DECOUVERTE DE L'ÏLE PAR LES FRANCAIS

Dada roby

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Les débuts d'une histoire commune

recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com)

Les débuts d'une histoire commune

Les liens de la France et de Madagascar dans les combats menés en commun pendant les deux guerres mondiales, se situent dans la continuité d’une longue histoire.

Les premiers Français à prendre pied sur les côtes sont les frères Jean et Raoul Parmentier de Dieppe, en 1529. Cette première expérience se solde par la mort de trois marins français, après plusieurs tentatives d’approche. D’autres Français tenteront l’aventure après eux, des Hollandais, des Anglais. Tous chercheront à s’installer en divers points de la côte, sans succès.

En 1642, des Français débarquent à Madagascar pour y fonder une colonie. Ils s’installent l’année suivante à Fort-Dauphin sur la presqu’île d’Itaperina, à la pointe Sud de l’île. L’année 1648 voit l’arrivée d’un nouveau gouverneur, Étienne de Flacourt, qui doit faire face à une gigantesque révolte, impliquant des guerriers de la région. Il tente une première fois de quitter l’île en 1653, y réussit cinq ans plus tard, publiant dès son retour une Histoire de la Grande-Isle. Il meurt en 1660 au large des côtes du Portugal alors qu’il s’apprêtait à retourner à Madagascar. En 1665, pourtant, les Français font état d’une annexion toute théorique de Madagascar, qu’ils rebaptisent Île Dauphine. En 1669, une escadre de neuf navires embarquant deux mille cinq-cents hommes est envoyée en Orient -une débauche de moyens pour la marine française. L’expédition s’achève en désastre, et réussit au passage à soulever les populations malgaches. Des quatre mille colons débarqués depuis 1642, il ne reste que soixante-trois survivants, qui se réfugient sur l’île Bourbon (La Réunion) en 1674. Il faut attendre le siècle suivant pour que les îles Mascareignes connaissent un véritable essor. C’est de ces îles que désormais vont se développer les ambitions françaises sur Madagascar.

Fort-Dauphin dessiné par Étienne de Flacourt en 1650.

En 1768, c’est un planteur de l’Île de France -nom donné à l’île Maurice de 1715 à 1810- le comte de Maudave, qui remet pied à Fort-Dauphin, avec l’idée d’en faire une base de ravitaillement pour les Mascareignes. Mais le ministère de la Marine renonce presque aussitôt au projet, jugé trop couteux, et finalement nuisible à la traite des esclaves. Sur ce point, le comte Maudave a des idées peu communes pour son époque: il condamne l’esclavage et propose de favoriser les mariages mixtes avec des femmes malgaches. En 1771, il quitte Madagascar.

Les Îles Mascareignes vers1780. De gauche à droite, l'ïle Bourbon (future Île de la Réunion),l'Île de France (future Île Maurice) et l'Île Rodrigues . Dessin de Rigobert Bonne pour l'Abbé Raynal, Atlas de Toutes les Parties Connues du Globe Terrestre, Dressé pour l'Histoire Philosophique et Politique des Établissemens et du Commerce des Européens dans les Deux Indes .

En 1773, un aventurier hongrois au service de la couronne polonaise, Maurice Beniowski, débarque sur l’ïle de France. Fait prisonnier par les Russes, il a été déporté sur la presqu’île du Kamtchatka -autrement dit la lune- d’où il a organisé une évasion collective. De là, il a rejoint Macao puis la France, d’où il est reparti avec les « Volontaires de Beniowski », un corps expéditionnaire chargé d’établir un établissement de traite à destination de l’île de France. Il choisit la baie d’Antongil sur la côte orientale. Son rêve est alors de conquérir l’île tout entière, mais sans connaissance des réalités du terrain, il multiplie les erreurs. Il s’efforce néanmoins de faire croire à ses correspondants qu’il est sur la bonne voie. La supercherie dévoilée, Maurice Beniowski quitte Madagascar en 1776. Lors d’un second séjour, il se fait proclamer roi avant d’être tué en 1786, au cours d’une escarmouche avec les troupes du gouverneur de l’île de France, finalement envoyées contre lui.

C’est à cette époque qu’a lieu la première incursion documentée d’un Européen à Tananarive: l’auteur du voyage, comme de sa relation, est le Français Nicolas Mayeur, agent de traite et interprète de Beniowki, en 1777.

