RUGBY MALAGASY

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En 1920, Le rugby malgache défie l'équipe des Springboks d'Afrique du Sud

recueillis par Robert Andriantsoa (malagasy58@gmail.com)

Équipe de Madagascar de rugby à XV

L'équipe de Madagascar de rugby à XV rassemble les meilleurs joueurs de Madagascar et est membre de Rugby Afrique. L'homme qui a le plus marqué le rugby dans l'île fut Ravolomaso (Gabriel Rajaonarison, dit Papa Ravolomaso, ou Dadagaby). Dans les années 1980 ce fut au tour de Rakotohasimbola Nirisoa Élysée Brunet, ancien international et ancien capitaine des Makis, d'influer sur ce sport. Il continue de contribuer au rayonnement du rugby malgache au sein d'une équipe d'expatriés, le MASC RUGBY (Madagascar Association Sportive et Culturelle), créé en 2001 aux Ulis dans l'Essonnes (91). Seule équipe malgache de rugby en Europe, car les joueurs qui évoluent au sein de cette équipe viennent de partout : Île-de-France, Strasbourg, Mulhouse, Lyon, Toulon, Marseille, Toulouse, Perpignan, Bordeaux, Nantes, Rouen, et aussi d'Allemagne

Historique

Le rugby a été introduit par les navigateurs français et fut renforcé par des missionnaires britanniques en 1870. Le premier match sur le sol malgache a été un affrontement entre l'équipe français coloniale contre les indigènes de Madagascar. Ce fut le match le plus violent de l'histoire du rugby où les deux équipes se séparent sur une telle violence. En 1920, Le rugby malgache défie l'équipe des Springboks d'Afrique du Sud lors d'un match amical qui fut remporté par l'équipe de Madagascar sur un score de 36-16. L'équipe de Madagascar a dominé le rugby africain pendant des années avant de disparaître, et ne fut de retour que bien des années plus tard avec la nouvelle génération.

Records

Revue Hommes et migrations n°1289, « Les frontières du sport, diversité des contextes depuis l’entre-deux-guerres », Janvier-février 2011, pp.20-27.

La conquête d’un espace de combat en milieu colonial : le rugby sur les hautes terres de Madagascar (1896-1960)
Evelyne Combeau-Mari Professeur en histoire contemporaine
CRESOI-EA12 Université de La Réunion

