, Ranavalona III prit résolument le parti de la France. Et c’est ainsi que selon « Le Courrier de Madagascar » du 27 mai 2011, la dernière reine de Madagascar put rendre visite en 1915, à Fréjus dans le Var, aux soldats malgaches engagés dans la Grande Guerre. Ce fut son dernier voyage.

Dès 1901, un vœu est exprimé en France pour le retour de Ranavalona III dans son pays. Un conseil spécial étudie à Paris la possibilité pour la reine de se déplacer dans n’importe quel pays qu’elle souhaite, voire de revenir dans la Grande île. La proposition est envoyée au gouverneur général Gallieni, le seul apte à décider de cette opportunité.
À son tour, celui-ci demande l’avis du Dr Lacaze, chef de la province de Fianarantsoa et du chef des renseignements militaires français. Tous deux n’y sont pas favorables. La reine ne reviendra jamais dans son pays de son vivant.

Gallieni madagascar copie

Le 19 mai 1905, Joseph-Simon Gallieni, gouverneur général de Madagascar et dépendances, s’embarque pour la France sur le Melbourne. Il quitte Madagascar pour ne plus y revenir après neuf années de gouvernement, de «règne», qui lui ont permis d’accomplir l’ambition jamais réalisée de la Maison de Radama: unifier politiquement la Grande Île. Fin 1896 en effet, la maîtrise de ce territoire est loin d’être une réalité. La nouvelle colonie, annexée par voie législative - loi promulguée le 6 août 1896 - et confiée au général Gallieni investi des pleins pouvoirs civils et militaires, est encore un pays méconnu et en partie insurgé. Telle est la difficile situation dont hérite celui à qui les Malgaches allaient donner le surnom de «général masiaka» (le cruel), un surnom gagné lors d’une «pacification» émaillée d’épisodes sanglants.

Décès de la Reine Ranavalona III

      Ranavalona III mourut brusquement à Alger, le 23 mai 1917, d’une embolie. Elle avait cinquante-six ans. La « Dépêche d’Alger » écrivit le lendemain : "Hier s’est éteinte subitement la reine Ranavalo dans sa villa de Mustapha-Supérieur. A Alger, elle participait aux bonnes œuvres et recueillait partout de nombreuses marques d’estime".
      La reine fut inhumée dans le caveau du cimetière Saint-Eugène à Alger, qui fut celui de son second époux, le premier ministre Rainilaiarivony, et où repose toujours sa sœur Rasendranoro, décédée en 1901, à l’âge de 41 ans. Le caveau sera appelé « la tombe des princesses ».

Du tombeau des princesses au tombeau des reines..

Bateau ville de reims jean fagesRanavalona iii arrivee du corpsFunerail of ranavalona iii 1938

Son vœu d’être enterrée dans sa terre natale, à Antananarivo, Ranavalo III, retrouve la terre de ses ancêtres, quarante-un ans plus tard, en 1938, lorsque le nouveau ministre des colonies, Georges Mandel organisa le transfert de la dépouille royale à Madagascar.

Le 23 septembre 1938, les restes de la reine furent exhumés et acheminés au port de Tamatave, par le bateau « Ville de Reims ». Le bateau entre dan le port de la Grande île et qu'un train spécial transporte son cercueil de Toamasina vers le tombeau des reines, au Palais de Manjakamiadana à Antananarivo le 30 octobre 1938. Ranavalona III, dernière reine de Madagascar, repose désormais dans le tombeau des reines, à l’intérieur du Manjakamiadana.

Eric BOULOGNE

L’histoire ne s’arrête pas là : la princesse Louise...

Officiellement, la dernière reine de Madagascar n’eut pas d’enfant. Et pourtant nombreux sont les témoignages qui font valoir qu’elle eut une fille de son premier mariage, avec le prince Ratrimoarivony.

Louise Ravoninoro Ranavalozafimanjaka... Fille de la reine ?

Ranavalona marie louise

Cette fille serait née en 1878, à Faravohitra, un quartier d’Antananarivo. Elle s’appellerait Louise Ravoninoro Ranavalozafimanjaka. Pour d’obscures raisons de sécurité, sans doute liées à l’avenir du trône (apparemment pour la protéger du premier ministre Rainilaiarivony), l’enfant aurait été confiée en 1883, à l’âge de 5 ans, à sa tante, sœur de la reine, la princesse Rasendranoro, après la mort de son père. Quand la princesse Rasendranoro fut exilée à La Réunion, en 1897, en même temps que la reine, Louise Ravoninoro avait déjà dix-neuf ans.

10 enfants

Les différentes sources généalogiques ayant trait à la dynastie Merne (Merina) font apparaître que la princesse Louise Ravoninoro Ranavalozafimanjaka aurait épousé, à l’âge de 19 ans, le 17 juillet 1897 à Tananarive, Rainizoely Andriambahoaka Ratsimihara Nanet’s Granville, prince d’Ecosse, fils d’un écossais du nom de Granville, annobli par la reine Ranavalona II. Ils auraient eu dix enfants qui ont laissé derrière eux une très nombreuse descendance. Rainizoely Andriambahoaka Ratsimihara serait décédé en 1921 et Louise Ravininoro Ravanalozafimanjaka, fille de la reine Ranavalona III, serait décédée en 1947, à l’âge de 69 ans.

Fil de discussion: Reine Ranavalona III à Madagascar

propos recueillis par Robert Andriantsoa

Ranavalona 3 entre sa tante et sa niece dans le salRanavalona 3 et marie louiseRanavalona iii 3

Nous avons dit plus haut que Ranavalona III avait eu un seul enfant, une fille, de son premier mari, Ratrimoarivony, mort à 21 ans probablement empoisonné sur ordre du Premier Ministre Rainilaiarivony, son futur deuxième mari. Celle-ci qui s'appelait Louise Ravoninoro Ranavalozafimanjaka (née en 1878) se maria avec Rainijoely Andriambahoaka et eut 6 enfants ayant eu eux-mêmes une descendance. Ranavalona III eut donc de nombreux descendants, seuls descendants "de sang". Il est peu vraisemblable qu'elle ait eu d'autres enfants en Algérie en dépit d'une rumeur du fait que, dans le même carré du cimetière Saint-Eugène d'Alger, à côté de sa tombe, se trouvait celle d'un avocat français, Edmond Charles Ernest NORES, né en Octobre 1866, dcd le 8 septembre 1945 à Alger. Mais Ranavalona III avait aussi adopté deux nièces, filles de sa sœur la Princesse Rasendranoro, ainsi que la jeune princesse Razafinandriamanitra qui, enceinte d'un officier français, mourut en couches à 14 ans à St-Denis de la Réunion le 15 Mars 1897, comme nous l'avons vu précédemment. Le bébé vécut cependant et Ranavalona III fut sa tutrice à la mort de sa grand'mère Rasendranoro. Elle reçut le prénom chrétien de Marie-Louise et épousa plus tard un ingénieur agricole français, André Brossard et devint elle même infirmière ayant, parait-il, reçu la Légion d'Honneur au cours de la guerre 39/45 sans doute à ce titre. Elle n'eut pas d'enfant. Très élégante et « moderne », elle aurait mené une vie assez mouvementée dans les milieux parisiens où elle était surnommée « Loulou ».

