VOTE D'ELECTEURS

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wikipedia.jpg            La pratique démocratique dans le contexte malgache

            recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com & tany_masina@yahoo.fr)

 

Introduction Générale

L'élection est la désignation, par le vote d'électeurs, de représentants (une personne, un groupe, un parti ou une option) destinés à les représenter ou occuper une fonction en leur nom.

La population concernée transfère -par le vote de sa majorité- à des représentants ou mandants choisis, la légitimité requise pour exercer le pouvoir attribué (fonction censée être par ailleurs définie et orientée par le biais d'un contrat politique).

Dans le cadre des régimes et institutions politiques, l'élection - à l'époque contemporaine- est revendiquée - au moins formellement- comme étant le mode le plus légitime d'accession au pouvoir. Revendication qui n'épuise pas le débat de fond sur le caractère foncièrement « démocratique » du déroulement et du résultat de cette élection.

Institutions concernées

L'élection est mode de détermination répandu dans nombre d'organisations de toutes tailles :

La démocratie

Il est difficile de donner une définition exacte de la démocratie d'autant plus que l'acception autour de ce terme varie selon l'époque et l'espace. Certes, nous avons coutume à définir la démocratie à la référence du pouvoir du peuple. A ce titre, on retient souvent la formule lapidaire gouvernement du peuple pour le peuple et par le peuple. A partir de cette définition, nous pouvons dire que la démocratie est conçue comme une forme de gouvernement.

La démocratie ne se réalise pas tout seul, elle est réalisée par des instruments spécifiques. Aujourd'hui, les sociétés civiles et les partis politiques occupent le devant de la scène politique dans la pratique démocratique. Ces deux structures organisationnelles sont les représentants du peuple dans la sphère de décision.

La démocratie est aujourd'hui au centre de la question liée à l'exercice du pouvoir étatique. Non seulement elle a donné matière à d'innombrables écrits mais elle est aussi au centre des discussions des hommes et des citoyens. C'est d'ailleurs un signe du climat politique de notre temps. Elle renferme plusieurs significations en rapport avec le contexte dans lequel elle s'insère. Mais ce qui est plus visible, c'est qu'elle désigne une certaine caractéristique d'un régime et l'exercice du pouvoir politique.

La démocratie est supposée être un pouvoir émanant du peuple, c'està-dire que la véritable décision politique appartient à l'ensemble de la population par l'intermédiaire du mécanisme de représentation à travers les élections ou par le biais de l'existence des organisations servant de contrepoids au pouvoir.

En ce qui concerne Madagascar, il convient de noter que le pays n'échappe pas à ces transformations sociopolitiques du XXe siècle. Cette modernité politique qui coïncide avec la mondialisation contemporaine et la globalisation économique a marqué un passage du régime socialiste au régime libéral. Cette transformation politique est avant tout l'oeuvre d'un mouvement populaire exprimant la soif de liberté et d'ouverture politique qui a eu lieu sur la mythique place du 13 mai.

Les reformes structurelles engendrées par ce mouvement ont changé la pratique de gouvernance et le mode d'intégration de l'individu dans le domaine politique en donnant à chaque citoyen la possibilité de participer à la décision concernant la vie collective. Cette forme de participation se reflète par l'instauration des institutions qui vont jouer le rôle intermédiaire entre les citoyens et l'Etat. La pratique démocratique en privilégiant l'acte de participation a été considérée comme le moyen pour atteindre le développement dans le pays.

Dans le cadre de la dynamique de pauvreté et de l'exercice du pouvoir, la pratique démocratique comme terrain d'un culte de la participation a encore été soulevée surtout dans une période où Madagascar se trouve en difficulté.

Les partis politiques

Les partis politiques ne sont pas les seules organisations politiques au sein du système politique. Les partis politiques cohabitent avec d'autres formes d'organisation politique, à la différence des autres organisations politiques, les partis s'étalent à tous les niveaux du territoire. Ils sont présents au niveau national et local. Théoriquement, les partis politiques ont pour vocation principale de conquérir et d'exercer le pouvoir et dans des cas différents ils ont pour ambition de maintenir au pouvoir le plus longtemps possible et de tirer les avantages du pouvoir.

Les partis politiques qui veulent atteindre le pouvoir doivent construire un poids électoral massif supérieur à celui des autres partis dans la concurrence du pouvoir. Ils doivent avoir le soutien populaire, c'est pour cette raison, que les partis politiques sensibilisent la population à adhérer à son groupement ou être sympathisant du parti.

Un parti politique se constitue autour d'un programme de projet de société qu'il impose aux sociétés c'est-à-dire imposé sa conception politique comme conception dominante. Les partis politiques structurent le champ politique et par leurs activités, ils font de la politique une théorie appliquée.

Par le jeu de compétition à l'accession au pouvoir, l'alternance des partis à la direction de l'Etat permet d'avoir une alternative de programme de société capable d'orienter une nouvelle vision dans la gouvernance d'un Etat. D'autres rôles sont assignés aux partis politiques, à savoir l'éducation politique des citoyens, l'éducation idéologique. Les partis opposés au système ont le droit d'apporter des jugements, des critiques sur la conduite des affaires publiques.

Généralement, les partis peuvent être classifiés selon le système, on peut avoir le monopartisme qui existe encore dans des pays à coloration marxiste. Le bipartisme qui exerce une influence importante dans la vie politique. On peut voir ce système de parti dans les pays développés. Enfin, le multipartisme, d'où l'existence de plusieurs partis influençant la vie politique. Dans la majeure partie des cas, le multipartisme influence la vie politique en

formant des alliances. C'est surtout dans les pays en voie de développement qu'on rencontre ce système de partis.

Les partis politiques comme toute organisation ont sa propre manière de fonctionnement qui se matérialise par des modalités différentes à savoir le financement, la cotisation des membres, les activités réalisées par les partis politiques eux-mêmes.

II.3.2. Les sociétés civiles

L'histoire de la société civile remonte à l'époque de l'antiquité. Le philosophe Aristote est le premier à avoir utilisé le concept en désignant par la société citoyenne, c'est-à-dire une assemblée sans hiérarchie dominante composée de personnes partageant les mêmes points de vue16.

L'idée de société civile s'est forgée au cours du XVIIe siècle, elle a acquit son statut moderne grâce à des philosophes du siècle des lumières. Il y était question d'une société dans laquelle les être humains vivent ensemble dans une communauté des citoyens qui ont droit à la parole.

C'est sans doute l'observateur de la société démocratique moderne à savoir Alexis de Tocqueville qui a attribué le rôle de la société civile le lieu de naissance et l'exercice des vertus citoyennes telles que la participation. Il a réservé dans son oeuvre une grande partie sur l'analyse de l'association, non seulement la société civile permet de lutter contre les effets délétères de l'individualisme mais elle socialise l'individu, le lieu de création des codes moraux, elle donne aux citoyens les moyens d'agir ensemble. La société civile est pour Tocqueville est une forme de socialité démocratique.

Par ailleurs la banalisation du concept de société civile de ces dernières années de l'ère démocratique rend difficile de définir la notion. Notons tout simplement que la société civile s'élargit au syndicalisme en prolongeant vers les ONG souvent à action humanitaire et les groupements religieux.

Dans notre cas, nous attribuons un sens à la société civile l'ensemble des groupements des citoyens intermédiaire entre l'Etat et les citoyens ordinaires. Dans ce sens, la société assume la fonction sociale de participation, la socialisation, capable de mobiliser les citoyens pour la défense des intérêts généraux. Dans le cadre d'une société démocratique, elle assume le rôle de contre poids des pouvoirs en place et théoriquement présenter une solution alternative pour le devenir de la société.

En ce qui concerne plus particulièrement Madagascar, le développement des associations est lié à la dégradation de la vie économique du pays. Des associations religieuses multiplient des actions dans le domaine social et économique. En dehors de ces associations cultuelles, on assiste aussi dans le pays au foisonnement des ONG oeuvrant dans divers champ social.

La fondation Friedrich a estimé qu'il existe près de 3 000 ONG dans le pays. A cela s'ajoutent les nombreuses organisations étrangères dont les rôles principaux se concentrent à l'appui des groupements locaux et à vocation humanitaire.

La confédération oecuménique (FFKM) a donné une image plus investie dans le domaine politique depuis les années 1980, elle a joué un rôle crucial dans la création des dialogues politiques. Dans l'opinion publique, ses interventions sont perçues comme reprenant le rôle traditionnel « raiamandreny », celui qui apporte une médiation dans un contexte de crise.

Dans le même ordre idée, la KMF/CNOE a vu le jour le 12 mars 1989 sous le partenariat des organismes internationaux. Actuellement, il développe son partenariat avec des sociétés civiles locales. Elle oeuvre dans l'éducation politique des citoyens, elle joue des rôles importants dans la mise en place de la démocratie dans le pays surtout dans le cadre de la supervision du déroulement de l'acte électoral, la suivi et d'apporter des critiques concernant les affaires nationales.

Récemment, on a vu la création de la SEFAFI avec la coopération de FES qui se montre plus critique à l'égard de la situation qui prévaut dans le pays. La création de la CNOSC qui a joué un rôle politique important pour actualiser le dialogue politique dans le contexte malgache. Il serait fastidieux de citer les sociétés civiles qui oeuvrent dans le développement ou à l'éducation politique, disons tout simplement qu'elles commencent à gagner de terrain pour la protection de l'intérêt collectif.

Le contexte de la décolonisation

Au regard de l'histoire de la politique malgache, la quête de la démocratie remonte déjà à l'aube de l'indépendance. Les injustices, l'oppression dans tous les domaines, l'inexistence de la liberté dans le contexte colonial ont éveillés les malgaches à chercher la libération.

Une lutte pour la démocratie

Les mouvements de lutte menée par les formations politiques secrètes et les intellectuels ont débouché sur l'indépendance. La souveraineté nationale, la libération du joug colonial, l'accession à l'indépendance étaient les principales revendications. Des formations politiques ont émergé portant la dénomination démocratique à savoir UPDN, le MDRM, UDSM.