Inventé par les collégiens de la Rugby-school au début du XIXème siècle en Angleterre, le rugby incarne un nouveau modèle éducatif destiné aux futurs cadres pour forger des qualités d’endurance, de sang-froid, d’initiative, de solidarité et de sacrifice. Malgré les réticences des pédagogues français, il pénètre l’hexagone grâce à la promotion des résidents anglais et la réception enthousiaste des lycéens et des milieux anglophiles. Importé à Madagascar avec la colonisation française et les troupes du Général Gallieni en 1896 le rugby au même titre que les autres pratiques sportives est réservé dans un premier temps exclusivement aux militaires et aux colons dans un but d’entraînement et de divertissement. Alors que la gymnastique est sensée préparer physiquement et moralement les jeunes Malgaches à la conscription. Or, dès le lendemain de la première guerre mondiale, les élites des Hauts plateaux délaissent l’austère « méthode française » pour se focaliser sur la pratique du rugby et l’ériger en support d’émancipation nationale.
Sur la période 1896-1960 qui couvre la colonisation française à Madagascar, revenons au travers de ces quelques pages sur ce processus original de transfert culturel. Par « transfert culturel », nous entendons observer les mécanismes de migrationi des pratiques sportives d’Europe vers cette île de l’océan Indien. Mais il s’agit également d’évaluer dans quelles conditions historiques la greffe du sport anglo-saxon se réalise et les motifs qui justifient l’appropriation spécifique par les populations des Hautes Terres, les Merina d’un sport collectif comme le rugby dès la période d’entre-deux-guerres. Transfert culturel et social, car au moment de l’indépendance, la démocratisation du jeu s’accompagne de la désertion de la frange éduquée de la population.
Notre contribution s’organise selon un plan classique, chronologique. La première partie couvre la période 1896-1933 de pacification et d’installation coloniale. Elle voit l’arrivée du ballon ovale à Madagascar, son utilisation par les militaires à des fins
d’entraînement et son appropriation voire son « accaparement » par les Malgaches des Hauts plateaux. La seconde s’attache aux conséquences de la rébellion de 1947 et à l’avènement de l’indépendance de la Grande île (juin 1960). La massification de la pratique rugbystique entraîne sa radicalisation politique. Devenu le « sport-roi », l’ovale se transforme en porte-drapeau du mouvement nationaliste. Sa démocratisation permet d’analyser les mécanismes de démarcation sociale dans l’accès au jeu. Au sein d’une société hiérarchisée en castes, elle souligne l’abandon par les élites Merina du sport collectif de combat au profit des classes serviles.
I-Importation du rugby par les militaires et appropriation par les élites des Hauts-plateaux (1896-1933)
Dès les années 1900, dans le cadre de leurs activités d’endurcissement, les militaires français du bataillon d’occupation de l’Emyrne descendent tous les matins sur le champ d’entraînement pour se livrer entre autres sports au rugby. L’engagement et la violence du combat pour capturer le ballon fascinent les jeunes Malgaches qui, impatients de participer, deviennent très assidus sur le bord du terrain. A compter de 1905, des matches opposent une équipe formée des militaires, dénommée le bataillon à une équipe entièrement composée d’éléments locauxii surnommés les « zanaky ni marainaiii », les fils du matin car ils s’entraînent au lever du jour sur l’esplanade de Mahamasina. Au regard de l’audience suscitée par ces manifestations, les joueurs pressentent l’espace d’expression qui pourraient s’ouvrir à eux. Mais dans l’organisation coloniale, les sports anglo-saxons ne sont accessibles qu’aux Français. En vertu du principe de préparation militaire des populations colonisées les Malgaches doivent être formés à la défense de la Patrie par l'apprentissage de la gymnastique. En phase avec le projet politique d’assimilation, l’administration initie la création de sociétés gymniques dans la capitale et en province.
La naissance de la société gymnique du Stade Olympique de l’Emyrne le 16 décembre 1911 à Tananarive, présidée par l’administrateur Montagné marque une étape importante dans l’affirmation du sport malgache. A la différence du Sport-club, réservé exclusivement aux Européens, le Stade ouvre largement ses portes aux Malgaches. Encadrés par des personnalités d’exception telles que M. Montagné, ancien du Stade toulousain et Georges Peyroutou, demi d’ouverture de l’Equipe de France, les jeunes sont à bonne école et assimilent rapidement les fondamentaux du jeu. Peu motivés par la gymnastique militaire, ils
