Philibert TSIRANANA

wikipedia.jpgdada.jpgLe parcours républicain d'un colonisé malgache.

Banniere pdt tsiranana copie

recueillis par Robert ANDRIANTSOA (malagasy58@gmail.com - tany_masina@yahoo.fr)

 

LES CHEMINS DE L'ESPÉRANCE

     Pourquoi DIEU a-t-il choisi David, un petit berger pauvre, pour devenir roi d'Israël? Et pourquoi DIEU a-t-il conduit l'humble bouvier d'un village perdu de Madagascar, pour devenir le chef d'un peuple entier?

Philibert Tsiranana

Fonctions : 1er président de la République malgache

Élection 1er mai 1959 (par le Parlement)

Successeur Gabriel Ramanantsoa

Président du Conseil de gouvernement : 14 octobre 19581er mai 1959

Ministre conseiller de la France : 23 juillet 195919 mai 1961 ; Président Charles de Gaulle ; Gouvernement Michel Debré

Biographie

 

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     Au coeur du pays Tsimihety, au nord de la grande Île, quand la nuit tombe, c'est l'heure de déposer l'angady au coin du feu, au retour des rizières où les gestes du passé ont rempli les heures du travail de la terre, mêlant la sueur des hommes à l'eau brunes des cultures vivrières. C'est aussi, dans les modestes habitations, le moment où les marmites sont mises sur les hommes dans la case du chef tandis que les femmes seront groupées en un autre lieu sufisamment vaste, chaque groupe mangera alors en puisant directement la nourriture dans un même plat.

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     Dans la petite bourgade d'Ambarikorano, tout près du village d'Anahidrano, contrée des Tsimihety, ethnie du Nord-Ouest de Madagascar (région de Majunga), Madiomanana et Fisadoha Tsiranana, paysans et éléveurs de boeufs ne sont pas séparés en ce mardi 10 octobre 1910, car ils ne pourront participer au repas de la tribu : leur fils Philibert vient au monde !

Par Alain Foka
 

Du bouvier à l’enseignant

     Philibert (signifie le très glorieux) de race Tsimihety, est né, selon sa biographie officielle, le 18 octobre 1912 à Ambarikorano dans le district de Mandritsara, bien qu’en fait sa naissance remonte à 1910, lorsque le soir descend, au moment où tout se rassemble dans le village, les hommes et les bêtes. Il est le fils de Madiomanana et de Fisadoha Tsiranana, des éleveurs de bœufs aisés et des notables rurauxcôtiers chrétiens du pays tsimihety.

     Destiné à devenir bouvier, il garde à cet effet le troupeau de bœufs familial5 jusqu’à l’âge de onze ans mais à la suite de la mort de son père, il est confié à son frère ainé Zamanisambo qui l'envoie à l’école primaire d’AnjiamangiranaDe même les gens se rassembleront autour de lui et le suivront. Il deviendra le chef d’une très grande famille prédira un oncle habitant non loin de là. Dans les monts environnants les cases éparses des familles, l’enfant aura souvent, pour premiers compagnons, les boeuf d’un père travailleur, soucieux d’accroître honnêtement son troupeau…et de ne pas se faire voler de bêtes par d’intrépides « dahalo » venus d’ailleurs ou parfois même des proches voisinages.

La prédiction du vieil oncle : Zamanisambo

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«Cet enfant est né lorsque le soir descend, au moment où tout se rassemble dans le village, les hommes et les bêtes. De même, les gens se rassembleront autour de lui et le suivront. Il deviendra le chef d'une très grande famille» prédira un oncle habitant non loin de là.

Signe astrologique

Le signe du zodiaque de Philibert Tsiranana est Balance.
Le signe chinois de Philibert Tsiranana est Rat puisque son année de naissance est 1912.

zaza.jpgCet enfant est né, selon sa biographie officielle, le 18 octobre 1912 à Ambarikorano dans le district de Mandritsara, bien qu’en fait sa naissance remonte à 1910, lorsque le soir descend, au moment où tout se rassemble dans le village, les hommes et les bêtes. De même les gens se rassembleront autour de lui et le suivront. Il deviendra le chef d’une très grande famille prédira un oncle habitant non loin de là. Dans les monts environnants les cases éparses des familles, l’enfant aura souvent, pour premiers compagnons, les boeuf d’un père travailleur, soucieux d’accroître honnêtement son troupeau…et de ne pas se faire voler de bêtes par d’intrépides « dahalo » venus d’ailleurs ou parfois même des proches voisinages.

Il connaîtra ainsi, très vite, la joie simple de vivre dans la nature, surveillant avec patience et amour son troupeau.

Au fil des ans, le petit bouvier tsimihety apprendra la vie, écoutera son père, « un sage qui continuait à vivre comme au temps où il était pauvre »

      Mais un évènement tragique, la mort de son père Madiomanana, allait changer le destin d'éleveur de boeufs tout tracé du jeune Philibert. En effet, suite à cette tragédie, Tsiranana, confié à un oncle, eut l'opportunité d'intégrer une école primaire grâce aux bons offices de ce dernier. Se révélant être un élève assidu et brillant, le jeune garçon gravit petit à petit les échelons. En 1926, il réussit à décrocher son certificat d'études du second degré.Au décès du chef de famille, Philibert, alors âgé de onze ans, cessera son activité de berger. Il ne succédera donc pas au maître de troupeau. Un autre destin l’attend.

         « Je n’ai aucun héritage à te donner que l’instruction, mais avec cet héritage-là tu pourras aller très loin », lui dit son frère aîné ZAMANISAMBO, auquel il venait d’être confié, et qui l’envoya donc avec ses propres enfants, suivre des études primaires à l’école d’Anjiamangirana, distant de vingt-cinq kilomètres.

         Eveillé, curieux même, l’enfant apprendra avec avidité durant sa scolarité. Il a donc su, tôt, au contact des autres, puis à l’école du village, que la Grande Île était devenue en possession française en 1896 lorsque ses parents étaient encore de jeunes adolescents.

         Admis au concours d’entrée à l’école régionale d’Analalava en 1926, il poursuivit le chemin de la connaissance avec le même sérieux. Entré à la huitième place sur vingt-cinq, il s’imposa rapidement à la tête de la classe et fut donc, naturellement, appelé en 1930, à suivre les cours de la « Section Normale », de l’école d’instituteur « «Le Myre de Vilers » de Tananarive, pépinière de futures cadres de la société malgache. Major de sa promotion, Philibert TSIRANANA obtint le diplôme officiel  d’instituteur à l’âge de vingt-deux ans.

         Pendant dix ans, il enseignera alors dans sa région natale puis s’orientera, en 1942, vers le professorat, en suivant un cours de perfectionnement à Tananarive. En 1945, Philibert TSIRANANA passe avec succès le concours du cadres des Professeurs Assistants et retrouve l’Ecole Normale Le Myre de Vilers.

Son diplôme d’instituteur lui vaut le poste d’Antsirabe, la petite bourgade de la sous-prefecture de Mandritsara.

 1-tsiranana.jpgIl aura aussi, durant ces mêmes années, fondé une famille, selon le rite traditionnel des Tsimihety, en épousant, le 20 janvier 1933, Justine Kalotody, jeune Tsimihety de quinze an et ancienne écolière d’Antsirabe Nord, petit village de la Sous-préfecture de Mandritsara, qui descendait du premier traducteur de l’Evangile en tsimihety. Elle lui a donné huit enfants, cinq filles et trois garçons : - Julienne Tsiranana - Honorine Tsiranana - Ruffine Tsiranana - Paul Tsiranana - Philippe Tsiranana - Pierre Tsiranana.

JUSTINE KALOTODY

Kalotody copieUne Première Dame très discrète

Justine KALOTODY, jeune Tsimihety, ancienne écolière d’Antsirabe Nord, petit village de la Sous-préfecture de Mandritsara, qui descendait du premier traducteur de l’Evangile en tsimihety.

L’histoire contemporaine de Madagascar est inséparable de la Première Dame.  Justine Tsiranana, épouse du premier Président malgache, était toujours aux côtés de son mari.  Elle épousa Philibert Tsiranana à l’âge de 15 ans, en 1933. Le couple présidentiel a eu 8 enfants. Pas mal. Durant le mandat de son mari, Justine Tsiranana s’était  lancée dans le caritatif, l’aide aux enfants et aux écoliers. Elle a l’habitude de recevoir au Palais de Mahazoarivo, palais présidentiel à l’époque,  les élèves méritants. En 1971, elle était allée jusqu’à  inviter 5000 écoliers majors  (Ndla : j’en faisais partie, en toute modestie. Ce fut un rêve et une grande joie pour nous d’être embrassés sur les deux joues par la Première Dame. Je réclamais à ma mère  le droit de ne pas laver mes  joues pendant une semaine…)  

Bien que militante au sein du PSD, il fut rare que Justine Tsiranana assiste ou intervienne dans des manifestations publiques, des meetings politiques ou des assises tenues, à travers le pays, par ce parti. Elle a toujours fait montre, durant ces treize années, auprès du Chef de l'Etat, d'une discrétion sans pareille, alliée à une élégance raffinée. Lors des déplacements tant à Madagascar qu'à l'extérieur, en compagnie du Président de la République, la Première Dame a su garder le même maintien. Ses activités économiques consistent à l'élevage de poissons Tauratus (Vongolôbaka) provenant du Tchad et de canards pékinois. Justine Tsiranana devient la première exportatrice de mangues Antongombato, dite de "Diégo". Un canal d'irrigation est construite à Itaosy (Tananarive), pour irriguer non seulement, ses rizières, qu'elle répique elle-même ; mais, aussi, celles des agriculeteurs environnants. Il en est de même du barrage d'irrigation de sa propriété rizicole de Mangatsa (Majunga) qui arrose plus d'un millier d'hectares de rizières. La population locale en jouit jusqu'à ce jour. Bénéfiant de l'assistance technique de la FAO, sa plantation rizicole d'Anahidrano (Majunga), propriété ancestrale du Président, a donné- à une certaine époque- une production de plus de 10 tonnes à l'hectare. Elle a fait beaucoup de social en sa qualité de Président d'Honneur de la Croix-Rouge malgache.

    Justine Kalotody est décédée, le 1er juillet 1999, à l'âge de 81 ans, laissant 6 enfants et une vingtaine de petits-enfants.

Alice Andrianombana

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    Six enfants naîtront de leurs unions:

1°- Julienne Tsiranana,  

Tsiranana45Tsiranana julienneBezaza jean ernest medium

      Julienne TSIRANANA est l’aînée des 6 enfants de Philibert TSIRANANA et Justine KALOTODY. Elle est mariée avec Jean-Ernest BEZAZA, le 1er août 1959 à l’Hôtel de ville de Tananarive.    

      BEZAZA Jean-Ernest, membre du corps diplomatique, 5ème Ambassadeur Malgache (1985-1990) en Allemagne depuis l’Indépendance de Madagascar, après le Professeur Rakoto RATSIMAMANGA (1961-1963), Jules RAVONY (1964-1969) : le père de l’avocat Francisque RAVONY, Ignace MARO (1973-1977) et Salomon RAHATOKA (1977-1985).

      Jean-Ernest BEZAZA, également ambassadeur de Madagascar en Italie (Rome) sous le Pape Jean-Paul II, était le représentant permanent de Madagascar auprès de la FAO.

      Père de Eliana, Johnny et Esperencia, il fut enterré à Ambanja (Diégo Suarez), auprès de qui, son épouse Julienne TSIRANANA, a demandé à être inhumée.

2°- Honorine Tsiranana,

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3°- Paul Tsiranana,

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4°- Ruffine Tsiranana, (actuellement désignée ministre de la décentralisation) et

Ruffine

Ruffine Soamandina Tsiranana est née le 13 février 1939 à Ambohimarina Mandritsara, fille du premier président de la République malgache Philibert TSIRANANA et la Première Dame Justine KALOTODY, est administrateur civil de classe exceptionnelle de son état. Présidente d'honneur de l'Union des Socio-Démocrates de Madagascar, elle est également Secrétaire Générale du PSD.

5°- Pierre Tsiranana (membre du Parlement de Transition)..

Tsiranana pierre

Pierre Tsiranana, président fondateur du Parti Fort pour la Démocratie à Madagascar (PFDM), s'est éteint soudainement ce matin à l'âge de 63 ans. Parti qu'il a créé en quittant le RPSD ou Renouveau du Parti social-démocrate en 1996.

Ce fils du premier Président de la république Malagasy, Philbert Tsiranana, était une personnalité politique incontournable. Il s'est aussi toujours battu pour l'égalité à Madagascar, avec un parcours politique qui a débuté en 1990 à la tête du RPSD qu'il a dirigé pendant 6 ans. Il était désireux de perpétuer les valeurs véhiculées par son père. Durant la période transitoire, il a été nommé membre du CST ou Conseil supérieur de la transition.

Son parcours politique a aussi été marqué par la discorde avec sa soeur Ruffine Tsiranana suite la nomination de Fetison Andrianirina à la tête du PSD ou Parti Social Démocrate qualifié d'"étranger", malgré qu'il n'ait plus été membre de ce parti. Avec son frère Philippe, ils sont même allés jusqu'à réclamer la cessation de ce parti, mais n'ont pas obtenu gain de cause malgré le soutien de la famille Ramaroson et du Professeur Alain Tehindrazanarivelo.

6°- Philippe TSIRANANA

Tsiranana philippe

Philippe Tsiranana réside officiellement en France, mais cela fait deux élections présidentielles qu’il vient à Madagascar pour y participer. Concrètement, on peut avancer que la majorité des électeurs n’arrivent même pas à se souvenir comment Philippe Tsiranana s’exprime-t-il réellement, en tant que citoyen et en tant que politicien. Mais le fils cadet de Philbert Tsiranana, le petit frère de Pierre et de Ruffine tient à une chose : reconquérir ce que leur père a laissé comme héritage, en premier la République. Cette année, ses expéditions devaient passer par un ménage interne au foyer PSD, envenimé par l’avènement inattendu de Fetison Andrianirina à sa tête. Apparemment, les têtes pensantes de l’un des plus vieux partis encore opérationnels aujourd’hui, surtout les fils Tsiranana, n’ont pas digéré le triomphe d’un « intrus » à la tête de leur groupe. De plus un ressortissant Merina, c’est encore une autre chose. En tout cas, en ayant écarté Fetison Rakoto Andrianirina, le PSD a raté une bonne occasion de réconciliation avec les Tananariviens, après le drame historique de mai 1972.

     En 1930, il entre à l'école formatrice des futurs cadres de la société malgache, « Le Myre de Villers » de Tananarive, où il suit les cours de la « section normale ». Sorti major avec un diplôme d’instituteur, il débute une carrière d’enseignement dans sa région natale, puis s’oriente en 1942 vers le professorat et obtient en 1945, grâce à des cours de perfectionnement à Tananarive, le concours de professeur-assistant (équivalent d'un poste de professeur d’école régionale).

     En 1946, il obtient une bourse d’étude pour l’École normale d'instituteurs à Montpellier pour y effectuer un stage professionnel en tant que professeur-assistant.

analalav.jpgÉlève brillant, en 1926, il est admis 8e sur 25 à l’école régionale d’Analalava où il obtient son certificat d’études du second degré. En 1930, il entre à l'école formatrice des futurs cadres de la société malgache, « Le Myre de Vilers » de Tananarive, où il suit les cours de la « section normale ». Sorti major avec un diplôme d’instituteur7, il débute une carrière d’enseignement dans sa région natale, puis s’oriente en 1942 vers le professorat et obtient en 1945, grâce à des cours de perfectionnement à Tananarive, le concours de professeur-assistant (équivalent d'un poste de professeur d’école régionale).

tsirananaecole-normale-2.jpgEn 1946, il obtient une bourse d’étude pour l’École normale d'instituteurs à Montpellier afin d'y effectuer un stage professionnel en tant que professeur-assistant.Philibert Tsiranana quitte Madagascar pour la France métropolitaine en novembre 1946. Parallèlement à cette carrière flamboyante dans l'enseignement,Tsiranana s'intéresse énormément à la politique de son pays alors sous la coupe du colonisateur français.Ce goût de la politique, le jeune instituteur l'hérita de son mentor, Paul Ralaivoavy qui était à l'origine d'un groupuscule d'obédience communiste en 1946 : le GEC (Groupe d'Etudes Communistes de Madagascar) auquel d'ailleurs Tsiranana avait lui-même adhéré. Grâce à ses relations dans le GEC, l'enseignant put créer à son tour en 1946 son propre parti politique : le PADESM (Parti des Déshérités de Madagascar). Le mouvement du jeune Tsiranana entendait à l'époque lutter contre les inégalités dont souffraient les côtiers (les Malgaches originaires des côtes malgaches) dans la classe politique malgache devant la prédominance des Merina (ethnies originaires des Hauts Plateaux et de la capitale malgache en général).Durant son séjour sur le territoire français de 1946 à 1950, Philibert Tsiranana prenant encore davantage conscience du manque d'accessibilité des côtiers à l'élite de la société malgache, prend l'initiative de créer l'AEMC (Association des Etudiants Malgaches Côtiers).

De retour sur le sol malgache en 1950, il prend alors une part active dans la vie politique malgache.

Du communisme au PADESM

En 1943, Philibert Tsiranana adhère au Syndicat professionnel des instituteurs puis en 1944, à la CGT. La vie politique, alors renaissante à Madagascar, intéresse beaucoup le jeune enseignant qui, poussé par son mentor Paul Ralaivoavy, adhère en janvier 1946 aux Groupes d’études communistes (GEC) de Madagascar3. Il y assure les fonctions de trésorier. Les GEC lui permettent de rencontrer les futurs cadres du PADESM (Parti des déshérités de Madagascar), parti dont il est un des membres fondateurs en juin 1946.

Le PADESM est une organisation politique regroupant les Mainty et les Tanindrana (ou « côtiers »), contre les Merina. Le différend tribal, déjà ancien, avait été ravivé à la suite des élections législatives qui venaient de se tenir. Les côtiers avaient tenté un rapprochement avec le Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM), dirigé par les Merina, afin qu’un des deux sièges de député attribués aux autochtones de Madagascar leur soit attribué. Les Merina devaient remporter la circonscription de l'est avec Joseph Ravoahangy tandis que la circonscription de l'ouest revenait aux côtiers avec Paul Ralaivoavy. L’accord ne fut pas respecté et finalement le Merina Joseph Raseta remporta le second siège. Les côtiers tentèrent encore une fois un accord pour les législatives de juin 1946, mais en vain. Le PADESM, dans son programme, s'oppose donc avant tout aux revendications nationalistes du MDRM, avec pour but principal de contrer tout éventuel retour de « pouvoir Merina ». À ce sujet en 1968, Tsiranana justifie sa position sur l’indépendance par ces propos :

« si on l’avait demandée dès 1946, c’était à coup sûr la guerre civile car les côtiers n’étaient pas d’accord. Étant donné leur niveau intellectuel à l’époque, ils seraient restés de petits chefs de villages, des subordonnés, des subjugués, pour ne pas dire des esclaves, tant le fossé entre gens des côtes et gens des hauts-plateaux était énorme »

En juillet 1946, du fait de son proche départ pour l’École normale de Montpellier, il refuse le poste de secrétaire général du parti. Toutefois, activement, il contribue au journal du PADESM, Voromaheryoù il signe ses articles sous le pseudonyme de Tsimihety, par référence à son ethnie d'origine.