Une fois l'indépendance obtenue, le régime qui se met en place est proclamé un régime démocratique. Il convient de rappeler que le premier parti politique arrivé au pouvoir fut dénommé PSD descendant du PADESM. A cette époque de la renaissance de l'indépendance, le pays a évolué vers un régime démocratique structurel, le régime politique est dominé par le présidentialisme où tout le pouvoir se concentre aux mains de l'exécutif. Le champ politique est dominé par le monopartisme. L'économie est ouvertement capitaliste malgré le slogan social démocrate. La constitution pierre angulaire de la démocratie est héritée de la Quatrième République privée de son sens et de son contenu. Le régime en place a maintenu la relation fidèle avec la France cristallisée par les accords de coopération, la présence des français dans l'administration du pays.

Par ailleurs, nous soulignons que le contexte de l'indépendance dans le pays ne résulte pas de l'action des leaders politiques nationales, mais aussi par le dynamisme du contexte international d'alors.

En outre le contexte de la décolonisation a produit de nombreux critiques jusqu'à aujourd'hui. Il est souvent évoqué le contenu politique de cette indépendance. Des auteurs ont insisté que l'indépendance des pays africains y compris Madagascar n'est qu'une coquille vide. C'est une indépendance purement formelle née par les besoins de la conjoncture mondiale. L'oeuvre de Ziegler mérite d'être rappelée ici lorsqu'il parle de « protonation » pour designer l'ensemble des pays d'Afrique nouvellement indépendant. Ainsi il a résumé en ces termes suivants « la décolonisation ne marque guère qu'un moment anomique dans le système de domination planétaire érigé par le capital financier, les anciennes puissances tutélaires (France, Angleterre, Belgique), affaiblies par la 2e Guerre Mondiale soumises au diktat du capital hégémonique nord-américain, sont obligées d'accorder une indépendance formelle aux bourgeoisies compradores qu'elles ont mises en place au cours de 50 ans de domination coloniale. [...], la protonation du grec (protos) « rudimentaire » « primitif » est aujourd'hui la forme de société la plus répandue en Afrique. [...], elle est une pure création de l'impérialisme. La protonation est le produit d'une conjoncture particulière du devenir de l'impérialisme »

De l'ajustement structurel à l'ajustement démocratique

Comme nous l'avons souligné, l'année 80 et 90 est une époque de remise en question du régime politique marxiste phénomène cristallisé par la chute du mur de Berlin, et le triomphe de l'universalisation des valeurs occidentales.

Les pays du tiers monde sous l'expérience marxiste sont ravagés par une crise économique profonde. La condamnation de ces échecs économiques, la corruption qui mine l'administration, l'incohérence de la politique avec la réalité, l'absence de liberté ont incité les populations locales à une revendication des libertés, une gestion efficace de l'économie. De leur coté, les occidentaux poussés par leurs calculs stratégiques ont lancés les conditions d'aide économique en faisant croire que l'instauration de la démocratie favorisera le développement. Le FMI et la Banque mondiale sont devenus le démiurge du développement. A ce propos, Osvaldo de Rivero souligne que « au cours des 20 dernières années, en plus d'une aristocratie mondiale, dont le pouvoir dépasse celui des Etats nations, une bureaucratie internationale non élue par les peuples est aussi apparue qui établie les règles du jeu économique pour la majorité de la population mondiale. Aujourd'hui, le FMI, et la banque mondiale ont acquis le pouvoir supranational de dicter et de superviser les politiques économiques de n'importe quel pays pauvre et d'influer pour le meilleur et pour le pire sur la vie quotidienne de n'importe quel citoyen sans avoir à rendre de compte à qui que ce soit. ».

III.2.1. Modalité de l'injonction de la démocratie à Madagascar

A partir de la fin années 70, Madagascar s'est engagé par la politique d'investissement à outrance qui s'est soldé par un échec car elle se traduit par un endettement massif, la dégradation du niveau de vie de la population générale, l'ampleur du chômage, une nationalisation mal maîtrisée. Pour renverser la détérioration de la vie, le pays a négocié avec les bailleurs de fonds dans le cadre de la mise en place du PAS. Les objectifs du programme étaient la réduction de dépenses publiques impliquant la réduction des investissements publics, la suppression des subventions des produits de PPN, libéralisation du commerce extérieur et intérieur, la libéralisation des prix. Le désengagement de l'Etat du secteur productif en laissant sa place aux initiatives des entreprises privées. Il revient à l'Etat d'exécuter sa fonction régalienne à savoir l'éducation, la santé, les infrastructures de bases. Toutefois, les mesures de redressement de l'économie n'ont pas produit les résultats escomptés. La vie de la population devient de plus en plus difficile qui se traduit par la détérioration des services des bases en raison des restrictions budgétaire accentuant la pauvreté.

En matière de gouvernance, les bailleurs de fonds ont exigé la libéralisation de la vie politique, des pratiques de gouvernances ont été instaurées étant désormais admis que c'est la pratique malsaine qui a aggravé la situation.

III.2.2. Le contexte politique nationale

Devant le problème de la pauvreté sans solution, le mélange incompréhensible entre socialiste et capitaliste et suite aux critiques de l'élection présidentielle de 1989 qui ramène Ratsiraka au pouvoir, les foules ont descendu sur la rue. La situation se prolonge par la marche vers la démocratie le 10 août 1991. Le pouvoir monopolistique de 16 ans de Ratsiraka a été destitué.

Cette expression a été employée pour la première fois par l'économiste John Williamson.

Un gouvernement d'insurrectionnel fut crée par le leader des forces vives de la nation le professeur Zafy Albert. Dans le même temps, un gouvernement de transition fut institué dirigé par Guy Willy Razanamasy.

Dans le contexte de la préparation des conférences nationales en Afrique à l'instar du Bénin, Madagascar a aussi tenu une conférence nationale du 23 mars au 2 Avril 1992 sous la direction du FFKM. Les grandes lignes de ce forum furent la mise en place d'un Etat de droit, le pluralisme, respect des droits de l'homme, la participation, organisation d'une élection libre et transparente, la décentralisation, les séparations des pouvoirs conformes aux idéaux démocratiques.

III.3. Un régime politique en crise

Depuis l'octroi de l'indépendance, la vie politique malgache évolue avec un changement de régime à coup de force, le pays n'a connu une véritable alternance politique au sens démocratique du terme.

III.3.1. La crise politique en 1972

En 1972, le régime en place a connu sa première contestation populaire. Le vide politique qui se matérialise par la faiblesse de l'état de santé du président Tsiranana, Le soulèvement des paysans du Sud sont les causes latentes de cette crise. André Rasolo a souligné que « le caractère explosif de 1972 est dû en grande partie à l'incohérence politique et à l'impuissance du régime. Un régime qui confond l'unité nationale avec un partage dit « équilibré » des avantages liés au pouvoir entre les notables de différentes régions. Un régime où l'administration est à la fois incompétente et répressive. »25 En outre le soulèvement des lycéens et étudiants ont favorisé l'élargissement de la crise. La pauvreté, la contestation de l'école antidémocratique, combiné par la condamnation du néocolonianisme, et la politique d'arrangement du pouvoir, ont contribué à la chute du régime Tsiranana. Le chef d'Etat élu avec un score de 99,7 % est chassé du pouvoir. Le pays au bord du gouffre oblige le leader du PSD à transférer le pouvoir aux militaires sous la direction de Ramanantsoa. La crise se calme avec l'arrivé de l'armée. Un régime transitoire militaro civil est institué par le referendum du 8 octobre 1972. La constitution fut adoptée 07 novembre 1972.

Le régime en place est marqué par la rupture de coopération avec les français, c'est la sortie
de la zone franc. La fermeture de la station américaine de la NASA à Imerintsiatosika, le
lancement d'ouverture diplomatique « tous azimuts » sur la base d'un engagement auprès des

25 Rasolo (A), « Autour de mai 1972. La question du pouvoir », Cahiers des sciences sociales, EESDEGS, Université de Madagascar n° 1, 1984.

non aligné26. L'abolition du système représentatif. Le changement s'opère également par l'expérience de la malgachisation, la restructuration de la vie à base de fokonolona.

Tableau n°03 : Résultat du referendum du 8 octobre 1972.

Nombre de bureaux de vote

11

408

Nombre d'inscrits

3

453

722

Nombre de votants

2

897

819

Suffrages exprimés

2

875

988

Voix obtenues

2

773 483 de oui (96 %) et 102 506 de non

Source : Cahiers des sciences sociales, 1984

Ramanantsoa qui n'est pas en mesure de dresser le pays à cause de l'absence de programme politique, une crise de gouvernance, un pouvoir menacé par l'instabilité militaire, quitte la direction du pays en donnant le plein pouvoir au colonel Ratsimandrava le 5 février 1975. Après six jours de règne, il est assassiné à Ambohijatovo. Dans la nuit qui s'ensuit l'assassinat de Ratsimandrava, le général Gilles Andriamahazo a constitué un gouvernement de 18 officiers pour continuer l'activité de l'Etat qui remporte le capitaine de Frégate Didier Ratsiraka au pouvoir. Le 8 novembre 1975 le président Ratsiraka au cours d'un discours politique au stade de Mahamasina a déclaré l'organisation d'un referendum prévu le 21 décembre 1975. La question posée au peuple était, la mise en place d'une société nouvelle ou règne la justice et l'égalité de classe, l'acception de la révolution socialiste malgache et la constitution qui va l'appliquer et pour la réaliser, l'élection de Ratsiraka comme président de la république. La république de Madagascar était donc construite par la révolution socialiste, l'adoption de la nouvelle constitution, et l'élection du président de Ratsiraka au pouvoir27.

III.3.2. Le mouvement pour la démocratie en 1991

En 1991, une autre crise politique s'est reproduite dans le pays. Le mouvement populaire dirigé par les forces vives de la nation, la transformation politique initiée par les bailleurs de fonds sans résultat palpable ont amené les populations à descendre dans la rue. Le régime socialiste déjà vieux de 16 ans est tombé par l'action du mouvement populaire.

L'inexistence de la liberté qui se traduit par la domination de l'AREMA du champ politique, l'assemblée nationale est constituée de 81 % de l'AREMA, contre 11 % AKFM, et 8 % pour les autres formations, la restriction de la liberté individuelle, une option politique

26 Ibid. p. 31.

27 Randriamamonjy (F), Histoire de Madagascar de 1895, 2002. Ed. Trano Printy Loterana Malagasy. 2001.

contradictoire à la fois socialiste et capitaliste, une misère sans solution sont les éléments donateurs de cette crise.

