PROTOHISTOIRE et PEUPLEMENT

wikipedia.jpgdada.jpgLa période féodale-Malgaches

recueillis par Robert ANDRIANTSOA (malagasy58@gmail.com - tany_masina@yahoo.fr)

Les origines :

Madagascar origineOn a longtemps considéré faute de trouvailles archéologiques significatives que Madagascar n’avait pas été occupée avant la fin du Premier millénaire après J.-C., c’est-à-dire à une époque très récente.

Madagascar a dû accueillir ses premiers occupants au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, les plateaux n’étant abordés que vers les Ve-VIIe siècles. 

Les théories sur l'origine du peuplement de Madagascar sont nombreuses. L'hypothèse la plus certaine identifie les ancêtres des Malgaches venus d'Asie, d'Afrique et du Moyen-Orient, au début de notre ère.

Les Malgaches viennent donc d’ailleurs. Les ancêtres des malgaches actuels venaient d’Afrique et d’Asie, précisément d’Afrique orientale et d’Indonésie. Dès le VII siècle les marins indonésiens naviguaient dans l’archipel malais, jusqu’au sud de l’Inde et aux îles Maldives. C’était principalement des commerçants, ils naviguaient le long des côtes sur des pirogues, se guidaient grâce aux étoiles et dérivaient, c’est ainsi qu’ils ont pu découvrir Madagascar. Sur ces bateaux, il y avait aussi des serviteurs noirs, africains mais peut-être aussi de l’Inde du Sud.

Selon Alfred Grandidier, les populations noires de l’île étaient d’origine mélanésienne et auraient vu arriver ensuite des Javanais, ancêtres des Mérina, les apports africains et musulmans étant plus tardifs.

Gabriel Ferrand privilégiait à l’inverse la thèse de l’origine africaine des populations installées avant l’arrivée des ancêtres indonésiens des Mérina.

Hubert Deschamps pensait qu’un métissage s’était produit vers le milieu du premier millénaire entre des Indonésiens venus par le nord de l’océan Indien et des populations est-africaines.

Les populations proto-malgaches ainsi formées auraient été rejointes ultérieurement par de nouveaux immigrants indonésiens et par des Africains importés comme esclaves par le relais des Comores.

Installation des groupes ethniques

On assiste peu à peu à l’installation de différents groupes arabisés, sans doute indonésiens qui s’établissent dans la pointe sud de l’île (région de Fort-Dauphin) et qui donnent naissance à plusieurs ethnies vers le XVI siècle. Ils colonisent également la côte est, et notamment la vallée de la Matitanana, peu à peu ils remontent vers l’ouest et les plateaux.

Le peuplement de l'île

Aza tsy tia olona, fa ny olona no harena= Que les hommes ne vous soient pas indifférents, car c'est la richesse (proverbe malgache)

Introduction

À la question énigmatique, Malgache qui es-tu ? La réponse est délicate et complexe car le peuple malgache est issu d'immigrations successives aux origines diverses. Deux chronologies déterminent la période des premiers peuplements de l'île. La première fait débuter les occupations dès le Ve siècle avant J.C. tandis que la deuxième fixe aux VIe et VIIe siècles après J.C. les premières immigrations.

      On ne sait pas exactement qui sont les premiers habitants de Madagascar. Certains anthropologistes pensent que les Indonésiens sont arrivés les premiers il y a environ 2000 ans, et que les Noirs Africains ne sont arrivés qu’après.

     D’autres suggèrent que les habitants de Madagascar descendent d’Indonésiens et d’Africains qui se seraient mélangés avant leur arrivée sur l’île. Mais la plupart des experts s’accordent à dire que les premiers habitants de Madagascar sont arrivés relativement récemment (rien ne prouve qu’il y ait eu un âge de pierre à Madagascar). La population se serait ensuite métissée au fur et à mesure des autres migrations (Arabes et Indiens).

     Les origines diverses des Malgaches (les habitants de Madagascar) ont produit un intéressant panel de cultures inspirées de l’Asie du sud-est, de l’Inde, de l’Afrique et du Moyen-Orient.

     L’influence indonésienne est très visible dans la langue – très proche d’un dialecte de Bornéo, une île en Indonésie – comme dans les systèmes de croyances et le régime alimentaire à base de riz. Le riz est l’aliment le plus répandu à Madagascar et beaucoup de Malgaches en mangent à tous les repas. Le bœuf est aussi une nourriture très populaire, bien que chère. L’élevage de zébus pratiqué à Madagascar s’inspire de l’Inde, mais reflète aussi l’influence culturelle de l’Afrique sur les habitants de Madagascar.

Protohistoire et peuplement (ca 2000 a. J.-C. - 500)

- La protohistoire est la science qui regroupe l'ensemble des connaissances sur les peuples sans écriture contemporains des premières civilisations historiques.

- Le peuplement est l'ensemble des individus appartenant souvent à un même groupe taxonomique, qui présentent une écologie semblable et occupent le même habitat. Ces peuplements peuvent eux-mêmes être subdivisés en guildes.

D'une part, d'après les recherches scientifiques de chercheurs du CNRS-France, Madagascar était déjà peuplé il y a plus de 2.000 ans avant l'ère chrétienne. D'autre part, des vagues de migrations juives étaient établies dans l'Ile d'Abraham (Ile Sainte-Marie), à Nosy Mangabe, puis à Maroantsetra, au Nord-Est de Madagascar plusieurs siècles avant l'ère chrétienne. D'après les recherches du Pasteur Tolotra Ratefy et du Rev. Dr. Ndriana Rabarioelina, la majorité des malgaches qui pratiquent la circoncision ont des origines juives.

Une origine austronésienne commune à toute l'île : les Vahoaka Ntaolo : Vazimba et Vezo (ca 500 av J.-C. - 700)

La population de Madagascar descendrait de 30 femmes indonésiennes

Grâce à l’ADN, des scientifiques pensent que les Malgaches sont issus d’un groupe de femmes arrivé il y a 1200 ans d’Indonésie.

Une équipe de chercheurs de l’université Massey (Nouvelle-Zélande) a comparé l’ADN de 266 Malgaches de souche (issus de 3 ethnies) et de 2745 Indonésiens pour tenter de déterminer l’origine du peuple de Madagascar.

En se concentrant sur la lignée maternelle des Malgaches étudiés, les scientifiques ont estimé qu’un petit nombre de femmes indonésiennes est à l’origine de la majorité des habitants de l’île de Madagascar : 30 d’après leurs estimations.

Selon les chercheurs, l’île aurait été peuplée il y a 1170 ans. Plusieurs hypothèses ont été émises pour expliquer l’arrivée de cette trentaine de femmes : comptoir de commerce ou bien volonté de colonisation ? Le scénario le plus sérieusement envisagé est la probabilité du naufrage d’un navire indonésien sur les côtes malgaches il y a plus de mille ans.

Il y avait des hommes mais certains bateaux étaient remplis en majorité de femmes. Une légende dit qu’a l’époque des grandes navigations de la civilisation austronésienne dit que des navires Indonésiens qui se dirigeaient vers l’est (Polynésie et autres …) ont échoué à Madagascar suite à un tsunami. Ces populations d’abord traumatisées par la mer se seraient réfugiées dans le centre de l’ile dans les hautes terres. D’où le pourquoi c’est dans cette region que les traits asiatiques de la population sont les plus marqués, La suite est la conquète du reste de l’ile. Sans oublier les populations Autochtones commme les Wazimbas déja présents sur l’île avec lesquels les populations se sont mélangées.

Vaγimba - "ceux de la forêt" en proto-Barito du Sud-Est (ancienne langue austronésienne dont la branche moderne dite "barito oriental" regroupe le malgache et des langues parlée par des peuples Dayaks du bord du fleuve Barito à Bornéo (Kalimantan du Sud) : ma'anyan, dusun deyah, dusun malang, dusun witu et paku) (Photo Wikicommons : Dayak de Borneo

Les nombreuses recherches pluridisciplinaires récentes - archéologiques 1, génétiques2, linguistiques 3 et historiques 4 - confirment toutes que l'ensemble du peuple malgache est primordialement originaire de l'archipel indonésien5. Arrivés probablement sur la côte Ouest de Madagascar en canoé à balancier (waka) au début de notre ère - voire 300 ans avant selon les archéologues6 et peut-être encore plus tôt selon certaines hypothèses des généticiens 7 -, ces pionniers navigateurs austronésiens sont connus de la tradition orale malgache sous le nom des Ntaolo (de *tau - *ulu - "les hommes premiers", "les anciens", de *tau-"hommes" et *ulu- "tête", "premier", "origine", "début" en proto-Malayo-Polynésien (MP)8). Il est également probable que ces anciens se nommaient eux-mêmes les Vahoaka (de *va-*waka "peuple/ceux des canoés" ou "peuple de la mer", de *waka-"canoé (à balancier)" en proto-MP), terme signifiant simplement aujourd'hui le "peuple" en malgache.

Sur le plan morphologique/phénotypique, cette origine Sud-Est asiatique première des malgaches explique, par exemple au niveau des yeux, le "pli épicanthal" asiatique de la paupière supérieure (epicanthic fold) répandu chez tous les malgaches qu'ils soient des côtes ou des hauts plateaux, qu'ils aient la peau claire, sombre ou cuivrée.

Vezo-"Ceux des côtes" en proto-Malayo Javanais (Photo Wikicommons : Arman Manookian - 'Hommes sur pirogue à balancier en direction de la côte', huile sur canevas, c. 1929)

Ce peuple originel (vahoaka ntaolo en malgache) austronésiens que l'on peut appeler les "protomalgaches" (du grec protos - "premier") est à l'origine :

  • de la langue malgache commune à toute l'île : une langue issue du proto-austronésien, appartenant à la branche proto-malayo-polynésienne (proto-MP) et à la sous-branche proto-Sud-Est Barito (proto-SEB) qui partage ces mêmes bases anciennes communes avec les langues dayak actuelles du groupe barito de Bornéo Sud telles que le ma'anyan, dusun deyah, dusun malang, dusun witu et paku actuels9
  • de tout le fonds culturel malgache commun à tous les autronésiens, des îles du Pacifique à l'Indonésie, en passant par la Nouvelle-Zélande et les Philippines : coutumes anciennes (comme celle d'ensevelir les défunts dans une pirogue au fond de la mer ou d'un lac), agriculture ancienne (la culture du taro-saonjo, de la banane, de la noix de coco et de la canne à sucre), l'architecture traditionnelle (maison végétale à base carrée sur piloti), la musique (les instruments comme la conque marine antsiva, le tambour de cérémonie hazolahy, le xylophone atranatrana, la flûte sodina ou encore la valiha) et la danse (notamment la "danse des oiseaux" que l'on retrouve à la fois au centre et dans le Sud)10.

Au tout début du peuplement appelée "période paléomalgache", les Ntaolo se subdivisèrent, selon leurs choix de subsistance en deux grands groupes : les Vazimba (de *ba/va-yimba-"ceux de la forêt", de *yimba-"forêt" en proto Sud-Est Barito, aujourd'hui barimba ou orang rimba en malais11) qui s'installèrent -comme leur nom l'indique- dans les forêts de l'intérieur et les Vezo (de *ba/va/be/ve-jau, "ceux de la côte" en proto-Malayo-Javanais, aujourd'hui veju en bugis et bejau en malais, bajo en javanais12) qui restèrent sur la côte Ouest.

Le qualificatif Vazimba désignait donc à l'origine les Ntaolo chasseurs et/ou cueilleurs qui décidèrent de s'établir "dans la forêt", notamment dans les forêts des hauts plateaux centraux de la grande île et celles de la côte Est et Sud-Est13, tandis que les Vezo étaient les Ntaolo pêcheurs qui restèrent sur les côtes de l'Ouest et du Sud (probablement les côtes du premier débarquement)14.

Quant à la cause de la venue de ces austronésiens, l’histoire de l'Océan indien du début du premier millénaire de notre ère est encore très mal connue. On peut seulement supposer que l’île de Madagascar joua un rôle important dans le commerce, notamment celui des épices et du bois rare, entre l’Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient, directement ou via les côtes africaines.

Village austronesien avec levu sur piloti (de *levu-"maisons" en proto-austronésien qui a donné en malgache an-devu -"à la maison") : tous les villages des ntaolo vazimba et vezo de Madagascar étaient probablement similaires au premier millénaire. On retrouve d'ailleurs encore ce modèle aujourd'hui sur toutes les côtes de la grande île et dans les zones intérieures reculées (forêts, etc.)

Un point fait encore débat parmi la communauté des chercheurs : le mot vazimba étant un qualificatif austronésien désignant les "habitants de la forêt" d'une manière générale (y compris les austronésiens eux-mêmes qui s'installèrent dans les forêts), il n'est pas à exclure que d'autres hominidés vazimba aborigènes -de type homme de Florès par exemple- aient habités dans les forêts de Madagascar des dizaines -voire des centaines- de milliers d'années avant l'arrivée des vazimba austronésiens. Quelques-uns ont peut-être encore existé à l'arrivée des vahoaka ntaolo austronésiens au premier millénaire avant notre ère. Ceci pourrait expliquer le mythe des "petits hommes/nains primaires de la forêt" que les vahoaka ntaolo austronésiens - ancêtre de la majorité des malgaches actuels - auraient rencontré et assimilé (ou peut-être décimé) à leur arrivée. Les preuves irréfutables sous-tendant ce mythe manquent encore aujourd'hui. Seuls l'archéologie et la génétique pourront les apporter. Il n'est, enfin, pas à exclure non plus que le mythe des "vazimba-petits hommes/nains" ait été emmené par les austronésiens à partir des îles de la Sonde où ils habitaient auparavant, auquel cas ce mythe pourrait effectivement concerner les hominidés de type Florès ou Negrito (orang asli en malais). Ces derniers, de petite taille, ont en effet habité les forêts des îles de la Sonde bien avant l'arrivée des austronésiens et y sont considérés comme étant les peuples aborigènes. On sait, par exemple, que le mythe de l'ogre "Trimo be - mangeur d'enfant" est un conte emmené par les austronésiens et parle en fait du tigre (de *(t)rimu, "tigre" en proto-MP) qui habite les forêts des îles de la Sonde. Le mythe des "petits nains vazimba" pourrait avoir subi un voyage similaire.

Les immigrations de la fin du premier millénaire et du début du second : naissance des clans néo-Vezo et néo-Vazimba (ca 700 - 1500)

Dès le milieu du premier millénaire jusqu'à 1500 environ, les Vazimba de l'intérieur autant que les les Vezo des côtes accueillirent de nouveaux clans immigrants, connus en malgache par les noms d'origine austronésienne Vahiny ou Vazaha (*va-hiny "les visiteurs", *va-zaha-"ceux qui visitent/cherchent") : moyen-orientaux (Perses Shirazi, Arabes Omanites, Juifs arabisés), est-africains (Bantus) et orientaux (Indiens Gujarati, Malais, Javanais, Bugis) qui s'intégrèrent et s'acculturèrent à la société Vezo et Vazimba.

Le taro (saonjo) qui est, selon un très vieux proverbe malgache, "l'ainé du riz" (Ny saonjo zokin'ny vary) constitue la base alimentaire de tous les austronésiens, notamment des anciens Ntaolo Vazimba et Vezo

Le commerce des esclaves par les Malayo-javanais, les Perses Shirazi et les Arabes Omani à la fin du premier millénaire fut sans doute une des causes de ces nouvelles immigrations. On trouve en effet, d’une part, mention de la présence d’esclaves africains (zenj ou zandj) offerts par des Javanais à la cour de Chine au début du IXe siècle, et de l’autre, Madagascar même commença à connaître une africanisation de sa population. Cette présence africaine dans l’île ne semble cependant devenir massive qu’à partir du IXe siècle, sous l’impulsion du commerce musulman arabo-perse.

La flûte suling indonésienne, cousine de la sodina

Avec l’arrivée de l'islam, en effet, les commerçants Perses et Arabes supplantent rapidement les Indonésiens des côtes africaines et étendent par la suite leur contrôle sur les îles Comores et certaines parties des côtes de Madagascar. Parallèlement, sous la concurrence conjointe des nouvelles puissances maritimes chinoises (Song) et sud-indiennes (Chola), les thalassocraties indonésiennes connaissent un déclin rapide, même si les Portugais trouvent encore des marins javanais à Madagascar lorsqu'ils y abordent au XVIe siècle.

pirogue-sarcophage de Dayak d'Indonésie : une sépulture qui rappelle les traditions orales témoignant que les anciens Nataolo Vezo et Vazimba ensevelissaient leurs morts dans des pirogues-sarcophages, sous la mer ou sous un lac

Le brassage avec les pasteurs-agriculteurs est-africains du moyen-âge (autour de l'an 1000) explique les nombreux superstrats bantus-swahili dans la langue proto-austronésienne (proto-SEB plus précisément) initiale des Vazimbas. Ces superstrats sont notablement présents dans le vocabulaire domestique et agraire (exemples : le bœuf "omby" du swahili ngumbe, l'oigon "tongolo" du swahili kitunguu, la marmite malgache "nongo" de nunggu en swahili15)

Les clans néo-austronésiens (Malais, Javanais, Bugis et Orang Laut)16, quant à eux, historiquement et globalement -sans distinction de leur île d'origine- dénommés les Hova (de uwa-"homme du peuple", "roturier" en vieux bugis), ont, selon les traditions orales17, débarqué au Nord et à l'Est de l'île. Selon l'observation des linguistes au sujet des emprunts aux vieux malais (sanscritisé), vieux javanais (sanscritisé) et vieux bugi du moyen âge dans le fonds de vocabulaire proto-austronésien (proto-SEB) originel, les premières vagues hova sont arrivées au VIIIe siècle au plus tôt18.

Diplomates, officiers, savants, commerçants ou simples soldats, certains alliés aux marins Orang Laut ou Talaut (Antalaotra en malgache), ces hova étaient probablement issus des thalassocraties indonésiennes. Leurs chefs, connus sous le nom des diana ou andriana ou raondriana (de (ra)hadyan-"seigneur" en vieux javanais, aujourd'hui raden et qu'on retrouve également encore dans le titre de noblesse andi(an) chez les Bugis), se sont, pour la plupart, alliés aux clans vazimba :

  • (1) au Nord Ouest dans la région de l'actuel Ankoala (du malais/de l'indonésien kuala-"estuaire") où les hova Orang Laut (Antalaotra en malgache) avaient probablement établis leur base pour les actions dans l'Océan Indien.
  • (2) sur la côte Est (Betsimisaraka) où les chefs hova étaient également appelés Filo(ha) be par les clans "néo-Vezo".
  • (3) au Sud-Est où les chefs ("diana") des clans hova Zafiraminia et Zafikazimambo alliés aux clans "néo-Vezo" d'alors y fondèrent les royaumes Antaisaka, Antaimoro, Antambahoaka, etc.
  • (4) à l'Ouest : la dynastie Maroserana(na) qui fonda le royaume Sakalava est elle-même issue des Zafiraminia de la côte Est.
  • (5) au Centre où les alliances répétées des chefs (andriana) des clans hova (Andrianerinerina, Andriantomara et leurs descendants notamment19) avec les chefs des clans vazimba (Rafandrana et ses descendants notamment20) fut à l'origine du Royaume Merina et Betsileo.

Aujourd'hui, la population de Madagascar peut-être considérée comme le produit d'un brassage entre les premiers occupants vahoaka ntaolo austronésiens (Vazimba et Vezo) et, ceux arrivés plus tardivement (Hova néo-Austronésiens, Perses, Arabes, Africains et Européens).