      - La reine Ranavalona III a eu uniquement une fille, dont la vie n'a pas été "publique" suite aux troubles liés à la colonisation, donc entre autre pour raison de sécurité.
Avez vous d'autre infos ?

rajaobe

      - La fille de la reine Ranavalona ne peut-elle - justement à cause des circonstances - avoir eu un précepteur privé?
Y-a-t-il des archives du palais? Cyriaque a dû être payé... y a-t-il des traces des finances royales?
Merci de m'aider à réfléchir.

annemarieatkuda

     - J'aimerais apporter ma part de contribution sur ce post. Car si j'ai bien compris il y a une lignée de Razafindrahety Ranavalona III en  France. Je tient juste à préciser que comme dit la personne ci dessus la Reine a eu une fille, Louise Ravoninoro Ranavalozafimanjaka, cachée puis adoptée par sa sœur la Princesse Rasendranoro. De ce fait je ne pense pas qu'elle ait eu de précepteur car par crainte de représailles venant du Prime Minister Rainilaiarivony à l'époque, son existence a été occultée, cependant la Reine apparaissait toujours en public avec un enfant qui n'était que la petite fille de sa sœur Rasendranoro non sa propre fille, qui s'appelait Marie Louise Rasendranoro, dont votre ancêtre serait peut être le précepteur. Pour ce qui sont passionnés par l'histoire et la soif de connaissance , la famille Ravoninoro a été représentée au sein de l'assemblée des académiciens Malgache par une personne qui fut le président durant pas mal de temps, ses enfants pourront certainement en témoigner. Par ailleurs, la tradition royale concernant les liens matrimoniales ont toujours été respectée par cette famille. Cependant , en exil la Reine a peut être eu d'autres enfants....

Ranavalona IV

JeanloupgajacJe confirme bien moi aussi ce que dit "Ranavalona IV"
     On fait effectivement souvent la CONFUSION entre MARIE-LOUISE qui est la petite fille de la soeur de la Reine, Rasendranoro, et  sa propre fille LOUISE issue de son premier mariage avec le Prince Ratrimoarivony (ambatomanoina) (qui a été probablement assassiné sur ordre de Rainilaiarivony son futur deuxième mari, le 7 Mai 1883. Il avait 21 ans. La reine Ranavalona II meurt le 30 Juillet 1883 et Razafindrahety, veuve à 22 ans est couronnée le 22 Nov 1883).
     Cette fille s'appelait Louise Ravoninoro Ranavalozafimanjaka (1878-1947). Cette fille s'est ensuite mariée avec Rainizoely Andriambahoaka et a eu 6 enfants Angèle,Désiré, Georges, Johnson, Meltine, Julie et Jules qui ont eux-mêmes une descendance. Il y a donc une quantité importante de descendants de Ranavalona III. C sont des gens nommés Rajao, Rakotomanga, Ratsimihara, Andriamampandry, Rabenoro, Ranaivoson, Rajaonson, Andriamahorely etc .... Ce sont les seuls descendants "de sang". (*). Rappelons ici que la monarchie Malgache ne se transmet pas de façon héréditaire mais par un système complexe de "ventres dynastiques" porteurs du Hasina, etc ... Il faut donc différencier les héritiers au sens familial ou patrimonial et les héritiers du trône. et avec ses filles adoptives, au nombre de trois  : deux des filles de sa soeur Princesse Rasendranoro qu'elle a adoptées : Princesse Rasoherina (fille de Andrianaly) mais qui est décédée en 1895 (Ilafy) et la Princesse Razafinandriamanitra III née en 1882 (qui était enceinte peut-être d'un militaire français le Cdt Gérard ou selon d'autres "bruits" des oeuvres de l’officier Charles, ordonnance du général Voyron, d'autres disent qu'il s'agit de l’architecte-portraitiste Ramanankirahina, supposé être l’espion de Galliéni ... ?) et qui est morte le 22 mars 1897, 8 jours après avoir accouché à 15 ans de Marie-Louise à Saint-Denis de la Réunion le 14 mars 1897 au début des 2 années d'exil réunionnais. Le voyage cahotique de cette très jeune mère enceinte depuis Tananarive jusqu'à Tamatave, même en filanjana avait été trop éprouvant sans doute, plus l'angoisse de l'exil et la déportation chez les hommes violents qui avaient envahi son pays ont eu raison de sa vie. Il faut imaginer ce qu'a été cette capture, ce véritable rapt en pleine nuit sans savoir si elles partaient vers la mort.
     Le bébé de la pauvre Princesse Razafinandriamanitra III a vécu cependant et Razafindrahety l'a aussi adoptée : elle s'appelait donc Marie-Louise  et elle est née à Saint-Denis de la Réunion le 14 mars 1897 à 9 heures du soir, à l'hôtel de l'Europe au 71 rue du Conseil. (déclaration par Philippe Ramanankirahina 36 ans, architecte de la Résidence Générale à Tananarive demeurant à l'hôtel de l'Europe de Saint-Denis, de Alfed Durand, 34 ans, Interprête militaire à l'Etat Major du Corps d'Occupation à Madagascar, domicilié à Tananarive et de passage à la Réunion et par Alfred Lavilgrand, 37 ans, Conseiller Municipal commerçant, domicilié 71 rue du Conseil à Saint-Denis.)
     Je rajoute que d'après Marie-France Barnier ( Ranavalo dernière reine de Madagascar Le Nadir Balland Janvier 1998), qui occulte absolument tout sur la première fille (et seule "de sang") de Ranavalona, la fille de Rasendranoro, Marie-Louise, a épousé André Bosshard ingénieur agricole et qu'elle a été infirmière. Elle n'a donc pas été adoptée par Ranavalona qui était simplement devenue sa tutrice à la mort, le 9 déc 1901, de sa grand-mère Rasendranoro ( décédée après avoir été hospitalisée pour troubles graves qui retentissaient sur son mental). Ella aurait eu la Légion d'Honneur pendant la guerre 39-45 sans doute comme infirmière. ELLE N'EUT JAMAIS D'ENFANT et divorça. "Très élégante, elle mena une vie assez houleuse, portait un turban et fumait des lucky Strike, et on l'appelait Loulou" ... dit M-F Barnier.
     Elle aussi aura-t-elle l'honneur d'être rapatriée à Madagascar avec les autres princesses ? ...
     J'ai arpenté les vieux cimetières de Saint-Denis de la Réunion pour retrouver la tombe de la Princesse Razafinandriamanitra III. Je continue mes recherches. Peut-être la famille a-t-elle eu l'autorisation de faire rapatrier son corps au Pays ? Ce serait triste qu'elle soit oubliée en terre d'exil. Je n'ai pu trouver que son acte de décès et l'acte de naissance de sa fille Marie-Louise.
     (A-t-elle été jugée sévèrement pour avoir eu un enfant hors mariage avec un soldat Vazaha ... ? On ne sait rien sur les contacts qu'aurait gardé ou non avec sa fille le Commandant Gérard, s'il est exact que ce soit lui le père ?)
     Je ne crois pas que Razafindrahety ait eu d'autres enfants en Algérie. On lui prête des amours cachées avec le fantaisiste prestidigitateur Cazeneuve à Toulouse, qui s'est bien payé la figure de la Cour malgache, et ensuite un mariage avec un avocat Français à Alger,( dans sa tombe il ne reste plus aujourd'hui que la Princesse Rasendranoro à Bab el Oued. Est-ce dans le même carré ou dans cette même tombe qu' est enterré Edmond Charles Ernest NORES Président honoraire du Tribunal Civil d'Alger, né le 6 octobre 1866 et décédé le 8 septembre 1945 à Alger ? Que fait-il là ? S'est-il effectivement marié avec Ranavalona  ou est-ce un voisin de tombe?) Le livre de M-F Barnier fait aussi l'impasse sur ce point.