Les différentes idées véhiculées au cours de la manifestation de 91 furent intégrées dans la nouvelle constitution comme base de la reconstruction de la nouvelle république démocratique naissante. La nouvelle constitution est créée le 19 août 1992. Les résultats des élections étaient de 72,3 % de oui et 27,7 % de non. Dans l'intervalle, Zafy Albert a gagné l'élection présidentielle après le second tour le 10 février 1993. Les résultats de l'élection étaient au premier tour menés par Zafy remportant 46% de voix contre 29 % de Ratsiraka. Au cours de la deuxième tour le père de la démocratie a évincé le père du socialisme 66,76% contre 33,24%. Le nouveau président était inauguré à Mahamasina le 27 mars 1993.28 Le nouveau régime a fait sa rupture avec les autres régimes en adoptant un régime de type parlementaire. Les luttes incessantes entre exécutif et législatif ont amené Zafy à modifier la constitution en 1995.

En septembre 1996, Zafy est empêché par l'assemblée nationale. Le régime transitoire a organisé une élection présidentielle. Zafy et Ratsiraka s'affrontent de nouveau. Ratsiraka est revenu au pouvoir en ajustant son discours car c'est un régime humaniste écologique qu'il propose à ses concitoyens. En 15 mars 1998, Ratsiraka a fait voter une nouvelle constitution. Le présidentialisme se renforce.

Tableau n° 04 : L'élection présidentielle en 1996.


 

Ratsiraka

Zafy


 

Taux d'abstention

Bulletin blanc

Premier tour

36,6

%

23,4

%

41,6

%

4,2

%

Deuxième tour

50,7

%

49,3

%

50,3

%

4,2

%

Source: PROJET MADIO 1997.

III.3.3. La contestation électorale en 2002

Les controversés des résultats électoraux en décembre 2001 ont abouti sur une nouvelle crise sociopolitique dans le pays. C'était la première fois que le résultat de l'élection n'est pas encore prononcé qu'un candidat annonce sa victoire au premier tour.

L'argumentation du candidat était de faire une confrontation entre les résultats détenus de la HCC et celles détenus par les observateurs de l'élection. Pour la HCC, Ravalomanana a obtenu 46,44 % et Ratsiraka 40,61 %. Pour le consortium des observateurs Ravalomanana remportait l'élection 50,49 % contre le candidat Ratsiraka 37,61 %. Pour le comité de soutien (Komity miaro ny safidim-bahoaka) de Ravalomanana, ce dernier a obtenu 52,15 % et

28 Ibid.

Ratsiraka 35,67%. Le deuxième tour prévu par la HCC n'a pas lieu. Après six mois de grève et de conflit Ravalomanana s'autoproclame président de la république. Deux investitures l'emportent à la présidence du pays. Le conflit entre Ratsiraka et Ravalomanana ne s'est terminé qu'à Dakar le 18 mars 2002. Le chef d'Etat est réélu à premier tour en 2006 avec un score de 54,79 %. En 2007, le président a amendé une nouvelle constitution visant à consolider son pouvoir qui est approuvée par la population à 75,33 % malgré la faible participation à 42,78 %, deux ans après celui-ci, est écarté de son pouvoir par un mouvement populaire sur la place mythique du 13 mai.

III.3.4. La crise politique de 2009

La vente de la terre à la compagnie Daewoo Logistics, l'achat du Boeing Air Force One 737- 700, et la fermeture de la station VIVA appartient à l'ancien maire de la CUA ont été les éléments pour mobiliser la foule à descendre dans la rue. Andry Nirina Rajoelina lance un appel au peuple tananarivien pour descendre à Ambohijatovo, et revendique la démission de certains ministres du gouvernement Charles Rabemananjara, et l'ouverture de la station VIVA. La crise a évolué vers l'inauguration de la place de la démocratie (ex jardin d'Ambohijatovo), il a lancé la révolution orange en vue de mettre en place une véritable démocratie à Madagascar le 17 janvier 2009. Le 26 janvier, le mouvement se dégénère en pillages et de destruction des entreprises du président au pouvoir, et certaines entreprises privées (lundi noir du 26 janvier). Le samedi 7 février matin sur la place du 13 mai, Monja Roindefo est nommé le premier ministre du mouvement insurrectionnel. L'après-midi le nouveau premier a conduit la foule à prendre le palais présidentiel Ambohitsorohitra.

L'échec de la médiation dirigé par le FFKM à l'hôtel le Hintsy a débouché sur une nouvelle transition dans le pays. Le 17 mars à l'Episcopat Antanimena l'ordonnance n° 2009-001 par la quelle le president Ravalomanana a remis les pleins pouvoirs à des directoires militaires. La nuit qui suit les militaires ont transmis le pouvoir à Andry Nirina Rajoelina par l'ordonnance n° 2009-002. L'ordonnance n° 2009-003 du 19 mars 2009 a institué de la transition vers la IVe République.

Dans le cadre de la recherche de sortie de crise, les quatre mouvances politiques malgaches ont signé successivement l'Accord de Maputo I et II, l'Accord d'Addis-Abeba, dans le cadre de la mise en place d'une transition inclusive et consensuelle. Notons qu'à l'issue des assises nationales d'août 2009, Teny ifampiherana de mars 2010, des Dinika santatra d'août 2010 et de la conférence nationale de septembre 2010, il importe à souligner que le referendum constitutionnel du 17 novembre 2010 s'est déroulé dans des conditions controversées. La constitution est adoptée le 11 décembre 2010.

Pour la mise en place d'une institution précédent la IVe République, sous la médiation de la SADC ; les divers acteurs politiques malgaches ont signé la feuille de route le 8 mars 2011 selon les critères d'une transition consensuelle et inclusive. Toutefois, il importe de souligner que nous sommes loin des résultats attendus. La transition considérée comme consensuelle et inclusive vit actuellement d'une crise gouvernementale. Le pays traverse actuellement sa troisième année de transition, la déception l'emporte sur l'espoir, les promesses pendant le mouvement à savoir la démocratie, liberté d'expression, la diminution du coût de la vie, sont très vîtes oubliées. On assiste à un gouvernement ingouvernable qui se manifeste par le mélange des attributions des ministres. Actuellement, le problème majeur de la transition est la recherche d'une réconciliation internationale, la préparation d'une élection digne de démocratie.

À partir de ces rappels historiques de la vie politique malgache nous pouvons en tirer quelques tendances sur l'évolution de la pratique démocratique dans le pays. C'est toujours l'action des mouvements de foule qui est au centre du changement de régime politique dans le pays. Les chefs d'Etat qui inaugurent un régime politique démocratique sont tour à tour renversés sur la place mythique du 13 mai. Parmi les présidents qui se succèdent au pouvoir, d'aucun n'a quitté le pouvoir normalement au terme de son mandat. Le premier considéré comme le père de l'indépendance inaugurant un régime social démocrate est tombé après trois mois de sa réélection. Le président Ratsiraka qui inaugure un régime socialiste la vraie démocratie au sens marxiste du terme a suivi le même chemin deux ans après sa réélection. Le vrai père de la démocratie à savoir le professeur Zafy Albert est tombé dans le piège du parlementarisme. Ravalomanana a connu le même sort après avoir réélu au premier tour de son mandat en cédant sa place jusqu'à maintenant à l'ancien maire de la CUA considéré encore jusqu'ici le porteur de la vraie démocratie.

Le mot démocratie n'est jamais absent du langage politique de chaque leader politique qui dirige le mouvement de foule. La faction qui veut récupérer le pouvoir insiste sur ce qu'elle fera pour le peuple, sur ce qu'on n'a pas fait mais qu'aurait dus faire, sur ce qui est mal fait et donc à refaire, la faction se proclame comme le vrai porteur de la démocratie. Elle demande à la population de la porter au pouvoir.

Chaque chef d'Etat poussé par le peuple et arrive au pouvoir s'empresse à tailler une constitution à leur mesure force est de reconnaître que le processus vise à la monopolisation du pouvoir et verrouille totalement la porte d'entrée pour les autres qu'à coup de force. La constitution est ensuite confrontée au referendum pour justifier la prise du pouvoir d'où le recours au suffrage universel comme acte de légitimation. Dans cette lecture, Weber n'est pas

absent lorsqu'il avait dit que la domination politique moderne se repose par le recours sur la légitimation par un acte juridique.

Nous pouvons remarquer également une certaine tendance dans le processus de la mise en place de la démocratie dans le pays tout d'abord la création du gouvernement de la rue, la recherche de compromis entre le contestataire et le pouvoir en place, ensuite la prise des bâtiments ministériels, l'installation des ministres de façon musclée.

Au terme de ce chapitre nous tenons à remarquer quelques faits marquant la modalité de démocratisation à Madagascar. D'abord le processus de démocratisation a évolué avec le rythme de la politique interne, il est souvent dirigé par une minorité de la classe politique accompagnée par l'appui des foules. L'inexistence de la liberté, la dérive du pouvoir à la dictature et la pauvreté sans solution sont toujours au centre de la contestation populaire.

La transformation des paysages politiques de ces 20 dernières années a changé la vie politique malgache sur le plan formel, les institutions qui se conforment aux idéaux de la démocratie sont présentes, les séparations de pouvoir sont maintenus, le multipartisme gagne du terrain, à partir de 1990, le pays avait 150 partis politiques29, actuellement, on trouve plus de 333 partis politiques dans le pays30. Le foisonnement de la société civile qui est opérationnelle dans divers domaines. Il ne faut pas ignorer également le développement de la presse privée qui commence à trouver de place à la liberté d'expression qui se manifeste par une presse parfois critique à l'égard du régime en place.

Ensuite, les enjeux économiques internationaux ont été favorables au processus de démocratisation dans le pays, la mise en place des structures conformes aux idéaux démocratiques a été l'exigence des bailleurs de fonds comme condition de leur aide économique. Les conditionnalités démocratiques des années 90 deviennent une arme pour les bailleurs de fonds, et le pays traversant une difficulté est obligé d'accepter l'offre des bailleurs. La réalité économique devient une imposition du réalisme politique.

 

 

 

 

REFLEXIONS SUR LA PRATIQUE DEMOCRATIQUE

Le présent chapitre va aborder les différentes pratiques de la démocratie dans le contexte malgache. Ainsi, nous attacherons notre réflexion sur l'étude de l'instrument d'une réalisation de la démocratie à savoir les élections, et sur l'étude des acteurs de la démocratie.