Phénotypiquement, c'est parmi les populations des hautes terres (Merina, Betsileo, Bezanozano, Sihanaka), plus endogames, que le phénotype austronésien mongoloide sundadont est le plus prégnant. On remarque également parfois le phénotype austronésien australoide et austronésien negrito partout à Madagascar (y compris sur les hauts plateaux). Contrairement au phénotype est-africain bantu, le phénotype austronésien "negrito" se caractérise notamment par sa petite taille.

La période féodale (1500 - 1895)

Les royaumes de Madagascar (1500 - 1817)

Radama Ier, premier monarque du royaume central unifié de Madagascar.

Ces immigrés étaient minoritaires en nombre, cependant leurs apports culturels, politiques et technologiques à l'ancien monde Vazimba et Vezo modifièrent substantiellement leur société et sera à l'origine des grands bouleversements du XVIe qui conduiront à l'époque féodale malgache.

Sur les côtes, l'intégration des nouveaux immigrés orientaux, moyen orientaux, est-africains (Bantus) et européens (Portugais) donnèrent naissance aux grands royaumes Antakarana, Boina, Menabe et Vezo (Côte Ouest), Mahafaly et Antandroy (Sud), Antesaka, Antambahoaka, Antemoro, Antanala, Betsimisaraka (Côte Est).

À l'intérieur des terres, les luttes pour l'hégémonie entre les différents clans néo-Vazimba des hauts plateaux centraux (que les autres clans néo-Vezo des côtes appelaient les Hova) aboutirent à la naissance des grands royaumes Merina, Betsileo, Bezanozano, Sihanaka, Tsimihety et Bara.

La naissance de ces clans, ethnies et royaumes néo-Vezo" et néo-Vazimba modifièrent essentiellement la structure politique de l'ancien monde des Ntaolo, mais la grande majorité des autres catégories demeurèrent intactes au sein de ces nouveaux royaumes : la langue commune, les coutumes, les traditions, le sacré, l'économie, l'art des anciens demeurèrent préservées dans leur grande majorité, avec des variations de formes selon les régions.

À moins d’imaginer l’existence et la survivance d’aborigènes africains au moment de la cassure qui sépara Madagascar du continent, la Grande Île, déserte et donc terra nullius , n’a pu être au départ peuplée que par des immigrants venus, c’est une évidence, de la mer. Mais des immigrants capables d’affronter avec succès les dangers de la haute mer. Les Africains n’étant pas considérés comme des marins de ce type et l’hypothèse de la venue de Mélanésiens étant aujourd’hui généralement écartée, ce sont des Indonésiens (Austronésiens) qui auraient donc été les premiers arrivants. On a avancé l’idée de navigateurs en pirogues à balancier venus par le sud de l’Asie et de la côte d’Afrique où un premier mélange se serait produit avant d’aborder Madagascar. On a également supposé une arrivée plus tardive d’Indonésiens disposant de plus grands bateaux et qui auraient d’abord lancé des expéditions de pillage, voire de colonisation, sur la côte africaine avant de toucher la Grande Île. La référence aux indications données par les chroniqueurs arabes du Moyen Âge n’est pas décisive, puisque les île Waq-Waq dont ils parlent peuvent désigner selon les spécialistes aussi bien Madagascar que le Mozambique... ou le Japon.
À quelle date alors fixer ces «premiers» débarquements? On a supposé fort logiquement, en l’absence de toute trace d’hindouisme dans la culture traditionnelle malgache, qu’ils étaient antérieurs à l’hindouisation de l’Indonésie, c’est-à-dire au IIIe siècle après Jésus-Christ. Mais seules les îles de Bali, Java et Sumatra ont subi l’impact de l’hindouisme. Si donc les Proto-Malgaches sont originaires des îles non hindouisées de l’Indonésie ainsi qu’on l’a prétendu - îles Célèbes (Sulawesi), Bornéo (Kalimantan), îles de la Sonde -, leur départ de l’Austronésie pourrait être beaucoup plus récent, soit aux alentours du Xe siècle de notre ère. On avance aujourd’hui que ces premières circumnavigations indonésiennes, liées déjà au commerce des épices, auraient pu commencer dès le VIIIe ou le IXe siècle, de toute façon plusieurs siècles avant les débuts de la colonisation européenne.
L’invasion primitive a été suivie d’autres arrivées et de nombreux voyages de navigateurs venus de l’Orient, comme l’attestent certains chroniqueurs arabes, notamment Edrissi (XIIe s.). Il est vraisemblable que ces voyages ont amené les Merina (prononcer «Merne») qui, à partir de la côte est ou sud-est de l’île, gagneront progressivement les Hautes Terres où ils se fixeront.
D’autres groupes immigrés d’origine indonésienne ou africaine qui étaient, eux, islamisés ont aussi abordé la côte est. Ce sont les Rasikajy, les Zafy-Raminia et les Antemoro (prononcer Antémour). Les Rasikajy, établis dans le Nord-Est autour d’Iharana (Vohémar), ont laissé des tombeaux et de curieuses marmites à trois pieds, taillées dans une pierre tendre. Plus au sud, les Zafy-Raminia ont donné naissance à deux «tribus» actuelles, les Antambahoaka autour de Mananjary et les Antanosy vers Fort-Dauphin. Arrivés un peu plus tard, les Antemoro s’installèrent sur la rivière Matitana. Tous ces groupes plus ou moins islamisés, dont les descendants donnent aujourd’hui une certaine spécificité culturelle et politique à la région sud-est de Madagascar, possédaient ou possèdent encore des manuscrits anciens, les Sorabe , écrits en langue malgache mais utilisant les caractères arabes et relatant des traditions, des légendes et des formules magiques. Pour le reste, ni par les coutumes ni par la langue, ces arabisés, d’ailleurs peu nombreux par rapport à l’ensemble des ethnies, ne se différencient notablement des autres Malgaches.
Proto-Malgaches anciens ou arrivés plus récemment ont d’abord habité la côte, vivant de pêche et de tubercules (ignames, taro). Certains, par suite de croissance démographique, de querelles familiales ou d’habitudes nomades, se déplacèrent vers l’intérieur. La culture sur brûlis (le tavy , semblable au ladang indonésien) et le renouvellement par le feu des pâturages pour les bovidés amenèrent la disparition quasi complète de la forêt primaire des plateaux, plus sèche et moins vigoureuse que celle de la côte est. La rizière inondée, technique amenée de l’Indonésie ou de l’Inde du Sud, occupa peu à peu les fonds de vallée, puis les marais et les flancs des montagnes.
C’est ainsi du moins que l’on peut se représenter, faute de documents, le peuplement de l’île. Il fut longtemps très lacunaire: un archipel de petits groupes humains dispersés entre d’immenses régions vides. Des fouilles archéologiques récentes apportent une meilleure connaissance de la culture matérielle de ces Proto-Malgaches et de leur genre de vie (consommation de bovidés, usage du fer et petite métallurgie, poterie graphitée, etc.).

La génétique, la linguistique et l'ethnologie s'associent pour remonter l'origine du peuple malgache. Pour une meilleure connaissance de la diversité génétique des Malgaches.

C'est ici où il y a le plus d’incertitudes étant donné l’introduction tardive de l’écriture dans la grande île. Une chose est cependant sûre : on ne retrouve pas sur la «Grande Île» de vestiges datant de la préhistoire. Néanmoins, on s’accorde à dire que Madagascar ne fut occupé par l’homme que très tardivement, autour du début de notre ère. S'appuyant sur les données archéologique et ethnologique, les chercheurs ont mis en évidence un peuplement simultané de l'île par des populations d'origine malayo-indonésienne et africaine, plusieurs vagues d'immigration se succédant au cours des siècles, depuis le début de notre ère. Ainsi, la population de Madagascar peut-être considérée comme le produit d'un métissage poussé entre premiers occupants indonésiens et africains. Cette double origine explique le métissage de la civilisation malgache, tant dans les domaines économique que culturel et religieux.    

Le problème de l'origine des Malgaches est, de l'avis de nombreux auteurs, une véritable énigme. De nombreux faits contradictoires en compliquent l'interprétation et fragilisent les conclusions. On ne trouve pas de réponses satisfaisantes aux questions qui se posent. Néanmoins, les contradictions apparentes cachent parfois une certaine convergence des idées.

Randriamamonjy Frédéric de l'Académie malgache.

L'Île de Madagascar semble n'avoir été occupée par l'homme que très tardivement, autour du début de notre ère.

Le peuplement de Madagascar commence vers le début de l'ère chrétienne par des vagues successives de migrants venus d'Asie du Sud-Est (Indonésie). Remarquables navigateurs, ces Nusantariens (ou malayo-polynésiens) arrivaient dans des bateaux dénommés sambo et fiara, capables de transporter jusqu'à mille personnes et plusieurs centaines de tonnes de marchandises. L'installation à Madagascar s'est effectuée dans un cadre de migrations organisées étalées sur plusieurs siècles. Les migrants apportaient de nombreuses technologies de leur pays d'origine comme le travail du fer , ainsi que des animaux domestiques, bœuf, porc, chien, poulet et des plantes vivrières, riz, banane, cocotier, mangue, canne à sucre, fruit à pain, taro ou saonjo, igname

A ces anciennes migrations nusantariennes s'ajouteront plus tard celles issues du continent africain, liées notamment à la traite des esclaves pratiquées sur une grande échelle par les musulmans à partir du VIIIe siècle. L'arrivée des Européens au début du XVIe siècle n'affectera que très marginalement le processus.
Au fil des siècles, les habitants de Madagascar finissent par se constituer en de nombreux groupes ethniques qui malgré de nombreux points communs n'en possèdent pas moins chacun sa spécificité linguistique, ainsi que des coutumes et des traditions historiques propres. Depuis le XVIIIe siècle, les plus importantes ethnies sont, sur le plan numérique, les Antankarana, les Antanosy, les Bara, les Betsileo, les Betsimisaraka, les Merina, les Sakalava, les Sihanaka et les Tsimihety.

Parmi ces différents peuples de Madagascar, les Merina se distinguent par une plus grande conservation des héritages d'origine nusantarienne : l'organisation sociale et politique, les croyances traditionnelles, les techniques de production, l'anthropologie physique.

Le peuplement recouvre plusieurs sens :

  • il peut être employé comme synonyme de population, c'est-à-dire le nombre d'habitants par pays ; la population est la 1ère richesse d'un pays, en effet, plus il y a d'habitants, plus il y a d'impôts et de taxes ;
  • il peut avoir comme sens l'action de peupler : il recouvre alors un sens dynamique ;
  • il peut aussi être entendu comme la répartition d'une population sur un espace donné (le peuplement de la Terre : la répartition de la population à la surface de la Terre).

Parler de l’histoire de Madagascar, c’est d’abord parler de l’histoire de son peuplement. Il n’y a pas de présence humaine sur l’île avant le VIIe siècle, ou du moins n’a-t-on rien trouvé pour l’instant. Les Malgaches sont forcément venus d’ailleurs. Mais de quel ailleurs ? Les types physiques assez contrastés que l’on peut rencontrer du Nord au Sud. D’Est en Ouest, de plaines côtières en Hautes terres fournissent un semblant de réponse : les ancêtres précis, d’Afrique orientale et d’Indonésie. On sait que les indonésiens naviguent couramment dans l’archipel malais, jusqu’au sud de l’Inde et aux îles Maldives, dès le VIIe siècle. C’était essentiellement des commerçants qui cabotaient le long des côtes. Ils naviguaient sur des pirogues pontées, semblables aux catamarans, se guidaient grâce aux étoiles, et dérivaient parfois : ils on pu découvrir Madagascar accidentellement. A bord de ces bateaux, il y avait aussi des marins et des serviteurs noirs, sans doute africains, mais peut-être aussi originaires de l’Inde du Sud. Ces indonésiens auraient abordé les côtes malgaches par le Nord de l’île, puis caboté d’embouchure le long de la côte est. De là, ils seraient remontés vers les Hautes Terres.

Les premiers habitants de la Grande Ile

La question des premiers habitants de la Grande Ile n’est pas purement académique. Hier avec les “guerres tribales”, aujourd’hui avec les “conflits interethniques”, l’Occident qui se dit porteur de droit, de justice et de paix, s’est forgé ses justifications : pour la conquête et la domination dans le passé colonial, pour l’ingérence et l’intervention dans le présent néo ou post-colonial. Or, s’agissant du monde malgache, on serait tenté de dire que c’est le pompier qui a mis le feu. En effet, contre l’évidence de l’unité linguistique et culturelle de l’île, qui apparaît si fondamentalement austronésienne qu’Alfred Grandidier en vint à y donner aux Noirs une origine mélanésienne (sic), on agite, jusque dans l’actualité la plus brûlante, l’épouvantail d’une “irrémédiable” opposition originelle et raciale entre les Merina déclarés asiatiques et hégémoniques et les “côtiers” déclarés africains et victimes. Et cela mérite bien sûr qu’un effort soit fait non seulement pour comprendre mais aussi pour commencer à rétablir la vérité historique.

Problématique

Une équipe de généticiens a démontré une contribution à peu près égale de l'Afrique et l'Indonésie aux lignages malgaches, aussi bien maternels que paternels1. L’origine austronésienne commune de la majorité du peuple malgache est aujourd’hui un fait scientifique avéré et corroboré par de nombreuses recherches multidisciplinaires (génétiques2,3, linguistiques4,5,6, archéologiques7,8,9, ethnologiques-anthropologiques10, historiques11,12) anciennes et récentes sur l’histoire de Madagascar.

Ces vahoaka ntaolo (litt. « peuple premier » en malgache, du proto-malayo-polynésien *va-*waka « ceux des canoës » et *tau-*ulu –« hommes premiers ») austronésiens dont l’arrivée supposée se situe autour du début de notre ère (350 ans avant selon les archéologues9, 200 à 600 ans après selon les linguistes4,5,6 sont à l’origine de la langue malgache commune à toute l’île ainsi que de tout le fond culturel commun.

Les fouilles archéologiques montrent que ces protomalgaches sont essentiellement restés sur les côtes jusqu’au VIIe siècle, période à laquelle on peut observer le début de leur installation dans les collines et les forêts de l’intérieur9, notamment sur les hauts plateaux centraux. Ces protomalgaches des forêts de l’intérieur sont connus des traditions orales 13,14,11 sous le nom de Vazimba. Les recherches linguistiques récentes4 ont confirmé l’origine austronésienne de ce nom et sa signification : comme tous les mots du vocabulaire malgache austronésien originel issus du proto-Sud-Est Barito (désormais proto-SEB), vazimba vient de vayimba et signifie « ceux de la forêt » (du préfixe *va- + *yimba – « forêt » en proto-SEB, aujourd’hui barimba en malais4). Ceux qui sont restés sur les côtes, en revanche, sont désignés par les linguistes par le mot Vezo (mot emprunté par les protomalgaches au proto-malayo-polynésien va/ve-jau –« ceux de côte », aujourd’hui veju en bugis, bajo en javanais et bajau en malais et tagalog4)

Vers la fin du premier millénaire, cependant, et tout le long du second millénaire, Madagascar a connu d’autres vagues d’immigrations – orientales/néo-austronésiennes5,6, moyen-orientales, est-africaines notamment –et les différents clans austronésiens d’alors (Vazimba de l’intérieur et Vezo des côtes), disséminés çà et là sur toute l’île, ont chacun développé une culture et une identité propre qui aboutit à la diversité culturelle que l’on connaît aujourd’hui, mais dont le fonds -culturel et génétique- austronésien commun d’origine reste partout prégnant et observable (notamment la langue commune qui a seulement subi des variations dialectales).

Parmi les contacts et/ou immigrations qui ont contribué à forger les diverses identités des peuples malgaches actuels, les apports orientaux et moyen-orientaux ont été particulièrement notables. Il s’agissait surtout de commerçants et/ ou migrants de culture musulmane : Perses Shirazi15 et Arabes Omanites ayant établi, dès le moyen âge, des comptoirs à l’Ouest (île de Mazalagem Nova16, puis Mahajanga), au Nord (Comores et Mayottes) et au Nord Est (Vohémar), clans Indo-musulmans (les Zafiraminia)17,18,19,20 et malayo-musulmans (les Zafikazimambo)21,22,23,24 établis à partir du XVe siècle et XVIe siècle au Sud-Est de l’île.

Outre la tradition orale, les preuves historiques de ces apports islamiques d’origine perse, arabe omani, malaise ou nord indienne sont nombreuses : des fouilles archéologiques au Nord (Mahilaka, Vohémar) et de nombreux manuscrits en alphabet arabico-malgache appelé sorabe dans le Sud-Est ont permis de confirmer les récits et les généalogies produites par les gardiens des traditions de ces régions sur leurs ancêtres éponymes (Zafiraminia, Zafikazimambo du Sud-Est notamment).

Outre ces éléments moyen-orientaux d'origine musulmane, certains groupes de Madagascar affirment avoir également bénéficié d’apports juifs (ou plus généralement hébraïques) dans leur passé préhistorique et/ou historique, fondant essentiellement leur argumentation sur leur coutumes et leurs tradition orale et/ou écrite. Les preuves scientifiques irréfutables (archéologiques, génétiques, historiques) de ces allégations restent encore à produire (notamment à travers des articles scientifiques avec comité de lecture), mais il est intéressant de présenter les ouvrages de synthèses (ouvrages historiques, retranscriptions de traditions orales et écrites, thèses) ayant traité du sujet, sur lesquels ces groupes fondent en partie leurs identités et qui constituent en même temps les points de départ des recherches actuelles sur le sujet.

En arrivant à Madagascar, île géographiquement africaine où ils ne s’attendaient à trouver qu’un peuple noir, les visiteurs occidentaux du 19e siècle ne pouvaient qu’être surpris et par la variété des types humains et par l’éventail des couleurs de peau, allant du plus sombre au plus clair. Mais ceux d’entre eux qui recherchèrent une explication par l’histoire, ne trouvèrent dans la tradition locale que des récits de faible profondeur historique, s’enfermant de surcroît dans les limites de l’île et l’espace social de chaque groupe concerné. Aussi se laissèrent-ils conduire par la science et les préjugés de leur état ou de leur temps, ou des deux à la fois.
Missionnaire luthérien norvégien, Lars Dahle, connu pour ses travaux d’ethnologie et de linguistique, fut le premier à poser les fondements de la théorie qui allait faire fortune. Face aux types humains présents à Madagascar, il posa, en 1883, la question de savoir lequel, du type africain ou du type malayo-polynésien, était arrivé en premier. Outre qu’il était de ceux pour lesquels le peuplement d’une île s’expliquait par le continent voisin et à chaque continent correspondait une couleur de peau, sa formation théologique et ses activités missionnaires l’amenèrent à aller chercher dans la Bible son argument décisif en faveur de la primauté des Africains. Et d’expliquer que si les Asiatiques étaient arrivés les premiers, jamais les Noirs n’auraient pu venir s’établir à Madagascar, puisque les Asiatiques, plus intelligents et plus belliqueux, les en auraient empêchés.
Au contraire, si les Noirs avaient été les premiers, les Asiatiques les auraient facilement vaincus et dominés, puisque selon la malédiction de Noé, les descendants de Cham – reçu pour l’ancêtre des Noirs – ne pouvaient être que les “serviteurs des serviteurs” des descendants de ses frères, Japhet et Sem – respectivement reçus pour l’ancêtre des Européens et celui des Sémites.
Raciste sous l’autorité de la Bible, Lars Dahle, se voulant néanmoins homme de science, n’entendait formuler qu’une hypothèse, dont il attendait confirmation ou infirmation de recherches à mener ultérieurement à Madagascar et en Afrique. Mais la conquête coloniale française et l’installation d’un nouveau pouvoir allaient conduire à effacer son nom, et à ne retenir de sa réflexion que la conclusion selon laquelle les Noirs africains furent les premiers habitants de la Grande Ile et les Malayo-polynésiens des conquérants venus ultérieurement.
Transformée en “vérité scientifique”, une fois dégagée de l’argumentaire, cette conclusion put être alors récupérée pour l’action et devenir instrument de conquête et de domination en toute bonne conscience.

