RAINANDRIAMAMPANDRY

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c'est incontestablement la plus belle conscience de tout le pays.

recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com)

Il était une fois Rainandriamampandry

Voici un an, pour commémorer la lutte des patriotes malgaches en 1947, nous avions choisi comme titre de notre Lettre n°87, numéro spécial consacré au souvenir des évènements de 1947, (Voir sur notre blog : « Descendants des Menalamba et des Patriotes de 1947, réveillez-vous ! ».

Ce titre avait été choisi à la fois pour dénoncer ce que nous qualifions alors de « comportement de gouverneur général » de Jean-Marc Châteignier, ambassadeur de France de l’époque, et pour introduire un dossier spécial 1947, constitué par des témoignages vécus de patriotes, publiés par Fulgence Fanony et Noël Jacques Gueunier en 1997 dans un ouvrage intitulé « 1947, Témoins de l’insurrection ».

Nous engageons nos lecteurs à lire ou à relire ces témoignages poignants sur notre blog, et à les partager le plus largement possible, en ce 66ème anniversaire de la révolte engagée par nos aînés contre l’oppression coloniale française.

DANS LE MEME SOUCI DU DEVOIR DE MEMOIRE, ET AFIN DE NOURRIR NOTRE DETERMINATION A LUTTER CONTRE CETTE RECOLONISATION QUI NE DIT PAS SON NOM DEPUIS QUATRE ANS, nous présentons dans ce numéro 97 un dossier spécial constitué par de larges extraits de l’« Introduction à l’œuvre de Rainandriamampandry », rédigé par Simon Ayache. Comme pour le numéro spécial 1947 en date de mars 2012, nous avons choisi de reproduire ces extraits dans le corps de la Lettre ( Voir plus bas en encadré ) au lieu de les mettre en annexe sur notre blog, afin de permettre leur lecture par ceux, nombreux à Madagascar, qui n’ont pas accès à l’internet.

Nous encourageons, encore une fois, ceux de nos lecteurs qui le peuvent, à dupliquer et à partager le plus largement possible autour d’eux le présent dossier sur Rainandriamampandry.

Ce document, rédigé au début des années soixante, pourra parfois choquer par la reprise de certains vocables utilisés par les colons : Fahavalo , rébellion, sorciers, noms de lieux francisés, ou par le regard inévitablement européen de l’auteur. Il a cependant le grand mérite de fournir un cadre biographique très complet au travail effectué de 1964 à 1968 par Simon Ayache et ses étudiants de l’Ecole Normale sur les manuscrits de Rainandriamampandry. C’est pourquoi la lecture (ou la relecture) de cette biographie, relatant la vie et la fin tragique de l’un des plus grands parmi les fils de Madagascar, nous semble non seulement intéressante, mais particulièrement nécessaire aujourd’hui. Sa vie, entièrement dévouée à sa patrie, est à méditer dans ces heures douloureuses que le peuple malgache traverse actuellement.

RAINANDRIAMAMPANDRY : « HOMME JUSTE » ; « GRAND SERVITEUR DE L’ETAT » ; « ADMINISTRATEUR SAGE ET HABILE » ; « GENERAL INVAINCU » ; « MARTYR DE LA PATRIE »…

Les qualificatifs élogieux sont nombreux, venant de tous côtés, y compris de ses adversaires français.

Il fallait être grand pour forcer ainsi le respect et l’admiration de l’ennemi étranger, pourtant tellement imbu de sa supériorité.

Mais ses qualités personnelles seules, si grandes furent-elles, n’auraient pas suffi à faire de lui cet homme reconnu comme modèle par ses contemporains, qu’ils aient été ses coreligionnaires chrétiens, ses administrés, ses collègues hauts fonctionnaires, ou chefs militaires. En effet, sous la première République malgache comme au début de la seconde, Madagascar n’a pas manqué de femmes et d’hommes de qualité. Mais le contexte néocolonial, ainsi que la perte des repères sociaux et moraux dans une société reniant sa propre identité comme son histoire, ne leur ont pas permis de développer pleinement leur potentiel, et de servir leur pays comme Rainandriamampandry avait pu le faire en son temps.