Droit de vote

Le droit de vote permet aux citoyens d’un Etat de voter pour exprimer leur volonté, à l’occasion d’un scrutin, et ainsi d’élire leurs représentant et leurs gouvernants ou de repondre à la question posée par un plébiscite ou un référendum. C’est un droit civique fondamental dans un démocratie.

Les élections

L'élection est souvent considérée comme l'indicateur de la présence de la démocratie dans un pays. Elle est devenue un rite de tous les pays démocratiques en tant que mécanisme de procédure des sélections des dirigeants qui vont censés théoriquement représenter les peuples sur les sphères de décision.

Dans le cas de Madagascar, l'élection au sens moderne du terme est apparue dans le pays dans le contexte de la colonisation. Le pays a connu sa première consultation populaire le 21 septembre 1945 pour l'élection de la première constituante. L'électorat était limité aux autochtones ayant un certain niveau d'instruction. Pendant la période de la colonisation les électorats sont définis par la loi 46-2151 de 5 octobre 1945. Les élections législatives du 2 janvier 1956 ont appliqué le suffrage presque universel selon la disposition de la loi 47-1606. Le suffrage universel est appliqué pendant le referendum du 28 septembre 1958. La première élection présidentielle était effectuée par le suffrage universel indirect le 1 mai 1959, ce n'est que le 25 février 1965 que l'élection présidentielle s'est déroulée dans le cadre d'un suffrage universel direct31.

En regardant sur les faits du processus électoral à Madagascar, nous constatons que le rituel démocratique n'est pas encore au rendez vous dans le pays.

IV.1.1. Election : pratique démocratique difficile à maîtriser

Si l'élection manifeste le devoir des citoyens à l'égard de la nation, force est de constater que les conditions requises pour accomplir ce devoir ne sont pas encore remplies dans un pays qui se croit démocratique. Formellement, une élection est démocratique lorsqu'elle se déroule selon la disposition édictée par le code électoral et la constitution.

En ce qui concerne Madagascar, le problème se rencontre au niveau de la fiabilité de la liste électorale par le manque de volonté du pouvoir en place d'effectuer un recensement général de la population. La révision de la liste électorale se déroule toujours dans une précipitation soit le plus souvent trois mois avant la date de l'élection. Le résultat de cette pratique c'est qu'une grande partie de l'électorat est disparue, l'omission d'électeurs

31 Spacensky (A.), Madagascar, 50 ans de vie politique de Ralaimongo à Tsiranana, nouvelles éditions latines, 1970.

nouvellement recensés, l'absence du nom de l'électorat dans la liste. Le recours fréquent à l'ordonnance témoigne que le pays n'est pas encore à la hauteur de la préparation de l'élection conforme à la règle démocratique. Le dernier referendum du novembre 2010 est un exemple convaincant concernant l'incompétence du pays à organiser une élection, en effet, pendant ce dernier referendum il est accepté d'utiliser la carte d'identité nationale pour pouvoir voter ce qui est en contradiction de la règle édictée par le code électoral. Le problème devient crucial malgré l'introduction de la nouvelle technologie pour la confection des listes électorales. Les hommes qui se chargent de traiter informatiquement la liste électorale sont rémunérés à chaque nom tapé, cette situation entraîne l'imperfection de la liste électorale.

Ensuite, Madagascar souffre d'une maladie de l'interventionnisme, les politiciens et les membres de la société civile que nous avons interviewés ont tous insisté sur ce problème. Les institutions qui se chargent de l'organisation des élections sont sous les influences du pouvoir étatique à savoir la HCC, le ministère de l'intérieur. La présence des partis politiques pour la vérification des listes électorales dans les institutions préparant les élections n'est pas toujours le bienvenu alors que c'est un droit du parti de vérifier l'existence de cette liste. Cette pratique remet en cause toute la crédibilité des élections32.

Il convient de signaler également le problème de financement et logistique des partis politiques. Actuellement, les candidats se chargent de l'impression de leur propre bulletin et la livraison des bulletins de vote dans le bureau de vote dans le territoire national. Cette situation pose de problème car certains candidats n'ont pas la possibilité de surmonter le coût du processus électoral. L'inexistence des bulletins d'un candidat dans un bureau de vote peut avoir des incidences sur les résultats des élections mais également sur le choix du citoyen soit il ne vote pas parce que son candidat ne figure pas dans la compétition soit il vote mais un vote blanc, ou il vote par réflexe d'un simple droit. Le processus diminue l'égalité des chances des autres candidats, de ce fait le parti au pouvoir part avec une longueur d'avance plus le soutien de l'administration publique. La situation arrange le candidat au pouvoir à cause de l'instrumentalisation des ressources étatiques. A l'appui de ce propos par exemple l'instrumentalisation du pouvoir en place de la chaîne nationale durant la propagande électorale, ce problème est souvent soulevé à chaque élection mais ne fait l'objet d'une discussion. La grande majeure partie de la population ne connaît pas le fait qu'il est son droit de vérifier la liste électorale.

Enfin, en ce qui concerne la campagne électorale, il est pratique courante dans le pays de faire un pré campagne qui se matérialise par la sponsorisation des activités sportives, la

32 Entretien individuel avec des politiciens.

visite d'un lieu suivi d'une oeuvre de charité. En matière de campagne électorale, on assiste à un marchandage d'un vote ou l'achat de conscience. Le processus est simple, si la campagne électorale supposée le moment de l'exposition des programmes politiques devient le moment de marchandisation d'un vote du citoyen par la distribution gratuite des billets d'argent, la distribution des T-shirts, l'exposition des projets qui se forge au hasard du discours de la circonstance et le milieu visité. Andriamahefa fournit une explication convaincante quant à la pratique de la propagande politique à Madagascar à cet égard il a souligné que « les pratiques de la propagande par contre, supposées être le terrain de confrontation des programmes, l'exposé politique, viennent tout remettre en cause. Durant cette période, il faut s'attendre à tout, tout sauf au débat républicain : le parti devient un conflit ethnique, la question d'argent peut prendre le dessus de la ligne politique. Bref, le parti supposé être le milieu d'éducation des membres n'a plus de raison d'être durant les propagandes en devenant leur propre terrain de conflit et d'animosité. Avec tous ces jeux antidémocratiques, le malgache lambda ne sait plus s'il a choisi le parti ou élu l'individu (à cause de son argent ou de son appartenance ethnique) [...], en moins d'un an il s'adjoint un nouveau statut : d'élu démocratiquement, il devient le guide du peuple. Une fois le processus engagé l'élu est propulsé en demi dieu intouchable »33

Les irrégularités du fonctionnement de l'élection demeurent une source de l'abstentionnisme des citoyens à l'égard du processus de la démocratie. L'abstention devient un indicateur qui illustre le discrédit du système politique malgache. La population devient réticente à l'égard de la chose publique.

L'élection est la désignation, par le vote d'électeurs, de représentants (une personne, un groupe, un parti ou une option) destinés à les représenter ou occuper une fonction en leur nom.

La population concernée transfère -par le vote de sa majorité- à des représentants ou mandants choisis, la légitimité requise pour exercer le pouvoir attribué (fonction censée être par ailleurs définie et orientée par le biais d'un contrat politique).

Dans le cadre des régimes et institutions politiques, l'élection - à l'époque contemporaine- est revendiquée - au moins formellement- comme étant le mode le plus légitime d'accession au pouvoir. Revendication qui n'épuise pas le débat de fond sur le caractère foncièrement « démocratique » du déroulement et du résultat de cette élection.

L'élection est souvent considérée comme l'indicateur de la présence de la démocratie dans un pays. Elle est devenue un rite de tous les pays démocratiques en tant que mécanisme de procédure des sélections des dirigeants qui vont censés théoriquement représenter les peuples sur les sphères de décision.

Dans le cas de Madagascar, l'élection au sens moderne du terme est apparue dans le pays dans le contexte de la colonisation. Le pays a connu sa première consultation populaire le 21 septembre 1945 pour l'élection de la première constituante. L'électorat était limité aux autochtones ayant un certain niveau d'instruction. Pendant la période de la colonisation les électorats sont définis par la loi 46-2151 de 5 octobre 1945. Les élections législatives du 2 janvier 1956 ont appliqué le suffrage presque universel selon la disposition de la loi 47-1606. Le suffrage universel est appliqué pendant le referendum du 28 septembre 1958. La première élection présidentielle était effectuée par le suffrage universel indirect le 1 mai 1959, ce n'est que le 25 février 1965 que l'élection présidentielle s'est déroulée dans le cadre d'un suffrage universel direct31.

En regardant sur les faits du processus électoral à Madagascar, nous constatons que le rituel démocratique n'est pas encore au rendez vous dans le pays.

Election : pratique démocratique difficile à maîtriser

Si l'élection manifeste le devoir des citoyens à l'égard de la nation, force est de constater que les conditions requises pour accomplir ce devoir ne sont pas encore remplies dans un pays qui se croit démocratique. Formellement, une élection est démocratique lorsqu'elle se déroule selon la disposition édictée par le code électoral et la constitution.

En ce qui concerne Madagascar, le problème se rencontre au niveau de la fiabilité de la liste électorale par le manque de volonté du pouvoir en place d'effectuer un recensement général de la population. La révision de la liste électorale se déroule toujours dans une précipitation soit le plus souvent trois mois avant la date de l'élection. Le résultat de cette pratique c'est qu'une grande partie de l'électorat est disparue, l'omission d'électeurs nouvellement recensés, l'absence du nom de l'électorat dans la liste. Le recours fréquent à l'ordonnance témoigne que le pays n'est pas encore à la hauteur de la préparation de l'élection conforme à la règle démocratique. Le dernier referendum du novembre 2010 est un exemple convaincant concernant l'incompétence du pays à organiser une élection, en effet, pendant ce dernier referendum il est accepté d'utiliser la carte d'identité nationale pour pouvoir voter ce qui est en contradiction de la règle édictée par le code électoral. Le problème devient crucial malgré l'introduction de la nouvelle technologie pour la confection des listes électorales. Les hommes qui se chargent de traiter informatiquement la liste électorale sont rémunérés à chaque nom tapé, cette situation entraîne l'imperfection de la liste électorale.