Religion, science et racisme

En effet, Gallieni et son petit cercle d’officiers ethnologues ayant institué la “politique des races” et repris le “diviser pour régner”, tout se passa comme si, dans l’esprit de la Révolution et à l’image des soldats de l’An II, les soldats de la République Française – et bien évidemment leurs successeurs, militaires ou civils – étaient venus combattre une tyrannie d’“ancien régime” pour libérer et protéger des Africains noirs opprimés par une aristocratie malaise.
Quant à Gabriel Ferrand, publiant en 1903 la thèse qui allait l’opposer, jusqu’à la rupture, à Alfred Grandidier et sa “thèse asiatique”, tout donne à penser qu’il le fit au minimum pour fixer les idées, et pour consolider cette bonne conscience qui l’avait lui-même animé au début des années 1890, quand, protégé par son statut de diplomate accrédité auprès du Royaume de Madagascar, il mijotait dans sa résidence de Mananjary de former des troupes “côtières” auxiliaires en prévision de la conquête.
Mais il y a, semble-t-il, bien plus. Car la conclusion à laquelle aboutit Ferrand – et qui allait s’imposer jusque de nos jours, malgré les discussions dont elle fit l’objet parmi les chercheurs au long des décennies – était exactement que seuls étaient asiatiques les types clairs, cependant qu’étaient africains les types noirs, parmi lesquels il distinguait, d’une part, les “Négrilles”, arrivés les premiers et correspondant aux célèbres Vazimba des traditions locales, et d’autre part, les “Bantous” dont il fait les ancêtres des Malgaches à la peau noire d’aujourd’hui. Autrement dit, les Vazimba ayant été, dit-on, massacrés – et les survivants chassés vers des lieux inhospitaliers où ils n’ont pu que s’éteindre –, c’est sans exception, que, types clairs et types noirs confondus, les Malgaches sont donnés pour des êtres ayant un passé entaché par la sauvagerie et les “guerres tribales” à fondement racial.
Cela étant, le plus grave, à notre sens, réside dans le fait que cette (re)présentation occidentale du monde malgache que l’on crut (que certains continuent de croire) scientifiquement fondée – et que l’on a de ce fait érigée en doctrine des bureaux et des agences administratives qui prétendent décider sans fin, en dogme de différents enseignements qui continuent de s’imposer aux élèves et étudiants, en clef d’interprétation pour la quasi totalité des médias qui entendent “informer”, et en gage de sérieux dans les guides touristiques les plus répandus –, s’est non seulement élaborée en s’enracinant dans le racisme le plus ordinaire de la culture judéo-chrétienne d’Occident, mais en est progressivement venue à polluer jusqu’aux représentations de soi-même de nombre de Malgaches qui ont été soumis à l’acculturation. Et certains, bien évidemment, l’ont intériorisée avec des conséquences catastrophiques, qu’il n’y a plus seulement lieu de craindre puisqu’on peut désormais les constater.

Dans le monde austronésien occidental

Pour poser correctement la question embrouillée des premiers habitants de la Grande Ile, sans doute convient-il, avant de se replacer dans le cadre dessiné par les activités économiques austronésiennes, de relever les plus grossières des erreurs que présentent les reconstructions théoriques dont on vient d’avoir un aperçu.
Inutile naturellement de s’attarder sur l’impertinence scientifique de l’argument biblique de Lars Dahle. En revanche, comment ne pas souligner qu’il fait erreur quand il affirme qu’une poignée de Malayo-polynésiens auraient pu imposer leur langue au reste des Malgaches : l’on sait que, dans une situation de contact telle que celle qu’il imagine, c’est la langue de la majorité vaincue qui l’emporte sur celle de la minorité victorieuse.
Quant à Ferrand, on rencontre chez lui au moins deux erreurs. Tout d’abord quand, s’en rapportant à la réduction des Vazimba à des nains dans les traditions locales, il a cru pouvoir en inférer une immigration de “Négrilles” d’Afrique, parce qu’il n’avait pas saisi que, strictement symbolique, cette “nanification” les donne tout simplement pour des personnes ayant perdu leur ancien rang dans la société.
Ensuite, s’agissant des Bantous, les progrès de la recherche permettent aujourd’hui de dire que leur expansion vers l’est, à partir d’une région du centre nord-ouest de l’Afrique, ne les a conduits jusqu’à la mer qu’à la fin du 1er millénaire de notre ère. Ainsi ne peuvent-ils pas avoir précédé les Austronésiens à Madagascar. Cela ne signifie évidemment pas que les premiers habitants de l’île n’ont pas pu compter des Africains noirs parmi eux, mais simplement que ceux-ci, outre qu’ils ne pouvaient être des Bantous, n’auraient pu y arriver, à l’époque, qu’en voyageant sur des embarcations austronésiennes.
Quoi qu’il en ait été, “Noir” ne signifie pas uniquement africain ou mélanésien, et l’erreur d’Alfred Grandidier sur ce point tenait au fait qu’il ignorait apparemment tout de l’Empire du Champa qui, bien que situé sur le continent, fut, rappelons-le, le centre d’une des grandes thalassocraties du monde austronésien.
Or, comme en attestent les écrits chinois du 2e siècle, l’aristocratie de l’Empire du Champa était composée de Noirs, bien que le peuple y fût de teint clair. Et de même, peut-on relever que les bas-reliefs des temples d’Angkor au Cambodge, aux 12e et 13e siècles, présentent avec des traits négroïdes les mercenaires chams (habitants du Champa à ne pas confondre avec le fils de Noé!) conducteurs d’éléphants de l’armée khmère.
Mais ce qui, en l’occurrence, peut laisser perplexe pris entre sourire et fureur c’est que c’est dans les travaux de Gabriel Ferrand sur les Kunlun, travaux d’un orientaliste de renom, que l’on trouve une bonne part des données concernant non seulement le Champa et la navigation austronésienne de l’Antiquité, mais aussi l’une des premières mentions, d’après les sources chinoises, de l’existence, dans le Sud-Ouest de l’océan Indien d’un Kun-lun Zengqi, “pays des hommes noirs venus d’Asie et établis en Afrique de l’Est”.
Ainsi apparaît-il clairement que c’est à dessein que ne furent pas rectifiées les erreurs diffusées sur les premiers habitants de la Grande Ile, car jamais ni Ferrand ni d’autres malgachisants avant nous n’ont véritablement mené ce travail salutaire.
Nous reste donc maintenant l’obligation, éthique et scientifique, d’esquisser une reconstruction plus proche de la vérité.
De fait, à s’en rapporter à l’ensemble des sources disponibles, Madagascar paraît bien avoir été inscrite dans un véritable réseau de commerce maritime s’appuyant sur les productions des pays riverains de l’océan Indien et des mers adjacentes.
Les premières explorations de la Grande Ile, puis les premiers établissements permanents se seraient ainsi situés dans une région où les Austronésiens étaient présents depuis le pays de Pount, au nord où il est notoire qu’ils avaient le monopole des aromates, jusqu’au sud-est de l’Afrique en passant par l’ancienne Azanie.
Dans ce monde des deux rives à cheval sur le canal de Mozambique, les premiers témoignages archéologiques trouvés sur le sol malgache n’apparaissent qu’au 5e siècle de notre ère. En revanche, c’est en étudiant des sites d’avant la fin du 1er millénaire avant notre ère que les archéologues admettent que le complexe néolithique sud-est asiatique – avec la diffusion de la poule, du cocotier, du bananier et du taro – avait modifié les conditions alimentaires et démographiques de l’Afrique de l’Est. Et c’est dès avant le 2e siècle de notre ère que tout en notant, dans le Périple de la Mer Erythrée, la présence de ces plantes asiatiques sur la côte africaine, Ptolémée présente les hommes de la région comme étant de grands hommes noirs “aux cheveux frisés” que rien n’interdit plus aujourd’hui de reconnaître pour des Austronésiens depuis qu’on a pu les mettre en relation avec ceux du Champa.

En quête de “feuilles d’herbes”

Qu’ils aient été du type malayo-polynésien ou du type cham, ou plus probablement des deux, et qu’ils aient été ou non accompagnés de Noirs d’origine africaine, les premiers Austronésiens qui touchèrent Madagascar, arrivèrent dans une île déserte.
Tout donne à penser que c’est son très grand intérêt économique qui fait qu’ils s’intéressèrent à cette nouvelle terre, après y avoir reconnu une nature riche des ressources qu’ils avaient l’habitude d’exploiter. Et l’on ne peut que relever qu’avec des termes tels que mandranto, mila ravin’ahitra ou mamanga, le vocabulaire malgache de l’économie traditionnelle continue à utiliser des mots qui ont pris sens dans ces anciennes activités austronésiennes.
En effet, dérivé du vieux mot austronésien ranto désignant l’estran et la plage, le terme mandranto, qui exprime aujourd’hui le fait de se livrer au commerce itinérant en poussant jusqu’à la côte, désignait dans le monde austronésien le fait de se rendre temporairement sur des rives lointaines pour y chercher fortune, et plus particulièrement pour y exploiter les ressources de l’estran, à commencer par l’ambre et le trépang (aussi appelé holothurie ou concombre de mer). Et c’était alors sur des rives préalablement reconnues que l’on revenait chaque année s’établir le temps d’une campagne de collecte et de fumaison des trépangs, qui étaient destinés à l’exportation vers le marché chinois.
Relevant du même domaine du commerce d’exportation, l’expression mila ravin’ahitra désigne le fait de parcourir les terres, ou de partir à l’intérieur des terres, en quête de “feuilles d’herbes” pouvant devenir des richesses grâce au commerce des simples, des épices et des aromates.
Quant à mamanga qui dérive de la racine vanga signifiant “action de vendre”, c’est un mot qui désigne jusqu’à aujourd’hui l’action de migrer temporairement vers des régions lointaines, avec l’espoir de parvenir, avant le retour, à accumuler un certain capital.
Aux mpandranto et mpila ravin’ahitra austronésiens, végétation et faune de Madagascar offraient un intérêt exceptionnel. Sur les lieux d’arrivée, dans la région de Maroantsetra et sur la côte nord-ouest, les rivages offraient en abondance un ambre et des trépangs – dingadingana en malgache – qui n’avaient jamais été exploités. Quant aux feuilles, racines et écorces sources de richesses, on en trouvait, également en abondance, dans les forêts de la zone au vent de la côte est et dans celles du Sambirano dans le nord-ouest.
Il était facile de faire l’inventaire des ressources de l’estran du fait même de la topographie des rivages marins. Quant aux potentialités de la flore de l’île, elle ne pouvait faire, au départ, qu’un objet de reconnaissance et d’échantillonnage. Ce n’est sans doute que par la suite, quand furent décidées les installations permanentes, que les premiers colons se livrèrent en outre à la production agricole, fruitière et sylvicole selon les modèles ancestraux d’Asie du Sud-Est et qu’ils importèrent d’Afrique des animaux et des plantes qui augmentèrent leurs ressources alimentaires.

Jean-Pierre Domenichini et Bakoly D-Ramiaramanana

Pourquoi Austronésien ?

Il est un mot auquel le lecteur est déjà habitué, mais qui mérite d’être expliqué autrement que par l’application qui en est faite. Pourquoi parler de langues austronésiennes, alors qu’on les dit habituellement malayo-polynésiennes ? Pourquoi dire que les ancêtres des Malgaches sont Austronésiens, alors que l’on parle d’habitude d’ancêtres malais ou indonésiens ?
Pour caractériser la famille de langues à laquelle appartient le malgache, on a longtemps utilisé le terme “malayo-polynésien”, mais il a le défaut de ne pas comprendre les langues de la Mélanésie, de la Micronésie, de Taiwan (Formose) et des montagnards d’Indochine.
Pratiquement, le terme malayo-polynésien excluait surtout les populations noires du Pacifique. Austronésien est déjà plus englobant. “Malayo-polynésien” reste cependant employé avec un sens plus précis. On dira, par exemple, que la langue malgache appartient au rameau hespéronésien (occidental) de la branche malayo-polynésienne de la famille austronésienne.
D’emploi courant et ancien, le mot “malais” manque de précision. Il désigne les habitants de la Malaisie ou, à l’époque de l’arrivée des Européens, les hommes qui faisaient le commerce maritime entre les îles de l’Insulinde. Quant au terme “indonésien”, il ne convient pas pour les périodes anciennes, puisqu’il a été formé au 19e siècle par les Hollandais pour regrouper dans un même ensemble les colonies qu’ils possédaient dans la région. Le mot fut repris par les indépendantistes au lendemain de la Seconde guerre mondiale.
Même si certains ancêtres des Malgaches sont partis de terres désormais indonésiennes, ils n’étaient pas Indonésiens. Ce serait un anachronisme comme de dire que le Gaulois Vercingétorix était Français.
Le vocabulaire fait partie de la trousse d’outils du chercheur. Comme un bon couteau, il doit être bien aiguisé et sa forme adaptée à l’usage prévu. C’est pourquoi il est préférable de parler d’Austronésien et d’Austronésie, comme le font d’ailleurs depuis un siècle les chercheurs allemands et anglophones.
Il est vrai que le terme austronésien est européo-centré. L’on pourrait tout aussi bien – c’est l’option nationaliste – dire nousantarien en partant du terme “nusantara” par lequel les chercheurs indonésiens désignent l’aire.

http://www.ile-bourbon.net/

Dans la chronologie que permet de définir l’état actuel des connaissances dans l’attente notamment de nouveaux travaux d’archéologie et de sciences dont les préoccupations sont tournées vers la période où l’homme était présent dans la Grande Ile , le temps des principautés des embouchures est le plus long, s’étendant au moins sur une douzaine de siècles. La période suivante, que l’on fait commencer au 7e siècle et s’achever à la fin du 11e siècle, marquée par les rivalités de la marine austronésienne, plus que jamais active, et de la marine musulmane, de plus en plus présente, bénéficie localement de plus de sources. Aux données de l’archéologie entendue au sens large s’ajoutent celles de la tradition orale, tant sous la forme de l’histoire conservée par certains groupes que sous celles de “légendes”, d’autant plus recevables que qui dit légende dit implicitement fond historique. Ce fond, c’est à l’historien qu’il appartient de le retrouver par une interprétation appropriée.

Du temps de Darafify

La période que nous appelons “temps de Darafify” n’a que très exceptionnellement fait l’objet d’une étude d’ensemble, une telle étude paraissant à beaucoup totalement inconcevable. Or, il s’agit d’une période importante, car c’est elle qui voit l’homme achevant son occupation de l’ensemble de l’île, passant d’une attitude de prédation à celle d’un homme évoluant dans un environnement naturel qui lui était de moins en moins étranger et qu’il allait finir par investir jusque sur le plan sentimental.

Au début de son occupation de l’île, l’homme s’était installé sur les côtes près des embouchures. Mais il semble bien que telle fut, tout au long de l’histoire, l’attitude des nouveaux arrivants.

S’agissant de la période de Darafify, si rares soient-elles, les fouilles archéologiques (ensemble d’Irodo dans le Nord-Est, ensemble de la Manambovo dans le Sud) montrent des populations pleinement installées sur la côte et ayant développé diverses activités artisanales (cuillers taillées dans le turbo, marmites et bols en chloritoschiste, marmites, jarres et bols à pied en poterie, etc.).

Mais l’installation aux embouchures n’était que le prélude aux incursions dans l’intérieur, à la recherche des fameuses “feuilles d’herbes”, bientôt suivies d’établissements de moins en moins temporaires. Et c’est ce que montrent non seulement l’existence de sites mixtes associant des restes d’animaux subfossiles à des traces d’activités humaines, mais aussi certains acquis de cette forme particulière d’archéologie qu’est la palynologie, étude des pollens fossilisés au fond des lacs et des tourbières.

En effet, des seize sites à subfossiles déjà recensés, quelques-uns de ceux qui ont été datés de façon absolue montrent que l’homme n’était pas seulement présent sur les côtes comme à Irodo-Tafiampatsa (début 8e - fin 9e siècle) ou à Lamboharana (milieu 7e début 9e siècle) entre Tuléar et Morondava, mais qu’il avait aussi pénétré jusque loin dans l’intérieur comme à Ampasambazimba (milieu 9e milieu 10e siècle) sur les Hautes terres centrales. Quant à la palynologie, qui avait déjà fait découvrir cette plante d’origine asiatique introduite par l’homme qu’est le chanvre (rongony, jamala), cultivé loin à l’intérieur des terres dès 350 av. J.-C. (à Tritrivakely, dans la région d’Antsirabe), les résultats qu’elle a produits lors des carottages de Kavitaha (dans l’Itasy) l’y montrent aussi présent que le ricin introduit d’Afrique , et ce tout au long de la période de Darafify.

Des sites dans le Sud et sur les Hautes terres

D’ailleurs, venant confirmer ces premières données, les fouilles archéologiques nous font au moins connaître des sites d’intérieur dans le Sud et sur les Hautes terres centrales. Dans le premier cas, il s’agit de l’ensemble Andranosoa-Mandan-Refilahatra et ses satellites. Situés sur la Moyenne-Manambovo, près du confluent avec la rivière Andranosoa, ces sites remontent à une période où se rencontraient encore sur les lieux habités les diverses espèces de la faune subfossile et appartiennent à la même culture de sites interfluviaux à enceintes de pierre pratiquant l’élevage des bœufs et des moutons. Plus en amont, dans la Haute-Manambovo, la région de Lambomaty fut, à la même époque semble-t-il, le centre d’une intense activité métallurgique (cuivre et fer).
Quant aux Hautes terres centrales, il faut au moins citer les fouilles d’Ambohimanana dans la région d’Andramasina (à tout juste 20 km d’Antananarivo à vol d’oiseau) un site dont les datations absolues indiquent qu’il fut créé au plus tard au Xe siècle, et qui est donc le plus ancien des sites fouillés en Imerina.
C’était, établi sur un sommet, un habitat à fossé qui devint rapidement trop exigu : le premier fossé fut comblé et un nouveau fossé étendit la surface disponible pour ses habitants. Les produits des fouilles, notamment celle du fossé comblé, montrent que l’on y consommait du bœuf (Bos taurus et Bos indicus), du mouton et du potamochère, que l’on y travaillait le fer et que l’on y menait une vie d’où, comme d’ailleurs à Andranosoa, n’était pas absent un certain goût du luxe.

Du centre ou de la périphérie, les sites d’habitat de cette période qui ont fait l’objet de fouilles méthodiques renvoient, quant à une part de leur culture matérielle, au même monde, précédemment évoqué, qui associe Madagascar et l’Afrique à l’Asie.
C’est, par exemple, ce que souligne le graphitage sans fonction utilitaire apparente de la poterie, qui est un procédé qu’on ne retrouve, hors de Madagascar, que sur certaines poteries d’Afrique orientale et méridionale, d’une part, et sur celles de l’ancien Champa, dans le domaine austronésien, de l’autre.