l’abandonnent bientôt au profit du seul sport collectif de combat. Malgré cette exceptionnelle conjoncture, l’adhésion au rugby peut surprendre d’autant qu’il s’agit d’un cas unique en Afriqueiv. Quelques éléments d’analyse autorisent une meilleure compréhension de la logique de diffusion.
Totalement étranger à la culture corporelle malgache, l’ovale présente néanmoins des caractéristiques qui rappellent les pratiques physiques des Hauts plateaux. La violence de l’attaque pour la conquête du ballon répond aux exigences viriles des jeunes originaires de l’Imerina. De nombreuses activités ancestralesv reposent sur le combat individuel, à l’image du Diamanga, variété de boxe française interdite par l’administration et du savika, combat contre les zébus. La dimension rugueuse de l’activité colle aux coutumes terriennes et rurales de ces régions fondées sur la culture du riz et l’élevage du zébu. Mais il faut également relever la conversion majoritaire des Merina au protestantisme à la fin du XIX° sous l’influence des missionnaires de la London Missionary Society, comme facteur de renouvellement des conceptions éducatives et culturelles. Très critiques à l’égard des jeux traditionnels considérés comme reflet du paganisme, les pasteurs enseignent les valeurs occidentales au sein d’Union de jeunesse. Pratique distinctive, le rugby identifie les protestants, là où le football désigne les catholiques. De plus, l’essence même du jeu recouvre une connotation patriotique. La répartition des joueurs et l’organisation spatiale supposent de gagner du terrain sur l’adversaire tout en défendant son territoire contre l’envahisseur. Le goût pour le défi physique inconnu jusqu’alors dans sa version collective revêt dans un contexte exigeant sur le plan des solidarités un sens religieux et politique.
Contre toute attente, en 1913 pour la première fois, l’équipe malgache du Stade olympique de l’Emyrne remporte une victoire sur l’équipe militaire. Ce résultat fait l’effet d’une bombe dans les milieux coloniaux et retentit très fortement sur l’évolution du sport à Tananarive. Le sport malgache est lancé sur les Hauts plateaux et se définit quasi-exclusivement par la pratique du rugby. Les clubs quadrillent les différents quartiers de la ville. Répandue initialement par les étudiants de l’école de médecine et les jeunes scolarisés des secteurs privilégiés de la capitale, l’activité de combat collectif déplace progressivement ses frontières pour conquérir des zones plus populaires.
Au delà des matches inter-clubs, le véritable enjeu de la compétition réside dans l’affrontement du Stade ou du Sport Hova contre l’équipe du Racing-club. Relève du Bataillon, ce club fondé en 1920 dont l’appellation résume la vocation élitiste et européenne groupe d’anciens licenciés de clubs métropolitains, enseignants, fonctionnaires, commerçants et quelques élèves du lycée Gallieni. Mis en échec à plusieurs reprises devant le Stade, les dirigeants humiliés finissent face à la violence des rencontres par capituler et s’effacer du championnat en 1933. Ce recul du colonisateur sur son propre terrain est interprété comme un signe éminemment symbolique. Blessés dans leur amour-propre, les dirigeants sportifs français développent à compter des années 40 des stratégies de contrôle de l’activité rugbystique avec pour ambition sa reconquête définitive. Le fonctionnement administratif restrictif atteint son apogée entre 1941 et 1942 avec l’arrivée sur la Grande île du Gouverneur Annet, ardent propagandiste de la « Révolution nationale ». Il prend des formes plus détournées dans les années cinquante, bien que l’insurrection de 1947 et sa répression violente aient profondément bouleversé la nature des relations entre la France et la Grande île.
II-L’ovale et la symbolique d’émancipation nationale (1947-1960)
En dépit des réticences des cadres européens, la nouvelle législation engendre une adhésion sans précédent. Les années cinquante, période d’apogée du combat politique correspondent à l’âge d’or du mouvement sportif. Dans la capitale et sa région, le rugby s’affirme comme le « sport-roi ». L’ovale domine les autres activités par ses effectifs et par ses résultats exceptionnels qui en font le spectacle populaire par excellence.