Ensuite, Madagascar souffre d'une maladie de l'interventionnisme, les politiciens et les membres de la société civile que nous avons interviewés ont tous insisté sur ce problème. Les institutions qui se chargent de l'organisation des élections sont sous les influences du pouvoir étatique à savoir la HCC, le ministère de l'intérieur. La présence des partis politiques pour la vérification des listes électorales dans les institutions préparant les élections n'est pas toujours le bienvenu alors que c'est un droit du parti de vérifier l'existence de cette liste. Cette pratique remet en cause toute la crédibilité des élections.

Il convient de signaler également le problème de financement et logistique des partis politiques. Actuellement, les candidats se chargent de l'impression de leur propre bulletin et la livraison des bulletins de vote dans le bureau de vote dans le territoire national. Cette situation pose de problème car certains candidats n'ont pas la possibilité de surmonter le coût du processus électoral. L'inexistence des bulletins d'un candidat dans un bureau de vote peut avoir des incidences sur les résultats des élections mais également sur le choix du citoyen soit il ne vote pas parce que son candidat ne figure pas dans la compétition soit il vote mais un vote blanc, ou il vote par réflexe d'un simple droit. Le processus diminue l'égalité des chances des autres candidats, de ce fait le parti au pouvoir part avec une longueur d'avance plus le soutien de l'administration publique. La situation arrange le candidat au pouvoir à cause de l'instrumentalisation des ressources étatiques. A l'appui de ce propos par exemple l'instrumentalisation du pouvoir en place de la chaîne nationale durant la propagande électorale, ce problème est souvent soulevé à chaque élection mais ne fait l'objet d'une discussion. La grande majeure partie de la population ne connaît pas le fait qu'il est son droit de vérifier la liste électorale.

Enfin, en ce qui concerne la campagne électorale, il est pratique courante dans le pays de faire un pré campagne qui se matérialise par la sponsorisation des activités sportives, la visite d'un lieu suivi d'une oeuvre de charité. En matière de campagne électorale, on assiste à un marchandage d'un vote ou l'achat de conscience. Le processus est simple, si la campagne électorale supposée le moment de l'exposition des programmes politiques devient le moment de marchandisation d'un vote du citoyen par la distribution gratuite des billets d'argent, la distribution des T-shirts, l'exposition des projets qui se forge au hasard du discours de la circonstance et le milieu visité. Andriamahefa fournit une explication convaincante quant à la pratique de la propagande politique à Madagascar à cet égard il a souligné que « les pratiques de la propagande par contre, supposées être le terrain de confrontation des programmes, l'exposé politique, viennent tout remettre en cause. Durant cette période, il faut s'attendre à tout, tout sauf au débat républicain : le parti devient un conflit ethnique, la question d'argent peut prendre le dessus de la ligne politique. Bref, le parti supposé être le milieu d'éducation des membres n'a plus de raison d'être durant les propagandes en devenant leur propre terrain de conflit et d'animosité. Avec tous ces jeux antidémocratiques, le malgache lambda ne sait plus s'il a choisi le parti ou élu l'individu (à cause de son argent ou de son appartenance ethnique) [...], en moins d'un an il s'adjoint un nouveau statut : d'élu démocratiquement, il devient le guide du peuple. Une fois le processus engagé l'élu est propulsé en demi dieu intouchable »33

Les irrégularités du fonctionnement de l'élection demeurent une source de l'abstentionnisme des citoyens à l'égard du processus de la démocratie. L'abstention devient un indicateur qui illustre le discrédit du système politique malgache. La population devient réticente à l'égard de la chose publique.

L'abstentionnisme

La participation se trouve au coeur de l'idéal de la vie démocratique, c'est à travers l'élection l'instrument par excellence de la démocratie que le peuple a son mot à dire sur la décision du pays. C'est à travers l'élection que le pouvoir des dirigeants puise sa source de légitimité. Cependant, la baisse du taux de participation de la population pose le problème de légitimité du pouvoir.

En ce qui concerne Madagascar, le phénomène de l'abstention commence à gagner du terrain et ne cesse de s'amplifier. A l'appui de ce propos, on constate une certaine tendance de la baisse de participation électorale qui s'avoisine autour de 40 à 48 %, ce qui revient à dire qu'une grande partie de l'électorat ne participe pas aux opérations électorales.

Pour avoir une image de l'abstention dans le cas de Madagascar il s'avère nécessaire de
rappeler quelque chiffre qui stipule la baisse de participation de la population dans le

33 Andriamahefa in Revue de l'Océan Indien, n° 315.

processus électoral. Nous nous referons ici à quelques données d'études réalisées par Roubaud François sur la sociologie électorale à Madagascar.

Lors de l'élection de 18 novembre 1945 le deuxième tour de l'élection du 21 octobre 1945, l'abstention est enregistrée à 42,52 %. Pendant l'élection législative en novembre 1946, elle avait atteint 44,06 %. Ce n'est que l'élection en 1992 que le taux de participation a atteint un taux élevé avoisinant le 81 % force est de souligner que cette élection est la consultation électorale déroulant dans la régularité. Notons également qu'à l'élection présidentielle en 1996 premier tour le taux d'abstention est de 41,6 % et au deuxième il a augmenté de 50,3 %34. Le schéma s'est reproduit pendant l'élection présidentielle du décembre 2006 ou l'on assiste à la victoire de Ravalomanana avec un taux d'abstention de 38,06 %. Le taux d'abstention est de 47,4 % lors du dernier referendum constitutionnel du 17 novembre 2010. Nous tenons à signaler que ce referendum s'est démarqué par les autres par l'usage du bulletin unique.

Ces quelques données montrent qu'une tendance à la désaffection de la vie politique est en train de s'opérer dans le pays. Mais comment expliquer ce taux d'abstention ? Le taux d'abstention est un indicateur de l'exclusion sociale plus précisément de l'exclusion de la vie politique. Comme nous l'avons souligné précédemment cette exclusion de la vie politique peut résulter du système lui-même à cause du problème de non inscription dans la liste électorale. L'imperfection de la liste électorale produit l'exclusion du citoyen de ses propres droits. La motivation de l'individu à participer à une élection dépend de la fiabilité de la liste électorale.

Toutefois, la participation à une élection dépend également d'autre variable comme le niveau de l'éducation de l'individu, l'enjeu de l'élection, par exemple plus l'élection est importante plus les citoyens sont motivés à aller voter. Elle dépend de l'intérêt du citoyen de ce que rapporte l'élection pour lui. L'étude réalisée par Roubaud François a montré que ce sont les jeunes âgés de 18 à 24 ans qui sont les plus abstentionnistes. Leurs observations pendant l'élection présidentielle en 1996 dans l'agglomération d'Antananarivo ont permis de constater qu'un tiers de ce groupe d'âge n'accomplit pas ses devoirs électoraux. Les abstentionnistes sont de 28 % pour la tranche d'âge de 25 à 29 ans.

Pour notre part nous avons interrogé les individus concernant le dernier referendum constitutionnel du 17 novembre 2010. Ce referendum a permis de savoir l'attitude des citoyens à l'égard du vote mais également leurs attitudes dans sa première expérience de l'utilisation du bulletin unique. Parmi les 65 individus enquêtés, 35 % ont déclaré participer

34 Roubaud François, qui vote pour qui et pourquoi ? Un essai de sociologie électorale à partir des élections présidentielles dans l'agglomération d'Antananarivo, 1992-1996. Novembre 1997.

au referendum tandis que 65 % n'ont pas participé. Pour connaître la perception de la population quant à l'utilisation du bulletin unique, nous avons recueilli que pour les individus ayant participés à ce referendum, ils éprouvent de difficulté du fait que c'est la première fois qu'on pratique cette méthode de scrutin. Il est étonnant de constater que les individus qui déclarent participer à ce référendum n'ont pas encore lu le texte constitutionnel dans lequel ils sont censés de choisir.

Pour les individus qui n'ont pas participé à ce referendum, leurs raisons s'expliquent d'abord par le manque d'information et de mobilisation concernant l'objectif de ce referendum. Ensuite, les personnes interrogées ont insisté que c'est une pratique de modifier chaque fois la constitution mais ça ne change rien. Elle est modifiée dans l'intérêt des dirigeants mais non pas pour l'intérêt de la population.

L'abstentionnisme évoque l'exclusion politique de la population, il découle aussi une crise de représentativité de la pratique démocratique actuelle. Pour connaître la pensée de la population à l'égard de ses représentants, nous avons posé la question suivante : vous sentez vous représenter par vos élus nationaux/locaux ?

Graphique n° 01 : Représentation des élus.

 

Source : Enquête personnelle 2011-2012.

A partir de ce graphe nous constatons 2 % seulement de notre individu enquêté se déclare représenter par les élus nationaux et locaux, 86 % ne se sentent pas représentés par les élus. Ce pourcentage révèle une attitude négative des hommes politiques qui sont censés représenter la population dans la sphère politique.

Cette crise de représentativité reflète la déception des citoyens en raison de
l'inaccomplissement des promesses tenus au moment de la propagande électorale. La
politique malsaine qui occupe le devant de la scène politique, le développement qui n'a pas

lieu jusqu'ici, le champ politique qui devient un simple lieu de reproduction sociale des classes politiques, la tendance à la gestion familiale du champ politique, le clientélisme politique, la mauvaise gouvernance et les tripatouillages électoraux sont les facteurs de compréhension du comportement des citoyens devant le désintéressement face à ses représentants.

Tableau n° 05 : comportement des citoyens à l'acte électoral.

Se sentir concerné par L'élection

Raison de

Participer à l'élection

Pas du tout concerné

Peu concerné

Assez concerné

Très concerné

Parce que c'est un droit

1,5 % (1)

4,6 % (3)

1,5 % (1)

49,2 % (32)

Prendre part dans la décision du pays

1,5 % (1)

0,0 %

1,5 % (1)

7,7 % (5)

Parce que je suis citoyen

0,0 %

0,0 %

0,0 %

3,1 % (2)

Parce que rien ne change

16,9 % (11)

0,0 %

0,0 %

0,0 %

Ca n'apporte rien si je vote Ou je ne vote pas

3,1 % (2)

0,0 %

0,0 %

0,0 %

Je n'ai jamais voté

6,2 % (4)

0,0 %

0,0 %

0,0 %

Pas de réponse

1,5 % (1)

1,5 % (1)

0,0 %

0,0 %

Total

30,8 % (20)

6,2 % (4)

3,1 % (2)

60 % (39)

Source : Enquête personnelle 2011-2012.