Le séjour dans la métropole

Ce voyage dans la France d’après-guerre en pleine reconstruction, sujette aux aléas politiques de la IVe République, lui permet d’échapper à l’insurrection malgache de 1947 et à toute compromission dans ces événements sanglants3. Ému par cette tragédie, Tsiranana qui pourtant n'est pas partisan de l'indépendance, participe le 21 février 1949 à une manifestation anti-coloniale à Montpellier.

Durant son séjour, il prend conscience du problème du recrutement des élites malgaches. Il constate que sur les 198 étudiants malgaches en France, seuls 17 sont côtiers. Or dans son esprit, il ne peut y avoir d'union franche entre tous les Malgaches s'il demeure entre la côte et les Hauts Plateaux, un écart culturel. Afin de remédier à ce problème, il fonde successivement deux amicales : l'Association des étudiants malgaches côtiers (AEMC) en août 1949, puis l'Association culturelle des intellectuels malgaches côtiers (ACIMCO) en septembre 1951 à Madagascar. Ces créations, mal vécues par les Merina, lui sont reprochées par ces derniers.

De retour sur la Grande île en 1950, il est nommé professeur de l’enseignement technique à l’École industrielle de Tananarive située sur les Hauts Plateaux. Il y enseigne le français et les mathématiques. Mal à l’aise dans cet établissement, il est affecté à l’école « Le Myre de Vilers » où ses compétences sont plus appréciées.

Un progressiste ambitieux

     Reprenant ses activités au PADESM, il milite à l’aile gauche du parti dans le but de le réformer. Il considère le comité directeur trop inféodé à l’administration. Surtout, il entend mener une action d'union avec l'ensemble des Malgaches, toute ethnie confondue. Dans un article publié le 24 avril 1951 dans Varomahery, intitulé « Mba Hiraisantsika » (Pour nous unir), il invite les côtiers et Merina à une réconciliation pour les prochaines élections législatives. En octobre, dans le bimensuel Ny Antsika (« Les Nôtres ») qu'il a fondé, il lance un appel aux élites malgaches afin qu’elles « forment une seule tribu ». Cet appel au rassemblement cache une manœuvre électorale. Tsiranana aspire en effet à prendre part aux législatives de 1951 dans la circonscription de la côte Ouest. La tactique échoue : loin de faire l'unanimité, soupçonné par la classe politique côtière d'être communisant, il est contraint à renoncer à sa candidature en faveur du « modéré » Raveloson-Mahasampo.

     En effet, sa vie prend un autre tournant lorsque, le 30 mars 1952, il est élu conseiller provincial dans la 3e circonscription de Majunga sur la liste unique « Progrès social ». Il cumule cette fonction avec celle de conseiller à l'Assemblée représentative de Madagascar. Aspirant toujours à un mandat métropolitain, il se porte candidat en mai 1952, aux élections qu'organisent l'Assemblée territoriale pour l'envoi de cinq sénateurs au Conseil de la République. Il est battu par Pierre Ramampy, Norbert Zafimahova et Ralijaona Laingo ; quant aux deux autres fauteuils, conformément à la pratique du double collège électoral, ils sont remportés par deux Européens. Particulièrement affecté par cette défaite, Tsiranana se met à accuser ouvertement en 1954, l'administration coloniale de « discrimination raciale ». Avec d’autres élus autochtones, il suggère à Pierre Mendès-France, l'instauration d’un collège électoral unique.

     Cette même année, il adhère à la nouvelle Action Madécasse, « troisième force entre nationalistes durs et partisans du statu quo » qui prône la réalisation de la paix sociale dans l’égalité et la justice. Par ce changement de politique, Tsiranana cherche à se donner une image nationale dépassant le seul caractère côtier et régional du PADESM, d'autant que désormais, ce n’est plus seulement un État libre dans l'Union française qu’il revendique mais une indépendance progressive obtenue par négociation avec la France.

L'irrésistible ascension politique (1956-1959)

Le député de Madagascar au Palais-Bourbon

     En 1955, de passage en France dans le cadre de ses congés administratifs, il adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Ces vacances écourtées, Tsiranana prépare sa campagne pour les élections législatives de janvier 1956. Il s'attache l'appui du Front national malgache (FNM) issu de l’Action Madécasse dirigé par des Merina, et surtout celui du haut-commissaire André Soucadaux qui voit en lui le nationaliste raisonnable que recherche l’administration. Fort de ces soutiens et de la notoriété qu'il s'est construit les cinq dernières années, il est triomphalement élu député par 253 094 voix sur 330 915 dans la circonscription de l’Ouest.

     Au Palais-Bourbon, il s'inscrit au groupe socialiste. Il gagne rapidement une réputation de franc-parleur : en mars 1956, il affirme l'insatisfaction des Malgaches pour l’Union française, simple continuité selon lui, du colonialisme sauvage (« tout cela n’est que façade, le fond reste le même »); il en arrive à réclamer l'abrogation de la loi d’annexion d’août 1896. Prêchant l'unité des Malgaches, il réclame en juillet 1956, la libération de tous les prisonniers de l’insurrection. Par cette politique liant amitié avec la France, revendication indépendantiste et recherche de l’unité nationale, Tsiranana acquiert une stature nationale.

     Son mandat de député est aussi l'occasion d'affermir légalement ses intérêts politiques locaux. Sous prétexte d’égalité, il obtient pour son bastion du Nord et du Nord-Ouest, une sur-représentation à l'Assemblée territoriale de Madagascar. Il œuvre avec énergie en faveur d'une importante décentralisation provinciale dans le but d'optimiser l'action économique et sociale sur la Grande île. Par ces projets, il s'attire les critiques acerbes du Parti communiste français (PCF) qui, allié aux nationalistes durs de Tananarive, l'accuse de vouloir « balkaniser » Madagascar, d'encourager le tribalisme. Tsiranana en garde une solide rancune anticommuniste. Cet attachement à la propriété le mène à déposer le 20 février 1957, son unique proposition de loi à titre personnel : une « aggravation des peines contre les voleurs de bœufs » que le code pénal français ne prend nullement en compte.

Discussions au sein du Comité Constitutionnel

     Si en mars 1957, Philibert Tsiranana n’assure que la vice-présidence du gouvernement malgache, en juillet 1958. Celle-ci est transformée en présidence à la suite de grands changements survenus en France.
Dans l’Hexagone, une équipe de six ministres dont l’Ivoirien Houphouët-Boigny, de juristes et de techniciens présidés par le général de Gaulle arrive au pouvoir un mois plus tôt, met au point un avant-projet de Constitution de la Ve République qui est soumis le 29 juillet au Comité consultatif constitutionnel (CCC) nouvellement institué. Celui-ci est composé de
16 députés dont Philibert Tsiranana, également président du Conseil du gouvernement de Madagascar, de 10 sénateurs et de 13 autres personnalités. Le projet finalisé sera soumis au référendum.
Le Parti du regroupement africain (RPA) formule de sérieuses réserves. Il voudrait que les populations d’Outre-mer puissent opter pour l’Indépendance dans un cadre confédéral et qu’elles ne soient consultées, le jour du référendum, que sur la partie de la Constitution les concernant directement. En effet, le Congrès du RPA à Cotonou du 25 au 28 juillet 1958, se prononce en faveur de « l’Indépendance immédiate, une nation fédérale africaine, une confédération multinationale avec la France ». Le boycottage du référendum y est même envisagé dans le cas où les Territoires d’Outre-mer (TOM) seraient consultés sur l’ensemble de la Constitution.
Le Rassemblement démocratique africain donne son accord aux propositions du gouvernement français, sous condition toutefois que le droit à l’autodétermination soit explicitement reconnu par le texte constitutionnel.
Quant aux Malgaches, ils expriment le vœu qu’il soit tenu compte de la situation particulière de la Grande île et qu’elle puisse ainsi bénéficier d’un statut spécial.
En tout cas, tous réclament l’institution d’une Assemblée fédérale, car l’avant-projet constitutionnel a prévu la représentation des TOM dans une « section » du Sénat et non dans une assemblée distincte qui est finalement adoptée. Le Sénat de la Communauté est composé de délégués du Parlement français et des assemblées législatives des TOM.
Le 8 août 1958, le général de Gaulle précise plusieurs points devant le CCC. Il n’émet aucune objection à l’introduction des termes « libre détermination » dans le texte constitutionnel. Il ne s’oppose pas non plus à la création d’une assemblée fédérale: le Sénat de la Communauté prend place parmi les institutions les plus importantes de la Constitution. En outre, il souligne que le 28 septembre, jour fixé pour le référendum, les TOM auront à se prononcer sur l’ensemble de la Constitution et non sur les seules dispositions les concernant car s’ils acceptent la Fédération qui leur est proposée, il faut qu’ils acceptent la Constitution fédérale! Enfin, si les TOM disent « non » au référendum, ce sera la sécession « à leurs risques et périls dans ce monde dur où tout commande de s’unir ». Et si la sécession l’emporte, « la Métropole devra en tirer toutes les conséquences ».
Ainsi Malgaches et RDA obtiennnent satisfaction, tandis qu’une fin de non-recevoir est opposée aux doléances du RPA. Il s’ensuit que le 14 août, Lisette et Tsiranana approuvent les conclusions du CCC. Dans la lettre envoyée par le président Paul Reynaud au général de Gaulle, on relève quelques avis du CCC.
« L’avant-projet du gouvernement prévoyait l’institution d’une fédération. L’étude de ses dispositions a fait apparaître deux grandes tendances: l’une favorable à la Fédération et l’autre à la Confédération. Un examen approfondi de la question a conduit le comité à penser que ces deux catégories juridiques étaient trop abstraites pour répondre exactement aux exigences réelles de l’ensemble français et pour être harmonisées avec les intentions profondes du gouvernement. Aussi, le comité
a-t-il entrepris de définir un domaine commun aux différents pays intéressés et de déterminer les institutions communes dont il a précisé l’organisation et le rôle. Cette méthode réaliste a permis d’aboutir à un accord sur la création d’une Communauté. Celle-ci est conçue de telle façon qu’elle peut à la fois respecter la situation particulière de certains de ses membres et s’adapter à l’évolution du monde sans que soit présumé à l’avance le sens de cette évolution. Pour éviter de cristalliser des institutions qui doivent garder une grande souplesse, le comité a prévu la possibilité pour un membre de la Communauté de changer de statut et d’adhérer ultérieurement à l’Association des États ».

L'apprenti homme d'État malgache

 La création du PSD et la loi-cadre Defferre

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Tsiranana s’impose progressivement comme le leader des côtiers. Il fonde le 28 décembre 1956 à Majunga, avec des éléments de l’aile gauche du PADESM, notamment André Resampa, le Parti social-démocrate (PSD). L’affiliation est portée à la SFIO. Le PSD dépasse rapidement les perspectives limitées du PADESM, dont il est plus ou moins l’héritier.

Le Parti social démocrate (PSD) de Philibert Tsiranana, joue un rôle de premier plan dans la marche vers l'indépendance qui prend un nouvel élan vers la fin des années 50. Devenue colonie française à la fin du XIXe siècle, puis territoire d'outre-mer en 1946, Madagascar est le théâtre d'une sanglante rébellion qui est matée par une brutale répression en 1947-1948. Les réformes des années 50 lui permettent de devenir une république au sein de la Communauté française, en 1958. Investi des pouvoirs spéciaux en janvier 1960, le président Tsiranana négocie une entente de coopération avec la France qui mène à la proclamation d'indépendance du 26 juin 1960. Chef de l'État et du gouvernement, il restera au pouvoir jusqu'en 1972. Madagascar, dont la population est à ce moment de 5,3 millions d'habitants, sera reconnue par l'Organisation des Nations unies (ONU) le 20 septembre 1960.

Au congrès  du Parti social démocrate de Madagascar et des Comores (PSDMC) qui s’est tenu le 23 janvier 1959 à Tananarive, le parti se targue d’avoir  « 7 fédérations, 250 sections et 70.000 membres ».

Le PSD a son journal : La République. Philibert Tsiranana est le directeur  politique et R. Raberanto le directeur de la publication. Le Comité directeur, formé lors du premier congrès ordinaire qui s’est déroulé à Majunga, du 2 au 4 août 1957 est composé de : Philibert Tsiranana (Majunga) : Secrétaire Général ; André Resampa (Tuléar) : Secrétaire Général-Adjoint ; Célestin Aridy (Majunga) : Trésorier Général. Les membres de ce Comité Directeur sont entourés de conseillers : le commissaire de Police Mirouse, Jean Jacques Nataï, et le Comorien Maindjee Mohamed (Majunga), Calvin Tsiebo et Jean Louis Tsibeny (Tuléar).

Il représente tout à la fois les notables ruraux côtiers, les fonctionnaires et les partisans de l'indépendance méfiants vis-à-vis du communisme. D'emblée, son parti bénéficie des préférences de l'administration coloniale, dans la perspective des transferts progressifs du pouvoir exécutif prévus par la loi-cadre Defferre.

L'adoption et l'application de la loi-cadre de 1956 annoncent la décolonisation.L'entrée en vigueur de la loi-cadre est prévue après que se soient tenues les élections territoriales de 1957. Le 31 mars, Tsiranana est réélu conseiller provincial sur la liste « Union et Progrès social » avec 79 991 voix sur 82 121 inscrits25. Tête de liste, il est nommé président de l’Assemblée provinciale de Majunga et est reconduit dans ses fonctions de conseiller à l’Assemblée représentative de Madagascar le 10 avril 1957. Le 27 mai, cette Assemblée élit un Conseil du gouvernement placé sous l'autorité du Haut-commissaire André Soucadaux, mais dont la vice-présidence est offerte à Philibert Tsiranana.

Installé au pouvoir, il conforte peu à peu son autorité. Le 12 juin 1957 est créée une seconde section du PSD dans la province de Tuléar qui rallie 16 conseillers de l'assemblée provinciale, prenant ainsi la majorité à Tuléar. À l’Assemblée représentative, le PSD est représenté par 9 membres. Au sein du Conseil du gouvernement, Tsiranana parvient à nommer son bras droit, André Resampa, au portefeuille de l’Éducation. Bien qu'occupant le poste de vice-président du conseil, ses prérogatives restent assez limités, ce qu'il déplore. En avril 1958, lors du 3e congrès du PSD, il reproche à la loi-cadre, le caractère bicéphale qu’elle impose au Conseil ; pour lui, la présidence du gouvernement malgache ne doit pas être occupée par le haut-commissaire29. L’accession du général de Gaulle au pouvoir en juin 1958 joue en sa faveur. Par une ordonnance du gouvernement national, l’ordre hiérarchique dans les territoires d’outre-mer est modifié au profit des élus locaux30. Tsiranana devient ainsi le 22 août 1958, le président officiel du Conseil du gouvernement de Madagascar.

Le promoteur de la Communauté franco-africaine

Malgré ces prises de position, le dirigeant malgache souhaite plus une forte autonomie interne que l’indépendance29. Il affiche d'ailleurs, un nationalisme très modéré :

« Nous considérons qu’il vaut mieux avoir une indépendance bien préparée, car une indépendance politique anticipée nous conduirait à la dépendance la plus atroce qui soit, la dépendance économique. Nous continuons à faire confiance à la France et comptons sur le génie français pour trouver, le moment venu, une formule comparable à celle du Commonwealth britannique. Car, nous Malgaches, nous ne voudrons jamais nous séparer de la France. De culture française nous sommes, et nous voulons rester Français. »
 

Le général de Gaulle, dès son retour au pouvoir, prévoit de satisfaire les revendications de liberté, d’égalité et d’autonomie des colonies, et décide pour cela d’enterrer l’Union française. Pour mettre en place la nouvelle organisation, il fait appel, le 23 juillet 1958, à un comité consultatif où figurent plusieurs responsables politiques africains et malgache. Les discussions portent essentiellement sur la nature des liens qui doivent unir la France et ses ex-colonies. L'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny propose une « fédération », le Sénégalais Léopold Sédar Senghor une « confédération ». Finalement, c'est le projet de « communauté », soufflé à Tsiranana par un des rédacteurs de la constitution de la Ve Raymond Janot, qui est retenu.

Tout naturellement, Tsiranana mène activement campagne pour le « oui » au référendum du 28 septembre 1958, aux côtés de l'Union des démocrates sociaux de Madagascar (UDSM) du sénateur Norbert Zafimahova, afin que Madagascar intègre la Communauté française33. La campagne pour le « non » est, pour sa part, principalement menée par l'Union des populations malgaches (UPM)33. Le « oui » l’emporte par 1 361 801 votes contre 391 166 « non » 33. En contrepartie de ce « oui », il avait obtenu la promesse du général qu’il le laisse abroger la loi d’annexion de 1896 et ériger Madagascar en une république libre au sein de la Communauté33. C’est chose faîte le 14 octobre 1958, lors du congrès des conseillers provinciaux : la République autonome malgache est proclamée avec Philibert Tsiranana comme Premier ministre provisoire34 ; le lendemain, la loi d’annexion de 1896 est rendue caduque.

La mise en place des institutions malgaches

28 Septembre 1958: Contrairement à l'institution de l'Union française, la "Communauté française" issue de la nouvelle Constitution de la France est soumise à Réferendum, à cause du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et à l'auto-détermination proclamé à l'ONU. 

Le Général de Gaulle appelait tous les territoires d'Outre-Mer à voter POUR ou CONTRE cette Constitution, en précisant que le territoire qui voulait son INDEPENDANCE intégrale et immédiate pouvait l'obtenir en votant "NON", mais s'il désirait rester dans la Communauté définie par la Constitution, il aurait à voter "OUI". 

Referendum couleurTout naturellement, Tsiranana mène activement campagne pour le « oui » au référendum du 28 septembre 1958, aux côtés de l'Union des démocrates sociaux de Madagascar (UDSM) du sénateur Norbert Zafimahova, afin que Madagascar intègre la Communauté française. La campagne pour le « non » est, pour sa part, principalement menée par l'Union des populations malgaches (UPM). Le «oui» l’emporte par 1 361 801 votes contre 391 166 « non ». En contrepartie de ce «oui», il avait obtenu la promesse du général qu’il le laisse abroger la loi d’annexion de 1896 et ériger Madagascar en une république libre au sein de la Communauté. C’est chose faîte le 14 octobre 1958, lors du congrès des conseillers provinciaux : la République autonome malgache est proclamée avec Philibert Tsiranana comme Premier ministre provisoire ; le lendemain, la loi d’annexion de 1896 est rendue caduque.

Il faut noter l'existence, à l'époque, de 2 courants politiques divergents dans l'Ile: 

1°) Les partisans du OUI, au sein desquels existait une divergence d'opinion quant au futur statut après la victoire du OUI (bien que toutes deux soient pro-françaises): celui dirigé par Norbert ZAFIMAHOVA réclamait la DEPARTEMENTALISATION (appuyés par les colons français), et l'autre pour une "AUTONOMIE interne" avec Philibert TSIRANANA en tête (fondateur du PSD - Parti Social Démocrate). 

2°) Les partisans du NON avec, d'un côté, le Pasteur Richard ANDRIAMANJATO, chef du Parti AKFM (Antokon'ny Kongresin'ny Fahaleovantenan'i Madagascar) ou Parti du Congrès pour l'Indépendance de Madagascar (tenu à Tamatave en 1958), fusion de 5 partis politiques de moyenne envergure, et de l'autre le MONIMA ou Mouvement National pour l'Indépendance de Madagascar dirigé par MONJA JAONA, Maire et Conseiller provincial de Tuléar, qui demandaient l'INDEPENDANCE totale de Madagascar.