Andrianampoinimerina, premier roi de l'Imerina réunifiée, règne de 1787 à 1810. Il n'a été vu que d'un seul Européen, et dans ce portrait posthume, il est représenté avec des habits traditionnels. Son successeur Radama Ier, surnommé le conquérant, dans le portrait de 1825 que nous lui connaissons, porte un uniforme qui évoque en revanche la tenue d'un officier hussard de la Révolution française.

Après 1776, on renoue avec l’exploitation de la côte en comptoirs. Après la reddition de l’île de la Réunion et de l’île Maurice en 1810 -seule la première reviendra à la France en 1814-, puis du port malgache de Tamatave l’année suivante, la France perd un temps tous ses points d’ancrage dans la région. Lorsque le Français Sylvain Roux revient à la Réunion, il se heurte au gouverneur de l’île Maurice, Sir Farqhar. Pour contrecarrer les ambitions françaises, ce dernier s’attache en 1817 à reconnaître la souveraineté du roi de l’Imerina Radama Ier comme « roi de Madagascar ». Il exige de lui qu’il supprime la traite sur l’ensemble de l’île -laquelle sert alors la Réunion et non l’île Maurice. Une piastre sera versée au roi pour chaque esclave non exporté, afin de soutenir l’effort de guerre du roi conquérant.

De 1822 à 1827, toujours grâce au soutien britannique, Radama Ier se lance dans la conquête de l’île, aidé par la mort de Sylvain Roux en 1823. La domination qu’il établit est fragile, pour ne pas dire illusoire, mais elle n’en reste pas moins unique par son ampleur. Sous son règne encore, la langue malgache est transcrite en alphabet latin, et quatre mille de ses compatriotes savent lire et écrire dès 1827. Ironie du sort, c’est un ancien grognard de Napoléon, un certain Robin, qui sert de précepteur à Radama Ier. Aussi les Anglais, qui ne connaissent pas le malgache, doivent s’adresser à lui en français. Radama Ier meurt subitement en 1828. La reine Ranavalona Ier lui succède.

La structure en bois du Palais Royal à Tananarive est l'œuvre du Français Jean Laborde sous le règne de Ranavalona Ier. Sous celui de Ranavalona II, une enceinte de pierre vient protéger l'édifice en bois. C'est tout ce qu'il subsiste de la cité royale après l'incendie de 1995 (Ici vers 1875).

Sous le règne de Ranavalona Ier, surnommé « la cruelle », les missionnaires britanniques sont invités à se contenter de tâches éducatives et à mettre un terme à tout prosélytisme religieux. Elle met à son service le Français Jean Laborde, naufragé sur l’île en 1832. Avec peu de moyens et beaucoup d’inventivité, ce dernier met au point une véritable industrie à Mantasoa. Il fabrique des fusils et de la poudre, mais aussi du verre, du savon, des bougies, de la soie, des épées, des tuiles, des paratonnerres et des produits chimiques. L’action conjuguée d’une reine moins traditionaliste qu’on le croit et d’un aventurier français devenu sujet malgache favorise l’émergence d’une industrie nationale. Jean Laborde devient consul de France sous Napoléon III. Il bénéficie à sa mort, en 1878, de funérailles nationales -malgaches cela s’entend.

Un haut fourneau à Mantasoa. Jean Laborde se révèle aussi ingénieur-hydraulicien en amenant l'eau au palais royal, au moyen de canons de fusils placés bout à bout. Pour autant, il n'y a pas que son énergie et son inventivité qui deviennent proverbiales. Un siècle plus tard, on entend dire encore: "Rarahan-Imantasoa, ny tsy vita ihany no isaina", "c'est comme le travail de Mantasoa, on ne compte que ce qu'il reste à faire". Le souvenir de ces excès est tel qu'en 1889, lorsqu'une poterie est créée par une société française dans les environs de Mantasoa, la population qui redoute une nouvelle corvée prend aussitôt la fuite. Nous reviendrons sur la question pour la période de Gallieni.

L’adresse de Ranavalona Ier du 26 février 1835 aux Européens est restée dans les mémoires. Elle dit assez l’habileté de son règne:

« Et je vous dis, à vous, mes amis, en reconnaissance de ce que vous avez fait pour mon pays et mon royaume, en enseignant la sagesse et la connaissance, je vous remercie, car j’aime et j’apprécie cela. J’ai vu ce que vous avez fait pour Radama et à mon avènement, vous n’avez rien changé mais vous avez continué à faire ce qui est bien pour ce pays.