http://www.alger-roi.net/Alger/cimetiere/pages_liees/tombes_celebres_gamt51.htm

     Cette jeune femme a donc été exilée par les occupants, qui ont ensuite tenté en vain d'acheter son renoncement et sa collaboration en lui donnant une vie d'exil à peu près correcte. Ils ont fait de même avec la Reine de Moheli, l'empereur d'Annam, Abd-El-Krim El Khattabi, le Roi Behanzin d'Abomey, le Prince Ham Nghi, etc ... Nous savons tous que la blessure dans l'âme de la Reine était un abîme de tristesse que sa dignité lui empêchait de crier dans le vide. Personne n'oubliera jamais la cruauté de ces gouvernants coloniaux et leur perversité pour avoir refusé tout retour même lorsque leur travail de sape avait profondément détruit l'espoir Malgache dans le retour de l'indépendance.
    On dit tout et son contraire sur cette Reine, sa liaison avec le Prince Ramahatra est utilisée pour mettre de la confusion sur sa personnalité par les partisans descendants des Andafiavaratra ou au contraire, on la glorifie en la désincarnant totalement. La vérité est sans doute entre les deux.
    Cependant il ne faut jamais oublier qu'à Madagascar, ce que peu de Français savent, c'est que Galliéni, l' assassin du Prince Ratsimamanga et de tant de patriotes Malgaches, après avoir sans vergogne fabriqué des faux documents, a décidé DE LUI-MÊME de supprimer la royauté Malgache, sans demander le feu vert du Gouvernement Français qui lui aurait (sans doute ?) été refusé. C'est seulement après coup qu'il a reçu le satisfecit du Président Français, au vu des résultats positifs pour les intérêts français de sa "pacification".
    Gallieni porte désormais la responsabilité devant l'Histoire de ce qui a été un arrêt brutal de la formation de l'Unité Nationale Malgache qui était en cours de réalisation, ce qui a déterminé par la suite tant de récupérations par les politiciens néo-coloniaux pour diviser jusqu'à nos jours ce Peuple, décapité de sa royauté et privé de sa souveraineté ( Cette unification qui s'est faite autour du français, ce qui est malsain) et rabaissé au rang d'une colonie morcelée et éclatée. En instrumentalisant les côtiers Sakalava ou Betsimisaraka, les coloniaux Français ont causé un tort incommensurable à ce pays, dont il ne s' est pas encore relevé. la Religion aussi a encore davantage exacerbé les divisions, conséquence du combat entre Anglo-Norvegiens et Français pour le contrôle de la Colonie et de ses richesses.
     On comprend donc aujourd'hui l'importance symbolique de faire rapatrier les restes des princesses et personnalités exilées. Renforcer un peu la conscience Nationale, la fierté et la culture dans le coeur si riche mais si blessé des Malgaches.
     (*) Je ne savais pas que Louise était confiée à Rasendranoro, mais çà ne m'étonne pas, puisque le Praiministra as you say, était largement en froid avec Razafindrahety à qui il avait pas mal de reproches à faire. De plus, s'il est vrai que le PM avait fait assassiner par son médecin le jeune mari de Razafindrahety, on peut imaginer que leur vie a dû être marquée à vie par cet acte criminel. Ce serait bien si on pouvait en savoir davantage sur cette mort du Prince Ratrimoarivony.
     Un article dont je ne retrouve plus les références (peut-être dans le livre de Annick Cohen-Bessy "La prédiction ou la vie de R/vony" ?) prétend que la jeune future Reine aurait adhéré à l'assassinat du jeune Prince Ratrimoarivony et qu'on aurait surpris un clin d'oeil complice entre elle et Rainilairivony .

     Je rajoute que Marie- Louise serait morte le 18 Janvier 1948 à Bazoches-sur-le-Betz dans le Loiret. Elle est enterrée au cimetière de Montreuil.
     On voit donc que Ranavalona n'a eu pour descendance directe que Louise Ravoninoro. Les légendes sur d'autres enfants de Ranavalona en Algérie ne sont que fantaisie, car elle était très surveillée par des agents de renseignement Français pour éviter des contacts avec des Anglais surtout et qui notaient quotidiennement ses faits et gestes dans les premières années. Elle a eu des amis, certes,  et des prétendants en quantité, mais elle était chaperonnée par la vieille tante Ramasine qui la suivait partout. Elle aurait sans nul doute aimé refaire sa vie mais n'en a pas eu le bonheur. Sur le Net on trouve des allégations fausses sur Cazeneuve (frère de "sang" seulement à l'époque où elle régnait encore) mais elle ne s'est jamais remariée à ma connaissance.
    Quant au PM Rainilaiarivony qui est mort en exil à Alger la première année de l'exil de Ranavalona à la Réunion, il a fait son petit fils Ratelifera légataire universel et Ranavalona avait toutes les raisons de lui en vouloir de ne lui avoir rien laissé, la laissant tributaire de mendier sa pension aux Français. Il reprochait à Ranavalona de n'avoir pas agi pour ses intérêts politiques.
    Les trois ou quatre princesses que le Ministre de la Culture Malgache voudrait sans doute rapatrier sont donc probablement :
          1- Razafinandriamanitra III que je vais retrouver au cimetière de Saint-Denis car mention de sa tombe est citée sur un texte de Pierre de Kadoré de 1901
          2- la tante de Ranavalona , la princesse Ramasindrasana enterrée dans un des 4 ou 5 cimetières de Nice
          3- la soeur de Razafindrahety, la princesse Rasendranoro  enterrée encore dans le tombeau qui avait servi à Rainilaiarivony et à Ranavalona au cimetière Saint-Eugène d' Alger
          4- la princesse Marie Louise "Ranavalo" enterrée au cimetière de Montreuil (pas de descendance)
     Avec toutes ces dates et éclaircissements sur les princesses Malgaches, Anne-Marie Atkuda va sans doute trouver la trace du précepteur ?