Les manœuvres politiques contre l'opposition

Le 16 octobre 1958, le Congrès élit, au scrutin de liste majoritaire par province, une Assemblée nationale constituante composée de 90 membres36. Ce mode de scrutin devait permettre au PSD et à l’UDSM de n’avoir aucun adversaire du « oui » dans l’Assemblée. Sa présidence revient à Norbert Zafimahova.

En réaction à la création de cette assemblée, l’UPM, le FNM et l’Association des amis des paysans, fusionnent le 19 octobre pour donner naissance à l’AKFM (« Parti du congrès pour l’indépendance de Madagascar ») dirigé par le pasteur Richard Andriamanjato. D’orientation marxiste, le parti devient le principal adversaire du gouvernement37.

Tsiranana installe donc rapidement dans les provinces, une organisation étatique lui permettant de contenir l’AKFM. Tout d'abord, il nomme des secrétaires d’État dans toutes les provinces. Ensuite, le 27 janvier 1959, il dissout le conseil municipal de Diego-Suarez dirigé par l'opposition marxiste. Enfin, la loi du 27 février 1959 institue le « délit d’outrage aux institutions nationales et communautaires », et lui permet de sanctionner certaines publications.

Mémoire pour la naissance de la République Malgache.

Loi d’annexion caduque

A Madagascar, le processus a fait son chemin vers l’indépendance du pays. Le congrès de toutes les Assemblées Provinciales issues des élections du 31 mars 1957 élues directement au suffrage universel, qui s’est tenu dans l’Amphithéâtre du Lycée Galliéni Andohalo le 14 octobre 1958 a décidé de transformer Madagascar en Etat autonome dans la communauté française prévue par la Constitution française du 04 octobre de 1958. A cette date, la République malgache est proclamée et la loi d’annexion du 6 août 1896 déclarée caduque par le Haut Commissaire Soucadaux.

Le processus politique est marche pour que le pays retrouve son indépendance. Et le lendemain de la proclamation de la République malgache, la loi Constitutionnelle n°1 organise une transition vers l’élaboration de la nouvelle Constitution de la nouvelle République malgache. Une nouvelle Constitution a été donc adoptée par l’Assemblée Nationale Constituante le 29 avril 1959. Un organe exécutif a été mis en place, un gouvernement provisoire, présidé par Philibert Tsiranana, lequel fut quelque mois après président de la Nouvelle République.

Un organe législatif à caractère bicaméral a été mis en place. Alfred Nany dirigeait l’assemblée nationale, tandis que Jules Ravony et Siméon Japhet se succédaient à la tête du sénat. Des réformes fondamentales en matière de politique intérieure ont été engagées à cet effet. Précédé par la signature le 2 avril 1960, des Accords franco-malgaches à l’Hôtel Matignon entre le Premier ministre français Michel Debré et le président Philibert Tsiranana, Madagascar est reconnu et proclamé comme un nouvel Etat indépendant et souverain, le 26 juin 1960.

Nouveaux dirigeants

Philibert Tsiranana, Chef de l’Etat et du gouvernement, forme sa nouvelle équipe au sein du gouvernement pour diriger la nouvelle République fraichement créée. Philibert Tsiranana sera assisté par Calvin Tsiebo comme vice-président de la République, et sont membres du gouvernement les Albert Sylla, Jean-Jacques Nataï, Razafimandimby, Victor Miadana, André Resampa, Alfred Rajaonarivelo, Jean-François Jarison, Laurent Botokeky, Eugène Lechat, Ratsitohara, Alfred Ramangasoavina, Albert Leda, Abdou Lambert Loda, Emile Ramarosaona, Césaire Rabenoro, Célestin Aridy, Ramahavita, Paul Sileny, Pierre Zaka, Rene Rasidy, Raphael Jacoba, Henri Raharijaona et Beranto Georges.

L'élection à la présidence de la République malgache

Le 29 avril 1959, l’Assemblée constituante adopte la constitution élaborée par le gouvernement. Elle s’inspire largement des institutions de la Ve République mais possède ses caractéristiques propres. Le chef de l’État est le chef du gouvernement, il détient tout le pouvoir exécutif ; le vice-président du gouvernement n’a qu’un rôle très effacé. Le parlement est, quant à lui, bicaméral, situation exceptionnelle à l’époque en Afrique francophone. De plus, les provinces, dotées de conseils provinciaux, jouissent d’une certaine autonomie. Au final, bien que d’inspiration parlementaire, le régime relève plutôt d’un présidentialisme modéré.

Le 1er mai, le parlement élit au sein d’un Collège comprenant également les conseillers provinciaux et des délégués des communes, le président de la République malgache. Quatre candidats sont alors en liste: Philibert Tsiranana, Basile Razafindrakoto, Prosper Rajoelson et Maurice Curmer. Finalement, sur les 114 suffrages exprimés par les congressistes, Tsiranana est unanimement élu premier président de la République malgache par 113 votes favorables, une seule abstention étant relevée.

CHARLES DE GAULLE

De gaulle portrait

 PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

 Premier mandat (8 janvier 1959 - 8 janvier 1966)

Proclamation et entrée en fonctions le 8 janvier 1959

 Gouvernement Michel Debré

Debre

(8 janvier 1959 - 14 avril 1962)1

______

                                                                    MM.

Premier ministre :                                        Michel Debré

Ministre conseiller felix houphouet boignyMinistre conseiller philibert tsirananaMinistre conseiller gabriel lisetteMinistre conseiller leopold sedar senghor

Ministres conseillers                                       - Félix Houphouët-Boigny

(du 23 juillet 1959 - au 19 mai 1961)               - Philibert Tsiranana

                                                                     - Gabriel Lisette

                                                                     - Léopold-Sedar Senghor

Ministre délégué auprès du Premier ministre    - Jacques Soustelle

                                                                     (chargé du Sahara, des TOM,

                                                                      DOM et de l'Energie atomique

                                                                      le 13 février 1959).

                                                                      (Jusqu'au 5 février 1960)

Ministre délégué auprès du Premier ministre     - Roger Frey

                                                                       (du 5 février 1960 au 6 mai 1961)

Ministre délégué auprès du Premier ministre     - Louis Terrenoire

                                                                      (à compter du 24 août 1961)

Ministre délégué auprès du Premier ministre

(énergie atomique)                                         - Pierre Guillaumat

                                                                     (à compter du 5 février 1960)

                                                                     (chargé de la fonction publiqu

                                                                     le 19 mars 1960)

Le 24 juillet 1959, le général de Gaulle nomme quatre responsables politiques africains, parmi lesquels Philibert Tsiranana, au poste de « ministres-conseillers » du gouvernement français pour les affaires intéressant la Communauté. Le président malgache, par ses nouvelles fonctions, en profite pour évoquer l’accès à la souveraineté nationale de Madagascar ; le Général accepte. En février 1960, une délégation malgache dirigée par André Resampa, se rend à Paris pour négocier le transfert des compétences. Tsiranana insiste pour que toutes les organisations malgaches soient représentées au sein de cette délégation, à l’exception de l’AKFM (qui le déplore). Le 2 avril 1960, les Accords franco-malgaches sont signés à l’Hôtel Matignon entre le Premier ministre français Michel Debré et le président Tsiranana. Le 14 juin, le parlement malgache adopte à l’unanimité les Accords. Le 26 juin, Madagascar devient indépendante.

 

Création d'une Armée Malgache

À la veille du retour à l’indépendance, Philibert Tsiranana et ses conseillers avaient décidé de créer une armée copiée sur le modèle français pour « sauvegarder la souveraineté et l’identité nationales sur le plan militaire, politique, social, économique, culturel… » 1. L’intention était compréhensible : ne voulant plus retomber sous le joug d’une quelconque puissance étrangère, le pays devait se doter d’une armée digne de ce nom ; l’intention était louable surtout, selon cette même source, parce que, « à l’instar des forces armées des pays occidentaux, notamment de celles de la France, les Forces armées malagasy ont été tenues à l’écart de la politique : c’était un domaine tabou pour elles ». Une neutralité qui ne durera pas longtemps, constate la même chronique : « à partir de mai 1972 cependant, à la suite de la défaillance du pouvoir politique conduit par les civils, des éléments des Forces Armées avaient été appelés au pouvoir. Et même ceux qui étaient restés à la caserne s’étaient retrouvés plus ou moins mêlés à la politique par la force des choses. ».

Par la force des choses, peut-être. Mais l’armée a pris goût au pouvoir, depuis lors, jusqu’à devenir un acteur politique d’envergure. A l’origine, son omniprésence est due à l’idéologie socialiste du président Didier Ratsiraka, pour qui « tout militaire est un militant en uniforme ». Le recrutement non planifié et sans vision à long terme d’officiers supérieurs pratiqué depuis lors et toujours poursuivi en dépit du bon sens, ne fait qu’aggraver le problème : « Le pays a un nombre étonnant de dirigeants de haut rang, assez pour une armée d’environ 400.000 soldats – au lieu des 12.000 hommes qui en font réellement partie », précise le rapport 2010 du CCDP 2. Il en résulte que les ministères, les administrations, les sociétés d’Etat, voire les ambassades, sont encombrés de militaires en surnombre dont l’armée ne sait que faire et qui, parfois, ne sont pas formés à la technicité des tâches civiles qu’on leur confie…

Cette armée a joué un rôle significatif, voire décisif, dans chacune des crises politiques qui ont secoué le pays depuis 1972. Le fait que le président de la République soit le chef suprême des armées y est également pour quelque chose. Les forces armées en général, et les militaires en particulier, sont devenus au fil du temps les marionnettes des politiciens – qu’ils soient au pouvoir où qu’ils ambitionnent d’y accéder. Comment expliquer autrement la démission extraconstitutionnelle du président Marc Ravalomanana en faveur d’un directoire militaire en 2009, et l’attitude des sous-officiers du Capsat pour que ce pouvoir soit transféré à Andry Rajoelina ? A l’évidence, les Présidents successifs ont toujours pris un soin particulier à ne jamais contrarier l’armée.

C’est un secret de Polichinelle : la corruption gangrène les rangs des forces armées, à l’instar de presque tous les grands corps de l’État. Concours d’entrée truqués (ACMIL et autres), promotions arbitraires ou limogeages injustifiés, avantages faramineux, pots-de-vin de toute sorte, les pratiques politiciennes pour tenir les forces armées en laisse sont légion et d’une efficacité redoutable. La contradiction est d’autant plus forte que l’armée est censée être le protecteur du peuple, le garde-fou de la République, le dernier bastion de la souveraineté. Mais si le dernier bastion est pourri, à quoi la population malgache pourra-t-elle se raccrocher ? Miantehitra amin’ny hazo boboka ?

Il est peu probable que la relation incestueuse qui existe entre l’exécutif et la sphère politique en général d’une part et l’armée de l’autre, change un jour, à moins de réformes drastiques. En attendant, l’armée dans sa forme actuelle est désuète, budgétivore et source de problèmes constants. Chaque défilé du 26 juin coûte une fortune au contribuable qui se demande pourquoi les fonds alloués à ces festivités ne le sont pas plutôt à l’amélioration de sa sécurité personnelle et à celle de ses biens. L’arrogance des forces de l’ordre lors des manifestations populaires, leur empressement à défendre la cause des nantis et la vétusté de leurs équipements constituent autant de raisons qui justifieraient leur suppression. Et pourtant, force est de constater que Madagascar a besoin de forces armées pour assurer sa sécurité intérieure, que ce soit contre les dahalo (cf. les incidents de Befotaka et l’inénarrable traque de Ramenabila) ou contre la multitude de malfrats en col blanc qui arpentent les allées du pouvoir.

D’accord, mais pour cela il faut remettre les cartes à plat et conclure un nouveau pacte entre forces armées et population. Les forces armées devront être profondément restructurées, mais sur quelles bases ? En d’autres termes, quelle peut être la raison d’être d’une armée dont la raison d’être est la défense du territoire contre un ennemi extérieur ? Tout le monde s’accorde pour reconnaitre que Madagascar n’est pas menacé d’une invasion militaire étrangère. Par contre, il lui faut impérativement sécuriser ses côtes qui figurent parmi les plus poreuses du monde, et surveiller sa vaste ZEE (zone économique exclusive) que pillent en toute quiétude des flottes étrangères, voire pirates, de pêche industrielle. A cette fin, la Grande Île devra principalement s’équiper d’avions de surveillance et de bateaux rapides pour intercepter et sanctionner les contrevenants. Dans la même logique, mieux vaudrait renoncer à « une armée de développement » qui cultive du riz et élève du bétail ; il serait plus rentable de former les paysans et les éleveurs actuels, qui constituent déjà les trois quarts de la population, plutôt que d’en augmenter le nombre. Quant au génie militaire, il pourra participer à la construction de routes et de ponts, à condition de ne pas se limiter à l’installation des ponts Bailey provisoires qui deviennent définitifs, et de ne pas concurrencer les petites entreprises de travaux publics qui, dans les provinces, ont besoin de contrats pour se professionnaliser et se développer.

La sécurité du territoire quant à elle incombe à la gendarmerie qui devra lutter contre le grand banditisme dans les campagnes pour permettre le développement sécurisé des communautés rurales, la police se chargeant de la sécurité dans les villes. Ce qui exige de redéfinir les objectifs stratégiques, d’arrêter pendant quelques années d’abord puis de limiter drastiquement ensuite le recrutement des officiers ainsi que la promotion des officiers supérieurs et généraux, et de revoir toute l’organisation sécuritaire de manière réaliste et efficiente. Bref, préférer la qualité à la quantité, et disséminer les jeunes recrues sur le terrain où le travail ne manque pas. Autant de chantiers qui gagneraient à être exploités avec plus d’entrain et de moyens, même s’ils ne sont pas aussi rémunérateurs que certaines alliances politiques.

Plus que tout, l’armée doit arrêter de s’immiscer dans la politique. Ce serait le plus beau cadeau qu’elle puisse se faire à elle-même pour ses 52 ans ; ce serait un présent d’une valeur inestimable qu’elle offrirait à la population à l’occasion d’une sortie de crise impatiemment attendue par tous les citoyens. Rappelons que Madagascar a connu trois mutineries armées en trois ans : celle du FIGN (Forces d’intervention de la Gendarmerie nationale) du Fort Duchesne le 20 mai 2010, celle de la BANI (Base aéronavale d’Ivalo) le 17 novembre 2010, et celle du 1er RFI (Régiment des forces d’intervention) le 22 juillet 2012. Pendant tout ce temps, les diverses unités spécialisées d’intervention, au statut incertain, se sont signalées par leur incompétence et leurs actions brouillonnes. Et l’ensemble des forces armées, tous corps confondus, continue à se singulariser par sa vénalité, son mépris de la loi et, finalement, sa nocivité…

Il convient de rappeler enfin qu’une armée républicaine est la gardienne des institutions de la République, et non pas celle de gouvernants peu respectueux des valeurs républicaines. Pour ce faire, il conviendra d’instituer une incompatibilité légale entre la carrière militaire et tout autre engagement politique ou professionnel. Un militaire qui voudra entrer en politique ou prendre une responsabilité civile sera tenu de démissionner des forces armées sans possibilité d’y revenir, et renoncer à tous les avantages (avancement, indemnités, etc.) liés à la carrière militaire. A cette condition seulement, les forces armées retrouveront le sens du service de la Patrie, et la crédibilité auprès de la population.

Proclamation de la République de Madagascar

     Avant le 6 août 1896, date de la loi d’annexion, Madagascar était une nation reconnue sur le plan international. Puis, avant le retour de cette indépendance (26 juin 1960), la proclamation officielle de la république de Madagascar, la première du nom, dont Philibert Tsiranana sera le Président, a eu lieu le 14 octobre 1958 dans l’amphithéâtre du lycée Galliéni à Andohalo rappelle l’évènement. Cette proclamation de la république de Madagascar avait fait suite au Congrès des assemblées provinciales, présidé par le leader politique du Sud, Norbert Zafimahova, concurrent direct de Philibert Tsiranana à la présidence de la république. La loi d'annexion de 1896 avait, auparavant, été déclarée caduque par le Haut Commissaire français André Soucadaux.

     En fait, cette année 1958 a été riche en évènements. Cette proclamation de la république a été précédée, le 28 septembre, d’un référendum sur l’adhésion à la Communauté française. Le pays a voté « Oui » sauf la population d’Antananarivo. Le 16 octobre, l'Assemblée Constituante et Législative provisoire, présidée par Norbert Zafimahova, élabore la Constitution du jeune état dont l'exécutif fut assuré par un gouvernement provisoire présidé par Philibert Tsiranana.

     Cette constitution sera adoptée le 29 avril 1959. Et ici, il importe de le savoir : il n’y a jamais eu de vote au suffrage universel. Philibert Tsiranana, ayant recueilli 113 voix sur 113, des membres de cette Assemblée constituante, devient le premier président de la première république malgache, pour sept ans. D’où vient alors cette idée de lui donner le nom de « Père de l’Indépendance » ? Dès le départ, donc, la notion de république et d’indépendance a été tronquée dans la Grande île.

Gouvernement PSD :

Assemblée Nationale :

 Alfred Nany

Sénat :

 Jules Ravony puis Siméon Japhet

Membre du Gouvernement :

Philibert Tsiranana, Chef de l’Etat et du Gouvernement, forme sa nouvelle équipe au sein du gouvernement pour diriger la nouvelle République fraîchement créée.

Philibert TSIRANANA sera assisté par Calvin TSIEBO, comme vice-président de la République, et sont membres du gouvernement les Albert SYLLA, Jean Jacques NATAÏ, RAZAFIMANDIMBY, Victor MIADANA, André RESAMPA, Alfred RAJAONARIVELO, Jean-François JARISON, Laurent BOTOKEKY, Eugène LECHAT, RATSITOHARA, Alfred RAMANGASOAVINA, Albert LEDA, Abdou Lambert LODA, Emile RAMAROSAONA, Césaire RABENORO, Célestin ARIDY, RAMAHAVITA, Paul SILENY, Pierre ZAKA, René RASIDY, Raphaël JACOBA, Henri RAHARIJAONA et Georges BERANTO.  

Chefs De La Province

Majunga : Choasin Totozamany

Fianarantsoa : Michel Noël

Tuléar : Rakotonarivo

Diégo-Suarez : Raymond Rakoto

Tamatave : Ranoavimanana

Tananarive :

L’«état de grâce» (1960-1967)

Tsiranana entend réaliser l’unité nationale au moyen d’une politique fondée sur la stabilité et la modération1.

Afin de légitimer son image de « père de l’indépendance », il ramène sur l’île le 20 juillet 1960, les trois anciens députés « bannis » en France depuis l’insurrection de 1947, Joseph Ravoahangy Andrianavalona, Delphin Joseph Raseta et Jacques Rabemananjara. L’impact populaire et politique est considérable. Le président propose à ces « héros de 1947 » d’entrer dans son deuxième gouvernement du 10 octobre 1960 ; Joseph Ravoahangy prend le ministère de la Santé, et Jacques Rabemananjara, celui de l’Économie. En revanche, Joseph Raseta refuse et rejoint l’AFKM.