Dans le cadre rénové de l’Union Française, se dessinent de nouvelles orientations pour la jeunesse et les Sports avec la création d’un Commissariat général aux sports, piloté par un inspecteur de la Jeunesse et des Sports chargé de développer des politiques sportives. De plus l’extension de la loi de 1901 à Madagascar par le décret du 13 mars et l’arrêté du 12 avril 1946 consacre pour tous les citoyens la liberté de se réunir. Mais ces nouvelles mesures sont profondément infléchies par les conséquences des événements de 1947. Considérés comme de puissants relais du mouvement nationaliste, les clubs de rugby sont désormais ciblés par l’administration. Plusieurs projets convergent pour contrôler l’activité et minimiser son impact. Le premier repose sur les institutions avec la création d’une ligue. Il occasionne l’émergence du jeu à XIII. Il s’accompagne d’une campagne de presse sévère pour baisser la côte de popularité aux yeux de l’opinion publique. L’administration envisage également une décentralisation des pratiques sportives pour remettre en cause l’hégémonie de la capitale.
Malgré de multiples tentatives pour s’opposer à la vitalité du rugby malgache et en maîtriser l’expression, l’administration coloniale ne peut que mesurer son impuissance. La dynamique associative confirme la détermination nationaliste et l’avancée vers l’indépendance.
En 1951, à sa création la ligue compte vingt et un clubs qui comme leur nom le mentionne sont représentatifs de tous les quartiers de la ville. Huit évoluent dans la division excellence,
pour treize en division honneur. Ainsi au début de la saison 1957, la ligue affiche 3000 licenciés dont plus de 500 sont juniors. Mais la puissance du comité et des clubs de rugby provient également de sa trésorerie. Le stade d’Antanimena joue à guichet fermé tous les dimanches après-midi. La presse annonce régulièrement le chiffre des 10 000 spectateurs autour du stade. A la tête d’une manne financière considérable, les grands clubs disposent d’une certaine indépendance et du pouvoir de décision.
La massification des effectifs au cours de la décennie cinquante, liée à l’instrumentalisation politique du jeu se réalise par le recrutement progressif des joueurs dans les quartiers plus déshérités de Tananarive. La migration géographique de l’ovale du stade Mahamasina vers le stade malacam d’Antanimena (stade des cheminots), au sein d’un quartier beaucoup plus pauvre induit naturellement un glissement social du recrutement avec bientôt une majorité de Maintyvi, descendants d’esclaves. Du fait de son écrasant poids démographique à Tananarive, cette part de la population est systématiquement sollicitée dans le débat politique. Dans une société fondée sur le système des castes, il reste cependant inconcevable pour un Andriana, noble de descendance royale, ou bien un Hova, roturier de côtoyer sur un même terrain, a fortiori physiquement un Mainty. Aussi, le processus de démocratisation du rugby notable à compter des années cinquante entraîne-t-il inexorablement la désertion des élites qui abandonnent non seulement l’activité mais aussi son encadrement. Cette évolution compréhensible au regard des fondements culturel et social des populations des Hauts plateaux est régulièrement stigmatisée par les journalistes français. Les autorités redoutent la violence des débordements des milieux populaires, habituellement bridés par l’ascendant des descendants royaux. Prenant modèle sur le rugby français du Sud-Ouestvii et l’image idéalisée de la « grande famille », ils dénoncent « la trahison des clercs ». Pour autant, seul le rugby enregistre des résultats aussi exceptionnels en compétition.
Grâce aux moyens financiers de la ligue, les dirigeants rehaussent le niveau technique des joueurs en multipliant les échanges. En 1952, L’équipe du Paris Université Club (PUC) est invitée pour une tournée tous frais payés. La prestation des joueurs malgaches répond aux espérances du public survolté de Mahamasina. Les bons résultats incitent le comité directeur de la ligue à solliciter en 1953 auprès de la Fédération Française de Rugby la venue d’une équipe de haut-niveau et non des moindres, l’équipe de France. Les résultats étonnants obtenus par la sélection de Madagascar le 2 aôut 1953 dans un stade Mahamasina comble (plus de 20 000 personnes) défrayent la chronique. L’Equipe du mercredi 5 aôut 1953 titre même dans un placard en première page :