    Je voudrais compléter mon post en citant mes sources sur les généalogies Royales Malgaches qui sont assez nombreuses et complexes et très bien documentées, car la transmission orale des traditions est très forte dans ces familles, souvent donnant droit à l'enterrement dans le tombeau "Clanique" ou au contraire excluant la personne décédée qui aurait fait par exemple une mésalliance.
    Chez les Sakalava c'est très complexe, car les Princes ont eu de nombreuses femmes et enfants, (un peu comme les Rois de France d'ailleurs !) et il faut être très fort pour arriver à mémoriser les lignées. Quand on recherche des renseignements sur Mayotte et Andriantsoly par exemple, qui a déterminé depuis le début du XIX° siècle l'imbroglio politique actuel que Sarkozy a encore rendu plus compliqué ces jours ci, on doit tenir compte d'une histoire très emmêlée. La France coloniale n'a pas dérogé à ses habitudes de diviser pour mieux régner, y compris jusqu'à détruire une royauté millénaire qui n'acceptait pas l'envahisseur. Ce fut un crime contre l'humanité aux lourdes conséquences toujours fortement ressenties et instrumentalisées par l'ancien Président-Pdg et par Albert Zafy surtout pour asseoir leur idéologie de division.
    Rappelons nous aussi que Gallieni, non seulement a tué des dignitaires (il écrira plus tard "j'ai eu la main lourde" ...) mais il a aussi violé les sépultures des Rois et Reines à Ambohimanga afin de couper toute tentative des lambamena de se replier sur le lieu sacré, pour les installer à Tananarive et ainsi maîtriser absolument la destruction du pouvoir Royal et en organiser la folklorisation par l'embaumement muséographique. On tue puis on naturalise, on empaille et on expose les cadavres embaumés. Voilà l'action de Gallieni ! En 1938 ses successeurs ont refait le même scenario lors du retour de la reine Ranavalona pour encore davantage rabaisser le sentiment National Malgache et montrer à nouveau comme la France est généreuse. Quand on pense qu'il y a encore aujourd'hui des Malgaches qui, devant la misère structurelle, organisée, de leur pays, au lieu de combattre pour leur véritable indépendance et de s'affranchir de la corruption, rêvent d'un retour dans les bras de la "mère patrie française" ! Voila où mène une perte d'identité et l'absence de connaissance de l'Histoire vraie du pays.
    Une action symbolique positive serait de la part du nouveau Gouvernement Malgache de lancer l'idée de rapatrier les corps des rois et reines de Tananarive à Ambohimanga pour bien marquer que l'allégeance à la France est terminée et que les rapports avec ce pays doivent désormais devenir un partenariat équitable et rompre avec le néo-colonialisme. Il serait bon aussi de refaire la cérémonie bâclée par les français en 1938 lors du retour de Ranavalona III lors du retour des princesses. Reprendre l'Histoire là où elle s'est arrêtée et ensuite refaire un grand bond en avant une fois les blessures refermées et la dignité retrouvée.
    Chez les Sakalava perdure aujourd'hui un conflit  qui a été violent il y a deux ou trois mois à Ambatoharanana (2 morts) règne chez les Antakarana entre Tsimiaro III et Saïd Rashidy  (considéré comme le "Comorien Ratsirakien" qui se dit Lamboeny III) qui allait y effectuer le « Tsangantsaigny ».
    Tsimiaro III, descendant du Roi Kozobe (17ème siècle) et tient son titre de Roi Antakarana d'une entente en 1982 entre le Roi Ahmad 1er de Nosy Be, Tsialana II de l’Ankarana, Tsiaraso II d’Ambanja (le père de Rachidy Tsiaraso IV), Miarana de Maromandia et la Reine Soazara d’Analalava.
    Dans cette région, il faut l'aval du Chef traditionnel (Ampanjaka) pour signer des contrats (pêche, sucrerie etc ...) . Il doit demander l'autorisation aux esprits des Ancêtres.
    Je vous évoque ceci pour vous montrer la complexité des successions chez eux. Il semble que chez les Merina ce soit beaucoup moins conflictuel et bien plus cadré. La possession des "amulettes" des anciens Rois sont très importantes chez les Sakalava, d'où un fameux procès en Justice sur des années (de 1961 à 73) pour la possession des Dady (reliques royales ongles, dents, cheveux dans des petites boites) des 4 Andriamisara (Rois fondateurs: Andriamisara, Andriandahifotsy, Andriamandisoarivo et Andriambonarivo). En Juillet 2009 çà a recommencé entre les  Ampanjakabe de Boeny, Guy Harimisy et Jaofeno Richard à Mahajanga au sujet de la possession du Doany Miarinarivo de Tsararano Mahajanga où se déroule annuellement le rite Fitampoha. Vous voyez, c'est toujours un sujet très "chaud" comme cela l'a toujours été. Mais combien de Malgaches connaissent vraiment leur propre Histoire ? Nous avons des livres, nous mais lorsqu'on est soumis à la culture clanique orale, il est logique que l'on ne sache pas ce qui se passe au niveau de la Nation dans son ensemble. D'où le désir du Ministre le la Culture actuel de restituer à TOUS les Malgaches leur Histoire Nationale dont le colonisateur les a dépossédés.
    Pour revenir au sujet, chez les Merina il y a davantage de documentation sur les filiations jusqu'à aujourd'hui. La règle de ne pas nommer les moins de 100 ans n'a pas cours dans ces généalogies car les familles ont grand besoin de se situer dans la hiérarchie de leurs appartenances, par rapport aux tombeaux surtout et aux alliances. En voici quelques unes , sans compter les nombreuses généalogies familiales de la diaspora qui foisonnent sur des blogs : le monument de base :  http://www.royalark.net/Madagascar/imerina5.htm   (en Anglais) - http://gw5.geneanet.org/index.php3?b=taniko&lang=de;m=P;v=x - http://freepages.rootsweb.ancestry.com/~aviavy/avg/avg36.htm#3412  où on voit que Louise a eu non pas 7 enfants mais 9 : Angèle Rahelinoro, Désiré Ratsimihara, Georges Andriamarohely, Jonhson Gaston, Meltine Rasoanirina, Julia Ravaonirina, Jules Ratsitohara, Razoely, Augustin Rajaonah

http://aviavy.awardspace.com/tree/cont1005.html - http://familytrees.genopro.com/aviavy/ etc ... etc ...

L'excellent site sur les "12 collines" et autres lieux sacrés, d'une grande richesse documentaire avec des textes de Jean-Pierre Domenichini  : 

 http://madatana.com/colline-ambohimanga.php

     Je ne parle ici bien entendu de ce qui est accessible à tous sur le Net, ce qui n'exclue pas les livres comme le Tantaran'ny Andriana qui n'est qu'une compilation de sources diverses parfois discutables (avec ses erreurs parmi une mine de renseignements) et quantité d'autres livres dont celui de Françoise Raison-Jourde de Karthala éditions "les souverains de Madagascar", celui de Ellis sur les Lambamena ou sur Rainiandriamampandry. On les trouve encore facilement mais c'est le budget qui manque souvent.

    On se souvient du "Tantaran'ny Andriana" du RP François Callet qui prétend TOUT dire sur les royautés Malgaches et que certains considèrent comme une Bible, il comporte beaucoup d'erreurs.