Le tenant de la démocratie restreinte

Tsiranana réaffirme fréquemment son appartenance au bloc occidental :

« Nous sommes résolument intégrés au Monde occidental, parce qu’il est le Monde libre, et que notre aspiration la plus profonde, est la liberté de l’homme et la liberté des peuples. »

Ainsi, la République de Philibert Tsiranana possède de nombreuses caractéristiques propres aux démocraties, telles une presse libre qui anime en permanence le débat, une justice indépendante et des droits de l'homme sauvegardés. La Constitution de 1959 garantit le pluralisme et les grands principes de la démocratie libérale Le président malgache affirme d'ailleurs, tout au long de sa présidence, être opposé à l’instauration d’un parti unique :

« Je suis trop démocrate pour cela, le parti unique conduisant toujours à la dictature. Nous, PSD, comme le précise le titre de notre parti, nous sommes des sociaux-démocrates et refusons, en tant que tels, ce type de parti. Nous pourrions facilement l’instituer dans notre pays, mais nous préférons qu’existe une opposition»

De nombreuses institutions font également offices de contre-pouvoir sur l'île, telles les Églises protestante et catholique dont l’influence est grande au sein de la population ; les diverses centrales syndicales politiquement actives dans les centres urbains ; ou encore les nombreuses associations, notamment étudiantes et féminines, qui s’expriment très librement.

Néanmoins, la démocratie sous Tsiranana connaît des limites dans le fait qu’en dehors des grands centres, les élections sont truquées53. Aussi la République de Tsiranana s’apparente à une « démocratie restreinte ».

Les manœuvres politiques aux municipales

En octobre 1959, aux élections municipales, l’AKFM ne remporte que la capitale Tananarive avec le pasteur Richard Mahitsison Andriamanjato, et la ville de Diego-Suarez avec le Réunionnais Francis Sautron. Le MONIMA (Mouvement national pour l’indépendance de Madagascar) remporte quant à lui, la mairie de Tuléar avec Monja Jaona, et celle d’Antsirabe avec Emile Rasakaiza.

Le gouvernement Tsiranana, par des manœuvres politiques, prend une à une le contrôle de ces mairies. Tout d’abord, par l'ordonnance n°60.085 du 24 août 1960 : « est désormais chargé de l'administration de la ville de Tananarive, un fonctionnaire désigné par le ministre de l'Intérieur et nommé Délégué général ». Le gouvernement prive ainsi de pratiquement toutes ses prérogatives le maire Richard Andriamanjato.

Ensuite, le 1er mars 1961, le président Tsiranana « démissionne » Monja Joana, de son mandat municipal de Tuléar. Puis, une loi du 15 juillet 1963, qui stipule que « les fonctions de maire et de 1er adjoint ne peuvent être exercées par des citoyens français », empêche Francis Sautron de se représenter à Diego-Suarez aux élections municipales de décembre 1964.

Enfin, lors de ces dernières à Antsirabe, le PSD remporte 14 sièges sur 36, l’AKFM 14 et le Monima 8. Une coalition de ces deux partis permet au leader local de l’AKFM, Blaise Rakotomavo de devenir maire. Mais quelques mois plus tard, André Resampa, ministre de l’Intérieur, déclare la ville ingouvernable et dissout le conseil municipal. Aux nouvelles élections de 1965, le PSD l’emporte.

Les manœuvres politiques aux législatives

Le 4 septembre 1960, les Malgaches doivent élire leurs députés. Le gouvernement choisit un scrutin de liste majoritaire à un tour afin de faciliter le succès du PSD dans toutes les régions, surtout à Majunga et Tuléar. En revanche, pour la circonscription de Tananarive-ville où est solidement implanté l’AKFM, le scrutin se déroule à la proportionnelle; ainsi, dans la capitale, le PSD avec 27 911 voix remporte deux sièges avec la liste conduite par Joseph Ravoahangy, tandis que l’AKFM avec 36 271 voix ne remporte que trois sièges dont celui de Joseph Raseta.

À la fin du scrutin, le PSD détient 75 sièges de députés, ses alliés 29 et l’AKFM seulement 3. Quant aux listes des petits partis locaux, au nombre de 13, fédérés sous l’appellation « 3e force », qui avaient remporté 30 % des suffrages (468 000 voix), elles n’obtiennent aucun élu.

En octobre 1961, a lieu le « colloque d’Antsirabe ». Tsiranana y préconise de réduire le nombre de partis politiques, alors au nombre de 33 sur l'île; le PSD est désormais représenté à l’Assemblée par 104 députés. Ainsi la scène politique malgache se bipolarise de façon très inégale. D’un côté, le parti gouvernemental PSD ; de l’autre côté, le parti de l’indépendance AKFM qui prône le « socialisme scientifique » et l’amitié prioritaire avec l’URSS. Les partis d’opposition restant, notamment le MONIMA du nationaliste d’extrême-gauche Monja Jaona qui milite vigoureusement pour la cause du Sud malgache très pauvre, n’ont qu’une audience limitée.

Aux élections législatives du 8 août 1965, le PSD recueille 94 % des suffrages (2 304 000 voix) et 104 députés. L’AKFM recueille, quant à lui, 3,4 % des suffrages (145 000 voix) et 3 députés.

Le président Tsiranana explique cette situation par le fait que l’opposition manque d’union et qu’« ils parlent trop mais ne travaillent pas »64. Selon lui, le PSD, au contraire, mieux organisé, plus discipliné, en contact permanent avec la population laborieuse est donc plébiscité en masse par les Malgaches.

Les trois principales institutions (Gouvernement, Sénat et Assemblée Nationale) sont présidées par des anciens de Le Myre :

     - le professeur assistant Philibert Tsiranana ;

     - le médecein Jules Ravony ;

     - le commis de l'administration Alfred Nany.

Les trois quarts (14 sur 21) des membres du premier gouvernement qui comptait d'ailleurs deux français ont fréquenté le même établissement.

Si 30% des sénateurs (22 sur 75

La présidentielle et les provinciales de 1965

Le 16 juin 1962, une loi institutionnelle institue l’élection du président de la République au suffrage universel direct61. En février 1965, Tsiranana décide d’avancer d’un an le terme de son septennat et de fixer l’élection présidentielle au 30 mars 196565. Joseph Raseta, qui avait quitté en 1963 l’AKFM pour fonder son propre parti, le FIPIMA (Union nationale malgache), se porte candidat à la présidence51. Un indépendant, Alfred Razafiarisoa, se porte également candidat66. Le leader du MONIMA, Monja Jaona se montre aussi un moment, désireux de se présenter66. L’AKFM fait, quant à lui, l’économie d’une candidature67 ; d’ailleurs face à Raseta, le parti fait voter discrètement Tsiranana à Tananarive51.

Tsiranana mène une grande campagne dans toute l’île tandis que celle de ces opposants ne dépasse pas le cadre local68. Le 30 mars 1965, sur les 2 583 051 inscrits, 2 521 216 se sont exprimés69. Tsiranana est réélu président par 2 451 441 voix, soit à 97 % des suffrages69. Joseph Raseta recueille 54 814 voix et Alfred Razafiarisoa 812 voix69.

À l’issue de l’élection du 15 août 1965 pour le renouvellement des Conseils généraux, le PSD obtient 2 475 469 voix sur les 2 605 371 suffrages exprimés sur les sept circonscriptions du pays, soit 95 % des voix. L’opposition recueille avec difficultés 143 090 voix, principalement à Tananarive, Diégo-Suarez, Tamatave, Fianarantsoa et Tuléar.

L'artisan du « socialisme malgache »

      Syndicat d'initiative à Madagascar en 1960.

Une fois l’indépendance et les nouvelles institutions consolidées, le gouvernement se consacre à la réalisation du socialisme. Le « socialisme malgache », tel que le conçoit le président Tsiranana, doit permettre de résoudre les problèmes du développement en apportant des solutions économiques et sociales adaptées au pays ; il se veut pragmatique et humaniste70.

     Afin d’analyser la situation économique du pays, il est organisé du 25 au 27 avril 1962 à Tananarive, les « Journées malgaches du Développement »71. Lors de ces audits nationaux, Madagascar apparaît comme un vaste pays sous-développé aux moyens de communication très insuffisants, et souffrant de problèmes d’accès à l’eau et à l’énergie39. Peu peuplée (5,5 millions d’habitants) et rurale à 89 % en 196072, elle est potentiellement riche en ressources agricoles39. Mais comme beaucoup de pays du Tiers-monde, elle est en proie à une poussée démographique qui suit de trop près le rythme d’augmentation annuelle moyenne des produits agricoles de 3,7 %71.

Un triple objectif gouvernemental est donc confié au ministre de l’Économie Jacques Rabemananjara. Tout d’abord, diversifier l’économie malgache pour la rendre moins tributaire des importations73 qui s’élève en 1960 à 20 millions de dollars américain72. Ensuite, réduire le déficit de la balance commerciale (de 6 millions de dollars72), afin de consolider l’indépendance de l'île73. Enfin, augmenter le pouvoir d’achat et le niveau de vie des populations73, dont le PNB par habitant n’excède pas 101 dollars par an en 196072.

Un socialisme libéral pragmatique

La politique économique mise en œuvre sur l’île par l’administration Tsiranana s’inspire d’un néo-libéralisme nuancé, associant l’encouragement de l’initiative privée (nationale et étrangère) et la nécessité de l’interventionnisme étatique39. Ainsi, en 1964 est adopté un plan quinquennal qui fixe les grands choix du gouvernement en matière d’investissements74. Ils doivent permettre le développement de l’agriculture et la promotion des paysans75. Dans la réalisation de ce plan, il est demandé au secteur privé d'y concourir à hauteur de 55 milliards de francs malgaches (FMG)76. Afin d’encourager ces investissements, le gouvernement tente de dégager le maximum de crédits grâce aux quatre organismes de financement mis à sa disposition : l’Institut d’émission, le Trésor public, la Banque nationale malgache, et surtout la Société nationale d’investissement73 qui prend des participations dans les plus grosses entreprises malgaches et étrangères, commerciales et industrielles74. Afin de s’assurer également le soutien des capitalistes étrangers, Tsiranana tente de les rassurer en affirmant que la nationalisation, c’est le vol :

« Je suis socialiste libéral. Par conséquent, l’État doit jouer son rôle en laissant libre le secteur privé. Nous, nous devons combler les vides, car nous ne voulons pas faire une nationalisation paresseuse, mais, au contraire, dynamique, c’est-à-dire que nous ne devons pas spolier les autres, et l’État n’intervient que lorsque le secteur privé est déficient. »77

Cela n’empêche cependant pas le gouvernement de taxer à 50 % les bénéfices commerciaux non réinvestis à Madagascar78.

Bien qu’hostile à toute idée de socialisation des moyens de production, l’administration Tsiranana incite au développement de coopératives et autres techniques de participation volontaire79. Les kibboutz israéliens paraissaient alors être la clef du développement agricole78. Ainsi en 1962 est créé un Commissariat général à la Coopération, chargé d’une action en profondeur comportant la mise en place de coopératives de production et de commercialisation sur l’île80. En 1970, le secteur coopératif a le monopole de la collecte de la vanille80. Il contrôle la production bananière dont il assure également le ramassage, le conditionnement et l’exportation80. Il prend pied dans le café, le girofle et le riz80.

La lutte contre le sous-développement

L’obstacle majeur au développement réside, dans une grande mesure, dans l’aménagement du territoire. Afin d’y remédier, l’État dévolue au fokonolona, cellule traditionnelle malgache (équivalent d’une commune), les petits travaux « au ras du sol »39. Le fokonolona effectue ainsi des travaux d’équipement rural tels que des petits barrages, rentrant dans le cadre de l’exécution du plan régional de développement. Dans ses réalisations, il est aidé par la gendarmerie qui participe activement au reboisement national, ainsi que par le Service civique81. Instauré en 1960 par Tsiranana afin de lutter contre l'oisiveté82, le Service civique permet aux jeunes malgaches d’acquérir à la fois une instruction générale et une formation professionnelle83. Outre ces travaux « au ras du sol », de grands aménagements hydro-agricoles sont réalisés par des sociétés d’économie mixte84 telles que la SOMALAC (Société d’aménagement du lac Alaotra) qui anime plus de 5 000 riziculteurs80.

Mais la précarité des moyens de communication persiste. Sous Tsiranana, il n’existe que trois axes ferrés : Tananarive-Tamatave avec un embranchement sur le lac Alaotra, Tananarive-Antsirabe, et Fianarantsoa-Manakara84. Les 3 800 km de routes, bitumés pour 2 560 km d’entre elles, servent essentiellement à relier Tananarive aux ports ; elles laissent donc d’immenses régions isolées84. Quant aux ports, médiocrement équipés, ils assurent un certain cabotage84.

Dans le domaine de l’éducation, un effort d’alphabétisation des populations rurales est entrepris48. Les dépenses d’éducation en FMG courants sont passées de 8 milliards en 1960 à plus de 20 milliards en 1970, soit de 5,8 % à 9,0 % du PIB85, ce qui a permis un doublement des effectifs du primaire (450 000 à près d’un million), un quadruplement des effectifs du secondaire (26 000 à 108 000) et à un sextuplement des effectifs du supérieur qui passent de 1 100 à 7 00086. L’enseignement primaire est ainsi dispensé dans la plupart des villes et des villages48. Des lycées sont ouverts dans toutes les provinces48, tandis que le Centre d'Études supérieures de Tananarive se transforme en université en octobre 196187. Cet effort d’alphabétisation est d’autant plus facilité par le Service civique effectué par les jeunes conscrits48. Grâce à cette scolarisation élevée, Madagascar peut former des cadres techniques et administratifs compétents79.

 

Le bilan économique (1960-1972)

Au final, sur les 55 milliards de FMG attendus du secteur privé par le premier plan quinquennal, 27,2 seulement ont été investis entre 1964 et 196876. L’objectif a néanmoins été dépassé dans le secteur secondaire avec 12,44 milliards de FMG au lieu de 10,7076. Mais l’industrie reste encore embryonnaire84, malgré une hausse de sa valeur ajoutée qui atteint 33,6 milliards de FMG en 1971 contre 6,3 milliards de FMG en 1960, soit une progression annuelle moyenne de 15 %88. C’est la branche de transformation qui en profite le plus :

  • Dans les zones agricoles se développent des rizeries, des féculeries, des huileries, des sucreries et des conserveries84.
  • Sur les Hautes Terres, la cotonnière d’Antsirabe augmente sa production de coton-graine de 2 100 tonnes à 18 700 tonne89, tandis qu’est créée à Tananarive la Papeterie de Madagascar (PAPMAD)88.
  • Sur le port de Tamatave s’installe une raffinerie88.

Cet essor permet la création de 300 000 emplois dans l’industrie dont les effectifs passent de 200 000 en 1960 à 500 000 en 197188.

 
Plantation de vanille.

En revanche, dans le secteur primaire, les initiatives du secteur privé ont été peu nombreuses76. À cela plusieurs raisons : handicaps tenant au sol et au climat, aux difficultés de transport et de commercialisation79. L’agriculture malgache sous Tsiranana est donc restée essentiellement de subsistance hormis dans certains secteurs pilotes79. Ces derniers sont néanmoins des réussites. Ainsi, la production de paddy (le riz non décortiqué) atteint en 1971, 1 870 000 tonnes contre 1 200 000 tonnes en 1960, soit une progression de 50 %90. L’autosuffisance alimentaire est alors quasiment réalisée90. Le riz malgache n’est d’ailleurs pas seulement une culture vivrière, elle est aussi destinée au commerce ; chaque année, il est exporté entre 15 à 20 000 tonnes de riz de luxe dont le rapport de prix avec celui du riz ordinaire était de l’ordre de 2,389. Madagascar exporte également du café dont la production passe de 56 000 tonnes en 1962 à 73 000 tonnes en 1971, et des bananes à hauteur de 15 à 20 000 tonnes par an89. Enfin, sous Tsiranana, l’île est le premier producteur mondial de vanille84.

Mais le décollage économique ne s’est pas produit. Le PNB par habitant n’a augmenté que de 30 dollars en neuf ans pour atteindre 131 dollars en 196972. Les importations se sont accrues, 28 millions de dollars en 1969, provoquant une hausse du déficit de la balance commerciale, soit 11 millions de dollars72. L’électricité, fournie par quelques usines, n’alimente que Tananarive, Tamatave et Fianarantsoa84 ; la consommation annuelle d’énergie par habitant n’augmente que sensiblement de 38 kg (équivalent charbon) à 61 kg entre 1960 et 196972.

Cependant, la situation n’est pas catastrophique90. L’inflation est contenue annuellement à 4,1 % entre 1965 et 197388. La dette extérieure est faible ; le service de la dette ne représente en 1970 que 0,8 % du PNB88. Les réserves de change ne sont pas négligeables et atteignent même en 1970, 270 millions de francs français88. Le déficit budgétaire est contenu dans des limites très strictes88. Et, l’absence de surpopulation évite à l’île le problème de la faim, d’autant que le cheptel bovin est très important puisque estimé à 9 millions de têtes79. Le chef de l’opposition, le pasteur marxiste Andriamanjato, y trouve même son compte puisqu’il se déclare à l’occasion « d’accord à 80 p. 100 » avec la politique économique poursuivie39.

Un partenaire privilégié de la France

Durant la présidence de Tsiranana, les liens entre Madagascar et la France demeurent extrêmement étroits, et ce dans tous les domaines. Tsiranana assure même aux Français installés à Madagascar, qu’ils constituent la 19e tribu de l’île91.

La présence française dans le secteur public

Le président s’entoure d’une équipe de conseillers techniques français, les « vazahas »92, dont deux principaux :

  • Paul Roulleau qui, en qualité de chef de cabinet, à la main haute sur toutes les affaires économiques92.
  • Le général Bocchino, chef d’état-major particulier, qui occupe en fait, les fonctions de ministre de la Défense92.
 
Manœuvres militaires françaises à Madagascar en 1960.

Les coopérants français à Madagascar continuent à assurer le fonctionnement de la machine administrative jusque vers les années 1963/196493. Par la suite, ils sont réduits à un rôle de conseillers, et à de rares exceptions, perdent toute influence93. Dans le souci du renouvellement de leur contrat, un certain nombre d’entre eux adoptent même une attitude d’irresponsabilité et de complaisance à l’égard des ministres, directeurs ou chefs de services qu’ils sont censés éclairer ou guider93.

La sécurité même du pays est placée sous la responsabilité des troupes françaises continuant à occuper diverses bases stratégiques de l'île. Les parachutistes français sont installés à l’aéroport international d’Ivato-Tananarive, tandis que le commandement en chef des Forces militaires françaises dans l’Océan indien est basé à la rade de Diego-Suarez au nord du pays94. Lorsqu’en janvier 1964, le gouvernement français décide de retirer de la Grande île près de 1 200 de ses militaires95, le président Tsiranana s’offusque : « Le départ des troupes militaires françaises représenterait pour le pays une perte de trois milliards de francs CFA. Je suis d’accord avec le président Senghor quand il dit que la déflation des troupes militaires françaises va jeter sur le marché du travail de nombreux chômeurs. La présence des troupes françaises est une aide économique et financière indirecte, et j’ai toujours approuvé son maintien à Madagascar »96

Le poids français dans l’économie malgache

Madagascar est, depuis l’Indépendance, dans la zone franc94. L’appartenance à cette zone permet à la Grande île d’assurer la couverture en devises des importations reconnues prioritaires, de donner une garantie de débouchés à certains produits agricoles, à des prix supérieurs aux cours mondiaux (bananes, viande, sucre, riz de luxe, poivre, etc.), de sécuriser les investisseurs privés, de maintenir une certaine rigueur dans la politique budgétaire de l’État97. Aussi, en 1960, 73 % des exportations sont dirigées vers la zone franc et bien sûr, parmi les principaux acheteurs, se trouve la France avec 10 milliards de francs CFA71.