Néanmoins, les relations avec la ou les métropole(s) de l’Asie du Sud-Est, si elles n’avaient pas disparu, avaient commencé à se distendre, à mesure que se développaient sur place des organisations aussi complexes que celles que l’on peut observer à propos d’Andranosoa/Mandan-dRefilahatra.

Car, outre qu’il se dessine en cette région tout un réseau de relations économiques sur lequel nous aurons à revenir , les archéologues ont solidement établi que les habitants d’Andranosoa appartenaient à une organisation territoriale aux cérémonies rituelles de laquelle participaient différentes agglomérations.

Et il n’est pas exclu que ce soit dès cette époque que les Malgaches situèrent dans la Grande Ile le “grand nombril” (foibe) ou le “nombril de la terre” (foiben’ny tany), ce lieu où leurs lointains parents d’Asie du Sud-Est situaient l’endroit où les ancêtres célestes avaient posé le pied pour la première fois et qui, dans leur géographie, devenait le centre du monde.
De fait, la tradition malgache a longtemps retenu l’idée qu’autrefois, un seul royaume rassemblait l’île entière. Si ce n’est l’idéalisation de la conception selon laquelle les souverains étaient les maîtres de l’univers, peut-être est-ce le souvenir d’un système où les principautés relevaient toutes d’une même thalassocratie.

Quoi qu’il en soit, la tradition orale se souvient, d’une part, d’un ensemble qui, dans l’Est du pays, allait du cap d’Ambre à Fort-Dauphin (Taolañaro), et, d’autre part, dans le Sud-Ouest de l’île, d’une grande unité politique à propos de laquelle on peut signaler par ailleurs qu’un géographe musulman du Xe siècle l’a présentée sous l’autorité d’un Hova.
Ce fut l’“époque des Géants” et un temps d’expansion. Pour l’Est, le mieux connu de ces géants était Darafify. Que les textes qui rapportent leurs exploits aient été reçus par la critique comme des contes et de simples œuvres d’imagination et de divertissement, ne doit pas nous tromper.
Pour les anciens à Madagascar, il s’agissait de tantara, c’est-à-dire de récits historiques, et c’est comme tels qu’il nous faut les interpréter. Car, de même que la nanification fut employée pour entériner une condamnation politique à l’oubli nous y reviendrons , de même la géantification fut-elle employée, dans le cas des Darafify et donc aussi de leurs adversaires , pour immortaliser des groupes qui furent si prestigieux que nombre de traditions locales se sont efforcées d’en garder la mémoire.

De même, concernant le Sud-Ouest, était tantara, malgré ses aspects merveilleux, le cycle de Tsimamangafalahy, dont le héros est un jeune prince dépossédé qui réussit à reconquérir son statut en combattant ses oncles maternels, lesquels se trouvaient à la tête d’une principauté sur la côte africaine.

Ce que l’on sait des anciens groupes dirigeants, soit grâce à certains tantara comme celui des Ravoaimena Andriamanavanana du Sud-Est, soit grâce à l’analyse des fonctions religieuses comme celles des Antevinany du Nord-Est, montre bien que la culture dans son ensemble restait profondément austronésienne. Les preuves ne manquent pas.
Ainsi voit-on Rasoabe et Rasoamasay, les deux sœurs qu’épouse Darafify, bénéficier à leur mort d’une sépulture aquatique dans deux grands lacs qui se trouvent entre Toamasina et Brickaville la première épouse étant dans le lac du nord pour marquer sa supériorité sur la seconde, immergée dans le lac du sud.

Quant à l’histoire de Tsimamangafalahy, on peut en retenir qu’à la mort de ses deux oncles, il leur sacrifiera un chien : c’était encore le sacrifice par excellence, comme il l’est toujours en Insulinde, dans certaines régions qui n’ont pas été islamisées.
Les tantara font aussi état des conflits politiques auxquels furent mêlés ces grands hommes. C’est ainsi que l’on y voit que si Tsimamangafalahy évolue dans un monde qui défend les valeurs des ancêtres et vise à restaurer un pouvoir légitime, Darafify, en revanche, joue de la tradition pour s’imposer aux anciens pouvoirs, en surenchérissant parfois sur les anciens interdits.

Les tantara nous apprennent qu’il vainquit une confédération princière symbolisée par une hydre géante (fanany) dans laquelle étaient censées résider les âmes des anciens princes.
De même rabaissa-t-il les représentants d’autres dynasties du Sud-Est en profanant les sépultures aquatiques, dans un geste qui semble bien trahir ses attaches hors du monde austronésien. Encore que le fait soit rare, nous ne sommes pas les premiers à reconnaître en Darafify un personnage historique. C’est ainsi qu’on a vu Grandidier essayer de le situer en interprétant son nom malgache, et en le recevant comme signifiant “(L’homme) aux joues couleur de datte”.

Adaptation au contexte international

En sachant que dara, qui désigne le dattier en tant qu’arbre par excellence dans une région où la datte est une nourriture essentielle, est un nom d’origine persane, on peut être tenté de dire que Darafify était persan, mais peut-être ne faut-il pas aller jusque là.
Ce qui est sûr, ce sont deux choses. Tout d’abord, c’est que c’est vers la fin du 1er millénaire que le contexte international commence à connaître, dans la grande région qui nous concerne, des changements d’importance (propagation de l’islam et expansion du monde musulman, révoltes serviles de Basse-Mésopotamie, attaque de Qambalou en 845 par des Malgaches et des Austronésiens d’Asie du Sud-Est, massacre des musulmans de Canton en 878, fermeture des détroits entre mer de Chine et Océan Indien par Srivijaya, etc.) qui allaient se répercuter sur les pays riverains, dont évidemment Madagascar.

Ensuite, c’est que diverses données relatives à cette période font apparaître que la Grande Ile avait alors commencé à entretenir des relations avec les pays riverains du Golfe Persique. C’est ainsi que tous les sites archéologiques maritimes ou ayant un débouché sur la mer recèlent des traces de ces relations, des tessons de poterie importée de la zone arabo-persane au travail du chloritoschiste sans doute emprunté à la tradition artisanale persane.
Cela n’est évidemment pas pour surprendre quand on sait que le Golfe Persique avait pris la place de la mer Rouge, condamnée par le ralentissement des échanges avec la Méditerranée ; mais on comprend du même coup pourquoi se produisit un certain changement de vocabulaire dans le domaine traditionnel de l’exportation des aromates, épices et simples.
Ainsi, si la cannelle demeura un produit-phare de ce commerce, ses vieux noms d’origine austronésienne de hazomanitra et de hazomamy se virent adjoindre celui de darasiny dérivant de la dénomination en usage sur le marché persan, laquelle signifiait “bois de Chine” ou “porte de Chine”.

A s’en rapporter aux noms dont furent baptisés les héros du “cycle de Darafify” (Darafify, Darafely, Darofipy, Fatrapaitanana), loin de s’en tenir à de tels changements de dénomination, l’adaptation du commerce extérieur malgache au nouveau marché alla jusqu’à la promotion des produits qui y étaient particulièrement recherchés.
Tel fut notamment le cas pour les différentes variétés de poivre sauvage que les spécialistes identifièrent plus tard comme étant “la vraie Cubèbe des Arabes” et dont les Arabo-persans furent d’abord les grands consommateurs, avant d’en être des réexportateurs ; toutes y reçurent des noms tels que voamperifery, tsimperifery, darafilofilo renvoyant à l’indo-européen pipali.
Il faut de même relever que, dans un monde où l’information circulait apparemment fort bien, les Malgaches surent parfaitement saisir les opportunités, comme lorsqu’ils se mirent à produire du sucre en quantité, dans le Sud-Est. Ce pour l’exporter quand éclatèrent les révoltes serviles dans les plantations de Basse-Mésopotamie au IXe siècle.

Cela dit, les commerçants de la Grande Ile n’avaient nullement cessé de s’inscrire dans le réseau austronésien, et malgré la fermeture du détroit de Malacca - qui était principalement dirigée contre leurs partenaires arabo-persans -, ils parvenaient eux-mêmes à exporter normalement vers la Chine, qui était le plus grand marché de l’époque.
C’est ainsi que celui-ci fut très probablement la destination de la fonte et de l’acier produits par les métallurgistes de la vallée de Lambomaty dans le sud de l’île.

Intégrée au trafic international, Madagascar en subissait forcément les aléas et le commerce extérieur n’engendrait pas une prospérité constante.
Cependant, le pays ayant déjà développé un marché intérieur, les marchands ne se trouvaient pas automatiquement démunis quand se produisait un repli du commerce international. Les traditions transmises par certains manuscrits arabico-malgaches soulignent que leur attention trouvait, en de tels cas, à se porter notamment sur l’élevage bovin, qui était déjà la principale source de richesse et de prestige dans le pays.

Jean-Pierre Domenichini et Bakoly D-Ramiaramanana

L’homme et les subfossiles

On a longtemps pensé que l’homme était arrivé dans un pays couvert de forêts et qu’avec le feu, il était entièrement responsable de l’apparition des steppes et savanes, qui couvrent maintenant la plupart des régions de Madagascar.
Ensuite, s’ajoutant à cette modification de l’environnement, la chasse aurait conduit à la disparition des grands oiseaux coureurs (vorompatra), des hippopotames nains (lalomena) et des grands lémuriens qui, en l’absence de grands carnassiers, n’avaient pas encore appris à se mettre à l’abri.
Mais les études récentes de palynologie cette forme particulière d’archéologie de la vie végétale qui permet aujourd’hui de mieux comprendre les rapports que l’homme a entretenus avec l’environnement naturel montrent que c’est bien avant l’arrivée de l’homme que les changements climatiques avaient été favorables à des feux naturels, durant les périodes sèches.
Il existait déjà à son arrivée, du moins dans l’Ouest et le Moyen-Ouest, de grandes formations herbacées et des formations végétales qui s’étaient adaptées au feu. Et comme le donne à entendre la paléontologie, archéologie de la vie animale et végétale, la disparition de ces animaux fut seulement accélérée par les activités humaines. De fait, à ce qu’on sait, l’extinction des vertébrés subfossiles qui s’acheva au 10e siècle, commença il y a 3 000 ans et connut deux maxima : l’un il y a 2 000 ans, l’autre il y a 1 200 ans, c’est-à-dire, d’une part, dans les derniers siècles du 1er du millénaire avant notre ère et, d’autre part, à la fin du millénaire suivant.
Comme le donnent à entendre les sources méditerranéennes et comme le confirme la présence des pollens de cannabis, l’homme était présent dès le premier pic. Ensuite, c’est le développement de ses activités, culture sur brûlis et élevage, qui l'a amené à modifier l’environnement.
S’agissant de l’élevage, on a pu évoquer le rôle de la chèvre, animal qui détruit assez rapidement le milieu végétal où il broute ; mais en fait, ce rôle n’a pas dû être important, étant donné que son élevage était réservé aux Grands. En revanche, quoiqu’il paisse encore souvent dans les forêts claires, le bœuf a pu avoir, dès cette époque, un rôle important dans la destruction car le développement de son élevage a nécessité l’extension des pâturages, entraînant défrichements et feux de brousse annuels pour provoquer la repousse des herbages.

http://www.ile-bourbon.net/

Le peuple malgache est issu d'immigrations successives, remontant - selon les historiens - au Ve siècle avant J.C. ou au début de notre ère.

Les anciens habitants de Madagascar sont le résultat de la fusion de plusieurs races, venues dans le pays par plusieurs endroits, à des époques diverses des quatre coins du globe, en particulier de l'Orient.

     Ce mélange d'immigrations n'a pas donné un peuple hommogène. C'est ainsi que l'on distingue près d'une vingtaine de tributs dans l'Île :

              - les Merina, appelés encore Hova ou Ambaniandro au Centre ;

              - les Betsileo au Centre Sud ;

              - les Sakalava à l'Ouest ;

              - les Antakarana au Nord ;

              - les Tsimihety et les Makoa dans le Nord-Ouest ;

              - les Bestimisaraka à l'Est ;

             - les Antaimoro, les Antambahoaka, les Antaifasy, les Antanosy dans le Sud-Est ;

             - les Tanala, les Bezanozano, les Sihanaka dans le Centre-Est ;

             - les Bara, les Mahafaly et les Antandroy dans le Sud ;

             - les Vezo dans le Sud-Ouest.

     Selon CAHUZAC, la tribu merina avait d'abord voulu se fixer sur les côtes, mais d'autres y arrivèrent à leur tour et, après un combat désastreux, elle dut s'enfuir et se réfugier sur les Hauts-Plateaux. Mais une population autochtone, dont on connaît le nom, mais pas l'histoire, les Vazimba, s'y trouvait déjà et la tribut merina fut obligée d'engager une nouvelle bataille pour pouvoir s'installer. Les Vazimba furent vaincu, chassé et le royaume merina, graduellement allait s'organiser.

     D'autres historiens ne confirment pas cette thèse

Pierre Randrianarisoa : Docteur en Histoire

L’immigration ‘’indonésienne’’

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Les premiers Paléoindonésiens sans doute métissés d’éléments africains pratiquaient la navigation et la pêche ainsi que la culture sur brûlis, selon des méthodes identifiées chez certaines populations de Bornéo.

Naviguant en direct depuis leur archipel d’origine ou empruntant un itinéraire passant par le sud de l’Inde ou les Maldives, les Néo-Indonésiens seront les derniers venus des migrations orientales au début du deuxième millénaire de notre ère.

Ils connaissent la métallurgie du fer, pratiquent la poterie et bâtissent des villages fortifiés très caractéristiques.

Alors que l’immigration d’origine indonésienne prend fin vers le XIIIe siècle, les apports africains facilités par la traite des esclaves se maintiennent tout au long des siècles suivants.

Ces migrants avaient acquis des anciens Austronésiens une grande maîtrise de la navigation : ils utilisaient une grande diversité d’embarcations (multicoques, monocoques simples ou à balanciers), s'orientaient d'après le soleil et les étoiles, utilisaient les courants marins et les vents saisonniers des moussons de l’Océan Indien. Ils auraient apporté dans l’Ile de nombreuses plantes d’Asie du sud-est, comme le riz, la banane, le cocotier, l’igname, le taro, la canne à sucre. Ils maîtrisaient la métallurgie, y compris celle du fer, et le tissage de la soie.

Les nombreuses recherches pluridisciplinaires récentes - archéologiques, génétiques, linguistiques  et historiques  - confirment toutes que l'ensemble du peuple malgache est primordialement originaire de l'archipel indonésien. Arrivés probablement sur la côte Ouest de Madagascar en canoé à balancier (waka) au début de notre ère - voire 300 ans avant selon les archéologues et peut-être encore plus tôt selon certaines hypothèses des généticiens  -, ces pionniers navigateurs austronésiens sont connus de la tradition orale malgache sous le nom des Ntaolo (de *tau - *ulu - "les hommes premiers", "les anciens", de *tau-"hommes" et *ulu- "tête", "premier", "origine", "début" en proto-Malayo-Polynésien (MP)8). Il est également probable que ces anciens se nommaient eux-mêmes les Vahoaka (de *va-*waka "peuple/ceux des canoés" ou "peuple de la mer", de *waka-"canoé (à balancier)" en proto-MP), terme signifiant simplement aujourd'hui le "peuple" en malgache.

Sur le plan morphologique/phénotypique, cette origine Sud-Est asiatique première des malgaches explique, par exemple au niveau des yeux, le "pli épicanthal" asiatique de la paupière supérieure (epicanthic fold) répandu chez tous les malgaches qu'ils soient des côtes ou des hauts plateaux, qu'ils aient la peau claire, sombre ou cuivrée.

    Toutes les races semblent présentes à Madagascar. La couleur de peau ? Le teint va du noir brun au pâle en passant par toutes les nuances du jaune. La chevelure ? Elle peut-être lisse, très longue et d'un noir de jais, ou encore frisée, hésitant entre "l'ondulée" et la "crépue". Seula la taille, plutôt menue et ramassée, serait un relatif dénominateur commun. Encore que la grande taille des éleveurs du sud et de l'ouest décourage toute tentative de généralisation anthropomorphique !

    Cette Diversité ne signifie pas pour autant hétérogénéité. Tous les Malgaches ont un air de famille qu'ils sont peut-être les seuls à déceler : un signe quelconque de métissage exprimé par la finesse des traits sur un visage au teint noir, la prognathisme négroïde sous une logue chevelure à l'asiatique, des yeux verts surmontés de sourcils tirant vers le roux...Se repose alors les questions qui hantent les voyageurs depuis quatre siècles et qui, aujourd'hui encore, divisent cherheurs, anthropologues, ethnologues et historiens : d'où viennent les Malgaches ? Quelle sorte de melting pot a produit cette nouvelle race, homogène à l'évidence mais si diversifié à la fois ? Sennen Andriamirado.

Vezo-"Ceux des côtes" en proto-Malayo Javanais (Photo Wikicommons : Arman Manookian - 'Hommes sur pirogue à balancier en direction de la côte', huile sur canevas, c. 1929)

Ce peuple originel (vahoaka ntaolo en malgache) austronésiens que l'on peut appeler les "protomalgaches" (du grec protos - "premier") est à l'origine :

  • de la langue malgache commune à toute l'île : une langue issue du proto-austronésien, appartenant à la branche proto-malayo-polynésienne (proto-MP) et à la sous-branche proto-Sud-Est Barito (proto-SEB) qui partage ces mêmes bases anciennes communes avec les langues dayak actuelles du groupe barito de Bornéo Sud telles que le ma'anyan, dusun deyah, dusun malang, dusun witu et paku actuels9
  • de tout le fonds culturel malgache commun à tous les autronésiens, des îles du Pacifique à l'Indonésie, en passant par la Nouvelle-Zélande et les Philippines : coutumes anciennes (comme celle d'ensevelir les défunts dans une pirogue au fond de la mer ou d'un lac), agriculture ancienne (la culture du taro-saonjo, de la banane, de la noix de coco et de la canne à sucre), l'architecture traditionnelle (maison végétale à base carrée sur piloti), la musique (les instruments comme la conque marine antsiva, le tambour de cérémonie hazolahy, le xylophone atranatrana, la flûte sodina ou encore la valiha) et la danse (notamment la "danse des oiseaux" que l'on retrouve à la fois au centre et dans le Sud)10.

Au tout début du peuplement appelée "période paléomalgache", les Ntaolo se subdivisèrent, selon leurs choix de subsistance en deux grands groupes : les Vazimba (de *ba/va-yimba-"ceux de la forêt", de *yimba-"forêt" en proto Sud-Est Barito, aujourd'hui barimba ou orang rimba en malais11) qui s'installèrent -comme leur nom l'indique- dans les forêts de l'intérieur et les Vezo (de *ba/va/be/ve-jau, "ceux de la côte" en proto-Malayo-Javanais, aujourd'hui veju en bugis et bejau en malais, bajo en javanais12) qui restèrent sur la côte Ouest.

Le qualificatif Vazimba désignait donc à l'origine les Ntaolo chasseurs et/ou cueilleurs qui décidèrent de s'établir "dans la forêt", notamment dans les forêts des hauts plateaux centraux de la grande île et celles de la côte Est et Sud-Est13, tandis que les Vezo étaient les Ntaolo pêcheurs qui restèrent sur les côtes de l'Ouest et du Sud (probablement les côtes du premier débarquement)14.