Alors je vous déclare à vous tous Européens, si vous restez encore dans mon pays, vous pouvez suivre toutes vos coutumes et toutes vos habitudes. N’ayez aucune crainte, je ne changerai rien à vos coutumes et à vos habitudes, car vous avez fait du bien à mon royaume; toutefois, malgré cela, si quelqu’un transgresse les lois de mon pays, je le mettrai à mort, quel qu’il soit, mais ce n’est pas seulement ici que cela se fait, où que ce soit, quiconque transgresse les lois du pays est mis à mort.

En outre, je vous le dis franchement, si ce peuple, qui est mien, veut changer les coutumes de mes ancêtres établies depuis les Douze Rois jusqu’à Andrinampoinimerina et Ilehidama, s’il ose changer cela, je m’y opposerai, car ce que m’ont laissé mes ancêtres, je ne le laisserai pas transformer par un homme. De mes coutumes, je n’ai aucune honte ni aucune crainte. Toute sagesse et toute connaissance pouvant faire le bien de ce pays, je les accepte, mais toucher aux coutumes de mes ancêtres serait du vain travail car je m’y opposerai.

Aussi, en ce qui concerne la religion, le dimanche ou le jour de la semaine, les baptêmes et les associations, j’interdis à mon peuple, à l’intérieur de mon pays d’y prendre part, mais vous, Européens, suivez vos coutumes et vos habitudes. Cependant, si vous avez encore quelques métiers ou de la sagesse à enseigner pour le bien de mon peuple, faites-le, car cela est bien.

Voilà donc le message, je voudrais que vous l’entendiez, vous, mes amis.

Signé : Ranavalonamanjaka » (« Ranavalona régnante » ) Traduction de Raharinarivonirina.

Quand, dix ans plus tard, Ranavalona repousse une attaque franco-anglaise à Tamatave, c’est pour rompre aussitôt les relations avec l’extérieur. La Réunion et Maurice se voient coupées de leur approvisionnement en riz et en viande. Le trafic des « engagés » -qui a remplacé la traite- est interrompu lui aussi, au grand profit des royaumes de sud-ouest qui hors de tout contrôle de la dynastie Merina, s’enrichissent et équipent leurs armées. Sous la pression de ses conseillers français et de son fils favori, Rakoto, la reine finit par rouvrir ses ports en 1853. Elle les referme quatre ans plus tard alors qu’une conjuration se prépare, fomentée par un aventurier français, Joseph Lambert, qui cherche à la renverser au profit de ce même fils, réputé plus libéral.

Durant son règne, les corvées s’alourdissent: Jean Laborde emploie 20 000 corvéables à Mantasoa, et le mécontentement qu’il fait naître lui vaut d’être frappé d’expulsion comme tous les étrangers en 1857. À chaque nouvelle crise, les chrétiens se changent en boucs émissaires. La mort de Ranavalona Ier, en 1861, amène Rakoto au pouvoir, sous le nom de Radama II. Un changement radical s’opère.

NEPPE (capitaine), GRANDIDIER, Alfred. Guide de l'immigrant à Madagascar. Atlas. Paris, Armand Colin & C.ie, 1899. Toutes les cartes de l'Atlas sont l'œuvre d'Alfred Grandidier.

Radama II rouvre le pays avec le même empressement que sa mère avait eu à le fermer. La liberté de pensée et de culte est proclamée. Les missionnaires protestants, rappelés après vingt ans d’exil, sont suivis de missionnaires catholiques. Jean Laborde fait son retour quand Joseph Lambert obtient la confirmation de privilèges exorbitants. En 1862, Napoléon III reconnait Radama II comme « roi de Madagascar sous réserve des droits de la France ». Derrière la reconnaissance toute théorique d’une souveraineté de la dynastie Merina sur l’ensemble de l’île, il n’est guère difficile de voir un premier pas diplomatique vers le protectorat. Jean Laborde devient consul de France et contrecarre les intérêts anglais. Ces évolutions rapides suscitent les mécontentements, et le jeune Radama II meurt étranglé en 1863. À la tête de la conspiration, on trouve un certain Rainilaiarivony, qui très vite va incarner la réalité du pouvoir, jusqu’à sa destitution par Gallieni, en 1896.

La première épouse de Radama II lui succède sous le nom de Rasoherina. Elle meurt en 1868  après avoir épousé Rainilaiarivony, le nouveau premier ministre.