La France lui octroie d’ailleurs une aide particulièrement importante en douze ans de 400 millions de dollars98. Cette aide, sous toutes ses formes, est voisine ou égale aux deux tiers du budget national malgache jusqu’en 196499. De plus, grâce aux conventions d’association avec la Communauté économique européenne (CEE), les avantages découlant des organisations de marché de la zone franc et du Fonds d’Aide et de Coopération français (FAC) sont transposés au niveau communautaire98. Ainsi, Madagascar peut bénéficier de préférences tarifaires appréciables et recevoir entre 1965 et 1971, une aide évaluée à 160 millions de dollars de CEE98.

Outre cette forte dépendance financière, la Grande île sous Tsiranana donne l’impression que les Français ont conservé leur position prépondérante dans l’économie100. Les banques, les assurances, le grand commerce, l’industrie et certaines productions agricoles (sucre, sisal, tabac, coton, etc.) restent détenus par les minorités étrangères.

La politique étrangère de Tsiranana

À la recherche de nouveaux partenaires
 
Philibert Tsiranana à Berlin en 1962.

Ce partenariat avec la France donne l’image d’une Grande Île complètement inféodée à l’ancienne métropole, qui accepte volontairement un néo-colonialisme envahissant39. En fait, par cette politique avec la France, Tsiranana tente simplement de tirer le maximum de profit pour son pays soumis à des contraintes objectives qu’il estime insurmontables par d’autres voies39. D’ailleurs, afin de se libérer de la tutelle économique de la France, le président malgache noue des liens diplomatiques et commerciaux avec d’autres États partageant la même idéologie79 :

  • La République fédérale allemande importait déjà en 1960 pour 585 millions de francs CFA de produits malgaches71. Elle signe le 21 septembre 1962, un traité de collaboration économique qui ouvre à Madagascar un crédit de 1,5 milliard de francs CFA101. De plus, la Fondation Philibert-Tsiranana, inaugurée en 1965 et chargée de former les cadres politiques et administratifs du PSD malgache, est financée par le Parti social-démocrate allemand78.
  • Les États-Unis, qui en 1960 importaient pour 2 milliards de francs CFA de produits malgaches71, apportent entre 1961 et 1964, une aide de 850 millions de FMG102.
  • Le 26 janvier 1963 est signé un traité d’amitié israélo-malgache61. Lors de la création le 22 décembre 1965 des Forces républicaines de sécurité, véritable garde présidentielle, ce sont des Israéliens qui contribuent à la formation initiale des unités103.
  • Avec Taïwan, il entreprend de poursuivre des relations accrues après sa visite sur l’île en avril 1962104.

Un essai d’ouverture sur le plan commercial est ensuite entrepris à la fois vers le bloc communiste et vers l’Afrique australe avec le Malawi et l’Afrique du Sud79. Mais cet éclectisme suscite parfois des controverses, surtout lorsque les résultats ne sont pas tangibles79.

Une politique de modération
 
Timbre soviétique à l'effigie de Kwame Nkrumah.

Tsiranana prône la modération et le réalisme dans les instances internationales comme l’ONU, l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), et l’Organisation Commune Africaine et Malgache (OCAM)39. Il s’oppose ainsi aux idées panafricaines proposées par Kwame Nkrumah. Pour sa part, il souhaite coopérer avec l’Afrique dans le domaine économique, mais non dans celui de la politique105. D’ailleurs, lors de la deuxième conférence de l’OUA au Caire le 19 juillet 1964, il déclare que l’organisation est atteinte d'une triple maladie : « la « verbite », car tout le monde veut faire des discours… la « démagogite », car nous faisons des promesses que nous ne pouvons pas tenir… la « complexité », car beaucoup d’entre nous n’osent pas dire ce qu’ils pensent sur certains problèmes. »

Il se pose même en médiateur du 6 au 13 mars 1961, lorsque est organisée une table-ronde à Tananarive pour permettre aux différents belligérants congolais de trouver une solution à la guerre civile107. Il est alors décidé de transformer la République du Congo en une confédération, présidée par Joseph Kasavubu. Mais la médiation est vaine, les combats auront tôt fait de reprendre.

Si Tsiranana se veut modérateur, il n’en est pas moins profondément anticommuniste. Il n’hésite pas à boycotter la troisième conférence de l’OUA organisée à Accra en octobre 1965 par le très progressiste président du Ghana Kwame Nkrumah108. Le 5 novembre 1965, il s’attaque à la République populaire de Chine et affirme que « les coups d’État portent toujours la trace de la Chine communiste » Peu de temps après, le 5 janvier 1966 à la suite du coup d’État de la Saint-Sylvestre au Centrafrique, il fait même l’éloge des putschistes : « Ce qui m’a plu dans l’attitude du colonel Bokassa, c’est qu’il a pu chasser les communistes ! »

La politique étrangère de Tsiranana

À la recherche de nouveaux partenaires

Tsiranana allemagneTsiranana israel

Philibert Tsiranana à Berlin Ouest en 1962 accompagné du bourgmestre-gouverneur de Berlin Willy Brandt.
 
Philibert Tsiranana à Jérusalem en 1961 accompagné du président de la République d'Israël Yitzhak Ben-Zvi.

Ce partenariat avec la France donne l’image d’une Grande Île complètement inféodée à l’ancienne métropole, qui accepte volontairement un néo-colonialisme envahissant38. En fait, par cette politique avec la France, Tsiranana tente simplement de tirer le maximum de profit pour son pays soumis à des contraintes objectives qu’il estime insurmontables par d’autres voies38. D’ailleurs, afin de se libérer de la tutelle économique de la France, le président malgache noue des liens diplomatiques et commerciaux avec d’autres États partageant la même idéologie78 :

  • La RFA importait déjà en 1960 pour 585 millions de francs CFA de produits malgaches70. Elle signe le 21 septembre 1962, un traité de collaboration économique qui ouvre à Madagascar un crédit de 1,5 milliard de francs CFA100. De plus, la Fondation Philibert-Tsiranana, inaugurée en 1965 et chargée de former les cadres politiques et administratifs du PSD malgache, est financée par le Parti social-démocrate allemand77.
  • Les États-Unis, qui en 1960 importaient pour 2 milliards de francs CFA de produits malgaches70, apportent entre 1961 et 1964, une aide de 850 millions de FMG101.
  • Le 26 janvier 1963 est signé un traité d’amitié israélo-malgache60. Lors de la création le 22 décembre 1965 des Forces républicaines de sécurité, véritable garde présidentielle, ce sont des Israéliens qui contribuent à la formation initiale des unités102.
  • Avec Taïwan, il entreprend de poursuivre des relations accrues après sa visite sur l’île en avril 1962.

Un essai d’ouverture sur le plan commercial est ensuite entrepris à la fois vers le bloc communiste et vers l’Afrique australe avec le Malawi et l’Afrique du Sud. Mais cet éclectisme suscite parfois des controverses, surtout lorsque les résultats ne sont pas tangibles

LA FRATERNITE AU CŒUR DES GRAND OCEANS

      Le Président de Madagascar Philibert Tsiranana entreprend un grand voyage d’amitié et de fraternité dans des pays d’Asie, du Pacifique et de l’Océan Indien.

     Août 1964 : Visite d'État aux Philippines par le président de la République de Madagascar, Philibert Tsiranana et son épouse Madame Justine Tsiranana organisé par le président Diosdado Macapagal et la Première Dame Evangelina Macapagal.

Visite aux philippines1

     Le président philippin Diosdado Macapagal se rendra à l’aéroport de Manille pour saluer le président de la République mlagache et sa suite. Durant une heure, les deux présidents déviseront en compagnie d’autres personnalités gouvernementales philippines et diplomatiques que Philibert Tsiranana avait certainement déjà rencontrées lors de son voyage durant l’année précédente.

Visite aux philippines

     Le Président philippin Diosdado Macapagal conférer le Prix Golden Heart présidentielle à madame Tsiranana lors du dîner d'État au Palais de Malacañang. Le Président malgache Philibert Tsiranana a été conféré l'Ordre du Sikatuna, Rang du Raja.

Visite aux philippines2Visite aux philippines3

     Le Président Macapagal, madame Tsiranana ; Madame Macapagal & le Président Tsiranana pendant le Dîner d'État au Palais de Malacañang.

Visite aux philippines4

     Une réception "Fiesta Filipina" a été donnée par Mrs.Macapagal cours la nuit dernière visite du couple au Palais de Malacañang. Danses folkloriques et un défilé de mode mis en évidence l'affaire de gala.

Visite aux philippines5

     Le Président Diosdado Macapagal fait ses adieux à SE Monsieur le Président de la République de Madagascar Philibert Tsiranana lors de la cérémonie de départ à l'aéroport de Manille.

Le déclin et la chute du régime (1967-1972)

À partir de 1967, le président Tsiranana doit faire face à une montée des critiques. Tout d’abord, il est patent que les structures mises en œuvre par le socialisme malgache pour développer le pays n’ont pas de grande efficacité macro-économique111. Ensuite, on se surprend par certaines mesures adoptées, comme l’interdiction du port de la mini-jupe, qui entrave la promotion du tourisme112.

Enfin, en novembre 1968, est publié un document intitulé Dix années de République, rédigé par un assistant technique français et un Malgache, qui critique durement les dirigeants du PSD, et dénonce quelques scandales financiers imputés par les auteurs au pouvoir en place113. Une enquête est ouverte et se termine par la condamnation pénale d’un des rédacteurs113. Cette affaire ne laisse pas indifférents les milieux intellectuels113. Ainsi, l’usure inévitable du régime engendre une contestation discrète mais certaine.

L'USURE DU TEMPS ET LES DECHIREMENTS DES HOMMES

Le temps, c'est à la fois la matière première et la dimension tragique de la vie.Il fait tout et il use tout (Valéry Giscard d'Estaing)

Tsiranana terrassé...le pouvoir ébranlé

Le "grenouillage" autour de la succession de Philibert Tsiranana va désormais s'emplifier. Et si le président enrage du morsure du temps et s'accroche manifestement à un pouvoir sous perfusion, ses dauphins auto-proclamés fulminent, eux, au sein de camps opposés, contre le temps perdu, tandis que s'élève leur impatience, comme l'eau dans l'écluse.Tous, cependant, ont le devoir de cohabiter, inaugurant de fait une politique qui ne peut conduire qu'au naufrage des bélligérants, avec, dans les courants contraires et tumultueux, l'âme malgache comme bouée commune.

Après la fièvre politique nengendré par la campagne électorale, les réactions et les résultats diverses enregistrées lors du renouvellement général des Conseils Municipaux, la Grande île retrouve son calme habituel à l'heure où le calendrier impose sa marque. Les temps des voeux sollicitent le coeur, les arrières-pensées rétrogradent dans les esprits.

La réception du Nouvel An, offerte le 3 janvier 1970 par le Conseil Municipal de Tananarive, vient toutefois bien vite confirmer à l'opposition politique les positions et sentiments politique d'une opposition toute emoustillée par sa récente démonstration électorale dans la capitale, et ceux d'une majorité qui, en dissimulant ses divergences sous la bannière socialiste, croit encore pouvoir faire illusion sur sa capacité à diriger le pays.

Pour Richard Andriamanjato, les deux grands faits, l'un international, l'autre local, qui vont dominer l'année 1970 sont incontestablement le centième anniversaire de la naissance de Lenine et le dixième anniversaire de l'Indépendance malgache. Le leader de l'A.K.F.M. entend bien, s'agissant de Lenine, que la population malgache médite "sur les actes de ce personnage historique dans le monde d'aujourd'hui et dans la construction du socialisme". Manifestement, les dirigeants pro-communistes de l'opposition malgache n'ont pas compris en 1970, et il en sera encore ainsi en fin de XXe siècle dans bien des pays et pas seulement à Madagascar !

Quant à la célébration du dixième anniversaire de l'indépendance de Madagascar, pour le Pasteur Richard Andriamanjato, elle "invitera certainement tous les Malgaches à méditer sur notre liberté, notre indépendance, les progrès accomplis et ceux qui restent à accomplir dans la vie de notre pays". Le Président Tsiranana, opportuniste, se félicite donc vivement que l'opposition reconnaisse "qu'il y ait liberté à Madagascar" confirme naturellement l'ampleur et l'éclat qui seront donnés à cet anniversaire et précise " Nous le célèbrerons dans le calme, dans l'allégresse, dans la fraternité,

La remise en cause de la politique francophile

Entre 1960 et 1972, qu’ils soient merina ou côtiers, les Malgaches sont largement convaincus que si l’indépendance politique est réelle, l’indépendance économique en revanche ne l’est pas. Les Français contrôlent l’économie et investissent la quasi-totalité des postes techniques de la haute fonction publique malgache. La révision des accords franco-malgaches et la nationalisation signifient donc, aux yeux des Malgaches, la libération de cinq à dix mille emplois de bon niveau, tenus par des Européens qu’il paraît possible de remplacer au pied levé.

Autre contestation : l’appartenance de Madagascar à la zone franc. Selon les certitudes de l'époque, tant que la Grande île se maintiendra dans cette zone, seuls les filiales ou les succursales des banques françaises s’y installeront. Or ces banques locales rechignent quotidiennement à prendre le moindre risque pour favoriser le démarrage d’entreprises malgaches, sous prétexte de garanties insuffisantes. Ainsi, les Malgaches n’ont qu’un accès limité au crédit, car les Français ont toujours la priorité. De plus, l’appartenance à la zone franc implique des habitudes restrictuives à la liberté des changes et des importations.

Aussi, dès 1963, lors du 8e congrès du PSD, des personnalités du parti gouvernemental évoquent la possibilité de réviser les accords franco-malgaches. C’est cependant en 1967, lors du 11e congrès du parti, qu’est véritablement demandée la révision. André Resampa, l’homme fort du régime, s’en fait d’ailleurs le porte-parole.

La maladie du président

     Le président Tsiranana souffre d’une maladie cardiovasculaire. En juin 1966, son état de santé se dégrade nettement ; il est forcé de prendre deux mois et demi de convalescence, puis de se rendre trois semaines en France afin d’y parfaire sa guérison117. Officiellement, le mal dont il souffre provient d’une fatigue. Par la suite, le dirigeant malgache se rend fréquemment à Paris y faire des examens et sur la Côte d’Azur s’y reposer. Sa santé ne s’améliore pas pour autant.

     Éloigné quelque temps des affaires, Tsiranana réaffirme à la fin de l’année 1969 son autorité et son rôle de meneur au sein du gouvernement. Il décide ainsi le 2 décembre, à la surprise générale, de « dissoudre » le gouvernement, alors même que cette mesure est anticonstitutionnelle car relevant de la motion de censure. Une quinzaine de jours plus tard, il forme un gouvernement reprenant les mêmes ministres à deux exceptions près121. En janvier 1970, alors qu’il est de nouveau en déplacement en France, son état s’aggrave soudainement. Le président de la République française Georges Pompidou déclare alors à Jacques Foccart : « Tsiranana m’a fait très mauvaise impression physiquement. Il avait un papier sous les yeux et ne pouvait pas le lire. Il n’avait pas l’air du tout à son affaire et ne m’a parlé que de petits détails, de petites choses et pas de politique générale. »

Afrique 5Malgré tout, le président malgache se rend à Yaoundé afin d’assister au sommet de l’OCAM. Dès son arrivée dans la capitale camerounaise, le 28 janvier 1970, il est victime d’une attaque et regagne aussitôt Paris, par avion spécial, pour y être soigné à l’hôpital de la Salpetrière. Durant dix jours, le président reste dans le coma avant de recouvrer la parole et presque toutes ses facultés. Son hospitalisation se prolonge jusqu’au 14 mai 1970. Durant ces trois mois et demi de convalescence, il reçoit la visite de nombreuses personnalités politiques françaises et malgaches dont, le 8 avril, celle du chef de l’opposition Richard Andriamanjato, de retour de Moscou.

Tsiranana madagascar independenceLe 24 mai, Philibert Tsiranana regagne Madagascar. En décembre 1970, il multiplie les déplacements sur la Grande île afin d’annoncer aux Malgaches son intention de demeurer au service du pays car il pense avoir recouvré la santé. Mais le déclin politique est nettement amorcé. Tsiranana, exacerbé par le culte de la personnalité, devient autoritaire et irritable. Il se réclame même de la volonté divine : « Pourquoi Dieu a-t-il choisi David, un petit berger pauvre, pour devenir roi d’Israël ? Et pourquoi Dieu a-t-il conduit l’humble bouvier d’un village perdu de Madagascar, pour devenir le chef d’un peuple entier ? »

En fait, coupé des réalités par un entourage de courtisans intéressés, il se révèle incapable d’apprécier la situation socio-économique.

MESSAGE DE NOUVEL AN

1er janvier 1971. Dans son message de Nouvel an à la nation, le président de la République, Philibert Tsiranana, déclare notamment :

« Souhaitons que toutes les nations du monde puissent vivre comme la nôtre dans la paix et le respect de l’individu et que notre chère patrie puisse vivre heureuse dans le triomphe des valeurs morales. »

Philibert Tsiranana et son dauphin André Resampa

Tsiranana63En tournée dans la province de Tuléar, du 7 au 11 août 1971, le chef de l'Etat choisit Morondava, fief d'André Resampa, pour dévoiler publiquement, dans la matiné du 9 août, une partie des accusations retenues à l'encontre de son ancien adjoint...dans le cadre de la rébellion du MO.NI.MA le 1er avril 1971 ! Après avoir déclaré que les détenus originaires de Morondava, impliqué dans "l'affaire Monja Jaona", seraient libérés à condition qu'ils n'aient pas contre eux des charges individuelles, Philibert Tsiranana affirmera avec beaucoup d'énergie que "les vrais responsables, les cerveaux qui ont organisé la manifestation armée du MO.NI.MA paieront". Ayant alors révélé que cette rébellion avait été organisée par le tandem Monja Jaona - André Resampa", il poursuivit : "C'est difficile à admettre, mais les preuves sont formelles. Les chefs d'accusation contre Resampa dans cette affaire sont nombreuses et palpables", avant de préciser que "des parents proches de Monja Jaona avaient même été catégoriques quant à la responsabilité d'André Resampa et de ses lieutenants d'avoir armés, dans l'ombre, les manifestants du Sud". Philibert Tsiranana considère donc qu'ils "doivent payer, comme ceux qui ont des responsabilités dans l'affaire du sud, car leur faire une flaur, sous le seul prétexte que Resampa est mon ami et qu'ils sont des nôtres, dira-t-il, alors qu'on ne fait la même fleur aux autres, c'est faire deux poids et deux mesures, et Philibert Tsiranana ne peut manger de ce pain là car il veut rester honnête et juste". Le président de la République ira même jusqu'à demander le rejet des traître de la communauté malgache. Citant un proverbe ancestral : "Même la mère n'hésite pas à écarter l'enfant qui mord le sein", il enchaînait : "C'est vrai pour moi. C'est ce qui devrait çetre pour la population de Morondava et les amis de André Resampa et sa clique, s'ils veulent, au-dessus de toutes les faiblesses sentimentales, conserver la dignité malgache". Ayant précisé qu"il se devait de faire ces révélations pour que les masses ne soient pas dupés dans "l'affaire Resampa" , il ne devait cependant procéder que par simple allusion quand à la collusion de l'intéréssé avec une puissance étrangère. Estimant que cet aspect de l'affaire devait démeurer, pour l'instant, confidentiel, il déclara : "Resampa est coupable de beaucoup d'autres choses que je n'ai pas à dire ici. Ces choses sont confidentielles car elles ne concernent pas uniquement notre seul pays". 