12/10 pour l’équipe de France, la sélection de Madagascar manque d’un cheveu de créer une surprise sensationnelle.
Car les « Rouge et jaune » font preuve lors de ce match d’une vivacité sur le ballon et d’une détermination à toute épreuve. Consciente de la différence flagrante de gabarit, la sélection de Madagascar excelle dans la stratégie défensive. Même si ce score peut s’expliquer par la reprise récente de l’équipe de France, après trois mois d’inaction, ou bien même dans son attitude condescendante à l’égard d’un adversaire dont elle méconnaît la valeur. Reste que les joueurs locaux réalisent une partie extraordinaire. Le niveau technique et tactique de leur prestation est confirmé lors du match-revanche du 16 aôut 1953. Aguerrie, l’équipe de France révise son jeu, profite de son potentiel avant et ne concède que six points à ses adversaires qui exercent une résistance héroïque. La réussite du rugby malgache incite le comité directeur de la ligue à préparer encore plus activement son équipe dans la perspective d’une tournée en France. De 1953 à 1957, l’entraîneur national, M. Dupont Clément anime à raison de deux mois et demi par an un stage de formation intensif. En septembre 1957, l’équipe « représentative du rugby à Madagascar » est prête pour un déplacement de trois matches : Toulon, Toulouse, Paris.
Accueillie chaleureusement par les équipes provinciales, l’équipe malgache remporte brillamment ses trois premiers matches. Tournée sportive marquée néanmoins par son engagement politique : les dirigeants et joueurs profitent du passage à Toulouse pour rendre visite au Docteur Joseph Ravoahangy Andrianavalona encore assigné à résidence fixe dans cette localitéviii. La presse française salue unanimement l’originalité du jeu et son efficacité.
Le point d’orgue de la tournée se déroule au stade Jean Bouin. Les Malgaches affrontent le Racing Club de Paris devant un parterre de spectateurs réduit aux quelques étudiants compatriotes qui ont tenu à faire le déplacement. L’équipe visiteuse s’incline cette fois sur le score sévère de 3/33. Mais la défaite est rendue plus amère encore par le décès du joueur Randriambahiny (dit Mbahiny) lors de la seconde mi-temps du match. Souhaitant stopper en pleine course le trois quart aile du Racing, situé à 10 mètres de l’en-but malgache, Mbahiny tente alors la « torpille », une technique particulière de placage usitée à Madagascar, très efficace si elle est réussie. Le joueur se projette en pleine vitesse crâne en avant contre la tempe, la mâchoire, ou encore la région carotidienne causant un vertige, une paralysie momentanée des membres inférieurs ou une fracture de la mâchoire de son adversaire. Tout aussi dangereuse pour celui qui l’exécute, cette technique peut provoquer une hémorragie interne. Elle entraîne ce jour là la mort de Mbahiny. Le Racing-man porteur du ballon, stoppé brutalement, se reprend, finissant sa course par un essai dans l’en-but malgache.
Le drame survenu en « terrain ennemi » dans le cadre de l’activité sportive la plus porteuse d’espoir dans le camp nationaliste est perçu par l’opinion publique malgache comme une provocation inacceptable. La presse s’empare de l’événement tragique érigeant le rugbyman en « vaillant kamikaze » de la cause patriotique. La dernière tournée de l’équipe de rugby « représentative de Madagascar » en France révèle dans toute son intensité le sens politique du combat incarné par la pratique de l’ovale sur les Hautes Terres de Madagascar.