Devant le dysfonctionnement que traverse le système politique malgache, les citoyens réduisent l'opération électorale en un simple acte de vote. Le tableau montre que 49,2 % des citoyens qui sentent concerner par les élections disent que l'élection n'est qu'un simple acte de droit. Nous avons demandé aux citoyens ce qu'est le sens de leur vote, les réponses se tournent autour de question de droit. 7,7 % seulement de nos enquêtés qui se sentent concerner par les élections affirment que l'élection est le moment pour prendre part aux décisions dans le pays. 16,9 % ne sentent pas concerner par les élections en raison de l'inexistence du changement. Les citoyens qui se regroupent dans ce pourcentage attestent que les gens qui arrivent au pouvoir ne font que réécrire l'histoire à la manière de leurs prédécesseurs. Les politiciens malgaches parlent tous du bien du peuple. Ils disent qu'une fois arrivés au pouvoir ils transforment le monde cependant il n'en est rien. Ils ne font que s'enrichir et maintenir à vie sur le pouvoir.

La crise de représentativité se confirme lorsqu'il s'agit de demander aux citoyens sur la perception des dirigeants politiques à Madagascar. Les classes politiques ont perdu leur crédibilité aux yeux des citoyens. D'aucun ne déclare favorable à la classe politique. Les citoyens ne font pas confiance à leur classe politique. Les politiciens arrivent à dépolitiser une grande majeure partie de la population. En posant la question aux citoyens « que reprocher vous aux dirigeants politiques actuels et passés ? ». Égoïste, menteur, démagogue, corrompu, qui ne connaît pas la réalité de la population, dictateur, magouille, impunis, pas d'éthique, sont les mots utilisés par les citoyens pour qualifier leur classe politique. Les personnes interrogées affirment à 86 % que la classe politique dans le pays ne change pas. 14 % seulement disent que la classe politique change. Elles font références le plus souvent au changement de la tête du chef d'Etat.

Graphique n°02 : la perception sur le changement de la classe politique.

 

Source : Enquête personnelle 2011.

Les citoyens ne font plus confiance à leur classe politique, cette situation ne peut que discréditer et engendre un scepticisme qui illustre la désaffection progressive des citoyens au regard de la vie politique et de ses représentants. La population a élu des hommes et des femmes qui vont les sanctionner et créer sa propre aliénation. Cette situation s'illustre par le rapport du citoyen à la loi. Théoriquement, les citoyens élisent les députés qui sont leurs représentants au sein de l'assemblée nationale. Ce sont les députés qui votent les lois au nom de la volonté populaire, cependant dans la réalité, ces lois ne s'adaptent pas aux réalités quotidiennes de la population, ni d'application, à cela s'ajoute l'inégalité dans l'application de la loi. Lors de notre enquête presque la population a répété le problème de la justice « rehefa tsy manam-bola eto dia migadra na tsy meloka aza » (littéralement, « si vous n'avez pas d'argent, vous êtes en prison même si vous êtes innocent »).

Les hommes qui sont censés de représenter les citoyens au sein de l'assemblée ne font que voter des lois à leur mesure et ne sont pas en contradiction avec leurs intérêts personnels. Le culte de l'impunité qui est en train de s'opérer dans le contexte actuel est un exemple convaincant35. C'est pour cette raison qu'on trouve une certaine tendance de la régression de la conscience citoyenne élément indispensable à la démocratie. Les citoyens voient leur avenir sans leurs représentants.

Toutefois, nous apercevons un paradoxe du comportement de la citoyenneté, la défiance que l'on peut constater est contradictoire du comportement des citoyens. Ils reproduisent systématiquement sa propre condition d'exclusion sociale ou de sa propre aliénation politique. Ils reconduisent en permanence soit par l'intermédiaire du mouvement de foule (moyen d'expression populaire) ou par l'intermédiaire de l'élection (moyen de l'expression de la de décision) les mêmes hommes politiques au pouvoir en sachant qu'ils ne font rien d'autre que ce que les autres ont déjà fait. Dans ce cas, la participation citoyenne apparaît un rituel d'exclusion sociale et qui par ses choix participe à créer une classe privilégiée, une oligarchie de pouvoir. L'élection et le mouvement de foule ne sont que des faire-valoir qui légitiment sa propre exclusion.

IV.2. Les acteurs de la démocratie

Comme nous l'avons noté la démocratie ne se pratique pas d'elle-même, elle a besoin des acteurs pour être réalisable. Actuellement, ce sont les partis politiques qui occupent la première place dans la réalisation de la démocratie. Sur le plan formel, les partis politiques constituent les faiseurs d'opinion dans une société donnée. Ce sont eux qui cherchent les alternatives face aux difficultés que traverse un pays. Les partis politiques ont pour vocation première de conquérir et d'exercer le pouvoir.

Institutions concernées

L'élection est mode de détermination répandu dans nombre d'organisations de toutes tailles :

Chaque fois que les choix offerts à un collectif de personnes reflètent une pluralité -sauf à admettre une préséance en vertu de la pensée unique ou de la loi du plus fort- la nécessité de trancher entre plusieurs options différentes voire divergentes pose la question des modalités de décision.

Elaboration du cadre juridique des elections

Le cadre juridique comprend habituellement quatre niveaux, à savoir : la constitution, les lois applicables, des règlements et des codes d'éthique.

Ce cadre comprend en particulier les règles qui définissent les paramètres majeurs que sont l'établissement du découpage électoral et celui des listes électorales.

Qui peut voter ?

Il s'agit de déterminer la source de la « compétence » et/ou de la « représentativité » des votants. Face à une pluralité de choix possibles, deux questions surgissent :

  • Qui est « compétent » pour participer à la décision ?

Positivement, la compétence à participer peut découler d'un droit général et imprescriptible, ou résulter d'une compétence d'attribution ou résulter d'une compétence de délégation.

Négativement l'incompétence à participer peut résulter de l'état ou de la qualité d'une personne, en application d'un règlement ou d'un usage.

Cette question de la compétence détermine directement le droit d'inscription sur les listes électorales.

  • Quelle représentativité et quel poids accorder à chacun des décideurs reconnus compétents ?

La règle la plus courante est : un homme = une voix ;

Mais des dispositions particulières peuvent prévoir que le nombre de voix détenu par un votant puisse varier et soit déterminé par un critère précis : Il peut s'agir par exemple des tantièmes détenus, du nombre d'actions détenues. Un double vote peut être prévu par les statuts pour tenir compte de l'ancienneté ou du statut patrimonial, professionnel, familial ou social.

Comment s'exprime le vote ?
  • Quelles sont les modalités d'expression du suffrage ?

Le suffrage peut être fait par tirage au sort, par acclamation, à main levée, par consensus, à bulletin secret, par procuration, etc.

  • Quelles sont les modalités de détermination du résultat ?

Le principe de la règle de la majorité -souvent utilisé- peut connaitre diverses qualifications de la majorité : majorité simple, majorité relative, majorité absolue, majorité qualifiée, etc.

Une disposition peut prévoir qu'en cas de partage des voix, la voix du président soit prépondérante : Pour éviter le blocage, le vote du président est réputé faire basculer la décision. D'autres méthodes d'organisation des élections existent mais sont peut utilisées : Scrutin à vote unique transférable, Vote alternatif, Méthode Condorcet, Méthode Borda, Méthode de Coombs, etc.

Quel est l'objet du vote ?

Il s'agit de choisir une personne parmi plusieurs : Modalités de candidature, campagne électorale.

Le 1er février 1946, un parti est formé le M D R M (Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache) fondé officiellement à Paris le 11 février 1946, le Dr RASETA en est le Président Le 21 mars 1946, ils déposèrent au Bureau de l'Assemblée Constituante une proposition de résolution pour un référendum en vue de faire déterminer par le peuple malgache son statut ; cette démarche violemment repoussée restera sans suite. Par le décret du 26 octobre 1946, Marius MOUTET alors Ministre de la France d'Outre-Mer (sous la présidence de Vincent AURIOL) avait arbitrairement partagé l'île en 5 provinces avec une assemblée représentative siégeant à Tananarive et une assemblée provinciale au chef-lieu de chacune des provinces, ce qui était un coup direct à l'unité nationale des Malgaches. Jacques RABEMANANJARA, poète et écrivain, fut élu député de la région de Tamatave le 10 novembre 1946 mais il ne siégea jamais. Il fut arrêté le 12 avril 1947 pour participation à la rebellion qui venait d'ensanglanter Madagascar, puis condamné aux travaux forcés. Le M D R M s'amplifie et trouve un allié provisoire en le PA DES M (Parti des Déshérités de Madagascar) dirigé par RAMAMBASON qui s'est vite avéré une émanation de l'administration française et qui prêchera la haine raciale. La France jouait de l'antagonisme entre les ethnies côtières et les Merina des Hauts-Plateaux. De graves incidents éclatèrent sur l'île. Il faut noter aussi l'action de l'Union C G T qui soutenait les revendications salariales des ouvriers. Malgré les pressions de toutes sortes et les arrestations de ses militants, le M D R M remporta la majorité des sièges aux élections de l'Assemblée représentative, d'où la colère des colonialistes. Marius MOUTET modifia rapidement les conditions de ces élections, ce qui provoqua cette fois la colère du peuple malgache. Sous de COPPET de nombreux incidents se multipliaient, actes de répressions , de brutalités et d'arrestations vis-à-vis de la population. La situation devenait explosive. Ce sont les conditions dans lesquelles la date de l'insurrection générale fut fixée, le 29 mars 1947, quelques jours avant le 1er congrès du M D R M.