Dans l'après-midi du même jour, à Mahabo, siège de la fédération du P.S.D. dont André Resampa était le délégué au Comité Directeur du parti gouvernemental, Philibert Tsiranana devait reprendre publiquement, et avec autant de persuasion, ses propos portant sur les griefs retenus à l'encontre de Resampa. "Trois chefs d'accusation, bien précis". dira-t-il, mais pour la bonne marche de l'enquête je ne vous ai révélé que les dessous sordides de la mobilisation armée du MO.NI.MA".

Le Président Tsiranana se montre assez bouleversant lorsqu'il déclare : "Je l'aimais comme mon fils, comme mon frère, mon petit frère. J'ai tout fait pour lui et puis voilà, il a fait ce qu'il a fait. On a obtenu de moi que je lui retire son portefeuille ministériel et ses fonctions au P.S.D. On l'a arrêté, et pour moi cela a été dramatique".

Le silence entretenu jusque là sur les responsabilité de l'ancien homme fort du régime avait donc été rompu par le président de la République, sûr de son fait, au point de venir asséner dans deux localités chères à André Resampa, des accusations lourdes...qui ne connaîtront jamais de sanctions judiciaires officielles mais qui engendreront un cours nouveau à l'histoire de Madagascar.

Après avoir vidé "l'abcès Resampa", en chirurgien de la politique malgache, en deux lieux où les mots entendus sont plus douloureux que le mal dénoncé, dont beaucoup doutent au sein de la population, de Morondava à Tananarive...et ailleurs ! Philibert Tsiranana va, par contre, connaître des instants de grand bonheur familial quelques jours plus tard dans la province de Fianarantsoa.     

Du 14 au 16 août 1971, en effet, le couple présidentiel séjourne dans la petite localité de Vohipeno, à l'occasion du mariage de sa troisième fille, Honorine, avec l'Avocat Francisque Ravony, fils de l'ambassadeur et ancien président du Sénat Jules Ravony. Plusiseurs membres du gouvernement se sont aussi déplacés en la circonstance.

Sileny marsonAu lendemain de l'union des famille Tsiranana et Ravony, le Chef de l'Etat procédait, à l'issue d'un meeting populaire au stade de Vohipeno, à la reconciliation du député Marson Robert, maire de la ville, et du député-maire de Manakara, le secrétaire d'Etat Sileny Paul, frères ennemis d'une même région et bien sûr au sein du PSD !

Tenant à donner à ce spectaculaire "racommodement" une valeur d'exemple, Philibert Tsiranana émettait le souhait que le courant de réconciliation qui s'opérait sur les rives de la Matitanana, puisse gangner aussi d'autres régions où des initiés existent. "Rien ne doit séparer les Malagasy", recommandera-t-il, tant aux masses populaires qu'à ceux qui en sont les élites. "C'est essentiel car, unis, nous avons droit à tous les espoirs, et divisés, nous sommes condamnés à renoncer à tout."

Loda abdou lambertLe 7 octobre 1971 à Mahabo, Loda Abdou Lambert, Secrétaire général du PSD se montrera spécialement lyrique pour y accueillir le Président de la République. "Pour Mahabo, comme tout le pays, celui qui succèdera au Président Tsiranana n'est pas encore né et, s'il l'est, nous l'ignorons car Dieu et nos ancêtres ne l'ont pas encore désigné", dira le successeur d'André Resampa avant de poursuivre sur un même tempo : "Tout dans notre passé national, comme dans le présent et au nom de cet avenir que nous voulons prospère et heureux, permet d'affirmer sans pourtant faire de culte de la personnalité que Tsiranana est unique dans le pays. Nous prions donc Dieu et nos ancêtres de donner longue vie au président Philibert Tsiranana, afin qu'il puisse guider le plus longtemps possible, avec la même sagesse et le même patriotisme, notre Grande Île bien-aimée".

Dans une telle ambience d'allégresse et de fidélité affirmées, Philibert Tsiranana pouvait déclarer publiquement : "Je suis ce qu'on appelle dans le langage politique, "un pur", et j'entends le rester. Je souhaite qu'un jour, celui que Dieu et nos ancêtres désigneront pour me remplacer, ait avant tout cette intégrité au service de la Patrie".

Les conflits de succession

Les accusations de corruption

La lutte pour la succession du président Tsiranana commence dès 1964. Au sein du gouvernement, une bataille sourde éclate entre les deux tendances du PSD. Tout d’abord, l’aile modérée, libérale et chrétienne symbolisée par Jacques Rabemananjara. Ensuite, le courant progressiste représenté par le puissant ministre de l’Intérieur, André Resampa. Cette année-là, Jacques Rabemananjara, alors ministre de l’Économie, est victime d’une campagne de diffamation entreprise par l’ensemble de la presse tananarivienne, y compris par les journaux du PSD. Il est accusé, lui et ses collaborateurs, de corruption dans une affaire de ravitaillement en riz. La campagne est inspirée par le sénateur Rakotondrazaka, très proche d’André Resampa; le sénateur se trouve pourtant incapable de fournir la moindre preuve.

Le président Tsiranana ne fait rien pour défendre l’honneur de Rabemananjara. Ce dernier perd simplement le 31 août 1965, l’Économie contre l’Agriculture puis prend le portefeuille des Affaires étrangères en juillet 1967. Quelques mesures d’austérité et de compression des dépenses concernant les cabinets ministériels sont aussi prises en septembre 1965 : suppression de divers avantages et indemnités, accordés jusqu’alors à des fonctionnaires et certaines personnalités, notamment l’usage de véhicules administratifs. Mais l’image du gouvernement est écornée.

Paradoxalement, le 14 février 1967, Tsiranana encourage les personnalités du gouvernement et du parlement à participer à l’effort d’industrialisation du pays, en prenant part aux affaires des entreprises qui s’implantent dans les régions. Pour le président malgache, il s’agit là d’encourager les promoteurs dans leurs prises de risques et la participation des personnalités politiques est même présentée comme un geste patriotique concourant au développement des investissements et à la promotion du pays. Toutefois, incertaine et en tout cas insaisissable au niveau du gouvernement et de la haute administration, la corruption est cependant nettement perceptible dans les campagnes où la moindre démarche doit, dès 1964, s’accompagner du versement d’un bakchich.

André Resampa, dauphin ?

En 1968, André Resampa apparaît comme le dauphin du président. Mais l’ascension du ministre de l’Intérieur ne se fait pas sans difficultés. Outre Jacques Rabemananjara, le président de l’Assemblée nationale Alfred Nany semble être un adversaire sérieux. De même, lors de l'hospitalisation en urgence de Tsiranana en janvier 1970, Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique de l’Élysée », penche plutôt pour le vice-président Calvin Tsiebo. Mais en fait, personne n’envisage une succession sans que ce soit le président qui, de lui-même, la déclare ouverte.

Après le rétablissement de Tsiranana en 1970, une rapide révision constitutionnelle est effectuée. Quatre vice-présidences hiérarchisées au sein d’un gouvernement numériquement très élargi, s’efforcent de parer à la hantise du vide. Resampa est officiellement investi de la première vice-présidence du gouvernement, Calvin Tsiebo devant se contenter désormais d’un rôle en retrait. André Resampa semble alors avoir remporté la bataille.

Des tensions existent pourtant entre le président et celui qu’on considère comme son dauphin. Resampa est le tenant de la dénonciation des accords franco-malgaches ; il obtient même du Conseil national du PSD le 7 novembre 1970, l’adoption d’une recommandation préconisant la révision. Tsiranana s’offusque et se laisse persuader par son entourage que le premier vice-président qu’il a choisi et nommé veut se substituer à lui. Le 26 janvier 1971, dans la soirée, le président ordonne d’acheminer sur Tananarive des renforts de la gendarmerie, consigne l’armée et renforce la garde du palais présidentiel. Le 17 février 1971, il dissout le gouvernement afin de rétrograder le premier vice-président au profit de Calvin Tsiebo et de lui retirer le portefeuille de l’Intérieur pour en assumer lui-même la charge.

L’Élysée s’inquiète de ces décisions surprenantes. Foccart en fait part au président Pompidou le 2 avril 1971 : « Je crois que tout cela vient de la sénilité et de la défiance de Tsiranana. Il a liquidé son ministre de l’Intérieur et il renvoie les collaborateurs de celui-ci qui connaissaient bien les problèmes. Son pays est maintenant démantibulé. Logiquement, il devrait maintenant reconnaître son erreur et reprendre Resampa ; mais tout porte à croître, au contraire, qu’il va s’en prendre à Resampa et l’arrêter, ce qui serait une catastrophe. »

Le 1er juin 1971, à l’issue du Conseil des ministres, André Resampa est en effet arrêté. Il est accusé de complot avec l’appui de l’administration américaine, et placé en résidence surveillée dans la petite île de Sainte-Marie. Pour sa part, l’ambassadeur des États-Unis est déclaré persona non grata et expulsé de Madagascar. Plus tard, Tsiranana reconnaîtra l’inexistence de ce complot.

La flambée des violences

Aux élections législatives du 6 septembre 1970, le PSD emporte de nouveau 104 sièges contre trois pour l’AKFM. Au sujet du déroulement de l'élection, le parti de l'opposition dépose 600 plaintes qui demeurent sans suite. À l’élection présidentielle du 30 janvier 1972, où le taux de participation est de 98,8 %, Tsiranana est réélu par 99,72 % des suffrages, sans adversaire; il entame un troisième mandat. Mais alors que durant la campagne électorale, peu de journaux ont été l’objet de saisies, on assiste à une véritable chasse aux sorcières contre les publications critiquant les résultats du scrutin, les méthodes employées pour les établir, ainsi que les menaces et pressions exercées sur les électeurs pour qu’ils se rendent aux urnes.

La « démocratie restreinte » de Tsiranana montre ainsi des faiblesses. Convaincue de ne pouvoir se faire entendre par la voie des urnes, l’opposition décide d’emprunter le chemin de la rue. Cette opposition sera soutenue par l’élite merina que Tsiranana et Resampa se sont efforcés d’éloigner des centres de décision.

1971, le début de la fin

Le 24 mars 1971, une grève universitaire est déclenchée par la Fédération des Associations d’Etudiants de Madagascar (FAEM), d’obédience AKFM. Elle est suivie par environ 80 % des cinq mille étudiants des diverses filières. Le lendemain, le président ordonne la fermeture de l’université affirmant : « Le gouvernement ne tolèrera, en aucune façon, qu’un problème strictement universitaire puisse être utilisé à des fins politiques »

 
L'entrée de la prison de Tuléar.
 

Dans la nuit du 31 mars au 1er avril 1971, un mouvement insurrectionnel est déclenché dans le Sud de Madagascar, notamment à Tuléar et dans sa région. La jacquerie, dirigée par Monja Jaona, est composée d’éleveurs du Sud-Ouest qui refusent de payer l’impôt trop lourd, et d’acquitter les cotisations exorbitantes, d’autant qu’obligatoires, du parti PSD. La province, particulièrement déshéritée, attend au contraire des aides indispensables à la survie sur des terres asséchées ou parfois malmenées par les cyclones. Le MONIMA n’a alors aucun mal à enhardir les foules pour occuper les bâtiments officiels et s’y livrer à de multiples saccages.

La jacquerie est rapidement et durement réprimée. Le chiffre de 45 morts parmi les insurgés est contesté par Monja Jaona qui parle lui, de plus de mille morts. Ce dernier est d’ailleurs arrêté et son parti interdit. Les exactions de la gendarmerie (dont le commandant était le colonel Richard Ratsimandrava qui en 1975 sera un éphemère président de la république car assassiné six jours après sa prise de fonction) dans le Sud ont pour conséquence de déclencher, à travers le pays, un fort mouvement d’hostilité à l’égard de l’« État-PSD ». Le président Tsiranana essaie de tempérer. Il déplore le comportement de certains fonctionnaires intransigeants qui conduisent à l’exploitation de la misère humaine151 ; il condamne également les fonctionnaires ayant abusé de ceux qui, après la jacquerie, regagnaient leur village et se virent extorquer de l’argent et des bœufs.

M. Tsiranana, seul maître à bord

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Renouant avec un précédent qui remonte à septembre dernier, M. Philibert Tsiranana, président de la République malgache, a dissous le gouvernement. Comme à l’occasion du remaniement de l’année dernière, le chef de l’Etat a évité de se séparer des compagnons de lutte qui sont à ses côtés depuis la « restauration » de l’indépendance de Madagascar. Mais, une fois encore, il a procédé à des mutations, pris lui-même de nouvelles responsabilités, bouleversé l’ordre protocolaire des vice-présidents du gouvernement.

Secrétaire général du Parti social démocrate (P.S.D.), « numéro deux » du régime dont il fut longtemps considéré comme l’ « homme fort », M. André Resampa a dû abandonner son portefeuille de ministre de l’intérieur entre les mains de M. Tsiranana. Chef suprême des armées, ce dernier, qui a récemment rattaché aux services de la présidence les Forces républicaines de sécurité (F.R.S.), homologues malgaches des C.R.S. de France, cumule désormais les fonctions de ministre de l’intérieur avec celle de ministre de la défense nationale. D’autre part, M. Calvin Tsiebo sera le premier à exercer les fonctions de président de la République, en cas de vacance du pouvoir, et préside dès maintenant les conseils de cabinet, deux charges qui — depuis la révision constitutionnelle de septembre — relevaient de M. André Resampa.

Confiant au secrétaire général du P.S.D. le portefeuille de l’agriculture, M. Tsiranana a précisé qu’il était nécessaire que les responsables politiques malgaches ne se spécialisent pas dans un seul domaine, ajoutant, à propos de la nomination de M. Resampa, que celui-ci était « l’homme tout indiqué pour poursuivre et développer notre action dans le domaine du développement agricole ». Les explications officielles ne manquent pas d’intérêt, mais n’expliquent cependant pas les raisons profondes de cette nouvelle refonte des structures gouvernementales. Devant le mutisme des dirigeants malgaches, liés par une certaine forme de solidarité qui résulte de leur commune appartenance (...)

André Resampa

André Resampa ( à Menabe - ) est un homme politique malgache.

Biographie

Andre resampaCôtier d’origine Sakalava, il passe sa scolarité à Morondava sur la côte Sud-Ouest1. Licencié en droit, il s’engage en politique en 1952 aux côtés de Philibert Tsiranana. Il cofonde en 1956 avec ce dernier le Parti social-démocrate (PSD). En 1959, il participe aux négociations d'indépendance de Madagascar.

André Resampa, dauphin ?

En 1968, André Resampa apparaît comme le dauphin du président135. Pourtant lors de l'hospitalisation en urgence de Tsiranana en janvier 1970, l'ascension du ministre de l’Intérieur est loin d'être évidente. Outre Jacques Rabemananjara, le président de l’Assemblée nationale Alfred Nany affiche des ambitions présidentielles136. Le principal adversaire de Resampa est cependant le vice-président de la République Calvin Tsiebo lequel bénéficie en cas de vacance du pouvoir à la fois de la légitimité constitutionnelle et du soutien du « Monsieur Afrique de l’Élysée » Jacques Foccart121.

Après le rétablissement de Tsiranana en 1970, une rapide révision constitutionnelle est opérée78. Quatre vice-présidences hiérarchisées au sein d’un gouvernement numériquement très élargi, s’efforcent de parer à la hantise du vide78. Resampa est officiellement investi de la première vice-présidence du gouvernement, Calvin Tsiebo est relégué à un rôle subalterne137. André Resampa semble alors remporter la bataille.

Les relations se dégradent entre le président et son dauphin. Resampa, tenant de la dénonciation des accords franco-malgaches, obtient du conseil national du PSD le 7 novembre 1970, l’adoption d’une recommandation préconisant leur révision126. Tsiranana s’offusque. Il se laisse persuader par son entourage que son premier vice-président est en train de 'comploter

Le président Philibert Tsiranana dans le Nord en 1971

1er janvier. Dans son message de Nouvel an à la nation, le président de la République, Philibert Tsiranana, déclare notamment :
« Souhaitons que toutes les nations du monde puissent vivre comme la nôtre dans la paix et le respect de l’individu et que notre chère patrie puisse vivre heureuse dans le triomphe des valeurs morales. »

• 4 janvier. Le président Tsiranana quitte Antananarivo pour une tournée de contact et d’information d’une vingtaine de jours, dans les provinces de Toamasina et d’Antsiranana. Unité, cohésion, liberté et honnêteté au sein du parti, travail et unité nationale. Tels auront été les principaux thèmes des discours qu’il prononce tout au long de son périple.

• 5 janvier. On apprend à Antana­narivo que Madagascar assure, depuis le 1er janvier, la présidence du conseil d’association CEE-EAMA qui regroupe les six pays du Marché commun européen et les Etats africains et malgaches associés.

• 6 janvier. À l’occasion du Nouvel an, André Resampa, vice-président du gouvernement délégué pour l’Intérieur et la Production, représente le chef de l’Etat à la réception donnée par le conseil municipal d’Antananarivo.

• 7 janvier. L’Université de Mada­gascar reçoit des mains d’Anthony Marshall, ambassadeur des États-Unis à Madagascar, un lot de matériel évalué à près de 10 millions.

• 8 janvier. Le président Philibert Tsiranana arrive à Ambilobe. Il remet aux autorités locales la somme de 3 millions Fmg à titre de participation aux travaux d’aménagement des 10 000ha de Mananjeba.
Le même jour, le prince Iskander Desta, petit-fils de l’empereur Haïlé-Sélassié d’Éthiopie et commandant en chef de la marine éthiopienne, arrive à Antananarivo d’où il repart à destination d’Antsiranana pour inspecter un navire de guerre éthiopien qui s’y trouve en carénage.

• 9 janvier. À Nosy Be, Philibert Tsiranana évoque la politique sud-africaine de son gouvernement. « Nous recevons toujours à bras ouverts, avec la chaleur de notre hospitalité, tous ceux qui arrivent chez nous, dans l’intention de nous aider et de coopérer fraternellement avec nous. »
Toujours le 9 janvier, Jacques Rabe­mananjara, vice-président du gouvernement délégué pour les Affaires étrangères et les Affaires sociales, donne une conférence de presse. À son tour, il définit la politique sud-africaine du gouvernement : utiliser la persuasion et le dialogue plutôt que la violence, faire prévaloir l’intérêt national sur toute autre considération.
Enfin, Emile Ramarosaona, secrétaire d’État aux Affaires étrangères chargé des Affaires économiques, quitte la capitale pour Yaoundé-Cameroun afin de participer à la conférence parlementaire du Conseil d’administration d’association CEE-EAMA

• 12 janvier. En route pour Singapour où il doit participer à la conférence du Commonwealth, le Dr Hastings Kamusu Banda, fait escale à Ivato. Au cours d’un bref entretien avec la presse, il souligne que l’arme la plus efficace pour amener le gouvernement sud-africain à renoncer à sa politique d’apartheid est le dialogue et non la violence.

• 13 janvier. M. Kesava, le nouvel ambassadeur de l’Inde à Madagascar, remet ses lettres de créance au vice-président Jacques Rabemananjara.

• 14 janvier. Une délégation conduite par M. Romialo, secrétaire d’État à la Fonction publique, quitte Antananarivo pour participer au Togo, à la conférence organisée par l’Agence de coopération culturelle et technique des pays francophones sur les problèmes dans ces pays. . 15 janvier. Le président de la République remet aux autorités locales d’Antalaha, 60 000 Fmg en guise de contribution aux travaux d’agrandissement du lycée et de construction de l’internat de jeunes filles.