Le premier ministre Rainilaiarivony inspecte ses troupes en 1865. Malgré ses efforts constants pour mettre en place une armée moderne, celle-ci se montrera incapable de résister au corps expéditionnaire du Général Duschesne en 1895, pourtant bien mal préparé.

Rainilaiarivony devient le mari de la nouvelle reine, seconde épouse de feu Radama II. Le mariage a lieu selon le rite protestant. Le protestantisme devient religion officielle. Les « droits de la France » sont en recul. À raison, le premier ministre se méfie de ses ambitions, et comme au temps de Sir Farqhar, il s’appuie sur l’Angleterre pour les contrecarrer. La compagnie de Madagascar, fondée en 1863 avant la mort de Radama, a fait long feu, et Napoléon III obtient une indemnité pour ses actionnaires en 1868. Il y ajoute un protectorat sur les royaumes salakaves à l’Ouest de l’île, rivaux du roi Merina.

L’Angleterre répond sans enthousiasme à la sollicitation malgache de réorganiser l’armée, tandis que Rainilaiarivony instaure le service militaire obligatoire en 1879. Il fait promulguer, dès le couronnement de Ranavalona II, le code des 101 articles, qui deviennent 305 dans le code de 1881.

Le géographe Alfred Grandidier explore le pays qu’il documente et cartographie. En 1877, il fournit une carte de l’île modestement nommée esquisse, mais qui est en fait une véritable « prise de possession scientifique précédant la prise de possession effective ».

Le camp militaire de Mahasina, "champ de mars" de Tananarive, qui accueille aujourd'hui son stade. C'est ici que Ranavalona III est couronnée reine le jour de son anniversaire, le 22 novembre 1883. Dès l'année suivante, le Fandroana, fête du bain sacré, est fixé sur ce jour-là. Il fait office de fête nationale jusqu'en 1896. L'année suivante, les Français imposent... le 14 juillet.

La succession de Jean Laborde en 1878 est une source de tension entre la France et le royaume Merina. Les prétentions françaises sur le nord-est de l’île en sont une autre. Une ambassade malgache à Paris et à Londres en 1882 révèle l’isolement diplomatique de Madagascar et l’absence de soutien britannique.

Les colons réunionnais sont de nouveau au premier rang. Leurs députés en France ont réussi à persuader une majorité du bienfondé d’une intervention. François de Mahy, par exemple, n’est ministre de la Marine et des Colonies qu’un seul mois, en février 1883. Mais c’est assez pour qu’il envoie une expédition navale occuper les ports de la côte orientale. et exiger la cession de Madagascar au nord du 16e parallèle. Jules Ferry entérine en partie les desiderata de son ministre mais les Français sont tenus en échec dans la région de Tamatave par Rainandriamampandry. L’expédition du Tonkin ne permet pas de pousser plus loin les ambitions dans l’immédiat.

Ranavalona II meurt durant l’été 1883. Ranavalona III lui succède. Elle a 22 ans, et devient elle aussi l’épouse de Rainilaiarivony, qui en a désormais 55. Elle sera la dernière reine du royaume Merina.

Une paix de compromis est signée en décembre 1885. La France renonce au terme de « protectorat ». Elle obtient la concession de de la baie de Diégo-Suarez -Antsiranana- au nord pour 99 ans et la présence d’un résident à Tananarive, chargé de « présider aux relations extérieures de la France ». S’y ajoutent la liberté d’établissement pour les nationaux français et 10 millions d’indemnité pour la France.

En apparence, les Réunionnais ont perdu la partie. Mais le véritable rapport de force s’engage maintenant. Plus tard, l’administrateur colonial et historien Hubert Deschamps surnommera ce traité le « protectorat fantôme ».

Après l'intervention de 1883-1885, le gouvernement fait appel, par l'intermédiaire de Le Myre de Vilers, au Comptoir National d'Escompte pour l'émission du premier emprunt destiné à résorber l'indemnité de guerre que la France exige des Malgaches. Le service des intérêts et de l'amortissement est assuré par les recettes des douanes des six principaux ports. Au fur et à mesure de son implantation, le comptoir supplante sa rivale britannique. Jusqu'en 1925 et la création de la Banque de Madagascar, le Comptoir -qui est l'une des banques à l'origine de la BNP Paribas en 1966- gère en monopole le dépôt, le transport de fonds, l'introduction de la monnaie métallique et un change à 1%, corollaire d'une absence de billet de banque local. Sur cette image, on voit en arrière-plan l'agence de Tananarive.