Quant à la cause de la venue de ces austronésiens, l’histoire de l'Océan indien du début du premier millénaire de notre ère est encore très mal connue. On peut seulement supposer que l’île de Madagascar joua un rôle important dans le commerce, notamment celui des épices et du bois rare, entre l’Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient, directement ou via les côtes africaines.

Village austronesien avec levu sur piloti (de *levu-"maisons" en proto-austronésien qui a donné en malgache an-devu -"à la maison") : tous les villages des ntaolo vazimba et vezo de Madagascar étaient probablement similaires au premier millénaire. On retrouve d'ailleurs encore ce modèle aujourd'hui sur toutes les côtes de la grande île et dans les zones intérieures reculées (forêts, etc.)

Un point fait encore débat parmi la communauté des chercheurs : le mot vazimba étant un qualificatif austronésien désignant les "habitants de la forêt" d'une manière générale (y compris les austronésiens eux-mêmes qui s'installèrent dans les forêts), il n'est pas à exclure que d'autres hominidés vazimba aborigènes -de type homme de Florès par exemple- aient habités dans les forêts de Madagascar des dizaines -voire des centaines- de milliers d'années avant l'arrivée des vazimba austronésiens. Quelques-uns ont peut-être encore existé à l'arrivée des vahoaka ntaolo austronésiens au premier millénaire avant notre ère. Ceci pourrait expliquer le mythe des "petits hommes/nains primaires de la forêt" que les vahoaka ntaolo austronésiens - ancêtre de la majorité des malgaches actuels - auraient rencontré et assimilé (ou peut-être décimé) à leur arrivée. Les preuves irréfutables sous-tendant ce mythe manquent encore aujourd'hui. Seuls l'archéologie et la génétique pourront les apporter. Il n'est, enfin, pas à exclure non plus que le mythe des "vazimba-petits hommes/nains" ait été emmené par les austronésiens à partir des îles de la Sonde où ils habitaient auparavant, auquel cas ce mythe pourrait effectivement concerner les hominidés de type Florès ou Negrito (orang asli en malais). Ces derniers, de petite taille, ont en effet habité les forêts des îles de la Sonde bien avant l'arrivée des austronésiens et y sont considérés comme étant les peuples aborigènes. On sait, par exemple, que le mythe de l'ogre "Trimo be - mangeur d'enfant" est un conte emmené par les austronésiens et parle en fait du tigre (de *(t)rimu, "tigre" en proto-MP) qui habite les forêts des îles de la Sonde. Le mythe des "petits nains vazimba" pourrait avoir subi un voyage similaire.

Des traces chinoises

Plusieurs recherches ont été déjà réalisées pour retracer le premier peuplement de la Madagascar. Ainsi, de nombreuses hypothèses ont également été émises à propos de la véritable origine du peuple malgache. Chantal Radimilahy, chercheur au sein de l’Institut de civilisations/Musée d’art et d’Archéologie de l’Université d’Antananarivo et Guido Schreurs, chercheur à l’université de Berne, Suisse, ont de nouvelles hypothèses à ce sujet.

Suite au différentes découvertes archéologiques dans la région de Vohémar et, grâce à des études comparatives des objets funéraires découverts ainsi qu’à l’étude de la civilisation Rasikajy, il y a probabilité de la présence de la race chinoise dans l’origine du peuple malgache…

 Il y a encore très peu d’informations sur les origines de la civilisation des Rasikajy. Cependant, les études antérieures ont considéré ce peuple comme étant le résultat d’un métissage biologique et culturel entre des immigrants islamisés et des populations locales des zones côtières.

Vases chinoisesVases chinoises1

Les études comparatives sur les objets des sépultures de Vohémar montrent également des ressemblances notables entre les récipients tripodes produits à Madagascar et les anciens vases rituels chinois en bronze trouvés dans les tombes en Chine pendant plusieurs millénaires (par ex. les dynasties Zhou et Han, 1046 BCE – 220 CE). La production de récipients tripodes archaïques sur le modèle des articles funéraires des anciennes dynasties était très en vogue dans le Sud Est de la Chine durant les dynasties Song et Yuan (10è-14è siècle).

Les objets dans les tombes de Vohemar et leur position par rapport au corps indiquent que les Rasikajy ont pratiqué des rites funéraires semblables à ceux de la Chine dans le passé. Les ustensiles de cuisine (comme les bols, les plats, les cuillères, les assiettes, les marmites) étaient placés dans les tombes pour la nourriture du défunt dans l’au-delà, et les miroirs en bronze ont été posés en face de son front pour qu’il puisse également avoir la lumière dans l’au-delà. Les disques circulaires en chloritoschiste trouvés à Vohemar représentent probablement les « bi »-disques, placés en Chine dans des sépultures pour accompagner le défunt dans son voyage dans l’au-delà. L’"éléphant en pierre » ou plutôt le « sanglier en pierre" (vatomasina / vatolambo) d’Ambohitsara au nord de Mananjary et également en chloritoschiste, présente des similitudes avec les vases rituels chinois ou les figures de pierre placées le long des allées menant vers les mausolées chinois.

Par ailleurs, de nouvelles méthodes de recherche mises au point et améliorées durant les dernières décennies pourraient aider à éclairer les origines des Rasikajy : analyse de l’ADN ancien, nouvelles études sur les isotopes stables ou encore datation au radiocarbone de nouveaux matériels ou de celui déjà disponible à partir des sépultures à Madagascar. Ces méthodes pourraient donner des informations nouvelles sur les origines géographiques, le mode de vie des communautés pré-européennes. Une sélection des thèmes des recherches pouvant être menées pour l’étude de la fascinante et encore énigmatique histoire du peuplement de Madagascar est en cours d’élaboration et semble intéresser plusieurs autres institutions. Les communautés actuelles revendiquant des liens ancestraux avec les Rasikajy pourraient être examinées à travers des recherches linguistiques, historiques, anthropologiques (social et culturel).

HISTOIRE DES MERINA

L'histoire des Nusantariens de Madagascar au cours du premier millénaire est encore mal connue. On sait, grâce à l'archéologique et à des données linguistiques que le littoral devait être occupé rapidement. Des pionniers n'ont pas manqué non plus de migrer à l'intérieur des terres, où leur présence est attestée à partir du VIIe siècle (ce qui n'exclut pas des installations plus anciennes). Mais c'est vraisemblablement vers le Xe siècle que les ancêtres des Merina commencent à l'installer massivement au centre du pays. Ce processus qualifié de " mérinisation " (étymologiquement, " aller vers l'amont ") semble être une conséquence du déclin des navigations nusantariennes sous la pression de la concurrence à la fois des Chinois, des Arabo-Musulmans et des Indiens du sud. A Madagascar même, l'implantation massive des islamisés arabo-africains sur les côtes nord et est de l'île semble déterminant pour inciter les ancêtres des merina à se replier vers l'intérieur des terres.

Cette remontée vers l'intérieur des terres pris plusieurs siècles pour s'achever vers le XIV-XVe siècle. Les contacts avec les zones côtières se sont poursuivis mais à une moindre échelle. Sur les hautes terres, une multitude de principautés apparaissent. On estime également que c'est l'impulsion donnée par les derniers migrants venus du littoral oriental qui permet l'expansion du royaume d'Andriamanelo (Alasora), aboutissant à la première unification du nord-est de l'Imerina sous son fils Ralambo (XVIe siècle). Les descendants des premiers merina implantés dans le pays et l'ensemble de ceux encore insoumis au nouveau pouvoir sont alors qualifiés de " vazimba ".
La véritable organisation territoriale et économique du pays merina commence sous Andrianjaka au début du XVIIe siècle. Antananarivo devient la capitale du royaume. Le développement de celui-ci se poursuit jusqu'au règne d'Andriamasinavalona . Ce dernier commit l'erreur de diviser son royaume entre ses 5 fils. Il s'ensuit pour l'Imerina une longue période de guerre intestine et un appauvrissement général, dû à l'insécurité et au dépeuplement. Par ailleurs, le développement du commerce européen, basé sur la traite des esclaves et le trafic des armes à feu provoque des conflits internes dans la majeure partie de l'île. Les chasseurs d'esclaves venus des régions côtières sèment alors la terreur jusque dans les villages merina qui, pour s'en défendre, se dotent partout d'impressionnantes fortifications (hadivory, tamboho). C'est en ce moment-là qu'apparaît Andrianampoinimerina dont l'ambition était dès le départ de restaurer la paix, la sécurité et la prospérité par la réunification du pays. Son œuvre est achevée peu avant sa disparition en 1810. Radama, son fils entreprend ensuite d'étendre l'autorité d'Antananarivo sur la majeure partie de Madagascar, grâce à la modernisation de la société merina et l'alliance avec les Britanniques. Sous Radama, l'Imerina commence à se couvrir d'écoles et les premiers étudiants sont envoyés en Europe dès 1820. C'est la naissance du royaume de Madagascar qui dirigera l'île jusqu'au moment de la conquête coloniale française en 1896.

LA CONQUETE DES HAUTS PLATEAUX  

Clans Vazimba : Mythe ou réalité ?

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Jusqu 'à ce jour, personne n'a pu dire "exactement" ce qu'il en était de l'origine des vazimba. Toutefois, l'ensemble des données historiques, archéologiques, ethnographiques et linguistiques ont quand même permis d' avancer de plusieurs pas dans ce domaine.
Les Vazimba qui passionnent, intriguent ou rassurent public et spécialistes ont été l' objet de nombreuses spéculations, tenant en grande partie à l' apparence qu' on leur prêtait", analyse Jean-Pierre Domenichini, historien et chercheur.

Vision populaire

Les croyances populaires définissent les vazimba comme étant des personnages mystérieux ayant vécu dans le pays merina (sur les Hauts plateaux) à une époque très lointaine. Mystérieux, dans la mesure où ils suscitaient chez les Malgaches aussi bien de la crainte que du respect. La crédulité et la superstition qu 'ilséprouvent transforment les vazimba en êtres hors du commun et déconcertants, en forces invisibles, et parfois méchants, pouvant hanter une source, une rivière, un rocher, un bosquet ou un vallon. Dans l' imagerie populaire, le vazimba est un être de petite taille, à la peau cuivrée, au visage allongé, aux lèvres larges et pendantes cachant de très longues dents, auxquels s' ajoute un front aplati. Le tout réuni lui donne un aspect très laid et répugnant jusqu'à inspirer une peur viscérale. Les femmes vazimba, eu égard à leurs longs cheveux, sont souvent confondues avec les "Kalanoro" et les « Zazavavindrano » (sirènes). A part ces qualificatifs péjoratifs, on lui attribue également un caractère désagréable. Comparativement, on lui prêterait, sans doute, l'aspect et les attributs du gnome de la légende celte ou du petit monstre malicieux et diabolique du film « Le seigneur des anneaux ».
Ces petits hommes de vazimba évitaient, paraît-il, tout objet ayant contact avec le sel. Il est interdit d'apporter de l'ail ou de la viande de porc sur leurs tombes et dans les environs. On affirme que leur niveau de culture était assez limité. Ils étaient, semble-t-il, loin de maîtriser la métallurgie et auraient fabriqué des armes avec de l'argile et des roseaux. De même, ils ignoreraient le fait que la viande de « jamoka », zébu, était consommable, ils laissaient donc traîner le bétail dans les champs.
En fin de compte et en raison de ces précédentes hypothèses, l'image du vazimba se trouve encore plus ternie de par sa présupposée ignorance.

Selon la tradition orale malgache, la période vazimba (faha vazimba) se situait avant l'élargissement du royaume d'Alasora par le Roi Andriamanelo (1540-1575). A l'époque, les vazimba étaient les propriétaires de l'actuelle région de l'Imerina. Ils ne savaient pas s'unir dans un seul royaume. Ils rendaient donc plus facile à Andriamanelo la tâche de conquérir et d'occuper le territoire, et ce d'autant plus que ce dernier était déjà habile à concevoir des armes en métaux. Le « royaume » vazimba s'affaiblit. Ralambo et Andrianjaka poursuivaient la mission de leur prédécesseur Andriamanelo. Plusieurs vazimba furent tués, d'autres s'enfuirent dans la partie ouest de l'île. Le reste a rendu les armes et a cédé le « royaume » vazimba. Ce ne fut que sous le règne d'Andrianjaka (1610 -1630) que les derniers vazimba quittèrent le pays.
Le Pr Rafolo Andrianaivoarivony, archéologue, chef du département de civilisation à l'Université d'Antananarivo, a aussi sa vision du « vazimba »
Le terme vazimba est un nom attribué à un ensemble de cette population qui formait les premiers Malgaches. En d'autres termes, sont appelés vazimba ceux qui ont décidé de vivre à Madagascar aux environs du XVème siècle.Voir aussi l'article Antehiroka et Royauté Vazimba

Au fil de l'histoire
Dans l'histoire de Madagascar, on distingue, dit-il, deux vagues de peuplement. La première est celle du peuplement des vazimba ou protomalgaches, et la seconde, celle du peuplement du nouveau Malgache. Ces deux vagues parlaient la même langue et avaient les mêmes cultures et civilisation. En décortiquant le terme vazimba, on obtient le préfixe « va » qui signifie peuple. Les vazimba ne sont donc autre que le peuple qui nous a précédés.
« Ils sont comme nous. Il s'agit de la première population de Madagascar ». Les études archéologiques, anthropologiques historiques et linguistiques démontrent que ce sont des Indonésiens et des Africains mélangés jusqu'à preuve du contraire. Car il n'existe pas de préhistoire pour Madagascar. L'homme est venu ici par bateau et par embarcation.
En outre, l'histoire de la Grande Ile est étayée par la lutte contre cette population vazimba. Andriamanelo, durant son règne, ne supportait plus de vivre au milieu des divers royaumes vazimba qui envahissaient les hautes terres. Il les chassait et les expulsait vers l'ouest. Mais comme ces royaumes ne disparaissaient pas pour autant, alors, Ralambo, le fils d'Andriamanelo, et Andrianjaka, son petit-fils, poursuivaient cette « mission ». Le règne de ces derniers vit enfin la destruction totale des royaumes vazimba.
Entre temps, des vazimba s'étaient confondus avec la population. Andriamanelo, lui-même, serait le fruit d'un mariage mixte car sa mère Rafohy ainsi que sa grand-mère Rangita étaient des vazimba.

Parmi les plus connus des vazimba de l'Imerina, on citera Ranoro, vazimba sainte (Ranoromasina). Elle était, selon la tradition orale, une femme normalement constituée, qui fut ensuite possédée par le vazimba et se jeta au fond d'une source. A partir du moment où on ne la vit plus, Rabodonandrianampoinimerina et le peuple, surtout celui d'Antehiroka, priaient près de la source dans laquelle elle avait plongé et y effectuaient plusieurs rites. De son côté, Andriambodilova, le mari de Ranoro, fut expulsé à Ambohimanarina par le Roi Andrianjaka. C'est l'origine des Antehiroka.
Il est surprenant de constater que les vazimba aient été durement maltraités alors que, par ailleurs, ils font actuellement l'objet de crainte et de respect, sinon considérés comme sacrés. Ne serait-ce pas en raison du "remord" ?

Une origine polynésienne
Il existe plusieurs versions sur le vazimba, chaque chercheur ayant élaboré sa propre analyse.
Jean-Pierre Domenichini avance que le concept vazimba ne désignant pas une race aurait défini tout individu, toute société qui n'a pas dépassé un certain niveau technique caractérisé par l'absence de la connaissance de la métallurgie, de la riziculture et de certaines pratiques d'élevage, et par la suite tout individu ou groupe vazimba ayant réalisé cette révolution technique, deviendrait par ce fait même merina.
Pour sa part, Gilberte Ralaimihoatra affirme que cette population vazimba aurait une origine polynésienne et indonésienne. Elle est caractérisée par ses origines cosmopolites, sa peau claire et ses cheveux lisses. Elle est également réputée pour son dévouement et son habileté d'esprit. Son histoire en tant que telle a subi par la suite une dépréciation grandissante, à un tel point qu'elle n'est plus actuellement que mythe et légende. Dans le temps, les vazimba auraient traversé le Betsiboka, l'Ikopa, le Mangoro, le Sakay, l'Onive pour enfin s'installer sur les hautes terres où ils ont pu pleinement jouir de la période vazimba, durant trois cents ans.
Nos ancêtres les vazimba ?
Edouard Ralaimihoatra, quant à lui, dans son ouvrage « Histoire de Madagascar » (article intitulé : Les Primitifs malgaches ou Vazimba) s'est plutôt préoccupé de l'origine de la population primitive malgache. « On peut douter de l'homogénéité complète des Primitifs malgaches au point de vue ethnique. Néanmoins, l'élément indonésien formait le plus gros d'entre eux. Il a apporté dans l'île le fond de la langue malgache et des techniques d'origine indonésienne pirogues à balanciers, rizières inondées, cases en bois équarris ou en branchage construites sur pilotis, villages édifiés sur les hauteurs entourés de fossés, etc. Ce fond a reçu des apports résultant d'échanges humains entre l'Afrique et Madagascar, grâce à la navigation arabe entre les côtes de l'Arabie, de l'Afrique orientale et de la Grande Ile.
Est-ce à dire que le vazimba n'est autre que le primitif malgache ? En d'autres termes, ne pourrait-on pas spéculer sur une hypothèse comportant un brin d'esprit, mais somme toute, plausible : nos ancêtres les vazimba ?
Les recherches en cours ne manqueront certainement pas d'apporter plus de précisions. Entre temps, les tombeaux et les lieux rattachés aux vazimba sont devenus des lieux de culte, avec leurs règles et interdits. Les enfreindre ou les bafouer attireraient colères et malédictions.
Paradoxalement, à tort ou à raison, les vazimba sont en même temps dénigrés et respectés.
« La nature humaine est telle que l'homme cherche si souvent à se rattacher à l'imaginaire sous ses divers aspects pour s'assurer plutôt vie que survie ».

Sandra Razafimahazo
Revue de l’Océan Indien

En Imerina, des Vazimba aux Andriana

Les “traditionistes” racontant l’histoire de Madagascar et des sociétés qui la composent placent, au temps des origines, une période vazimba (faha-vazimba) sur laquelle, dans les Hautes Terres, enchaîna la période andriana. Mais celle-ci ayant édicté la peine capitale pour qui se livrerait à la louange de princes défunts, l’histoire des Vazimba en tant
que tels, ipso facto condamnée à la dépréciation et à l’oubli, n’a souvent survécu qu’entre mythes et légendes, dont le traitement erroné par des hommes de religion ou de science a donné lieu à des développements tout aussi créateurs de mythes. On se prend à penser que ceux-ci, plus encore que ceux de la tradition orale, risquent fort, malgré les progrès d’ores et déjà séculaires de la recherche, d’avoir la vie dure, quand on les voit assidûment entretenus aujourd’hui par telles “chroniques historiques” de grande diffusion, où l’on présente les Vazimba, sachant “déjà” tresser des fibres végétales,
mais vivant “encore” dans une totale ignorance et de l’agriculture et de l’élevage et du tissage, etc.

Tompon’ny razana «maîtres des ancêtres», les Andriamanjaka, princes détenteurs d’un pouvoir effectif, pouvaient souverainement décider que tel groupe ne pouvait plus se réclamer de telle ascendance et donc bénéficier des droits et privilèges qui en découlaient.
Mais, dans les mémoires des “traditionistes”, ils ne pouvaient effacer ce qui continuait d’être transmis en privé et qui, transcrit au XXe siècle, permet à présent de recouper l’histoire officielle. Ainsi a pu commencer d’émerger des profondeurs de l’oubli l’histoire des Vazimba, dont les croyances populaires constituèrent, au long des siècles, un ultime rempart contre l’abolition.