    Par contre il n'y a pas de doute sur l'existence de Louise Ravoninoro, la fille que Ranavalona III a eu avec le Prince Ratrimoarivony, mais cependant, cette fille est occultée par pas mal de Malgaches pour des raisons obscures qui ont d'après moi, à voir sans doute avec le conflit permanent entre la Reine et le Premier Ministre qui probablement se continue aujourd'hui au sein du TAMIMA ou ailleurs entre les descendants de Rainilaiarivony et de Ratrimoarivony  (regardez par exemple le site "Rakalobe" : http://association-rakalobe.org/pageLibre000100d1.html On y parle du Prince mais pas de leur enfant )
    Y a-t-il eu une omerta sur le présumé assassinat du premier et jeune mari de Razafindrahety R, qui aurait été commandité par Rainilaiarivony, car cette famille est importante et encore très active aujourd'hui ?
    Mon avis très personnel est que l'omerta actuelle sur ces sujets somme toute mineurs ( car ne concernant que quelques personnes et non le destin d'un Peuple) cache un aboutissement complexe d'une Histoire longue de plusieurs siècles dans laquelle on doit chercher les réponses.
    Hormis cette question non élucidée d'une mort naturelle de Ratrimoarivony qui tombe à pic quelques jours avant le décès de Ranavalona II ou d'un assassinat maquillé en maladie, et quel que soit le commanditaire si commanditaire il y a eu, le fait essentiel est que la mésentente Razafindrahety- Rainilaiarivony est à analyser dans le contexte suivant : le Clan des Andafiavaratra (descendants  des anciens Vazimba de la première immigration Indonésienne) et la monarchie d' Avaradrano portant une lourde responsabilité dans l' échec de la résistance aux envahisseurs Français, ils portent ensemble sur leur dos la faute stratégique originelle d'Andrianampoimerina d'avoir cherché à soumettre par la force les autres Royautés du pays au lieu de s'allier avec elles. De plus, Rainilaiarivony porte la responsabilité, un peu comme le Front Populaire en France avant la deuxième guerre mondiale, d'avoir insuffisamment préparé son pays militairement contre l'ennemi. Il aurait pu s'allier beaucoup plus efficacement avec les Sakalava, après la trahison de la parole de protection par les français des Antakarana par exemple, il aurait pu agir davantage. Il lui était facile d' agir, mais la personnalité forte naissante de sa jeune femme le contrariait. Razafindrahety le considérait comme affaibli et aurait je pense souhaité le remplacer.
    Saura-t-on un jour la vérité sur ce conflit, alors que ceux qui écrivent aujourd'hui continuent soit d' encenser soit de rabaisser l'une ou l'autre des deux personnalités. Certains altèrent même la mémoire de cette Reine attachante de force et de sensibilité patriotique en la présentant comme une femme souvent futile, hypersensible aux modes occidentales et aux grands magasins, lui inventent une cohabitation avec l'espion aventurier Français Cazeneuve à Toulouse, ce qui est une pure fabulation.
D'autres ne retiennent que son discours de Mahamasina et son patriotisme ardent. Je pense que la vérité est que la France (les Anglais ne sont pas meilleurs pour autant !), par la violence, les assassinats et la ruse, les mensonges permanents, la perfidie et l'immoralité, et surtout par son avidité sans limite de pillage des pays soumis, a détruit l'équilibre même de la société malgache en s'en prenant à ses symboles fondateurs, elle s'en est pris à la dignité des vaincus en s'acharnant sur ses victimes au point de dénier à Ranavalona son rôle politique et de la contraindre à devenir simplement une icône de femme bourgeoise qui attirait la compassion des occidentaux. ces colonisateurs ont agi de même envers Abd-el-Krim El Khattabi du Rif en lui IMPOSANT un exil doré à la Réunion à Château-Morange. C'était pour mieux achever leur oeuvre de destruction, en s'en prenant à la personnalité même des chefs vaincus militairement et mis à genoux.
    Pour finir, voici les confidences de Ralitera, l'interprète du vieil homme exilé à Alger, sur les véritables sentiments de Rainilaiarivony envers Ranavalona qui prouvent le ressentiment entre les deux personnages : "elle est l'instigatrice de toutes les rébellions ... elle est la cause que je n'ai pu entrer en arrangement avec le Gouvernement français ... j'ai caché à Tananarive à l'insu de la Reine les preuves qu'elle a versé 40 000 piastres aux Anglais" ... etc  (cf Jean-Luc Andrian "les généraux Andiafavaratra au XIX° / publ SELAH BOOKS USA, qui d'ailleurs reprend à son compte la fable de la cohabitation de Ranavalona avec Cazeneuve à Toulouse. Mais il faut dire qu'il est l' arrière petit fils de Ramampanjaka, un des fils du Gal Rainimaharavo et de Rasoaray, fille ainée du PM Rainiharo, ce qui explique sa propension à assombrir la mémoire de la reine, étant lui-même issu d'un clan Andafiavaratra. De même, il occulte absolument l'existence de la fille de Razafindrahey et de Ratrimoarivony, tout en ayant l'honnêteté cependant d'évoquer l'éventuel assassinat du Prince. Bien entendu, il ne dit pas qui pourrait être le commanditaire.)
   Il est ainsi des mystères qui se résoudront bien un jour, comme l'incendie criminel du Rova de Tananarive. On spécule sur le Clan de Zafy, d'autres sur celui de Ratsiraka, mais il est quand même étonnant que personne ne sache ! Les Malgaches, grâce aux politiques successives d'apauvrissement planifiées par les hommes de paille des multinationales qui les financent, sont à 70% préoccupés par la survie, et se demandent chaque matin ce qu'ils vont pouvoir donner à manger à leurs enfants, alors il est naturel que les chercheurs et historiens malgaches soient encore peu nombreux. Avec l'avènement d'une IV° République moderne débarrassée de la corruption, l'Etat de Droit Malgache pourra je l'espère recouvrer sa dignité en redonnant l'accès à sa population à sa propre Histoire.

jeanloupgajac

    Eh bien, la petit fille a vecu de calvaire en calvaire, sous la tutelle de sa tante Rasendranoro a Ambatobevanja et Iavoloha apres avoir été cachée chez les Andrianamboniolona, elle est partie a Ilafy et Ambohimanga a l'encontre de son futur époux Andriambahoaka Ratsimihara , fils d'un écossai anoblis par la reine Ranavalona II du nom de Grandville (mentioner dans le Tantara) pour etre celui qui conseilla les messagers de la reine pour l'Angleterre et d'une des descendantes de l'ancien Roi de Tananarivo Andrianamboatsimarofy. le couple vivait eloigné des intrigues et la cruauté de la colonisation dans la modestie sans pretendre etre le detenteur du Hasina ou depositaire d'un pouvoir monarchique révolu. Sans etonnement je pense que c'est le destin qui l'a voulu ainsi car de toute facon la petite fille en question naissait un jour d' alakaosy, une des raisons parmis tant d'autres d'occulter son existence, cependant je me demande pourquoi ne fait on pas de test ADN surtout qu'en ce moment on evoque de plus en plus le rapatriement du depouille des princesses Rasendranoro et Ramasindrazana, respectivement soeur et Tante de Ranavalona 3 de facto l'ouverture du tombeau d'Ambohipiara , car je sais que les decsendants de cette petite fille n'y sont pas opposes; pour que la verité soit divulgée de facon officielle.

tsimiambohoahy

    Mon ancetre paternel s'appelle Ratsimanosika Andriambelomasina descendant du dernier fils d'Andriambelomasina dont le nom est Andriamparalahimanjaka inhumé du coté de fénoarivo et Antsahadinta. Le femme de Ratsimanosika est une descendante de la reine Ranavalona I par son filsadoptif le Prince Ramboasalama ou Andrianamboasalama qui devait régner a la place de Radama II, ensevelit dans le Rova Manjakamiadana. Ceci est la ligné du coté paternel, par la suite s'allia avec une des filles Ravoninoro Louise, qui se trouve etre ma mère. Je ne suis pas Prince comme certains nobles Malgaches s'attribue mais simplement membre de la caste Zazamarolahy, enfin a vous d'en juger....
Ranavalona IV n'est que pseudo, non pas une de volonté de restauration...

   Enfin vous avez tout a fait raison , la mort de Ratrimoarivony est bel et bien un assassinat par certains Andafiavaratra et une partie de la haute noblesse Imerina dont je ne citerai le nom mais tres proche de l'entourage du Prince.

Ranavalona IV

    Vous m'excuser mon intrusion mais juste pour confirmer (ou infirmer c'est selon) :
 - Ratrimoarivony (le mari de Razafindrahety Reniny, la future Ranavalona III) avait été bel et bien assassiné quelques mois avant le décès de Ranavalona II sur ordre de quelqu'un qui n'était même pas capable de se batrre pour l'indépendance de Madagascar et encore moins la préserver. (Ranavalona II était déjà gravement malade - avec paraissait-il les mêmes syndrômes que ceux de la maladie qui devait emporter Rasoherina)
 - Ratrimoarivony et Razafindrahety avait eu une fille qui s'appelait aussi Razafindrahety quand ils étaient à Miadanandriana (Talata Amoronkay). Cette fille qui aurait pu perpétuer la dynastie utérine royale a des descendants jusqu'à présent.

    Et je me demande toujours comment elle a vécu cette triple atrocité : d'abord la perte de son père (un assassinat déguisé en décès par maladie), l'éloignement de sa mère (vers le Rova d'Antananarivo pour être la femme du Prime Minister Commnder in chief) suivi de sa déportation.