Madagascar dans la Grande Guerre

Les tirailleurs malgaches avant leur départ de Madagascar pour aller combattre en France. Source : mada.pro

Dès le début du conflit plus de 45 000 Malgaches sont mobilisés dans l'armée française et 41 000 d'entre eux sont affectés à des unités combattantes notamment dans des unités de tirailleurs malgaches. Parmi les 4 000 autres militaires, on compte environ 1 900 infirmiers et 2 000 commis d'administration et ouvriers d'artillerie. De plus, 5 355 travailleurs sont employés par la France dans les usines d'armement ou les fabriques de poudre.

Tirailleurs malgaches à la Tremblade en 1917. Source : Carte ancienne. Collection privée.

Parmi les combattants, 10 000 hommes sont incorporés dans des régiments d'artillerie lourde et 2 500 sont formés comme conducteurs d'automobiles à Lunel dans l'Hérault. Entre 1915 et 1918, 21 bataillons d'étapes sont formés dans lesquels les tirailleurs malgaches font preuve de qualité de dévouement, de disponibilité et d'empressement au travail dans des circonstances difficiles. Ces unités, employées sur le front au contact de l'ennemi, montrent une très belle tenue et une attitude ferme et le haut commandement crée alors un premier bataillon malgache combattant en octobre 1916.

Des tirailleurs malgaches à bord de l'Océanien, dans le port de La Valette, en rade de Malte. Décembre 1917. Source : ECPAD

Au total 2 400 hommes meurent au combat et 1 835 sont blessés. Parmi tous les exploits réalisés par les Malgaches dans la Grande Guerre, la conduite héroïque du 12ème bataillon de tirailleurs au cours des opérations de l'automne de 1918, où il est cité trois fois, est qualifiée de magnifique par le général Mangin. Son fanion reçoit la croix de guerre avec étoile d'argent, c'est-à-dire la Fourragère.

Soldats malgaches. Reims. Source : Carte postale

Les Malgaches morts pour la France reposent dans plusieurs cimetières militaires nationaux. Les plus nombreux ont été inhumés primitivement dans les cimetières militaires de Fréjus (camps Galliéni, de la Baume, Robert) et réinhumés en 1966, lors d'une grande opération de regroupement des corps, dans la nécropole nationale de Luynes, près d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

Nécropole nationale de Luynes. Source : MINDEF/SGA/DMPA-ONAVG

Dans les années vingt, le monument commémorant les Malgaches "morts pour la France" au cours de la Première Guerre mondiale fut édifié à Paris dans le Jardin tropical du bois de Vincennes.

Monument  au souvenir des soldats de Madagascar. Auteur : Gilles Roland. Source : MINDEF/SGA/DMPA

Madagascar dans la Seconde Guerre Mondiale

Entre les deux guerres, l'exploitation des ressources de Madagascar se poursuit, ainsi que la modernisation de l'île, mais les revendications malgaches, à l'instar de celles d'autres colonies, ne sont cependant pas satisfaites. Malgré tout, dès 1939, les Malgaches répondent à l'appel de la France et 10 500 d'entre eux participent à la campagne de France en 1940, dont le tiers tombe au combat. Les 3ème, 11ème régiments d'artillerie coloniaux et le 42ème bataillon de tirailleurs malgaches s'illustrent particulièrement, tandis que des tirailleurs combattent bravement dans le cadre d'unités africaines.

Après l'armistice, l'île, sous la direction notamment du gouverneur général Annet, reste sous l'autorité du gouvernement de Vichy. Certains dirigeants nazis souhaitaient, du moins, dans un premier temps, déporter les juifs dans la grande île.

L'opération Ironclad (« cuirassé », « blindé ») : invasion britannique de la colonie française de Madagascar, alors sous l'autorité du gouvernement de Vichy.

Vue générale des navires de guerre et des navires marchands britanniques dans le port de Diego Suarez, après la reddition des Français. Mai 1942. Source : Imperial War Museum.

Après l'entrée en guerre du Japon et les menaces que fait peser l'empire du Soleil Levant sur l'océan Indien, les Anglais se présentent, le 5 mai 1942, devant Diego Suarez où les troupes restées fidèles à Vichy engagent les hostilités. Après trois jours de combats, la base capitule. Les Français se replient à l'intérieur de l'île dans des régions difficiles où les tirailleurs malgaches mettent à profit leur connaissance du terrain.