Invisibles pouvant hanter une source, une rivière, un bosquet ou un rocher ce qui les faisait parfois assimiler à des esprits de la nature, subissant en cela le destin des esprits des morts non seulement tombés dans l’anonymat, mais qu’on ne pouvait pas non plus honorer auprès d’une sépulture, les Vazimba, anciens maîtres du pays, demeurent encore souvent des objets de crainte, autant que d’espoir ou de reconnaissance, s’exprimant au travers de dévotions «privées», personnelles ou strictement familiales. Sans rien à voir avec l’incroyable animisme imaginé par bien des missionnaires chrétiens et que certains, animés d’intolérance irrespectueuse, ont même brutalement combattu en abattant, par exemple, un arbre sacré, ou en installant un autel de la Vierge Marie sur le rocher d’une berge, ces invocations aux Vazimba ont généralement pour autels d’anciennes sépultures, repérées à l’écart des lieux habités. Il faut dire qu’on a pu voir ces autels augmenter en nombre, dans les temps difficiles, s’adjoignant à l’occasion abusivement telle tombe ancienne mal entretenue et dégradée, ou tel montjoie (tatao) de la croisée des chemins, en pleine campagne. Mais l’erreur est somme toute compréhensible quand on a pu voir un chercheur de terrain tenir a priori pour tombe vazimba… un amoncellement de pierres hâtivement édifié sur un sommet par l’Institut géographique national de la période coloniale pour protéger un point géodésique ! D’autant que l’on sait que, dans cette forme un peu particulière du culte des ancêtres, la consécration d’un nouvel autel ne peut souvent reposer que sur l’intime conviction des orants, pour la plupart des campagnards, exceptionnellement privés d’une véritable assistance de la tradition.

Car, dans la tradition populaire de l’Ankibon’Imerina ou “Cœur de l’Imerina”, very tantara, autrement dit “perdus pour l’histoire” inscrite en un territoire, les Vazimba n’étaient le plus souvent remémorés que comme une population arriérée composée de nains, que caractérisaient non seulement leur petite taille, mais aussi la difformité de leur tête et différents traits ou comportements pouvant même parfois faire douter de leur humanité.
Cela dit, les citadins qu’on dit «évolués» et qui ont pris l’habitude de se nourrir de la vulgarisation des acquis de la science, étaient en général aussi mal lotis. En effet, partant de certains éléments de cette tradition sous influence, l’étude scientifique, s’emparant du thème des Vazimba dans les premiers temps du contact culturel, en fit, pour ainsi dire consensuellement, soit des chasseurs-cueilleurs continuant un mode de vie préhistorique, soit un premier peuplement de Pygmées, possible substrat d’origine africaine confortant la thèse des héritiers de Lars Dahle et de Gabriel Ferrand.

Entre mythe et histoire

Situation surprenante, quand on sait que, rattachés à la même époque vazimba, sont aussi évoqués par la tradition des géants inconscients de leurs limites, tel le très populaire Rapeto qui tenta de décrocher la Lune pour en faire le jouet de ses enfants ! Et ceux qui contaient ses exploits, généralement plus raisonnables, n’éprouvaient aucune gêne à présenter, dans la foulée, et la trace de ses pas de géant sur les rochers, et le modeste édifice lui assurant une tombe à taille humaine à Ambohimiangara.
Que cette période n’ait pas été seulement peuplée de nains mais aussi de géants, aurait dû conduire à mieux réfléchir sur ce que représentaient ces hommes au lieu de les rejeter tout uniment hors du champ historique dans le temps du mythe ou de la légende, ou de se laisser emporter, dans la reconstitution de l’histoire, par la dérive idéologique et la politique coloniale à courte vue.
De fait, à y regarder de plus près, le géant Rapeto apparaît comme une sorte de héros de « chanson de geste » s’inscrivant dans un paysage historique, puisque nous sommes là dans le nord de l’Itasy, région quelque peu marginale de l’Imerina mais qui semble avoir effectivement connu, dans un passé fort lointain ne pouvant plus faire ombrage, une prospérité et un rayonnement qui se sont traduits par une occupation de l’espace bien plus importante que de nos jours, comme en témoignent les nombreux sites à fossés où les phénomènes d’érosion les fameux lavaka de la géographie ont été stabilisés et reconquis par la végétation.
Cette riche région dont le déclin ne paraît aucunement lié à l’expansion du royaume merina, laquelle ne l’atteignit que fin XVIIIe début XIXe siècle, au temps d’Andrianampoinimerina, pourrait bien avoir, en revanche, connu son plein essor après l’installation des Vazimba ayant fui l’hégémonie de leurs parents andriana à la suite de l’épisode de Fanongoavana, lequel sonna l’entrée de la dynastie andriana dans l’histoire des Hautes Terres.
Confortées par les acquis de l’archéologie, les traditions officielles enseignent que c’est au XIIIe siècle que les andriana arrivèrent sur les Hautes Terres, et qu’ils réussirent à accéder « à leur tour » à l’exercice du fanjakana. Une fois au pouvoir, leurs historiographes, pourrait-on dire, fournirent l’histoire qui convenait à ces nouveaux maîtres, mais que ne cessèrent de bousculer et la culture vécue par le peuple agissant sans discours et l’action de groupes nourris de traditions particulières. L’espace qui s’étend d’Ambohidratrimoanala au nord et Fanongoavana au sud, à l’orée de l’actuelle forêt de l’Est, à Ambohidratrimo au nord et Ampandrana au sud, aux abords du Betsimitatatra, exerçait un véritable pouvoir d’attraction, y compris dans les régions périphériques de l’île, dont il n’était donc pas coupé, comme on croit. L’on se souvient d’ailleurs, mais sans pouvoir la situer dans les généalogies, d’Andriandrakova, princesse zafiRaminia qui épousa un Vazimba.

Au cœur de l’histoire
Du XIIe au XVe siècle au temps dit des Ratrimo, c’est-à-dire des « Honorables puissants » ou, étymologiquement, des « Honorables tigres », le lignage princier des « maîtres de la terre » qui est le mieux connu et qui a la prééminence, est celui dont sont issus les Antehiroka. Il semble bien que ce soit alors une confédération familiale dont les membres, par le biais des héritages, contrôlent une véritable mosaïque de terres, et qui reconnaît à chaque génération la prépondérance de celui d’entre eux qu’appelaient aux fonctions de Mpanjaka des règles de succession qui n’avaient pour défaut que leurs exigences de patience de la part des héritiers désignés.
Montés de la côte Est, en partant de la région de Maroantsetra dans le Nord-Est, et en ayant jalonné leur itinéraire de sites à fossés dont se souvient encore la tradition zafimamy et dont on a ponctuellement commencé l’étude archéologique, les andriana purent s’installer grâce à des mariages avec des princesses du groupe tompon-tany qui les avait précédés.
Les tantara présentent mythiquement ces mariages comme l’expression de la suprématie du Ciel en situation de sanctionner les fautes de la Terre : Andrianerinerina « Prince des plus hauts sommets », fils de Dieu (Andriamanitra), étant descendu sur terre pour jouer avec les terrestres Vazimba, n’aurait pu remonter chez son père par la faute de ces derniers ; Dieu le leur imposa comme maître (tompo) et lui envoya l’une de ses filles comme épouse. L’alliance avec le Ciel aurait été renouvelée par son neveu, Andriamanjavona «prince des brouillards», qui épousa Andriambavirano « Princesse des eaux », la fille de son oncle Andrianerinerina, présentée elle aussi comme célestielle.
Pratiquement, si l’on sort de l’idéologie qui fait des andriana des descendants de Dieu pour s’en rapporter aux généalogies dynastiques, on constate que les mariages d’Andrianerinerina avec Razafitrimomananitany et de son petit-fils Andrianampongandanitra avec Rampananiambonitany donnent à leurs enfants des droits sur la terre, comme l’indiquent les noms de leurs mères.
La volonté de rompre les liens de soumission à l’égard de la belle-famille situation récurrente dans toute l’Histoire de Madagascar explique que, à côté du fanjakana des princes vazimba, se soit constitué celui des princes andriana.
Renouvelant la déclaration de fin d’allégeance d’Andrianerinerina se donnant Kilonjy puis Anerinerina pour apanage, celle d’Andrianahitrahitra dans la vieille cité vazimba de Fanongoavana, qu’il venait de conquérir par les armes sur le Mpanjaka vazimba, son suzerain et cousin, au sud de l’actuel lac de Mantasoa, est l’événement considéré comme fondateur par la dynastie andriana. Mais la rupture ne fut pas irrémédiable, comme le prouvent les nombreux intermariages qui suivirent.
La réconciliation qui fut le fait d’Andrianampongandanitra, fut activement favorisée par les reines vazimba, soucieuses d’assurer le pouvoir à leur descendance en continuant de donner des épouses aux andriana.
De cette histoire de lutte pour le pouvoir, en un temps où le centre des Hautes Terres n’était pas l’Imerina mais l’Ankova « Pays des Hova », on a particulièrement retenu le Manjakahova pendant lequel des Hova, en fonction de « Premier ministre » avant la lettre, détenaient l’effectivité du pouvoir.
Ce fut sous les règnes d’Andriamboniravina et d’Andriamoraony qui permirent à Andriambaroa d’abuser de son pouvoir en opprimant le peuple à son profit et au profit des siens. L’on conserve, très présent jusqu’à ce jour dans la mémoire populaire, l’idée que le fanjakan’i Baroa est synonyme d’anarchie et de désordres.
L’épisode légitima, d’une part, l’exclusion des hova du pouvoir souverain et, d’autre part, le pouvoir andriana comme seul pouvoir juste et souhaitable. Les Hautes Terres de l’époque n’ignoraient pas le reste du monde. Elles étaient en relations commerciales avec lui par les traitants arabo-musulmans. En témoignent des produits de luxe comme les perles de corail rouge de Méditerranée et les beaux céladons de Chine exhumés par l’archéologie.

Vazimba et Andriana en relation avec l’étranger
En témoigne de même le nom de Ramaitsoakanjo «Honorable Dame au canezou noir» grande princesse vazimba renommée pour un vêtement porté sur la côte africaine et adopté avec son nom souahéli, ou celui de Ramasinanjomà «Honorable saint du vendredi» ce roi vazimba d’un temps où la semaine de sept jours était en usage et le vendredi chargé du poids que lui avait donné le monde arabe. En témoigneraient encore un certain nombre de mots, arabes à l’origine, qui sont propres au parler d’Imerina et n’étaient pas traditionnellement utilisés dans les autres parlers de l’île. Et l’histoire des Zafimbazaha «Petits-enfants du traitant étranger» rapporte toujours que le grand ancêtre, Andriambazaha «Prince des traitants étrangers», avait épousé une princesse d’Ialamanga dont il a eu une nombreuse postérité.
Cette influence arabe dans l’Ankova semble bien avoir été l’objet d’un important débat que sous-entend le règlement par lequel Rangita, dernière reine vazimba, pensait assurer sa succession par ses deux fils, Andriamanelo «Prince qui dispose de l’usage de l’ombrelle (signe d’appartenance à l’ordre andriana)» et Andriamananitany «Prince qui possède la terre». Rangita décida que «le jeudi sera à Andriamanelo, le vendredi à Andriamananitany», expliquant ensuite que les deux frères se succéderaient dans l’exercice du fanjakana. Rangita désirait donc qu’Andriamanelo soit pleinement Andriana, puisque, selon la coutume établie, le jeudi était andron’Andriana «jour du prince» et que le jeudi lui appartenait bien.
Quant à Andriamananitany, ayant le vendredi, déjà jour du Roi dans l’Ouest de Madagascar, et ayant le droit le plus éminent sur la terre et notamment celui de la transmettre, comme l’indiquait son nom (-mananitany), il serait à l’origine d’une nouvelle dynastie. Voulant rompre avec la période vazimba, Rangita utilisait les ressources que lui offraient les nouveaux concepts pour mettre fin à une situation à laquelle seule sa force de « tigresse » (son nom complet comportait l’élément trimovavy) lui avait permis de faire face.
Il n’en fut pas ainsi. Le peuple s’y opposa en assassinant Andriamananitany. Néanmoins, tout à fait au détriment du fanjakana vazimba, l’Imerina allait être réalisée par le fils d’Andriamanelo Ralambo créant l’Imerina aux deux provinces (Imerina roa toko) et la conquête d’Ialamanga par son petit-fils, Andrianjaka, qui la nomma Antaninarivo tout en inscrivant l’histoire du royaume dans un espace bien connu et en reprenant l’essentiel de l’héritage.
Quelque deux siècles plus tard, le grand Andrianampoinimerina qui, faisant célébrer le culte des ancêtres royaux, ne s’en tenait pas dans les invocations à Rangita et Rafohy, reconnues sources de la dynastie d’Alasora, mais incluait tous les rois vazimba de la « colline sacrée » d’Ampandrana, fit le vœu d’être traité en Vazimba après son trépas.
Ce souhait, à l’évidence significatif mais passé jusqu’ici inaperçu des spécialistes, nous préférons, quant à nous, nous abstenir de l’interpréter jusqu’à plus ample information, ne serait-ce que pour éviter le risque d’un retour au mythe…

Jean-Pierre Domenichini et Bakoly D-Ramiaramanana

Des rites funéraires malgaches

Pratiques de montagnards ayant gardé le souvenir de la mer, les funérailles des Vazimba et des Andriana qui leur ont succédé, s’inscrivent dans la tradition des principautés des embouchures héritée du monde austro-asiatique.
Ainsi fut baptisé ranomasina à la fois «mer» et «eau consacrée», le lac où furent immergées, entre Imeri-manjaka et Alasora, les lakana mifanarona ou doubles pirogues emboîtées, qui reçurent les dépouilles mortelles des reines vazimba Rangita et Rafohy, dont les «tombeaux» seraient des cénotaphes. Et c’est encore en lakambola, pirogues d’argent, que reposent en leur tombeau Andria-manjaka et grands princes d’Imerina. Cependant, même en renonçant aux sépultures aquatiques, ils conservèrent l’usage rituel de leurs lacs funéraires, notamment pour les velirano ou serments d’allégeance. Et il leur est même arrivé d’en créer de nouveaux, comme Andriamasinavalona à Andohalo, quand dut être remplacé celui d’Antsahatsiroa, creusé au temps d’Ialamanga, en contrebas au nord-ouest du Rova. En effet, c’était à l’ouest des cités, souvent à l’extérieur des fossés et profitant d’un vallon perché, que les seigneurs des montagnes aménageaient ces lacs recevant les eaux de sources d’altitude, et qui pouvaient aussi servir à l’irrigation des rizières.
On connaît encore, par exemple, près d’Antananarivo, celui d’Ambodia-kondro en contrebas d’Ambohibe, capitale des Andriandranando, ou, plus loin vers l’est, celui d’Ambohi-malazabe, désormais reconverti en rizières. Croyances et pratiques ont parfois évolué. Ainsi, de tels lacs dont l’usage équivalent à celui de l’alafady ou «bois tabou» est encore attesté en plein XXe siècle, tant en Imerina qu’en Imamo, servaient aux sépultures partielles des puissants trépassés du lieu.
Car, si rois et princes ne pouvaient être transférés une fois « cachés », du moins leurs corps faisaient-ils l’objet de soins préalables.
Après les cérémonies suivant immédiatement un décès, le corps était éviscéré, séché et comme momifié. C’est le corps sec (faty maina ou faty mena) que l’on «cachait», lors d’une importante cérémonie appelée fiefana à Andramasina, et les sanies étaient alors versées avec les viscères dans le lac, où elles étaient censées donner naissance à une hydre, fanany de réincarnation du défunt.
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ORIGINE CONFUSE DES VAZIMBA DU BETSIRIRY

Après un court séjour dans la région de Miandrivazo, J.C. Hébert réunit les «Simples notes sur les Vazimba du Betririry» qu'il met au propre en 1962. Le chercheur y témoigne d'une grande prudence en insistant sur le fait «que ce sont des traditions qui indiquent Ambohimanga comme lieu d'origine des populations questionnées».
Ces «Notes» invitent les lecteurs à se poser une question : «Ces personnes se disent des descendnats des Vazimba venus des Hauts-plateaux, mais peut-être ne se donnent-elles une telle origine que parce qu'on les leur a dit», comme ce fut le cas avec les Betsimisaraka du Sud.
Les traditions relatives aux origines, certaines coutumes et non des moindres, le langage distinguent les Betsimisaraka du Sud de ceux du Nord. Les premiers ne sont pas, en réalité, des Betsimisaraka, cette dénomination n'ayant été créée que pour désigner la réunion d'un certain nombre de tribus de la côte Nord-Est. Depuis la création d'une province betsimisaraka par la monarchie merina, formée par l'ensemble des territoires que Jean René a contribué à placer sous l'autorité de Radama 1°, et depuis les travaux des ethnographes orientés par cette création, l'administration a pris l'habitude de considérer les populations de la région Mahanoro-Nosy Varika comme Betsimisaraka. Et les intéressés ont pris l'habitude d'être considérés comme tels.
Les Vazimba du Betsiriry semblent être dans ce cas. La région a constitué une zone de refuge pour des populations venus des Plateaux. Selon Hébert, il y a sans doute eu des Vazimba, mais il n'y a pas eu qu'eux.
Au XIXe siècle, il a en effet existé un mouvement d'émigration vers l'Ouest de gens fuyant le renforcement de l'autorité royale et cherchant à se soustraire aux impôts, corvées, service militaire, en franchissant la bordure occidentale des Hautes-terres. «Au début de ce siècle, ce fut même la principale directive donnée aux petits postes militaires merina qui s'échelonnaient dans cette région, que d'interdire le passage des transfuges».
Néanmoins, la population Vazimba n'est nullement négligeable dans la plaine allongée de Miandrivazo à Ankavandra, et surtout au-delà en direction de Soaloka. Sous la colonisation, le canton de Miandrivazo est le seul à tenir des statistiques démographiques où les Vazimba sont distincts et non englobés dans le groupe sakalava.
Au début de l'Indépendance pourtant, les Vazimba de l'Ouest se considèrent comme un clan sakalava. Et même ceux du Betsiriry, installés dans la zone frontalière entre Sakalava et Merina, se disent sakalava, alors qu'ils aiment à rappeler que leurs ancêtres habitaient jadis à Antananarivo ou Ambohimanga. Ils gardent une certaine rancœur contre les Merina, qui les ont chassés de leur terre ancestrale, et ils ont perdu tout contact avec le pays de leurs aïeux.
Certaines traditions «dont on n'est pas sûr qu'elles ne soient pas récentes et inspirées d'immigrés merina» indiquent leur lieu d'origine Ambohimanga qu'Andrianampoinimerina aurait ravi à leurs ancêtres. Une autre affirme que leurs ancêtres venait de Malakialy, région qu'ils situaient sur les Hauts-plateaux, mais que de riches gisements de béryllium ont fait connaître plus tard. Elle se trouve au sud du Betsiriry. Une troisième rapporte le nom d'un certain Rangoromana, un ancêtre qui aurait amené les premiers bœufs dans le pays et dont la trace se retrouve à l'Est, sur les bords du lac Itasy.
Concernant leurs rapports houleux avec les Ambaniandro (Merina), les Vazimba du Betsiriry disent que, jadis, à l'arrivée des Merina, ceux-ci leur ont demandé de leur procurer du riz pour le cultiver. Les Vazimba leur ont fourni du riz blanc (vary fotsy) et les Ambaniandro les ont fait cuire avant de les semer. Aucune pousse de terre n'est sortie de terre et pour cause... Il en a été de même pour le gingembre. Se sentant dupés, les Ambaniandro se sont mis en guerre contre les Vazimba.
La version merina raconte tout le contraire : ce sont les Vazimba qui n'ont pas su planter le riz et en ont voulu aux Ambaniandro. Ceux-ci les ont chassés avec des sagaies à pointe de fer, alors qu'ils ne connaissaient que les sagaies à pointe d'argile cuite (tany manga).
Les Betsileo les accueillent avec de meilleurs sentiments et ils deviennent alliés à plaisanterie.