IL N’Y A PAS DE HASARD. SI UN PERSONNAGE COMME RAINANDRIAMAMPANDRY A PU EMERGER A SON EPOQUE, C’EST QUE DES FACTEURS FAVORABLES Y ONT CONTRIBUE.

Sa biographie nous montre comment sa famille, la société malgache, et le système de choix des dirigeants de cette époque ont permis à ses qualités personnelles de s’épanouir pleinement. En lui assurant l’éducation adéquate, en le baignant dans des principes et des valeurs civiques et morales solides, en lui offrant la possibilité d’acquérir par étapes graduelles les expériences nécessaires à de hautes fonctions.

Son éducation tout d’abord : sa famille attacha une attention extrême à son éducation. Pour elle, le fait qu’il fût, par ses origines familiales, destiné à occuper de hautes fonctions, rendait obligatoire une éducation soignée afin de le préparer à ces futures responsabilités. Nous sommes loin des héritiers décadents des nouveaux riches, convaincus que tout peut s’obtenir sans effort puisque tout peut s’acheter! Loin de l’irresponsable ambition des plus médiocres parmi les Malgaches s’acharnant à obtenir les postes les plus élevés qu’ils sont loin de pouvoir tenir!

Ses principes moraux ensuite : la fidélité au pays, le respect de la parole donnée, le courage face aux épreuves de la vie, étaient des valeurs cultivées et vécues dans son clan familial. Ces principes firent de lui, alors que sa vocation était d’abord pastorale, le général-en-chef qui tint victorieusement tête, et à plusieurs reprises, aux troupes d’invasion françaises bien mieux armées. Ces principes firent de lui ce patriote et cet homme d’honneur qui se battit jusqu’au bout, arracha des victoires quand tout semblait perdu, et ne se rendit jamais. Ces valeurs familiales furent enrichies par la morale chrétienne que Rainandriamampandry appliqua avec sincérité dans toutes ses entreprises, car il ne fut pas un chrétien opportuniste, mais adhéra totalement à la recherche de justice et d’équité demandée à un chrétien. Nous sommes loin des pharisiens de tout acabit qui remplissent aujourd’hui les églises et les temples chrétiens de Madagascar !

Sa vaste culture enfin : curieux de tout, il s’attacha à connaître l’histoire occidentale afin de mieux comprendre ces Occidentaux qu’il savait de redoutables adversaires. Mais il prit également soin de connaître et de faire connaître l’histoire de Madagascar, afin de puiser dans les grandes traditions de son pays la force pour affronter l’ouverture sur le monde occidental, ouverture à la fois nécessaire et inévitable, qui s’imposait à Madagascar.

Nous sommes loin des dirigeants déculturés, tout aussi ignorants de l’histoire et des coutumes de leur propre pays que de l’histoire du monde, ainsi que des leçons à en tirer, dont Madagascar est affligée depuis le retour de l’indépendance!

EN MARS 2012, DANS LA LETTRE N°87, NOUS DISIONS DEJA QUE « LES RELATIONS ETABLIES DEPUIS LE COUP D’ETAT EN 2009 ENTRE LA FRANCE ET SON ANCIENNE COLONIE ONT FAIT REGRESSER LA GRANDE ILE AU STATUT EFFECTIF DE PROTECTORAT ».

Pour illustrer nos propos, et faire le parallèle entre 1895 et 2009, nous reproduisons ci-dessous en encadré un extrait de la biographie de Rainandriamampandry présentée par l’association Devoir de Mémoire et Solidarité France-Madagascar, dans laquelle un fonctionnaire français de l’époque trace les profils des Malgaches à éliminer et ceux à garder comme « collaborateurs ».

 

« En 1895, au lendemain de la défaite militaire face à une armée d'invasion supérieure en armements, le Gouvernement royal de Ranavalona III appela Rainandriamampandry au poste délicat de Ministre de l'Intérieur. Le 6 Août 1896, une loi française prononce l'annexion pure et simple, comme colonie, de Madagascar. Aussitôt, la résistance nationale et patriotique s'organise….