• 16 janvier. Laurent Botokeky, ministre des Affaires culturelles, conduit une délégation à Bangui où se tient la conférence des ministres de l’Education nationale des pays d’Afrique francophone et Madagascar.

Texte : Pela Ravalitera

. Le , dans la soirée, le président ordonne d’acheminer sur Tananarive des renforts de la gendarmerie, consigne l’armée et renforce la garde du palais présidentiel139. Le 17 février 1971, il dissout le gouvernement. Resampa est rétrogradé, Tsiranana lui retire le portefeuille de l’Intérieur pour en assumer lui-même la charge, Calvin Tsiebo devient premier vice-président.

Si l'on en croit les carnets publiés de Foccart, la France n'aurait joué aucun rôle particulier dans ces événements. Foccart aurait déclaré au président de la République française Pompidou le 2 avril 1971 : « Je crois que tout cela vient de la sénilité et de la défiance de Tsiranana. Il a liquidé son ministre de l’Intérieur et il renvoie les collaborateurs de celui-ci qui connaissaient bien les problèmes. Son pays est maintenant démantibulé. Logiquement, il devrait maintenant reconnaître son erreur et reprendre Resampa ; mais tout porte à croître, au contraire, qu’il va s’en prendre à Resampa et l’arrêter, ce qui serait une catastrophe. »

Le 1er juin 1971, à l’issue du Conseil des ministres, André Resampa est arrêté. Accusé de complot avec l’appui de l’administration américaine, il est placé en résidence surveillée dans la petite île de Sainte-Marie. L’ambassadeur des États-Unis est déclaré persona non grata et expulsé de Madagascar142. Quelques années plus tard, Tsiranana confesse l'inexistence de ce complot.

Occupant les fonctions de ministre de l'Intérieur et de secrétaire-général du PSD, il est l’homme fort de l’administration de Philibert Tsiranana, et le leader de la gauche PSD. Il est ainsi le successeur attendu du président, d’autant qu’il devient en 1970 premier vice-président. Mais en 1971, Tsiranana mal conseillé, l’écarte du pouvoir puis le fait arrêter pour atteinte à la « sécurité de l'État », sous prétexte de complot dont il reconnaîtra ultérieurement l’inexistence.

Libéré à la suite du mai malgache qui emporte le régime de Tsiranana, il crée l'Union socialiste malgache (USM) qui adhère à l'Internationale socialiste. Puis, après sa réconciliation avec Tsiranana, il fonde le Parti socialiste malgache (par fusion du PSD et de l'USM) en 1974. Accusé d’être impliqué dans le coup d'État avorté de décembre 1974 puis l’assassinat du président Ratsimandrava en février 1975, il bénéficie d’un « non-lieu ».

En 1983, il rejoint le VONJY, une scission du PSD créée le qui de 1975 à 1992 est une tendance du parti unique Front national pour la défense de la Révolution (FNDR). Il devient alors député à l’Assemblée nationale populaire. Il décède le 17 mai 1993 à (Madagascar) à l'âge de 68 ans.

La retraite forcée de Tsiranana

Tsiranana reste toujours le président de la République malgache. Les pleins pouvoirs donnés au général Ramanantsoa ne constituent, pour lui, qu’une parenthèse. Il déclare à Jacques Foccart le 22 mai 1972 : « J’ai été élu par le peuple. On me tuera peut-être, mais je ne m’en irai pas. On mourra ensemble, avec ma femme, s’il le faut ! »

Mais ces pouvoirs relèvent, depuis le 18 mai, du virtuel164. Sa présence est d’ailleurs politiquement inutile et encombrante164. Tsiranana en prend progressivement conscience. Lors d’un voyage privé à Majunga, le 22 juillet, des manifestants l’accueillent en arborant des banderoles hostiles, telles que « Nous en avons marre de vous papa » ou « C’est fini le PSD ». C’est également à Majunga que durant les évènements de mai, le buste du président trônant au centre de la ville avait été abattu165. Toutefois, il faut véritablement attendre le référendum constitutionnel du 8 octobre 1972 acquis à 96,43 % des suffrages et qui confie les pleins pouvoirs à Ramanantsoa pour cinq ans, pour le convaincre qu’il a fait son temps1. Tsiranana est alors déchu de ses fonctions de président de la République.

Se qualifiant, quant à lui, de « président de la République suspendu », il ne se retire pas pour autant de la vie politique et devient même un virulent opposant au régime militaire166. Le général Ramanantsoa lui signifie cependant qu’il n’a pas à parler de choses politiques et qu’il n’est pas, non plus, autorisé à faire des déclarations à des journalistes. Le PSD va alors connaître des tracasseries judiciaires avec l’interpellation de nombreuses personnalités du parti. Lors des élections consultatives du Conseil National Populaire de Développement (CNPD) du 21 octobre 1973, le PSD est à son tour victime des irrégularités du scrutin168. Les candidats favorables du pouvoir enlèvent ainsi 130 sièges sur 144.

Lors de ce scrutin, Tsiranana renoue avec son ancien dauphin André Resampa, libéré en mai 1972, qui entre-temps a fondé l’Union des socialistes malgaches (USM). La réconciliation aboutit à la fusion, le 10 mars 1974, du PSD et de l’USM qui deviennent le Parti socialiste malgache (PSM) avec Tsiranana pour président et Resampa comme secrétaire général169. Le PSM réclame un gouvernement de coalition afin de mettre fin au désordre économique et social (pénuries, affrontements ethniques entre Merinas et Côtiers…) lié à la « malgachisation » et à la « socialisation » de la société malgache. Dans un communiqué du 3 février 1975, Tsiranana propose même la création d’un « comité des sages », chargé de désigner une personnalité appelée à former un gouvernement provisoire devant organiser des élections libres et démocratiques dans un délai de 90 jours.

      Après la démission du général Gabriel Ramanantsoa et l’accession à la tête de l’État du colonel de gendarmerie Richard Ratsimandrava le 5 février 1975, Philibert Tsiranana décide de se retirer de la vie politique171. Mais le 11 février 1975, Ratsimandrava est assassiné. Un tribunal militaire exceptionnel est alors chargé du « procès du siècle »1. Parmi les 296 inculpés se trouve Tsiranana qui doit répondre de huit chefs d’accusation dont le plus grave, pénalement, est celui de « complicité dans l’assassinat du colonel Richard Ratsimandrava, chef de l’État et du gouvernement »172. Philibert Tsiranana est finalement relaxé, faute de preuve.

      Après le procès, l'ancien président ne préoccupe plus grand monde à Madagascar. Il se rend un temps en France pour y retrouver sa famille et consulter ses médecins. Puis, le 14 avril 1978, il est transporté en urgence à Tananarive, dans un état critique. Admis à l’hôpital Befelatanana dans le coma, il ne reprend pas connaissance et s’éteint le dimanche 16 avril 1978 en fin d’après-midi. Le Conseil suprême de la Révolution, dirigé par Didier Ratsiraka, organise pour lui des funérailles nationales. L’immense foule tananarivienne qui se presse à ses obsèques témoigne du respect et de l’affection portée, en définitive, à celui qui reste dans l’histoire malgache un personnage de premier plan, et probablement un personnage vénéré.

     Le Président Tsiranana, Grand Maître de l'Ordre National de la République Malgache, est Grand Croix de la Légion d'Honneur et titulaire de nombreuses décorations françaises et étrangères.

«L’histoire ne change pas mais les dirigeants se sont succédés et la crise reste !»

Le Président Tsiranana balayé par les événements de Mai 72

Le régime du président Tsiranana n’avait pas réussi à faire décoller l’économie nationale. L’impression de stagnation se doublait du constat que la domination extérieure continuait à s’exercer sur le pays. Le réveil de rivalités ethniques, la maladie du chef de l’État et les problèmes de sa succession font naître un malaise politique. La dépendance culturelle (le système d’enseignement reste calqué sur celui de la France) suscite des frustrations ; le mot d’ordre de « malgachisation de l’enseignement » fédère tous les mécontentements qui s’expriment lors des troubles du mois de mai.

Une révolution contre les accords de coopération

En mai 1972, douze ans après le 26 juin 1960, Madagascar connaît sa première révolution populaire.

A l’origine des évènements historiques de Tananarive, une grève d’étudiants,  commencée en janvier dernier à l’école de médecine de Befelatanana.

Ses acteurs contestaient la réalité de cette indépendance proclamée le 26 juin, récusaient la pertinence de sa commémoration et demandaient une autre indépendance, cette fois réelle, débarrassée du poids écrasant de l’ancienne puissance coloniale.

Deuxième indépendance malgache

Les évènements qui se déroulèrent alors dans la Grande Ile ont conduit à ce que l’on a pu appeler la deuxième Indépendance malgache.

Les manifestants ont fait tomber un régime, en l’occurrence l’Etat PSD, entaché de connivence avec l’ex-métropole. Ils ont obtenu la révision des accords de coopération avec la France, ratifiés très significativement le 27 juin 1960, un jour seulement après l’Indépendance.

En 1972, la convention d’établissement et les accords portant sur l’économie et les finances, la politique étrangère , la défense et l’enseignement empiètent singulièrement sur la souveraineté de la jeune nation. Ils impliquent la présence d’assistants techniques à tous les échelons du pouvoir , de l’économie et de l’éducation.

Au cœur de la révolte de Mai 1972, il y a la question de l’enseignement, de la scolarisation et partant celle de la formation des élites de l’Indépendance. Or tout ce qui concerne l’enseignement est soumis au septième accord de coopération et à sa Convention annexe sur l’aide et la coopération entre la République française et la République malgache dans le domaine de l’enseignement et de la culture. La convention repose sur deux grands piliers : d’une part l’aide accordée par la République française à la République malgache et d’autre part la coopération censément réciproque entre les deux états, mais dans les faits bien entendu parfaitement inégale.

HISTORIQUE :

LES ÉCOLES DE MÉDECINE AUTOCHTONES

BefelatananaBefelatanana medecine de madagascar

Avec l’expansion coloniale engagée par la troisième République française, la nécessité de former, dans chaque territoire, un personnel médical et paramédical autochtone s’impose comme une évidence. L’instruction publique est organisée rapidement dans les capitales des territoires. Il faut cependant attendre qu’elle ait atteint un bon niveau avant d’envisager l’ouverture d’écoles de médecine.

A Tananarive, au lendemain de la pacification, une école (Befelatanana) est créée en 1896 pour former les auxiliaires malgaches des médecins français.

Plus tard, à partir des années 1950, recrutant des bacheliers, l’enseignement devient universitaire; l’école de médecine est jumelée avec une faculté française : trois premières années outre-mer et les années suivantes dans la faculté jumelle.

BEFELATANANA

Befelatanana ait été à l’époque coloniale un foyer nationaliste, servant notamment de creuset aux sociétés secrètes, la V.V.S. et la JINA.,...

L’école forme toujours en 1972 des médecins « au rabais », et ce d’autant plus qu’a été ouverte une filière médecine à l’université dont la dernière année est accomplie en France.

Protestations étudiantes

Les protestations d'étudiants malgaches contre la prédominance culturelle française dégénérèrent en une grève générale qui incite le gouvernement à proclamer l'état d'urgence. Cette crise entraînera, six mois plus tard, la fin de la première république malgache.

Nous essaierons dans cet article d’analyser un mouvement social qui fut à la fois scolaire, étudiant et travailleur (très marginalement paysan), anti-impérialiste et/ou nationaliste. Ce mouvement concerna toute l’Ile , capitale et province, hauts-Plateaux et régions côtières.

Les 210 élèves se mettent en grève pour protester contre de mauvaises conditions matérielles, notamment les conditions d’internat - interdiction des visites, fermeture de l’internat dès après le repas du soir, les douches qui ne fonctionnent pas, la mauvaise qualité de la nourriture, et le retard dans le versement des bourses. Au-delà de ces aspects corporatifs, il y a un réel malaise.

Les grévistes bénéficient d’un fort capital de sympathie au sein de l’université, dont l’origine est clairement explicitée par une note confidentielle adressée au Ministère des Affaires culturelles le 13 avril 1972 : « Les revendications de Befelatanana se situent dans quatre lignes principales :

1- fin des accords culturels de coopération avec la France ;

2- remplacement des programmes éducatifs conçus pour des écoles en France et enseignés par des professeurs de français par des programmes soulignant la vie et la culture malgaches et enseignés par des instructeurs de malgache ;

3- accès croissant pour la jeunesse économiquement sous privilégiée dans des institutions du second degré.

4- alignement du programme sur celui de la faculté de Médecine de l'Université qui a ouvert ses portes en 1970.

Les grévistes se heurteront à une fin de non-recevoir des pouvoirs publics.

Néanmoins, respectueux de la vie politique malgache, ils mettent une fin provisoire à leur grève pour permettre le bon déroulement des élections présidentielles, fin janvier, élections qui se solderont par l’improbable score de 99,74% en faveur de Philibert Tsiranana. Une fois les élections terminées, l’école se remet en grève sans plus de succès.

PLUS DE 400 ETUDIANTS AU BAGNE DE NOSY LAVA

Minuit. Le campus dort. De temps à autre, le gardien qui veille à l’entrée du grand domaine, sort de son poste, tout emmitouflé et tire la barrière pour laisser le passage à une voiture qui ramène à la cité quelques étudiants qui ont passé la soirée en ville. Tout est calme, trop calme. En cinq minutes tout va changer. Personne, pas même le gardien, n’a prêté attention à un bruit de moteurs qui transperce le silence, le vacarme s’amplifie. La route qui monte au campus est couverte d’une longue file de véhicules. Et le gardien qui sort pour tirer la barrière, sollicité par un appel de phare, ne réalise pas. Un camion militaire lui passe sous le nez, puis deux, puis dix, puis trente… Des policiers du corps urbain occupent le poste de garde. Des gendarmes casqués, en tenue de combat, sautent des camions, des FRS (forces républicaines de sécurité), têtes noires et brillantes, pistolets- mitrailleurs à la bretelle ferment les issues. Des voitures banalisées, chargées d’inspecteurs de la police, foncent vers la cité universitaire. La grande rafle commence. « Police, ouvrez ». Pendant deux heures, des coups de poing frappés aux portes des chambres vont ponctuer cette phrase. Certains étudiants parviendront à s’enfuir, mais beaucoup seront arrêtés. Quand le jour se lève sur la journée du 13 mai, plus de 400 étudiants – certains ont été arrêtés en ville – entassés dans des camions sont emmenés vers Arivonimamo. Ce ne sera qu’une étape vers le bagne politique de Nosy Lava.

Dans la nuit, le téléphone a fonctionné. Le directeur d’Air Madagascar a été réveillé par un coup de fil du ministère de l’Intérieur: sur ordre du gouvernement, une partie de la flotte aérienne civile est réquisitionnée pour une mission spéciale. Sans savoir exactement de quoi il retourne, on se doute bien à Air Mad que les voyageurs seront d’un genre particulier.

UNE MESURE SANS EFFET SUR LES GREVISTES

Dans la ville, au petit matin, la nouvelle des arrestations s’est déjà répandue, confirmée d’ailleurs par les premiers bulletins d’information de Radio Madagascar. Le communiqué du ministre de l’Intérieur, Barthélémy Johasy, est sans mystère: les cerveaux de la grève sont neutralisés, déclare le communiqué. Les meneurs seront livrés en temps opportun à la justice pour répondre de leurs crimes. La suite du communiqué coule de source : « La grève étant terminée et l’ordre rétabli, les cours pourront reprendre dès lundi en province et à une date qui sera précisée ultérieurement dans les établissements d’Antananarivo ».

Cette mesure d’autorité n’aura cependant pas sur les grévistes l’effet qu’escomptait le ministre Johasy. Dès huit heures le matin, par groupes compacts, des lycéens, des étudiants, des travailleurs, se dirigent vers l’avenue de l’indépendance. C’est un mouvement spontané. Les mots d’ordre donnés la veille fixaient le rendez-vous à 14 heures. La colère gronde. La nouvelle des arrestations et le communiqué diffusé à la radio ont servi d’agent recruteur. Puisque le campus est fermé, on va tout naturellement vers l’avenue de l’indépendance. Les forces de l’ordre sont d’ailleurs au rendez-vous. A 10 heures, ils seront quelques milliers de manifestants rassemblés devant l’hôtel de ville. Les gendarmes casqués ont pris position en travers de l’avenue, face aux bureaux d’Air Madagascar. Les FRS occupent la cour intérieure de l’hôtel de ville. On sent qu’il va se passer quelque chose. Du côté des manifestants, comme du côté des forces de l’ordre, on a beaucoup de mal à cacher une certaine nervosité. Les grévistes décident d’occuper la place jusqu’à l’après-midi, jusqu’à l’heure fixée du grand meeting étudiants- travailleurs.

C’est un peu après dix heures que tout commence. Les manifestants s’en prennent à un car de police et le renversent. Les FRS invitent les manifestants à se disperser sans succès. Et à 10 h 15, ils reçoivent l’ordre d’utiliser les gaz lacrymogènes. En hâte, les manifestants confectionnent des masques de tissu humides pour se protéger contre l’action des gaz. Les premières grenades éclatent à 10 h 45. Le signal de la violence est donné.

DES MORTS, DES BLESSES, BEAUCOUP DE SANG

Le car de police renversé trois quarts ‘d’heure plus tôt est incendié. Les manifestants mettent également le feu au podium du rallye Agip édifié devant l’hôtel de ville. Cependant, la foule dans son ensemble reste étonnamment calme. Vers 11 h, les FRS sont lâchés. Ils ne se contentent plus de balancer des grenades lacrymogènes. Cette fois, ils tirent. Des rafales de mitraillettes crépitent autour de l’hôtel de ville. C’est la tuerie. Des dizaines de manifestants restent couchés au sol. Des vitrines de magasins bordant l’avenue s’effondrent. De grenades de « dissuasion » éclatent. Des cocktails Molotov lancés par des manifestants explosent dans les jambes des FRS. Des morts, des blessés, beaucoup de sang. Certains magasins sont transformés en infirmerie de fortune. Des ambulances arrivent. Des voitures particulières sont réquisitionnées pour transporter les blessés vers les hôpitaux. La foule entonne l’hymne national. Les gendarmes, toujours déployés en travers de l’avenue, n’ont pas bougé.

Pendant toute la matinée, en l’absence du président Tsiranana, en cure à Ranomafana, Victor Miadana, ministre des Finances, préside un conseil de cabinet qui décide la création d’une commission technique d’étude permanente de 72 membres – représentants du gouvernement, des enseignants et des enseignés – sur les problèmes de l’enseignement.

Sur l’avenue de l’indépendance, vers midi, les violences continuent. On ramasse les blessés et les morts. Les policiers procèdent à de nouvelles arrestations. Des manifestants arrachent les pancartes « place Philibert Tsiranana » plantée devant l’hôtel de ville et donnent au lieu un nouveau nom de baptême: « place du 13 mai ».

Les victimes de la fusillade affluent à l’hôpital de Befelatanana et à l’hôpital Girard et Robic. A Befelatanana, vers 13 h, des FRS paniqués ouvrent le feu sur les personnes stationnées devant le service des urgences.

En fin de matinée, quelque 500 jeunes gens ont quitté l’avenue de l’indépendance et ont foncé en courant vers l’immeuble de la radio à Anosy. Malgré la présence des forces de l’ordre et quelques affrontements mineurs, les manifestants causeront de sérieux dégâts aux vitres de l’immeuble.