Ern

    Eh bien, la petit fille a vécu de calvaire en calvaire, sous la tutelle de sa tante Rasendranoro a Ambatobevanja et Iavoloha après avoir été cachée chez les Andrianamboniolona, elle est partie a Ilafy et Ambohimanga a l'encontre de son futur époux Andriambahoaka Ratsimihara , fils d'un écossai anoblis par la reine Ranavalona II du nom de Grandville (mentionner dans le Tantara) pour etre celui qui conseilla les messagers de la reine pour l'Angleterre et d'une des descendantes de l'ancien Roi de Tananarivo Andrianamboatsimarofy. Le couple vivait éloigné des intrigues et la cruauté de la colonisation dans la modestie sans prétendre être le détenteur du Hasina ou dépositaire d'un pouvoir monarchique révolu. Sans étonnement je pense que c'est le destin qui l'a voulu ainsi car de toute façon la petite fille en question naissait un jour d' alakaosy, une des raisons parmi tant d'autres d'occulter son existence, cependant je me demande pourquoi ne fait on pas de test ADN surtout qu'en ce moment on évoque de plus en plus le rapatriement du dépouille des princesses Rasendranoro et Ramasindrazana, respectivement soeur et Tante de Ranavalona 3 de facto l'ouverture du tombeau d'Ambohipiara , car je sais que les descendants de cette petite fille n'y sont pas opposes; pour que la vérité soit divulguée de façon officielle.

Tsimiamboholahy

«Dans la nuit du 3 au 4 août 2008, ordre a été donné aux membres du personnel de la sécurité qui assuraient la garde de nuit de rentrer chez eux. D’autres hommes ont assuré le relais. Or, vers minuit, des individus à bord d’une dizaine de véhicules 4 x 4 sont venus dans le site pour y déposer des cercueils », témoigne Sebastien Rakotonomenjanahary, gardien du site d’Ambohimanga.
Stupéfaits, ces responsables subalternes ont essayé de trouver la vérité auprès de leurs supérieurs. Mais ces derniers leur auraient recommandé « de se taire » et pire, « ils nous ont menacés d’être démis de notre fonction si jamais nous dévoilons ce qui vient de se passer », confient les responsables. « Ce n’est que quelques jours plus tard que nous avons découvert par nos propres yeux des choses ensevelies dans des linceuls en soie avec les noms des souverains écrits en dessus et nous nous sommes rendu compte que ce sont des restes des rois cachés au Palais de Manjakamiadana » poursuivent les responsables.

« Nous avons transféré juste des poussières recueillies dans les tombeaux royaux de Manjakamiadana pour les mettre dans les nouvelles sépultures édifiées à Ambohimanga », souligne Noël Razafinjatovonarivo directeur de l’office du site culturel d’Ambohimanga rova.

Ala-faditra:

      Mais que ce soit une démarche symbolique ou transfert de vraies reliques, l’affaire suscite des réactions. Le Dr Rakotomalala Andriamampionona, descendant de la caste « Zazamarolahy » à laquelle appartient Andrianampoinimerina s’exprime : « En tant que descendant de souverains, je serai soulagé si enfin les restes de ces souverains sont réellement rapatriés à Ambohimanga, car c’est le lieu où ils devraient être et non à Manjakamiadana. Mais ce qui me choque cruellement c’est pourquoi on doit le faire de façon clandestine ? », s’interroge-t-il, indigné.
Néanmoins, devant le fait accompli, Rakotomalala Andriamampionona propose ce qu’il estime comme solution idéale. « Le sacrilège a déjà eu lieu. Il faut maintenant consulter les gardiens des traditions pour entamer le ala-faditra pour y remédier » , lance-t-il.
     « Nous sommes en train de mener nos propres enquêtes. Certainement nous allons réagir ultérieurement », mentionne Andry Rabarioelina fondateur de l’association des hériters de la noblesse malgache lors d’une réunion le 1er mai.


Hernan Rivelo
L'Express de Madagascar : Date : 11-05-2009

CEREMONIE TRADITIONNELLE AU PALAIS D’AMBOHIMANGA :

     Une cérémonie traditionnelle d’obédience aristocratique s’est déroulée dans l’enceinte sacrée du Rova d’Ambohimanga, la capitale du royaume de l’Avaradrano au 18ème siècle, située à 20 km au Nord de la capitale de Madagascar, le jeudi 21 mai 2009 dernier.
    Cette date est mémorable dans l’histoire de Madagascar car les descendants des rois de l’Imerina et de Madagascar sont venus pour raffermir les liens sociaux (Fihavànana) et la solidarité (Firaisankina) avec le peuple, liens sociaux qui ont déjà existé depuis l’époque royale.
    La Fédération des Descendants des Rois de Madagascar ou Fikambanana Taranaka Andriana eto Madagasikara (TAMIMA) était venue en forte délégation. Elle était composée de représentants des associations princières suivantes : Ny Andriantompokoindrindra, Ny Andrianamboninolona, Ny Andriandranando, Ny Zanadralambo, des descendants directs du Roi Andrianampoinimerina, la Famille proche de la Reine Ranavalona I et de la Reine Ranavalona II, Ny Andriamasinavalona, Ny Zazamarolahy, les Andriana de l’Imamo, Ny Marolahin'Andriamary, les Andriana du royaume de l’Ivakinankaratra, mais aussi des représentants des familles royales de toute l’Ile de Madagascar. Son Altesse Royal le Roi Issa Tsimiaro III de l'Ankarana, au Nord de Madagascar, a aussi envoyé un message de solidarité à tous les participants de cette cérémonie traditionnelle.
    Parmi ces descendants directs des rois, Ny Andriana RABARIOELINA Ndriana, descendant direct de l’Aîné de la famille royale, a inauguré la série de discours ou Kabary. Après, Ny Andriana RATRIMOARIVONY Georges a parlé au nom des descendants des familles royales du Royaume de l’Imerina. Puis, Ny Andriana RALITERA Etienne a fait un discours au nom des familles royales venant de tout Madagascar. Leurs discours étaient tous axés sur la solidité des liens sociaux et la solidarité, entre la famille royale et le peuple, existant déjà depuis plusieurs siècles jusqu’à nos jours.
    Des musiciens et danseurs traditionnels ont animé cette journée récréative. Puis, les descendants des familles royales ont visité le Palais d’Ambohimanga, qui est classé dans le patrimoine mondial de l’humanité. Après cela, à la demande du peuple, le représentant des familles royales a béni la population.
    Enfin, les descendants des familles royales de l’Imerina et de Madagascar ont offert trois zébus à la population du village royal et sacré d’Ambohimanga-Rova, en guise de solidarité. Cela constitue un très bon exemple de bonne entente et de solidarité entre les descendants des souverains et le Vahoaka (le peuple), en ce début de ce Troisième Millénaire.

    Il apparaît donc que peut-être le geste criminel et régicide de Gallieni contre la Nation Malgache a été lavé par le retour à Ambohimanga des reliques royales. Il reste à savoir pourquoi cette affaire est restée à demi clandestine ? Qui reste-t-il dans les tombes d'Antananarivo ? Qui est à Ambohimanga ? Où le Ministère de la Culture va rapatrier les reliques des Princesses mortes en exil ?
    Vous aurez ainsi pas mal de renseignements sur la question de la Royauté Malgache et sur son actualité. En demandant par avance indulgence des Malgaches qui liraient ceci et des excuses pour toutes les erreurs, même grossières mais involontaires, n'étant pas du tout historien ni ne prétendant détenir la vérité sur ces questions complexes.