A chaque habitat des Vazimba

Les Vazimba se divisent eux-mêmes suivant leur habitat. Les «Vazimba andrano», ceux qui savent nager, sont les descendnats d'Olomà, dont on ignore les lieux de sépulture. Les «Vazimba antety», ceux de la terre ferme, qui sont les plus nombreux, résident dans la vallée du Betsiriry. Les «Vazimba antsingy», ceux des Tsingy du Bemaraha, plus connus sous le nom de Bôsy ou Beosy, vivaient dans des grottes et mangeaient les produits de la forêt.
Les Vezo seraient également des Vazimba, restés au bord de la mer. Et même les Betsileo et certains Merina seraient des métis de Vazimba et d'Ambaniandro.
Les traditions rapportent que les «Tompon-tany» (maîtres de la terre, natifs) de la région d'Ankavandra sont Ramboamana, une femme, et Ramboabesofy, un homme. Le couple aurait eu deux fils, Rangoromana et Zafihisoky, qui auraient amené les premiers bœufs dans le pays. Les propriétaires de bœufs avaient à leur service des bouviers, dont l'occupation favorite aurait été la chasse aux sangliers, les «tompo-dambo».
Les premiers ancêtres, dont les lieux de sépulture sont connus, sont Ndrenavoavo, le premier à avoir descendu le fleuve Manambolo en franchissant les gorges célèbres, et sa sœur Pelamana. Ils sont enterrés à Tsirendresaka dans la forêt proche de Tsiandro. Leur tombeau est vénéré de tous les Vazimba du Betsiriry, mais on ne tue jamais de bœufs, jadis ignorés de leurs ancêtres, pour leur rendre hommage.

Les Bezanozano, une des premières souches des Vazimba

Les Bezanozano, qui occupent l'Ankay (région de Moramanga) sont remarquables par « la forte cohésion de leurs clans » (Jean-Louis Ndemahasoa).
Une grande partie d'entre eux est de souche Vazimba, c'est pourquoi ils sont parfois appelés « Zafimbazimba ». Une autre serait des « Berahoraho », un grand ensemble de clans issus des « Rasikajy » du Nord-est, dont la dernière vague est amenée par Ndriamaharo-Biry des « Filohabe » (grands notables) de Maroantsetra.
Les Vazimba et les « Masa » (généraux) ont tout d'abord l'Ankay, qui est alors très vaste bien avant le 17e siècle et encore plus au 18e siècle. Ils brûlent les forêts et s'installent un peu partout. Chaque village est dirigée par un chef écouté. Par la suite, de nouvelles figures apparaissent un peu partout, et les Vazimba et les « Masa » s'unissent en principautés, puis en royaumes indépendants.
Parmi les figures de ces lointaines époques, des femmes se distinguent, telles Razaizay, Rafotsy Bealokinitany, Ramasoandrobe. « sans doute en souvenir de cette sorte de divinisation des femmes que les anciens Bezanozano étaient si remarquables pour leur profond respect de la femme, en général... » A cette dynastie de femmes succède celle des hommes, issus de clans composites nommés les « Tambarikanagna », dont des traces se voient en pays betsimisaraka.
Il ne se passe rien du 1er au 10e siècle de notre ère. Les « Zafimbazimba » s'installent alors dans l'Ankay (de l'Antsihanaka à l'Ankova), dans le Centre où règneront finalement les « Zafimahatsangy » de Rafohy et Rangita, les « Zanakony Maniry » (futurs Zafimaniry), Andria Naravina et ses descendants...
Du 10e au 15e siècle, les « Berahoraho » arrivent de l'Est. Les villages se fortifient à l'aide des fossés, dont les plus grands sont « Ankadibe » à l'ouest et, à Antsitandràra, à l'est, « Ambohijanahary » avec ses huit rangées de fossés profonds de 10 m. Et il se produit un métissage les enfants des premières souches s'assimilent aux «Berahoraho » qui transparaît sur leur mode de vie : maisons décorées de quatre cornes, tombes avec des monuments funéraires appelés « Fihemba »
(«Aloalo » dans le Sud , pierres levées de commémoration, vocabulaire enrichi...
Quatre royaumes se remarquent alors : Sahanala, Tanabolo, Vohibolo dont la capitale est Antanantolobe, et Vohibe qui sera, sous Andrianampoinimerina, celui de Rajanala, une Merina. Le plus grand est celui de Vohibolo que Radama I n'atteindra qu'avec l'aide des Anglais.
Le pays des Bezanozano connaît une grande expansion au 18e siècle, mais au 19e siècle, il affrontera trois longues guerres : celle de Bemihisatra commencée contre les Sakalava, dès le 17e siècle ; celle de Bemaharaha contre les Betsimisaraka ; et celle de Mandavana contre les Merina. ces derniers, aidés des Vazaha, l'emportent facilement, et l'Ankay est divisé en huit, puis en douze districts, sous tutelle de deux provinces, Ambohimahasoa et Ambohitrony.
Le gouvernement merina se traduit par une double autorité, militaire et civile, toutes deux bien hiérarchisées : de haut en bas, les « Amboninjatovo », les « Tomponarivo » et les « Vodivona » pour les militaires ; les « Bem-paritany », les « Mpitanty saina » et les « Vadivato » pour les civils.
Les Bezanozano se révoltent souvent, surtout sous Radama I qui a des mots très regrettables contre « ce peuple jamais conquis » et qui, en retour, ne cesse de s'insurger. Il faut dire qu'il a un caractère particulier, les « Masa », notamment, qui le prouvent de façon éclatante. « Plutôt que d'accepter un évènement qu'ils ne voulaient pas admettre et qu'ils n'arrivaient plus à éviter, ou des idées qu'ils ne partageaient pas mais qui s'implantaient dans l'Ankay, les « Masa » s'enterraient vivants ».
Ce que ne font jamais les nobles des autres clans. « Bosy trahit pour avoir la paix avec les Tsimihety, Impoinimerina pour les Bara, Tsialàna I pour les Antakarana, Volamana et les Douze chefs pour les Betsimisaraka. Tous, ils avaient préféré la soumission aux luttes. »

Les Vazimba apparurent en Imerina au 12e - 14e siècle, reprirent progressivement leurs habitudes sédentaires pour découvrir les meilleurs sites où s'installer. "Ils essuyèrent les pires épreuves pour subsister sur une terre vierge, pays de marécages et de forêts".Bon nombre d'entre eux périrent, tels les "Vazimba very tantara", ceux dont l'histoire s'est perdue. Les documents de Callet donnent un tableau sombre de cette lutte contre la nature, si pénible qu'elle détermina le Vazimba Andrianoranorana à reprendre le chemin de Maroantsetra.

Les Vazimba étaient aussi divisés au cours de leur migration qu'à leur arrivée en Imerina. Etablis sur les collines habitables par groupes isolés, dans l'espace limité par le massif de l'Ankaratra, l'Ikopa et la grande forêt de l'Est, leurs clans étaient indépendants et chacun obéissait à son chef, à la fois naturel et religieux, jusqu'au moment où l'un de ces clans, installé à Ampandrana depuis deux ou trois générations, restaura le principe du droit d'aînesse, principe sans doute coutumier de la race mais compromis au cours de la migration.

Cette restauration prépara le regroupement des Vazimba qui devait donner la dynastie régnante de l'Imerina. C'est le Fanjakana ifanoavana", l'organisation monarchique selon laquelle les cadets de la famille s'effaçaient devant le premier-né qui recueillait la direction du clan.

Plus tard, Rangita d'Imerimanjaka, issue en droite ligne des Vazimba d'Ampandrana, institua le "Fanjakana arindra", véritable droit d'accession à la dignité royale, en vertu duquel Andriamanelo devait succéder à sa mère Rafohy, et transmettre ultérieurement le pouvoir à son jeune frère Andriamananitany : "le "Fanjakana arindra" marquait la seconde étape de l'acheminement des Vazimba vers l'unité ethnique, dans le cadre de l'unité géographique de l'Imerima.

"Les Vazimba se regroupaient donc de nouveau. Un peuple ressuscitait en Imerina ". L'écho de ce regroupement ne manqua pas de se répandre parmi les races côtières qui, ayant oublié les Vazimba qu'ils avaient chassés ou combattus dans un lointain passé et ne sachant quel nom leur donner, les appelèrent les "Tankova", raccourci en "Hova". "Le terme hova apparaît pour la première fois dans les documents relatifs au règne d'Andriamanelo".

Fort de l'institution du "Fanjakana arindra", ce dernier entreprit d'éliminer d'autres chefs Vazimba et de se substituer à eux.Les Vazimba, vaincus grâce aux sagaies fabriquées pour les combattre, s'en allèrent.Ses conquêtes ne visaient cependant pas à chasser la race Vazimba à laquelle il appartenait,mais à évincer les chefs de clans rivaux : "Vazimba vaincus" désignaient les chefs et non les clans qui passèrent sous sa domination. "Il plaça des Hova là où il y avait des Vazimba",Vazimba étant le clan annexé par le vainqueur Hova. C'est dire qu'il n'y eut pas de refoulement de clans vaincus, même si l'usage du mot vazimba était devenu de moins en moins courant pour finir par disparaître.

Le terme du reste acquérit divers sens qui portent, jusqu'à maintenant, l'empreinte du temps et de la superstion. Ainsi par exemple, pour avoir été pendant longtemps les adversaires tenaces des successeurs des Vazimba d'Ampandrana, Andriampirokana et son clan étaient devenus particulièrement célèbres et étaient passés pour les seuls Vazimba authentiques de l'Imerina. Tradition qui leur valut un culte durable grâce auquel leurs descendants avaient perpétué le refus de se soumettre au pouvoir monarchique.

Autre exemple : pour la crédulité populaire, le culte généralisé des Vazimba les avait transformés en forces invisibles, méchantes, réfugiées dans les endroits peu fréquentés, tels que les sources et les vallons, où il fallait les craindre et les satisfaire sous peine d'en être les victimes. "Ainsi la religiosité des habitants de l'Imerina a contribué à l'évolution du sens du mot Vazimba qui a fini par caractériser ce qui est ancien, ce qui est délaissé". Comme les "fasam-bazimba", les tombes des Vazimba qui, en réalité, sont des tombes laissées à l'abandon, que personne n'entretenait, telles celle de Ravololondrenitrimo, sœur présumée d'Andriamasinavalona, morte sans postérité ; ou celle du fils de ce même souverain, Andriantomponimerina qui retint prisonnier son père à Ambohidratrimo mais qui, mourant de son vivant, fut condamné par le vieux roi à n'avoir qu'un "fasam-bazimba",c'est-à-dire une tombe qu'il était interdit d'entretenir.

- Les Vazimba -

Edito : "La légende du Vazimba ... "    0757   22/02/2007

       L'histoire vraie ou légendaire du Vazimba est une occasion pour porter une réflexion sur le peuple de Madagascar.

    Qu'en est-il resté de cette peuplade à la fois énigmatique, courageuse, intelligente mais qui semble néanmoins avoir disparu et pourquoi ?
Nous reconnaissons-nous, peuple actuel de l'île rouge, dans les traits de cet ancêtre pas si méprisable que ça, même si sa petite taille morphologique semble l'avoir relégué au rang des "minus".

Au XXI è siècle, le peuple de Madagascar s'est-il fait une beauté, une allure neuve qui le dispose à durer

dans le contexte de la mondialisation, des technologies de l'information et de la communication, de la course au développement,... d'un certain MAP ?

      Dans les notes du passé les Vazimba apparurent en Imerina au 12e - 14e siècle, reprirent progressivement leurs habitudes sédentaires pour découvrir les meilleurs sites où s'installer. "Ils essuyèrent les pires épreuves pour subsister sur une terre vierge, pays de marécages et de forêts". Bon nombre d'entre eux périrent, tels les "Vazimba very tantara", ceux dont l'histoire s'est perdue.

      Pour la crédulité populaire, le culte généralisé des Vazimba les avait transformés en forces invisibles, méchantes, réfugiées dans les endroits peu fréquentés, tels que les sources et les vallons, où il fallait les craindre et les satisfaire sous peine d'en être les victimes.

   Et si les vazimba étaient des Homo floresiensis ?

L’homo floresiensis aurait vécu sur l’île de Florès entre -95 000 et -12 000 ans environ. Il mesure environ 1 m pour 16 à 28 kg. Sa caractéristique principale est sa petite taille, mais aussi la celle réduite du cerveau. L’Homme de Florès aurait une capacité crânienne de moins de 400 cm3, soit un cerveau de la taille d’un pamplemousse ce qui le différencie des pygmés d’Afrique.

Homo floresiensis

Ici et là, on peut lire les origines malayo-polynésienne et indonésienne des Malgaches. En outre, les malgaches possèdent aussi et surtout une tradition orale qui place les “Vazimba” comme les premiers habitants de l’île. Ces Vazimba sont-il des hommes de florès?

                         Armand ANDRIAMAHADY- Paris.                             ...Liste de tous les Editos  Cliquez-ici 

... Et encore et encore "nody ventin'ny ny rano natsakaina", Armand Andriamahady  a répondu à notre appel de publier des Editos, maintenant à qui le tour? On vous attend edito men et edito women. Merci d'avance !   

Controverse : Et si les vazimba étaient des Homo floresiensis ? April 2, 2006
Ce matin, je suis tombé par hasard sur un documentaire de National Géographic sur Canal+. Un documentaire qui traitait de  la découverte de ce nouvel hominidé : Homo floresiensis ou “l’homme de Florès”.
L’homo floresiensis aurait vécu sur l’île de Florès entre -95 000 et -12 000 ans environ. Il mesure environ 1 m pour 16 à 28 kg. Sa caractéristique principale est sa petite taille, mais aussi la celle réduite du cerveau. L’Homme de Florès aurait une capacité crânienne de moins de 400 cm3, soit un cerveau de la taille d’un pamplemousse ce qui le différencie des pigmés d’Afrique.
Ici et là, on peut lire les origines malayo-polynésienne et indonésienne des Malgaches. En outre, les malgaches possèdent aussi et surtout une tradition orale qui place les “Vazimba” comme les premiers habitants de l’île. 

Ces Vazimba sont-il des hommes de florès? car si c’est le cas ces derniers pourraient donc être les premiers immigrants. La légende populaire transmise à Madagascar raconte que les vazimba étaient des créatures humanoïdes de petite taille qui marchent dressées sur leurs jambes (contrairement aux singes).
Des histoires de “IKalanoro” décrivent aussi de petits êtres d’un mètre de haut, aux cheveux longs, au ventre rond, les oreilles décollées, à la démarche maladroite, capables de grimper aux arbres à la vitesse de l’éclair comme les “Ebu Gogo” de l’île de Florès.
Alfred Grandidier a pu en 1869 observer les derniers vestiges de cette société Vazimba dans les gorges du Manambolo
(ouest de Madagascar) et a déclaré :
“Il résulte de tout ce que j’ai vu et appris que par leurs mœurs, par leur langue et par leurs traditions, les Vazimba se rattachent à la grande famille malgache dont l’origine indonésienne me semble démontrée”
(dans Revue, notes, reconnaissances et explorations tome V, 2e sem. 1903, p.101, Tananarive. Imp. officielle).
“En réalité, il n’y a lieu de faire aucune distinction ethnique entre les Merina et les Vazimba. Dans la plupart des cas, ceux qu’on appelle Vazimba sont simplement les plus lointains ancêtres du clan établi dans le pays”
(d’après C. Renel “Ancêtres et Dieux” Bulletin de l’Académie Malgache 1920, 1921, P 41.)
“Dia olona hiany tahak izoa olona izoa”.
C’étaient des gens comme ceux d’aujourd’hui. D’après. “Tantara ny Andriana eto Madagasikara” trad. orales malgaches recueillies par R.P. Callet - 1908. Tananarive.
Ces populations Vazimba furent d’ailleurs combattues et absorbées par des vagues plus récentes d’immigrants Indonésiens qui occupèrent les plateaux centraux de l’île.
Ils ont déjà été évoqués dans l’histoire de la Grande Isle Madagascar de Flacourt. Malgré l’absence de données matérielles, l’obstination du missionnaire trouve moins son explication dans une quelconque réalité que dans les lois de l’imaginaire. Des études ont aussi été menées par Édouard RALAIMIHOATRA et Fred RAMIANDRASOA sur le sujet.
Voilà peut-être une piste pour Peter Brown et les autres scientifiques quant à l’existence d’autres Homo floresiensis dans le monde, tendant à confirmer l’existence d’une nouvelle branche dans le grand arbre de l’évolution du genre humain : l’Homme de Florès. En tout cas, pour ma part, je crois au légende des vazimba. 
                                                                      Extrait de  http://harinjaka.com/

 

Vazimba et Ancêtres royaux

 En 1610, le fils puîné du roi Ralambo, le nommé ANDRIANJAKA s'empara de la colline d'ANALAMANGA et en fit la capitale de ses états. Avant de régner et du vivant de son père Ralambo, ce prince avait contribué à l'extension du royaume de l'IMERINA, nom donné par son père (le nom de capitale "Imerimanjaka" ayant été utilisé pour la première fois par sa grande aïeule la reine  RANGITA).

Il réussit à s'emparer de la Cité des VAZIMBA car ces derniers ne possédaient que des sagaies à la pointe d'argile durcie qui ne faisaient pas le poids devant les armes en fer et les premiers fusils que le prince avait achetés à des marchands ambulants venus faire du commerce à l'intérieur de l'île.

La plupart des habitants de la colline bleue, Analamanga, se rendirent devant la supériorité des forces d'en face, et Andrianjaka, pour gagner le coeur de ses nouveaux sujets, combla d'honneur les familles les plus marquantes et, en particulier, celle d'Andriampirokana connue sous le nom d'ANTEHIROKA.

Il accorda à cette famille le privilège d'inaugurer tout ce que le roi entreprenait et de présider à la circoncision des jeunes fils de rois. Ces honneurs ont été transmis à ses descendants. Il éloigna cependant, par précaution de sa cité, des personnages influents comme ANDRIAMBODILOVA, fils d'ANDRIAMPIROKANA.

Le nouveau roi ne se contenta pas d'honorer les vivants: il rendit aussi  aux morts les plus grands honneurs et c'est alors que commença le culte rendu aux mânes des Vazimba. Le tombeau d'Andriampirokana à Antananarivo, et peu après celui d'Andriambodilova à Ambohimanarina (époux de la célèbre ondine RANORO qui habite le lac d'Andranoro à Ambohibao) et celui d'Andriantsimandafikarivo à Ambohitriniarivo devinrent des lieux de pélérinage.