Pour y faire échec, le Général Galliéni, alors Proconsul, décide de frapper haut et fort. Son idée est de faire fusiller deux personnalités pour intimider la population. Il prend conseil auprès de son entourage. On choisit donc l'oncle de la Reine, le Prince Ratsimamanga pour mater la noblesse. Le second personnage est longuement discuté. On hésite entre Rasanjy, ancien secrétaire du Premier Ministre Rainilaiarivony et le Général Rainandriamampandry. Finalement, l'avis d'un Conseiller civil l'emporte. Voici, son argumentation : "Rasanjy est un personnage sans conscience. Comme il est sensible aux honneurs et à la richesse, même pour un plat de lentilles, il vendra son pays. Il ne respecte que les forts et il exécutera toutes les mauvaises œuvres qu'on lui commandera. En résumé, sa mauvaise nature nous rendra service. Quant à Rainandriamampandry, j'ai pour lui un grand respect et c'est pour moi un honneur de le considérer comme un ami. On ne peut pas nier que c'est incontestablement la plus belle conscience de tout le pays. Il ne compte d'autre ennemi que Rasanjy. Tout le monde le respecte. C'est un travailleur, un vrai patriote. Quand il était dans l'enseignement, il a oeuvré pour le développement des écoles à Madagascar. L'an dernier, quand il était soldat, on a vu comment il s'opposa à nous à Farafaty. Aussi bien, voici ma conclusion : faisons de Rasanjy un Premier Ministre et fusillons Rainandriamampandry ! ».

 

En compagnie du Prince Ratsimamanga, Rainandriamampandry fut fusillé à Antaninarenina le 15 octobre 1896.

Dans son récit, Simon Ayache nous dit : « Le mercredi 14 octobre 1896, dans le temple d’Analakely, Rabary voulut honorer « les justes punis à tort ou raison ». Il choisit le thème de son sermon dans l’Ecclésiaste : Une génération passe ; une autre lui succède, mais la terre subsiste toujours. Le mythe naissait déjà. »

EN MARS 2012, NOUS AVIONS ACHEVE LA LETTRE N°87 PAR CES MOTS :

« L’histoire se répète et nous ramène à la situation de 1895, après la dernière guerre franco-malgache : un semblant de gouvernement face à un Galliéni triomphant. Sauf qu’au lieu de Rainilaiarivony et de grands patriotes comme Rainandriamampandry, vaincus par la force des armes, nous avons un Andry Rajoelina et des ministres qui collaborent activement avec le colonisateur».

La situation est restée inchangée depuis : les héritiers spirituels de Rasanjy, issus du putsch, continuent de prendre leurs ordres à Paris ; les militaires français, au nombre de 200 en 2012, sont encore plus nombreux aujourd’hui au sein de « l’armée malgache » ; le nouvel ambassadeur Goldblatt adopte la même attitude arrogante de « Gouverneur » que l’ambassadeur Châteignier dans ses déclarations publiques.

Alors, nous réitérons notre appel!

Descendants des Menalamba et des Patriotes de 1947, réveillez-vous !

Héritiers de Rainandriamampandry, réveillez-vous !

Comme lui, résistons et combattons jusqu’au bout !

Les Inconditionnels de Madagascar,

À l’Ile de la Réunion

La mort du prince Ratsimamanga et de Rainandriamampandry

Pour asseoir  à jamais l’autorité de la France sur la grande Ile, le Général Gallieni, a proposé à son conseil de passer par les armes en public deux des chefs les plus estimés de l’Imerina. A cette époque, la rébellion grondait un peu partout, il lui fallait trouver le moyen le plus efficace pour frapper l’imagination des Malgaches et les dissuader de braver la puissance de la France.

Après une longue discussion avec ses conseillers, les noms retenus étaient ceux de  Rainandriamampandry et du prince Ratsimamanga. Le premier est issu de la caste Hova et a occupé le poste de ministre des affaires intérieures  de Rainilaiarivony, le second est de caste noble et oncle de la reine.  Les deux personnalités ont été arrêtées et fusillées en public le 15 Octobre 1896. D’autres personnes ne connurent pas le même sort mais furent envoyées en revanche en exil.  Il s’agit entre autres  de la princesse Ramasindrazana, de Razanakombana, Razafimanantsoa, Ravelonanosy et Rainitahina, accusés d’être parmi les chefs de la rébellion.

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Date de dernière mise à jour : jeudi, 29 Juin 2017

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