DES MANIFESTANTS, REGROUPES EN COMMANDOS, VONT PARCOURIR LA VILLE

Dans l’après-midi, de nouveaux coups de feu seront tirés sur l’avenue de l’indépendance. Des voitures seront incendiées et des manifestants, regroupés en commandos, vont parcourir la ville. Des manifestations ont lieu devant divers édifices publics, bris de vitres, véhicules incendiés, etc.

Vers 17 h, un incendie s’est déclaré dans les locaux abritant l’atelier de composition et les bureaux du quotidien Courrier de Madagascar. Une bouteille d’essence enflammée est lancée par les manifestants dans les ateliers. En cinq minutes, l’immeuble entier est la proie des flammes. Les rotatives et le groupe technique de fabrication des plaques offset, situé dans un immeuble voisin seront épargnés. L’incendie se propage à trois pavillons du marché du Zoma. Deux camions-citernes de pompiers qui se rendent sur les lieux du sinistre sont interceptées par les manifestants et incendiées. Pour lutter contre la fournaise, les sapeurs-pompiers d’Antananarivo ne vont pouvoir mettre en batterie qu’une seule lance à incendie. Les bureaux, les archives, l’atelier de composition et les linotypes du Courrier de Madagascar sont détruits à 100 %.

Tenu au courant heure par heure de l’évolution de la situation, le président Tsiranana quitte précipitamment Ranomafana en début d’après-midi pour regagner Antananarivo.

DISCOURS HYSTERIQUE DU PRESIDENT TSIRANANA

Dans le courant de l’après-midi, le président Tsiranana, de retour à Antananarivo, décrète « l’état de nécessité ». Il faudra attendre 19 h 30 et un communiqué diffusé par les ondes de Radio Madagascar pour connaître l’existence d’un couvre-feu qui entre théoriquement en vigueur à 20 h. Le communiqué précise que toute personne circulant dans les rues entre 20 h et 6 h du matin « sera passée par les armes sans sommation ». Ce soir-là, les consignes de couvre-feu ne seront pas appliquées effectivement avant 23 h. Des FRS sillonnent la ville sur des autos équipées de mitrailleuses.

Malgré le couvre-feu, de nouveaux coups de feu seront entendus dans la nuit dans le secteur d’Isotry.

Saoulés de sang et de feu, les habitants d’Antananarivo s’endorment difficilement ce soir du 13 mai. Ils ont encore dans les oreilles le discours hystérique prononcé le soir même par le président de la République sur les antennes de Radio Madagascar. Les menaces n’ont aucun effet. Les enfants sont prisonniers à Nosy Lava et le régime a déjà beaucoup trop de sang sur les mains.

Dimanche matin 14 mai, c’est un peu la trêve: les touristes, appareils-photo ou caméras au poing, sont nombreux avenue de l’indépendance et devant le Courrier de Madagascar. On filme les carcasses des voitures calcinées, les murs en ruines du plus grand quotidien malgache…

Les forces de l’ordre sont invisibles. La veille, déjà, plusieurs FRS ont été victimes de règlements de compte. L’après-midi, un commando de jeunes attaque l’hôtel de ville et y met le feu. Cette demi-trêve ne prépare que mieux la journée de grève générale prévue pour le lendemain.

La radio annonce dans l’après-midi la démission de Laurent Botokeky, ministre des Affaires culturelles. Il est aussitôt remplacé par Norbert Ranohavimanana, un technicien de l’enseignement, dont la nomination devrait satisfaire les étudiants.

Le soir, les communiqués concernant le couvre-feu parlent de « sommation d’usage ». La veille, on menaçait encore de passer par les armes sans sommation toutes personnes circulant dans les rues entre 20 h et 6 h le matin.

Le ton a changé du côté du gouvernement qui a décidé de rendre à leurs familles tous les jeunes de moins de 18 ans arrêtés au cours de la nuit du 12 au 13 mai.

LA GREVE GENERALE PARALYSE LA CAPITALE DURANT UNE SEMAINE

Mais toutes ces mesures décidées in extremis par un gouvernement aux abois ne changent rien: le lundi 15 mai, Antananarivo sera paralysée par une grève générale.

Le rendez-vous manqué de samedi après-midi a lieu le lundi 15 mai. Et pour de bon, la grève générale est effective.

Elle paralyse la capitale durant toute la semaine. Très tôt dans la matinée, l’avenue de l’indépendance est le théâtre de ce rendez-vous. La manifestation est pacifique. La plupart des boutiques du Zoma sont fermées et les magasins de l’avenue de l’indépendance ont leurs portes closes. Cette journée du lundi sera celle des parents venus manifester dans le calme. Très vite, le cortège qui s’est formé au centre de la ville converge vers les rues qui conduisent au palais d’Andafiavaratra où les membres du gouvernement sont réunis.

Cette journée du lundi sera émaillée par plusieurs incidents très graves. Des rafales sont tirées par les FRS à l’entrée de la route qui mène au campus universitaire. On tire également avenue de l’indépendance. L’hôtel de ville continue de brûler. Et tout près du lycée Jules Ferry, des incidents ont lieu.

Quand le cardinal Jérôme Rakotomalala arrive place de l’hôtel de ville, il a fort à faire pour calmer la foule dont la vindicte populaire est dirigée vers les FRS, tenus responsables du déclenchement des fusillades de samedi. On sait depuis la matinée que les étudiants déportés à Nosy lava seront libérés. La foule, estimée à quelque 50 000 personnes, attend. Le couvre-feu est repoussé à 23 h. Les chefs des quatre grandes communautés religieuses de Madagascar (catholique, anglicane, et les deux communautés protestantes) ont lancé un appel au calme.

TOUS SONT IMMOBILES, LE POING TENDU

L’incendie de l’hôtel de ville draine au centre de la cité un nombre impressionnant de badauds. L’annonce de l’arrivée à l’aéroport d’Ivato de douze étudiants apparaît comme une première mesure salutaire décidée par le gouvernement. L’attente commence. Vers 23 h, cette attente est récompensée: les « douze » sont là et la foule, évaluée à plusieurs milliers de personnes, se lève en silence pour accueillir les camarades étudiants. L’hymne national est entonné à la mémoire des disparus et une minute de silence est observée. Tous sont immobiles, le poing tendu. Une étudiante présente les douze étudiants. Quelques-uns prennent la parole pour annoncer qu’ils veulent repartir dès le lendemain pour Analalava, rejoindre leurs camarades.

Dès l’après-midi du mardi, le tiers des exilés est de retour à Ivato. Le nouveau gouverneur militaire de la province d’Antananarivo, Gilles Andriamahazo, dont la nomination date de la veille, ainsi que le nouveau ministre des Affaires culturelles, Norbert Ranohavimanana, de même que le chef de la province, Jean-Jacques Rakotoniaina, sont là pour accueillir les déportés qui, à leur arrivée, subissent un examen médical. A 18 h, tous les étudiants exilés à Nosy lava auxquels il faut ajouter une dizaine d’adultes, arrivent place de l’hôtel de ville.

Il est près de 20 h. Vingt-cinq « taxi-brousse » remontent l’avenue de l’indépendance pendant que la foule, imperturbable, lève le bras dans un silence impressionnant. Pour saluer le retour des déportés de Nosy Lava.

Les 375 exilés de Nosy lava se rendent alors vers le podium, situé juste en face de l’hôtel de ville. Ils saluent l’assistance en levant le bras droit. Coiffés de chapeaux de paille pour qu’on les reconnaisse facilement, ils ne passent pas inaperçus. Tout près d’eux, les autorités ecclésiastiques et l’autorité militaire. L’hymne national, une fois de plus, est repris par la foule tout entière. L’instant est solennel. Le discours du président Tsiranana diffusé dans la soirée n’aura eu que peu d’effet. Le président a mis la jeunesse en garde contre les dangers du « rongony », le chanvre malgache. La réalité, ce soir, était ailleurs. Et les imprécations du président apparaissent alors bien vaines. Selon le chef de l’Etat, le « rongony » serait, ni plus ni moins, la cause de tous les maux. Ceux qui attendaient les déportés de Nosy lava étaient loin de le penser. Et ce discours, le dernier avant la déclaration historique du jeudi 18 mai, prouvera s’il en était encore besoin, à quel point le président vivait en marge des réalités du pays.

«OTEZ LES MARIONNETTES DU POUVOIR»

La nouvelle la plus importante, mercredi, est l’ouverture de l’université. C’est l’une des conditions posées par les étudiants pour la reprise du dialogue. Au palais présidentiel d’Andafiavaratra, les allées et venues vont bon train. Une décision importante, selon les observateurs, est attendue. Elle n’interviendra que jeudi. Tsiranana reste muet. On réclame des « hommes nouveaux ». Le « comité des droits de l’homme » demande que « pour symboliser l’unité nationale », tous ceux qui ont été tués à Antananarivo au cours des événements soient enterrés dans un même caveau au parc d’Ambohijatovo, là où s’est tenue la première réunion des étudiants ». Ce même comité demande également que « tous ceux qui ont été arrêtés au cours des événements intervenus depuis le 1er avril 1971 soient relâchés et traduits en justice si des charges sont retenus contre eux ». Ce même comité rappelle que de nombreuses personnes sont encore en prison depuis un an sans qu’aucun jugement ne soit intervenu.

On apprend que, durant cette même journée de mardi, deux personnalités avaient été relâchées. Il s’agit du RP Rémy Ralibera, responsable des émissions catholiques à la radio malgache, et du directeur du Secours catholique, Odon Rafenoarisoa.

Le mercredi 17 mai, un nouveau rassemblement a lieu place de l’hôtel de ville. Les étudiants et leurs aînés se sont rassemblés pour discuter non seulement de l’amélioration de l’enseignement dans la Grande Ile mais également des réformes sociales et politiques à entreprendre dans tout le pays.

La radio nationale diffuse des chants religieux en l’honneur des victimes de la journée de samedi. Les parents des victimes assistent, ce même jour, à des services religieux, et accompagnent les disparus au tombeau familial, situé souvent sur les terres ancestrales tout autour d’Antananarivo.

Des pancartes sont brandies place de l’hôtel de ville. On y lit : « Etudiants et travailleurs luttent ensemble pour que les accords de coopération (avec la France, ndlr) tombent en ruine comme l’hôtel de ville » ; « Otez les marionnettes du pouvoir » ; « Madagascar aux Malgaches ». Un membre du comité de grève lit un communiqué du SNES (Syndicat national français de l’enseignement) selon lequel les Français résidant à Madagascar, bouleversés par les événements actuels, partagent les deuils de la population, et estiment nécessaires la révision de la position de la coopération, et la non intervention des forces françaises.

Une rencontre, prévue à 16 h au campus universitaire, entre le nouveau ministre des Affaires culturelles, les délégués des étudiants et des syndicats d’enseignement, est reportée à jeudi.

«LA FRANCE N'INTERVIENDRA PAS DANS LA CRISE INTERNE DE MADAGASCAR»

Ce même jour, le nouveau porte-parole du gouvernement français déclare que le conseil des ministres a convenu que « le gouvernement français n’intervient pas ni n’interviendra dans la crise interne de Madagascar ». La grève continue. C’est ce que déclare un communiqué du « congrès national malgache » qui réunit les délégués des étudiants et des travailleurs. Selon ce communiqué, « la fonction publique et ses délégués confirment leur solidarité totale avec le mouvement contestataire et déclare prolonger la grève jusqu’à complète satisfaction ».

Jeudi 18 mai, la foule est toujours massée sur l’avenue de l’indépendance, devant l’hôtel de ville. A l’issue d’un conseil de gouvernement qui s’est réuni le matin même au palais d’Andafiavaratra, le président Tsiranana a recommandé aux députés et aux sénateurs « d’adopter dans l’après-midi même » la reforme constitutionnelle créant le poste de premier ministre, troisième personnage de l’Etat.

Dans l’après-midi, la grève générale se poursuit. La foule massée devant l’hôtel de ville s’apprête à monter vers le palais présidentiel. Mais toutes les cinq minutes, la radio nationale exhorte ses auditeurs à la patience. « Ne quittez pas l’écoute, une nouvelle de la plus haute importance va être diffusée d’une minute à l’autre ». La foule reste massée devant l’hôtel de ville. L’ambassade de France sera la première informée de la décision présidentielle de confier les pleins pouvoirs au Général de division Gabriel Ramanantsoa, ce qui permet à l’Agence France Presse d’annoncer aux auditeurs français avant même que les Malgaches ne soient au courant, la nouvelle.

LES MANIFESTANTS JUCHENT LE GENERAL RAMANANTSOA SUR LEURS EPAULES

A 14 h 45, un camion militaire se fraie difficilement un chemin à travers la masse des manifestants. Un officier annonce la prise du pouvoir par le général Ramanantsoa. C’est du délire sur l’avenue de l’indépendance. Mais les leaders temporisent. « Attendons confirmation » disent-ils. Une demi-heure plus tard, le général Ramanantsoa descend du palais présidentiel. Il est arraché de sa voiture par les manifestants qui le juchent sur leurs épaules. Le général soulève sa casquette, un peu ahuri de ce qui lui arrive, salue la foule. Il arrive tant bien que mal, dans la liesse populaire et le délire général. Jusqu’au podium où il parle en employant les termes qu’il utilisera lors de sa déclaration radiodiffusée du soir même.

Vers 16 h 15, le Président Tsiranana s’adresse au pays sur les ondes de Radio Madagascar. « Je donne, dit-il, pleins pouvoirs au général de division Ramanantsoa pour diriger le pays et je le charge de former le nouveau gouvernement ».

A 19 h, le nouveau chef du gouvernement s’adresse au pays: « Le Président de la République m’a donné les pleins pouvoirs… Pour le bien du pays, la vie politique sera mise en sommeil… Je vais constituer un gouvernement apolitique de militaires et de techniciens…

20 heures, ce vendredi 12 mai 1972. Les pelouses du campus d’Antananarivo se sont vidées. Les lampadaires diffusent une lumière blafarde. Les étudiants qui logent sur place ont rejoint la cité universitaire. Et comme chaque nuit, le comité de grève va se réunir; Il s’agit de préparer sérieusement la manifestation du lendemain avec les travailleurs qui intervient après trois semaines de grève des élèves et étudiants d’Antananarivo.

Tsiranana reste toujours le président de la République malgache. Les pleins pouvoirs donnés au général Ramanantsoa ne constituent, pour lui, qu’une parenthèse. Il déclare à Jacques Foccart le 22 mai 1972 : « J’ai été élu par le peuple. On me tuera peut-être, mais je ne m’en irai pas. On mourra ensemble, avec ma femme, s’il le faut ! »

Se qualifiant, quant à lui, de « président de la République suspendu », il ne se retire pas pour autant de la vie politique et devient même un virulent opposant au régime militaire. Le général Ramanantsoa lui signifie cependant qu’il n’a pas à parler de choses politiques et qu’il n’est pas, non plus, autorisé à faire des déclarations à des journalistes.

Dans un communiqué du 3 février 1975, Tsiranana propose la création d’un « comité des sages », chargé de désigner une personnalité appelée à former un gouvernement provisoire devant organiser des élections libres et démocratiques dans un délai de 90 jours.

Après la démission du général Gabriel Ramanantsoa et l’accession à la tête de l’État du colonel de gendarmerie Richard Ratsimandrava le 5 février 1975, Philibert Tsiranana décide de se retirer de la vie politique. Mais le 11 février 1975, Ratsimandrava est assassiné. Un tribunal militaire exceptionnel est alors chargé du « procès du siècle ». Parmi les 296 inculpés se trouve Tsiranana qui doit répondre de huit chefs d’accusation dont le plus grave, pénalement, est celui de « complicité dans l’assassinat du colonel Richard Ratsimandrava, chef de l’État et du gouvernement »170. Philibert Tsiranana est finalement relaxé, faute de preuve1.

Après le procès, l'ancien président ne préoccupe plus grand monde à Madagascar. Il se rend un temps en France pour y retrouver sa famille et consulter ses médecins. Puis, le 14 avril 1978, il est transporté en urgence à Tananarive, dans un état critique. Admis à l’hôpital Befelatanana dans le coma, il ne reprend pas connaissance et s’éteint le dimanche 16 avril 1978 en fin d’après-midi.

Philibert TSIRANANA est enterré dans son village natal d'Anahidrano, près d'Antsohihy (Province de Majunga)

Le Conseil suprême de la Révolution, dirigé par Didier Ratsiraka, organise pour lui des funérailles nationales. L’immense foule tananarivienne qui se presse à ses obsèques témoigne du respect et de l’affection portée, en définitive, à celui qui reste dans l’histoire malgache un personnage de premier plan, et probablement un personnage vénéré.

Philibert Tsiranana Premier président de la République de Madagascar

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President tsirananaElu premier président de la République de Madagascar le 1er mai 1959, Philibert Tsiranana a été réélu en 1965 et en 1972 au suffrage universel. Homme de paix, disciple de Gandhi, il se voulut toujours plus proche du sort des faibles en initiant le "Socialisme malgache" qu'il incarna jusqu'à sa mort en 1978. Son oeuvre historique a nourri la grande époque des "soleils de l'indépendance" africaine, au tournant des années 1960, période-clé de la décolonisation de l'outre-mer français.
 

Décès de Pierre Tsiranana

Pierre tsirananaLe fils ainé de Philibert Tsiranana, premier Président de la République de Mada­gascar, s’est éteint à l’âge de 63 ans suite à un arrêt cardiaque, alors qu’il avait rendez-vous au ministère des Finances.

Victime d’un malai­se, il a été évacué d’urgence à « l’hopital Befelatanana ». Il a rendu l’âme en cours de route. L’ancien Président Philibert Tsiranana était également décédé d’une mala­die cardiovasculaire.

À l’époque de l’ancien Président Philibert Tsiranana, il était membre de la redoutable Force Républicaine de Sécurité (FRS). Celle-ci a marqué l’histoire malgache par la répression du 13 mai 1972 à Analakely, où les éléments de la FRS avaient ouvert le feu sur des manifestants, faisant une cin­quantaine de morts. Il était égale­ment membre de bureau du parti PSD (Parti Social Démocrate) créé par son père.

Après la chute du régime Tsiranana en 1972, Pierre Tsiranana avait disparu du radar politique avec le PSD. Depuis, Commissaire de Police de fonctions, il avait connu des hauts et des bas. Pierre Tsiranana était revenu en force au début de la Troisième République et ­le court mandat présidentiel d’Albert Zafy. Le Premier ministre Francisque Ravony l’avait nommé ministre de la Population.

Parcours remarqué

Pendant la crise de 2002, Pierre Tsiranana avait rallié le camp de Marc Ravalo­manana. Ce dernier était en conflits politiques avec l’ancien Président Didier Ratsiraka. Ravalomanana intronisé à la tête du pays, Pierre Tsiranana avait été nommé Président de délégation spéciale de la ville de Mahajanga, et évincé deux ans après suite à un décret présidentiel.

2009 et la crise opposant le Président Marc Ravalo­manana à Andry Rajoelina, maire d’Antananarivo, Pierre Tsiranana n’avait pas hésité à rejoindre le clan du numéro Un de la capitale. Ravalo­manana déchu le 17 mars 2009 et parti en exil en Afrique du Sud, Pierre Tsiranana a intégré le Conseil Supérieur de la Transition (CST).

Par la même occasion, il avait créé le Parti Fort pour la Démocratie de Madagas­car (PFDM). Pierre Tsiranana figurait parmi les pro-Rajoelina qui s’étaient farouchement opposés au retour de Marc Ravalomanana à Madagascar.
La rédaction présente ses condoléances à la famille de Pierre Tsiranana.

Lova Emmanuel

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : jeudi, 18 Mai 2017

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