Tous les différents rois qui se sont succédés à Antananarivo rendirent aux mânes de ces rois Anehiroka le même culte qu'à leurs propres ancêtres, et offrirent en sacrifice un boeuf "volavita" (de couleur rouge et blanc) pour obtenir leurs faveurs. Ce culte rendu aux Vazimba dura quelques siècles, mais quand ANDRIANAMPOINIMERINA régna vers la fin du XVIIIème siècle, il trouva que ces Vazimba étaient trop éloignés dans le temps et il orienta son peuple vers les ancêtres royaux plus proches.

"Je me rappelle mes ancêtres", déclara-t-il à son peuple réuni, "car je suis le maître de la terre. Je suis le descendant des douze rois mes prédecesseurs, et ceux qui ne respectent pas mes ancêtres seront mis à mort".

Ce culte à rendre aux mânes des ancêtres royaux qui reposent sur les douze collines "SACREES" fit l'objet d'une tradition nouvelle observée à partir du règne d'Andrianampoinimerina, tradition à respecter au moment de la période du Bain royal (appelé "FANDROANA" à la nouvelle lune du Nouvel An malagasy). Ses douze épouses devaient se rendre chacune sur chaque colline sacrée, pour présider les cérémonies de sacrifice des boeufs, y distribuer la viande et faire des prières en invoquant le nom des collines à commencer par Ampandrana, Imerimanjaka, Alasora, Ambohitrabiby, Antananarivo, Ambohimanga, Ambohidratrimo, Ilafy, Namehana et d'autres collines sacrées.

La dynastie des Andafiavaratra (les descendants d'Andriantsilavonandriana et de Rainiharo) avaient du sang vazimba dans leurs veines, et le terrain sur lequel est érigé l'actuel Palais du Premier Ministre d'Andafiavaratra appartenait à Andriampirokana.

A ce culte des ancêtres royaux s'ajouta aussi celui rendu aux IDOLES royales, et c'était cette forme de religion que tous les souverains après Andrianampoinimerina héritèrent jusqu'à l'adoption du christianisme par la reine RANAVALONA II et le Premier Ministre & Commander in Chief RAINILAIARIVONY, son époux en 1869.

extrait de Extrait de  http://taniko.free.fr/

 

Les vazimba et le Fanorona

 

Le Fanorona, on doit ce jeu aux premiers habitants de l'île, les vazimba qui l'avaient baptisé "Fandrao maty paika" (craignons d'être bloqués).

 En proie à des guerres successives, les Vazimba furent vaincus par Andriamanelo qui régna alors à Alasora (1540-1575) et lui donna pour nom "Soratr'Andriamanitra" (l'écriture de Dieu).

Le jeu de fanorona demande intelligence, réflexion et tactique. De plus, la philosophie qu'il inspire est une véritable école de la vie. Le Jeu enseigne la pratique de la stratégie par l'agilité intellectuelle et la rapidité des réflexes pour acculer l'adversaire dans l'impasse. 

Tous les chemins sont possibles et la victoire s'acquiert par la recherche perpétuelle d'une issue ou d'un moyen.

Extrait de http://www.madagascar-guide.com/

 

 

L’immigration malayo-polynésienne et indonésienne

Ces "proto-malgaches" seraient arrivés tout d'abord d'Indonésie et du sud-est asiatique et auraient abordé Madagascar par l'ouest et le nord-ouest. D'après une hypothèse, certaines de ces populations se seraient d'abord établies dans l'archipel des Comores avant de gagner la Grande- Ile. La tradition orale place les "Vazimba" comme les premiers habitants de l'île. (Ils pourraient donc être ces premiers immigrants). A. Grandidier a pu en 1869 voir les derniers vestiges de cette société Vazimba dans les gorges du Manambolo (ouest de Madagascar) et déclare : "Il résulte de tout ce que j'ai vu et appris que par leurs mœurs, par leur langue et par leurs traditions, les Vazimba se rattachent à la grande famille malgache dont l'origine indonésienne me semble démontrée" (dans Revue, notes, reconnaissances et explorations tome V, 2e sem. 1903, p.101, Tananarive. Imp. officielle). 

 "En réalité, il n'y a lieu de faire aucune distinction ethnique entre les Merina et les Vazimba. Dans la plupart des cas, ceux qu'on appelle Vazimba sont simplement les plus lointains ancêtres du clan établi dans le pays" (d'après C. Renel "Ancêtres et Dieux" Bulletin de l'Académie Malgache 1920, 1921, P 41.) "Dia olona hiany tahak izoa olona izoa". C’étaient des gens comme ceux d'aujourd'hui. D'après. "Tantara ny Andriana eto Madagasikara" trad. orales malgaches recueillies par R.P. Callet - 1908. Tananarive. Ces populations Vazimba furent d'ailleurs combattues et absorbées par des vagues plus récentes d'immigrants Indonésiens qui occupèrent les plateaux centraux de l'île.

Extrait de http://www.madagascar-guide.com/


          Il est possible que le premier peuplement, dit proto-malgache, réunissant déjà toutes ces composantes ait eu lieu vers la fin du      Iermillénaire et corresponde à l'ancien peuple, nimbé de légende, des Vazimba. 
Les Vazimba (ou Kimo) sont mentionnés dès 1652, par Flacourt, qui rapportait qu'ils avaient été exterminés une vingtaine d'années plus tôt. Déjà mythiques? Commerson cité par Buffon a assuré un peu plus tard qu'il survivait encore quelques groupes portant le nom de Vazimba disséminés au milieu des autres populations (au Ménabe, chez les Sakalava et dans le Nord-Ouest et le Nord-Est de l'Imerina). Ils cultivaient le riz et élevaient le zébu indien. Par ailleurs, on attribuait aux Vazimba l'érection des monuments mégalithiques, des dolmens et surtout des tumulus que l'on trouve sur l'île. 

Extrait de http://www.cosmovisions.com/

 

Vazimba 

Notes du passé Les Vazimba apparurent en Imerina au 12e - 14e siècle, reprirent progressivement leurs habitudes sédentaires pour découvrir les meilleurs sites où s'installer. "Ils essuyèrent les pires épreuves pour subsister sur une terre vierge, pays de marécages et de forêts" (Edouard Ralaimihoatra, 1948). Bon nombre d'entre eux périrent, tels les "Vazimba very tantara", ceux dont l'histoire s'est perdue. Les documents de Callet donnent un tableau sombre de cette lutte contre la nature, si pénible qu'elle détermina le Vazimba Andrianoranorana à reprendre le chemin de Maroantsetra. Les Vazimba étaient aussi divisés au cours de leur migration qu'à leur arrivée en Imerina. Etablis sur les collines habitables par groupes isolés, dans l'espace limité par le massif de l'Ankaratra, l'Ikopa et la grande forêt de l'Est, leurs clans étaient indépendants et chacun obéissait à son chef, à la fois naturel et religieux, jusqu'au moment où l'un de ces clans,

  installé à Ampandrana depuis deux ou trois générations, restaura le principe du droit d'aînesse, principe sans doute coutumier de la race mais compromis au cours de la migration.

Cette restauration prépara le regroupement des Vazimba qui devait donner la dynastie régnante de l'Imerina. C'est le Fanjakana ifanoavana", l'organisation monarchique selon laquelle les cadets de la famille s'effaçaient devant le premier-né qui recueillait la direction du clan. Plus tard, Rangita d'Imerimanjaka, issue en droite ligne des Vazimba d'Ampandrana, institua le "Fanjakana arindra", véritable droit d'accession à la dignité royale, en vertu duquel Andriamanelo devait succéder à sa mère Rafohy, et transmettre ultérieurement le pouvoir à son jeune frère Andriamananitany : "le "Fanjakana arindra" marquait la seconde étape de l'acheminement des Vazimba vers l'unité ethnique, dans le cadre de l'unité géographique de l'Imerima. "Les Vazimba se regroupaient donc de nouveau. Un peuple ressuscitait en Imerina " (E. Ralaimihoatra). L'écho de ce regroupement ne manqua pas de se répandre parmi les races côtières qui, ayant oublié les Vazimba qu'ils avaient chassés ou combattus dans un lointain passé et ne sachant quel nom leur donner, les appelèrent les "Tankova", raccourci en "Hova". "Le terme hova apparaît pour la première fois dans les documents relatifs au règne d'Andriamanelo". Fort de l'institution du "Fanjakana arindra", ce dernier entreprit d'éliminer d'autres chefs Vazimba et de se substituer à eux. Callet parla des guerres d'Andriamanelo ainsi : "Les Vazimba, vaincus grâce aux sagaies fabriquées pour les combattre, s'en allèrent". Selon E. Ralaimihoatra, ses conquêtes ne visaient cependant pas à chasser la race Vazimba à laquelle il appartenait, mais à évincer les chefs de clans rivaux : "Vazimba vaincus" désignaient les chefs et non les clans qui passèrent sous sa domination. "Il plaça des Hova là où il y avait des Vazimba", disait toujours Callet, Vazimba étant le clan annexé par le vainqueur Hova. C'est dire qu'il n'y eut pas de refoulement de clans vaincus, même si l'usage du mot vazimba était devenu de moins en moins courant pour finir par disparaître. Le terme du reste acquérit divers sens qui portent, jusqu'à maintenant, l'empreinte du temps et de la superstion. Ainsi par exemple, pour avoir été pendant longtemps les adversaire tenaces des successeurs des Vazimba d'Ampandrana, Andriampirokana et son clan étaient devenus particulièrement célèbres et étaient passés pour les seuls Vazimba authentiques de l'Imerina. Tradition qui leur valut un culte durable grâce auquel leurs descendants avaient perpétué le refus de se soumettre au pouvoir monarchique. Autre exemple : pour la crédulité populaire, le culte généralisé des Vazimba les avait transformés en forces invisibles, méchantes, réfugiées dans les endroits peu fréquentés, tels que les sources et les vallons, où il fallait les craindre et les satisfaire sous peine d'en être les victimes. "Ainsi la religiosité des habitants de l'Imerina a contribué à l'évolution du sens du mot Vazimba qui a fini par caractériser ce qui est ancien, ce qui est délaissé" (E. Ralaimihoatra). Comme les "fasam-bazimba", les tombes des Vazimba qui, en réalité, sont des tombes laissées à l'abandon, que personne n'entretenait, telles celle de Ravololondrenitrimo, sur présumée d'Andriamasinavalona, morte sans postérité ; ou celle du fils de ce même souverain, Andriantomponimerina qui retint prisonnier son père à Ambohidratrimo mais qui, mourant de son vivant, fut condamné par le vieux roi à n'avoir qu'un "fasam-bazimba", c'est-à-dire une tombe qu'il él'abandon, que personne n'entretenait,
Pela Ravalitera  -  L'Express de Madagascar du vendredi 2 juillet 2004 

Extrait de http://www.haisoratra.org/

 

 

 

La royauté Betsileo et les Vazimba

Après les royautés Antankarana ("Tribune" du 21/02/04) et Bestimisaraka ("Tribune" du 28/02/04), voici, une approche de la royauté Betsileo (Les Nombreux Invincibles). Hormis deux traditions royales transcrites au XIXe siècle, et reconnues comme donnant la "bonne" version de l'histoire du royaume d'Isandra, l'historien dispose de nombreuses traditions recueillies et publiées au XXe siècle. Mais ces "sources" sont en fait des formes de travaux historiques. C'est ainsi que des informations recueillies pour les quelque 1.500 pages de sa volumineuse "Monographie des Betsileo", le Père Dubois a tiré une sorte d'histoire générale. Mais ces traditions, à utiliser avec précaution donc, restent les indispensables clefs de notre propos du jour, qui, nous le ne répétons, ne sont que des repères pour démontrer qu'il existait d'autres royautés que la royauté merina. Pour ceux qui ont des informations plus précises, comblant ainsi nos carences, prière de nous contacter. Petite chronologie : XIII-XIV° siècle : installation des Vazimba du Betsileo (Ce nom a été choisi au XIIIe siècle, lors de la guerre des nouveaux arrivants contre les Vazimba, habitants les plus anciens de l'île) . Vers 1475, émigration d'Arabisés (Iarivo) au Sud-est dans le Betsileo. 

 1651 : Ralambo (Betsileo) fonde le Royaume de l'Isandra. 1873 : promulgation du code Betsileo des 118 articles en Isandra . Les temps anciens en pays betsileo Le pays "betsileo" ou "besilao", sur les hautes terres, est limité par la falaise et la forêt tanala à l'est, le massif de l'Andringitra au sud, et les pénéplaines à l'ouest. Mais la limite nord pose un problème, car si l'Ankaratra aurait pu faire pendant à l'Andringitra, l'Andrantsay, à ses pieds, fut d'abord une principauté apparentée à la dynastie d'Alasora, et forma plus tard, avec toute la région au nord de la Mania, le Vakinankaratra, sixième province d'Imerina.

Alors que de nombreux seigneurs andriamasinavalona y portaient encore, en 1840, des noms caractéristiques des princes betsileo. La langue elle-même n'offre guère d'appui. Le parler du Fisakana, au nord-est, est très proche du malgache classique, et celui du Tsienimparihy, au sud, plus proche des parlers occidentaux. Comme dans les autres régions, l'histoire du pays betsileo rapporte, à une époque ancienne, l'existence de populations primitives. Mais elles sont ici, bien antérieures aux Vazimba. Ce sont, disparus, les Fonoka et les Lakoka (ou Gola en Isandra), les Taimbalibaly et les Taindronirony en Lalangina, et, toujours présents en Arindrano comme groupe ancestral ("Foko"), les Bongo. N'ayant ni chef ni roi, en cas de nécessité, ils élisaient l'un des plus forts et courageux d'entre eux pour les guider. Lors de guerres, les vaincus n'étaient ni mis à mort, ni réduits en esclavage. Quant aux morts, on leur donnait les marais pour sépultures. Le temps des Vazimba L'ancienne présence des Vazimba est attestée par de nombreux tombeaux ("Fasam-bazimba"). Dans la tradition betsileo, le temps des Vazimba est une grande époque correspondant au temps des Rapeto dans le Nord, celui des géants du Betsileo avec Ravariona dont le royaume, délimité par la marque de ses pieds dans le rocher, comprenait le Lalangina et l'Isandra au centre, le Vohibato et le Homatrazo au sud, et le Manandriana au nord : pratiquement tout le pays betsileo. C'est au temps des Vazimba que la tradition situe l'Afotroa, le grand incendie -naturel- qui a détruit la forêt préexistante. Une tradition l'appelle aussi afon'Andrianafotroa (le "feu d'Andrianafotroa"), du nom du roi vazimba qui l'aurait déclenché. Le royaume des Iarivo La période vazimba se termine dans le chaos, laissant la place à une période heureuse, une "belle époque" ("Faha soantany"), et les Vazimba seraient partis dans l'Ouest, laissant la place au royaume des Iarivo qui les avaient chassés. En fait, si la rupture est politiquement affirmée, tous les Vazimba ne quittèrent pas la région et le royaume des Iarivo que -selon la tradition royale de l'Isandra-, l'on peut dater de la fin du XVè ou du début du XVIè siècle, s'inscrit dans la continuité. Pour les Iarivo, ce fut, près du col de Vinanitelo, aux sources de la Matsiatra, à Andohavolanony -en cet endroit qui est donné pour celui du grand partage qui suivit l'afotroa- que se trouve le lieu à partir duquel une dynastie commença à rassembler des terres et des gens. Il étendit, peu à peu, son autorité sur la partie avale de la rivière et de ses affluents, qui sont au nombre des bases géographiques et idéologiques des "Fanjakana". Quand elle donne la liste des huit premiers rois des Iarivo, la tradition s'ancre dans un monde à la fois vazimba et céleste. En effet, les quatre premiers rois d'Andohavolanony -Andriantompo, Andrianaboabo, Andrianabolisa et Andrianakatsakatsa , qui sont donnés pour vazimba, sont en fait les premiers dieux du panthéon betsileo. Andriantompo est l'équivalent d'Andriamanitra et d'Andriananahary dans les autres régions. Selon le modèle andriana originel, les princes des Iarivo sont donc les descendants du Dieu du Ciel, et Andohavolanony est assimilé au Ciel. Ce n'est qu'à partir du cinquième roi, Andriandehibe, que, si l'on peut dire, l'on se retrouve sur terre avec, près de l'actuel Alakamisy-Itenina, une capitale à Itenina qui domine la Mahaditra. Au début du XVIIe siècle, le royaume d'Iarivo occupait une partie du Vohitsaomby et, dans la seconde moitié du siècle, va s'étendre sur l'ensemble des vallées de la Mango, de l'Iboaka, de l'Isaka, de la Mandranofotsy et du Volovandana ou Isandra, c'est-à-dire sur la zone à laquelle reste attaché le nom de Iarivo. Les rois d'Iarivo créèrent d'autres villes comme Ialasora et déplacèrent leur résidence vers le nord, dans une zone économiquement stratégique. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, le développement de l'insécurité conduisit les souverains à se réinstaller sur un site haut perché, celui d'Antsororoka qui domine l'Iboaka. Le royaume d'Isandra L'Iarivo, sur le futur territoire du Lalangina, est le pays des ancêtres de Ralambovitaony, qui va fonder le royaume d'Isandra, pièce centrale du monde betsileo du XVIIIe siècle au milieu des principautés dirigées par les descendants de Ravelonandro, une princesse qui serait venue du pays antemoro. Les Iarivo sont, tout à la fois, les sujets et les rois de l'Iarivo. Dans un contexte analogue qui est celui de la fin du monde vazimba, le mot qui, à la même époque, est utilisé en Imerina par Andrianjaka pour renommer Ialamanga et en faire Antananarivo, connote un programme politique tenant compte des désirs du peuple en cette période cruciale. Dans le monde betsileo, le Royaume d'Iarivo s'inscrivait dans l'antique tradition politique malgache, et allait léguer son héritage au royaume d'Isandra. Apparente, la rupture masque une profonde continuité. Les Vazimba ont légué au royaume d'Iarivo et, par son intermédiaire, au royaume d'Isandra, non seulement leurs dieux ou ancêtres divinisés, mais aussi l'ensemble de leurs pratiques politico-religieuses. Cela est vrai des différents rituels du culte des ancêtres, du traitement et du devenir de la dépouille mortelle des rois pour leur réincarnation en "fanany", tout autant que des rites de fondation qui demandaient des sacrifices humains. L'apport des princes vazimba aux royautés ultérieures apparaît dès lors d'une importance considérable. Fin de la souveraineté betsileo A Mahazoarivo Isandra (Fianarantsoa) se dresse une pierre levée à cinq zébus, à l'image des cinq rois qui se sont succédés au trône durant un siècle et demi. Les trois, tournés vers le Sud, sont des cornes longues et des bosses élevées. Ils représentent les rois Ralambovitaony (1710-1730), Ramasimbanony (1730-1750) et Andriambenitany (1750-1790) qui, de par leur puissance, ont fait prospérer le royaume d'Isandra. Le quatrième, encore orienté vers le Sud, ayant des cornes et une bosse moindre, incarne Andriamanalina II (1790-1796) dont le règne a été marqué par un déclin. Le dernier, tourné vers le Nord, correspond à Andriamanalina III, qui se lia par le sang ("Fati-drà" ou "Fato-lio") avec le roi d'Ambohimanga Andrianampoinimerina. La souveraineté perdit toute sa puissance en cette période, aussi le cinquième zébu avait à peine des cornes et une bosse. Andrianampoinimerina, "l'Ombalahibemaso", était un roi très (Iarivo) au Sud-est dans le

Madagascar Tribune du 06/03/04 - Recueillis par Jeannot R

 

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