    Voici la liste des Rois, Reines, Princes et Princesses inhumées à Ambohimanga avant la violation de sépulture commise par Gallieni (qui a même poussé la cynisme jusqu'à installer des cuisines sur ces emplacements sacrés). Il n' a cependant pas réussi à aliéner l'âme des Malgaches même si sa violence a réussi à les soumettre pour un temps :
       - Ambohimanga, nécropole royale est une ville sacrée. Elle a abrité jusqu'en 1897 les restes des souverains Merina.
       - Du temps d'Andrianampoinimerina il y avait 12 tombeaux surmontés de trano-masina alignés nord-sud dans le rova. A l'extrême nord se trouvaient les quatre grands où reposaient les rois comme Andriantsimitoviaminandriandrazaka et Andriambelomasina.


8 petits tombeaux accueillant les mères et la famille des souverains complètent l'ensemble.
     A la veille de la colonisation cette nécropole royale d'Ambohimanga se présentait comme suit :
    4 tombes étaient alignées N-S
          1) Extrême-Nord : Ranavalona I et II reposant dans un unique cercueil en argent car cette dernière étant morte lors de la guerre de 1883-85 le temps avait manqué pour lui en fabriquer un nouveau.
         2) Andrianampoinimerina
        3) Andriantsimitoviaminandriandrazaka et Andriambelomasina ainsi que 2 princesses : Ranavalondralambofonamanjaka et Ranavalonfonjanahary
       4) Les épouses des rois ainsi que de nombreux princes et princesses : Rampanobonitany (épouse d'Andriantsimitoviaminandriandrazaka) Rasoherimananitany (épouse d'Andriambelomasina) Ranavalonandriambelomasina (mère d'Andrianampoinimerina) etc.

 
Commentaires (2)

1. raherilalaina ignace vendredi, 29 Avril 2016

ary aôn mo no disoan doly ny tantara ny Malagasy,ny anaran mpanjaka afotsiny zao def nisy ny fandosoana azy,RANAVALONA ilay izy fa tsy RANAVALO! i Marie louise tsy zanaky ny mpanjaka fa zafikelin rahavaviny zafin rasendranoro i marie louise

2. LA VERITE jeudi, 18 Février 2016

Dommage une triste histoire. Gasy ihany no nanimba ny gasy . On dit que les Menalambes sont des heros à lutter contre les colons or que ce sont eux que les Français les utilisaient pour déstabiliser le royauté Malgache. Ils contribuaient beaucoup à notre défaite et quand les Français les désarmaient en les exterminant on crie qu 'ils sont des HEROS vraiment DOMMAGE

Pour compléter votre connaissance sur la zone d'ombre de l'histoire de Nation malgache ; le trouble au sain du royauté Malgache avant la prise de pouvoir de Ranavalona 3: ce trouble est étroitement lié aux préparatifs de l'expédition français avant la dernière attaque et qui donnait un coup fatal au royauté Malgache. On doit pas nier que les français ont du mal à coloniser les Malgaches ; il a fallu quatre attaques et qu'au bout de 4em attaque que nous avons perdu le combat et sans les mensonges qu'on a semées chez les Sakalava menabe (zafinimena) et sans la contribution de sujet d'Andriatsioly et sakalave menabe et aussi de Diego Suarez et de gents de Fenerive-est jamais la France n'aurait pas gagne cette bataille. Revenant en détaille ces 4 attaques:
1 er attaque Déjà au temps de Louis 14 ( Colbert le ministre d'outre mer ) la France convoitait à coloniser Madagascar entier . De leur comptoir Fort Dauphin , elle tentait d'agrandir leur territoire et tendre l'expédition vers l'intérieur de l'île mais les Malgaches de cette région ont réussi à les repousser ( une attaque avortée )

2eme attaque de ce comptoir "Fort Dauphin" au temps de Radama 1 . Les français ont encore essayaient de lancer une expédition mais l'armée de Radama a écrasé l'armée française à quel point que l'armée malgache s'amuse a transformer le nom de Fort Dauphin en FARATAY = dernière merde ou en FARADOFAY = dernière leçon corrective FERAny DOboka FAY
( 2 em échec de l'attaque de France)

3eme attaque: Les français se rendant compte que pour anéantir Madagascar il faut attaquer Tananarive. Pour ça il faut percer Madagascar à partir de la côte la plus près de Tananarive. Seulement il ne savent quel est la distance la plus courte. Les français ont donc déployé des missionnaires partant des côtes se dirigeant vers Tananarive, soit disant des personnes religieuses mais des espions. Ils avaient comme mission d'évaluer la distance la plus courte entre la côte et Tananarive en comptant le nombre de jours du trajet ( plus le nombre de jours est petit plus la distance est courte) mais aussi se renseigner sur les points stratégiques et la puissance militaire Malgache.
Ranavalona I a su ce que préparait la France alors elle a pris des mesures pour étouffer ça en éliminant toutes personnes qui côtoient ces missionnaires ( Nous connaissons tous l'histoire de maritura malgasy injija Rasalamo sy Ampamarinana " Baiboly no dorana nefa tsy may") . ça n'a jamais été une cause religieuse comme prétendait le livre d'histoire c'est un prétexte; mais le fond c'est de sauver la nation. Les français avait deux choix soit partir de Dzaoudzy ( Mayotte) ou île de France( Maurice). Ils ont constaté que Tamatave est la distance plus courte . De l'île de France ( Maurice ) les français ont lançait de bateaux de guerre mais Rainilaiarivony les attendait pied ferme . Les français n'ont pas réussi à pénétrer
( 3 eme défaite des français )