Référendum constitutionnel malgache, 1958

Un référendum sur la nouvelle constitution de la France a eu lieu à Madagascar le 28 Septembre 1958 en tant que partie d'un référendum plus large à travers la tenue de l'Union française . La nouvelle constitution serait de voir le pays devenir une partie de la nouvelle Communauté française si elle est acceptée, ou conduire à l'indépendance en cas de rejet. Il a été approuvé par 77,64% des électeurs. [1] Le pays est ensuite devenu indépendant le 26 Juin 1960. [2]

Résultats

Choix Votes %
Pour 1363059 77.64
Contre 302557 22.36
Votes nuls / blanc 11859 -
Total 1767475 100
Électeurs inscrits / participation 2154939 82.02

 

Malgache élection présidentielle 1965

Les élections présidentielles ont eu lieu pour la première fois en Madagascar le 30 Mars 1965. Titulaire président Philibert Tsiranana du Parti social-démocrate était le seul candidat, et a gagné l'approbation de 97,8% des électeurs. [1]

Résultats

Choix

Votes

%

Pour

 

97,8

Contre

 

2.2

Total

 

100

 

Malgache élection présidentielle 1972

Les élections présidentielles ont eu lieu en Madagascar le 30 Janvier 1972. Titulaire président Philibert Tsiranana du Parti social-démocrate était le seul candidat, et a gagné l'approbation de 99,7% des électeurs. [1] Cependant, l'agitation publique a conduit à lui remettre le pouvoir au général Ramanantsoa Gabriel . Ramanantsoa a présenté des propositions pour une période de transition de cinq ans au cours de laquelle l'Assemblée nationale serait suspendue. Les plans ont été approuvés dans un référendum plus tard dans l'année. [2]

Résultats

Choix

Votes

%

Pour

 

99,7

Contre

 

0,3

Total

 

100

 

Élection présidentielle malgache de 1982

Les élections présidentielles ont eu lieu en Madagascar le 7 Novembre 1982. Titulaire président Didier Ratsiraka de l'AREMA a remporté plus de 80% des voix. Le taux de participation était de 86,75% des 4.749.054 électeurs inscrits. [1]

Résultats

Candidat

Partie

Votes

%

Didier Ratsiraka

AREMA

3192156

80.16

Monja Jaona

Madagascar pour les Malgaches

789869

19.84

Invalides / flans votes

137571

-

Total

4119596

100

 

Élection présidentielle malgache, 1989

Les élections présidentielles ont eu lieu en Madagascar le 12 Mars 1989. Titulaire président Didier Ratsiraka de l'AREMA a gagné avec plus de 60% ​​des voix. Le taux de participation était de 81,04% des 5.741.974 électeurs inscrits. [1]

Résultats

Candidat

Partie

Votes

%

Didier Ratsiraka

AREMA

2891333

62.71

Manandafy Rakotonirina

Mouvement pour pouvoir prolétarien

891161

19.33

Jérôme Marojama Razanabahiny

Mouvement populaire pour l'unité nationale

688345

14,93

Monja Jaona

Madagascar pour les Malgaches

139735

3.03

Invalides / flans votes

116154

-

Total

4283512

100

 

Élection présidentielle malgache, 1992-1993

Les élections présidentielles ont eu lieu en Madagascar le 25 Novembre 1992, un second tour entre les deux prétendants, le 10 Février 1993. Titulaire président Didier Ratsiraka de l'AREMA a perdu l'élection à Albert Zafy , chef de l' Union nationale pour la démocratie et le développement dans le deuxième tour après aucun des deux candidats a atteint 50% au premier tour.

Le taux de participation était de 74,43% pour le premier tour et 68,49% pour le second

Résultats

Candidat

Partie

Premier tour

Deuxième tour

Votes

%

Votes

%

Albert Zafy

Union Nationale pour le Développement et la Démocratie

2024841

45.94

2766704

66.74

Didier Ratsiraka

AREMA

1260193

28.59

1378640

33.26

Manandafy Rakotonirina

Mouvement pour pouvoir prolétarien

444288

10.08

 

 

Ruffine Tsiranana

Parti social-démocrate

152952

3.47

 

 

Jacques Rabemananjara

Indépendant

124901

2.83

 

 

Nirina Andriamanalina

Indépendant

98574

2.24

 

 

Tovonanahary Rabetsitonta

Action et le Groupe de réflexion pour le développement de Madagascar

96445

2.19

 

 

Invalides / flans votes

99595

-

157319

-

Total

4506993

100

4302663

100

Huit référendums dans l’histoire

Le premier était le référendum d’autodétermination de Madagascar tenu le 28 septembre 1958.

Le pays a voté « Oui » sauf la population d’Antananarivo.

Le 16 octobre, l'Assemblée Constituante et Législative provisoire, présidée par Norbert Zafimahova, élabore la Constitution du jeune état dont l'exécutif fut assuré par un gouvernement provisoire présidé par Philibert Tsiranana.

Cette constitution sera adoptée le 29 avril 1959. Et ici, il importe de le savoir : il n’y a jamais eu de vote au suffrage universel. Philibert Tsiranana, ayant recueilli 113 voix sur 113, des membres de cette Assemblée constituante, devient le premier président de la première république malgache, pour sept ans. D’où vient alors cette idée de lui donner le nom de « Père de l’Indépendance » ? Dès le départ, donc, la notion de république et d’indépendance a été tronquée dans la Grande île.

Un référendum sur la nouvelle Constitution pour entrer dans la quatrième République aura lieu le 17 novembre 2010 dans tous les districts de Madagascar, suite à la dernière conférence nationale tenue en septembre 2010 à Antananarivo, capitale de ce pays.

Le référendum est une élection, par laquelle les Malgaches vont répondre par oui ou par non s’ils acceptent ou rejettent un projet de constitution. La Haute Autorité de la Transition (HAT) considère cette démarche comme le seul moyen pour sortir le pays de la crise politique, qui a duré depuis presque deux ans à Madagascar. Mais les trois autres mouvances politiques ont annoncé qu’ils vont boycotter ce référendum.

C’est également le huitième référendum tenu dans la grande île depuis 1958, quand on compte les référendums rapportés par les journaux officiels malgaches. Le premier était le référendum d’autodétermination de Madagascar tenu le 28 septembre 1958. Suite à ce référendum, la Constitution de la première république a été adoptée par l’assemblée constituante le 29 avril 1959.

Le deuxième a été celui tenu le 8 octobre 1972, quand les Malgaches ont rejeté le programme gouvernemental proposé par le président Philibert Tsiranana. Selon un document historique, 2.897.819 sur les 3.453.722 Malgaches inscrits à la liste électorale ont voté. Le oui a remporté à 96,43% des voix tandis que le non en a remporté 3,57%. Tsiranana a démissionné le 11 octobre 1972 suite aux manifestations massives et sanglante tenue en mai 1972 par les étudiants de l’université d’Antananarivo.

Le troisième référendum a été organisé par le président Didier Ratsiraka le 12 décembre 1975 pour adoption la Charte de la révolution socialiste malgache, approbation de la Constitution de la deuxième république, instituant la République Démocratique de Madagascar. 92, 64% des 3.698.541 Malgaches inscrits sur la liste électorale ont voté. Le oui a remporté à 94,66% des voix tandis que le non en a gagné seulement 5,34%.

Le quatrième référendum, en août 1992 par la Haute Autorité de l’Etat (HAE), dirigé par le cardiologue Albert Zafy, portant sur l’adoption de la Constitution de la troisième République malgache. Cette Constitution a équilibré les pouvoirs entre un président élu au suffrage universel, et une Assemblée nationale souveraine. 65% des malgaches inscrits dans la liste électorale ont voté. Le oui a gagné 72,70% des voix tandis que le non a obtenu 27, 3 %.

Le cinquième a été demandé également par le président Albert Zafy en 1995. Ce référendum a demandé aux malgaches que la désignation et attributions du Premier Ministre soient confiées au chef de l’État, et non plus au Parlement. 71,45% des Malgaches inscrits sur la liste électorales ont voté. Le oui a obtenu 63,56% des voix tandis que le non a gagné 36,44%.

Le sixième référendum a eu lieu le 15 mars 1998, par demande du président Didier Ratsiraka, portant sur l’impossibilité d’empêchement du président par le parlement. 70,28% des inscrits sur la liste électorale ont voté. Le oui a gagné 50,96 % des voix et le non a remporté 49,04 %.

Le septième dernier référendum a été tenu le 4 avril 2007 par le président Marc Ravalomanana. 43,70% des 7.381.091 Malgaches inscrits sur la liste électorale ont voté. Le oui a obtenu 75,33% des voix tandis que le non en a eu 24,67%.

Et le huitième référendum aura lieu le 17 novembre 2010 par l’initiative des politiciens malgaches, qui supportent le président de la Haute Autorité de la Transition (HAT) Andry Rajoelina. Ce dernier est venu au pouvoir le 17 mars 2009, quand Ravalomanana a démissionné suite aux manifestations massives dirigées par Rajoelina.

Des partis politiques absents

Le blocage essentiel de la démocratie malgache résulte en grande partie par l'absence des partis politiques. Ce que nous voulons dire par absence, ce n'est pas pour dire qu'ils ne sont pas là mais pour illustrer le dysfonctionnement des partis politiques actuels. Actuellement, Madagascar compte plus de 333 partis politiques. Ce chiffre cadre bien l'exercice d'une démocratie. Pourtant, le fonctionnement des partis politiques dans le pays montre que la démocratie est aujourd'hui l'idéologie qui permet au parti politique ou plus justement le leader du parti de s'enrichir et de gagner les avantages liés au pouvoir. Dans l'état actuel des choses, créer un parti politique est un passage obligé pour accéder au pouvoir. Faire de la

35 Notre entretien individuel.

politique n'est plus une conviction personnelle, ni une démarcation idéologique, c'est tout simplement une nécessité absolue pour s'enrichir et jouir de l'impunité.

L'histoire des partis politiques dans le pays permet de voir que le multipartisme n'arrive pas à résoudre le problème de fond du pays. Les partis politiques ne jouent plus le rôle de producteur d'idée, ou le lieu de réflexion. L'histoire du mouvement de foule dans le pays est à cet égard un exemple permettant de mesurer la faiblesse des partis politiques à donner des alternatives de solution au problème du pays. En effet en 1972, les partis politiques sont incapables à prendre le pouvoir en cédant sa place à des militaires. En 1991, 2002, 2009, le pouvoir est conquis par un homme jusque là méconnus du champ politique considéré comme l'homme providentiel. Des petites formations politiques se forment autour de l'homme providentiel donnant naissance un gouvernement fragile. Ce processus explique l'instabilité gouvernementale. Tous les chefs d'Etat qui arrivent au pouvoir n'arrivent pas à gérer ses coalitions hétérogènes.