Des troupes débarquent de chalands de débarquement (LCA 164) dans le port de Tamatave, le principal port de Madagascar. 19 septembre 1942. Source : Imperial War Museum

Les opérations reprennent le 10 septembre et se terminent par la capitulation du gouverneur Annet le 5 novembre 1942. Ces combats peu glorieux laissent certainement des traces à Madagascar, mais les Anglais finissent par remettre l'île entre les mains de la France Libre, le 14 décembre 1942. Des Malgaches combattent à nouveau aux côtés des Français contre l'Allemagne et certains d'entre eux prisonniers depuis 1940, s'évadent et participent à la Résistance.

Il convient de noter en effet qu'en métropole, les prisonniers de guerre coloniaux, internés dans les Fronstalags, sont administrés, depuis le 17 février 1943, par les militaires français. Peu à peu, ils sont transformés en "travailleurs libres", employés essentiellement aux travaux agricoles. Par ailleurs, 8 016 Malgaches sont incorporés aux Groupements militaires d'indigènes coloniaux rapatriables, créés durant l'hiver 1942-1943. Ces compagnies sont utilisées pour des tâches d'utilité publique par les autorités françaises, mais aussi par l'Occupant sur des chantiers de l'organisation Todt.

De nombreuses tentatives d'évasion vont se produire, dont beaucoup réussiront au profit de la Résistance. L'exemple le plus célèbre demeure celui de Justin Resokafany, tirailleur évadé en juin 1940 du Fronstalag 135 (Rennes), qui passe en Angleterre. Affecté à la 1ère D.F.L., il participe aux campagnes de Tunisie et d'Italie. Capturé, ramené en France et interné au Fronstalag 153 (Orléans), il s'évade à nouveau, gagne l'Indre où il rejoint les F.F.I., participant avec eux à la libération de la région. Il reçoit la Croix de Guerre avec palme. 11 Malgaches ont ainsi reçu la médaille des évadés.

Deux exemples de monuments caractéristiques :

Monthermé (Ardennes) : Monument aux morts de la 42è Demi-brigade mixte (qui comprenait de nombreux Malgaches) tombés lors des combats du 13 mai 1940 pour la défense du passage de la Meuse.

Monument commémoratif de Laxou. Source : Anciens cols bleus.net

Laxou (Meurthe-et-Moselle) : monument commémorant l'exécution de prisonniers malgaches en juin 1940 par les Allemands. Ces prisonniers, des artilleurs malgaches, étaient partis de Commercy à marche forcée ; arrivés à Laxou, ils manifestèrent leur mécontentement de ne rien avoir à manger et à boire. Pour mater le mouvement, leurs gardiens en prirent 7 au hasard et les fusillèrent sur place. Les corps, dont un seul identifié, reposent dans le carré militaire du cimetière de Laxou.

La décolonisation

Les conséquences de la tragédie de 1940, jointes aux opérations de 1942 et à la perte de prestige qui en résulte pour la puissance coloniale, accroissent la force des revendications nationalistes.

En 1946, le mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) réclame l'indépendance au sein de l'Union française en formation et deux sociétés secrètes décident de chasser les Français en déclenchant une vague de violences dans de nombreux endroits de l'île, lors de la nuit du 29 au 30 mars 1947. De nombreux Français sont assassinés et leurs biens sont pillés. La France réagit alors de façon extrêmement brutale, l'armée française utilisant une majorité de troupes africaines encadrées par des Français de souche. La reconquête doit durer jusqu'en 1949 et la répression est extrêmement dure. Le chiffre de 80 000 tués malgaches a été avancé. Les chefs nationalistes sont jugés au cours d'un grand procès à l'été 1948. L'état de siège n'est levé qu'en 1956.

La République malgache proclamée en 1958, d'abord dans le cadre de la Communauté, acquiert sa pleine indépendance en 1960 et la France retire ses troupes par étapes.

Défilé en l'honneur de l'indépendance de Madagascar, le16 juin 1960. Source : GNU Free Documentation License

Aujourd'hui, les relations franco-malgaches, importantes économiquement, restent marquées par cette histoire commune. Elles sont donc contrastées. Mais si le peuple malgache reste sensible à certaines tragédies comme celles qui eurent lieu entre 1947 et 1949, il n'oublie pas et la France ne doit pas non plus oublier les combats communs qui peuvent alimenter notre mémoire partagée.

 

 

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Date de dernière mise à jour : vendredi, 29 Juillet 2016

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