4eme attaque Entre temps du côté OUESTde Madagascar les français ont aussi préparé le terrain. Il fallait qu'elle trouve des alliés Malgaches; Andriatsioly le cousin de Rasalimo et oncle de princesse Tsiomeko de Nosy-be est arrivé au beau moment. Les français l'ont pris comme ami ( une mascarade aux yeux de ses sujets seulement mais plain d'hypocrisie )et ont conclue des pactes en vendant Dzaoudzy qui servira au français d'une base militaire ( Rq si la France veut accaparer cette île "Dzaoudzy" elle peut la prendre de force, elle n'a pas besoin de l'acheter à Andriatsioly car les armées ou les sujets d'Andriatsioly ne font pas le poids face à l'armée française mais il fallait du CINEMA ) . Peu de temps après ce pacte ( environ 6 ans ) les français l'ont empoisonné et ont mutilé son corps de coup de couteau et le jeté ( comme un cadavre de chien) sur le boulevard de crabes entre Dzaoudjy et Pamanjy. Pour gagner les coeurs de résidu de sujets d'Andriatsioly sur Madagascar et les sakalavas menabes les Français ont dû rependre les mensonges soit disant que les merinas sont venus sur MAYOTTE et ont assassiné le souverain Andriatsioly. Alors de là on commençait à DIABOLISER les hauts plateaux. On incite les sakalavas menabes à venger la mort d'Andriatsioly. Les français approvisionnent les sakalavas Menabe en fusils , poudre et munitions.
Réellement les sakalavas menabes ont préparé 3 axes pour anéantir les Merinas . Seulement les sakalavas Menabe et merina se ressemblent. Les sakalava menabe ont adopté un mot de passe pour signaler leur présence . Tout le nom de villages où on entend le mot ---ARIVO---
sont déjà sous la domination de Sakalava Menabe ( on entend la phrase 1000 lahy tsy maty indray anjo mais c'est faux une façon de diaboliser les Merinas) en effet le terme ARIVO ce sont les menabes qui l'utilisent fréquemment rien qu'à voir les noms des DROMBA NY MENABE.( Andriamadisiarivo, Andriamanavakaarivo, Andriamififiarivo....)
1er axe qui partait de Morodava en passant par Tsiroromandidy-Miarinarivo-Arivonimamo-Fenoarivo doit attaquer Manjakamiadana
2 em axe qui partait de Marovoay en passant par Fenoarivo(Manjakazafy où est originaire Ranavalona 3) - Ivato - Ambotsiarivo - Nosiarivo- pas loin Mamoriarivo doit détruire Ambohimanga
Entre ces deux localités les sakalavas menabes ont mis une zone tampon Sabotsy Namehina
( la ceinture de samedi) qui empêche les soldats de Manjakamiadana à venir sur Ambohimanga et inversement
3em axe par voix maritime qui partait de Marovoay , Majunga et Diego Suarez qui atterrisse sur Fenerivo-est( Tamatave) doit anéantir Fool Point " Mahabo et les autres localités" caserne militaire qui garde la côte EST de madagascar.
Mon seulement les Sakalava Menabe se fondent dans la masse de populations , ils sont armés jusqu'au dents et connaît bien les points stratégies de merinas. Ils ont réussi à désarmer les Merinas en brulant le stock de poudre à canon et fusils d'Ambodrona. Tout le monde connait l'expression" MAY AMBODRONA" . A un signal donné on lance l'attaque de ces trois points stratégiques de royauté Malgache ; les gents qui devaient déstabiliser la monarchie Malgache venaient de 4 coins de l'île ( Morodava; Majunga; Marovoay ; Nosy be ; Diego et Fenoarivo-Est et de Tananarive) ne se connaissaient pas; ils devaient se reconnaitre avec le fouloir rouge sur la tête d'où sortait l'expression MENALAMBA .
REMARQUE L'UTILISATION DE L'EXPRESSION : MONARCHIE MERINA ou Royauté Merina EST ABSURDE car des ROIS ET REINES qui ont régné à Manjakamiadana sont originaire de la côte à voir i le 1 er roi Add ou Ibosalama (connu sous le nom ANDRIANAPONIMERINA ) sa grand-mère ( Rangorovahiny ou Rangoromerina ) est originaire de Manakara donc son fils Radama i l'est aussi de même sa 1er femme Ranavalona 1 est aussi de même aligné que Rangorovahiny mais sa famille s'est déplacée vers le sud-ouest et porte la nomination de sakalava Menabe donc elle aussi côtière et la dernière reine Ranavalona III est aussi cotière. Le plan établi bien ordonné par les Menalambes pour détruire le ROYAUME MALGACHE est dictée par les SOLDATS français; c'est un stratégie de guerre de même l'histoire de notre Nation plein des erreurs aménager à ce que ça leur convient est faite par les étrangers " français et anglais" dans le but de diviser , créer des mésententes entre Malgache et affaiblir les malgaches

C'est ici que vous allez comprendre pourquoi il y a tant de troubles à la royauté Merina. Pour quoi on a tué la reine et le prince Ratsimo
Rainilaiarivony est bien conscient que si la guerre entre Merina et Sakalava menabe ( menalamba ) éclate les Merinas perdront la bataille. Face aux soifs ardentes des Sakalava Menabe (menalamba) à reverser la monarchie, Rainilaiarivony n'avait qu'une solution en renvoyant la balle en mettant un potentielle héritière SAKALAVA MENABE au trône de la monarchie afin d'éviter la guerre civile. il fallait éliminer la reine en place ( Ranavalona 2) . Son choix tourne donc aux descendant de RASALIMO fille du roi Ramitsaho le roi du sakalava menabe et cousine de Andriatsioly. On a demandé aux cousines de Razafindrahety mais elles ont refusé. Quant à Razafidrahety elle se portait volontaire pour sauvez la Nation de la guerre civil d'autant plus elle est de sang royal menabe ( Ramitsao- Rasalimo- Dady Ketaka -razafindrahety) mais aussi de sang royal pseudo-merina ( Andrianapoinimerina- Radama1 époux de Rasalimo tous deux enfantèrent Dady Ketaka- Razafindrahety). Elle est obligée d'assumer cette lourde tasse, vu son statu familial (taranaka mpanjaka ny Menabe sy Merina) on imaginera la suite en ce qui concerne le prince Ratsimo. Ranavalona 3 a bien réussi sa mission: " établir la paix interne".Or les français se font des alliés Malagasy du côté Sud-ouest- Nord " Morondava + Majunga + Diego Suarez" mais aussi du côté EST "Fenoarivo-Est" alors quand le jour "J" arrive (après la déclaration de Jules Ferry à l'Assemblé Nationale de Paris) Les français lançait la 4 ème attaque. Les français ont pris Madagascar en tenaille sur 2 axes: une expédition partait de La Réunion qui pénètre Madagascar du côté Tamatave. C'est un combat acharné mais l'armé loyale est affaiblie par les gents de Fenerive-est . L'autre expédition partait de Dzaoudzy et pénètrait sur Madagascar du côté de Majunga. Cette expédition rentre sur Majunga est accueille COMME des HEROS un véritable passoir du côté Est. Rainilaiarivony a su que les gents de l'Ouest a trahi la nation alors il a du scinder l'armée loyale de l'Est en deux ; la moitié devait parcourir Madagascar de l'Ouest en Est pour faire front contre l'Expédition venant de Dzaoudzy. C'est une expédition mixte composé de troupes françaises et des Malagasy mpamadika tanidrazana( MENALAMBA). L'armée loyale a rencontré l'expédition mixte à Andriba-be pas loin de Maivatanana . C'était un combat acharné mais l'armée loyale fatiguée du combat de l'Est et aussi du voyage n'a pas pu résistaient. Et nous savons tous la suite. On a perdu la guerre . on est devenu colonie française . Toute fois une bonne partie de gents mpamadika tanidrazana ( les MENALAMBAS qui existaient bien au temps de Royauté qui voulait renversé la monarchie ) les français les ont exterminés ( les français devaient faire ça de peur que les armes données par les français aux MENALAMBA pour renverser la monarchie Malgache se retournent contre eux, il fallait désarmer les Menalambas) . Les français ont juste besoin d'eux pour anéantir Madagascar mais une fois acquise ces personnes là sont indésirable pour eux qu'il fallait les éliminer . De leur union Ranavalona 3 et Rainilaiarivony une fille est née Fazafinambolo Filomène déjà son nom l'indique ( RAZAFI= postérité =zaza et VOLENA= caché = nasitsika ) c'est à dire RAZAFINAMBOLO = ZAZA NASITSIKA en effet c'est elle la fameuse fille de Ranavalona 3 qu'on a caché son identité . Cette enfant devait imprégnée de la culture côtière et servait d'un otage politique , elle est élevé en côte Rova ny Manerinerina @ Mapikony et ce sont les sakalava menabe qui assurent son éducation . Durant la guerre Fanco-Malgache elle a accompagné son père Rainilaiarivony à lutter contre les français à Tamatave. On a perdu la guerre, son père est capturé et exilé à la Réunion , elle est restée à Tamatave et ce sont les gents de Tamatave qui la gardaient jusqu'on l' a rapatriée à Tananarive chez une famille d'accueil . Au moment où elle a renoncé à son trône ( bien après la colonisation) et qu'elle soit rapatriée à Tananarivo chez une famille d'accueil à Manjakazafy: une chanson lui ait été dédiée " FEHILOHA MENA" , interprété par Jean Kely et Basth de KAÏAMBA de Tamatave. Sa famille d'accueil devait cacher son identité. Son surnom: Tsinono

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Date de dernière mise à jour : jeudi, 01 Septembre 2016

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