Le parti politique en question n'a pas de positionnement idéologique, ni de projet de société, ni de stratégie de gouvernance. Une fois au pouvoir, le parti devient monopartisme, et tous les représentants de chaque territoire se proclament appartient à ce même parti, car pour pouvoir prendre part aux richesses, et gagner de l'immunité, il faut impérativement se déclarer de ce même parti. L'exemple ne manque pas, il suffit de voir les partis politiques représentants au sein de l'assemblée nationale, en 1983, l'AREMA obtient 117 sièges sur 137 au sein de l'assemblée. Pendant l'époque de Ravalomanana 90% des sièges appartiennent au parti politique TIM. Actuellement, le schéma se reproduit où l'on voit de la domination du parti TGV. Cette situation ne fait que stériliser les débats politiques au sein de l'assemblée surtout cette institution fonctionne à la loi de la majorité et le vote à main levée. C'est toujours le parti du chef d'Etat qui a le dernier mot à dire.

Les partis politiques sont hostiles aux intérêts généraux de la nation. Ils réduisent les débats d'idées à un simple instrument de leur stratégie d'accession au pouvoir ou de maintenir au pouvoir et de gérer un système source de satisfaction personnelle c'est-à-dire l'Etat. Le débat politique, normalement en démocratie, devrait traiter les problèmes de fond du pays, mais en fait nous assistons à la simple négation des questions essentielles, l'assujettissement du débat au fonctionnement du système. L'Etat se réduit à un simple supermarché politique au sens Touraine du terme dans lequel les partis politiques font la course au pouvoir afin de s'enrichir. La répartition des rentes est actuellement les conditions essentielles de la stabilité politique car elle pousse les élites politiques à s'abstenir à la violence.

Les partis politiques se réduisent à des machines de conquête de pouvoir dont l'Etat a besoin pour pouvoir exister, des machines qui servent à recycler des personnels corrompus et toujours intéressés, pour illustrer ce propos, on peut signaler le comportement des hommes politiques qui quittent volontairement son parti pour adhérer à un autre par opportunisme politique ou préservation des intérêts personnels. La fonction d'un parti politique est aujourd'hui de gérer un système source d'insatisfaction et d'inégalité pour la majorité de la population.

Le foisonnement des partis politiques d'aujourd'hui s'explique par les intérêts portés au pouvoir et comme ressource des intérêts personnels. Un autre problème du multipartisme qu'on soulève toujours dans le pays c'est l'assise nationale des pays. Une grande partie des partis ne disposent pas de couverture nationale, ils n'arrivent pas à s'intégrer dans tous les territoires nationaux. A cela s'ajoute l'inexistence d'un véritable parti politique d'opposition. Le multipartisme est une caractéristique d'un régime où la liberté d'association permet à plus de deux partis de participer aux débats politiques et aux élections. Le multipartisme est une condition qui permet aux citoyens de contrôler les actions de l'Etat, pourtant, il n'existe pas de parti politique qui joue le rôle intermédiaire entre le citoyen et l'Etat. Ce n'est que pendant le moment de l'élection que les partis politiques pensent à l'existence du peuple. Mais la période de l'élection va être le moment qui renforce le divorce entre les peuples et ceux qui sont censés les représenter. Une fois l'acte électoral accompli la vie quotidienne reprend son cours normal. Les thèses élitistes trouvent ici son importance en affirmant que la démocratie politique n'est qu'une oligarchie déguisée36. Rien ne garantit que les représentants élus exécutent nécessairement la volonté du peuple.

Au cours de notre entretien individuel, toutes les personnes interrogées se rangent du côté de l'institutionnalisation du bipartisme ou au moins la limitation du nombre des partis politiques dans le pays. Les idées véhiculées par ces personnes sont le rassemblement des partis politiques ayant les mêmes visions ou idéologies en des groupements forts et solides. La limitation des nombres des partis politiques au moins autour de 100. A chaque moment fort de l'histoire, les hommes politiques s'empressent à créer des partis politiques mais lorsque la période électorale arrive les nombres des partis qui se présentent aux élections ne dépassent pas le nombre de 10.

Il appartient aussi au parti politique d'exercer le rôle d'éducateur des citoyens, mais nous apercevons que ce rôle est complètement oublié. Aucun parti politique d'aujourd'hui n'a pas de projet d'éducation citoyenne. L'inaccomplissement de ce rôle se réaffirme en posant la

36 C'est surtout Robert Michels qui a décrit la tendance oligarchique au sein des démocraties dans son ouvrage la sociologie du parti politique dans la démocratie moderne (1911).

question suivante aux citoyens. « Est ce qu'il existe dans votre quartier des partis politiques qui donnent de cours d'éducation civique ou au moins informer sur ce qu'est la démocratie ? ». Les citoyens nous ont livré des réponses négatives.

Les problèmes de la société civile

La société civile est le deuxième intermédiaire entre l'Etat et les citoyens. Actuellement, les sociétés civiles sont considérées comme des associations regroupant les individus ayant les mêmes intérêts. Après plusieurs années d'interdiction d'association durant le régime socialisme, on assiste à Madagascar à la multiplication de la société civile. Dans la pratique démocratique, les sociétés civiles contribuent à la défense des intérêts individuels et collectifs. L'élargissement du domaine d'intervention de la société civile permet de connaître qu'elle joue des rôles dans le processus démocratique et surtout dans le développement du pays.

La société civile est toujours dynamique dans la résolution de la crise politique dans le pays. Mais l'histoire du pays montre la faiblesse de la société civile à trouver une solution durable aux problèmes du pays. En 1972 la société civile avait remis en cause le régime néocolonial, en 1991 c'est le socialisme qui a été remise en question par un libéralisme à la mode. En 2002, la société civile a rectifié des principes certifiés fondamentaux non respectés de la démocratie.

On reconnaît aussi la société civile par son rôle de règlements conflits sociaux et surtout le conflit politique. Sur ce point, il convient d'énumérer le rôle du FFKM concernant les règlements de conflit politique dans le pays. Ce groupement oecuménique a été plus actif dans les moments difficiles de la vie politique malgache. Pour illustrer ce propos, nous disons que c'est grâce à ce groupement oecuménique que le pays a entré dans le processus de démocratisation dans les années 90 par l'organisation du forum national qui vise l'instauration des structures conformes aux idéaux de la démocratie. Dans le contexte de la crise actuelle, il a tenté de chercher un espace de dialogue sur les acteurs de la crise. Mais cette fois ci, la médiation du FFKM ne résoudra pas le problème politique du pays.

La place occupée par la société civile nationale est plutôt faible dans le processus de développement du pays. En effet, ce sont les organismes internationaux qui se montrent le plus dynamique dans le développement du pays, à travers la réalisation de projet dans plusieurs des cas qui ne s'adapte pas à la réalité sociale malgache. Ces dernières années, nous avons la tendance de demander des conseils à l'expertise internationale qui ne connaît pas la réalité malgache. On peut dire que la société civile malgache ne jouit pas encore d'une confiance suffisante. Ce sont les organismes étrangers qui se montrent le plus utiles

concernant la lutte contre la pauvreté dans le pays, ainsi des ONG se forment pour bénéficier l'aide des bailleurs de fonds.

La méconnaissance de la population est un autre problème. Les actions menées par les sociétés civiles sont invisibles et incompréhensibles devant la majeure partie de la population. La population n'a pas de considération à l'égard de la société civile. Pourtant, théoriquement, une société civile est issue de cette population qui oeuvre pour la défense de l'intérêt de cette population contre toute intervention de l'Etat dans la vie privée. Aux yeux de la population, on reconnaît la société civile par le mouvement de revendication diverse dans le but est de défendre les intérêts particuliers corporatistes.

Les enquêtés menées auprès de la population nous ont permis de connaître que beaucoup de citoyens ne travaillent pas avec la société civile à part les associations locales. En outre, beaucoup de citoyens semblent ignorer la notion de société civile et son rôle dans la prise de décision. D'ailleurs rares sont les répondants qui ont cité ces organisations comme cadre d'expression vis-à-vis des décisions publiques.

Graphique n°03 : Etat de connaissance des rôles de la société civile.

 

 

 

 

 

Source : Enquête personnelle 2011.

A partir de ce graphique, on remarque que 65 % des individus enquêtés n'ont aucune idée de ce qu'est le rôle de la société civile. 35 % seulement savent les rôles de la société civile. ce pourcentage montre qu'une grande mobilisation et éducation citoyenne est à déployer dans le contexte malgache.

C'est le pouvoir étatique lui-même qui est une source du déficit de la société civile malgache. Il n'existe pas encore un Etat qui consulte les sociétés civiles concernant le problème du pays dans la période d'accalmie. La recherche de dialogue entre la société civile et l'Etat est jusqu'ici un exercice difficile à maîtriser. L'insuffisance de débats entre ces deux institutions explique la carence d'une référence de vision nationale en matière de

développement socioéconomique et surtout de la démocratie. On peut dire que la société civile malgache ne jouit pas encore d'une confiance suffisante.

Pour terminer le chapitre il convient de rappeler que la pratique démocratique dans le pays souffre de dysfonctionnement qui se matérialise premièrement dans l'irrégularité de l'organisation des élections. On attend communément de l'élection qu'elle mette fin à la crise politique. Pourtant, celle-ci en raison de l'irrégularité de fonctionnement est devenue une source de nouvelle tension et d'exclusion sociale. L'exclusion sociale se reflète par la non inscription sur la liste électorale, par l'auto exclusion à cause du désintéressement à la vie politique.

En second lieu, l'abstentionnisme qui signifie par une crise de représentativité en raison de la baisse du taux de participation électorale. La crise de représentativité se renforce par le discrédit de la classe politique et les partis politiques. Les hommes qui accèdent au pouvoir ne font que consolider sa domination légale rationnelle qui se manifeste par le changement de constitution et le renforcement de la bureaucratisation de l'Etat, le parti politique de l'homme au pouvoir devient le parti dominant du champ politique.

En dernier lieu, la société civile nationale ne tient pas encore une place importante dans le processus de démocratisation et du développement du pays en raison de la confiance du pouvoir en place à des organismes étrangers. Le manque de volonté de l'Etat à se dialoguer avec la société civile témoigne que la recherche d'une vision à référence nationale n'est pas encore à l'agenda du pouvoir étatique.

 

 

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