Par comparaison aux autres colonies anglaises et françaises en Afrique, l’implantation du rugby à Madagascar offre une situation très originale en matière de diffusion ludiqueix. En effet, la pratique des sports par les autochtones y est très précoce. Le choix privilégié de l’ovale est marquant car tous les autres pays africains retiennent le football. Réservés initialement aux militaires et aux colons pour la pratique de divertissements dans des clubs fermés, les jeux sportifs collectifs ont été utilisés pour rehausser le contenu de la préparation militaire que la France destinait aux Malgaches. Dès l’après première guerre mondiale, les jeunes hommes des Hauts plateaux issus des milieux éduqués et protestants prennent goût à l’exercice du rugby. Ils s’emparent de l’activité au point d’en évincer les Européens. A la fin des années trente, le rugby, diffusé par les élites merina représente le « sport malgache » et les clubs sportifs des lieux de préparation physique et morale à l’émancipation nationale. Ce processus de « transfert culturel » du rugby à Madagascar montre l’appropriation d’une activité occidentale par les élites à des fins essentiellement politiques. Grâce à l’assouplissement du régime associatif, la diffusion du sport collectif de combat s’accentue dans les années cinquante mobilisant les couches plus défavorisées de la population. Ce mécanisme de démocratisation de l’ovale devient encore plus flagrant à compter de 1960. Instrument de combat pour l’indépendance, le rugby intéresse les élites merina. Ils s’en détournent définitivement une fois l’indépendance acquise en 1960. Si bien que le jeu est progressivement investi par les couches les plus pauvres de la population. Dans les représentations, le jeu appartient désormais aux descendants d’esclaves qui le pratiquent à la limite de la violence, juste expression de leur souffrance sociale.
i Allen Guttmann s’est attaché à la conquête du monde depuis l’Angleterre par les sports modernes dans la dynamique d’expansion des marchés et de création des empires coloniaux. Pour traduire ces mécanismes, il avance le concept de « cultural imperialism ». Guttmann Allen, Games and Empires, modern sports and cultural imperialism, New-York, Columbia University Press, 1994, pp.2-11.
ii Quelques noms et surnoms sont restés attachés à cette première équipe : Robinson Diable, Ratsimba gôsy, Ravelonandro…Voir Razafindralambo Raymond, Le rugby malagasy, Antananarivo, Ministère de la culture et de l’art révolutionnaire, 1987.
iii Voir Entretien avec Haja Ratovonirina, ancien haltérophile de haut niveau et talonneur, il fait partie des universitaires qui s’intéressent au lavalava (allongé), ce mot désigne le rugby. Bonnet Pierre, (Madagascar, la revanche des pauvres), in Rugby, la Mêlée des cultures, Géo n°343, septembre 2007, p.104.
iv Le football se répand dès les années vingt dans les colonies britanniques : Soudan, Kenya, Nigéria, Ouganda, voir l’ouvrage collectif Eds. Baker William J. and Mangan James A., Sport in Africa, New-York , Africana Pub. Co, 1987 et dans les colonies françaises : territoires de l’Afrique Equatoriale Française et de l’Afrique Occidentale Française, voir Deville-Danthu Bernadette, Le sport en noir et blanc, Paris, L’Harmattan, 1997, pp. 47-50. ainsi qu’en Afrique du Nord, précisément en Algérie, voir Fatès Youssef, (Les marqueurs du nationalisme des clubs sportifs musulmans dans l’Algérie coloniale.) Quasimodo,1997, pp.121-130.
v Le diamanga, le daka, le ringa, le moraingy sont des activités individuelles de combat. Voir Combeau-Mari Evelyne et Ratsimbazafy Ernest, (Les techniques du « moraingy » à Madagascar, Diffusion et signification.) in Robène Luc et Léziart Yvon, Histoire et anthropologie des techniques sportives, Paris, Edition Chiron, 2006.
vi Voir Randriamaro Jean-Roland, (L’expression du politique par le populaire : l’exemple du rugby à Madagascar), in Revue historique de l’océan Indien, n°1, 2005, p. 313.
vii Christian Pociello a montré que dans les sociétés égalitaires et méritocratiques, la cohabitation des classes sociales dans le jeu est rendue possible par la spécificité de la répartition des postes. Voir Pociello Christian, (« La force, l’énergie, la grâce et les réflexes » . Le jeu complexe des dispositions culturelles et sportives.) in Pociello Christian, (sous la direction de) Sports et société, approche socio-culturelle des pratiques, Paris, Vigot, 1981, p.210-216.
viii prolongement de la condamnation qu’il avait encourue au grand procès des parlementaires malgaches, suite à la rébellion de 1947.
ix Sur les approches comparatives de diffusion du sport en milieu colonial africain voir, Centre des Archives d’Outre-mer, L’empire du sport, Aix en Provence, AMAROM, 1992 et Combeau-Mari Evelyne (sous la direction de), Sports et loisirs dans les colonies XIXe-XXe siècle, Paris, Le Publieur, Bibliothèque Universitaire Francophone, 2004.

 

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